Auteur/autrice : Rehve

  • On Air au Palais de Tokyo

    Tomás Saraceno, architecte-artiste argentin, expose sa vision des rythmes et trajectoires sur la planète, générées par l’humain et le non humain. On commence par une pièce composée de toiles d’araignée se développant dans de grandes cages en plexiglas. Les œuvres sont vivantes, éclairées par des spots alors que la salle aux murs noirs est plongée dans l’obscurité. Le résultat est léger et élégant, voire un peu fascinant par sa fragilité. On poursuit avec des installations sonores qui transforment en son les mouvements de l’air, y compris ceux provoqués par les déplacements des spectateurs. Puis vient une salle dédiée aux trajectoires de l’air : sur une carte animée de la planète progressent des lignes allant d’un point à un autre indiquant la route des flux d’air pouvant nous véhiculer vers la destination choisie grâce à la chaleur du soleil… La dernière salle est animée par l’organisation Aerocene qui explique ses buts et expériences avec force vidéos, images et explications : se déplacer en utilisant uniquement l’air et le soleil !

    Evidemment tout ceci est très conceptuel, plutôt arty ; un mix d’art contemporain, de perceptions évanescentes, de routes imaginaires et de rêve bobo, très bien pour le Palais de Tokyo. Il ne faut pas s’empêcher de rêver ni de chercher, surtout quand le résultat est esthétique.

  • Un pédégé en prison

    Carlos Ghosn, pédégé (ou assimilé) de trois groupes automobiles : Renault + Nissan + Mitsubishi est embastillé au Japon pour divers soupçons de délits financiers et fiscaux. Le dirigeant qui dispose de trois nationalités : française + brésilienne + libanaise a régulièrement fait parler de lui dans la presse économique, d’abord pour la réussite de son concept d’alliance qui a permis à ces trois groupes de mettre en commun toute une série de départements et d’activités, sans pour autant fusionner dans un groupe tentaculaire et ingérable, chaque partenaire gardant une relative indépendance, au moins juridique. C’est ainsi ces trois entreprises qui étaient plutôt en mauvaise santé prises séparément, mais pas au même moment, se sont ragaillardies sous la direction de l’impétrant. C’est bien.

    Cependant, le garçon a fait aussi parler de lui pour de moins bonnes raisons et tout d’abord pour les rémunérations indécentes qu’il cumulait aux trois sources et sous différentes formes, l’ordre de grandeur est d’une quinzaine de millions d’euros par an. L’Etat français qui reste actionnaire de Renault a toujours voté « Non » en assemblée générale à la résolution informant de la rémunération de son chef. C’était avisé. Celle-ci étant présentée « pour information », ces votes négatifs n’ont jamais empêché Renault de verser ces sous à son pédégé. Il était également connu pour n’avoir pas su ou pas voulu préparer sa succession. C’est l’un des travers assez fréquents de ce genre d’ambitieux.

    Il semble qu’il soit en train de tomber au Japon à cause de sa voracité financière : on l’accuse, entre autres joyeusetés, d’avoir dissimulé des rémunérations au fisc local, d’avoir facturé à Nissan des pertes d’investissements personnels et de s’être fait attribuer des résidences de prix exorbitants dans ses différents pays d’origine.

    Toute ceci doit évidement se doubler de règlements de comptes et de différences culturelles entre les dirigeants de Nissan, japonais et étrangers, comme c’est souvent le cas à ce niveau de pouvoir et de responsabilités. Bref, il est à craindre qu’au moins une partie de ces accusations ne soient vérifiées et l’on verrait alors Carlos Ghosn tomber par où il a péché, pour avoir eu les yeux plus gros que le ventre. Qu’avait-il besoin de gagner et de dissimuler tant d’argent ? Au-delà de son cas personnel qui n’a finalement que peu d’importance, on voit là l’une des faiblesses du capitalisme financier d’aujourd’hui : verser de pareilles rémunérations n’a aucun sens ni justification (et encore les banquiers de la crise financière de 2008 pouvaient percevoir 2 à 3 fois ces montants) mais au contraire génère des risques significatifs de déconnection de leurs bénéficiaires qui, obnubilés par l’argent, peuvent perdre complètement la raison et oublier l’intérêt social de l’entreprise qu’il gouverne au profit de leur propre intérêt. On a vu des cas similaires chez Lehman Brothers, Enron, Vivendi… Heureusement cela reste plutôt exceptionnel mais il est navrant de constater que le court-termisme des actionnaires de marchés pousse au crime. Ils se disent : « Carlos nous a fait verser beaucoup de dividendes donc donnons lui ce qu’il demande, ce n’est finalement qu’une goutte d’eau dans la marée des milliards de dividendes, il suffira d’avoir revendu nos actions avant qu’il ne tombe ». Nous en sommes là.

    La vérité c’est que ces hauts dirigeants mercenaires sont interchangeables et il était sans doute aisé de trouver à temps un clone de Carlos sur le marché des pédégés mondialisés, et pour bien moins cher. Cela n’a pas été fait en temps utiles. L’histoire dira comment et pourquoi le clan japonais a mené cette cabale. Il aurait été plus efficace et moins dangereux de débarquer le pédégé en conseil d’administration comme n’importe quel mandataire social, ou tout simplement de lui refuser ces rémunérations vertigineuses. Mais sans doute tous ces gros poissons se tiennent par la barbichette et ils ont estimés la voie judicaire plus certaine et définitive. Gageons que Carlos Ghosn ne va pas se laisser faire, il a du répondant et des moyens pour financer de bons avocats. Le procès, s’il a lieu, sera intéressant.

    Que la justice japonaise passe !

  • Les cordons de la bourse

    Comme c’était à prévoir, après avoir accepté de débourser 10 milliards d’euros pour répondre aux revendications des émeutiers qui perturbent la France depuis plus d’un mois, le bureau des pleurs et des lamentations n’arrive pas à refermer ses portes et se succèdent désormais à son guichet toutes les corporations qui ont quelque chose à demander. Les forces de sécurité ont déjà commencé depuis hier et à n’en pas douter d’autres attendent déjà à la porte : les infirmières, les enseignants, d’autres catégories de fonctionnaires, la liste sera longue !

    Les policiers ne sont doute pas les moins méritants mais on pourra sans doute en dire autant de nombre de corporations. Il va être difficile de renouer les cordons de la bourse et il très peu probable que ces dépenses publiques non anticipées puissent être compensées par une baisse équivalente d’autres dépenses. La République est donc repartie dans un cycle de dépenses publiques et de dettes. Comment reprendre le contrôle des choses ?

  • Chapeau bas pour le premier ministre britannique !

    Theresa May, premier ministre du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, mène un valeureux combat, avec courage et abnégation, face à une classe politique en déliquescence devant le mur d’incertitudes qui se dresse en vue de l’échéance du 30 mars 2019, date à laquelle le divorce de ce pays avec l’Union européenne, le « Brexit », doit être scellé.

    Alors qu’elle était à l’origine opposée à l’organisation du référendum qui posa il y a deux ans la question aux britanniques de savoir s’ils voulaient ou non rester dans l’Union, elle a été chargée par son parti de mettre en œuvre la réponse négative à la question référendaire. Elle mène ce projet alors que tous ceux qui avaient soutenu le Brexit, sans aucun programme précis tant ils n’avaient pas anticipé la volonté populaire, se sont débinés dans un bel ensemble la laissant à peu près seule pour gérer les contradictions politiques flagrantes de ce processus : on veut à la fois quitter l’Union mais garder l’accès au marché communautaire, à la fois rétablir les frontières mais surtout pas entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Dans la tourmente Mme. May a réussi à négocier un accord de sortie avec les 27 pays de l’Union mais celui-ci mécontente à peu près tout le monde : les partisans du Brexit qui le trouvent trop mou et les opposants qui le trouvent trop dur. Une ribambelle de ministres a démissionné et la majorité de gouvernement s’effrite. Le Parlement se divise et a priori refuse d’adopter cet accord en l’état, bien qu’il ne se soit pas encore formellement prononcé. Le temps courre et l’échéance se rapproche !

    D’autres auraient jeté l’éponge depuis bien longtemps dans cette affaire où il n’y a que des coups à prendre. Pas Mme. May qui applique l’instruction du peuple britannique en refusant d’ailleurs l’idée même d’un deuxième référendum qui ne ferait qu’apporter de la confusion et remettre potentiellement en cause la décision souveraine du peuple qui a décidé de quitter l’Union européenne. Elle dit fièrement depuis le début des négociations « Brexit means brexit ». On ne saurait être plus claire et elle tenta de négocier quelque chose qui lui paraissait dans l’intérêt supérieur de la nation. Le Parlement décidera in fine au nom du peuple qui l’a élu.

    En réalité ce qui pèse sur toutes les parties c’est l’incertitude considérable dans laquelle tout le monde se trouve. Les marchés n’aiment pas l’incertitude, pas plus que le business ou la politique. Les seuls qui apprécient l’incertitude sont les spéculateurs car elle est annonciatrice de rendements élevés, tout aussi élevés d’ailleurs que les risques pris. Personne ne sait bien si un Brexit doux donnerait de meilleurs résultats qu’un Brexit dur, que ce soit pour le Royaume ou pour l’Union. Nous sommes dans le brouillard et le Parlement qui va voter va en fait lancer un formidable coup de dés dont tout le monde ignore l’issue. Mme. May s’est dit qu’un accord modéré et raisonné était la meilleure solution à proposer, le Parlement n’en sait rien mais doit décider, grandeur et servitudes de l’action politique, ainsi va la démocratie !

    Mais au-dessus de ce débat somme toute démocratique, se révèle une dirigeante modérée qui applique ses convictions en respectant la direction décidée par ses électeurs, indiquée par ses citoyens. Alors que tous les initiateurs du processus qui mena au Brexit se sont égayés dans la nature comme un vol de perdreaux au milieu des champs, elle tient la barre. Et quand nombre de dirigeants européens surfent sur l’éphémère illusion de leur popularité, leur colonne vertébrale ramollie pour s’avachir plus rapidement devant leurs renoncements, Theresa May se bat pour l’intérêt général comme la future reine Elisabeth arpentait les rues de Londres bombardées en 1940 par les allemands pour soigner les blessés de son peuple.

    L’Histoire reconnaîtra ceux qui ont agit pour le bien général qu’elle distinguera des forbans à la recherche de leur gloriole.

  • L’emploi fictif de Pénélope Fillon confirmé par l’employeur et la justice

    Comme c’était annoncé, l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharière, « ami » de la famille Fillon a reconnu que l’emploi qu’il avait offert à Mme. Fillon au sein de la Revue des deux mondes dont il est propriétaire était un emploi de complaisance. Il a utilisé la procédure française de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) ce qui lui permit d’amoindrir sa peine. Il a été condamné à huit mois de prison avec sursis ainsi qu’à une amende de 375 000 EUR pour abus de bien sociaux.

    La famille Fillon reste encore sous le coup de différentes mises en examen dans d’autres affaires toutes sorties à l’occasion de l’élection présidentielle de 2017 et qui avaient montré le rapport très particulier qu’entretenait le candidat avec l’argent.

    François Fillon est maintenant reconverti dans les affaires financières privées et quand il voit les émeutes agitant actuellement la France qu’il rêvait de gouverner, peut-être ne regrette-t-il pas trop d’avoir changé de voie, contraint et forcé ?

  • Honneur et tragédie !

    Ossuaire de Douamont – Verdun

    Il est difficile de ne pas ressentir d’émotion en parcourant les champs de bataille de la « Grande guerre » où nos anciens ont connu la mort et l’enfer pour l’une des choses les plus stupides du XXème siècle occidental : les guerres entre la France et l’Allemagne.

    Aujourd’hui des sapins ont été replantés dans les cratères d’obus et le drapeau allemand flotte à côté des bannières française et européenne sur les monuments commémorant cette barbarie. L’Histoire passe ; c’est bien ainsi.

    Le Centre mondial de la paix de Verdun

    Installé dans un vieux palais épiscopal de Verdun à côté de la cathédrale de la ville, le Centre mondial de la paix organise des évènements sur le thème de la paix, des libertés et des droits de l’Homme. Aujourd’hui, l’exposition « Que reste-t-il de la Grande guerre ? », faisant suite à la commémoration du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, raconte les traces de cette guerre barbare si présentes dans les paysages de la région. En avançant dans des pièces un peu délabrées où les boiseries moisissent, on découvre l’intensité terrible de cette première guerre moderne mais aussi ce qu’elle déclencha en termes de progrès techniques et médicaux, le rôle des femmes qui ont fait tourner le pays pendant que les hommes se massacraient sur le front (mais elles n’obtiendront le droit de vote qu’à la fin de la guerre suivante en 1946), le sort d’un million de veuves et encore plus d’orphelins, le financement de la guerre comme celui de la reconstruction, les innombrables lettres échangées entre les familles entre le front et l’arrière…

    Cette guerre fut la première à être véritablement médiatisée. Il en subsiste un patrimoine photographique et filmographique inestimable dont de nombreux extraits sont présentés ici. Grave et passionnant ! Le site du centre se termine par .eu, histoire de marquer l’importance de l’Europe pour la paix.

    Le Mémorial de Verdun

    « Ce Mémorial a été édifié par les survivants de Verdun, en souvenir de leurs camarades tombés dans la bataille pour que ceux qui viennent se recueillir et méditer aux lieux mêmes de leur sacrifice, comprennent l’idéal et la foi qui les ont inspirés et soutenus. »

    Maurice Genevoix

    Créé à l’initiative de l’écrivain Maurice Genevoix et d’autres survivants, le musée a été agrandi et modernisé entre 2013 et 2016, année où il a été réouvert pour le centenaire de la bataille de Verdun. La visite est passionnante ; basée sur les techniques muséales modernes elle nous fait comprendre les tenants et aboutissants des 300 jours de combats à Verdun et ses alentours. Et l’on revient sur les points de vue français, allemand, sur le Kaiser, l’Alsace et la Lorraine, l’économie de guerre, les techniques de combat, les généraux et maréchaux français ou allemands, l’arrivée et l’aguerrissement des troupes américaines (jusqu’à 2 millions d’hommes sous le commandement du général Pershing), les histoires de fraternisation entre combattants, les forts des environs pris et repris, les villages détruits, les débuts de l’aviation de guerre… jusqu’au jour tant attendu de l’armistice qui s’ouvre sur une Europe dévastée qui ne s’en est jamais vraiment remise !

    L’ossuaire de Douaumont

    Ossuaire de Douaumont – Verdun

    Réunissant les restes de quelques 130 000 combattants, français et allemands, le bâtiment construit après la guerre sur une colline qui domine une vallée de croix blanches. Les ossements sont entassés au sous-sol. Au premier étage la chapelle et une immense salle du souvenir où se succèdent des plaques individuelles avec d’autres rappelant des unités combattantes et des lieux de la bataille. C’est le lieu du recueillement. Au-dessus, le sommet de la tour offre un panorama sur cet immense cimetière de croix blanches cernée des collines ondulantes de la Meuse.

    Les forts de Douaumont et de Vaux

    Fort de Douaumont – Verdun

    Symbole de la lutte sauvage qui opposa les français aux allemands, pris et repris par les uns puis les autres, ils ont été l’objet d’un héroïsme exceptionnel de leurs défenseurs. Sortes de canonnières fixes, ils marquaient, avec d’autres, la ligne de front que les « boches » n’ont finalement jamais pu durablement franchir dans leur offensive sur Verdun. Des combats au corps à corps se sont déroulés dans les souterrains qui ont été gazés, les installations ont subi des bombardements continuels et massifs durant toute la bataille dont tous les paysages alentours portent encore les traces. Même les pigeons, seuls moyens de communication quand le téléphone fut coupé, furent héroïques. Le dernier d’entre eux a même été décoré après qu’il mourut mais porta à destination le message suivant du 4 juin 1916 en provenance de Vaux :

    Nous tenons toujours mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuse. Il y a urgence à nous dégager. Faites-nous donner de suite communication optique par Souville qui ne répond pas à nos appels. C’est mon dernier pigeon.

    Commandant Raynal

    Quelques heures plus tard les survivants français se rendaient. Il se dit que les allemands rendirent les honneurs à ces soldats alors qu’ils sortaient de leur souterrain. Mais l’inverse a également été avancé. Sur le haut du fort de Douaumont, les tourelles métalliques des canons, défoncées par les obus prussiens et tournées vers l’Est subsistent, sombre symbole d’un combat que l’on espérait définitivement révolu, hélas à tort en 1918.

    Les Eparges

    Voici le cadre du récit de guerre de Maurice Genevoix : « Ceux de 14’ ». On se promène sur ces collines reboisées comme dans les pages de l’œuvre de Genevoix, avec fascination et désespérance devant le spectacle de cette sauvagerie européenne. Il y a le monument dédié aux mineurs du génie qui s’évertuaient à creuser sous les lignes ennemies pour y déposer et faire exploser des charges de plusieurs centaines de kilos d’explosifs qui tuaient et ensevelissaient « le boche » qui ne se gênait pas pour rendre la pareille. Il y a aussi le « point X » qui domine la plaine et représente un observatoire idéal pour l’artillerie, pris et repris par les forces en présence. On y regarde désormais un paisible paysage en pensant intensément à « Ceux de 14’ ».

    La citadelle enterrée de Verdun

    Cette citadelle fut le quartier général de l’armée française durant la Grande guerre. La partie haute fut construite au XVIIème siècle, renforcée par Vauban, puis complétée d’une citadelle « basse », enterrée à la fin du XIXème avec 7 kilomètres de galeries. C’est là que fut organisée la cérémonie de désignation du soldat inconnu qui repose depuis 1920 à Paris sous l’Arc de triomphe. Le caporal Thin fut chargé de déposer un bouquet de fleurs sur le cercueil qu’il choisit, le sixième des sept présents en l’occurrence :

    Il me vint une pensée simple : j’appartiens au 6e corps. En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132e, c’est également le chiffre 6 que je retiens. La décision est prise : ce sera le 6e cercueil que je rencontrerai. »

    Auguste Thin

    La visite de la citadelle se déroule sur des chariots sans chauffeur qui cheminent dans une partie seulement des galeries et marquent des poses devant des scènes reconstituées en hologramme.

    La voie sacrée nationale

    C’est la dernière étape pour aller reprendre son train à la gare TGV Meuse, suivre une partie de cette route stratégique reliant Bar-le-Duc à Verdun, qui fut utilisée la guerre durant pour nourrir la bête guerrière en hommes et munitions. Entretenue jours et nuits par une noria de sapeurs du Génie, protégée par la force aérienne, elle a vu défiler des centaines de milliers de soldats et autant de tonnes de matériel de ravitaillement. C’était l’artère vitale à maintenir ouverte, elle le resta jusqu’à la victoire.

  • Eh oui…

    Le président de la République et son premier ministre semblent un peu fatigués ces derniers temps. Il est vrai qu’ils sont soumis à rude épreuve après plus d’un mois d’émeutes hebdomadaires. Ils ont sans doute été un peu optimistes en partant bille en tête il y a dix-huit mois après leur installation pour réformer la France. L’intention est louable, la méthode connaît quelques ratés mais ni les citoyens, ni, encore moins, les partis politiques qui les représentent n’ont véritablement changé leurs (mauvaises) habitudes. Leur évolution, si elle se produit un jour prendra plusieurs générations.

    En attendant, nous vivons dans un pays qui préfère financer à coups de milliards à fonds perdus des jeux sportifs (coupe du monde de rugby en 2013, jeux olympiques en 2024…) sur son territoire plutôt que de rembourser ses dettes ou d’investir dans des domaines productifs ou sociaux, une nation où une minorité agissante est capable d’imposer ses vues à la majorité, une République où depuis des siècles la grogne sociale s’éteint en distribuant l’argent du contribuable mais sans jamais le récupérer lorsque cela va mieux, où les partis politiques n’hésitent pas à se déjuger d’un plateau télévisé à l’autre, d’une élection à la suivante, juste pour occuper le terrain.

    Le gouvernement d’un tel pays nécessite la prise en compte de ce terreau mouvant où l’émotion prime sur la raison. Il faut arriver à concilier l’inconciliable, c’est dans la fiche de poste d’un ministre ou d’un président, le job est difficile !

  • COLETTE, ‘L’ingénue libertine’.

    Sortie : 1909

    Pour ceux qui ont refermé les aventures de Claudine avec un petit regret d’abandonner là cette allégresse littéraire, « L’ingénue libertine » permet de prolonger encore un peu le plaisir avec quelques pages supplémentaires, toujours sur le même ton et avec une égale maîtrise littéraire.

    L’aventure commence alors que Minne et Antoine, cousins adolescents, découvrent le monde et la sensualité. Elle se poursuit quelques années plus tard alors qu’ils sont mariés et que Minne est à la recherche du plaisir physique que ne lui procure pas son mari, ni d’ailleurs quelques amants de rencontre.

    Colette parle avec beaucoup de subtilité et d’ironie des choses dont on ne parle pas à l’époque, et encore moins dans le monde bourgeois du début du XXème siècle où se passe l’intrigue. Mais cette quête de Minne est irrépressible, son couple en chavire puis finalement tient bon. L’absence de jouissance était le problème, après bien des errements dans les bras des uns et des autres, c’est avec Antoine que le problème va être réglé…

    La sexualité est centrale au cœur de l’œuvre de Colette (et particulièrement la bisexualité dont il n’est pas question ici) « L’ingénue libertine » en est un nouvel épisode, toujours aussi délicat et bien écrit.

  • Un nouveau drame de la bêtise

    La concomitance des émeutes en France avec un attentat religieux à Strasbourg provoque une recrudescence inhabituelle des théories loufoques dont Mme. Michu se laisse convaincre au Café du Commerce. Qu’on en juge : les assassinats de Strasbourg auraient été commandités par le gouvernement français pour dissiper l’attention des citoyens sur les émeutiers et leurs revendications. Les premières enquêtes en cours ne confirment pas cette hypothèse.

    Encore un drame de l’abrutissement des masses attisé par le niveau du débat citoyen actuel, des tweets de Nadine Morano aux interviews des joueurs de fouteballe. Soyons optimistes, investissons dans l’éducation et l’intelligence vaincra !

  • Le retour des attentats religieux en France

    Un voyou multirécidiviste, a priori passé du banditisme au terrorisme religieux, tire au pistolet au hasard dans les rues de Strasbourg mardi 11 décembre. On en est à trois morts à ce jour plus une dizaine de blessés dont plusieurs entre la vie et la mort. Le suspect a été tué par la police ce soir après deux jours de traque dans la ville. D’origine marocaine, né à Strasbourg, ce citoyen français s’est plongé dans l’islam comme il avait baigné dans le deal et le braquage. Ces transitions qui n’ont rien de nouveau quand on regarde le parcours des terroristes religieux ayant sévi ces dernières sur le territoire français, laisse toujours l’observateur pantois tant semblent opposés les enseignements de la religion et les buts des terroristes. En réalité ces terroristes s’inspirent du langage moyenâgeux et métaphorique des livres saints, refusant d’en moderniser l’interprétation, et retournent leurs armes contre la République qui les a élevés. Le groupe Etat islamique a revendiqué cet attentat.

    Comme à chaque attentat, le sang n’était pas encore séché sur les trottoirs que les aboyeurs habituels se sont déchaînés dans l’indécence. Laurent Wauquiez fut cette fois-ci encore en tête de gondole :

    Par ce genre de message félon, le chef du parti conservateur de droite laisse penser à Mme. Michu que ses dirigeants ne font rien et se contentent de regarder passer les trains. Cette hypothèse est incorrecte et il suffit tout simplement de compulser les textes des lois anti-terrorisme qui se sont succédées depuis les attentats des années 95′ pour le constater. Non seulement les textes évoluent mais les pratiques également. Outre l’engagement militaire à l’étranger de l’armée française, l’efficacité des forces de sécurité nationale s’est beaucoup renforcée. Mais le mieux est sans doute de laisser la caravane passer devant les chiens qui aboient. Wauquiez est désormais sans doute irrécupérable pour la raison.

  • Laurent Wauquiez soutient les émeutiers

    Impayable : Laurent Wauquiez, chef de Les Républicains affirme sur un plateau télévisé qu’il n’a jamais porté de « gilet jaune », signe de ralliement des contestataires qui perturbent le fonctionnement de la République depuis plus d’un mois. Evidement une photo est rapidement ressortie des tiroirs montrant l’impétrant en… gilet jaune sur un barrage. La photo n’est pas contestée, M. Wauquiez a simplement expliqué qu’il avait oublié cet évènement.

  • Le contribuable va donc payer

    Afin de tenter de calmer les émeutiers qui perturbent la France et cassent ce qui leur tombe sous la main, la République a décidé de plusieurs mesures qui vont venir mettre un peu de sous dans les chaumières. Le tout est évalué en première analyse à 10 milliards d’euros qui vont donc être dépensés en 2019 en plus de ce qui était prévu. On ne sait pas bien encore comment cette somme sera financée : par l’impôt, la dette ou des économies par ailleurs, la dernière hypothèse étant la moins probable même si elle devrait pouvoir être mise en œuvre, au moins partiellement.

    Comme souvent, la France utilise la voie de la dépense pour résoudre une difficulté à laquelle elle est confrontée, renonçant par ailleurs à respecter ses engagements internationaux. Du coup, nombre de nos « amis » ont l’hilarité facile, on ne saurait vraiment leur en vouloir. Après la Turquie qui appelait le gouvernement français à la modération dans le traitement des émeutiers, c’est maintenant l’Italie qui se tient les côtes de rires après avoir subit les foudres françaises pour avoir annoncé un déficit budgétaire en hausse bien qu’inférieur à celui de la France, retour à l’envoyeur…

    Cela étant dit, les émeutiers affichent bien entendu que ces transferts sont insuffisants mais ne précisent pas vraiment leur intention de poursuivre ou ralentir leurs actions de blocage et d’émeutes. Nous verrons samedi prochain puisque ces manifestations sont hebdomadaires depuis un mois!

  • Jean-Louis Murat – 2018/12/10 – Paris le Café de la Danse

    Jean-Louis Murat offre plusieurs soirées au Café de la Danse en formation trio, avec un bassiste et un batteur. Ce soir, le rocker français volcanique au cœur tendre a joué avec bonheur des pièces de son nouveau disque, Il Francese, et d’autres plus anciennes de son répertoire dense et varié. A 66 ans, Murat continue de rouler sa bosse dans des salles de concert plus ou moins fréquentées. Il rencontre toujours un succès d’estime pas toujours suivi de réussite commerciale. Le grand public a souvent un peu de mal à suivre ses projets musicaux parfois déroutants. Dans une récente interview au journal Le Monde, Murat expliquait qu’il avait songé à tout arrêter avant finalement de repartir de plus belle avec une renaissance musicale.

    Ce soir le président de la République française présente une « adresse à la nation » pour sortir des émeutes qui agitent le pays ; 300 fans ont préféré assister au concert de Murat et le retrouver jouant sa guitare avec hargne et déversant ses mots avec panache. Ils se réjouissent de sa décision de poursuivre sa carrière et sont autant touchés par sa voix au timbre si particulier que par sa pugnacité à rester présent sur la scène musicale et poétique. La magnifique soirée qu’il partage avec nous en est une nouvelle démonstration.

    La formation en trio et l’environnement intimiste de la salle permettent de longues digressions de guitare. Murat n’en est pas un virtuose mais il aime triturer l’instrument, assis sur sa chaise, prolongeant ainsi les divagations dans ses textes. Sa voix nasillarde peut aussi s’envoler dans des aiguës parfois dispensables, mais l’homme est ainsi, entier et désormais serein. Il joue et chante ce qu’il sent et comme il le choisit. On le sait attaché à son Auvergne rurale ; Murat au Café de la danse c’est un peu le rock français en circuit court, garanti naturel et sans additif. On aime beaucoup et c’est très bon par où ça passe…

  • De fortes attentes comptables

    Les « experts de plateaux télévisés » enchaînent les prévisions vides de sens et annoncent comme parole d’évangile que le président de la République « après la réponse sécuritaire doit maintenant dégainer une solution politique » pour sortir des émeutes. En fait les contestataires n’attendent pas grand-chose de « politique » mais bien des annonces comptables : combien vont-ils avoir de sous en plus à court terme à la fin du mois dans leurs poches ! Pour ce faire il va bien falloir payer et financer ces dépenses, soit en augmentant des impôts, soit en baissant d’autres dépenses, soit en transférant les dépenses d’un poste à l’autre, soit en augmentant la dette.

    C’est comme à la maison, cela n’a rien de politique mais relève plutôt de la tuyauterie budgétaire. L’exercice est difficile quand il faut sortir des émeutes et satisfaire aux équilibres financiers. Ainsi va la démocratie et… le caractère des français.

  • Pete Shelley (ex-Buzzcoks) est mort

    Pete Shelley (à gauche sur la photo) est décédé ce 6 décembre d’une crise cardiaque à l’âge de 63 ans. Avec Howard Devoto (à droite) il avait fondé l’un des groupes punks les plus enthousiasmants des années 70’ : les Buzzcoks qui ont inspiré de très nombreux musiciens de l’époque. Devoto les a quittés assez rapidement pour créer un autre groupe majeur, plus new wave que réellement punk : Magazine, il est d’ailleurs parti avec une chanson emblématique coécrite par Shelley et lui-même qui sera le premier tube de Magazine : Shot by both sides.

    Les morceaux des Buzzcocks étaient courts et percutants, mélodieux et bien écrits, avec guitare et guitare. Ils furent le groupe de trois disques inégalés. Positifs, ils avaient sublimé le nihilisme punk propre aux Sex Pistols et assimilés, ils avaient aussi survécu ce qui n’était pas mince affaire à l’époque. Avec les Clash, les Stranglers, Magazine, et bien d’autres ils ont dynamité le rock des 70′ comme, quelques années plus tôt mai 68 avait secoué les générations d’après-guerre en Europe et aux Etats-Unis. Rien de grave ni dramatique, seulement l’extrême urgence de jeunes musiciens qui se sont emparé de leur art pour le conformer à leur vie. Shelley fut l’un des plus brillants d’entre eux.

    Les Buzzcocks continuaient à tourner de ci de là avec une formation renouvelée au service de Pete et du deuxième guitariste d’origine Steve Diggle. On les avait vu en 2013 à la Cité de la musique dans le cadre de l’exposition Europunk. Adieu l’artiste, tu nous manques déjà.

    Lire aussi :  Buzzcocks 2013

  • Du pain béni pour les pays autoritaires

    Les émeutes françaises déclenchent une salve de commentaires réjouis de nombre de démocratie « illibérales » qui avaient subi elles-mêmes des remarques diplomatiques de la France à diverses occasions sur le respect des droits de l’Homme ou du droit de manifester. C’est évidemment du pain béni pour les dirigeants de nombre de ces pays qui  veulent nuire aux démocraties occidentales. La Turquie en tête de gondole appelle Paris à plus de « retenue » et dénonce « l’usage disproportionné de la force ». A Moscou, le ministère des affaires étrangères déclare :

    « Nous appelons les autorités parisiennes à s’abstenir de tout recours excessif à la force, conformément aux principes généralement admis de l’humanisme. »

     Même Donald y va de son petit tweet vengeur :

    « Je suis content de voir que mon ami @EmmanuelMacron et ceux qui protestent acceptent la conclusion à laquelle je suis parvenu depuis deux ans : l’accord de Paris est fondamentalement mauvais, car il provoque une hausse des prix de l’énergie pour les pays sérieux, tout en donnant un blanc-seing à certains des pires pollueurs. »

    C’est évidemment de bonne guerre, même si assez peu élégant, mais la France récolte un peu le fruit des leçons de morale qu’elle se croit régulièrement autorisée à distribuer à travers la planète.

  • Le gouvernement adopte une proposition des émeutiers

    Ça y est : le pouvoir s’incline devant la violence et annule les hausses de taxes sur les carburants qui ont déclenché les émeutes en cours en France. Le coût serait de 3 ou 4 milliards au titre de l’année 2019. Cette recette étant déjà prévue pour le financement des dépenses 2019, il faudra sans doute augmenter un autre impôt ou baisser les dépenses d’un montant équivalent si la République veut maintenir son déficit dans l’ordre de grandeur initialement annoncé. Le premier ministre a indiqué que cette décision se traduirait par une réduction de dépenses ce qui risque de ne pas être très populaire.

    Entre temps, la liste des revendications économiques s’est considérablement accrue et le coût pour les finances publiques (et donc les prélèvements sur les contribuables) risque d’être important. Nous sommes en France et la contestation ne se résout généralement que par de la distribution d’argent public. C’est le syndrome national une nouvelle fois à déplorer. On distribue lorsque les choses vont mal et on ne sait pas reprendre lorsqu’elles s’améliorent. Nous vivons sans doute aujourd’hui une nouvelle étape de cette maladie chronique.

  • La catégorie des semeurs de trouble

    Les commentateurs des émeutes qui agitent actuellement la France glosent sur les catégories de manifestants : il y aurait les « gilets jaunes » historiques cherchant l’abolition de la taxe sur les carburants mais étant doux comme des agneaux, des « gilets jaunes » radicalisés ne négligeant pas de balancer un pavé de temps en temps sur les forces de l’ordre et pouvant faire preuve d’un peu plus de nervosité, des casseurs, des autonomes, des identitaires, des extrémistes de droite ou de gauche, etc. etc.

    Tout ce petit monde appartient en tout état de cause à la catégorie unique des « semeurs de trouble » et si les « doux comme des agneaux » ne veulent pas être associés aux émeutiers, il leur suffit de rentrer chez eux lorsque la violence commence…

  • Londres a finalisé son projet de divorce

    L’Union européenne et le Royaume-Uni sont convenus d’un accord de divorce sur un mode amiable après presque deux années de négociation. Cet accord semble préserver la chèvre et le chou : on prolonge un peu l’union douanière, on ne rétablit pas de frontière physique entre la République d’Irlande et le territoire d’outre-mer d’Irlande du Nord, on protège les expatriés chez les uns et chez les autres, bref on est arrivé à un juste milieu conclu entre gens intelligents et de bonne compagnie, conscients de la volonté et des intérêts des populations qu’ils représentent.

    Néanmoins, le premier ministre doit maintenant faire endosser ce projet d’accord par son parlement et la partie ne semble pas gagnée tant il s’agit justement d’un accord « modéré » donc considéré comme trop ou trop peu selon qu’il soit vu par les partisans du maintien dans l’Union ou ceux voulant la quitter à n’importe quel prix. Les députés britanniques ont maintenant dans leurs mains le sort de leur pays pour les prochaines décennies ; sacré enjeu ! Alors que les politiciens de circonstance qui ont lancé le Royaume dans cette voie inconnue du référendum pour ou contre le brexit ont tous plus ou moins fui leurs responsabilités, à commencer par le premier ministre David Cameron, laissant à leurs successeurs la complète impréparation du processus de divorce, les parlementaires vont avoir le dernier mot. Le vote est programmé pour le 11 décembre, gageons que nombre d’entre eux risquent d’avoir quelques insomnies d’ici là.

  • Un grand moment de faux-jettonerie politicienne

    Samedi dernier, les contestataires anti-taxe sur le gas-oil ont manifesté leur mécontentement à travers le pays, parfois renforcés par les habituels « casseurs » désormais inévitables dans tout rassemblement. Certaines villes ont été sérieusement secouées par ces perturbateurs. Paris notamment a vu ses beaux quartiers livrés aux combats de rue, noyés sous les gaz lacrymogènes et la fumée des incendies. Les forces de l’ordre ont fait preuve de beaucoup de sérénité face au déchaînement des sauvageons qui ont tagué partout où ils le pouvaient, y compris sur l’Arc de Triomphe, fait les zouaves devant le monument aux morts, pillé des boutiques, attaqués les colonnes de CRS en vagues successives, bref ils se sont exprimés. D’autres troubles sérieux ont eu lieu en province, « dans les territoires » comme il est désormais d’usage de le dire : préfecture incendiée à Vaux-en-Velay, affrontements divers un peu partout, blocages de circulation de ci de là. C’est un miracle qu’il n’y ait eu que des blessés. On compte toutefois plusieurs morts depuis le début de ce mouvement il y a trois semaines, mais plus par accident qu’autre chose. Le lien avec ce mouvement de contestation est malgré tout évident.

    Depuis ce samedi agité c’est un festival de faux-jettoneries dans le microcosme. Avant ce samedi noir, le personnel politique d’opposition dans son ensemble avait quasiment appelé à l’émeute : Marine Le Pen avait exigé l’ouverture des Champs-Elysées aux sauvageons, Laurent Wauquiez visité un barrage routier la semaine dernière, Isabelle Balkany publié des gilets jaunes sur son compte tweeter, Jean-Luc Mélanchon crié à l’unisson des casseurs « Macron démission », on en passe et de meilleures. Cette opposition accuse maintenant le gouvernement de faiblesse face aux manifestants et chacun critique la façon dont l’ordre a été plus ou moins maintenu. Il fallait ouvrir les Champs-Elysées, ou pas, il fallait plus de policiers mobiles, ou moins, il fallait faire appel à l’armée, à moins que non, etc. etc. Chacun de ces politicards aux petits pieds s’érige en spécialiste du maintien de l’ordre sur les plateaux télévisés et y va de sa conclusion définitive sur le sujet.

    Lorsque l’on voit les images des combats à Paris on imagine aisément que les autorités ont tout fait pour éviter que les opérations de maintien de l’ordre ne se traduisent par des dommages plus graves du côté des manifestants. Il y eut de nombreux blessés, dont l’un gravement après avoir pris sur la tête une grille du jardin des tuileries consciencieusement dessoudée par les émeutiers, dont l’impétrant semble-t-il, quelques mains arrachées par des grenades, mais pas de mort. Ces cassandres qui aujourd’hui, confortablement installés dans les palais de la République et rémunérés par les contribuables, critiquent l’échec du pouvoir, auraient bien entendu été les premières à monter au front pour accuser le gouvernement de disproportion dansl’usage de la force s’il y avait eu des morts. Bref, ces pratiques politiques alliant mauvaise-foi et manque de courage continuent à tirer la France vers la décadence. On les croyait en voie d’abolition avec l’arrivée en 2017 d’un pouvoir jeune et innovant, il y a encore beaucoup de progrès à faire pour ce personnel politique assis sur ses certitudes.

    Sur le fond, la République fait face à des contestataires qui veulent « plus desous » et se tournent vers l’Etat pour régler ce problème, n’hésitant pas à compromettre, voire à s’allier, avec des voyous. Ce qu’ils veulent c’est que la France réussisse économiquement, vite, et que le fruit de cette réussite soit mieux réparti. Ils le font savoir bruyamment et s’opposent sur la méthode mise en œuvre aujourd’hui par les dirigeants élus il y a seulement dix-huit mois. Idéalement il aurait été préférable qu’ils manifestent dans les urnes lors des prochaines élections plutôt que dans la rue, mais ils ne peuvent pas attendre. Le programme de réformes économiques mené actuellement est destiné à résoudre leur première revendication et remettre le pays sur les rails de la croissance. Il n’est pas sûr que leur deuxième revendication, celle de l’équité, soit vraiment au programme… Les bases de celui-ci sont essentiellement libérales et la justice sociale n’a jamais été véritablement un objectif de ce modèle économique, même si des effets collatéraux positifs peuvent en ressortir pour toutes les couches de la population. Jusqu’ici l’Etat français s’est employé à exercer une redistribution sociale en prélevant l’impôt et en le reversant via des prestations sociales. L’exercice a des limites qui ont été atteintes où la population a globalement le sentiment de trop payer par rapport à ce qu’elle reçoit. C’est évidemment macro-économiquement faux puisque l’Etat étant déficitaire depuis 40 ans c’est donc bien qu’il dépense plus qu’il n’encaisse. Nous en sommes là et la revendication générale porte sur « on veut plus de prestations et moins d’impôts ». C’est un cercle vicieux qui n’est pas soluble par des slogans ni des dogmes, mais par de l’intelligence. Le temps n’est pas à la raison pour le moment. Laissons passer l’orage.