Auteur/autrice : Rehve

  • Les destructions continuent

    L’administration a annoncé qu’environ 75% des radars routiers de contrôle de la vitesse ont été endommagés ou détruits par les émeutiers qui mettent le pays sens-dessus-dessous depuis mi-novembre. Leurs revendications initiales avaient justement démarré sur le thème de la voiture : suppression de l’augmentation des taxes sur le carburant et de la limitation à 80 km/h sur les routes nationales. Elles se sont depuis beaucoup multipliées et enrichies mais la mise hors service des trois-quarts de ces radars est conforme avec le besoin de destruction du matériel public et la volonté de liberté sur les routes qui les animent.

    En attendant, le ministère de l’intérieur explique doctement que le nombre de morts sur les routes est en augmentation du fait de la vitesse des véhicules qui n’est plus contrôlée… Ce n’est pas très malin car la corrélation entre les deux évènements est sans doute difficile à établir et, certainement, discutable à l’infini. Par contre, ce qui est sûr c’est que ces radars seront remis en état aux frais du contribuables et rendus au service. Comme pour l’ensemble des dégradations de biens publics et privés, il conviendrait d’en faire l’évaluation le moment venu et de publier ces chiffres, à titre pédagogique, ne serait-ce que pour responsabiliser ceux qui les ont pratiquées.

  • Juppé s’auto-amnistie

    Alain Juppé, 73 ans, démissionnaire de la mairie de Bordeaux pour entrer au Conseil constitutionnel (pour un mandat de 9 ans qui l’emmènera jusqu’à 82 ans) a été confirmé à ce poste à la majorité des voix de la commission des lois de l’Assemblée nationale. Devant cette commission il s’est octroyé le « droit à l’oubli » de sa condamnation pénale en rappelant que la Cour d’appel a jugé expressément qu’il ne s’était « rendu coupable d’aucun enrichissement personnel ».

    Cet argument est souvent avancé par les repris de justice politiques en col blanc qui ont eu le bon goût de ne pas se remplir les poches. Dans le cas d’espèce, Alain Juppé a signé des contrats d’emplois fictifs pour des permanents de son parti politique, financés par les impôts des contribuables parisiens. C’est ce qu’on appelle un détournement de fonds, attesté par des contrats de faux emplois signés de la main de l’impétrant. En gros, il a pris dans la poche du contribuable pour reverser dans les poches de militants politiques.

    Pourquoi Alain Juppé, 73 ans, se croit-il encore obligé, près de 30 après les faits de crier son innocence ? Il a fait une grosse bêtise il y a longtemps, la société lui a largement pardonné et oublié ses méfaits, mais l’égo de ces hommes politiques ambitieux est tel que ce genre de blessures restent à vif jusqu’à la fin de leurs jours. Ils ne s’en remettent jamais et continuent à rechercher les honneurs comme une sorte de gage de leur innocence perdue. Pour toute ces raisons, Alain Juppé, 73 ans, s’est senti irrémédiablement attiré par cette ultime reconnaissance, comme une libellule par le feu. Il aurait été plus courageux et approprié de renoncer et de terminer le mandat à Bordeaux pour lequel il a été élu.

  • Les émeutiers minoritaires ne se découragent pas

    Samedi après samedi les émeutiers tiennent le pavé où une minorité agissante perturbe la vie de la majorité et des dizaines de milliers d’effectifs des forces de sécurité. Il y a des violences, des blessés, des casses, des injures, des beaufitudes, des attaques de voyous, des charges de policiers et, à la fin de la journée des dégâts importants, dont les contribuables paieront la remise en état. Hier samedi, une nouvelle fois un manifestant a eu une main quasiment arrachée en ramassant une grenade qui a explosé. Quelle drôle d’idée de ramasser des grenades !

    La composition sociologique de ces émeutiers semble avoir un peu évolué depuis trois mois mais il est difficile de la cerner complètement. La seule qualité commune qui semble surnager est leur besoin de créer le désordre, au-delà c’est un embrouillaminis d’anarchisme, de revendications sociales ou politiques, d’idées modérées, complotistes ou extrêmes, de relents nauséabonds d’antisémitisme et autres racismes… Bref, on a vu apparaître depuis novembre dernier un trop-plein de lassitude et de découragement d’émeutiers qui, par idéologie ou par dépit, veulent casser la construction républicaine telle qu’elle a été édifiée depuis l’après-guerre par les générations précédentes. On parle de « démocratie participative » pour remplacer la « démocratie représentative », de « référendum d’initiative citoyenne », de droit des citoyens à révoquer les dirigeants, de démission du président de la République, de tout un gloubi-glouba sans vraiment de direction claire sinon quelques évidences comme « il faut baisser les impôts et augmenter les prestations sociales ». On se demande par quel miracle un Etat pourrait donner satisfaction à un tel embrouillaminis de propos de café du commerce.

    Lire aussi : Les revendications qui circulent

    On voit les tentatives de récupération politique à tous les étages mais qui font long feu… Les Laurent Wauquiez, Isabelle Balkany et consorts n’enregistrent pas vraiment un grand succès malgré leurs compromissions avec ce mouvement, ce qui ne manque pas de sel venant de représentants d’une droite plutôt autoritaire. On voit un gouvernement qui ne sait pas comment se dépêtrer de cette situation insurrectionnelle après une première tentative qui coûte 10 à 12 milliards de dépenses publiques additionnelles aux contribuables en régime annuel pour transférer du « pouvoir d’achat » aux émeutiers. Et on suit surtout cette tentative inédite de Grand débat national, sorte de psychothérapie de groupe où des débats, grands et petits, un peu partout en France et l’ouverture d’une plateforme internet où chaque citoyen peut répondre à des questionnaires, voire même les enrichir de propositions personnelles. Ce grand débat remporte pour le moment un certain succès mais on ne sait pas encore trop ce qui en ressortira après sa clôture le 15 mars.

    Les émeutiers refusent bien entendu de participer à ce débat dont le principe est copieusement descendu par les partis en dehors de la majorité qui prennent le sens du vent. Pour calmer le jeu le pouvoir sera sans doute bien obligé de mettre en œuvre d’une façon ou d’une autre quelques-unes des propositions populaires de ces cahiers doléances 2.0. Il faudra bien en finir un jour avec d’autres moyens que ceux utilisés depuis 40 ans, l’ouverture des vannes de la dépense publique. Cela va être délicat si l’on veut tout de même conserver les grands principes de la République, sans doute les solutions ne sont pas encore connues et restent à élaborer, il va falloir jouer avec finesse et efficacité face à la révolte des minoritaires à forte capacité de nuisance !

  • Consternante élection algérienne

    Le pouvoir algérien annonce que l’actuel président Bouteflika se représenterait pour un cinquième mandat. Agé de 81 ans, très handicapé suite à des attaques cérébrales, il ne se déplace plus qu’en chaise roulante, n’apparaît en public qu’à de très rares occasions et ne s’est plus adressé oralement à son pays qu’il y a fort longtemps. Il passe beaucoup de temps dans les hôpitaux (souvent à l’étranger). Lors de réunions publiques, son portrait est disposé à sa place pour le remplacer… Il paraît assez peu en état de gouverner. Même s’il était d’ailleurs en meilleure santé, à 80 ans et après déjà 4 mandats successifs, on peut penser qu’il ferait mieux de prendre sa retraite.

    Il semble que le nid de vipères que représente le monde politico-militaire local n’arrive à se mettre d’accord sur rien, sinon de relancer Bouteflika pour un énième mandat comme gage de stabilité. Connaissant la susceptibilité à fleur de peau de l’Algérie, quasiment aucun dirigeant étranger n’ose s’exprimer sur le sujet et tout le monde reste discret. Mais quel triste spectacle qu’un dirigeant dans cet état pour un pays qui déborde de jeunesse et d’énergie.

  • LORIDAN-IVENS Marceline, ‘L’amour après’.

    Sortie : 2018, Chez : Le Livre de Poche 35277

    Dans ce court récit écrit avec la journaliste Judith Perrignon, Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, s’essaye à raconter si et comment l’amour est possible lorsqu’on est revenu d’Auswitz-Birkenau à 17 ans… Originaire d’une famille juive polonaise émigrée en France dans l’entre-deux guerres elle est capturée avec son père par la Gestapo en 1944. Elle revient seule et plonge alors dans le monde parisien qui veut surtout jeter un voile sur tout ce qui s’est passé.

    Artiste en herbe, elle va fréquenter le petit monde intellectuel germanopratin qui est de tous les combats post-libération : la décolonisation d’Indochine et d’Algérie, l’impérialisme américain symbolisé par la guerre du Vietnam et les dictatures latino-américaines, le maoïsme, l’émancipation des masses ouvrières…, bref, des luttes que l’Histoire récente qualifiera de bonnes ou de moins bonnes. Avec Jean Rouch, Edgar Morin, Merleau-Ponty, elle se jette à son retour à corps perdu dans ce milieu foisonnant qui se préoccuppe peu de son passé.

    Elle multiplie les aventures sans lendemain auxquelles elle met fin, de son fait, dans la fuite et le silence. Elle s’offre aux survivants comme à ceux qui ignore tout de ce passé morbide. Elle n’éprouve aucun plaisir physique, n’a plus de règles depuis des lustres, elle picore le présent pour découvrir ce qu’est la vie en dehors des camps. Elle noit sa tristesse dans la danse endiablée de la vie renaissante de Saint-Germain-des-Prés.

    Elle se marie avec un jeune ingénieur en travaux publics travaillant dans les colonies. Moulte fois elle lui écrit qu’elle le rejoindra à Madagascar, elle ne le fera jamais toute entière tenue à Paris par sa soif de savoir et de culture. Ils divorceront en bons termes quelques années plus tard.

    Et puis elle rencontre Joris Ivens, de trente ans son aîné, avec lequel elle parcours le monde pour, ensemble, réaliser des documentaires engagés. Avec lui et leurs engagements communs, « la jeune fille rejoint la survivante pour devenir une femme. » Elle retrouve le père qu’elle a perdu à Auswitz et deviendra un peu sa mère au cours de ses dernières années avant son décès en 1989.

    « Il fallait que je plonge dans la noirceur de la planète, peut-être pour y diluer la mienne, peut-être parce que le danger, la mort, l’horizon barbelé faisaient de toute façon partie de moi. Joris m’a ouvert la tête, je ne demandais que ça. »

    Toutes ces aventures sentimentales sont exhumées de sa mémoire au crépuscule de sa vie alors qu’elle retrouve une vieille valise de papiers qu’elle devait classer « un jour » et dans laquelle elle avait jeté pêle-mêle des lettres reçues et des brouillons de lettres sans doute jamais postées. Elle l’appelle la « Valise d’amour » et effeuille ces papiers jaunis qui sont signés des prénoms de ses aventures. Elle en a oublié certains depuis bien longtemps, elle évoque les autres comme un retour sur les étapes de sa vie « d’après ».

    Amie de Simone Veil depuis Birkenau, elle prononce en 2018 son oraison funèbre au cimetière du Montparnasse : « Nous nous sommes rencontrés pour mourir ensemble. » Un soir dans un night-club de Tel-Aviv, alors qu’elle se remet d’une attaque qui l’a laissée quasi-aveugle, ce qui ne l’a pas empêché de fumer un petit joint, elle dans avec un juif libanais et lui dit :

    « Alors ce numéro, je te le donne. Je n’ai pas d’enfants. Je vais mourir bientôt, mais je ne veux pas que cette histoire meure avec moi. Prends ce numéro [78750) et note-le sur ton bras [comme le pratiquent nombre d’enfants et petits-enfants de déportés] ».

    Ce livre est le mode d’emploi de sa survie « d’après », décliné par Marceline. Touchant et émouvant il montre les deux faces de ce XXème sinistre et comment une gamine de 15 ans est remontée (à peu près) des profondeurs de l’abyme en se plongeant dans la création, l’engagement politico-artistique et, une forme d’amour qu’elle a pu rendre compatible avec son passé d’horreur.

  • Doisneau et la musique – Philharmonie de Paris

    Doisneau et la musique – Philharmonie de Paris

    Exposition des photos « Doisneau et la musique » à la Philharmonie de Paris, le célèbre photographe des petits riens de la vie quotidienne a aussi été très inspiré par les musiciens tout au long de sa carrière d’où les magnifiques photos que l’on découvre aujourd’hui. Il y a des instantanés d’accordéonistes sur les bords du canal Saint-Martin, de chanteuses de cabaret, des fanfares de village… de la musique populaire comme l’inspiration qui a guidé cet observateur hors pair de la vie quotidienne de notre pays et ses habitants.

    Une section de l’exposition est consacrée à l’amitié du photographe avec le violoncelliste Maurice Basquet. Le résultat est plein d’humour où le violoncelle et son instrumentiste posent dans des environnements improbables et des attitudes ironiques : haute-montagne, building new-yorkais, etc. Et puis on glisse du noir-et-blanc vers la couleur avec des photos de Rita Mitsouko à leurs débuts et les Négresses Vertes. On aperçoit même le photographe lors des prises de vue du premier groupe avec ses cheveux blancs et l’appareil réflex qui a remplacé celui à soufflet exposé par ailleurs ; Doisneau, observateur infatigable de nos vies, historien de nos existences.

  • Le spectacle continue

    Les rumeurs médiatiques ont été confirmées aujourd’hui par une conférence de presse d’Alain Juppé, 73 ans, qui a annoncé, en larmes, qu’il démissionnait une énième fois de la mairie de Bordeaux avant le terme de son mandat, et qu’une nouvelle fois les bordelais ont élu un maire qui se carapate sans aller au bout de son engagement. On ne peut pas complètement exclure que l’impétrant ait éprouvé un peu d’émotion mêlée d’un soupçon de remord, mais la cérémonie d’adieu à Bordeaux a un peu tourné au ridicule. Il s’agit d’une fuite, le mieux aurait été de l’assumer, quitte à sauter l’étape d’une conférence de presse et des petits fours qui ont dû l’accompagner.

    Il a aussi déploré dans son discours larmoyant que « l’esprit public est devenu délétère » ! Eh oui, sa génération n’a pas su éviter cette décadence nationale dont elle porte sa part de responsabilité. En fait, Juppé est un cœur tendre qui n’était pas taillé pour ce monde sauvage de la politique française où l’intelligence n’est pas la qualité la plus recherchée. Il s’est beaucoup fait balader par les présidents qui l’ont employé, il a servi de fusible à nombre d’entre eux avec une naïveté assez déconcertante mais il reste fasciné par les attributs du pouvoir comme un enfant devant un sapin de Noël alors il ne sait pas refuser ce dernier poste pour lequel il n’a aucune compétence particulière et il pleure devant les caméras en l’annonçant, sans doute autant devant cette nouvelle traîtrise faîte à ses électeurs que face à ses propres faiblesses. Ce n’est pas très grave, juste l’occasion manquée d’un départ plus glorieux.

    Lire aussi : Copinages et petits services rendus

  • HOUELLEBECQ Michel, ‘Soumission’

    Sortie : 2015, Chez : J’AI LU 11631

    Houllebecq croque ici une France des années post-2000 où un parti musulman « modéré » s’est constitué et a hissé son audience au niveau des autres partis républicains (ou un peu moins). A l’occasion d’une élection présidentielle, la candidate d’extrême-droite arrive en tête au premier tour suivie de près par le candidat de la « Fraternité musulmane ». Pour faire barrage à la droite extrême, les partis républicains s’associent au parti musulman dont le leader « modéré » est élu président de la République.

    Le narrateur qui est professeur de faculté va se trouver confronté à l’islamisation des universités menée tambours battants sur fonds saoudiens. Pour garder son poste… il faut se convertire à l’islam. Certains compromettent, d’autres pas ; la perspective de la polygamie avec jeunes épouses tente le narrateur dont la décision finale est laissée à l’imagination du lecteur, de même que le caractère « modéré » du président qui n’est peut-être qu’une tactite pour arriver à son but idéologique…

    « Ironie » de l’Histoire, ce roman est sorti le jour des attentats religieux contre Charlie-Hebdo et donc la veille de celui contre l’hyper-cascher de Vincennes. Compte tenu de ce contexte, Houellebecq avait d’ailleurs immédiatement renoncé à en assurer la promotion… qui s’est faîte toute seule !

    Le style de l’écrivain ne change pas, mêlant désabusement et cynisme pour décrire des personnages toujours un peu à la dérive. Ceux-ci traitent d’ailleurs l’option religieuse comme un choix idéologique et matériel qui ne semble pas vraiment les perturber, pas plus d’ailleurs que le reste de la population. Tout est ouvert, une « islamisation heureuse » de la population française ou une dictature rampante de la pensée. On ne peut pas dire que le sujet n’est pas d’actualité. Comme souvent Houellebecq titille le lecteur sur des questions existentielles, comme ça, en passant.

  • Copinages et petits services rendus

    Alain Juppé, 73 ans, haut-fonctionnaire qui fut attiré par le chaudron de la vie politique, actuel maire de Bordeaux, est annoncé comme candidat à un poste au conseil constitutionnel. Le bail est de 9 ans, ce qui l’emmènerait jusqu’à 82 ans s’il va au bout. Le garçon, plutôt conservateur, a connu des hauts et des bas dans cette arène politique pour laquelle il n’était manifestement pas calibré. Il a beaucoup démissionné au cours de sa carrière.

    D’abord du poste de premier ministre de Jacques Chirac, après la plus incroyable mauvaise décision de la Vème République : la dissolution de l’assemblée nationale en 1997 qui donna la majorité aux opposants socialistes qui le remplacent par Lionel Jospin.  Il avait auparavant en 1995 du rendre les clés d’un appartement appartenant à la mairie de Paris qu’il louait à loyer inférieur au marché, de même que son fils pour un autre appartement à la même adresse.

    En 2004 il est forcé à démissionner de toutes ses fonctions électives et de la présidence du parti UMP suite à une condamnation en appel à 14 mois de prison avec sursis et 5 années d’inéligibilité pour avoir trempé dans l’affaire dîtes des « emplois fictifs de la mairie de Parus », en gros, le détournement de l’argent des contribuables parisiens pour payer des personnes qui n’y travaillaient pas.

    Puis en 2007, redevenu maire de Bordeaux, il démissionne pour prendre un poste de ministre du président Sarkozy (après avoir promis aux bordelais que jamais il ne les quitterait, même pour un maroquin à Paris), poste dont il démissionnera quelques semaines plus tard suite à sa non réélection comme député.

    Après avoir réintégré la mairie de Bordeaux, son refuge, il en redémissionne en 2011, de nouveau pour maroquin ministériel parisien aux Affaires étrangères. Le voici qui va encore démissionner aujourd’hui de la mairie de Bordeaux cette fois-ci pour rejoindre le conseil constitutionnel.

    Il n’a pas été plus mauvais que bien d’autres, de droite, du centre comme de gauche, mais il a fait preuve d’une grande instabilité dans ses choix et toujours considéré la mairie de Bordeaux comme son dû qu’il pouvait quitter ou réintégrer selon son bon vouloir. Juppé est le représentant d’une génération politique qui doit passer la main. A 73 ans on peut raisonnablement se demander « à quoi peut donc bien servir un Alain Juppé au conseil constitutionnel » ? Sans doute à pas grand-chose, en tout cas pas de quoi justifier une énième démission de la mairie de Bordeaux avant l’échéance du mandat pour lequel il a été élu. Il aurait été plus honorable qu’il aille au bout puis prenne tranquillement sa retraire. Ce n’est pas son choix et il rempile pour un mandat censé l’emmener jusqu’à 82 ans… Ironie de l’histoire, il va succéder à un ancien premier ministre, comme lui : Lionnel Jospin 81 ans, au sein d’une institution présidée par un autre ancien premier ministre : Laurent Fabius, 72 ans. Aucun d’entre eux ne présente de compétence particulière en droit constitutionnel. Les mauvaises habitudes perdurent et Juppé, hélas, ne sera pas le seul repris de justice à siéger dans la plus haute institution juridique française.

    Juppé et Sarkozy
  • Massive Attack – 2019/02/11et12 – Paris le Zénith

    Massive Attack – 2019/02/11et12 – Paris le Zénith

    Pour le vingtième anniversaire de la sortie de leur disque de légende Mezzanine, les Massive Attack ont monté une tournée baptisée Mezzanine XXL qui passent par deux dates parisiennes au Zénith. S’agissant de faire un peu de neuf avec de l’ancien, la troupe s’est renouvelée, a rajeuni son light-show, enrichi sa setlist pour présenter un show encore plus sombre que ne le fut le CD découvert en 1998 ! Les deux soirées sont jouées strictement à l’identique.

    Sur scène ce soir, une partie de l’équipage est nouvelle. Robert del Naja et Grant Marshall accueillent notamment deux guitaristes et un claviériste que l’on ne connaissait pas, et retrouvent Liz Fraser, ex-Cocteau Twins, présente sur le disque en 1998, à la voix éthérée et confuse toujours bouleversante, si bien posée sur l’électronique musicale qui la porte bien haut. Horace Andy, les deux batteurs et le bassiste sont toujours fidèles au poste.

    De façon inattendue et bienvenue le groupe joue aussi des reprises dont des extraits de certaines sont déjà présentes sous forme de samples dans Mezzanine. L’introduction est un instrumental joué devant un écran LED clignotant dans les bleus de façon stroboscopique sur les hululements de guitares déchirantes, mettant en avant les talents du nouveau guitariste, enchaîné sur I Found a Reason du Velvet Underground, chantée par le second guitariste et jouée de façon suave et guillerette alors que passent des images enchantées d’une marina proprette qui pourrait se trouver en Floride ; résultat étonnant. Risingson nous ramène à un catalogue plus classique où les basses et les sons électroniques tombent en masse sur une assistance déjà pétrifiée. Cette chanson contient le sample du Velvet joué précédemment. Puis vient 10:15 des Cure, interprétée aux instruments exactement comme l’original mais avec la voix de 3D qui n’a pas grand-chose à voir avec cette de Robert Smith. Cette chanson est samplée dans celle qui suit Man Next Door, avec l’entrée d’Andy sur scène et toujours un fort coefficient d’affection de la part du public. Le rapprochement des Cure et des Massive Attack est fort à propos tant ces deux groupes ont à voir l’un avec l’autre, bien que de factures différentes et d’époques successives. Les plus jeunes rendent hommage à leurs anciens, c’est bien. Les uns et les autres assurent la permanence de cette musique mélancolique, la transition des guitares brutes vers une électronique plus présente, synthétisée ce soir par ces musiciens qui nous résument avec brio 30 années post-punk en deux heures.

    Liz Frazer apparaît ensuite sur Black Milk et nous charme de cette voix si particulière, comme fondue dans le son du groupe qui l’entoure. Le reste de Mezzanine est joué, interrompu par d’autres reprises, dont une particulièrement percutante d’Ultravox (Rockwrok) et un reggae signé d’Andy. Les morceaux originaux de Massive Attack restent un mélange diffus d’harmonies en mode mineur, de rythmes marqués et surpuissants, de voix traitées à l’aune des techniques modernes, d’électronique à tous les étages et de répétition, pour délivrer une recette envoutante qui fait rapidement perdre la tête (les malaises se multiplient dans la fosse autour du chroniqueur).

    On ne se lasse pas de cette musique. Nous écrivions il y a vingt ans : « C’est la musique de la fin du siècle. De nos années barbares à l’ère des computers, Massive Attack nous ouvre le portail du nouveau millenium dont le beat sera désormais le fluide vital. », il n’y a pas un mot à changer et le siècle nouveau, déjà sérieusement entamé n’a rien démenti.

    Le light show est renouvelé avec des images plus classiques et réalistes sur lesquels sont projetés les messages du groupe toujours légèrement punk-naïfs. Trois gigantesques écrans sont en fond de scène, celle-ci étant entourée elle-même de deux autres. Parfois les films disparaissent et des lumières projettent des lueurs blafardes, parfois avec des clignotements stressants, filtrées par ces écrans qui les laissent passer comme à travers des toiles d’araignées. Il n’y a aucun éclairage de face et les musiciens se satisfont de cette pénombre avec laquelle nous voguons plus aisément sur leurs notes et dans leur univers. Le groupe joue deux heures, sans première partie, sans rappel, sans un mot, sans un sourire. Le show reste fondamentalement du Massive Attack, sombre, urbain et hypnotique.

    Setlist : I Found a Reason (The Velvet Underground cover)/Risingson/ 10:15 Saturday Night (The Cure cover)/ Man Next Door/ Black Milk (with Elizabeth Fraser)/Mezzanine/ Bela Lugosi’s Dead (Bauhaus cover)/ Exchange/ See a Man’s Face (Horace Andy cover) (with Horace Andy)/ Dissolved Girl (Tapped vocals)/ Where Have All the Flowers Gone? (Pete Seeger cover) (with Elizabeth Fraser)/ Inertia Creeps/ Rockwrok (Ultravox cover)/ Angel (with Horace Andy)/ Teardrop (with Elizabeth Fraser)/ Group Four (with Elizabeth Fraser) (With Avicii’s Levels intro)

  • Bassesses et règlements de compte politiques

    Le journal Le Monde publie une série de cinq articles sur l’autodestruction de la droite française lors des élections présidentielles de 2017. Il est vrai qu’elle fut un modèle du genre qui restera dans les annales de la politique nationale !

    Jean-Louis Debré (75 ans), fils de Michel, auteur de romans de gare, et, accessoirement, ancien magistrat, ministre et président du Conseil constitutionnel, est interrogé par les journalistes et assène quelques sentences lapidaires du genre :

    Sarkozy, c’est un chef de bande de banlieue. Fillon, c’est le beauf de province, fils de notaire, que la fille du médecin bourgeois a envie d’épouser.

    Jean-Louis Debré, auteur de romans de gare

    On a tendance à croire que ce jugement est sans doute réaliste mais quelle haine, quel ressentiment, quelle volonté de vengeance animent ces politiciens pour continuer à dégoiser, à 75 ans, sur un ancien président de la République et son premier ministre, qui plus est de la même tendance politique que leur calomniateur ! M. Debré n’a-t-il rien de mieux à faire que de donner cette terrible image de son monde politique ? Même ses romans de gare sont moins ravageurs pour la culture française que ses confidences de café du commerce sur le duo qui a gouverné la France cinq années durant le sont pour la politique. Il serait intelligent de laisser ces jugements à l’emporte-pièce à Charlie-Hebdo, il est très malsain que des personnages, anciens élus, anciens dirigeants, se croient autorisés à de pareilles assertions. C’est dévastateur et situe le niveau du débat politique tel que le conçoit cette génération en train de s’éteindre.

    A 75 ans, M. Debré doit se consacrer à ses romans et cesser de polluer son pays et la Raison, c’est le sens de l’Etat qui l’exige.

  • Italie-France, la désastreuse valse des ploucs

    Les dirigeants italiens se chamaillent avec leurs homologues français et le niveau du débat relève d’un concours de première année de maternelle à celui qui fera pipi le plus loin dans la cour des enfants. Il y a du vrai dans les agressions verbales échangées de chaque coté mais elles sont d’un niveau terriblement consternant venant d’élus européens de deux pays de la vieille Europe.

    Les transalpins font comme ils le sentent mais la France s’honorerait à ne pas provoquer leurs réactions sanguines avec de permanentes leçons de morale sur leurs déficits budgétaires ou leur gestion des flux de réfugiés. Mais si le mal fait et que élus français n’ont pas pu s’empêcher de s’occuper de ce qui ne les regarde pas chez leurs voisins au lieu de se consacrer à leurs affaires nationales, le mieux serait de traiter les réactions italiennes par l’indifférence, elles devraient ainsi s’éteindre tout naturellement et à très court terme.

    Ce n’est pas l’option qui a été choisie après qu’un ministre italien soit venu rencontrer en France les émeutiers qui agitent l’hexagone depuis plusieurs mois. Du coup la République rappelle son ambassadeur à Rome. On ne va sans doute pas déclarer la guerre à l’Italie alors ces réactions diplomatiques font partie de l’arsenal pacifique disponible, il y aura un peu moins de petits-fours pendant un temps dans les palais romains et tout ce petit monde diplomatico-mondain se retrouvera bientôt sous les ors du Palais Farnèse pour échanger sur les nouvelles de leur microcosme ! Le monde politique français s’engouffre dans la brèche ouverte par les ploucs et commente ce qui n’a que peu d’intérêt. Chacun se positionne sur le conflit verbal et raccroche ses wagons à un train ou l’autre, rabaissant autant que faire se peut le niveau du débat. Qu’ils retournent à leurs dossiers nationaux, ils sont payés par les contribuables et leurs militants pour ce faire, pas pour ventiler sur l’inexistant.

  • KENNEDY Douglas, ‘La Symphonie du hasard – Livre 1’.

    Sortie : 2017, Chez : POCKET 17293

    Le premier tome d’une grande saga familiale américaine qui démarre dans les années 70 : papa, ancien combattant de la bataille d’Okinawa, reconverti dans le business minier au Chili aux temps du coup d’Etat de Pinochet, un fils aîné et une fille contestataires dans les universités chics de la côte Est, un deuxième fils embarqué avec son père dans les affaires louches d’Amérique latine, une mère juive insupportable à ses enfants et son mari… Des amours, de la politique, des histoires rentrées de familles compliquées, des fuites et des retours, les ingrédients d’un roman haletant qui traverse une époque révolue mais tellement passionnante.

    L’ouvrage se termine sur le départ d’Alice, la fille, vers l’université de Dublin, afin d’échapper à cette famille introvertie, des drames à l’université du Maine, Nixon qui s’enferre dans ses contradictions et la guerre du Vietnam, bref, le besoin de se revigorer au bon air de la vieille Europe. Vivement le tome 2.

  • Miro au Grand Palais

    On se bouscule à la rétrospective Miro au Grand Palais ; le peintre espagnol-catalan il est vrai a beaucoup peint et vécu en France, il explique d’ailleurs dans une interview filmée montrée dans l’exposition que son atelier parisien rue Blomet a été un endroit clé dans son destin artistique et sa vie en générale, il n’est donc que bonne manière que Paris rende un hommage (fréquenté) à ce peintre.

    Joan Miro (1893-1983) n’est pas à proprement dit un artiste d’abord facile, peinture, sculpture, gravure, céramique, il touche à tout guidé par son inventivité, picorant au hasard des grands mouvements artistiques de la première moitié du XXème siècle : le cubisme, le surréalisme, et bien d’autres. Il fréquente Picasso, les poètes et, surtout, suit son inspiration sans limites et sans cesse régénérée. On défile devant les murs du Grand Palais où se succèdent toiles et sculptures dont certains des commentaires affichés à côté des œuvres laissent rêveurs par leur lyrisme, les critiques d’art s’essayent de faire preuve d’autant de créativité que le peintre…

    Formes et couleurs sont éclatantes, chacun y trouve ce qu’il cherche, il n’est pas forcément nécessaire d’intellectualiser l’esthétique. En ressortant on ne sait pas bien ce que l’on retiendra de cette exposition, peut-être seulement l’idée d’un homme qui a voulu casser les codes. Il fit partie de ces groupes d’artistes qui ont dynamité l’art et ses traditions, ils furent les punks de la peinture qui ont déclenché un mouvement qui ne s’est plus arrêté depuis. Grâce leur soit rendue ! 

  • Dorothea Lange ‘Politique du visible’ – Musée du Jeu de paume

    Dorethea Lange

    Dorothea Lange (1895-1966) fut une photographe américaine qui consacra sa vie à l’Amérique profonde confrontée aux grandes épreuves qui l’ont marquée, de la dépression des années 1929/30 jusqu’à la deuxième guerre mondiale et l’enfermement des populations d’origine japonaise. Ses reportages, parfois commandés par le gouvernement américain qui voulait constituer des archives des grands évènements d’une époque déjà bien ouverte à la photographie, sont extrêmement soignés, mis en scène. Ils constituent une plongée sociologique dans une Amérique réelle, celle de la misère et d’une sorte d’abnégation des populations face à des drames que finalement elles vaincront collectivement. Mais les photos d’individus sont le plus souvent oppressantes : foules de chômeurs urbains, fuite de paysans devant la sécheresse, familles en route vers nulle part sur des routes rectilignes et désertes, une malheureuse valise à la main, portraits de visages ravinés par le soleil et la tristesse, maisons abandonnées dans le désert… Le noir et blanc accentue le coté tragique de ces instants prélevés sur une population désespérée.

    Le reportage sur les camps d’internement où furent enfermés 150 000 personnes, de nationalité américaine ou non, mais toutes d’origine japonaise, lorsque les Etats-Unis entrèrent en guerre contre le Japon en 1941 par suite de l’attaque de Pearl Harbor. Ce qui marque dans les photos est que cette population semble plutôt bien mise et intégrée mais dû malgré tout abandonner en quelques jours ses biens et son environnement pour se retrouver dans des camps dont ils ne purent sortir qu’à la fin de la guerre. Les tirages de Lange sont touchants en ce qu’ils transmettent la discipline, et on dirait même la confiance, un mélange de résignation et de dignité qui émanent de ces populations asiatiques. Ses photos furent jugées un peu trop « révolutionnaires » et le contrat qu’elle avait signée avec le gouvernement fut résilié, les photos sont restées, heureusement. En 1988 le Congrès américain reconnut que ces internements n’étaient pas nécessaires pour la défense nationale, présenta ses excuses aux survivants et leur accorda une compensation financière.

    En déambulant dans cette bouleversante exposition on pense bien sûr aux romans de Steinbeck, mais aussi aux chansons de Bruce Springsteen dans l’album Nebraska qui dégagent la même beauté triste.

  • BADINTER Robert, ‘Idiss’.

    Sortie : 2018, Chez : fayard.

    Idiss est le nom de la grand-mère de Robert Badinter, ancien ministre de la justice sous François Mitterrand, à la stature morale incontestable et qui mit en musique l’abolition de la peine de mort en France voulue par le président. Idiss est aussi le titre du livre hommage à sa grand-mère que M. Badinter vient de publier.

    Issue d’une famille juive d’Europe orientale, de Bessarabie plus exactement (aujourd’hui la Moldavie) la grand-mère et ses enfants, dont la future mère de Robert, encore enfant à cette période, décident d’émigrer vers l’Ouest devant la multiplication des pogroms antisémites dans l’empire russe. Et c’est finalement à Paris qu’ils poseront leurs sacs et leurs destinées. Ils y vivront les affres d’un XXème siècle tragique et paieront un lourd tribu à cette barbarie qui les poursuivit jusqu’en Europe occidentale.

    Ce livre raconte de façon émouvante le destin de cette famille et tout particulièrement le parcours d’Idiss qui n’avait jamais quitté son « yiddishland », ne parlait bien sûr pas un mot de français, mais qui, poussée par sa foi, son étoile et une inébranlable énergie déplaça sa famille vers la patrie des droits de l’Homme qu’elle croyait un abri sur pour les siens.

    Tout ce petit monde se lança dans des activités diverses à une époque où la volonté suffisait généralement pour subvenir, même modestement, aux besoins des siens. Les enfants intégrèrent l’école de la République avec le destin que l’on sait pour Robert. Plus que tout ils étaient attachés à la République et ses valeurs, leur choc fut rude lorsqu’ils la virent s’effondrer en 1940. Leur confiance dans la France les rendit incrédules devant les persécutions de juifs qui commençaient à se mettre en place sous l’aval du gouvernement français.

    Ils pensaient trouver la paix et la laïcité sous la bannière tricolore mais il n’en fut pas ainsi, le gendre d’Idiss, Simon Badinter, le père de Robert, mourut en déportation ainsi, que son fils Naftoul. Elle-même s’éteignit à Paris durant la guerre alors que sa fille chérie et ses deux petits-fils étaient passés en zone « libre » où régnait encore une sécurité précaire pour les juifs.

    Ce récit reconstitué par Robert à partir des souvenirs de sa famille et les siens propres (il est né en 1928) est la touchante histoire d’une famille malmenée par l’Histoire qui traversa l’Europe pour fuir la barbarie mais s’y heurta néanmois ce qui n’empêcha pas ses membres survivants de… survivre et de réussir. C’est un bel hommage à cette grand-mère qui mena sa tribu vers la vie.