Pour ceux, dont le
kroniqueur, qui n’étaient pas sur le Festival Rock en Seine hier soir, la radio
publique France-Inter retransmet (sans interruption publicitaire abrutissante)
le concert de The Cure. L’animatrice de service se croit obligée de faire quelques commentaires
inutiles sur certaines intro mais elle n’abuse pas. La setlist est une usine à
tubes…
Robert Smith, Simon
Gallup, Reeves Gabrel, Roger O’Donnell et Jason Cooper forment The Cure ce soir : le groupe d’une vie !
Setlist : Plainsong/ Pictures of You/ High/ A Night Like This/ Just One Kiss/ Lovesong/ Last Dance/ Burn/ Fascination Street/ Never Enough/ Push/ In Between Days/ Just Like Heaven/ From the Edge of the Deep Green Sea/ Play for Today/ A Forest/ Primary/ Shake Dog Shake/ 39/ Disintegration
Encore : Lullaby/ The Caterpillar/ The Walk/ Friday I’m in Love/ Close to Me/ Why Can’t I Be You?/ Boys Don’t Cry
Le Quatuor Hermès et Geffroy Couteau (piano) enchantent le festival avec un programme Schubert et Brahms. Le quatuor ouvre le concert avec Schubert (quatuor n°13), Geffroy Couteau joue ensuite les Klavierstücke (op. 76) de Brahms, puis ils se réunissent sur le quintette pour piano et cordes op. 34 de Brahms. Jeunesse, grâce et talent caractérisent ces musiciens venus bercer l’âme de vacanciers à la recherche d’un peu de spiritualité.
Un documentaire sur
Daniel Darc, l’ange sombre, chanteur et fondateur du groupe français Taxi
Girl, phare éphémère de la scène
française post punk au début des années 80. Le groupe ne sortit qu’un disque et
se rendit célèbre autant par son inspiration poético-morbide que par les
frasques de ses membres dont plusieurs sont morts tôt, ravagés par les drogues
et des vies sans limite. Darc qui écrivait les textes survécut, un temps, et
poursuivit une carrière solo entrecoupée de drames et de fulgurances dont
l’excellent disque Crèvecoeur, sorti en 2004 qui relança sa carrière.
Un de ses amis proches
l’a filmé tout au long de cette errance, plutôt au cours des dernières années,
et monta ensuite ce matériel après la mort de l’artiste en 2013 pour livrer un
film émouvant sur les tourments créatifs de cet être pour le moins torturé.
Rocker au cœur tendre, il est fasciné par les mots tristes posés sur des notes
innocentes. Son modèle toutes catégories est le Velvet Underground. Il est hanté par les poètes maudits et se pense
l’un d’eux, et lorsqu’il constate que ses cures de désintoxication assèchent
son inspiration il replonge avec conviction dans ses addictions.
Une
des dernières séquences le montre sur la scène des Eurokéennes (en 2008 ?)
chantant… Sad Song de Lou Reed devant une assemblée parsemée. C’est le
résumé tragique de la vie de Darc, né Rozum (famille juive originaire de Russie
et de Lituanie) dont la grand-mère mourut à Auschwitz, la mère vécut une histoire
d’amour avec un officier de la Wehrmacht durant l’occupation et qui se convertit à la
religion protestante pour tenter, en vain, de vaincre ses démons !
Après Thom Yorke le 7 juillet et l’exposition « ELECTRO
– De Kraftwerk à Daft Punk », la Philharmonie de Paris reçoit ce soir dans sa
grande salle Pierre Boulez l’un des groupes historiques du monde musical
électro : les allemands de Kraftwerk. Créé en 1970 à Düsseldorf par Florian
Schneider et Ralf Hütter le groupe a joué dès les années 70’ sur la proximité,
la fusion, entre homme et machine avec une musique synthétique, des paroles
minimalistes et un visuel robotique. Ils ont développé cette thématique avec
succès jusqu’à la fin des années 80’, puis sorti deux disques au tout début des
années 2000’. Ils organisent depuis des tournées sous différentes formations.
Kraftwerk avait été notamment invité pour le concert inaugural de la salle audio
de la fondation Louis Vuitton au bois de Boulogne en 2014
Leur retour ce soir dans la salle Pierre Boulez de la
Philharmonie de Paris tient un peu de l’évènement mondain. Les vieux fans se
bousculent néanmoins au portillon et le second marché explose pour ceux qui
n’ont pas eu de places officielles pour l’une des trois soirées. Le groupe
allemand qui a vulgarisé la musique électronique il y a 40 ans et
considérablement influencé le rock du XXème siècle. La prestation ce soir est à
leur image : industrielle et technologique, minimaliste et glaçante,
dansante et sereine. Kraftwerk
signifie « centrale électrique », leur label s’appelle « kling-klang » ;
on est au cœur de la modernité vous dit-on !
Parmi les “historiques” seul Ralf Hütter est présent ce
soir. Il est accompagné des trois musiciens : Henning Schmitz, Fritz
Hilpert et Falk Grieffenhagen. Ils sont quatre habillés d’une combinaison sur
laquelle est dessinée une sorte de structure fluorescente en squelette et
installés derrière quatre blocs, style pupitre, disposés en ligne. Seul celui
de Ralf affiche un clavier avec des touches, les autres sont un embrouillamini
de boutons, de fils et de machines.
Nos quatre compères déclinent leur musique devant un vaste
écran sur lequel sont projetés de superbes images numériques, aux formes
modernes et aux couleurs vives, rappelant les thèmes de morceaux joués. Evidement
il n’y a pas vraiment de nouveauté musicale ce soir, la plupart de ces mélodies
ont été crées il y a deux ou trois décennies mais on est pris par l’aspect globalisant
de la performance. Cette musique finalement n’a guère pris de rides avec la
même recette : une rythmique en boîtes à rythmes, des ritournelles-boucles
répétitives et obsédantes et la voix transformée de Ralph, transitant
probablement par moulte filtres et vocodeurs avant d’être déversées dans les
enceintes. Les thématiques sont définitivement industrielles : radioactivity, autobahn, robots, metal…
Sur The Robots les
musiciens repartent en coulisse, un rideau s’ouvre et apparaissent sur une
scène surélevée quatre robots qui dansent de façon saccadée sur la musique et
dont les spectateurs ne sont toujours pas bien sûrs d’avoir identifiés de vrais
robots ou, plus probablement, les quatre membres du groupe singeant les robots ?
Ils semblent plus jeunes que les vrais musiciens mais une simple perruque peut
masquer les calvities naissantes… La fusion hommes-machines est tellement à l’image
du groupe que cette incertitude qui plane sur la vraie réalité des acteurs est
plutôt bienvenue !
We’re charging our battery And now we’re full of energy
We are the robots, we are the robots We are the robots, we are the robots
We’re functioning automatic And we are dancing mechanic
We are the robots, we are the robots We are the robots, we are the robots
Ja tvoi sluga, Ja tvoi rabotnik Ja tvoi sluga, Ja tvoi rabotnik
We are programmed just to do Anything you want us to
Probablement les ordinateurs musicaux et les techniques de
projection utilisées aujourd’hui ne sont plus celles des années 80’ mais le
spectacle n’en est que plus techno et parfait pour aboutir à une œuvre d’art multimédia
totale et sublime. Leur vision de l’avenir n’a guère changé depuis la création
du groupe mais leur capacité d’anticipation à l’époque était certaine : il
n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination pour insuffler un peu d’intelligence
artificielle dans cette construction robotique et en faire l’actualisation de
ce que nous vivons aujourd’hui.
Ce groupe allemand novateur a influencé nombre de musiciens
de la fin de XXème siècle. David Bowie leur a dédié la chanson V-2 Schneider de son album Heroes (faisant aussi probablement
référence aux fusées allemandes V-2 ayant ravagé la capitale britannique durant
la IIème guerre mondiale). Kraftwerk peut
légitimement revendiquer une part de paternité de la musique électronique d’aujourd’hui.
Leur capacité d’innovation, leurs recherches musicales et une inspiration
industrielle leur ont permis de créer une musique assez unique et
exceptionnelle. Quel bonheur de les avoir toujours sur la route.
Sur le final Music Non
Stop, les musiciens, l’un après l’autre, se présentent sur la partie droite
de la scène, saluent et rejoignent la coulisse. Ralph emporte un tonnerre d’applaudissements.
Pendant ce temps, les machines continuent à diffuser. Un rappel n’a pas été programmé.
En sortant les jeunes d’aujourd’hui constatent que Daft Punk n’a finalement rien inventé :
retour à la réalité !
Setlist :
Numbers / Computer World – It’s More Fun to Compute / Home Computer – Computer
Love – The Man-Machine – Spacelab – The Model – Neon Lights – Autobahn – Geiger
Counter / Radioactivity – Electric Café – Tour de France / Prologue / Étape 1 /
Chrono / Étape 2 – Trans-Europe Express / Metal on Metal / Abzug – The Robots –
Metropolis – Aéro Dynamik – Planet of Visions – Boing Boom Tschak / Techno Pop
/ Music Non Stop
Thom Yorke se produit avec Niger Godrich et Tarik Barri, animateur
lumière et vidéo, sur la scène de la salle Pierre Boulez de la Philharmonie de
Paris. Ils viennent de jouer au Festival Jazz de Montreux, Thom a composé la
musique du film Suspiria de Luca Guadagnino, une variation d’un film de Dario
Argento… Bref, l’artiste désormais cinquantenaire est en pleine ébullition,
toujours à l’affut d’innovation musicale, sautant d’un genre à l’autre, féru de
musique contemporaine (Stockhausen, Pierre Henri) il remixe ces inspirations en
mode électro sur les scènes du monde : Tomorrow’s
Modern Boxes en est le dernier avatar
Délaissant pour un temps ses compères de Radiohead, l’un des groupes phares de
notre temps, il a (ils ont) depuis longtemps abandonné le format
guitares-batterie pour investir d’autres univers, celui de l’électro notamment,
mais sur un mode sophistiqué, et même intellectualisé. Ce soir sur la scène
ordinateurs et machines composent trois blocs blancs, pour chacun des
musiciens-ingénieurs, répartis devant un grand écran. Thom est habillé de noir
avec un pantacourt baggy et des baskets blanches, des cheveux en chignon et une
barbe blanchissante de trois jours qui le font ressembler à un pêcheur de
perles japonais. Il y a une bass et une guitare posées dans un coin, ainsi
qu’un petit piano électrique, ils en joueront à l’occasion mais l’essentiel
vient ce soir des machines et du chant de Yorke.
Les sons électroniques sont alternativement éthérés et rythmés, contrairement à la norme électro on n’est pas écrasés par un beat sourd mais au contraire portés par l’inspiration d’une musique hors du temps, illustrée par des images intergalactiques où les symphonies de couleurs le disputent à l’ordonnancement de dessins géométriques ou au contraire à la confusion des images ! Ordre-désordre, voilà qui pourrait caractériser cette musique étrange faite pour le rêve vers lequel nous porte la personnalité charismatique de Thom Yorke à la voix si particulière, planant vers le haut, réverbérée/répétée à l’infini par la technologie autant que nous guidant vers les graves profonds. Le son s’enroule autour de nous comme des volutes de fumée. Thom est souvent sur le devant de la scène dansant, vivant, transmettant cette musique avec passion. L’atmosphère dans le public est plutôt recueillie alors que la musique est supposée être dansante mais l’audience se concentre pour se laisser pénétrer par la musique et la voix de ce petit lutin fantastique, apôtre du chaos, créateur envoutant, à l’incroyable inspiration de notes et de mots. Jusqu’où ira-t-il ? Deux rappels ne suffiront pas à étancher notre soif de nouveauté et le trio repart sous un tonnerre d’applaudissements. Il se dit qu’un nouveau CD des Radiohead est sous presse.
Cette longue mélopée technoïde audiovisuelle laisse les
spectateurs dans les limbes étoilées. Il leur faudra se diriger prudemment vers
la sortie pour retrouver leurs esprits sur les marches de la Philharmonie
de Paris ; l’impression d’avoir vogué à travers les astres dans un
enchantement des sens. Les fans d’origine de Radiohead espèrent quand même que Thom Yorke ne va pas tuer Radiohead
car la synthèse réalisée par ces cinq musiciens et leur producteur Nigel Godrich
reste irremplaçable et les voir sur scène est l’un des grands moments dans la
vie des habitués des salles de concert.
Eh oui, voilà donc quatre décennies que Joe Jackson et sa bande animent notre bande-son. Look Sharp est sorti en 1979, son dernier disque Fool en 2019 et la tournée actuelle s’appelle Four decade tour ! Depuis quarante ans Joe est sur le pont d’où il a produit quelques disques miracles de la New Wave du XXème siècle, mais aussi des divagations jazz et classique reposant sur son talent hors pair au piano et claviers. Alors ce soir qu’il a reformé le Joe Jackson Band de ses débuts, sorti Fool qui montre que tout ce petit monde blanchi sous le harnais des scènes du monde entier se tient toujours à la pointe de la musique : nous sommes évidemment à la Cigale avec eux !
Joe passera le show sagement assis derrière ses claviers, habillés d’un costume bleu électrique à pochette, ses cheveux sont maintenant blancs peroxydés ! Il démarre sur le très beau et mystérieux Alchemy qui clôt le disque Fool de ses mélancoliques mélodies
…Close up on the lips Shiny shiny red Whispering What was that she said? A lightning flash A sudden silhouette « Who’s there? » – « A friend » A glowing cigarette…
Et puis entre les nouveautés 2019, le groupe retourne vers le passé, alors l’audience émue rembobine l’histoire de ce quatuor de légende qui fut aussi la sienne : One More Time, I’m the Man et bien d’autres extraits de cette flamboyante aventure du Joe Jackson Band. Sa voix n’a pas changé, enthousiaste et vertigineuse, qui monte et qui rompt, si caractéristique ! Evidemment il n’atteint plus certains aigus qui sont maintenant remplacés par des solos de guitare de son guitariste, bonhomme, embonpoint-costume-cravate-casquette et qui n’a rien perdu de son brio. Le bassiste Graham Mabe continue ce soir de marquer cette musique de son beat caractéristique. Tout ce petit monde est rayonnant.
Nous aurons même en rappel la sublime version originelle de Steppin’ Out rejouée avec la boîte à rythme historique que l’on reconnaît d’ailleurs sur la photo intérieure de l’album de l’époque. Joe nous la montre comme une relique avant de la confier à son batteur qui la connecte et lance le morceau. Sur le disque Night and Day Joe explique qu’il avait joué tous les instruments de ce morceau alors ce soir il répartit quelques instrumentaux de figuration à ses musiciens mais l’essentiel est assuré par sa voix, ses claviers et… la boîte à rythmes :
…You Can dress in pink and blue just like a child And in a yellow taxi turn to me and smile We’ll be there in just a while If you follow me Me babe, steppin’ out Into the night…
Magnifique et émouvant concert de Joe Jackson ce soir qui promène son élégance toute britannique, son art musical, sa virtuosité aux claviers et une énergie jamais démentie. Il affiche toujours ce brin de folie musicale (Fool désigne le bouffon du roi). Quel talent de compositeur, quel sens de la mélodie et quel homme délicieux.
Amazing Grace, un superbe film de Sydney Pollack sur un enregistrement d’Aretha Franklin en 1972 dans une église de la banlieue de Los Angeles. Quasi oublié, jamais terminé, emberlificoté dans des problèmes techniques (image et son mal synchronisés) puis de droits, la Diva refusant la publication à la fin de sa vie, ce n’est qu’après son décès l’été dernier et grâce aux techniques modernes que le film a pu enfin être terminé et, enfin, diffusé. Le résultat est unique !
Aretha et son équipe avaient
décidé d’enregistrer en live un disque reprenant les classiques du gospel dans cette petite église de Watts.
Elevée par un père pasteur de l’Eglise baptiste dont les prêches font à l’époque
le tour des Etats-Unis d’Amérique. Dès son plus jeune âge elle chante avec ses sœurs
lors des offices de son père. Chez eux à Detroit on croise Martin Luther King,
Duke Ellington et autres gloires de la musique et de l’émancipation des noirs,
souvent des deux à la fois d’ailleurs. Très vite les talents d’Aretha explosent
et elle deviendra la Lady Soul, composant peu, interprétant beaucoup, et de quelle manière, les classiques
du gospel, de la soul et du rhythm and blues. Sa voix couvre cinq octaves et
développe une sensibilité à laquelle il est difficile de rester indifférent,
elle joue également (bien) du piano.
Ces deux soirées de Los
Angeles donnèrent lieu à l’édition d’un disque Amazing Grace, du titre de l’un des cantiques qu’il contient et
dont Aretha produit une bouleversante version de plus de dix minutes : Amazing
grace, how sweet the sound,/ That saved a wretch like me!/ I once was lost but now I’m found,/ Was blind, but now, I see./ …/ The
Lord has promised good to me,/ His word my hope secures;/ He will my shield and
portion be,/ As long as life endures.
Dans l’église elle est accompagnée d’un magnifique chœur dirigé par un flamboyant leader, d’un charismatique pasteur au piano et d’un quatuor guitare-bass-orgue-percussions. Un public d’une centaine de personnes donne l’ambiance du direct, on y reconnait Mick Jagger et Charlie Watts. Tout ce petit monde est très majoritairement afro-américain, coiffé de coupes afro encombrantes ou de choucroutes défrisées de l’époque, pattes d’éph. et nœuds de cravate énormes, costumes chamarrés. Le chœur et l’audience sont fébriles, se lèvent en hurlant dès que la Diva pousse sa voix dans les extrêmes, on est toujours entre transe et hystérie, le tout sous couvert d’une musique alternant mysticisme et performance. Sur le mur du fond de l’église, un grand tableau symbolise Jésus, sans doute dans le Jourdain.
Aretha chante divinement,
au piano où devant un pupitre de prêcheur, les yeux fermés, en communication directe
avec le Seigneur, mais si humaine pour inspirer les spectateurs avec cette voix
au-delà du sublime. Une grande dame et un film qui fera date.
La maison de disque de David Bowie publie les fonds de tiroir, en l’occurrence l’enregistrement du concert de l’Elysée-Montmartre du 14 octobre 1999. Pour ceux qui y furent c’est le magnifique rappel du plus beau moment de leur vie. On avait oublié combien l’artiste paraissait guilleret sur scène malgré la gravité de l’album (Hours) qu’il y présentait. L’enregistrement est excellent, la prestation sublime, le souvenir nostalgique.
Lenny Kravitz fait
le spectacle à Bercy : deux heures et demie de concert pour notre hippie funky
sous sa chevelure choucroute-rasta et ses Ray Ban foncées, qui se dépense pour
nous avec une bande de musicos bariolés au sein de laquelle Gail-Ann Dorsey joue
de la basse, revêtue d’un boubou africain. Tout ce petit monde joue une pop
enlevée, avec un manifeste plaisir.
Cela tourna parfois
au défilé de mode où Lenny aime montrer ses biscottos (plutôt bien entretenus)
à travers un débardeur filet, une fois enlevé le cuir fauve porté à son entrée
sur scène. Mais il ne ménage pas sa peine, y compris pour faire tressaillir les
admiratrices. Celles-ci ont vieilli, comme lui, mais restent sensibles à l’idole
de leur jeunesse…La tournée s’appelle Raise Vibrations Tour comme son dernier disque. Sûr que nombre de
donzelles ont vibrionné face aux grimaces de Lenny derrière ses verres noirs.
Beaucoup de look, un peu de musique dont on ne peut pas dire qu’elle soit d’une subtilité bouleversante. Le garçon s’y entend à la guitare rythmique en laissant les solos à son comparse chevelu. Et lorsque qu’il enfourche sa célèbre flying guitar, celle qu’il tient sur l’affiche du show (qui a meublé nombre de chambres d’adolescentes ; qui sait, il en reste peut-être encore quelques-unes, jaunies mais toujours en place) en faisant tournoyer ses locks, les hurlements tournent à l’hystérie.
La soirée fut
bonne, clôturée par les paroles lénifiantes de Lenny sur l’amour et la vie, à
mi-chemin entre Jésus et le flower power.
Setlist : We Can Get It All Together/ Fly Away/ Dig In/ Bring It On/ American Woman (The Guess Who cover) (with “Get up , Stand up » tag)/ Fields of Joy/ Freedom Train/ Who Really Are the Monsters?/ Stillness of Heart/ It Ain’t Over ‘Til It’s/ Can’t Get You Off My Mind/ Low/ I Belong to You/ 5 More Days ‘Til Summer/ Mr. Cab Driver/ Bank Robber Man/ Where Are We Runnin’?/ Are You Gonna Go My Way/ Love Revolution Encore : Here to Love/ Let Love Rule (Lenny walks arround the whole arena)/ Play
La Philharmonie retrace l’histoire
de l’arrivée de l’électronique, puis son explosion, dans la musique de notre
temps, au point d’en devenir un genre à part entière (parfois un peu
envahissant) : l’électro ! Depuis les premiers laboratoires musicaux se lançant
dans des expérimentations bizarres au mitan du XXème siècle jusqu’à la danse
music où des opérateurs mettent des
foules en transe en bricolant des fils sur des ordinateurs, en passant par Kraftwerk
le groupe allemand qui
popularisera l’électronique dans le rock dans les années 70’ et qui donnera
trois shows en juillet à la Philharmonie, l’exposition suit ce parcours
étonnant de la technologie inspirant la musique.
Il y a des instruments d’époque,
notamment le studio reconstitué de Jean-Michel Jarre à l’époque où les boucles
étaient réalisées avec des bandes magnétiques sur un Revox, puis l’arrivée des synthétiseurs
Moog, AKS, puis leur remplacement progressif par des ordinateurs sophistiqués
qui synthétisent puis créent des sons et des rythmes extraordinaires.
L’Electro participe aussi
à l’apparition de toute une culture et fut notamment à l’origine de l’émancipation
de la culture queer. De nombreuses photos et vidéos illustrent cet écosystème avec bien sûr un passage par sa face obscure,
celle de la drogue et, parfois, de son côté messe noire.
Comme toutes celles qui l’ont
précédée, cette exposition musicale de la Philharmonie est un trésor de cuture et
de savoir, montée par des spécialistes. Il ne faut pas compter son temps, si l’on
veut tout voir et tout écouter… on ne sait plus où donner de la tête !
Philip Glass, musicien-compositeur
américain contemporain, rencontre Ravi Shankar (1920-2012), musicien-sitariste
et compositeur indien, dans les années 60. De leur amitié est née l’œuvre Passages,
jouée ce soir sous la direction de Karen Kamensek, chef d’orchestre américaine.
Glass, créateur de « musique à structures répétitives » a collaboré avec nombre artistes du XXème siècle, de Boulez à Bowie, de Scorsese à Léonard Cohen, toujours à l’affut de nouveautés et de l’air de son temps. Shankar a suivi la même voie ; on l’a vu jouer à Woodstock en 1969 et multiplier les collaborations de Yehudi Menuhin à Gorge Harrisson, en passant par Allen Ginsberg. Ses enfants enrichissent son héritage musical : Norah Jones dans un mode jazz-pop et Anoushka Shankar qui joue du sitar ce soir avec l’Orchestre de chambre de Paris.
Les huit musiciens indiens
(dont l’un d’eux est manifestement occidental), flutes et percussions, sont
assis en tailleur, pieds nus, sur des tapis de circonstance derrière Anoushka,
sur le côté droit de la scène, le reste étant réservé à l’orchestre de facture
plus classique. Les instruments sont sonorisés et trois chanteurs interviennent
également dans l’œuvre.
Passages se révèle une œuvre inspirée par ces deux cultures
occidentale et asiatique dont relèvent ses deux compositeurs. Organisée en
mouvements successifs, joués alternativement par le combo indien puis l’orchestre
de chambre qui donnent un peu l’impression de se lancer la balle l’un l’autre plutôt
que de se compléter, les passages indiens sont fascinants pour l’assistance. La
fille Shankar, sous des allures lascives sur son tapis, se révèle une virtuose
du sitar dont elle tire des sons proches d’une guitare électrique sans se
départir des harmonies de sa propre culture. L’aspect répétitif de la
composition et son interprétation au sitar fait immanquablement penser au King
Crimson des années 2000. Quelle satisfaction de voir ces musiques et ces
cultures se mélanger si harmonieusement, quel bonheur d’avoir eu des musiciens
visionnaires capables de transcender ce multiculturalisme en notes et d’en
avoir inspiré tant d’autres.
D’avoir eu ? Non,
de toujours avoir : Philip Glass est présent ce soir et, après une rencontre
à 19h avec quelques spectateurs chanceux, vient saluer l’assistance au terme de
Passages, entouré avec respect, affection et admiration par Anoushka et
la chef d’orchestre (elle aussi pieds nus en vêtue d’un sari) : un triomphe !
Archive fête ses 25 années d’existence musicale avec
un concert à la Seine Musicale de l’Ile Seguin. Rien de neuf mais toujours
beaucoup de bonheur à écouter cette belle musique. 3h30 de concert interrompu
par 15mn d’entracte, une setlist de… 25 ans ; tous les musiciens qui ont
participé à l’aventure de ce combo à géométrie variable ne sont pas présents
mais les historiques sont là, sauf Rosko le rappeur. Le light-show est minimal
et la scène reste presqu’en permanence dans l’ombre, tout est pour la musique,
le déroulement du show est un peu convenu mais le succès est total. Ne boudons
pas notre plaisir !
Archive est d’abord la création du duo londonien Darius
Keeler et Danny Griffiths qui fondèrent le groupe en 1994 et l’animèrent
ensuite sur un mode à dimension variable où les musiciens, chanteurs et
chanteuses se sont succédés puis retrouvés au gré des évolutions de la bande. A
l’origine fut le disque Londinium sorti en 1996 avec la chanteuse Roya
Arab et la rappeur Rosko John, dans la lignée des groupes de Trip Hop de
Bristol, Massive Attack et Portishead, devenu une référence du genre : crépusculaire,
rythmé et obsédant. S’en suit une période plus pop à partir de 2000 avec au
chant Craig Walker, Dave Pen, Pollar Berrier et l’inestimable Maria Q à la voix
bouleversante. La musique évolue sur des chemins toujours très sombres mais aussi
plus classiques, fleurtant avec le rock progressif, des morceaux parfois
déchirants pouvant durer dix minutes de longues mises en tension jusqu’à l’explosion
instrumentale finale (Light), sans
oublier des chansons courtes et tranchantes marquées du sceau d’un rock nerveux
(Fuck U, Numb).
En 2009 paraît le premier opus de la série de deux albums Controlling Crown qui marque le retour
de Rosko avec son rap chaloupé sur fonds d’instrumentaux répétitifs et planants.
Le groupe s’essaiera à jouer avec un orchestre classique, ce qui ne fut pas
particulièrement marquant.
2011, c’est le retour à l’électronique et l’arrivée de la
chanteuse Holly Martin, avec With Us
Until You’re Dead, suivi en 2015 de Restriction
et Kings of the False Foundation en
2016. On est dans le rythme endiablé et le son débridé d’une époque, le show
live s’adapte à cette nouvelle étape avec un concert jouissif Salle Pleyel en
2016. Cette nouvelle orientation ébouriffante n’empêche pas quelques pièces
posées de nous ramener vers la grâce : Holly interprète Black and Blue avec une fraicheur et une
tendresse à vous tirer des larmes d’émotion.
Ce soir Maria et Holly sont présentes ensemble et lancent d’ailleurs
le show avec You Make me Feel chantées
à deux, la voie est tracée pour cette soirée emblématique d’un groupe pressé et
productif qui a su rester sur un chemin de traverse où l’a rejoint un public
français particulièrement fidèle qui a vibré à l’unisson des reprises de toutes
les grandes créations du groupe, picorées dans un catalogue impressionnant. Again compose le rappel, cela fait
longtemps que l’on n’avait plus entendu cette chanson d’amour fétiche des
années 2000, généralement jouée en clôture de show. Alors ce soir quel plus
beau symbole de ces 25 années de carrière. Lancée sur le son aigrelet d’un
harmonica amorçant des arpèges de guitare en mode mineur, la voix plaintive de
Dave se déploie dans le volume de cette Seine
Musicale en forme de planétarium : You’re
killing me again/ Am I still in your head?/ You used to light me
up/ Now you shut me down/ If I/ Was to walk away/ From you my love/ Could I
laugh again?
Fin du
chapitre.
Setlist
Chapter one
: You Make Me Feel/ Fuck U/ Pills/Bullets/ Kings of Speed/ Noise/ Kid Corner/ Violently/
System/ Wiped Out (extended Intro)/ Shiver/ Collapse/Collide/ Splinters/ Remains
of Nothing (with Band of Skulls)/ End of Our Days/ The Empty Bottle (Stripped
down version with only Dave on vocals, Mike on guitar and Danny
on synth)/ Dangervisit
Chapter two
: Lights/ Nothing Else/ Erase/ Finding It So Hard/ The Hell Scared Out of Me/ Controlling
Crowds/ Numb (With Russell Marsden and Emma Richardson on additional Guitar and
Bass)
Encore
: Again (With Mike Peters from The Alarm on Harmonica)
Michel Jonasz, chanteur
populaire des années 80’ passe en concert dans la salle de spectacle de mairie
de Montrouge, accompagné d’un pianiste, au demeurant excellent. Evidemment, il
a vieilli, mais nous aussi sans doute. L’âge moyen de l’assistance est plus
proche de celui d’une maison de retraite que d’un collège… Il en rit et tente
de nous en faire sourire.
Il a gardé une belle voix grave au trémolo si particulier, un joli sens du rythme mêlant jazz, blues et chanson de variété en un cocktail toujours sympathique. Son pianiste joue aussi de la guitare avec brio et le duo affiche sa complicité. Le duo pourrait sans doute faire un peu moins les clowns que le spectacle n’en pâtirait point. Ses textes sont emprunts d’une certaine mélancolie, sur la vie qui passe et les amoureuses qui nous quittent.
Au temps de sa gloire Jonasz surnageait largement au-dessus du lot des chanteurs de variété de son époque. Il est selon auteur, compositeur ou interprète et continue à sortir des disques, le dernier date de 2011. A 72 ans, il va bien falloir qu’il s’arrête un jour.
Sophie Hunger revient à Paris au cœur d’une large tournée
qui suit la sortie de son dernier CD : Molecules.
L’une et l’autre débordent de l’enthousiasme dont ne dépare jamais cette
artiste helvétique.
Habillée de noir, elle est accompagnée d’une bassiste
manipulant aussi de l’électronique, d’un batteur, d’un claviériste (parisien et
fidèle au groupe) et d’un choriste intermittent également second guitariste.
Le concert débute sur I opened a bar, parfait résumé
de cette nouvelle direction musicale plus techno, des paroles chantées-parlées
mais toujours pleines de bienveillance et d’une douce nostalgie à peine
couverte par ces rythmes plus entraînants : I opened a bar for my
boyfriend/ The one who always held my hand/ in publics places where we drank/
To him to wonderfully spend the night/ with his new lover…
Lorsqu’elle prend la parole après avoir joué quelques-unes
de ses nouvelles compositions, elle rappelle, dans son français souriant à
l’accent alémanique, que nous nous fréquentons depuis 12 ans maintenant ce qui
est une période bien plus longue que celle des couples d’aujourd’hui qui sont
généralement déjà en thérapie à ce stade, alors qu’entre nous, tout va de mieux
en mieux… Elle s’en réjouit et nous avec.
Le concert se déroule dans l’harmonie de compositions fluides
et agréables à entendre. Les passages électriques à deux guitares se font dansants
et fébriles. Les chœurs chantés par les musiciens encadrent délicieusement la voix
de Sophie tout en lui maintenant son côté brumeux, élégant et enfantin.
Sophie Hunger : une musicienne originale qui ne se prend pas au sérieux. La couverture de son disque la montre tout habillée dans une baignoire remplie d’eau. Sur scène, alors que ses coreligionnaires guitaristes utilisent des pédales pour gérer leurs effets sonores, elle a placé celles-ci sur une tablette devant elle et tape dessus avec le poing pour faire ses réglages.
Un sourire, une guitare (électrique ou acoustique), une
voix, de l’inspiration et de l’enthousiasme, sans oublier un groupe de potes
d’excellent niveau, et voilà de quoi remplir une soirée folk-pop pleine de
charme et de grande qualité.
Setlist :
I Opened a Bar/ The Actress/ Let It Come Down/ Supermoon/ Die ganze Welt/ Sliver
Lane/ Liquid Air/ Tricks/ There Is Still Pain Left/ Coucou/ Das Neue/ Freiheitsstatue/
Hanghanghang/
Encore : That Man/ Le vent nous portera (Noir Désir cover)
Lambchop est de retour à la Maroquinerie avec un
nouveau disque This is what I wanted to tell you, et une équipe de
musiciens renouvelée autour des historiques de la bande. Kurt Wagner, le leader
et inspirateur de cette musique joue et chante toujours avec son éternelle
casquette rouge vissée sur la tête. Clin d’œil à cette habitude vestimentaire,
la couverture du dernier disque est une photo-portrait de lui… sans casquette et
l’on découvre enfin ce qu’il y a sous celle-ci : une sévère calvitie.
Blanchi sous le harnais des disques et des tournées depuis les
années 90’, ce groupe de Nashville développe sa country alternative avec bonhommie
et créativité. Un peu d’électronique vient enrichir leur inspiration cette
années, deux jeunes ont été recrutés dont le batteur-saxophoniste-guitariste
(qui assure également la première partie) et le percussionniste noyé derrière
une masse de fils qui sortent et se connectent à d’étranges machines. Sur le disque
récent et une bonne partie du show de ce soir, la voix de Kurt est traitée
comme avec un chœur en léger décalé sur le chant principal, il n’est pas sûr
que ce bidouillage soit indispensable.
Wagner et ses deux jeunes sont entourés d’un guitariste du
genre free (qui passe à la steel de temps à autre) et d’un
claviériste, qui ont son âge et jouent avec lui depuis la nuit des temps. Le
bassiste vient compléter ce combo. Tout le monde est souriant et appliqué
autour du Maître qui décline cette musique « de chambre » avec
douceur et mélancolie. Ni virtuosité ni effets de manche, seulement ce folk qui
vient de ce Tennesse profond dont l’atmosphère et l’histoire tragique ont
inspirées tellement de musiciens.
Tout dans la musique de Lamchop transpire cette
quiétude tropicale propice à la créativité. Alors on se laisse bercer par les mots et les notes, comme emportés par cette
lenteur : There’s no rules to this disorder/ I cup my hands, I drink
the water/ The news was fake, the drugs were real/ The dream was gone, not its
appeal (Everything for You).
Habitué de cette petite salle de la Maroquinerie, Lambchop
y a rassemblé ce soir encore un public fidèle et amateur de cette musique
ciselée comme le cristal. C’est la qualité plutôt que les décibels et une
sérénité comme ancestrale au cœur d’un monde tellement agité : le deep-south
monté à Paris, l’âme du Tennesse qui plane sur Belleville. Quelle élégance !
Les Rolling Stones « reportent »
leur tournée américaine suite à des soucis de santé de Mick Jagger, 75 ans.
Opération du cœur, convalescence en cours, pas sûr qu’il ne reprenne la route
de sitôt.
I’m so sorry to all our fans in America & Canada with tickets. I really hate letting you down like this. I’m devastated for having to postpone the tour but I will be working very hard to be back on stage as soon as I can. Once again, huge apologies to everyone.
Peter Hook, musicien bassiste britannique a participé au mouvement post-punk en jouant dans le groupe éphémère Joy Division, puis, après le suicide de son chanteur, à la poursuite du concept à travers le groupe New Order. Il raconte cette aventure dans ce récit de 750 pages où se mêlent à la fois les détails techniques sur ses amplis ou ses instruments, une discographie extrêmement détaillée de l’ensemble de leur catalogue, la liste exhaustive de leurs concerts, mais aussi et surtout le souffle de 40 années de musique et de création depuis le premier concert des Sex Pistols vu par Peter et Bernard « Barney » Summer, alors copains de lycée, au mitan des années 70′, et qui allaient mener ensemble l’histoire New Order jusqu’au départ de Peter Hook en 2007 à la sortie du film « Control » d’Anton Corbijn sur l’étoile filante Joy Division dont la bande originale est signée New Order.
Originaire de Manchester, le groupe connut un succès international et inspira nombre d’autres musiciens. S’extrayant assez vite de l’influence Joy Division, il s’orienta assez tôt vers une exploration électronique et dance qui a marqué les années 80 et 90′.
Evidemment, la vie d’un groupe de rock à succès à cette époque est un peu une histoire de fureur et de fracas, mais c’est ainsi que la création avance. Alors il est ici question de conflits d’égos entre Peter et Barney, les deux compositeurs, d’addictions et d’excès, de tournées destructrices, de milliers de kilomètres parcourus pour jouer sur toutes les scènes de la planète, de filles, de fans, de roadies, d’embrouilles, de producteurs et de managers, mais aussi de longues séances d’enregistrement dans les quelles s’affrontent encore nos deux compères sur les notes et les instruments (Barney était le seul auteur des mots), et les façons d’arriver au produit final…
On reste toujours étonnés qu’une telle accumulation de violence interne, de débauche généralisée, de modes de vie décalés, bref, qu’un tel chaos puisse finalement produire cette musique qui a marqué une génération. Peter Hook raconte sa vision de cette histoire jusqu’à la rupture définitive. New Order continue depuis avec quelques concert, mais sans Peter. Barney a lui aussi écrit ses mémoires, parfois contradictoires. Ils habitent tous les deux dans le même quartier de Londres et se rencontrent en voisins sexagénaires pour échanger quelques banalités sur le trottoir, fin d’une histoire de rock !
Neney Cherry, post-punkette
des années 90, fruit des amours improbables d’un musicien sierra-léonais et d’une
artiste suédoise, adoptée par la suite par le trompettiste de jazz Don Cherry
qui épousera sa mère, elle commit deux disques magnifiques : Raw like a sushi et Man (1989 et 1996), délirant mélange de hip-hop, rapp, et dance,
unifié par le talent de l’artiste et qui en firent danser plus d’un, sans doute
aussi motivés par sa joyeuse plastique et sa contagieuse énergie.
Après différentes
collaborations dans les années 2000, dont l’excellent groupe CirKus où chante également sa fille,
elle revient avec Blank Project (2014)
et Broken Politics qu’elle présente
ce soir avec beaucoup de plaisir.
Elle est entourée d’une bande de musiciens plutôt hétéroclite : un bassiste asiatique, une xylophoniste-percussionniste noire (Rosie), une harpiste blanche, deux hommes barbus aux machines dont son mari qui assure aussi les chœurs (Cameron McVey qui a collaboré, notamment, avec Massive Attack), doublant souvent la voix de Neney, et un batteur. Tout ce petit monde éclate de bonheur, passe d’un instrument à l’autre et accompagne magnifiquement l’artiste avec tendresse et subtilité. Le fond de scène est occupé par une étrange peinture d’une tête de femme avec un filet de sang coulant des lèvres.
Lorsque Neney arrive,
habillée d’un élégant costume crème, elle incline la tête les mains jointes
devant le public, avant de les tendre vers le ciel en susurrant : « Parisssssssss… ».
Ses dreadlocks se terminent par des mèches blondes qui s’emmêlent sur toute une
quincaillerie de colliers et boucles diverses qu’elle porte ce soir. Le groupe joue
principalement ce soir les morceaux de Broken
Politics, en mode apaisé, narrant les combats du jour : pour l’aide
aux réfugiés, contre les armes à feu et les smartphones, l’intolérance, bref, comment
vivre dans ce monde brisé. Sa voix superbe sait aussi porter ces sujets avec
beaucoup de persuasion. La vision est plus sereine mais plus triste aussi, sans
doute pas résignée.
Entre deux morceaux elle nous
rappelle qu’elle a maintenant 55 ans et trois enfants alors « ce n’est
plus comme avant, » mais lorsqu’ils reviennent sur le passé et qu’elle se
reprend à rapper sur Manchild, Buffalo
Stance ou I’ve got U under my skin l’assistance
se trémousse sur le rythme endiablé de sa voix et de ses pas de danse, elle
découvre ses épaules tatouées, ses locks volent et elle nous fait fondre par
son sourire éclatant. Les musiciens se déchaînent, Rosie se déhanche derrière
son xylophone, le bassiste arpente la scène en donnant de grands coups de
manche dans le vide. On est tout de même pas très éloigné de ce que c’était « avant »…
Un beau concert de ce
groupe aux multiples influences si bien synthétisées par le talent de Neney
Cherry ! Il est filmé par Arte et disponible pour encore quelques temps
sur le site web de la chaîne culturelle.
On ajoute que la première partie assurée par la belge Charlotte Adigéry nous a magnifiquement mis dans l’ambiance : une superbe voix, mix de rapp et d’opéra, accompagnée sur de l’électro délivrée par un DJ.
Set list : Fallen
Leaves/ Shot Gun Shack/ Deep Vein Thrombosis/ Kong/ Blank Project/ Poem Daddy/ Synchronised
Devotion/ Black Monday/ Natural Skin Deep/ Manchild/ Soldier
Encore : Faster
Than the Truth/ 7 Seconds (Youssou N’Dour cover)/ Buffalo Stance
Eric Clapton – life in 12 bars ou la vie de ce guitariste de légende, adorateur du blues qu’il fera sortir de son microcosme noir, musicien influent au sein des Yardbirds, John Mayall, Cream, Blindfaith puis lors de sa carrière solo, est retracée dans ce film, avec sa grandeur et ses échecs.
Aujourd’hui âgé de 74 ans, il prête sa voix off pour commenter les étapes d’une carrière hors du commun. Hélas le film est un peu plus tourné sur sa vie que sur sa musique, ses addictions que son talent. Il aurait été bien sûr difficile de faire l’impasse sur les errements de Clapton mais le réalisateur aurait pu insister un peu plus sur sa technique, ses guitares et son jeu.