Auteur/autrice : Rehve

  • TESSON Sylvain, ‘Un été avec Homère’.

    Sortie : 2018, Chez : Editions des Equateurs.

    Sylvain Tesson, écrivain pérégrin, ne raconte pas cette fois-ci ses propres voyages mais commente L’Iliade et L’Odyssée d’Homère. Il s’agit en fait de la compilation de chroniques radiophoniques diffusées à l’été 2017 sur France-Inter. Pour les écrire il s’exila quelques semaines sur une ile de la mer Egée, au cœur du théâtre des exploits d’Ulysse.

    Evidemment, celui qui n’a pas lu Homère est un peu perdu dans toutes ces références aux Dieux et aux lieux de l’antiquité grecque. Pour beaucoup, le cheval de Troie n’est que le nom d’une technique permettant d’introduire des virus dans des systèmes informatiques… Mais qu’importe, Tesson nous remémore combien fut grande cette civilisation grecque polythéiste qui a largement autant fondé ce qu’est devenu l’Occident que la religion chrétienne monothéiste qui s’en suivit.

    L’histoire d’Homère n’est que bruit et fureur, force et beauté, guerre et amour, ambitions et massacres, c’est l’aventure de l’Homme qui n’a rarement été qu’une promenade de santé. On ne sait pas bien d’ailleurs si Homère a véritablement existé ou s’il n’est qu’un personnage conceptuel. Quoi qu’il en soit, ces longs poèmes que sont L’Iliade et L’Odyssée lui sont attribués et ont traversé les temps depuis le VIIIème siècle avant JC pour rester l’un des textes fondateurs de la littérature humaine.

    Ce que l’on découvre dans cette incroyable fresque des Dieux et des Hommes c’est que la nature humaine n’a guère évolué depuis bientôt 30 siècles. Difficile de dire s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle, mais Tesson prend un malin plaisir à souligner ce constat par des rapprochements, parfois osés, avec l’Homme « moderne ».

    Accessoirement toutes ces références viennent nous rappeler, si besoin en était, le rôle créateur et destructeur du monde méditerranéen depuis ces 30 siècles, et la violence endémique qui s’attache à cette région. Là encore, rien n’a véritablement changé.

    En refermant cet ouvrage on a envie d’ouvrir L’Iliade, puis de poursuivre avec L’Odyssée, Tesson a donc atteint son but.

  • La presse ventile le vide

    Un remaniement ministériel est annoncé depuis quelques jours suite à l’abandon de poste du vieillard félon qui occupait le fauteuil de ministre l’Intérieur. Le président et le premier ministre prennent leur temps pour mettre en œuvre ce mouvement. Après tout rien ne presse, un ministre intérimaire a été désigné et, surtout, les fonctionnaires de ce ministère font leur boulot. Les citoyens ne semblent pas trop s’émouvoir de cette situation plus préoccupés par leur quotidien que par cette éphémère agitation médiatique de salons parisiens.

    Le plus édifiant dans cette histoire est que la presse ne sait pas se taire quand elle ne sait pas ou même dire « je ne sais pas, passons au sujet suivant ». Elle ne connait pas ni quels ministres seront remplacés, ni par qui. Alors sur les plateaux télévisés chacun y va de son pronostic, certains font allusion avec un air entendu à des informations confidentielles qu’ils auraient obtenues, d’autres à des contacts au plus haut niveau qui seraient les leurs, untel saurait que tel élu aurait refusé une proposition, qu’un autre aurait sollicité un poste… En fait, très peu de monde doit savoir quelque chose et c’est très bien ainsi. Un remaniement ministériel ce n’est pas une vente aux enchères, discrétion et efficacité doivent être de rigueur. Mais cela, un journaliste de rencontre le vit comme une « entrave au devoir d’informer ».

    Dans les écoles de journalisme on doit donner des cours sur le thème « remplir le vide sur les ondes quand on ne sait rien ». On peut penser que cet enseignement est de qualité car télévisions et radios françaises pullulent d’experts capables de tenir un plateau en moulinant dans le vide jusqu’à épuiser leurs auditeurs sans rien leur apprendre. Cette attitude est un étrange mélange entre autosatisfaction, nombrilisme et inculture. Heureusement il reste encore quelques médias où l’intelligence et la compétence priment sur la ventilation. Soutenons-les pour qu’ils survivent !

  • Le pape et le tueur à gage

    Le pape catholique gratifie son marché d’une nouvelle déclaration contre l’avortement :

    « Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?… Est-il juste d’avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème ? »

    Rien de bien nouveau sur le fond, l’Eglise a été, est et restera hostile à cet acte qui contrevient à son idéologie. La comparaison du médecin pratiquant l’avortement à un tueur à gages sera certainement appréciée par la communauté médicale. Les médecins qui croient à la Bible approuveront, ceux qui croient à la Raison souriront. Le mieux est certainement de traiter cette nouvelle saillie papiste par le dédain, vouloir convaincre l’Eglise catholique des bienfaits de l’avortement c’est un peu comme d’imaginer Marx en trader à Wall-Street chez Goldman Sachs. On ne saurait faire boire un âne qui n’a pas soif !

    Evidement ces assertions moyenâgeuses renforcent ceux qui sont déjà convaincus mais il est improbable qu’elles fassent changer d’avis ceux qui privilégient la raison sur le dogme. En Europe certains pays restreignent considérablement (voire cherchent à interdire) le droit à l’avortement, ce sont les nations à forte domination catholique comme la Pologne ou l’Irlande. Les pouvoirs en place y sont élus démocratiquement et les conservateurs y dominent, ils adorent le pape et détestent l’avortement, c’est ainsi, on ne saurait toujours pas faire boire un âne qui n’a pas soif ! Sans doute les nouvelles générations feront évoluer la situation vers plus d’intelligence, une question de temps. Il suffit de voter pour un parti d’inspiration plus libérale et d’aller moins à la messe…

  • L’écume inutile de la politique

    On le sait, suite à la démission du ministre de l’intérieur, vieillard irresponsable de 71 ans abandonnant le navire après une année au service de la République, un remaniement ministériel est nécessaire car il faut au moins remplacer le déserteur. En attendant, un intérimaire a été nommé en la personne du premier ministre. Il y a du monde sur le pont.

    Les nominations n’ont pas encore été annoncées au bout de plusieurs jours alors les journalistes mondains et l’opposition à court d’idées glosent sans fin sur cette défaillance du pouvoir en place. Dans la réalité, la maison est tenue par les hauts fonctionnaires et il n’y a pas défaillance du pouvoir. Vu d’ailleurs le calibre du partant, on peut penser que ces dits fonctionnaires étaient déjà aux commandes lorsque le ministre âgé était à leur tête.

    Ce déchaînement éphémère permet une fois de plus aux occupants des médias de s’exonérer de travailler sur les vrais sujets. Plutôt que de lire le projet de loi de finances 2019 (274 pages) et de l’expliquer aux citoyens, les journalistes de circonstance préfèrent parier sur l’heure exacte d’annonce de la composition du nouveau gouvernement. Plutôt que d’annoncer leurs programmes alternatifs de gouvernement les oppositions politiques diverses choisissent d’invectiver le pouvoir devant la télévision à l’assemblée nationale au sein de laquelle ils sont rémunérés par les contribuables pour travailler et non pour jouer au ballon.

    Le chef du groupe Les Républicains à l’assemblée a fait aujourd’hui cette déclaration inoubliable au premier ministre qui l’écoutât avec sérénité :

    « … quand les premiers soutiens désertent ou n’y croient plus, c’est une Bérézina annoncée. Ce n’est pas votre capacité à composer un gouvernement qui va rassurer les français. Depuis une semaine, la tragi-comédie continue. Vous n’arrivez même plus à dissimuler l’affaiblissement du pouvoir exécutif… Le président de la République a perdu son autorité, son crédit, son image personnelle est durement entachée. Votre politique est un échec. Le chômage, les impôts, le pouvoir d’achat, tous les indicateurs sont au rouge. Vous êtes aujourd’hui incapable de proposer un gouvernement crédible à la France tant c’est le vide autour de vous monsieur le premier ministre. Ma question est donc simple : jusqu’à quand cette mascarade va-t-elle continuer monsieur le premier ministre ? »

    Ce garçon, Christian Jacob, joue le rôle de l’aboyeur en chef de la droite depuis si longtemps. Ex-ami de Jean-François Coppé, voilà des années qu’il injurie ceux qui ne sont pas dans son camp. Les comptes rendus des débats de l’assemblée nationale en attestent. Il faut quand même une drôle de constitution d’esprit pour exercer un tel métier. Sur sa fiche signalétique de l’assemblée nationale il se déclare « agriculteur » ; cela doit tout de même faire un moment qu’il n’a pas fait de récolte, il préfère manifestement le champ de bataille des questions au gouvernement que les champs de colza. Il fait partie de ce personnel politique qui abaisse le débat et abrutit ceux qui l’écoutent. Il a 58 ans, et sans doute encore sur la scène pour longtemps…

  • Le psychodrame de la baisse les dépenses

    Le grand dossier du gouvernement français de la baisse des dépenses publiques par le pouvoir actuel. Rien de bien grave, cela dure ainsi depuis plus de 40 ans et aucun gouvernement n’a osé essayer (juste essayer) à commencer à ralentir légèrement la progression des dépenses qui ont toujours augmenté en France plus rapidement que les recettes, créant ainsi les 2 000 milliards d’euros de dette, toujours en hausse, que nous laissons à nos enfants.

    Le projet de budget 2019 prévoit la baisse du nombre de fonctionnaires « conseillers techniques sportifs » de 1 600. Aussitôt le hourvari se déclenche de toutes parts : c’est un drame national, la France aura moins de médailles aux prochains jeux olympiques, la République ne s’en remettra pas, notre jeunesse va tomber au fond du gouffre, etc. etc. Avec son manque de subtilité habituelle, la société française, de Mme. Michu aux journalistes mondains en passant par les tweetos politicards, explique combien ces 1 600 conseillers sont un élément stratégique du futur de la France dans le monde.

    Comme toujours, chacun est d’accord pour que baissent les dépenses publiques, mais en commençant chez le voisin. Intérêt général contre intérêts particuliers, encore. Une République rongée par la dette devrait pouvoir se poser sereinement et démocratiquement la question de la priorisation de ses dépenses. On peut sans doute imaginer que quitte à réduire la dépense, commencer par celle concernant le sport n’est pas la plus mauvaise des directions possibles. Mais… il faut aussi arriver à convaincre les français que « baisser les dépenses » signifie que les dépenses vont diminuer. Vaste tâche !

  • Irresponsable !

    Le ministre de l’intérieur (71 ans) qui avait annoncé dans le journal L’Express sa volonté de quitter ses responsabilités ministérielles pour récupérer son ancien mandat de maire de Lyon, déclare cette semaine dans le journal Le Figaro qu’il présente sa démission le jour même, puis, celle-ci refusée, réitère le lendemain dans le même journal avant d’obtenir satisfaction et l’autorisation de fuir les responsabilités dont il avait été investi.

    Bien entendu cette fuite inattendue perturbe durablement le travail gouvernemental et déclenche le bonheur de l’opposition et des journalistes mondains qui ne parlent plus que de ça. Bref, la République pâtit de l’acte d’un homme qu’elle croyait à son service. Le comportement de ce personnage âgé est irresponsable et égoïste ! Et pour quelles raisons déclenche-t-il tout ce désordre ? Pour récupérer son fauteuil de maire de Lyon, à 71 ans, et briguer un quatrième mandat. C’est l’illustration de l’un des syndromes de notre époque : l’abandon de tout sens de l’intérêt général au profit de ses objectifs personnels, à plus de 70 ans, se faire réélire maire de Lyon pour la quatrième fois.

    Un vieillard qui se croit indispensable pour ses anciens électeurs lyonnais déclenche un tohu-bohu de première catégorie au cœur de l’Etat. Aveuglé par sa suffisance il n’hésite pas à laisser tomber son job de ministre au bout de douze mois en poste. Un homme rongé par l’ambition et la suffisance dont on espère que la ville de Lyon le renverra à une retraite qu’il aurait déjà dû prendre depuis longtemps. C’est affligeant !

    Lire aussi : On démissionne à la télé

  • TESSON Sylvain, ‘Eloge de l’énergie vagabonde’.

    Sorti en : 2007, Chez : POCKET 13536

    Toujours à la recherche d’idées saugrenues pour justifier ses pérégrinations, Sylvain Tesson décide cette fois-ci de suivre à vélocipède la route des pipe-lines transportant le pétrole des Républiques d’Asie centrale vers l’Ouest. Ce chemin lui permet de vivre son attirance pour les pays de l’Est et de réfléchir sur l’importance de l’or noir pour l’économie de notre planète depuis plusieurs siècles.

    Parti de la mer d’Aral en Ouzbékistan il pédale jusqu’aux rives de la Turquie méditerranéenne, entre chaleurs et vents du désert, au cœur de pays déglingués mais parfois extrêmement riches, souvent dirigés par des satrapes soviétisant, il chemine sans peur et sans reproche, bivouac au milieu de nulle part, croise des personnages improbables : douaniers, exploitants de plateformes pétrolières, éleveurs…

    Le pétrole est le fil conducteur de ces errements à travers les steppes asiatiques, sa puissance, ses méfaits, la pollution engendrée, celle des paysages comme celle des âmes,

    « Il brûle comme le sang de Satan. Il pue le souffre. […] Les guerres, les tensions, les corruptions qu’il suscite sont les preuves de l’énergie obscure qu’il dégage. »

    Mais cette énergie est l’alpha et l’Omega du développement économique de la planète et les pipe-lines courent sur la surface de la terre comme les veines sous la peau de l’Homme pour irriguer la vie.

    Tesson en profite, bien sûr, pour évoquer l’homo-soviéticus dont il est si proche, fait d’un mélange de vodka, de désespoir, d’énergie créatrice et souvent destructrice. Des musulmans du Kazakhstan aux chrétiens de Géorgie, Tesson dresse une fresque humaine rocambolesque de ces populations disséminées sur sa route. Il le fait dans son style toujours percutant où ses observations se mêlent à ses références philosophiques et littéraires. Il a le sens de l’aventure définitive, il a la plume d’un Kessel pour la faire partager à ses lecteurs !

  • Les impressionnistes à Londres – Petit Palais


    1870 : nos amis les allemands-prussiens envahissent la France qui leur a déclaré la guerre, ils laminent l’armée française, le second Empire s’effondre, la commune se déclenche, la répression la vainc, mais quelques années de trouble poussent des artistes à s’exiler à Londres (où les retrouvera, ironie de l’Histoire, Napoléon III en exil…).

    Les peintres y pendront l’Angleterre de l’époque : Monet, Pissaro, Sisley, Tissot et bien d’autres. Le Petit Palais expose leurs œuvres de ces années britanniques. Les échanges créatifs avec les artistes anglais sont nombreux et ces peintres exilés vont s’inspirer et restituer avec talent les atmosphères londoniennes faites de brumes et de suractivité industrielle et fluviale, mais aussi d’élégantes déambulant dans les parcs ensoleillés. Quelle sublime génération d’artistes !

  • COLETTE, ‘Claudine 1/5 – Claudine à l’école’.

    Sortie : 1900

    Il importe à 60 ans passés d’avoir lu Colette, le chroniqueur s’y emploie depuis peu pour rattraper ce temps perdu. Auteure prolixe, éditrice, actrice, journaliste, présidente de l’Académie Goncourt, grand Officier de la Légion d’honneur, médaillée de de l’Académie Arts-Sciences-Lettres, consommatrice de (trois) maris et de bien plus d’amants et d’amantes, Sidonie-Gabrielle Colette n’est sans doute plus beaucoup étudiée dans notre monde moderne, et pourtant quel talent ! La série des Colette sera d’abord signée de « Willy » le nom de son premier mari, avant qu’elle n’en récupère la maternité après leur séparation.

    « Claudine à l’école » retrace la vie un peu fofolle d’une adolescente dans un village de province : Montigny, sans doute en référence au village de naissance de Colette dans l’Yonne. Ce roman certainement inspiré de la vie de son auteure (comme toute la série des Claudine) fit scandale lors de sa parution en 1900 ce que l’on peut comprendre compte tenu de sa description sans tabou des mœurs d’une époque, narrées pourtant avec élégance mais perspicacité, y compris la bisexualité, quand on avait plutôt tendance à les cacher, morale chrétienne et républicaine obligeant.

    C’est dans un style léger et soigné que l’on suit les apprentissages de Claudine à la vie. Un père scientifique, aimant et négligeant la laisse plutôt seule pour cette découverte. Elle saura exploiter sa liberté pour faire les 400 coups à l’école, tourner en bourrique sa maîtresse vivant une histoire d’amour avec son adjointe, décrire le cirque communal des élus visitant régulièrement et avec un peu trop d’empressement l’école de jeunes filles, les réunions électorales très prisées pour les copieux repas bien arrosés. Elle y décrit aussi avec tendresse l’attachement à sa région, ses grandes promenades dans les bois et forêts avoisinants, une maison aux multiples recoins secrets et sa chatte Fanchette que l’on retrouvera dans les autres volumes.

  • de BEAUVOIR Simone, ‘Le deuxième sexe – tome 2/2’.

    Sorti en : 1949, Chez : idées nrf.

    A la suite du Tome I qui retraçait la place de la Femme dans l’Histoire, ce deuxième volume aborde la situation de la femme au mitan du XXème siècle : l’épouse, la mère, la vie en société, la prostituée, la femme mature puis vieille. S’en vient ensuite l’analyse de la « justification » : la narcissiste, l’amoureuse, la mystique ; avant de conclure sur la Femme « vers la libération ».

    Les développements de Beauvoir sont toujours aussi fascinants par la puissance de cette pensée philosophique qui reste parfaitement logique et compréhensible par le lecteur.

    L’impérialisme de l’Homme est détaillé comme sa volonté de cultiver sa petite tyrannie sur terre car en plus d’être admiré et aimé il a besoin d’asséner sa puissance voire sa violence comme thérapie à l’accumulation des rancunes accumulées avant son mariage… La femme se soumet, ou pas, puis le couple se délite :

    « Le couple [devient] une communauté dont les membres ont perdu leur autonomie sans se délivrer de leur solitude ; ils sont statistiquement assimilés l’un à l’autre au lieu de soutenir l’un avec l’autre un rapport dynamique et vivant… »

    La situation de mère met encore plus en avant l’hypocrisie prévalant dans les rapports entre l’Homme et la Femme. On conteste à cette dernière toute capacité à l’action publique ou à une carrière professionnelle mais on lui confère la mission suprême : la formation d’un être humain. La grossesse, le contrôle des naissances, l’avortement sont passés au crible d’une analyse sans concession illustrant la sous-condition de la Femme et la mauvaise foi de courte vue avancée par la société pour justifier cette inégalité fondamentale :

    « Que l’enfant soit la fin suprême de la femme, c’est là une affirmation qui a tout juste la valeur d’un slogan publicitaire. »

    Et quand la vieillesse point, l’Homme perd de sa superbe car devenu totalement inutile alors que sa femme garde au moins la direction de la maison et se rend compte du jeu de dupes que fut sa vie d’épouse. Et c’est encore de l’amertume…

    Alors même lorsqu’il s’agit de libération, la femme de 1949 vue par de Beauvoir affronte encore « l’injuste malédiction attachée à la féminité ; se résignant à cette infériorité elle l’aggrave… »

    L’auteur conclue sur le fait que tant que l’Homme et la Femme ne se reconnaîtront pas comme « des semblables », c’est-à-dire tant que l’on maintiendra la spécificité de la féminité le conflit perdurera, et c’est là l’immense contradiction non résolue, même de nos jours, qui maintient l’oppression. Beauvoir se félicite que les hommes (déjà en 1949) aient évolué vers l’émancipation de la Femme, plus ou moins contre leur gré, mais dans le sens de leur intérêt. Elle prédit que le mouvement se poursuivra et que l’avenir sera réinventé malgré une relative perte de la féminité : même une fois l’égalité atteinte il restera bien sûr certaines différences, et d’abord son érotisme, donc son monde sexuel, une sensualité et une sensibilité singulière, son rapport à l’Homme et à l’enfant seront toujours spécifiques même si la Femme est émancipée.

    Le livre se termine sur un espoir :

    « … que par-delà leurs différenciations naturelles hommes et femmes affirment sans équivoque leur fraternité. »

    Allons, tout n’est pas perdu !

  • Guigone et Nicolas à Beaune

    En 1443 Nicolas Rolin et Guigone de Salins fondent un hôpital pour les Pôvres afin d’apporter soins et charité à une centaine de nécessiteux. C’est un peu l’ancêtre de la sécurité sociale sauf que le financement vient de ce riche couple au lieu de la communauté des cotisants comme aujourd’hui. Dieu n’est jamais loin dans cet établissement qui deviendra les « Hospices de Beaune » et qui accueillit des malades jusqu’en 1971 dans un décor classé monument historique dont les célèbres tuiles peintes composent la toiture. Désormais recyclé en musée « L’Hôtel Dieu » est dédié au souvenir de gens qui se sont dévoués des siècles durant à l’intérêt général.

    Le personnel désormais laïque a maintenant été transféré dans un hôpital moderne toujours à Beaune, établissement public de santé original qui détient toujours l’Hôtel-Dieu mais aussi, suite à de nombreux legs au cours des siècles, un domaine viticole de 60 hectares d’excellentes appellations de Bourgogne qui sont commercialisées à l’occasion d’une vente de charité annuelle et dont les revenus servent à l’entretien du patrimoine des Hospices, ainsi qu’à la modernisation des équipements et bâtiments hospitaliers. Sympathique et historique organisation !

  • On démissionne désormais à la télé

    Une vague de démissions ou de mutations agite le monde politique ces derniers temps. Rien de bien grave sinon la confirmation que des ministres ou assimilés renoncent après quelques mois de travail, soit bien rapidement après avoir accepté une mission confiée par des électeurs et une rémunération versée par les contribuables. On ne peut dire qu’ils aient vraiment de la constance dans l’effort, on dirait un peu des enfants qui jettent leurs jouets deux semaines après les avoir découverts sous le sapin de Noël.

    Rien de bien grave, non, et la caractéristique première de ces décisions est que tout se passe désormais dans les médias avant même que devant leurs employeurs même s’il est vrai que les citoyens sont un peu leurs employeurs. Ces derniers jours, le ministre de l’écologie a démissionné sur France-Inter, un adjoint de la mairie de Paris a démissionné dans Le Monde et le ministre de l’intérieur (71 ans) a annoncé son prochain départ du gouvernement dans L’Express pour se présenter à des élections municipales prévues seulement en 2020.

    Tous ces personnages imbus d’eux-mêmes mettent leurs départs en spectacle pour en tirer on ne sait trop quel avantage. Là où l’on souhaiterait efficacité et discrétion, nous n’avons que renoncement et mise en scène. Certains d’entre eux vantent les mérites de l’entreprise privée, ils feraient bien de s’y recycler quelques temps histoire de voir si l’on peut partir ainsi du jour au lendemain en claquant la porte puis en répandant son amertume ensuite dans des journaux à grand tirage…

  • Décès de Rachid Taha

    Rachid Taha est décédé ce 12 septembre à 59 ans : que la terre lui soit légère.

    Chanteur engagé d’origine algérienne, il a mixé avec bonheur le raï et le rock, mené le groupe Carte de Séjour puis une carrière solo flamboyante. Révolté gouailleur, ses concerts était une explosion de joie. Nous allons le regretter.

    Lire aussi : Rachid Taha – 2013/05/16 – Paris le Trianon

  • Garbage – 2018/09/20 – Paris le Bataclan

    Garbage – 2018/09/20 – Paris le Bataclan

    Concert intimiste de Garbage au Bataclan pour le 20ème anniversaire de l’album Version 2.0 : Shirley Manson et ses quatre cavaliers de l’apocalypse électrique ont déchaîné une assistance conquise ce soir. La couleur orange est bien entendu de mise ce soir, celle de la couverture du deuxième album de ce groupe énergique. Un show mené sur un rythme d’enfer dans l’atmosphère moite du Bataclan. Le groupe ne ménage pas son énergie, plutôt habitué à des salles et des scènes plus vastes, il laisse à Shirley son espace vital où la diabolique, accrochée à son micro, tourne comme un lion en cage.

    Rares sont les moments de répit, celui qui termine le show sur You Look So Fine est un instant magnifique qu’elle clôt avec sa guitare rose en faisant durer ce final mélancolique instrumental qu’elle transforme en rage…

    Ending with letting go
    Let’s pretend we get a happy end
    Let’s pretend we get a happy end
    Let’s pretend, happy end…

    Garbage(You Look So Fine)

    avant de quitter la scène pour y revenir pour un rappel de braise où sera notamment joué la nouvelle et étrange chanson No Horses, pleine de dévastation mais qu’elle qualifie de « happy song » dans un grand éclat de rire !

    Garbage, une valeur sûre, un bon gros vieux rock qui nous enchante, avec une touche de sophistication dans le son lui donnant un petit caractère alternatif et des paroles plutôt sombres en harmonie avec l’époque. La voix éclatante et le charme de Shirley font le reste… depuis 1995 ! A part lancer des tournées de 20ème anniversaire de ses premiers albums, Garbage continue à en produire de nouveau de la même veine. Le dernier date de 2016, Strange Little Birds.

    Set list

    Afterglow/ Deadwood/ Temptation Waits/ Wicked Ways (with interlude of Depeche Mode’s « Personal Jesus »)/ Special/ The World Is Not Enough/ 13x Forever (with The Kinks’ « Tired Of Waiting » outro)/ Get Busy With the Fizzy/ Hammering in My Head/ Medication/ Thirteen (Big Star cover) / Can’t Seem to Make You Mine (The Seeds cover)/ I Think I’m Paranoid/ Sleep Together/ Dumb/ Soldier Through This/ Lick the Pavement/ Push It/ When I Grow Up/ You Look So Fine (incl. snippet of ‘Dreams’ by Fleetwood Mac)

    Encore : The Trick Is to Keep Breathing/ No Horses/ Cherry Lips (Go Baby Go!)

    Lire aussi

  • U2 – 2018/09/13 – Paris Bercy

    U2 – 2018/09/13 – Paris Bercy

    Un concert de U2 est toujours un bon moment à passer, surtout quand il se déroule à Paris ! Le groupe créé à la fin des années 70’ continue à sortir des disques, bon point, mais a remplacé la flamboyance d’antan par un recours à un visuel électronique et sophistiqué. Cette fois-ci, la scène de Bercy est traversée par un immense écran, perpendiculaire à la scène et aboutissant à celle-ci. La surprise du jour vient du fait qu’il s’agit en fait d’un double écran à l’intérieur duquel chemine une passerelle pouvant accueillir nos quatre loustics. Ils jouent d’ailleurs l’intro depuis cette passerelle mobile qui ondule entre ses écrans, avant de rejoindre la scène. Ils referont des apparitions dans l’écran tout au long du show, l’empruntant notamment pour aboutir à une b-stage où ils joueront le set acoustique de la soirée.

    L’éternel Bono-en-lunettes affiche des cheveux permanentés mais se porte encore bien sur ses talonnettes. The Edge cache toujours son crâne sous un calot noir façon cardinal, mais quel guitariste de talent ! Adam à la basse a les cheveux uniformément blancs, laqués eux-aussi et Larry, le bogoss de la bande marque le rythme à la batterie.

    Une bande de grands musiciens qui jouent ensemble depuis presque 40 ans, cela crée des liens qui sont tellement évidents sur scène. A quatre ils font un vrai show ; tout ce petit monde s’écoute un peu chanter mais qu’importe, nos cœurs s’emballent lorsque retentissent les hymnes de ce groupe : New Year’s Day, In the Name of LoveBono, toujours aussi bavard profite de sa présence sur scène pour défendre les causes humanitaires qui lui sont chères.

    Un spectacle grandiose, peut-être un peu trop, pour une musique qui reste indémodable depuis les débuts du groupe en 1977.

    Setlist

    [Inside Screen The Blackout]/ Lights of Home (St. Peter’s String Version)/ I Will Follow (with « Mother » snippet)/ All Because of You/ Beautiful Day/ The Ocean/ Iris (Hold Me Close)/ Cedarwood Road/ Sunday Bloody Sunday (i+e semi-acoustic version)/ Until the End of the World (with « Lord of the Files » and « Introduction » snippets)/ [E-Stage Hold Me, Thrill Me, Kiss Me, Kill Me (Gavin Friday Remix) / Elevation (Influx Remix Intro)/ Vertigo (with « Ca Plane Pour Moi », « … more )/ Even Better Than the Real Thing (Fish Out of Water Remix; no… more )/ Acrobat (with « Hall of Mirrors » snippet)/ You’re the Best Thing About Me (full band acoustic)/ Summer of Love (Bono and The Edge only)]/ Pride (In the Name of Love)/ Get Out of Your Own Way/ New Year’s Day (reworked version, no final verse)/ City of Blinding Lights

    Encore : Women of the World (Jim O’Rourke song)/ One/ Love Is Bigger Than Anything in Its Way/ 13 (There Is a Light)

  • La Défense


    Paris La Défense, premier centre d’affaires européen (selon Wikipédia), déborde d’activité en ce vendredi ensoleillé ; sur la dalle de bousculent piétons et deux roues en tous sens, les tours en construction s’érigent aux côtés de celles existantes… Tout ceci a une certaine allure, on se demande de quoi ce quartier se défend !

  • « Burning » de Lee Chang-Dong


    Film coréen (du Sud) : une intrigue amoureuse dans une atmosphère mystérieuse où se confrontent les classes, les amis, le Sud et le Nord de ce pays divisé et les amours. Brumeux et ambigu, épuré et tragique, le film laisse le spectateur dans un mystère tout asiatique.

  • Spectacle étonnant dans le microcosme

    A l’occasion d’une réforme technique visant à prélever l’impôt sur le revenu à la source et l’année des revenus au lieu du paiement volontaire l’année suivante, le microcosme politique français s’accroche sur les plateaux télévisés et les comptes Twitter. C’est assez affligeant et tellement représentatif des contradictions nationales. Cette réforme ne touche d’abord que ceux qui paye l’impôt sur le revenu, soit une minorité de citoyens, hélas, mais par contre tout le monde a son avis sur la question, généralement négatif. L’impôt sur les revenus est devenu tout à fait minoritaire dans les ressources de l’Etat dont la grande majorité est déjà prélevée à la source l’année de son apparition, que ce soient la TVA, les prélèvements sociaux ou l’impôt sur les sociétés sans que cela ne pose de difficulté.

    Cette réforme n’aura aucun effet sur la croissance économique de la République ni sur le montant de l’impôt, c’est juste une affaire de trésorerie qui présente d’ailleurs nombre d’avantages pour les contribuables, dont celui d’instaurer « l’impôt contemporain » : on paye l’impôt sur ses revenus de l’année. En fait ce n’est pas même une réforme, mais juste une question de logiciel informatique à mettre au point. Il y aura des bugs c’est certain, ils seront bien réglés d’une façon ou d’une autre, il faut prendre un minimum de risques pour avancer.

    L’affaire est montée en épingle par les commentateurs de sondage qui affirment tout et son contraire en un chœur émouvant. Cela fait des décennies que nos vedettes politiques sont d’accord pour instaurer cette mesure qui concerne un impôt marginal payé par une minorité de foyers fiscaux. Qu’ils soient de gauche ou de droite, tous l’ont annoncée, un des gouvernements de François Hollande l’a voté, mais en reportant prudemment son application au quinquennat suivant. Nous y sommes :

    • La gauche qui n’aime pas le président Macron l’admoneste car il tarde à mettre en œuvre cette brillante réforme votée par la gauche.
    • La droite qui soutient la réforme mais n’aime pas le président Macron l’abomine car il a déjà repoussé d’un an cette réforme indispensable.
    • La droite qui conteste la réforme et n’aime pas le président Macron l’injurie car il va mettre en œuvre cette réforme abjecte.

    Tout ce petit monde qui n’est responsable de pas grand-chose (si ce n’est d’encaisser leurs salaires payés par les contribuables) glose, ergote, cancane, commère, dénigre, épilogue…, bref perd son temps et nous fait perdre notre argent. Il est temps de passer aux sujets suivants maintenant que la rentrée a été copieusement polluée par ce programme informatique !

  • Valls dans Paris-Match plutôt qu’à l’Assemblée nationale


    Manuel Valls, ex-premier ministre français et actuel député, s’expose dans Paris-Match avec sa nouvelle fiancée. Il aurait l’intention de porter plainte contre le torchon parisiano-pipole. Il n’a pas toujours été opposé à Paris Match et on se souvient de ces images gnan-gnan de 2013 avec une ancienne fiancée, validées à l’époque par l’impétrant :

    Le garçon bénéficie d’une double nationalité française et espagnole. Il serait intéressé par la mairie de Barcelone où il passe beaucoup de temps. S’il bossait un peu plus à Paris dans son job à l’Assemblée nationale, pour lequel il est correctement payé par les contribuables nationaux, plutôt qu’à faire le dindon en Rayban à Barcelone il prendrait moins de risque d’être la cible de la presse de caniveau. Ces comportements de midinettes tuent la politique et la pensée. Au boulot M. Valls, et au boulot à Paris pour le moment !

    Lire aussi : Les ambiguïtés de la double nationalité