Auteur/autrice : Rehve

  • Les aides du contribuable à la presse

    La presse papier oublie souvent de rappeler qu’elle touche des subventions versées par le contribuable pour aider à sa survie, sans parler des niches fiscales qui permettent aux journalistes de payer un peu moins d’impôt sur le revenu que le commun des mortels.

    Pour réparer cet oubli il suffit de surfer sur le site web du gouvernement et y découvrir que les aides directes ou indirectes pour les 200 titres les plus aidés furent :

    • En 2014 > 227 millions d’euros
    • En 2013 > 289 millions d’euros
    • En 2012 > 306 millions d’euros

    Le Figaro et Le Monde trustent les deux premières places depuis quelques années. En 2014 le premier a perçu 15,3 millions du contribuable et le second 14 millions, ce qui ne manque pas de sel pour Le Figaro quand on lit ses articles sur la dépense publique qu’il voue aux gémonies et l’assistanat qu’il qualifie de plaie française…

    Evidemment tous les journaux émargent à ce guichet et on y rencontre en 2014 également, par exemple, Paris-Match (14ème rang avec 3,6 millions), L’Equipe (22ème rang avec 3 millions), Valeurs Actuelles (53ème rang avec 1 million), etc. Et encore ne s’agit-il seulement que des 200 titres les plus aidés !

    Subventionner la presse peut être considéré comme une dépense nécessaire afin de maintenir un niveau minimum d’information des consommateurs qui ne sont pas prêts à payer le vrai prix de leur journal. Nous sommes en France, alors évidemment on se tourne vers le contribuable pour équilibrer le compte d’exploitation d’entreprises privées. Et l’on critique à longueur de colonnes les impôts de la République. Au Figaro on n’attaque pas son actionnaire industriel (de l’armement) mais on tape sur l’Etat, c’est moins risqué.

  • La Morano se jette à l’eau

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    Arghhhhhhh ! La Morano annonce sa candidature aux élections primaires de Les Républicains pour élire un candidat/candidate à l’élection présidentielle de 2017. Voilà qui promet des débats tout en finesse comme à son habitude et lors de ce tweet d’hier :

    Tweet_Nadine_Morano_20150903_Immigration

    L’incroyable foi qu’elle a en elle mérite le respect. Sa combativité est également un modèle du genre. Ces deux qualités sont malgré tout insuffisantes pour gouverner la France.

  • Tics verbaux dans l’armée

    Depuis la généralisation des interventions armées aériennes occidentales ou onusiennes au Moyen-Orient on parle moins de bombardements que de « frappes ». Cette subtilité sémantique est destinée à être moins effrayante sur l’acte lui-même qui consiste, quelle que soit son appellation, à balancer une ou des bombes depuis un avion sur des cibles humaines et matérielles comme le rappelle Wikipedia :

    Le bombardement (mot dérivé de bombarde) est une opération consistant à attaquer un objectif à l’aide d’éléments d’artillerie, qu’il s’agisse de boulets ou de toute variété de bombe.

    Les bombardements ont généralement pour objectif la destruction des défenses ou des ressources de l’adversaire, ayant un intérêt stratégique, tactique ou psychologique. Ils peuvent être terrestres (bombardement d’artillerie), maritimes (bombardement côtier) ou aériens (lâcher de bombes par des avions).

    Appelons les choses par leur nom : un bombardement est un bombardement ! La frappe devrait être réservée à la monnaie, à la machine à écrire ou aux joues des enfants mal élevés.

  • Festival de faux-jettonerie

    La publication de la photo du corps d’un enfant syrien de trois ans sur une plage de Turquie émeut la planète entière et il est vrai qu’elle est bouleversante. Son frère et sa mère sont également morts noyés au cours du chavirage du rafiot de fortune sur lequel ils avaient pris place pour essayer de rejoindre la Grèce et donc l’Europe.

    Le monde politique et médiatique s’agite en assénant des slogans « il faut agir », « l’Europe doit bouger », « il faut réformer la politique d’accueil des réfugiés », etc. Mais aucun dirigeant n’ose encore vraiment dire aux citoyens que ces migrants sont là pour longtemps et qu’il va bien falloir les installer et les financer en Europe de façon durable. Ces mêmes dirigeants essayent d’ailleurs de faire croire à la possibilité de différencier les réfugiés politiques des migrants économiques, ces derniers ayant vocation à être renvoyés dans leurs pays d’origine tout en sachant pertinemment que ces raccompagnements n’ont jamais été techniquement possibles au départ de nos vieilles démocraties.

    Il n’est pas dit d’ailleurs que cette photo déchirante fasse changer fondamentalement l’avis populaire sur l’immigration en France.

    Bien sûr l’installation de camps de réfugiés, puis la tentative de leur intégration, dans notre vieille Europe va être difficile à faire accepter par les populations, bien sûr il y aura des effets dévastateurs comme des poussées de l’extrême droite, des réactions populistes et de violence de certains mais aussi sans doute de l’empathie, bien sûr il y aura des éditoriaux affligeants de Guillaume Roquette, mais bien sûr l’Europe doit prendre sa part du fardeau pour le moment surtout porté par le Liban, la Turquie, la Jordanie qui accueillent des millions de réfugiés syriens.

    La question suivante qui doit déjà se poser dans quelques états-majors est celle d’une intervention militaire occidentale dans ces pays du Moyen-Orient pour y rétablir l’ordre et endiguer le flux des départs de leurs habitants. Mais les dernières interventions de ce type ont plutôt eu pour résultats d’accélérer le désordre et ces départs alors s’il fallait les retenter il faudrait à tout le moins en changer le format.

    En attendant on rêve d’une unanimité mondiale qui, par exemple, annulerait les prochains jeux olympiques pour consacrer les dépenses et l’énergie ainsi économisées au financement de ces réfugiés. Mais ce n’est qu’un rêve !

  • Désastre à l’OL

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    Cette courbe ne représente pas l’évolution de la popularité du président de la République mais le cours de bourse du club de fouteballe Olympique Lyonnais : un franc succès financier !

    Au cours de son exercice 2013/14 cette société cotée en bourse a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 121 MEUR et une perte de -26 MEUR soient 22 centimes perdus sur chaque euro facturé. La dette est de 105 MEUR et les capitaux propres restent positifs pour un montant équivalent à la dette. Ils sont consommés au fur et à mesure des pertes annuelles.

    On voit ainsi qu’un club de fouteballe est non seulement une défaite de l’esprit mais aussi un désastre financier.

  • OPPENHEIMER J. Robert, ‘La science et le bon sens’.

    Sorti : 1950, Chez : idées nrf.

    Oppenheimer a dirigé le programme scientifique Los Alamos qui aboutit à la bombe atomique utilisée pour la première fois au Japon pour « forcer » la capitulation de ce pays en 1945. Malmené par le maccarthysme dans les années 50′ il consacrera ce temps jusqu’à son décès en 1967 à « digérer » cette invention collective, à enseigner et écrire, dont cet opus « La science et le bon sens ».

    Outre quelques considérations techniques complexes pour un néophyte, on y lit ses réflexions sur la science, l’ignorance, l’acquisition de connaissance, la liberté de l’esprit, l’aspect cumulatif du savoir et de la vie, ses conceptions de l’Histoire, de l’éternité, de l’intemporalité, de la violence, bref de l’Esprit ce qui n’est pas un mince exploit pour celui qui a dirigé les équipes en charge de la mise au point du plus vaste instrument de destruction inventé par l’Humanité.

    Cette ambigüité le travaillera sa vie durant  et il tentera d’influer le pouvoir politique post 2ème guerre mondiale pour une gestion « intelligente » de cet outil. Il n’est pas sûr qu’il fut parfaitement compris.

  • En lutte contre les tics verbaux compulsifs

    En parallèle à l’envahissant « on va dire » on déplore l’utilisation compulsive des termes « voilà » et « instrumentaliser ».

    Le premier ponctue les phrases de ceux qui ne savent pas comment les poursuivre ou les terminer, alors lorsque l’on cherche un mot que l’on ne trouve pas on le remplace par « voilà ».

    Le verbe « instrumentaliser » est utilisé à tort et à travers et donne un aspect un peu techno au vocabulaire. C’est mieux de dire instrumentaliser qu’utiliser, alors on s’en donne à cœur joie.

  • Anonyme, ‘La Bible – Genèse’.

    Anonyme, ‘La Bible – Genèse’.

    Une édition de la Bible datant de 1910 dans laquelle comme il se doit la Genèse est le premier livret, en principe commun aux religions monothéistes. On y lit ou relit l’histoire de la création. Celle du monde et de l’Homme avec Adam et Eve. On suit ensuite les aventures agitées de la descendance de ce couple fondateur dont le mâle a vécu 930 ans et fut à l’origine d’une nombreuse progéniture qui commença avec Caïn et Abel. Noé arriva plusieurs générations après et emmena sa femme et leurs fils ainsi que des spécimens d’animaux sur son arche pour sauver la vie alors que l’Eternel déclencha le déluge pour punir la corruption du genre humain qu’il avait pourtant créé :

    #6.6. « L’Eternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur. Et l’Eternel dit : J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles et aux oiseaux du ciel ; car je me repens de les avoir faits. »

    Après le déluge, Noé et les survivants reboot la vie sur terre et s’en suivent les pérégrinations de sa descendance dont celle d’Abraham à qui l’Eternel va donner le pays de Canaan et sauver son fils de l’égorgement infanticide. Tout ce petit monde voyage, se bat, se reproduit, échange avec l’Eternel, assiste à la destruction de Sodome et Gomorrhe. Il y a des meurtres, des sacrifices, de l’inceste, de la vente d’êtres humains, des négociations entre peuples, des récoltes, des famines, des jeunes et des vieillards, bref, la vie dans une antiquité pas vraiment datée.

    On ne sait pas trop qui a écrit ces textes, ni en combien d’épisodes, ni d’ailleurs exactement quand. Tout le monde religieux a trouvé son inspiration dans ces légendes : les juifs comme les catholiques, les protestants ou les musulmans. Chacun y voyant d’ailleurs midi à sa porte. On est tellement dans le symbolique que l’on peut en déduire ce que l’on veut.

    Le plus étonnant est sans doute que cette Genèse et les livrets qui l’ont suivi aient pu ainsi traverser les millénaires et encore continuer à fonder tant de politiques (voire de guerres) dans les pays qui mélangent le pouvoir temporel avec le spirituel. A l’heure de la science moderne, tout ceci laisse un peu rêveur…

  • Une bonne nouvelle

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    Wauquiez le cornecul affiche son souhait de ne pas devenir ministre si les conservateurs reviennent au pouvoir en 2017. Voilà au moins une bonne nouvelle mais gageons que l’impétrant se laissera convaincre par le sens du devoir si jamais il était appelé.

  • Dans le Beaufortain

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    Dans le Beaufortain

  • SARTRE Jean-Paul, ‘Réflexions sur la question juive’.

    Sortie : 1946, Chez : idées NRF

    Publié pour la première fois en 1946, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, cet ouvrage démonte ce que sont l’antisémitisme et « le Juif » en France. Il commence par énoncer que c’est l’antisémite qui crée « Le Juif » par son besoin de l’ennemi qu’il veut détruire et termine pour dire que l’antisémitisme « n’est pas un problème juif : c’est notre problème ».

    Sartre distingue deux catégories de Juifs :

    • l’authentique qui vit sa condition de celui par qui arrive le Mal, insensible à l’antisémitisme même
    • l’inauthentique qui est habité par la conscience d’être juif en même temps qu’il cherche à se fondre dans la masse des non juifs, jusqu’à en devenir antisémite lui-même

    Les Juifs ont un ami : le démocrate qui proclame que les hommes sont égaux en faisant usage du rationalisme comme instrument de libération de l’Homme. Sartre en appelle à l’unicité de la Vérité et l’universalité de la condition humaine : en face des lois universelles et éternelles, l’homme est lui-même universel. Il n’y a donc pas plus de Juif, que d’Arabe ou de Noir, il y a l’Homme.

    Nous sommes chez Sartre, alors bien sûr il écrit :

    La révolution socialiste est nécessaire et suffisante pour supprimer l’antisémitisme ; c’est aussi pour les juifs que nous ferons la révolution.

    Avec brio Sartre développe sa théorie de l’antisémitisme et du « Juif ». Il n’y est quasiment pas question de religion mais de minorité qui n’existerait qu’en réaction à la volonté de destruction et la déraison de l’antisémite. Bizarrement la Bible est passée sous silence alors qu’elle contribue tout de même à l’existence de la communauté ! L’athéisme révolutionnaire plutôt que l’ancien testament.

    Sartre marque son soutien à la minorité juive en France mais avec son système de pensée. Au-delà du cas spécifique des juifs analysé dans cet ouvrage, on peut probablement étendre nombre des arguments traités au syndrome des minorités qui veulent tout à a fois être reconnues comme partie intégrante de la majorité des citoyens (avec les mêmes droits et devoirs) mais tout en faisant reconnaître leurs spécificités (avec au besoin des droits additionnels particuliers). Il n’est pas sûr que ce livre aurait pu être écrit en ce début de XXIème siècle…

  • Attaque dans le Thalys

    Un citoyen marocain de 26 ans sort des toilettes d’un train Amsterdam-Paris ce 21 août, torse nu, armé d’une kalachnikov, d’un pistolet, de nombreuses munitions et d’un cutter. Des passagers s’interposent et le neutralisent. Il blesse deux des hommes qui tentaient de l’arrêter dont l’un en lui tirant une balle qui lui traverse le poumon. On peut imaginer que s’il n’avait pas été interrompu dans sa besogne il aurait fait usage de son arsenal avec des résultats potentiellement terrifiants.

    Les premières informations laisse apparaître un profil d’islamiste radical mais l’intéressé plaide pour le moment qu’il a « trouvé les armes dans un parc à Bruxelles » et qu’il s’apprêtait à rançonner les passagers. Des informations judiciaires sont ouvertes en France et en Belgique, le suspect est en garde à vue à Paris.

    Depuis les attaques contre Charlie-Hebdo et l’Hypercasher en janvier dernier, la France a été soumise à un attentat (ou une tentative de) religieux à peu près tous les mois, commis par des citoyens français pour la majorité. Il faut désormais vivre avec cette menace dont la résolution va prendre des décennies, si on y arrive. La lutte de la raison contre la religion, dont l’issue n’est plus si sûre !

  • La Morano veut le pouvoir !

    LCE_Morano_20150826Impayable : Nadine Morano, la poissonnière de Les Républicains, affiche son projet de se présenter à l’élection primaire de son parti pour désigner le candidat pour les présidentielles de 2017 dans Le Parisien du 23/08/2015. Evidemment cela déclenche l’hilarité générale mais ses concurrents connaissent l’incroyable pugnacité de la Morano dont l’énergie sans faille et la haute idée qu’elle se fait d’elle-même la rendent capable de tout, y compris de dévorer son idole Sarkozy.

    Faisons confiance à ses concurrents de droite pour la pousser dans l’escalier afin de l’empêcher de se présenter mais le culot hors norme de la donzelle force le respect.

    Tweet_Nadine_Morano_20150824

  • Les ayatollahs de la dépense sont de retour

    Montebourg_ParisMath_201508Arnaud Montebourg, ancien ministre socialiste recyclé dans le privé, ne délaisse pas pour autant le plaisir égocentrique de voir sa binette affichée en première page de Paris-Match. Et comme il aime vraiment les médias, il a organisé ce week-end son annuelle « fête de la rose » où il a reçu Varoufakis, ex-ministre grec des finances marxiste-libertaire, qui lui aussi avait les honneurs de Paris-Match, mais pas en couverture.

    Ensemble ils ont ânonné, devant micros, caméras et quelques militants, leur désaccord sur « les-politiques-d’austérité-inspirées-par-Angela-Merkel-qui-poussent-les-Etats-à-la-faillite ». Ils ont au moins le mérite de la permanence dans leurs idées. En fait le problème de fond de leur critique est qu’ils n’énoncent pas de solution alternative sinon de reprendre la dépense publique. Oui, très bien, mais avec quels sous ? Dans le cas de la Grèce, si Athènes avait refusé de signer le programme international d’aide proposé, où aurait-elle trouvé les financements nécessaires pour financer son propre programme ? La réponse est hélas claire et c’est la raison pour laquelle son premier ministre a signé un plan auquel il ne croyait pas mais qui a évité la catastrophe financière immédiate qu’aurait représenté l’effondrement de la Grèce comme un château de cartes.

    Le cas de la France est assez similaire bien que moins aigu. Il serait évidemment sympathique de pouvoir augmenter le nombre et la rémunération des fonctionnaires, de baisser les impôts, d’augmenter les prestations sociales etc. Mais qui finance ces dépenses ?

    Varoufakis comme Montebourg étaient partisans d’un passage en force espérant que les créanciers suivraient leur programme de reprise de la dépense publique. Pour l’un comme pour l’autre ce ne furent qu’effets de manche et ventilation médiatique. Leur solution n’a pas été mise en œuvre. Leurs chefs respectifs ont fait prévaloir le principe de réalité et les impétrants ont quitté le pouvoir politique.

    Montebourg travaille désormais dans le secteur privé chez le distributeur de meubles Habitat, dont il est membre du conseil de surveillance, et la société de services informatiques Talan où il participe au comité d’orientation stratégique. On est curieux d’imaginer les positions qu’il affiche dans ces organisations où il assure des responsabilités de gestion ?

  • Et l’on continue dans la désinformation…

    Le président de la République annonce « une baisse des impôts » pour 2016. Hélas, il oublie de préciser quelles dépenses seront diminuées en parallèle ! C’est toujours le même syndrome français de la dé-corrélation entre recettes et dépenses, syndrome qui a mené les finances publiques françaises dans la déplorable situation où elles se trouvent. On peut comprendre que Mme. Michu soit saisie de cette incompréhension que grosso-modo les dépenses doivent égaler les recettes, c’est plus difficilement admissible de la part d’un chef d’Etat.

    La mission des dirigeants et des élus est aussi (et surtout) pédagogique, notamment expliquer comment on ne peut pas diminuer des impôts en période de croissance quasi-nulle sans baisser des dépenses pour un montant au moins équivalent, comme à la maison. A défaut l’ajustement doit être fait par une augmentation de la dette que devront payer nos enfants. C’est un principe dont la simplicité effraie même nos dirigeants surdiplômés.

  • ZWEIG Stefan, ‘Le monde d’hier – Souvenirs d’un européen’

    Sortie : 1944, Chez : Belfond

    Ecrivain autrichien, juif, en langue allemande, qui connut le succès très tôt dans sa vie commencée en 1881, Stefan Zweig a connu les espoirs et les désastres de l’Europe de la première moitié du XXème siècle. Ami des plus grands : Rilke, Toscanini, Romain Rolland, Freud… il a animé les belles années  littéraires de Vienne à Paris en passant par Berlin et l’Amérique.

    Comme tant d’autres il crut que l’intelligence et la culture arrêteraient la guerre. Il en vécut deux, successives et mondiales, perdues par sa patrie, perdues par l’Europe et par l’Humanité. Il vit revenir l’antisémitisme qui le força à devenir apatride face au déchaînement de violence et de bêtise de l’Allemagne nazie.

    Ce long journal écrit au Brésil en 1941 est l’histoire du parcours d’un écrivain et d’un continent qui ne purent empêcher la barbarie mais au contraire s’y abîmèrent. Ecrit dans le style élégant de l’époque, ce récit est à la fois plein de l’insouciance de l’entre-deux guerres sur le thème « plus jamais ça », de la profusion de la création culturelle de ce temps et de l’arrivée de la folie destructrice qui a ravagé notre vieille Europe, qui ne s’en est d’ailleurs jamais remise.

    Stefan Zweig se suicida au Brésil en février 1942. Et il n’avait pas encore découvert le pire… qu’il avait sans doute anticipé d’où son geste désespéré.

  • Accord avec l’Iran : n’oublions pas !

    L’ONU a validé un accord passé entre l’Iran d’une part, et le concert des nations représenté par les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Cet accord prévoit que l’Iran reporte à plus tard l’enrichissement de l’uranium et la production du plutonium nécessaires à la confection d’une bombe atomique, en échange de quoi les sanctions économiques prises à l’encontre de ce pays seront levées progressivement.

    Cet accord est-il pleinement satisfaisant pour l’Occident ? Non. L’Iran renonce-t-il pour toujours à devenir une puissance nucléaire ? Non. Existe-t-il un risque qu’il ne soit pas respecté ? Oui. Fallait-il de ce fait ne pas le signer ? Evidemment non.

    Ce n’est pas le Munich auquel font référence les conservateurs américains, ce n’est pas non plus la panacée, mais c’est un accord signé entre gens consentants et intelligents. L’Iran aura un jour la bombe atomique puisque cela semble être son objectif primordial, envers et contre tout. Espérons que ce moment viendra quand le pays aura mûri.

    Le retour de l’Iran sur la scène internationale est un pari qui peut tourner bien ou mal. L’influence de ce pays dans divers conflits au Moyen-Orient peut être mise à profit dans un sens ou un autre, ce sera d’ailleurs un signe intéressant de l’orientation que Téhéran donnera à son retour sur l’échiquier de la politique mondiale.

    En attendant il est un peu indécent de voir le monde politique français se bousculer à Téhéran pour y favoriser les affaires. Cet accord est signé, certes, chacun y a mis du sien et le compromis est minimum. Mais n’oublions pas que les relations entre la France et l’Iran sont très durablement entachées par le fait que Paris est à l’origine de l’industrie nucléaire iranienne au temps du Shah et que l’Iran a trempé dans nombre de complots terroristes contre la France, sur le territoire national ou à l’étranger (au Liban notamment) ou contre ses propres opposants sur le sol français. Cette implication a donné lieu à d’improbables imbroglios diplomatico-criminels dont personne n’a vraiment à se sentir très fiers. N’oublions pas ; ce qui s’est déjà passé peut se renouveler et il conviendrait d’aborder la mise en œuvre de cet accord avec prudence !

  • La faiblesse des démocraties

    Entendu un peu partout :

    « Mais comment les armées occidentales n’arrivent-elles pas à réduire les combattants du groupe Etat Islamique ? »

    Les peuples ont la mémoire courte… Ils ont oublié comment Ho-Chi-Min et ses Viêt-Cong va-nu-pieds ont poussé la France hors d’Indochine en portant les canons de Diem-Bien-Phu en pièces détachées sur des vélos et sur des centaines de kilomètres, comment le FLN a fait de même en Algérie, comment le Vietminh a chassé piteusement la grande Amérique du Vietnam, comment les Talibans ont vaincu l’Armée rouge en Afghanistan, comment Al-Qaida a pu balancer des avions contre des tours de New-York, comment des mouvements islamiques ont transformé en cauchemars les interventions occidentales en Irak ou en Afghanistan, etc. etc.

    Les scénarios ont chaque fois été relativement similaires : une armée en campagne envoyée par des démocraties occidentales sur un terrain de bataille lointain se frotte à des mouvements locaux de « libération nationale ». Des soldats des pays développés, biberonnés depuis des générations à la démocratie de Tocqueville, se retrouvent embarqués à des milliers de kilomètres de chez eux pour lutter pour une cause à laquelle ils ne croient pas vraiment et la comprennent encore moins : maintien d’une présence coloniale, lutte contre le communisme, combat d’une insurrection religieuse, etc. Ces soldats dépaysés se retrouvent à chaque fois face à des mouvements nationalistes sûrs de leur droit, dirigés d’une main de fer et ne se sentant pas bêtement limités par des conventions de Genève ou autres billevesées constitutionnelles ou légales. Dans tous les cas l’armement moderne occidental n’a pas suppléé des buts de guerre incertains ni un manque de foi des combattants servant cet armement ! Qu’on le veuille ou non, un soldat français, quelle que soit sa loyauté, mettra plus de cœur à l’ouvrage pour récupérer l’Alsace et la Lorraine que pour maintenir ou rétablir au pouvoir des dirigeants douteux en Afghanistan ou en Irak.

    En 2014, le groupe Etat islamique déclenche des attentats terroristes dans Mossoul, deuxième ville irakienne. Des kamikazes se faufilent pour se faire exploser à des endroits stratégiques, puis, après quelques jours d’accrochages, des massacres ciblés et un peu de guerre psychologique, l’armée officielle irakienne fuit la ville sans vraiment avoir combattu, abandonnant au passage un important matériel militaire financé à grands frais par les contribuables occidentaux. Il y a 40 ans en 1975 Saigon tombait comme un fruit mûr dans l’escarcelle du Nord communiste : face à une armée Nord-Vietnamienne motivée, l’armée du Sud-Vietnam ne combat quasiment pas malgré ses instructeurs américains, malgré un matériel moderne laissé sur place par les Etats-Unis… il leur manquait simplement la motivation et l’envie de se battre. Cherchez l’erreur !

    Dans le cas du groupe Etat Islamique les bombardements aériens d’une coalition improbable menée par les Etats-Unis ne suffisent pas à réduire la rébellion. On imagine l’efficacité des réunions d’état-major où se retrouvent des représentants américains, européens, saoudiens, qataris, jordaniens, bahreïnis, émiratis, canadiens et australiens… La moindre décision doit prendre une semaine ! Avant que le bombardement d’une cible ne soit autorisé, celle-ci doit avoir été reconnue et filmée par des drones pour s’assurer que les risques de dommages collatéraux sont faibles, une fois sur la ciblé identifiée l’avion bombardier doit communiquer avec son commandement pour obtenir le permis de tirer et une fois détruite il faut de nouveau drones et films pour pouvoir se justifier le cas échéant.

    On peut imaginer que si de telles règles d’engagement avaient existé en 1945 à Dresde ou Tokyo la guerre contre les forces de l’Axe aurait duré un peu plus longtemps… La terreur générée par l’explosion de la bombe d’Hiroshima a probablement précipité la capitulation de l’empereur du Japon. Aujourd’hui les démocraties occidentales hésitent à déclencher la terreur, c’est tout à leur honneur. Restons toutefois optimistes et pensons à ce que serait la situation du Moyen-Orient si cette coalition ne combattait pas depuis un an ; le groupe Etat islamique serait sans doute déjà douillettement installé à Damas et à Bagdad.

    Personne n’a envie d’engager une guerre totale contre cette rébellion guidée par des motifs religieux. Qui plus est, les interventions étrangères récentes en Irak, en Afghanistan, en Libye se sont toutes terminées par un tel chaos que l’on peut raisonnablement se demander s’il a été opportun de les mener. Autant ne pas recommencer.

    Les problèmes locaux se régleront localement par des pouvoirs locaux qui devront négocier ou faire la guerre. C’est seulement quand une majorité des populations actuellement sous le joug de ces organisations religieuses se rebellera qu’il y aura une chance de les voir vaincues, avec éventuellement un coup de main occidental de temps à autres. Les interventions étrangères lourdes des uns chez les autres ne fonctionnent pas.

    En attendant, les puissances occidentales doivent maintenant gérer le terrorisme religieux sur leurs propres territoires, pratiqué dans bien des cas par leurs propres citoyens et assumer par ailleurs un afflux massif de réfugiés provoqué notamment par ces conflits. L’agenda est assez chargé pour le moment…

    Il faut se rendre à l’évidence, le groupe Etat islamique, après Al-Qaida, a élevé son organisation au niveau de force combattante redoutable, usant de toutes les ficelles de la guerre moderne et suppléant largement un manque d’armes lourdes par des actions de terreur maniées avec sans doute plus de résultats qu’un porte-avions dans le Golfe persique. Il faut s’y résoudre, la mondialisation qui a fait émerger de nouvelles puissances économiques fait aussi émerger de nouvelles forces militaires. L’Occident tout puissant qui régentait la planète sur les marchés financiers comme sur les terrains militaires relève d’une époque révolue. N’en déplaise à Mme. Michu il faut affronter cette nouvelle situation et compromettre en attendant, peut-être de rétablir la puissance perdue, qui sait ?

  • L’abominable Guillaume Roquette tout en finesse

    On ne se lasse pas des chroniques de l’abominable Guillaume Roquette et de son infinie capacité à utiliser tout et n’importe quoi pour déverser sa bile sur tout ce qui ressemble à un socialiste. Dernier sujet en date dans le Fig-Mag du 12 juillet 2015 : Au revoir la Grèce. Cette chronique, écrite après que le référendum grec se fut prononcé pour un non au programme d’aide européen, prend clairement le parti d’en tirer les conséquences en montrant la porte de sortie de la zone euro à ce pays en déconfiture financière. C’est une opinion tout à fait légitime d’autant plus qu’elle n’est pas loin d’être partagée par votre serviteur, non point par souci de vengeance comme l’exprime Guillaume Roquette, mais parce qu’elle permettrait de revenir à une monnaie grecque autorisant ainsi une dévaluation par rapport à l’euro et à un ajustement structurel de l’économie locale moins violent. C’est d’ailleurs ce qu’a fait la France durant les trois dernières décennies du Franc français en dévaluant celui-ci régulièrement face au Deutsche Mark.

    Bref, à peine après avoir rappelé les errements grecs en matière de finances publiques et déclamé son choix pour une sortie de ce pays de la zone euro, Guillaume Roquette en profite immédiatement pour crier haro sur François Hollande et la France « de gauche », qui sont bien entendu responsables de tous les péchés d’Athènes et qui auraient opté pour le maintien de la zone monétaire commune en l’état est : « une martingale qui permet à François Hollande d’échapper à toute politique d’austérité (surtout à moins de deux ans de l’échéance présidentielle) en continuant à nous endetter à des taux incroyablement bas. »

    Le lien est osé et il fallait le faire. On ne peut pas complètement l’exclure même s’il est plus probable que le saut dans l’inconnu qu’aurait représenté l’exclusion de fait d’un pays-membre de la zone euro a sans doute largement autant compté dans la décision communautaire de faire payer les contribuables européens plutôt que de risquer un nouveau cataclysme financier. Le problème est repoussé à un peu plus tard et reviendra sur le tapis.

    Le plus caractéristique dans cette chronique du Fig-Mag est la réaction pavlovienne de ce journal et de ses employés à rejeter sur la « France de gauche » la responsabilité de tous les malheurs de notre pays. Rien ne trouve grâce à leurs yeux, tout le passé conservateur de la France est oublié, des décisions et stratégies de la majorité précédente sont portées au débit de la gauche quand elles échouent, bref, on en reste au niveau zéro de la pensée, à la bataille de cour de récréation. Les slogans de Guillaume Roquette sont ensuite ressassés par Mme. Michu et ses congénères. Plus grave, ils sont tweetés par les dirigeants de l’opposition en mal d’idées pour leurs programmes et en constituent l’ossature dans le cadre de la démocratie médiatique.

    Le cas de la Grèce est emblématique de la responsabilité collective politique française : le traité d’adhésion a été signé en mai 1979 (présidence Giscard dit d’Estaing, gouvernement Barre), adhésion en janvier 1981 (présidence Giscard dit d’Estaing, gouvernement Barre), adhésion à la zone euro en janvier 2001 (présidence Mitterrand, gouvernement Jospin), premier plan d’aide international en mai 2010 (présidence Sarkozy, gouvernement Fillon), second plan d’aide international en février 2012 (présidence Sarkozy, gouvernement Fillon), troisième plan d’aide international en août 2015 (présidence Hollande, gouvernement Valls).

    On voit que la France dans sa diversité politique, comme les autres membres de l’Union européenne, n’a jamais su dire « non » à la Grèce au sein des institutions de Bruxelles. Cette succession d’accords signés par les dirigeants de notre pays (et de financements assurés par les contribuables communautaires) a échappé à Guillaume Roquette. Il aurait pu essayer de comprendre ce qui explique et motive cette faiblesse européenne qui tend au dysfonctionnement. En réalité chaque pays a ses intérêts et objectifs et il faut bien trouver des positions acceptées par l’ensemble : grandeur et décadence de la négociation européenne. Le troisième plan de sauvetage européen de la Grèce a d’ailleurs été voté à l’unanimité. M. Roquette aurait certainement voté « non » s’il s’était trouvé au pouvoir. C’était une solution. Ce n’est pas celle qui a été retenue par les dirigeants de l’Union européenne élus démocratiquement.

    Ce réflexe pavlovien du Fig-Mag d’imputer à la France de gauche de tous les maux de la planète relève sans doute de la psychanalyse et certainement pas des compétences que l’on s’attend à trouver chez des titulaires de cartes de presse.

    Accessoirement on rappellera à Monsieur Roquette que l’endettement public français à des taux incroyablement bas permet notamment à la République de verser des subventions au journal qui l’emploie (16,3 millions d’euros en 2014).

  • Egocentrisme des stars de la politique

    Avez-vous remarqué cette détestable habitude des hommes politiques d’aujourd’hui de se faire tirer le portrait dans Paris-Match et autre presse de midinettes, pour ne pas dire de caniveau ? Le dernier en date bien sûr : l’inénarrable Sarkozy, chef de Les Républicains avec sa nunuche sur une plage corse :

    Sarkozy_ParisMath_201508-c

    Bien entendu, dans la minute qui a suivi la publication de cette passionnante couverture les internautes ont fait assaut de malice en remarquant que le mari avait réussi à se faire aussi grand que sa femme qui doit bien mesurer 20 cm de plus que lui… Sans doute les hasards du dénivellement des dunes de sable corses :

    Sarkozy_ParisMath_201508-d

    Pour faire bonne mesure rappelons que la couverture de Paris-Match est désormais une vraie stratégie politique comme l’ont illustré Manuel Valls :

    Manuel_Valls_2013-08

    Varoufakis :

    GR_Vafourakis_201502

    Et bien d’autres.

    Tout ce petit monde trouve sans doute plus simple d’afficher sa binette en quadrichromie plutôt que d’expliquer la gestion budgétaire aux citoyens… C’est une dérive regrettable !

    Luttons contre le populisme photographique : refusons nos voix aux candidats qui paradent dans la presse de midinettes. J