Auteur/autrice : Rehve

  • GREENE Graham, ‘Un américain bien tranquille’.

    GREENE Graham, ‘Un américain bien tranquille’.

    Sortie : 1956, Chez : Robert Laffont / J’ai lu.

    Le classique de Graham Greene sur la guerre du Vietnam, publié en 1956 soit aux temps de la colonisation française : il mêle les actions secrètes déjà menées par les Etats-Unis qui veulent endiguer la progression du communisme en Asie du sud-est, la vision souvent opposée des vieilles puissances européennes représentées par le journaliste britannique Fowler et celle de l’Amérique neuve mais trouble sous le personnage de Pyle, la passion que nombre d’occidentaux ont éprouvé pour cette région et ses habitants avec Phuong dont nos deux héros sont épris. Mais nous sommes en guerre et les histoires d’amour se terminent souvent mal…

    Phuong et sa sœur vivent au jour le jour dans leur monde bouleversé, rêvent d’argent et d’Occident et manifestent un fatalisme qui sera la condition de leur survie face à des enjeux qui les dépassent et menacent de les dévorer.

    Dès 1956 Greene a parfaitement compris les enjeux de la décolonisation en cours au Vietnam qu’il expose par les dialogues entre Fowler et Pyle pris dans les engrenages mortifères de la guerre et de l’amour. L’avenir post-roman fera beaucoup de perdants, les forces étrangères seront défaites et évacueront piteusement le pays, le parti communiste vietnamien survivra et même se renforcera en s’adaptant, mais le communisme perdra la bataille globale dans la région. Quant à l’amour, il est éternel, comme chacun sait !

  • « Epicentro » d’Hubert Sauper

    Un documentaire touchant sur le Cuba d’aujourd’hui par Hubert Sauper, cinéaste autrichien qui avait déjà réalisé « Le cauchemar de Darwin » (en 2004 sur l’économie de la perche du Nil et des trafics autour du lac Victoria en Afrique de l’Est) et « Nous venons en amis » (en 2014 sur la création de l’Etat du Soudan du sud et le cortège de guerres, conflits, corruption qu’elle entraîna et génère toujours).

    « Epicentro » montre le Cuba d’aujourd’hui (plus exactement La Havane) : souriant et en ruines, à travers le regard de gamins des rues rigolards et malins qui récitent de temps à autres la propagande locale sur « les méchants impérialistes » en rêvant de visiter Disneyland… L’air de rien Sauper passe en revue l’histoire de ce pays : l’esclavage, la colonisation espagnole, la « libération » américaine après l’explosion qui coula l’USS Maine dans la baie de La Havane en 1898 et qui va rapidement se transformer en prise de contrôle de l’île transformée en lupanar à ciel ouvert pour les mafias et les casinos nord-américains, l’arrivée de Castro et du Che, les années révolutionnaires, l’effondrement de l’URSS qui met Cuba sur la paille, la légère ouverture du pays après la mort de Castro et le nouveau « colonialisme touristique » en cours.

    Sauper développe sa vision altermondialiste qui n’est pas nouvelle. Le thème général de ses films-documentaires est de démonter les effets néfastes de la mondialisation et de l’exploitation du monde en développement par les puissances du Nord. Le choix de passer par les yeux des enfants pour décrire Cuba est original et ajoute cette touche de naïveté et de vérité qui donne tout son « charme » au documentaire. A sa demande l’actrice espagnole Oona Chaplin (petite fille de Charlie) intervient dans le film et ses dialogues et scènes avec les enfants sont merveilleux. Elle conclut le film avec une très nostalgique chanson interprétée en jouant de l’Ukulélé.

    Ce documentaire est dédié à Marcelline Loridan-Ivens (1928-2018), écrivaine-cinéaste, témoin de la déportation et compagne de Simone Veil durant à Auschwitz-Birkenau en 1944.

  • MAURIAC François, ‘La baiser du lépreux’.

    Sortie : 1922, Chez : Editions Bernard Grasset / Le Livre de Poche 1062.

    François Mauriac (1885-1970), prix Nobel de littérature en 1952, est un écrivain bordelais humaniste et engagé, qui a reçu une éducation très catholique du côté de sa mère qui a orienté son œuvre littéraire.

    « Le baiser au lépreux » est un roman publié en 1922, au début de sa carrière , et qui déjà se penche sur le bien, le mal et le sacrifice, tryptique qui inspirera Mauriac dans nombre de ses œuvres. Jean Péloueyre est un garçon au physique ingrat qui épouse lors d’un mariage arrangé, par son père et le curé du village, une très belle jeune femme : Noémi. Malgré sa culpabilité très chrétienne, elle ne parvient pas à aimer son mari qu’elle trouve physiquement repoussant. Il en conçoit une amertume qui vire au désespoir et le fera fréquenter un ami tuberculeux afin d’attraper sa maladie et en mourir.

    Une fois veuve, Noémi, ayant compris le suicide de son mari, désespérée se verra soumise à la « tentation » et y résistera pour se consacrer toute entière à la mémoire de ce mari si bon qu’elle n’a pas su aimer.

    Ce roman illustre le mode de vie d’une génération corsetée dans des normes et modes de vie extraordinairement rigides, où l’empire des apparences et de la religion priment sur l’humain. Les lecteurs du XXIème siècle restent tout de même étonnés de le redécouvrir. La flamboyance des sentiments est merveilleusement analysée et rendue par l’auteur dont la fluidité et l’élégance du style forcent l’admiration.

  • Le Liban a-t-il vraiment besoin d’un Macron en goguette ?

    Le Liban est un pays en faillite financière depuis quelques mois, en déliquescence politique depuis des décennies, en guerre chaude contre Israël de temps à autres, en guerre froide en permanence, en guerre civile régulièrement, occupé par des forces étrangères (palestiniennes, syriennes, israéliennes, Nations-Unies …) durant de longues et récurrentes périodes, tiraillé entre les idéologies religieuses, bref, le Liban est un pays en situation difficile de façon structurelle.

    Et voici qu’un incroyable accident s’est produit au port de Beyrouth ce 4 août : l’explosion de près de trois mille tonnes de produits chimiques dévastant la moitié de la ville. On ne sait pas bien ce qui a déclenché l’explosion, de mauvaises conditions de stockage ou une intervention extérieure, voire terroriste.

    La France qui se croit toujours plus ou moins protectrice de cet Etat, à la création duquel elle participa dans des conditions troubles, envoie son président de la République sur place dès le 6 août. Il se promène en chemise blanche dans les rues de Beyrouth, monopolise le président libanais, conférence devant la presse, lâche quelques incongruités diplomatiques et rentre chez lui en fin de journée. Comme si le Liban n’avait rien de mieux à faire en ces circonstances que de recevoir une délégation française de haut niveau. A quoi peut donc servir un Emmanuel Macron un 6 août à Beyrouth ?

    L’ironie de l’histoire réside aussi dans la leçon de gouvernance infligée par Macron à son alter égo libanais, le Général Aoun, chrétien de 85 ans, passé par les milices, la sécession, les alliances hasardeuses et… l’exil en France durant quinze ans après avoir été exfiltré de l’ambassade de France où il s’était réfugié, ce qui lui a probablement sauvé la vie ! Ce qui ne l’empêche pas de refuser la proposition française d’une enquête internationale sur les causes de l’explosion. Cerise sur le gâteau, alors qu’il déambule dans la ville des habitants implorent l’aide de la France pour « se débarrasser de cette classe politique », et même le retour de Paris comme puissance mandataire, le président Macron répond :

     « Le Liban est un peuple souverain, ce n’est pas à moi de le faire, c’est à vous.

    Cela manque pour le moins de diplomatie et, totalement, de réalisme politique. Paris a également expliqué que l’aide sera distribuée directement à la population pour contourner la corruption endémique. Là encore il s’agit d’un vœu pieux puisqu’il est techniquement impossible pour un donateur étranger d’accéder à chaque citoyen du pays aidé. A défaut de passer par l’Etat, il faudra évidemment utiliser d’autres intermédiaires, sans doute des organisations non gouvernementales elles-aussi soumises à la corruption car ce phénomène ne peut fonctionner que globalement : les gros sont grassement corrompus, les moyens sont moyennement corrompus et les petits sont petitement corrompus. C’est ainsi, la corruption est aussi un système de redistribution mais, à la différence de l’impôt, il est organisé informellement en dehors de la Loi.

    Dans cet « Orient compliqué », le mieux à faire pour la France est d’aider matériellement ce pays mais surtout ne pas se mêler de sa gouvernance car il n’y a que des coups à prendre et aucun espoir de réussir à faire évoluer les choses. Il faut laisser les libanais et les puissances régionales réformer la gestion de ce pays fracturé, s’ils l’estiment nécessaire. Peut-être le président français est-il confronté à suffisamment de dossiers nationaux urgents pour ne pas aller se mêler de ce qui ne le regarde pas dans les affaires des autres pays, fussent-ils proches de Paris (ce qui d’ailleurs reste encore prouver dans le cas du Liban) ?

  • Compromissions politiques

    Vous souvenez-vous de Gaspard Gantzer ? Non ? Ne vous inquiétez pas tout ceci est parfaitement normal. Le garçon, plutôt socialisant fut conseiller du président de la République François Hollande, chargé de la communication. Il tourna ensuite dans le sens du vent de la République en marche, comme nombre de ses camarades. Il lança le mouvement « Parisiennes, Parisiens » pour les élections municipales de Paris en 2020. C’est lui qui proposa de supprimer le boulevard périphérique. Devant les sondages déplorables provoqués par sa candidature, il rallia finalement dans le VIème arrondissement la liste présidentielle menée par Agnès Buzin, pour finalement n’y être pas élu.

    Ancien élève de l’ENA (école nationale d’administration), il semble surtout avoir travaillé dans la politique, fort peu dans l’administration et un peu dans le secteur privé via une agence de communication crée en 2017. On apprend récemment qu’il sera chroniqueur de l’émission de télévision journalière « Balance ton Post » présentée par l’inénarrable Cyril Hanouna. Les productions télévisuelles de cet animateur sont généralement des monuments de vulgarité, aussi racoleuses que dispensables. On reste coi devant la décision de Gantzer de rejoindre une telle écurie, est-ce par nécessité ou par goût ? On espérait quand même que malgré ses déboires électoraux cet ancien serviteur de l’Etat aurait manifesté de plus hautes ambitions que de compromettre avec l’un des puissants vecteurs d’abrutissement du peuple que sont les émissions d’Hanouna ! Triste époque.

  • MAURIAC François, ‘Le nœud de vipères’.

    Sortie : 1933, Chez : Editions Bernard Grasset / Le Livre de Poche 251.

    François Mauriac (1885-1970), prix Nobel de littérature en 1952, écrivain bordelais humaniste et engagé, a médité sa vie durant sur le bien, le mal et la rédemption, sans doute influencé par l’éducation très catholique reçue du côté de sa mère.

    Le roman « Le nœud de vipères » illustre ce tiraillement existentiel en la personne d’un avocat riche, avare et célèbre, en froid avec sa femme et leurs deux enfants qu’il cherche par tous les moyens à déshériter afin qu’ils ne bénéficient pas de sa fortune accumulée et jalousement gardée. Il rédige une longue lettre (qui compose le texte du roman) qu’il veut déposer dans son coffre pour qu’à sa mort, sa famille n’y trouve aucune valeur mais ce simple règlement de comptes. La vie en décidera autrement et, finalement, le vieil acariâtre libérera sa tendresse (et ses biens) avant la fin.

    Le style de Mauriac nous ramène à celui de cette génération d’écrivains du début du XXème siècle : élégant, précis, fluide, un peu morne ; celui du temps qui s’écoule dans ces grandes familles bourgeoises de l’époque, empesées dans leur statut et leurs convenances, mais où le feu des sentiments peut dévaster les âmes. « Le nœud de vipères » est souvent considéré comme le chef d’œuvre romanesque de Mauriac.

  • Le képi en chef du Mali

    Colonel Goïta chef de la junte du Mali

    Voici la tête du nouveau pouvoir militaire malien : jeune, galonnée et en tenue de combat ! Le coup d’Etat militaire est une tradition dans ce pays pour changer le pouvoir, les élections et l’organisation démocratique n’ayant jamais fonctionné correctement, du moins tel qu’on l’entend en Occident. Parlement, partis politiques, commissions électorales et tous les attributs des régimes démocratiques des pays du Nord ont été vainement répliqués, et à plusieurs reprises, dans ce pays sahélien qui va de mal en pis depuis des décennies. Il est probable que ce nouveau régime suivra la voie de ses prédécesseurs et sera bientôt rejeté par ceux qui l’acclament aujourd’hui. Et quand bien même rendrait-il un jour le pouvoir aux civils, ceux-ci se retrouveraient de nouveau à la tête de ce pays immense, partiellement désertique, incapable de recouvrer l’impôt pour construire un Etat toujours inexistant depuis l’indépendance en 1960, tiraillé entre les clans et les ethnies, entre les religieux et les libéraux, occupé par des armées étrangères « amies » venues aider à lutter contre le terrorisme islamique… on ne voit pas beaucoup de lumière au bout d’un tunnel qui risque d’être long !

    Lire aussi : Les képis reprennent le pouvoir au Mali

  • de BEAUVOIR Simone, ‘La longue marche – essai sur la Chine’.

    Sortie : 1957, Chez : NRF – Gallimard.

    En 1955, Simone de Beauvoir (1908-1986) voyage en Chine avec un groupe d’intellectuels invités par le gouvernement révolutionnaire qui a pris le pouvoir au terme de la guerre civile chinoise (1927-1949) sous la direction de Mao Zedong (Mao-Tsé-Toung à l’époque). Elle a déjà publié en 1949 l’essai « Le deuxième sexe » qui a rencontré un succès mondial et fait de son auteure la figure de proue de la libération de la femme. Elle a reçu le prix Goncourt en 1954 pour « Les Mandarins ». Sa pensée est clairement de gauche et ses sentiments plutôt favorables à la Chine maoïste révolutionnaire qu’elle découvre lors de ce voyage « organisé » de six semaines.

    Elle prend soin dans un prologue d’expliquer la totale liberté qui prévalut dans ce périple « encadré » : toutes les questions pouvaient être posées aux guides, toutes les visites pouvaient être demandées et obtenues, tous dialogues pouvaient être menés où que ce soit avec qui que ce soit, modulo bien entendu la nécessité de traduction et donc de traducteurs mis à disposition par les autorités.

    Simone de Beauvoir décrit et analyse successivement la ville de Pékin en 1955, les paysans, la famille, l’industrie, la culture, la lutte défensive [pour l’unification du pays et le combat contre les capitalistes contre-révolutionnaires], le [célébration du] premier octobre, les villes de Chine avant de conclure. C’est un vaste tableau d’un immense pays bouleversé par les traditions, les guerres, les empereurs, l’idéologie, bref, par l’Histoire, et dont l’étape communiste en cours observée alors par Beauvoir ne manque pas de fasciner au plus haut point nombre d’intellectuels occidentaux.

    Nous sommes en 1955, six ans après la fin de la guerre civile. La Chine est millénaire mais son unité est encore chancelante. Avec l’aide de l’Union soviétique, « pays frère », Mao et les siens vont tendre à transformer cet immense territoire, rongé par des siècles d’un environnement moyenâgeux où des seigneurs guerroyaient entre eux et contre les « barbares », avec une économie très majoritairement agricole et des paysans réduits à l’état de serfs. Le colonialisme occidental y fit des ravages à partir du XIXème siècle, prospérant notamment sur le commerce de l’opium importé d’Indes avec son cortège d’addictions et de banditisme. Le colonialisme japonais ne fut guère moins dévastateur en Mandchourie…

    Bref, Mao prend les commandes d’un pays à reconstruire, ce qu’il va faire en appliquant les théories marxistes, revues et sinisées. Après la révolution bolchévique c’est une nouvelle expérience révolutionnaire mise en œuvre à grande échelle sur une population qui compte déjà 600 millions de personnes. En 1955, les dramatiques initiatives du « Grand bond en avant » (1958-1960) et de la « Révolution culturelle » (1966-1976) n’ont pas encore eu lieu et Beauvoir analyse la situation sous un jour plutôt favorable. Elle base son argumentation principalement sur le fait que « c’était bien pire avant » et que le collectivisme et la dictature du parti unique mis en œuvre à marche forcée ont amélioré la situation « des masses ». Elle a évidemment une vision un peu angélique des transformations du pays :

    « C’est peut-être ce qu’il y a de plus émouvant en Chine : cette fraîcheur qui par moments donne à la vie humaine le lustre d’un ciel bien lavé. »

    « La longue marche » – page 415

    « Certes la Chine n’est pas un paradis ; il lui faut s’enrichir et se libéraliser ; mais si on considère avec impartialité d’où elle vient, où elle va, on constate qu’elle incarne un moment particulièrement émouvant de l’histoire : celui où l’homme s’arrache à son immanence pour conquérir l’humain. »

    « La longue marche » – page 484 (dernier chapitre de la conclusion)

    Le plus ironique dans cette enquête est que Beauvoir cite abondamment les slogans du parti communiste expliquant que la Chine se donnait alors 50 ans pour rattraper son retard et dépasser la réussite économique du capitalisme occidental. Eh bien, on peut dire en 2020 que cet objectif a été globalement atteint mais pas par les moyens imaginés alors par les penseurs de la gauche de l’époque. La dictature du parti (communiste) unique a persisté mais l’économie a été partiellement libéralisée. Le premier résultat de cet étrange cocktail a été de rétablir la puissance mondiale chinoise en ce début de XXIème siècle, laissant les penseurs libéraux plus ou moins ébahis devant cette autoritaire efficacité.

    On ne saura jamais ce que Beauvoir et Sartre penseraient aujourd’hui de cette métamorphose inattendue, malgré les millions de morts légués par le maoïsme, en Chine et ailleurs ! L’Histoire risque encore de nous réserver bien des surprises qui pourront alimenter les réflexions des successeurs de ces deux intellectuels, qui se sont beaucoup trompés malgré la vigueur de leur pensée.

  • Les képis reprennent le pouvoir au Mali

    Avec une régularité de métronome, qui finit par être un peu lassante, une bande de galonnés dépenaillés a mené un coup d’Etat au Mali hier et cette nuit, forçant le pouvoir civil élu à démissionner, érigeant un « Comité national pour le salut du peuple » et promettant monts et merveilles aux « Maliennes et Maliens » …

    Certes le coup militaire est le mode favori de changement de pouvoir dans ce pays depuis des décennies, mais cette armée dépenaillée ferait sans doute mieux de concentrer son énergie à renforcer sa capacité de lutte contre le terrorisme religieux et touareg qui mine le Mali plutôt qu’à prendre et reprendre un pouvoir civil qu’elle n’est pas en mesure d’assumer. Cela risque très certainement d’avoir des conséquences sur la lutte anti-terrorisme menée par des forces internationales, majoritairement françaises, dans tout le Sahel. Les forces religieuses qui luttent pour imposer leur dictature à toute la région doivent se frotter les mains !

  • La réalité contre les slogans

    Juin / Charlie-Hebdo (09/11/2016)

    Avec une ironie dont elle est coutumière, l’actualité percute les idéologies ! Alors qu’un énième citoyen afro-américain décède sous la violence d’un contrôle policier aux Etats-Unis, un mouvement mondial se lève et réactive le thème « Black Lives Matter ». La vidéo prise de l’évènement est impressionnante où l’on voit un policier (blanc) à genoux sur le cou d’un citoyen (noir) pendant huit minutes au terme desquelles celui-ci meure étouffé. De nombreux pays partagent cette émotion et des manifestations s’y organisent pour contester le racisme dont souffrent les populations noires, de façon plus ou moins officielle.

    En France le mouvement rebondit sur ceux lancés dans l’hexagone par des activistes défendant la thèse d’une police française raciste et violence, à l’image de la police américaine. Des dirigeants d’extrême gauche en rajoutent et parlent d’une police française « barbare » qu’il faudrait « désarmer »[1]. Le plus actif est le Comité « Justice pour Adama », du nom d’un jeune homme, fuyant un contrôle de police, décédé une fois arrêté dans des conditions encore sous enquête, mais dont les soutiens ne veulent admettre qu’une seule issue, celle de la police coupable bien que le comportement d’Adama et de sa famille Traoré paraît pour le moins assez trouble.

    Dans le même temps on voit en France des actes de sévère délinquance se dérouler sous les yeux des citoyens éberlués. Le 15 juin des groupes de voyous tchétchènes se sont confrontés durement et pendant plusieurs jours à Dijon à des bandes de trafiquants de drogue issus « de la diversité ». C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de mort au vu des armes disponibles et des intentions affichées par les protagonistes. Tout ce petit monde a bien entendu joyeusement paradé sur les réseaux dits « sociaux », largement relayés par les médias classiques ; les tchéchènes expliquant qu’ils sont venus venger l’un des leurs « agressé » par les dealers et que : 

    « on ne touche pas à un tchétchène »

    les trafiquants affichant leurs armes (mitraillettes et pistolets, a priori bien réels) et leur volonté de rendre coup sur coup. Le même jour, d’autres groupes tchéchènes menaient des rixes à Nice, sans doute liées au contrôle du marché local de la drogue. Nombre de ces délinquants tchéchènes disposent du statut de « réfugiés politiques » en France.

    Et tout le monde de se demander au Café du commerce et sur les plateaux mondains : « mais que fait la police ? »

    Le 4 juillet, une femme gendarme a été tuée dans le Lot-et-Garonne, écrasée à 130 km/h par le chauffard qu’elle tentait de contrôler. Le conducteur est un repris de justice, pour trafic de stupéfiant et délits routiers, qui conduisait sans permis et transportait de la cocaïne dans sa voiture. Idem le 6 août cette fois-ci avec un policier du Mans qui a été traîné par le véhicule d’un conducteur ivre à qui il tentait de confisquer ses clés. Agés de 26 ans, le prévenu avait déjà été condamné pour ivresse au volant et pour outrage et rébellion. Etc. etc.

    Moins dramatique mais tout aussi significatif des tentatives de manipulation en cours, le 16 juin, durant une manifestation des personnels de santé, une première vidéo est diffusée montrant l’arrestation d’une infirmière par des policiers. Celle-ci crie et se débat, les militants anti-police s’émeuvent aussitôt du traitement qui lui est réservé. Agrippée par les policiers on l’entend distinctement crier qu’elle est diabétique et a besoin de sa Ventoline[2] et une policière de lui répondre calmement qu’elle en recevra sitôt rendue au poste de police situé à quelques mètres. Peu après d’autres vidéos sont disponibles qui montrent la même infirmière en blouse blanche, quelques minutes avant son arrestation projetant des pierres sur les forces de l’ordre et accompagnant le tout de vigoureux « doigts d’honneur » … et ne semblant pas trop souffrir alors de son asthme. Elle devrait comparaître devant un tribunal en septembre prochain. Entre temps, elle a porté plainte devant l’inspection générale de la police au sujet des conditions de son interpellation.

    Si l’on compte les points, sans conteste les crimes et délits commis à l’encontre des forces de sécurité publique sont incomparablement plus nombreux et violents que ceux dont ces forces se rendent coupables contre la population. Bref, comme souvent en France, des minorités (très) agissantes se battent pour faire valoir leurs vérités, parfois au détriment des principes républicains. Des comités de soutien de ces minorités poussent comme de la génération spontanée (peut-être faudrait-il aussi favoriser l’émergence de comités de soutien en faveur des policiers agressés ou assassinés pour rétablir l’équilibre), gèrent leurs propres contradictions avec difficultés, secouent le cocotier de la démagogie, agitent les affres de leur victimisation, font croire et, sans doute, se persuadent que la France est une dictature raciste où une police politique est aux ordres d’un pouvoir fasciste dont l’objectif serait de les réduire au silence.

    Cet activisme défie l’intelligence et sape les bases de la démocratie apaisée.


    [1] Jean-Luc Mélanchon, député « La France insoumise ».

    [2] Produit que prennent les asthmatiques lorsqu’ils ont une crise.

  • Juan-Carlos exilé aux Emirats : quelle vulgarité !

    L’ex-roi d’Espagne Juan Carlos vient d’annoncer son exil aux Emirats-Arabes Unis. Il avait abdiqué en faveur de son fils en 2014 alors qu’il était déjà soupçonné de corruption, notamment en provenance des monarchies du Golfe persique, outre ses frasques en 2012 alors qu’il chassait l’éléphant avec une maîtresse au Botswana, ses enfants illégitimes, etc.

    Quelle tristesse alors que Juan Carlos avait su assurer une transition en douceur à la fin de la dictature militaire de Franco en 1975, et même défendre la démocratie lors d’une tentative de coup d’état militaire en 1981 ! Quelle destination vulgaire pour un Bourbon : les Emirats-Arabes Unis, royaume du clinquant où tout n’est qu’étalage de richesses et de tape-à-l’œil…

    Son entourage a fait savoir qu’il restait à la disposition de la justice en tant que de besoin si les affaires en cours nécessitaient sa parution. Un roi, même ex, fuyant son pays, qui plus est un Bourbon, voilà qui rappelle de mauvais souvenirs. A défaut de rester en Espagne, n’aurait-il pu choisir un pays d’exil un peu plus « européen » ? Après une fin de règne chaotique, voilà qu’il entame une fin de vie plutôt honteuse.

  • Un monument en couleur

    Erdeven – Morbihan
  • GIONO Jean, ‘Regain’.

    Sortie : 1930, Chez : Bernard Grasset / Le Livre de Poche 382

    Giono (1895-1970), continue à écrire sans relâche sur cette Haute-Provence qu’il vénère. ‘Regain’ est le dernier volume de la ‘Trilogie de Pan’ démarrée avec ‘Colline’ et ‘Un de Baumugne’. C’est l’histoire d’un village abandonné dans les collines où ne survit plus que Panturle, seul contre tous. Puis il rencontre une femme et tous les deux vont être à l’origine de la renaissance de la vie dans ce lieux perdu.

    L’écriture de Giono est pénétrée de la Provence, ses odeurs, ses bruits, sa chaleur, son patois… Chaque mot sent la garigue et la passion de l’auteur pour ce coin du Sud de la France, habité à l’époque par des paysans durs à la souffrance et sensible à la poésie de leur environnement. C’était avant le tourisme de masse et l’installation des bobos dans le Lubéron, mais même après cette évolution, ceux qui savent découvrir la Haute-Provence retrouvent les senteurs de l’écriture de Giono dans leurs pérégrinations dans ces Alpes du sud.

    On qualifierait maintenant Giono d’auteur « du terroir », c’était plus simplement un magnifique écrivain qui a dédié son écriture et son œuvre à sa région et dont la prose si parfaitement choisie ruisselle de son amour pour ses collines.

  • Les nouveaux garde-frontières délocalisés

    De nombreux candidats réfugiés tentent actuellement la traversée de la Manche entre France et Royaume-Uni pour pénétrer illégalement dans ce dernier pays. Londres accuse Paris de ne point en faire assez pour bloquer ces départs (voire de les favoriser) qui se traduisent par de l’immigration illégale sur son territoire. Evidement c’est toujours mieux pour Londres de laisser ces personnes en France, d’autant plus que l’accord dit « du Touquet » signé en 2003 convient que les contrôles douaniers pour passer du pays A vers le pays B se pratiquent sur le territoire de B par des douaniers de A, et vice-versa. Pour les demandeurs d’asile en Grande-Bretagne, si la demande est formulée avant le départ du navire c’est à la France de traiter la demande, si elle est faite après c’est le Royaume-Uni qui s’en charge et… qui renvoie le candidat en France si sa demande est rejetée ! Il n’est rien prévu de particulier pour les illégaux qui s’embarquent sur des bateaux de fortune. Londres participe au financement des frais engagés par la France pour assurer tous ces contrôles.

    Comme il y a beaucoup plus de réfugiés qui veulent se rendre de France vers l’Angleterre que l’inverse, Paris se retrouve avec un nombre important de réfugiés bloqués sur son territoire car ils ne peuvent pas être autorisés à prendre un bateau depuis la France puisqu’ils ne peuvent pas rentrer légalement dans le territoire de leurs rêves.

    Cela ne vous rappelle rien ? C’est grosso-modo le même modèle d’accord qui existe entre la Turquie et l’Union européenne (UE) : cette dernière paye Ankara pour que des réfugiés candidats à l’entrée dans l’UE soient maintenus en Turquie et empêchés de franchir illégalement la Méditerranée où ils aboutissent naturellement d’abord en Grèce et en Italie. La France est « bénéficiaire » de l’accord en cours avec la Turquie en ce qu’il bloque dans ce pays des candidats réfugiés dont certains seraient sans doute intéressés par s’installer en France, mais elle est en revanche « contributrice » à l’accord avec Londres puisque celui-ci aboutit à bloquer en France des réfugiés qui cherchent à se rendre au Royaume-Uni… En gros, Paris est le turc de Londres.

    Les deux accords affichent le même réalisme (teinté d’une touche de cynisme) à vouloir régenter des flux de réfugiés. Ils sont pour le moment relativement efficaces pour les pays « bénéficiaires » c’est-à-dire les pays de destination et reportent sur les pays « contributeurs » la charge d’accueil et de maintien des réfugiés. L’accord « du Touquet » présente l’avantage d’avoir été signé entre pays « bien élevés et de bonne compagnie » à la différence de celui impliquant la Turquie, pays qui vocifère, menace, ne respecte pas grand-chose et met ses menaces à exécution, au besoin en transportant officiellement les candidats réfugiés vers la frontière gréco-turque en leur faisant croire que le passage est libre[1]. S’il est sans doute possible de transiger avec le Royaume-Uni pour rééquilibrer l’accord « du Touquet », c’est mission impossible avec la Turquie qui continue à utiliser les flux de réfugiés, par ailleurs accueillis sur son sol, comme arme de dissuasion massive pour faire trembler les pays européens qu’elle n’aime pas beaucoup…

    Migrations et frontières : c’est la combinaison garantissant le niveau maximum de problèmes dans notre monde d’aujourd’hui (et peut-être aussi déjà dans celui d’hier). La Turquie joue adroitement avec ces deux leviers pour jeter le trouble dans les pays chrétiens d’Europe occidentale qui, par ailleurs, accueillent une forte diaspora de citoyens… turcs (ou d’origine turque) sur leurs territoires, notamment en Allemagne et en France, et à qui les nationalités allemandes et françaises ont été délivrées ou obtenues par le droit du sol ou le droit du sang en vigueur dans nos pays. Ce n’est pas là le moindre des paradoxes d’une situation inextricable qui en compte bien d’autres. Nous en sommes là !


    [1] On se souvient que à l’apogée de la crise des migrants en 2015-2016, des vieux cargos rouillés chargés de réfugiés étaient lancés sur les côtes françaises et italiennes après que leurs équipages aient pris la fuite sur les embarcations de secours. Une courte enquête permit d’identifier les ports turcs de départ de ces navires en perdition. Il semble que quelques photos satellites aient été transmises à Ankara par les autorités françaises et ces flux se sont taris assez rapidement.

  • Des sanctions contre Hongkong sans efficacité

    Alors que l’application des lois et règlements chinois au territoire de Hongkong se poursuit à marche forcée, les Etats-Unis décident de sanctions financières à l’encontre de onze dirigeants hongkongais pro-Pékin. Il s’agit principalement du gel de leurs avoirs sur le territoire américain. On peut imaginer sans peine que ces responsables ont liquidé depuis longtemps les éventuels avoirs qu’ils ont pu avoir aux Etats-Unis, s’ils n’en n’ont jamais eu !

    Compte tenu de la dégradation des relations entre Pékin et Washington ces dernières années, si des dirigeants chinois (de Chine continentale ou de Hongkong) détiennent des avoirs chez l’ennemi américain c’est qu’ils sont, soit complètement stupides, soit addicts aux risques majeurs.

    Le plus probable est que ce gel ne portera sur rien du tout puisque qu’il n’y aura aucun avoir à geler. Il permettra en revanche la diffusion de tweets vengeurs montrant aux électeurs que leur gouvernement agit avec force. La « mise au pas » de Hongkong par la Chine était prévisible et attendue. Les accords de rétrocession de la colonie britannique à la Chine continentale prévoyaient que le régime spécifique démocratique devait subsister jusqu’en 2047. Pékin, sûre de sa puissance, prend 25 ans d’avance sur la feuille de route et une échéance qui était écrite.

  • de TALLEYRAND Charles-Maurice, ‘Mémoires de Talleyrand 3/5’.

    Chez : Jean de Bonnot.

    Ce troisième volume des mémoires de Talleyrand est essentiellement consacré au Congrès de Vienne et aux aléas engendrés par l’évasion de Napoléon de l’Ile d’Elbe, sa reconquête du pouvoir français durant les « cent jours », puis sa défaite finale à Waterloo.

    Alors installé à Vienne par Louis XVIII pour représenter le Royaume au congrès censé réorganiser l’Europe après la première abdication de Napoléon, sous la contrainte des alliés (Royaume-Uni, les Empires russe, de Prusse et d’Autriche) entrés dans Paris, et son exil à l’Ile d’Elbe, Talleyrand défend la position de la France face aux représentants alliés, finalement pas si mal disposés à son égard malgré les circonstances. On y lit les échanges épistolaires entre l’ambassadeur, le Roi et son ministre des affaires étrangères.

    Il s’agit de recomposer l’Europe, ramener la France plus ou moins à ses frontières d’avant Napoléon en 1792, en constituant une série de territoires plus ou moins indépendants à ses frontières (Suisse, Belgique, Hollande, Savoie…) pour faire tampon entre l’hexagone et les empires vainqueurs. Le partage de la Pologne entre la Russie et la Prusse est en jeu (déjà…). L’empire ottoman n’est pas formellement partie eu Congrès mais n’en est jamais loin, la Russie s’intéressant aux détroits du Bosphore et des Dardanelles. Les frontières des Balkans se dessinent. Murat, beau-frère de Napoléon, nommé roi de Naples par celui-ci, réussit à sauver sa couronne avant de sombrer dans l’aventure des « cent jours » et la mégalomanie. Il sera exécuté par les forces italiennes du roi Ferdinand « des deux Sicile » en octobre 1815.

    A Vienne, les négociations sont longues et pointilleuses. Les histoires de monarchies et de dynasties se percutent avec les intérêts politiques et militaires. Mais le Congrès avance jusqu’à ce que… le tyran Napoléon s’échappe de l’Ile d’Elbe pour mener les « cent jours » à sa défaite définitive à Waterloo, puis son exil final à l’Ile de Sainte-Hélène. Les alliés signent alors une déclaration :

    « Les puissances qui ont signé le traité de Paris réunies en congrès à Vienne, informées de l’évasion de Napoléon Bonaparte et de son entrée à main armée en France, doivent à leur propre dignité et à l’intérêt de l’ordre social une déclaration solennelle des sentiments que cet évènement leur a fait éprouver.

    En rompant ainsi la convention qui l’avait établi à l’île d’Elbe, Bonaparte détruit le seul titre légal auquel son existence se trouvait attachée. En reparaissant en France avec des projets de troubles et de bouleversements, il s’est privé lui-même de la protection des lois, et a manifesté à la face de l’univers qu’il ne saurait y avoir ni paix ni trêve avec lui. »

    Les alliés garderont une mémoire amère de cette dernière tentative napoléonienne pour imposer sa dictature personnelle et leur attitude dans la négociation de Vienne deviendra plus rigide. Le traité de Vienne sera signé le 9 juin 1815. Charles X succèdera à Louis XVIII et nommera Talleyrand, vieillissant, ambassadeur à Londres où il restera quatre années pour gérer les relations franco-britanniques. Il sera impliqué notamment dans la séparation définitive, et la création, du royaume de Belgique de celui des Pays-Bas. Dans une lettre privée, visionnaire, il écrira en 1830 :

    « L’expédition d’Alger prend la forme d’une étourderie, qui, peut-être, pourrait conduire à des choses sérieuses. »

    On ne saurait mieux dire…

    Le déroulement de ce fameux congrès de Vienne, vu par l’œil de Talleyrand est passionnant et, évidement, un peu auto-justificateur pour son auteur. Les frontières et l’organisation de l’Europe issues de cette négociation multilatérale ont modelé l’Europe contemporaine, dans ce qu’elle a eu de bon et de plus risqué. Entre autres sujets, les grandes puissances qui siégeaient décidèrent de la fin de la traite négrière, mais non de l’esclavage. Passé du clergé à la diplomatie, ayant servi tous les régimes, de la Révolution à la Restauration sans oubier l’Empire, son exceptionnelle résistance n’est pas allée sans compromissions ni retournements. Après tout c’est l’essence même de la diplomatie et Talleyrand a mis au moins une partie de sa vision et de sa subtilité au service de son pays. Ce n’est pas plus mal.

  • L’arroseur arrosé

    Parmi les débats houleux s’étant déroulés dans le cadre de l’Union européenne (UE) pour la mise au point d’un plan de relance économique européen de 750 milliards d’euros récemment annoncé, celui de la conditionnalité de l’attribution des sous de ce plan fut particulièrement intéressant. Les pays bien gérés (dits « frugaux ») se sont opposés aux pays mal gérés (dits « Club Méditerranée »), les premiers voulant soumettre à conditions le bénéfice des aides consenties aux seconds… Ceux-ci ont évidemment rué dans les brancards à l’idée que l’on puisse mettre son nez dans leurs affaires et décider comment les aides à eux octroyées seront utilisées.

    L’ironie de l’histoire est que ce sont exactement ce que font la France ou l’Italie, par exemple, lorsqu’elles attribuent des aides à des pays pauvres : les riches imposent leur conditionnalité, ceux qui payent veulent décider de ce qui sera fait de leurs sous. On est toujours le va-nu-pieds de quelqu’un. La France et l’Italie sont les va-nu-pieds des pays européens bien gérés. La preuve en est qu’une partie de cette aide européenne, empruntée sur les marchés financiers, va être donnée sous forme de subvention par l’UE à ses va-nu-pieds, c’est-à-dire remboursée par les frugaux aux marchés financiers.

    C’est bien le principe de la solidarité mais ce n’est jamais très agréable de se découvrir le pauvre de son voisin et de constater que celui-ci veut bien nous aider, mais à ses conditions… Nous en sommes là. Finalement un accord a été trouvé sur une conditionnalité douce, ménageant la chèvre (des « frugaux ») avec le chou (des va-nu-pieds).