C’est le printemps, les récoltes de fruits et légumes s’annoncent
pour les jours à venir et l’habituel flux de travailleurs agricoles immigrés se
tarit du fait de la fermeture plus ou moins hermétique des frontières
nationales. Alors le principal syndicat agricole français fait appel aux bonnes
volontés pour aller cueillir les fruits et légumes dans les champs. Il
manquerait 200 000 travailleurs dans les champs :
Voici un effet plutôt inattendu de la fermeture des
frontières. Et l’on découvre les travaux que les citoyens français ne veulent
plus ou ne savent plus faire, et pour lesquels la République fait appel à l’étranger.
C’est un bon exemple du sujet de la « démondialisation » qui devrait
venir sur la table à l’issue de la crise. Si l’on veut résoudre cette
dépendance à l’étranger pour notre agriculture il faudra juste trouver
200 mille personnes chaque année pour les 3 mois de récolte printanière.
Pour cela il faudra peut-être augmenter les salaires versés ce qui accroîtra le
prix du kilo de carottes payé par Mme. Michu au marché ; ou alors
réquisitionner des travailleurs. Ce débat sera mené demain et promet nombre de
polémiques franchouillardes, d’autant plus qu’il ne sera qu’un des sujets au
milieu de bien d’autres similaires.
Au-delà des mesures sanitaires qui sont prise en France et
dans le monde pour essayer de limiter les effets mortifères de l’épidémie actuelle
de coronavirus, les Etats annoncent des plans de relance à coups de plusieurs
centaines de milliards pour soutenir leurs économies durant cette période qui
devrait être en principe provisoire. Il faut éviter les faillites en cascade d’entreprises
de toutes tailles afin qu’elles aient la capacité de reprendre leurs activités
lorsque l’épidémie touchera à sa fin. En France ce serait 33% de l’économie qui
serait actuellement à l’arrêt. La République française annonce un premier plan
de 300 milliards d’euros pour soutenir les entreprises et le chômage
partiel ainsi qu’éventuellement des nationalisations si le besoin s’en fait sentir,
la Banque centrale européenne prévoit une injection de liquidités de
750 milliards pour la zone euros, y compris du rachat de dettes publiques,
les Etats-Unis annoncent 2 000 milliards de soutien, etc. Ce sont des
méthodes « coup de massue » qui n’avaient pas été employées lors de
la crise de 1929 mais qui avaient mise en œuvre après la crise des
traders-fraudeurs de 2008. Espérons qu’elles seront efficaces également pour
cette crise sanitaire d’un nouveau genre.
Ce que ne disent pas les dirigeants à Mme. Michu c’est
que c’est elle qui va payer toutes ces dépenses in fine. En cela l’après crise devrait être particulièrement
intéressante lorsqu’il faudra passer à la caisse. Bien évidemment les corporations
qui auront pris des risques pour lutter contre l’épidémie réclameront des sous
en dédommagement, le corps médical sera au premier plan, mais pas seulement.
Les forces de sécurité notamment devraient aussi être en première ligne pour
les revendications financières. A ce stade le pouvoir ne remplit que la colonne
des dépenses, celle des recettes est laissée sous le tapis mais il faudra bien
l’aborder à un moment ou à un autre. Les méthodes habituelles seront mises en œuvre :
création monétaire puis que Banque centrale et Union européenne acceptent d’ouvrir
les vannes, création qui ne déclenche toujours pas d’inflation ce que les économistes
n’arrivent pas vraiment à expliquer, augmentation des impôts (voire
rétablissement de l’impôt sur les grandes fortunes – ISF), baisse des dépenses
de certains budget jugés dispensables (faut-il vraiment dépenser des milliards pour
organiser des jeux olympiques à Paris en 2024 ?), etc. Mais ce qui est sûr
c’est que ce sont bien les citoyens et les entreprises qui vont payer l’addition
ce qui risque de déclencher des réactions violentes en France où la moindre
réforme entraîne généralement manifestations et émeutes.
Evidemment, les pays mal gérés comme la France ou la Grèce,
en déficit de leurs finances publiques depuis des décennies, n’ont pas su mettre
des sous de côté lors des cycles économiques positifs. C’est la fable de la
cigale et la fourmi. Il est sans doute peu probable que les générations
actuelles verront un jour la République devenir la fourmi…
Certains pays anglo-saxons estiment pouvoir lutter contre la
pandémie actuelle en laissant courir le virus afin qu’une partie significative
de la population soit infectée et développe ainsi une « immunité de groupe »
qui arrêtera naturellement le développement de l’épidémie. L’avantage principal
d’une telle vision est que l’économie du pays n’est pas mise à l’arrêt mais cependant,
en principe, la proportion de morts dans la population devrait être plus élevée
que dans les pays qui tentent de stopper la progression du virus par des
mesures de confinement.
Le Royaume-Uni et les Pays-Bas, notamment avaient adopté
cette stratégie tout en précisant leur volonté de prendre en charge les
personnes gravement atteintes. Evidemment s’ils font face à un déferlement de
cas graves, leurs systèmes de santé ne parviendront pas à l’absorber. Les pays
confinant, la majorité, prennent eux le pari qu’ils arriveront à limiter,
peut-être à contrôler, la vague d’hospitalisation des cas graves et donc,
toutes choses étant égales par ailleurs, à déplorer proportionnellement moins
de décès. Mais en contrepartie, leurs économies sont très ralenties.
En fait personne n’est sans doute véritablement en mesure de
dire quelle est la meilleure stratégie. Ce que l’on peut cependant constater c’est
que la majorité de la planète opte pour le confinement et que même si les entreprises
néerlandaises et britanniques continuent à produire, à qui vont-elles vendre
leur production ? Le Royaume-Uni vient d’ailleurs de se résoudre à
annoncer des mesures de confinement du pays, certes moins drastiques que dans
le reste de l’Europe géographique. Les Pays-Bas également prennent quelques
mesures comme la fermeture de lieux publics (y compris les coffee-shops où l’on peut consommer légalement du cannabis), mais
pas de confinement général.
Le risque pour les dirigeants qui prennent des chemins de traverse c’est d’avoir tort contre tout le monde… Nous sommes pour le moment dans une relative incertitude sur la suite des événements mais on peut constater que les pays asiatiques qui ont appliqués ce confinement ont réussi, au moins provisoirement, à enrayer la hausse de la maladie. Donc, Royaume-Uni comme Pays-Bas sont en train de rejoindre le troupeau des confineurs, quitte à avoir tort mais avec tout le monde !
La progression de la pandémie de coronavirus entraîne des décisions nationales de confinement d’une partie de la planète. A ce jour ce sont 2 milliards de citoyens de la planète qui seraient confinés chez eux de façon plus ou moins drastique. Sur une population de 7,5 milliards d’habitants cela fait quand même près de 25% de la planète ! Le corps médical mondial semble impuissant pour le moment à endiguer cette épidémie autrement qu’en imposant aux gens de rester chez eux pour couper tout contact entre les personnes et limiter la contagion. Sans aucun doute les systèmes de recherche scientifique travaillent d’arrache pieds pour identifier traitements et vaccins, mais pour le moment, s’agissant d’une nouvelle maladie virale on ne sait pas quoi faire.
Il y a déjà des quelques milliers de morts répertoriés au titre
de ce virus, ce chiffre va continuer à progresser. On frémit en pensant ce que
va donner cette pandémie lorsqu’elle va débouler sur le continent africain. Mais
en principe l’épidémie s’arrêtera toute seule le moment venu, les spécialistes
parlent de quelques mois. Du moins c’est ce qui s’est toujours passé dans l’Histoire.
Espérons que cette pandémie ne dérogera pas à l’habitude…
En attendant une partie de l’économie mondiale est à l’arrêt
et les effets négatifs vont être gigantesques, à la hauteur de ceux de la crise
financière de 2008 déclenchée par la voracité et l’incompétence d’un secteur
financier défaillant. Cette fois-ci le sinistre est produit par Dame Nature.
Nous verrons dans quelques mois qui aura été le plus nuisible des financiers
cupides ou du virus baladeur.
En France les choses vont à leur rythme habituel entre respect des directives de confinement, polémiques sur les ondes, débat sans fin de « spécialistes » et de « communicants » sur un sujet qu’ils ignorent et bien entendu incivilités ordinaires, notamment une invasion de bobos fuyant les villes pour vivre le confinement dans leurs résidences secondaires, au grand dam des habitants locaux qui voient ainsi arriver d’éventuels citoyens contagieux. C’est notamment l’insurrection sur l’Ile-de-Ré où 3 000 bobos, essentiellement parisiens, seraient venus s’installer dans leurs maisons de campagne, apportant avec eux leurs miasmes et leurs comportements :
Facebook du 23/03/2020
Où va-t-on si la Seine Saint-Denis se met à déteindre sur l’Ile de Ré ? Les recommandations officielles étaient de limiter au strict nécessaire les migrations inter-villes. On peut imaginer sans trop de risque de se tromper que les 3 000 parisiens détenant une résidence secondaire sur l’Ile de Ré ne doivent pas être logés dans des HLM de la Seine Saint-Denis et qu’ils auraient pu vivre le confinement dans des conditions pas trop désagréables dans leurs appartements du 7ème arrondissement. Ils n’ont manifestement pas eu la même lecture et se sont précipités dans les gares avec bien d’autres ce samedi 21 mars pour quitter le navire des grandes villes. On a vu dans l’Histoire de France exodes plus douloureux.
Au-delà de ces attitudes discutables, les personnes qui travaillent dans des secteurs vitaux sont priées de continuer à bosser, c’est évidemment le cas du personnel de santé qui est sur le pont pour parer à la crise dans la mesure des moyens disponibles et qui doivent être légèrement agacés de ces petites histoires franchouillardes s’ils ont du temps à y consacrer, ce qui n’est sans doute pas le cas. Il faut aussi nourrir les confinés alors l’agriculture et la distribution travaillent, les services indispensables (eau, énergie, communication) aussi. C’est bien.
L’armée syrienne a nettoyé la Syrie de nombreux germes, il n’y a pas de cas de coronavirus pour l’instant.
Officiellement le coronavirus ne touche pas le pays ce qui
laisse nombre d’observateurs sceptiques compte tenu de nombreux iraniens présents
sur le territoire, l’Iran étant un foyer important de diffusion de la maladie au
proche et moyen Orient. L’avenir devrait dire assez vite ce qu’il en est en
Syrie. En attendant les autorités ont quand même pris des mesures contre l’épidémie
comme le report d’élections et la fermeture d’écoles ou d’universités.
En cette période de confinement mondialisé ordonné pour faire face à une pandémie d’un virus inconnu, on voit les réactions différentes de citoyens marqués par des cultures diverses : en France Mme. Michu se précipite dans son supermarché pour dévaliser les rayons de nouilles et du papier-toilette, aux Etats-Unis M. Smith envahit son armurier pour acheter des flingues. Dans un cas comme dans l’autre, chacun avance le principe de précaution et la nécessité de la prudence.
L’épidémie du coronavirus « Covid 19 » continue à se répandre sur la planète devant des citoyens médusés et incrédules, spécialement dans les pays riches qui se croyaient définitivement à l’abri de ce genre de mésaventures, assis sur leurs certitudes technologiques. C’était une erreur que nous pouvons méditer tout à loisir, confinés dans nos logements pour quelques semaines. Ou comment un simple virus met la planète à genoux ; nous sommes décidément bien peu de choses !
Les polémiques franchouillardes circulent encore plus vite
que le virus, entretenues par le bouillon de culture que sont les médias
radio-télévisés et les médias dits-sociaux. Les deux principales concernent l’insuffisance
de masques destinés à protéger ceux qui les portent de la contagion et la
question de savoir si le système de santé français permettra d’absorber le pic
de l’épidémie et de traiter en réanimation ceux qui le nécessiteront lorsque
ledit pic sera atteint.
Les journalistes et médecins de plateaux télévisés ânonnent
sans relâche qu’il y a une pénurie de masques tout particulièrement pour le
personnel soignant, et pour bien d’autres professions en général. Pénurie il y
a : les dirigeants et les producteurs de masques font ce qu’ils peuvent
pour y remédier. Les premiers ont réquisitionné toutes les productions faîtes
en France afin d’empêcher qu’elles puissent être exportées puisque,
grosso-modo, la plupart des pays européens font face à une très forte demande
de ces accessoires. D’après les informations sérieusement sourcées les
capacités de production nationales augmentent progressivement sans pour autant
rejoindre la demande également en forte augmentation. Les polémistes mondains font
pleuvoir la critique sur le pouvoir en place, coupable d’aveuglement et de
mondialisme, voire de comportements criminels « on envoie nos soignants au
casse-pipe…[1] »
et bla-bla-bla. Il semble qu’il existait un stock stratégique de masques détenu
par l’Etat il y a une dizaine d’années mais que celui-ci aurait été déstocké après
avoir été jugé inutile, cette décision faisant suite à la polémique de grande
ampleur apparue à la suite de la décision publique de stocker plusieurs
dizaines de millions de vaccins contre la grippe H1N1 en 2009, vaccins
finalement non utilisés. Les mêmes commentateurs avaient alors raillé la
ministre de la santé de l’époque Roselyne Bachelot, avaient ironisé sur toutes
les antennes sur ce « scandale d’Etat ». Les mêmes aujourd’hui, ou
leurs successeurs de la même engeance, tombent à bras raccourcis sur « l’imprévoyance
du gouvernement »… Bon, il y divergence entre l’offre et la demande de
masques, celle-ci devrait se résorber progressivement, c’est évidemment ennuyeux
mais ce n’est pas non plus la peine de ne parler que de ça cela ne fait pas
avancer la résolution du problème plus vite. Des gens sérieux et opérationnels s’en
occupent en dehors des plateaux télévisés.
Deuxième sujet récurrent : y-aura-t-il assez de lits de
réanimation pour accueillir les 5% de malades gravement atteints au pic de l’épidémie ?
Là encore la question est rabâchée à toutes les sauces par les commentateurs
mondains et assénée à tout intervenant sur le sujet. La réponse est : « on
ne sait pas » puisque personne n’est en mesure d’évaluer combien de
patients seront à traiter le moment venu. Ce que l’on sait c’est que les
responsables développent tout ce qu’ils peuvent pour augmenter ce nombre lits
de réanimation et lisser la courbe de l’épidémie pour essayer d’atténuer la
divergence entre l’offre et la demande. Il y aurait 5 000 lits de
réanimation disponibles en temps normal et l’on devrait atteindre 10 000 lits
sous peu. S’il y a 20 millions de personnes contaminées et que 5%
nécessitent des soins intensifs cela ferait un besoin d’un million de lits de
réanimation si toutes ces personnes étaient malades au même moment, d’où les
actions de confinement en cours pour lisser la courbe de progression de la
maladie. Il est probable que, comme en Italie, nous n’y arriveront pas
complètement et qu’il y aura sans doute des décès qui auraient pu être évités
si le système de santé offrait 1 million de lits de réanimation au lieu de
10 000. On peut polémiquer sur ces simples statistiques, chercher des
têtes à couper, parler dans le vide, surfer sur la peur et l’ignorance comme en
ce moment sur les ondes radio-télévisées, mais plus difficile est de réfléchir
sur ce sujet épineux. Après tout, il est assez simple de passer de 10 000 lits
de réanimation x milliers (ou millions), il suffit de payer.
Si demain la République veut accroître ses stocks de
sécurité de masques, de blouses, de lits de réanimation, de personnel soignant,
etc. il suffit de dépenser plus. Ce n’est pas un problème technique mais une
question budgétaire. Nous avons un parlement qui examine chaque année le budget
de la sécurité sociale, dépenses comme recettes, et qui peut le doubler, le
tripler ou le décupler. La difficulté sera évidemment d’expliquer aux citoyens
comment ces augmentations seront financées car il faudra dans ce cas accroître
les cotisations, les impôts, diminuer d’autres budgets pour compenser, sans
doute un peu des trois. Et cela risque d’être douloureux mais c’est la grandeur
de nos démocraties de prendre ce genre de décisions démocratiquement !
Rappelons une nouvelle fois que la corporation des titulaires
de cartes de presse donneurs de leçons bénéficie d’une niche fiscale sous forme
d’un abattement forfaitaire sur leurs revenus imposables pour « frais d’emploi
». Ces subventions financées par les contribuables devraient, à tout le moins,
générer un comportement responsable des journaux et journalistes qui en sont
les bénéficiaires. Ils sont ainsi reconnus un peu comme service public,
qualification qui devrait être un gage de qualité et non de beaufitude.
Une solution serait peut-être de résilier cette niche fiscale
imméritée et d’en allouer le produit à la reconstitution d’un stock de masques
chirurgicaux. Ce serait sans doute ainsi une bien meilleure utilisation des
fonds publics.
[1]
Ivan Rioufol de Valeurs Actuelles sur un plateau
Manuel Valls, ex-ministre de l’intérieur de la République
française, ex-premier ministre, ex-ennemi intime de Martine Aubry, ex-député
élu en 2017 puis démissionnaire de l’assemblée nationale pour présenter sa
candidature à la mairie de Barcelone, l’impétrant bénéficiant de la double
nationalité franco-espagnole, ex-battu à plates coutures à ladite mairie, mais
néanmoins élu conseiller municipal, produit des interviews dans la presse en ce
premier trimestre pour faire savoir qu’il serait disponible pour servir
République française, tout en précisant bien entendu qu’il n’est « candidat
à rien ».
L’instabilité de ce garçon est tout de même étonnante. Après
avoir démissionné de son mandat de député français en début de mandat, il envisagerait
de démissionner de son poste de conseiller municipal espagnol de Barcelone, quelques
mois après son élection, pour revenir servir Paris ; retour vers la
République après un petit passage dans la Monarchie, mais que veut-il
exactement ? Quelles sont ses véritables convictions ? Comment mieux illustrer
l’incohérence de la double nationalité que par son comportement divaguant ?
Sa proposition n’a d’ailleurs
pas vraiment déclenché un enthousiasme populaire ni politique. Entre réformes et
coronavirus la République a d’autres soucis que d’assurer les vieux jours de
M. Valls. Non, le mieux est qu’il assume son mandat de conseiller
municipal, pour lequel il a démissionné de l’assemblée nationale française,
jusqu’à son terme en respectant l’engagement qu’il a pris devant les électeurs
espagnols. On pourra éventuellement voir, ce terme venu, si la République a
besoin de Manuel Valls.
Sortie : 2009, Chez : Les Editions de Minuit « double » n°73.
« Des hommes » raconte le souvenir indicible de deux cousins, issus du même village, troufions en Algérie durant la même période, celle des horreurs de la décolonisation et de la guerre d’indépendance. L’un et l’autre ont vu et plus ou moins participé à des actions de répression de l’armée française contre les populations locales suite à des attaques des combattants du FLN particulièrement sauvages.
La première partie décrit la déchéance de Bernard qui erre entre alcool et abandon depuis son retour il y a 40 ans et qui mêle l’Algérie à ses difficultés familiales. La seconde nous ramène dans les djebels au sud d’Oran où se croisent des gamins français de toutes origines, croyances et convictions, à qui l’on demande de tenir un camp militaire avancé au milieu des caillasses et du vent brûlant. Tous on en commun le même double-questionnement : « mais que fait-on ici et à quand la quille pour sortir de cet enfer ? ».
Ceux qui survivront physiquement seront marqués à tout jamais par cette guerre absurde et perdue. Ce qu’il retrouve au retour n’est pas toujours flamboyant, des fiancées qui n’ont pas attendu, des familles qui n’imaginent pas à ce qu’ils ont vécu, des carrières à reconstruire, des études à abandonner… Comme d’autres, les deux cousins n’évacueront jamais vraiment le poids de leur participation en gardant le silence tout au long de ces années mais le traumatisme ressort après 40 ans…
Mauvigner écrit comme parlent ses personnages, des phrase saccadées, parfois pas terminées. Beaucoup de choses sont restées en pointillés après l’Algérie indépendante, et pour toute une génération.
Depuis que la France est devenue l’un des épicentres européens
de l’épidémie de coronavirus, ce sujet sanitaire occulte tous les autres. Outre
les journalistes qui se sont tous érigés en experts épidémiologiques, un nombre
significatif de représentants du corps médical se succède sous les spotlights pour
édifier les spectateurs d’avis et de commentaires dispensables, souvent
contradictoires, parfois polémiques. Les journalistes-experts adorent insister sur
lesdites contradictions en pointant le fait que untel a dit ceci il y a deux
jours et dit maintenant cela. Ils n’ont pas encore admis qu’une épidémie est évolutive
et peu prévisible, alors les tactiques et stratégies mises en place évoluent au
jour le jour en fonction de la situation. C’est ce pourquoi les contribuables
payent leurs dirigeants politiques.
En revanche, on s’étonne un peu que ces médecins variés aient tant de temps à perdre sur les ondes radio-télévisuelles. Compte tenu des circonstances ne serait-il pas plus opérationnel pour le système de santé qu’ils soient au travail dans leurs cabinets et hôpitaux plutôt qu’à bavasser sur les plateaux ? Ensuite on a des décisions politiques liées à cette crise sanitaire qui sont prises tous les jours, elles-mêmes basées sur un « conseil scientifique » plutôt transparent qui publie désormais ses analyses via des communiqués lisibles par Mme. Michu. Alors Messieurs les professeurs de plateaux télévisés, le mieux est que vous alliez travailler pour appliquer les instructions politiques, aider vos collègues surchargés, ou que vous vous reposiez de vos efforts, mais votre envahissement des ondes est juste du temps perdu et détourné de la juste cause.
Sortie : 2019, Chez : Les Editions du Noir et Blanc.
Un incroyable roman de Mircea Cartarescu dans lequel s’exprime le style exceptionnellement créatif de l’écrivain roumain, fait d’un vocabulaire extrêmement riche (on consulte son dictionnaire souvent et on pense à la difficulté qu’a du affronter la traductrice), d’un sens de l’observation aigüe et d’une profusion sans limite dans la description des faits et des personnages.
Sans doute largement autobiographique, ce roman raconte la vie d’un jeune professeur de roumain, à la vocation d’écrivain rivée au corps, dans une école populaire de Bucarest aux temps où régnaient le communisme et son dictateur Ceausescu. La ville décrite comme le « musée de la mélancolie et de la ruine de toute chose » est propice aux observations un peu glauques qu’affectionne Cartarescu qui narre par le menu détail à longueur de pages les observations qu’il fait de lui-même, de ses maux, de ses faiblesse. Cela tourne souvent autour de choses pas toujours très esthétiques : le cheminement des poux dans ses cheveux, ses passages à l’hôpital ou chez le dentiste, il est question d’organes malades, de boyaux verdâtres, d’excroissances humides… Il y a une manifeste autosatisfaction à insister sur ce qui ne va pas dans le corps, une fascination sans borne pour l’intérieur mystérieux de notre enveloppe corporelle, ce qui suinte, ce qui coule, ce qui est malade, ce qui provoque douleurs et interrogations… C’est un peu morbide sans être dramatique.
L’auteur ajoute une touche de science-fiction dans la vie que mène son héros dans Bucarest, entre l’école où il travaille, sa maison « en forme de navire » qui abrite un « solénoÏde » provoquant la lévitation de ses habitants lorsqu’il est activé, l’usine en ruines entre les deux endroits réunis par un tramway bringueballant. Il mélange les évènements ordinaires de la vie sans éclat d’un professeur de roumain qui fait ses courses, aime sa collègue de physique, partage sa fascination pour la mathématique avec son collègue en charge de cette discipline, et les phénomènes surnaturels qu’il observe au hasard de pérégrinations imaginaires, comme pour ensoleiller cette morne vie.
Le délire dans lequel s’enferme parfois le double romancé de l’auteur est dans l’air de l’époque d’une Roumanie où le satrape Ceausescu et son épouse guignolesque voulaient emmener le pays qu’ils dirigeaient, au-delà des réalités, vers un avenir radieux pour l’Homme communiste nouveau. Au bout d’un temps qui fut très long, le délire pour la Roumanie s’est heurté à la vraie vie et les Ceausescu ont été sommairement exécutés en 1989. Celui du héros, de son amoureuse Irina et de leur fille se termine dans la vision théâtrale de l’envol de la ville de Bucarest toute entière happée par les cieux d’un monde nouveau qui accueillera le bonheur des tourtereaux : » Nous resterons là-bas pour toujours, à l’abri des terrifiantes étoiles ».
L’imagination débordante de l’auteur est fascinante mais parfois un peu longue, le roman faisant 800 pages… Le lecteur s’autorise à survoler les derniers chapitres car il faut bien en finir !
Dans un petit bureau de vote parisien c’est le désert pour ce premier tour des élections municipales. Pendant ce temps, le jardin public contigüe est plein de familles prenant le soleil, allongées sur les pelouses ou faisant la queue devant la bicoque à confiseries. La veille au soir le premier ministre avait appelé les citoyens à rester chez eux pour cause de virus baladeur, sauf pour faire leurs courses alimentaires et voter… Il y a encore un peu de travail à faire pour améliorer le sens civique de la population.
Les journalistes et commentateurs mondains, piliers de
plateaux télévisés de chaînes d’information en continu, se sont érigés en
experts épidémiologiques depuis que l’Europe, et tout particulièrement la France,
est attaquée par un virus contre lequel il n’existe à ce stade ni traitement ni
vaccin. Les mêmes qui ricanaient en 2009 face à la commande de vaccins faite par
souci de prudence par l’Etat contre la grippe H1N1, puis finalement annulée, raillent
aujourd’hui les autorités de santé de n’être pas assez prudentes en maintenant
pour demain le premier tour d’élections municipales alors que le pays s’enfonce
dans la crise sanitaire et les mesures de confinement.
Rappelons que la corporation des titulaires de cartes de
presse bénéficie d’une niche fiscale sous forme d’un abattement forfaitaire sur
leurs revenus imposables pour « frais d’emploi ». Ces subventions financées par
les contribuables devraient, à tout le moins, générer un comportement
responsable des journaux et journalistes qui en sont les bénéficiaires. Ils
sont ainsi reconnus un peu comme service public, qualification qui devrait être
un gage de qualité et non de beaufitude.
Une solution serait peut-être de résilier cette niche fiscale
imméritée et d’en allouer le produit à la recherche pour un vaccin contre le
coronavirus actuel. Ce serait sans doute ainsi une bien meilleure utilisation
des fonds publics.
Les commentateurs et journalistes mondains qui édifient
Mme. Michu sur l’évolution du virus qui attaque la planète entière ont
manifestement du mal avec la science statistique. Ceux qui se veulent
rassurants n’arrêtent pas de répéter que 80% des patients s’en sortent avec un
peu de paracétamol, 15% doivent être traités plus sérieusement, éventuellement
à l’hôpital, et les 5% restant nécessitent des soins intensifs en réanimation,
dont 1% décèdera. Le problème dans ce ratio n’est donc pas le numérateur mais
bien son dénominateur. Si 15 millions de citoyens sont infectés cela fera donc
750 000 personnes (5%) à passer en réanimation (heureusement pas toutes en
même temps) et 150 000 morts (1%).
Le débat suivant concerne la capacité d’accueil des hôpitaux
qui serait « le résultat scandaleux du sous-investissement de l’Etat dans
son système de santé depuis des décennies ». Là encore le calcul
statistique fait partie des critères de choix des stratégies. C’est un peu
comme la construction d’une digue : on la dimensionne pour résister à la
crue triennale, décennale, centenaire, millénaire, qu’importe mais elle aura
une limite de résistance. Tout dépend de la hauteur de la vague. C’est une
question de coût et de calculs techniques des ingénieurs responsables de la
construction.
On parle d’une capacité de 5 000 lits de réanimation en
France. Manifestement cette capacité est à peu près suffisante en temps « normal »
mais n’a pas été dimensionnée pour une pandémie de coronavirus. Si l’on veut
passer cette capacité à 100 000 lits c’est assez simple : il suffit
de payer pour de nouveaux hôpitaux, du matériel et du recrutement de personnel
médical. Pour ça il existe un parlement qui statue chaque année sur le budget
de la sécurité sociale. Il peut décider de doubler, quintupler, décupler le
budget actuel en indiquant aux citoyens les sources de financement à mettre en œuvre
pour ce faire : cotisations sociales, impôts ou autres, car à la fin c’est
bien le citoyen qui paiera.
Laissons passer l’épidémie actuelle qui provoque pas mal d’émotion,
peu propice à des réactions raisonnables et, certainement, le débat reviendra
sur la table une fois l’orage passé. En attendant il faut juste espérer pour
soi et ses proches que nous resterons dans les 80% d’infectés qui se soignent
au Doliprane. Statistiquement c’est le cas le plus probable…
En ces temps d’accidents climatiques et d’intronisation d’une nouvelle commission de l’Union européenne (UE), ladite commission a publié le 11 décembre 2019 un texte de 28 pages (plus 5 d’annexes) intitulé « Le Pacte vert pour l’Europe ». En matière écologique la commission n’a qu’un pouvoir de proposition aux Etats membres et au parlement européen qui décideront ce qu’ils veulent retenir de cette longue litanie de bons sentiments, mais ils risquent très fortement d’y tailler à la hache en fonction de leurs intérêts nationaux propres et de la profondeur de leurs poches.
Le texte qui reste à un niveau très général est plutôt consensuel. Mis à part quelques idéologues extrémistes et peu réalistes, qui pourrait ne pas être d’accord avec les propositions qu’il contient ? Les mots-valises emportent l’agrément assez facilement dès l’introduction :
Cette nouvelle stratégie de croissance vise à transformer l’UE en une société juste et prospère, dotée d’une économie moderne, efficace dans l’utilisation des ressources et compétitive, caractérisée par l’absence d’émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 et dans laquelle la croissance économique sera dissociée de l’utilisation des ressources.
Cette stratégie vise aussi à protéger, préserver et consolider le patrimoine naturel de l’UE, ainsi qu’à protéger la santé et le bien-être des citoyens des risques et incidences liés à l’environnement. Dans le même temps, cette transition doit être juste et inclusive.
« Le Pacte vert pour l’Europe », document réf. COM(2019) 640 final
La vraie vie sera sans doute toute autre lorsque cette
communication devra être transformée en mesures effectives à décider et
appliquer par 27 Etats membres. Chacun tentera de défendre ses intérêts
particuliers en oubliant l’objectif général. Chacun devra composer avec les
considérations de ses électeurs. Les Etats déjà avancés en matière de
neutralité climatique n’auront plus les mêmes objectifs que les mauvais élèves.
Les Etats pauvres voudront faire payer les riches et les riches ne voudront pas
financer les Etats peu rigoureux comme la France ou la Roumanie, etc. etc…
La vraie question est sans doute essentiellement comportementale :
comment faire changer le mode de vie de populations plus préoccupées de leurs
taux de cholestérol et de leurs modèles d’aïephones que de l’avenir climatique
qu’ils laisseront à leurs enfants. Comment faire que les bobos aillent passer
leurs vacances dans le Cantal plutôt qu’à Phucket, que les gamins utilisent un
peu moins les réseaux de l’Internet[1]
et leurs accessoires connectés, que les citoyens mangent moins de viande… Il
faudra produire et consommer différemment (pour ne pas dire moins produire et
moins consommer), remettre en cause les fondements de l’économie libérale qui a
considérablement amélioré la condition humaine ces deux derniers siècles. C’est
une révolution pacifique qu’il faudrait mener, mais par où et par qui
commencer ?
[1] Les fermes de serveurs des GAFAM et leurs affidés consomment tellement d’énergie qu’elles sont délocalisées dans les zones froides voire polaires pour atténuer les coûts de refroidissement. Bien entendu les coûts du réchauffement qu’elles provoquent ne sont facturés à personne…
Les scientifiques ont beau sauter sur leurs chaises comme
des cabris en criant : « c’est la fin du monde, on va tous
mourir ! » c’est la grandeur de nos démocraties de ne pas savoir
imposer des comportements à ses citoyens ; pour les changer il faut
convaincre et il faut faire adopter des lois par des parlements élus
démocratiquement. C’est ce qu’on appelle la liberté si chère à notre univers
occidental. Evidement nous allons peut-être mourir de cette liberté si la
planète grille avant que nous ne réagissions suffisamment mais la clé n’est pas
que chez les gouvernements ou l’Union européenne ou les organisations
multilatérales, elle est surtout dans les mains des citoyens qui doivent
consentir à aller dans le sens de ce qu’indiquent le bon sens et… la commission
européenne. Pour commencer, ils devraient lire les 28 pages du « Pacte
vert » mais combien le feront bien que cette lecture ne prenne pas plus de
temps qu’une mi-temps de fouteballe à la télévision (moment que M. Michu préfère
généralement consacrer à l’évacuation de son trop plein de bière pendant que
Mme. Recharge les pizzas industrielles « 4 fromages ») ?
La France, à la tête des pays indisciplinés et mal gérés, est un bon exemple des difficultés de la démarche. On se souvient de l’écotaxe qui avait été votée, fait très rare, à l’unanimité du parlement national, toutes couleurs politiques confondues, mais qui avait du être retirée en catastrophe en 2013 suite aux émeutes et sabotages déclenchés par une bande de furieux prêts à mettre le pays à feu et à sang pour ne pas la payer. Plus récemment, c’est l’augmentation des taxes sur le carburant diesel qui a déclenché les émeutes et blocages violents menés par des délinquants qui perturbent le pays depuis plus d’un an, et bien que là aussi le pouvoir ait renoncé à cette hausse de taxe.
En fait, seul le coût peut avoir un effet pédagogique sur les producteurs et les consommateurs : si le coût du démantèlement des centrales nucléaires était facturé aux consommateurs ils allumeraient leurs radiateurs avec plus de parcimonie, si les coûts écologiques étaient inclus dans la facturation du transport aérien les bobos achèteraient un peu moins de kiwis importés de Nouvelle-Zélande et consommeraient un peu plus de pommes normandes, etc. Le capitalisme a toujours fait montre d’une remarquable plasticité pour s’adapter aux changements de son environnement, il le fera de nouveau face au défi climatique s’il y a intérêt. Mais il faut savoir introduire ces coûts de façon maligne, sans doute les compenser par des baisses d’autres impôts et taxes par ailleurs pour que la charge globale reste la même mais le principe « pollueur-payeur » signifie bien que le pollueur… payera plus et donc, ne sera pas content. Mais répartir de nouveaux coûts sur des critères écologiques cela veut dire jouer avec les règles de la concurrence, démanteler certains secteurs économiques et certaines activités humaines, en promouvoir de nouveaux. C’est difficile, il y a des intérêts, des enjeux, des pressions. Pour le moment personne n’y a vraiment réussi et les citoyens ne sont pas véritablement demandeurs au-delà des slogans de circonstance. Au contraire, ils ont élu des dirigeants climatosceptiques aux Etats-Unis, en Australie, au Brésil… Peut-être l’aggravation de la situation écologique aboutira à la prise de conscience citoyenne à laquelle les pouvoirs actuels échouent ?
Les dirigeants élus dans nos démocraties doivent composer avec tous ces éléments contradictoires et surfer sur les humeurs de Mme. Michu. On voit en France ces derniers mois que cela n’est pas aisé alors que très peu de changements ont pour l’instant été instaurés en faveur du climat , mais tout de même un peu. L’inertie des comportements et l’égoïsme des citoyens ne poussent pas vraiment à l’optimisme ; la difficulté pour aboutir à une entente planétaire opérationnelle, ne l’est guère plus. Les plus pessimistes (voir les cabris ci-dessus) perdent déjà tout espoir, les masses attendent la sortie du prochain modèle d’aïephone, certains hurluberlus ne peuvent pas s’empêcher de penser qu’à la fin des fins, au bord de l’abîme, il y aura bien des réactions salutaires et que le monde survivra, même avec 2 ou 3° de plus ! L’avenir le dira. En attendant, que chacun prenne ses responsabilités, agisse là où il le peut et cherche à entraîner son voisin vers un comportement plus vertueux, ce sera déjà ça de pris.
La croissance doit être « durable et inclusive », bien sûr. Les mesures à prendre doivent être « audacieuses et complètes », évidemment, etc.
S’en suivent d’intéressants développements sur la nécessaire
transformation des économies des Etats membres pour atteindre la
« neutralité climatique » en 2050 avec une réduction des gaz à effets
de serre en 2030 de 55% par rapport au niveau de 1990 en instaurant une
taxation des émissions de carbone dans l’Union et, éventuellement, une taxation
des produits à l’entrée dans l’Union si les pays tiers ne consentent pas les
mêmes efforts. Il faudra transformer l’économie « linéaire » de
l’industrie actuelle, qui représente 20% des émissions de gaz à effet de serre
de l’Union, en une économie « circulaire » qui est censée limiter le
gaspillage des ressources et l’impact environnemental. Il est recommandé d’améliorer
l’information des consommateurs afin qu’ils optent pour des produits durables
et d’utiliser les technologies numériques pour atteindre les objectifs du pacte
vert.
Les bâtiments représentant 40% de la consommation d’énergie
en Europe, le pacte recommande l’engagement d’une « vague de rénovation »
des bâtiments publics et privés. De même, la transition vers une « mobilité
durable et intelligente », notamment en incluant dans les prix du
transport les coûts environnementaux. Il est question de concevoir un système
alimentaire « juste, sain et respectueux de l’environnement » de
« la ferme à la table » avec notamment une baisse de l’utilisation
des produits chimiques dans l’agriculture et le lancement de l’économie
circulaire générant moins d’impacts environnementaux. Il faudra « préserver
et rétablir les écosystèmes et la biodiversité », développer une
« ambition zéro pollution pour un environnement exempt de substances
toxiques », cela va sans dire.
Le maître mot est la « durabilité » qui devra être
intégrée dans toutes les politiques de l’UE en promouvant la finance et
l’investissement verts et en assurant une transition juste. Et là apparaît la
première évaluation financière de la commission qui estime à 260 milliards
les investissements annuels qu’il convient de lancer pour atteindre les
objectifs climatiques de l’horizon 2030, l’ampleur de ces sommes nécessitant la
mobilisation des secteurs privés et publics. La commission recommande que les
budgets nationaux soient « verdis » avec une fiscalité adaptée. La
recherche doit également être fortement impliquée pour identifier « des
solutions durables » et une « innovation de rupture ».
L’éducation également sera un point d’entrée clé pour la réussite du pacte
vert.
L’UE se veut le « chef de file » mondial pour
encourager les pays tiers à adopter des mesures similaires afin que ce
« pacte vert » devienne mondial, condition indispensable à sa
réussite. L’Union mettrait en place une « diplomatie du pacte vert » en
appuyant les accords multilatéraux comme l’Accord de Paris aussi bien que les
accords bilatéraux, particulièrement avec les pays voisins. L’idée des marchés internationaux
du carbone est relancée[1].
Enfin, la commission souhaite lancer un « pacte européen pour le
climat » pour mobiliser les citoyens en faveur du climat.
[1]
Après les résultats plutôt mitigés des premières expériences qui ont plus
brillé par les fraudes colossales qu’elles ont engendrées, plutôt que leur impact
sur la décarbonation…
Le senior préretraité qui va acheter son caleçon aux Galeries Lafayette en ressort doublement dépité. D’abord parce qu’il laisse 33 euros à la société Eminence pour un bout de tissu qui doit en valoir cent fois moins à produire, mais surtout parce que le bellâtre qui figure sur l’emballage a la taille impeccable, les abdominaux musclés, le torse glabre, la barbe de trois jours bien taillée, la musculature irréprochable…, bref, tout ce que le senior consommateur ne présentera plus jamais.
Georgette Elgey (1929-2019) a écrit en 1973 « La Fenêtre ouverte » qui raconte, 30 ans après, comment sa famille a été dénoncée à l’occupant allemand en 1942 par de « bons français » pour ses origines juives. Georgette avait 13 ans, grâce aux actions généreuses de personnes raisonnables, grâce aussi sans doute un peu à la providence, la jeune fille et sa proche famille furent préservées et survécurent jusqu’à la défaite allemande.
En 2017, au crépuscule de sa vie, elle publie « Toutes fenêtres ouvertes » qui raconte un autre combat mené par sa famille, celui du procès en paternité mené par sa mère contre Georges Lacour-Gayet dont elle tomba amoureuse, lui ayant 72 ans et elle 27. Il s’ensuivit l’arrivée de Georgette que son père refusa de reconnaître. Sa mère, Madeleine, soutenue par sa grand-mère Marthe, va lancer une action judiciaire pour forcer le vieil homme à reconnaître son « œuvre », utilisant même Georgette alors âgée de 4 ou 5 ans pour la lancer à la poursuite de son « père » à la sortie de son immeuble… Elles le font non seulement pour éviter à Madeleine, déjà mère d’une jeune fille issue d’un premier mari violent et cupide dont elle divorcera rapidement, de devoir élever seule sa deuxième fille, mais également par sens moral.
Après avoir retrouvé dans une cave une vieille malle emplie de documents familiaux Georgette s’attelle à reconstituer ce que fut la vie de sa mère, et plus généralement de sa famille, avant et après sa naissance. Il s’agit bien sûr de l’amour irraisonné de Madeleine, étudiante en histoire, pour son maître de près de 40 années plus âgé qu’elle, il s’agit surtout de la folle témérité de cette femme pour un combat (judiciairement perdu) afin que sa fille porte le nom de son géniteur, il s’agit aussi de la vie d’une famille de la grande bourgeoisie, familière des dirigeants politiques, des intellectuels et des artistes de son époque. La lâcheté d’un homme et le drame de la guerre vont venir bouleverser cette famille et servir de fil conducteur à cet ouvrage écrit alors que Georgette est devenue elle aussi une historienne reconnue auteure d’une histoire de la IVème République en six volumes qui fait encore autorité. Elle sera journaliste, éditrice, conseillère technique du président François Mitterrand, entre autres fonctions.
Ce combat d’une vie menée par sa mère, qui se poursuivit contre les enfants de Georges qui ne voulaient pas entendre parler de mêler leur nom à celui d’une famille aux origines juives, force le respect mais laisse songeur tant son résultat aurait été hasardeux, même si la Justice avait penché en faveur de Madeleine et Georgette. Il est des situations où la lutte et l’action, même motivées par l’amour, restent sans force face à la lâcheté. Il sera clôturé par Georgette qui, à 70 ans, sera contactée par un petit neveu de sa famille paternelle avec laquelle elle renouera de façon apaisée.
Ce livre est un vibrant hommage à ses mère et grand-mère, femmes d’honneur et de volonté. Il leur est d’ailleurs dédicacé.
« La fenêtre ouverte » est ajoutée à la fin du volume pour ceux qui ne l’auraient pas lu.
Alicia Gallienne est morte à 20 ans d’une maladie de sang génétique en 1990 après avoir écrit furieusement des centaines de poèmes, jamais publiés, au cours des quatre dernières années de sa vie. Cousine de l’acteur de la Comédie française Guillaume Gallienne, ce dernier se décida 30 ans plus tard à tenter d’exaucer le vœu d’Alicia qui disait : « j’écris pour être lue ! », avec l’aide d’une éditrice de la collection Gallimard « Blanche » consacrée à la poésie, par ailleurs marraine du printemps de poètes 2020. Le livre est sorti en février de cette année et, ce soir, Guillaume Gallienne et Marina Hands font une lecture d’un choix de ses poèmes une heure durant, entrecoupée d’intermèdes musicaux violon/piano joués par Renaud Capuçon et Guillaume Bellom.
C’est la soirée d’ouverture du Printemps des poètes, sur le thème du courage en cette année 2020. Qu’aurait-elle pu rêver de mieux pour un premier contact avec le public ? Hantée par l’urgence de la maladie (son frère Eric est décédé du même mal lorsqu’elle avait 7 ans), l’atmosphère est forcément tragique mais les mots sont habités par la vie, ceux d’une post-adolescente encore si jeune mais si attentive à ce qui l’entoure, la noirceur du monde comme la puissance des sentiments. On ressort de cette lecture bouleversés mais irradiés par l’énergie créatrice et communicative de cette auteure, et, surtout, tellement heureux qu’elle put enfin être publiée.
Sur sa pierre tombale du cimetière du Montparnasse, non loin de celle de Charles Baudelaire, est écrit :
Platini, un nunuche de 64 ans pris la main dans le sac de
petits arrangements entre copains-mafieux lorsqu’il œuvrait dans une fonction
incertaine à la Fédération internationale de fouteballe (FIFA), est allé jusqu’à
présenter son dossier devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH)
qui a confirmé que l’interdiction d’exercer une activité professionnelle liée
au football était bien justifiée… Ah mais !!!
On se souvient que le garçon avait touché 2 millions de francs suisses (équivalents à 1,8 million d’euros) de la FIFA comme solde d’un contrat dont on ignore le montant total, et sans que l’on ait pu vraiment déterminer le travail qu’il avait délivré en échange. Mais alors qu’il ambitionnait de devenir le chef de la FIFA cette affaire était malencontreusement sortie brisant tout net les ambitions du fouteux. Pis, la FIFA prise soudain d’une frénésie de nettoyage des écuries d’Augias allât jusqu’à licencier son président, un suisse, Platini et quelques autres forbans en leur interdisant d’endosser toute fonction dirigeante dans le fouteballe pour quelques années. Il ne leur a cependant pas été demandé de rendre l’argent volé.
Touché dans son égo, après différents recours infructueux devant
la justice suisse, Platini a soumis son cas à la CEDH pour « rétablir son
honneur ». Comme si cette Cour n’avait pas de sujets plus importants à
traiter que l’honneur perdu d’un fouteballeur oublié mais enrichi ? A
64 ans, que Monsieur Platini prenne sa retraite et cesse d’encombrer les Cours
et les médias. Il a trempé sa cuillère dans la bonne soupe des organisations
multilatérales, qu’il se fasse discret désormais.