Catégorie : Musique

  • Morrissey, ‘Autobiography’.

    Sortie : 2013, Chez : Pengui Classics.

    L’autobiographie du chanteur-compositeur-co-fondateur des Smiths (avec le guitariste Johnny Marr), groupe météorite des années 80s post punk. Publié par les éditions très littéraires Penguin Classics, l’ouvrage semble écrit d’une traite, il n’y a pas de chapitres, à peine des sauts de paragraphe, on dirait du Proust ! Avec une belle énergie le rocker raconte son enfance et sa vie d’homme, tournées vers la musique comme un viatique. Réputé pour sa dépression permanente il n’en donne pas l’image dans ces pages vigoureuses où l’urgence de vivre emporte tout : « Life is Only Now ».

    De Manchester à Los Angeles en passant par Rome, on suit les pérégrinations de l’artiste et son voyage intérieur dans la création, d’abord avec les Smiths, puis en solo. De la musique il est finalement assez peu question, comme si ses disques et ses paroles en disent assez. On passe du temps dans les méandres légaux qui ont suivi l’éclatement du groupe de Manchester, dans ses démêlés avec les maisons de disque, des musiciens qui vont et qui partent, parfois avec fracas, mais c’est aussi ça la vie d’artiste. Tout n’est pas rose ni facile mais l’équilibre de l’ensemble a permis à l’œuvre de naître, parfois au détriment de l’équilibre de l’artiste lui-même !

    Il faut attendre les dernières pages pour lire les notes de ses dernières tournées : une succession d’impressions et de sentiments relevés au hasard de villes traversées l’espace de quelques heures. Beaucoup de feeling partagés avec ces foules qui l’acclament et reprennent ses vers aux quatre coins de la planète. Ce grand solitaire un peu perdu sait transmettre aux masses, n’est-ce pas le propre des vrais artistes ?

  • « 20 000 jours sur terre » de Iain Forsyth & Jane Pollard

    « 20 000 jours sur terre » de Iain Forsyth & Jane Pollard

    Une journée avec Nick Cave dans son exil britannique de Brighton filmée par de Iain Forsyth & Jane Pollard ! Le garçon enregistre son dernier disque, déjeune avec Warren Ellis (son fidèle musicien des Bas Seeds), passe du temps avec les archivistes qui classent les documents de sa vie, devise avec Kylie Minogue dans sa Jaguar, revient sur son passé punk, envisage son futur de créateur et le film se termine sur la prestation de Nick Cave & the Bad Seeds à l’Opéra de Sydney sur le superbe, très déjanté et lancinant Jubilee Street.

    Un film pour initiés tout à la gloire d’un rockeur attachant.

  • Laetitia Shériff – 2014/12/17 – Paris le Nouveau Casino

    Laetitia_Sheriff_2014

    Après une longue période en solo Laetitia Shériff présente un nouveau groupe et un nouveau disque Pandemonium, Solace and Stars. Le trio (2 guitares et batterie) assure la première partie de Bikini Machine.

    Elle est sympa Laetitia, et pugnace. Elle ne doit pas avoir une vie très facile mais elle s’accroche à la musique avec toute sa foi, de concerts en banlieue à des premières parties dans de petites salles parisiennes. Quelques jours avant ce concert le groupe s’est fait dérober tout son matériel et ses instruments sur un parking d’hôtel à Evry. Ainsi va la vie de galère des artisans-musiciens… mais parfois aussi le Dieu des guitaristes jette un œil sur la planète (peut-être même aussi la police)… et tout ce matériel a été récupéré un mois plus tard.

    Bref, tout est rentré dans l’ordre pour ce mini-concert ce soir et l’énergie retrouvée de la musique en groupe. Le nouveau guitariste Thomas Poli est jeune et brillant. La batterie de Nicolas Courret  ajoute l’énergie qui manquait un peu aux prestations solo de ces dernières années. Et le groupe déploie ses nouvelles compositions.

    Un disque sympathique, comme son auteure qui diffuse toujours la même joie de jouer sur scène. C’est du rock, un peu lancinant, plutôt moderne, excitant et bien envoyé. Ça fleure bon l’urbanité déshumanisée et ça envoie quelques éclairs d’un génie déchaîné sur de longs instrumentaux très rocks à deux guitares, mais aussi quelques larmes de tendresse : Be strong, you’re not alone/ Can’t you realise all the things you’ve done/ Minds make noise since you’re gone…

    Après le vol de leurs instruments, Laetitia avait écrit sur son site web : « Nous n’arrêterons jamais ! » C’est aussi pour cela qu’on l’aime et qu’on la soutient, outre sa musique que l’on adore. Laetitia est une vraie rockeuse.

  • Angus & Julia Stone – 2014/12/09 – Casino de Paris

    Angus & Julia Stone – 2014/12/09 – Casino de Paris

    Angus & Julia Stone : une vague de douceur et de romantisme nous a emportés ce soir au Casino de Paris ! La fratrie australienne accompagnée d’une bande de musiciens chevelus et barbus, moitié cow-boys, moitié hippies nous vient des mers du Sud et fleure bon la maison bleue sur la colline de San Francisco dans les années 60’, mais ne boudons pas notre plaisir.

    Angus et Julia sont chacun chanteur-guitariste-auteur-compositeur, ont mené des carrières solo avant de se retrouver depuis trois albums. L’avant-dernier Down The Way est illustré de photos de famille sépia au hasard des paysages démesurés de leur pays-continent, le dernier disque montre nos deux musiciens assis au coucher du soleil face aux lumières floues d’une ville sans fin. Le ton est donné et l’atmosphère de leur musique est résumée par ces images.

    Angus & Julia Stone, un duo de chanteurs folks, émouvants et complices, qui se passent le relais du chant et des guitares mais qui ne sont jamais aussi magnifiques que lorsqu’ils chantent ensemble, elle avec voix polissonne aux intonations parfois un peu nasillardes, lui dans les graves avec une articulation des mots à peine prononcée, une voix fatiguée, comme revenue de tout. Elle est élégante et joue (bien) de la guitare et de la trompette avec ongles vernis et talons hauts, il est débraillé avec un look de bucheron, cachant ses cheveux filasse sous un bonnet de laine.

    Le fond de scène est transformé en ciel intergalactique bleu sombre sur lequel brillent des étoiles. Les lumières sont tamisées, le groupe se complait dans une obscurité rassurante qui laisse flotter leur musique douce dans l’atmosphère. Tout n’est que grâce et délicatesse pour cette soirée musicale qui coule sur les spectateurs comme la mélodie du bonheur.

    Après l’intro dynamique de Heartbreak le groupe alterne entre électricité et acoustique, elle ou lui, elle et lui. Parfois elle danse, solitaire, en ombres et lumières derrière les amplis, toute à sa musique dans ses propres nuages. Le groupe de chevelus chapeautés qui les entoure fait plus que bien son travail en accompagnant discrètement et efficacement nos deux héros. Ils jouent leur répertoire, sans surprise ni aspérité, mais en déployant cette douceur qui est leur marque de fabrique et donne envie de profiter des petits choses qui enluminent la vie de tous les jours. Il y a de l’ampleur dans cette musique qui ne néglige pas quelques envolées rythmiques et électriques avant de revenir sur le ton plus raffiné de la ballade. Un concert des Stone c’est un feu de bois un soir d’été au cœur du bush avec ses amis, rien de spécial, juste un peu de poésie qui passe.

    Angus & Julia Stone (2014)

    Sur le rappel Santa Monica Dream, que Julia joue et chante sur le devant de la scène, une histoire triste d’amour et de rupture, elle pleure en terminant cette complainte : I’m somewhere, you’re somewhere/ I’m nowhere, you’re nowhere/ I’m somewhere, you’re somewhere/ I could go there but I don’t…/ Goodby to my Santa Monica dream/ Fifteen kids in the backyard drinking wine/ You tell me stories of the sea/ And the ones you left behind…

    Julia en Angus s’étreignent longuement avant de quitter les Casino sur la pointe des pieds et de laisser l’assistance toute à son émotion et son ravissement. C’était juste un peu de grâce dans un monde sauvage.

    Setlist : A Heartbreak/ Main Street/ For You/ Crash & Burn/ Private Lawns/ Big Jet Plane/ You’re the One That I Want 
(John Travolta & Olivia Newton-John cover)/ Draw Your Swords/ The Wedding Song/ Yellow Brick Road/ Heart Beats Slow/
    Encore : And the Boys/ Santa Monica Dream

  • The Specials – Paris Bataclan – 30 novembre 2014

    The_Specials

    The Specials… le retour au Bataclan ! On se souvient de ces groupes en noir-et-blanc qui ont animé la scène ska des années 80’, mouvement musical importé de la Jamaïque et assaisonné à la sauce londonienne : UB40, Madness, The Selecter et les bien nés The Specials. Du reggae blanchi au harnais de la créativité musicale de cette fin de XXème siècle : punk, new wave, zouk, reggae, cold wave, etc. Bob Marley est leur héros commun sur fond de contestation de la ségrégation raciale qui fait encore des ravages des deux côtés de l’Atlantique. Leur engagement politique et leur goût de la fringue feront le reste et leur succès.

    Le premier disque des Specials est produit par Elvis Costello ce qui est plutôt un bon départ ! Il est illustré de ces damiers noirs et blancs qui seront l’image de ce groupe jouant sur sa mixité musicale et ethnique. Deux-trois autres albums suivront, plusieurs séparations et reformations, pour aboutir à cette nouvelle tournée qui passe par Paris.

    Cuivres joyeux, cordes féminines, guitares tressautantes, chœurs entraînants, percussions dynamiques, costards bien mis, look impeccable, les Specials allument le Bataclan et font le show ce soir. Terry Hall le chanteur blanc et Lynval Golding l’irremplaçable guitariste-rythmique et chanteur se passent le devant de la scène pour animer un spectacle de haute qualité et de grande nostalgie. 30 ans plus tard c’est un vrai bain de jouvence ! L’énergie du ska transporte une assistance habillée en noir-et-blanc de circonstance, transpirant sur les rythmes de cette musique post-punk animée d’un incommensurable enthousiasme. Une génération de quinqua (bien passée) se retourne sur son passé militant abandonné en cours de route. Heureusement il reste le bonheur de cette musique engagée mais joyeuse.

    Set-list : Ghost Town/ Friday Night, Saturday Morning/ Do Nothing/ International Jet Set/ Stereotype/ Man at C&A/ Rat Race/ Hey Little Rich Girl/ Blank Expression/ It’s Up to You/ Why?/ Doesn’t Make It Alright/ Nite Klub/ (Dawning of a) New Era/ Do the Dog (Rufus Thomas cover)/ Gangsters/ Monkey Man (Toots & The Maytals cover)/ Concrete Jungle/ A Message to You, Rudy (Dandy Livingstone cover)/ Little Bitch/ Too Much Too Young

    Encore : Guns of Navarone (The Skatalites cover)/ Enjoy Yourself (It’s Later Than You Think) (Tommy Dorsey & His Orchestra cover)/ You’re Wondering Now (The Skatalites cover)

  • Citoyens ! Réjouissons-nous !

    Philharmonie-projetLe monde de la culture est déjà à feu et à sang pour la nouvelle salle philharmonique de musique classique construite à la Porte de Pantin sur financement du contribuable, et pas même encore inaugurée.

    L’Etat qui en est propriétaire de même que la salle Pleyel veut administrer cette nouvelle offre culturelle en concentrant la musique classique sur ce nouveau site et en réservant la salle Pleyel à d’autres genres musicaux. Et déjà le monde de la culture et Mme. Michu pétitionnent et contestent en chœur cette nouvelle organisation qui n’a pas encore vu le jour. Un adjoint à la culture de la mairie de Paris 17ème lance une pétition sur un site spécialisé en coups de gueule franchouillards :

    À l’attention : de la Ministre de la Culture et de la Communication et du Directeur Général de la Cité de la Musique

    Madame la Ministre, Monsieur le Directeur,

    La Salle Pleyel fermera temporairement fin 2014 et son exploitation sera concédée à un prestataire dont le cahier des charges sera exclusivement centré sur les spectacles de musique (rock, pop, chanson…) et de divertissement.

    Nous nous opposons à cette fin programmée de la musique classique à la Salle Pleyel, lieu mythique chargé d’histoire.

    L’argument invoqué par les responsables de la Philarmonie [avec une belle fôte d’orthographe, NDLR], d’une éventuelle concurrence entre les deux salles, ne nous paraît pas suffisant pour décider arbitrairement d’une réduction drastique de la présence de la musique classique symphonique dans le centre de Paris.

    De même que Bastille n’a jamais vidé Garnier, une complémentarité peut certainement être trouvée entre la Philarmonie et Pleyel, permettant à cette dernière de conserver tout ou partie de sa vocation classique.

    Nous faisons donc appel à votre pragmatisme pour que le bon sens l’emporte et permette à la Salle Pleyel de continuer à accueillir des concerts de musique classique.

    Les musiciens se sont plaints des années durant de l’absence de salle de musique classique digne de ce nom à Paris. Leurs vœux ont été exaucés aux frais du contribuable puisque bien entendu le secteur privé n’a pas semblé intéressé par un tel investissement. La salle existe désormais et doit être inaugurée dans les prochaines semaines. Croyez-vous que lesdits musiciens se réjouissent, remercient le contribuable de ses efforts et l’Etat d’avoir mené à bien ce chantier ? Que nenni, les quémandeurs sont déjà à leurs pétitions…

    En l’occurrence l’Etat se propose d’administrer l’offre musicale parisienne plutôt que de laisser jouer la libre concurrence. Pourquoi pas en attendant de consolider la demande ? Une autre solution est effectivement de laisser agir les forces du marché (chères à Guillaume Roquette du FigMag) pour désigner le vainqueur et pleurer sur la défaite du vaincu. La logique libérale voudrait alors que l’on laisse fermer la salle qui ne drainerait pas assez de spectateurs. Dans une telle hypothèse on peut compter sur une nouvelle pétition des quémandeurs pour exiger que le contribuable paye les déficits de la salle moribonde plutôt que de la laisser mourir.

    Nous sommes en France et nous connaissons cette tendance tenace à consacrer son énergie à la contestation de tout et son contraire plutôt qu’à avancer, mais celle-ci est parfois un peu déconcertante et peu productive. Laissons démarrer les choses doucement, les gestionnaires de cette offre culturelle nouvelle s’adapteront aux réalités de ce marché aux contours encore incertains au fur et à mesure de leur apparition. Et qui sait il y aura peut-être assez de spectateurs et de fonds publics pour faire vivre ces deux salles en plus de l’auditorium de Radio-France, du théâtre des Champs-Elysées, les salles Gaveau, du Chatelet et des deux opéras de la capitale.

    Citoyens ! Réjouissons-nous ! Merci aux contribuables d’avoir financé cette belle salle et d’être déjà engagés à en payer une partie du fonctionnement pour les années à venir. Merci aux maîtres d’œuvre et d’ouvrage d’avoir mené ce chantier. Merci aux artistes qui s’y produiront et aux spectateurs qui s’y rendront. Sourions, laissons-nous aller, cette nouvelle salle ce n’est que du plaisir et enfin une bonne nouvelle. Les pisse-froid ne nous feront pas perdre notre bel enthousiasme, les râleurs ne gagneront pas face aux gens heureux, Guillaume Roquette du FigMag n’appliquera pas ses théories libérales à l’exception culturelle française !

    Accessoirement, l’exposition David Bowie is… y est programmée à partir du 3 mars.

     

  • Bryan Ferry – 2014/11/21 – Paris Palais des Sports

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    Ahhhhhhhhhhhhhhhhh ! Bryan Ferry ce soir au Palais des Sports : comment tant d’élégance, de fidélité et de tact dans un monde où tout n’est que chaos et vulgarité ? Son dernier disque Avonmore est un joyau où se croisent ses amis musiciens au hasard des morceaux : Johnny Marr (The Smiths), Niles Rodgers (Chic, à la guitare rythmique si caractéristique), Marcus Miller (bassiste jazzy hors catégorie), Mark Knopfler (Dire Straits), son fils Tara à la batterie, l’ineffable Fonzi Thornton aux chœurs et d’autres encore. La couverture est composée d’une photo noir et blanc de l’artiste lorsqu’il devait avoir dans les 20 ans. Il en a aujourd’hui presque 70 et ce retour sur sa jeunesse donne lieu une œuvre mélancolique, à l’écriture et la composition brillantes, chantée avec une voix brumeuse et éthérée que l’on avait entraperçue sur As time goes by, superbe disque de reprises des classiques de jazz qui ont bercé sa formation musicale.

    Il entre sur scène, aminci, vêtu d’un impeccable smoking dont la veste noire est imprimée de motifs floraux-cachemire, d’un raffinement tellement… Bryan Ferry. Le groupe est étagé sur la scène avec le clavier, une dynamique batteuse et une sax/clavier en hauteur ; deux choristes, deux guitaristes et un bassiste plus bas. La mixité est toujours assurée sur les shows de Ferry.

    Le concert démarre sur Re-make/Re-model qui nous ramène aux années Roxy Music, celles qui après tout ont forgé notre artiste… et notre jeunesse. La set list est parfaite, mélangeant les époques, nos souvenirs et l’actualité brillante d’Avonmore qui sera introduite lors du cinquième morceau avec Driving Me Wild à la rythmique obsédante. Evidemment la légendaire guitare rythmique de Niles Rodgers présente sur le disque n’est pas tout à fait égalée sur scène mais les duettistes guitaristes tiennent leur rôle mieux que bien, celui sur le devant, vêtu punky tout en noir de pieds en cap, couvre-chef compris, se fend même de quelques solos bien appuyés.

    Sur l’instrumental Tara, Bryan sort en coulisses pour revêtir un costume velours bleu-gris sur chemise foncée et le voilà reparti sur ce chef d’œuvre très peu joué sur scène que représente Take A Chance With Me : Heaven knows, I believe/ Won’t you take a chance with me/ Sometimes I get so blue/ People say I’m just a fool/ All the world, even you/ Should learn to love the way I do// I was blind, can’t you see/ Through the long lonely night/ Heaven knows, I believe/ You can take a chance with me…

    Seul au piano Ferry chante une bouleversante version de More than This laissant s’exprimer cette voix qui se bonifie avec le temps et semble de plus en plus irréelle, comme désincarnée, mais tellement humaine et si bien contrôlée. Il atteint un stade que l’on pense ultime de perfection, fruit de ces quatre décennies de carrière et de représentations sur toutes les scènes du monde. Cette évolution vers une musique et un chant plus intériorisés est sans doute aussi celle d’un parcours personnel qui le mène à l’orée de ses 70 ans, une période de la vie où l’on se consacre à l’essentiel plutôt qu’aux fanfreluches du glam-rock dont Roxy Music et Ferry furent les hérauts en leur temps.

    Passent ensuite l’excitant Loop de Li puis Avalon, Casanova… Bryan Ferry laisse le devant de la scène tour à tour à chacun de ses musiciens, la saxophoniste plutôt menue que l’on connaît depuis plusieurs tournées (habillée généralement soit un minishort soit en combinaison ultra-moulante, option 2 pour ce soir) souffle dans ses instruments à vent comme si elle avait un coffre de cantatrice fait le spectacle plus souvent qu’à son tour ; incorrigible Bryan…

    Ferry marque le rythme de son habituel frappement du poing droit dans sa paume gauche, il salue son public à la fin des morceaux en une révérence démarrée avec un grand moulinet de bras. Et il termine son concert d’exception une écharpe bleue enroulée autour du coup pour siffloter le si célèbre final de Jealous Guy qu’il a chanté les yeux fermés et clôt cette prestation de rêve avec un rappel unique : Virginia Plan.

    Au-delà de cette gestuelle maintenant classique il semble mettre une distance grandissante avec son public dans sa façon d’être et les thèmes nostalgiques de ses chansons : I’m a soldier of fortune/ An ambassador of pain/ I had the world on a string/ Then I threw it all away… Il s’élève dans les sphères hors de portée de sa musique et de ses pensées. Ne serait-ce le bonheur du concerts on ressent presque de la tristesse à vivre cet éloignement.

    Bryan Ferry nous a rejoué ce soir le catalogue de 40 ans de musique et de bonheur, un catalogue qui est aussi celui de notre vie qui passe.

    Setlist : Re-Make/Re-Model (Roxy Music song)/ Kiss and Tell/ Slave to Love/ Ladytron (Roxy Music song)/ If There Is Something (Roxy Music song)/ Driving Me Wild/ Stronger Through the Years (Roxy Music song)/ Loop de Li/ Reason or Rhyme/ Tara (Roxy Music song)/ Take a Chance with Me (Roxy Music song)/ Don’t Think Twice, It’s All Right (Bob Dylan cover)/ More Than This (Roxy Music song)/ Avalon (Roxy Music song)/ Casanova (Roxy Music song)/ Love Is the Drug (Roxy Music song)/ Let’s Stick Together (Wilbert Harrison cover)/ Jealous Guy (John Lennon cover)/ Virginia Plain (Roxy Music song)

    Warm up : Juliette Armanet

  • Llyod Cole – 2014/11/15 – Paris Gaîté Lyrique

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    Lloyd Cole nous fait l’amitié de venir chanter ce soir à la Gaîté Lyrique comme il en a pris l’habitude tous les deux ou trois ans. Il débarque seul avec ses deux guitares et un cahier de partitions posé sur un chevalet qu’il consulte fort peu d’ailleurs.

    Cheveux gris, il porte beau ses 55 printemps, habillé avec négligence, rasé d’il y a quelques jours, il est notre troubadour de passage, notre charmeur britannique qui ne se lasse pas de nous ravir avec sa voix de velours sur ses compositions délicates.

    Après ses années électriques avec The Commotions dans les 80’, le garçon continue d’assurer une production musicale régulière, un peu folkeuse, un peu électrique, c’est selon. Ses tournées sont fidèles, acoustiques et le plus souvent solitaires. Mais en 2010 il jouait avec son small ensemble de deux guitaristes acoustiques nous délivrant tous à trois un sommet de poésie. Il était à La Maroquinerie l’an passé pour nous présenter Standards, un retour vers le rock, alors cette année il nous rend juste une visite de courtoisie pour entretenir le souvenir de sa musique douce et sa voix mélancolique.

    Plein d’humour britannique il fait un peu dans l’autodérision entre ses chansons, taquine un excité de l’aïe-phone qui le filme en contrechamp du pied de la scène et en le menaçant de ses foudres s’il publie son double-menton sur YouTube.

    Mais surtout il chante ses compositions en s’accompagnant de sa guitare dont il joue avec dextérité. Il fait infuser tant de romantisme et de souvenirs dans l’âme des quinquas qui se pressent à chacune de ses venues à Paris. Il nous sert bien entendu quelques classiques réinterprétés solo, ce soir nous aurons les larmes aux yeux sur Jennifer : Jennifer we can’t go wrong let’s do it right now/  Maybe you were a little hasty/ But they say love is blind/ Now her name on you/ Jennifer in blue/ Jeeeenifer in blue…

    Il a accompagné le parcours des post punks qui ont maintenant, avec lui, l’âge de raison. Il écrit cette musique charmante, la joue, aligne les tournées, maintient un site web intéressant (https://www.lloydcole.com) sur lequel il blogue régulièrement, explique ses projets, développe ses archives, bref, du rocker au crooner il reste un musicien dédié corps et âme à son art, pour notre plus grand bonheur.

    Lloyd en 2015

    Lloyd and The Commotions en 1987

  • Metronomy – 2014/11/01 – Paris le Palais des Sports

    Les Metronomy sont au Palais des Sports ce soir avec leur pop tressautante et entêtante. Un groupe de quatre britanniques mené par Joseph Mount, multi-instrumentaliste, chanteur et auteur-compositeur, avec Anna Prior batterie et chant, Oscar Cash multi-instrumentiste et Olugbenga Adelekan, bassiste et animateur scénique ! Pour la tournée ils sont renforcés par un cinquième compère.

    La scène est léchée et proprette sur fond de nuages roses, on dirait une pièce montée pour un mariage. Les musiciens sont tous habillés à l’identique : costume crème sur chemise foncée. Olugbbenga, portrait craché de Patrice Lumumba, fait le spectacle. Joseph avec sa guitare accrochée très haut pose sa voix nasillarde sur ses musiques, Anna placée en hauteur et au milieu de la scène fait les chœurs derrière ses fûts et les deux autres assurent derrière claviers, guitares et micros.

    La musique, souvent instrumentale, coule comme un torrent au milieu des rochers, agrémentée de petites ritournelles de clavier qui lancent les morceaux en nous ramenant aux années 80’. Le groupe est agile et malin, l’ambiance est dansante et détendue, quelques chansons nostalgiques calment une assistance un peu midinette. Boules à facettes et guirlandes clignotantes ajoutent la touche kitsch de circonstance.

    Metronomy, un groupe sympa et formaté poppy-FM qui nous fait passer une soirée gentillette, pourquoi bouder son plaisir ?

    Setlist : 1. Holiday/ 2. Radio Ladio/ 3. Love Letters/ 4. Everything Goes My Way/ 5. The Look/ 6. I’m Aquarius/ 7. Reservoir/ 8. She Wants/ 9. Side 2/ 10. Corinne/ 11. The Upsetter/ 12. Heartbreaker/ 13. Boy Racers/ 14. Month of Sundays/ 15. The Bay/

    Encore : 16. Love Underlined/ 17. You Could Easily Have Me

  • Yann Tiersen – 2014/10/27 – Paris Olympia

    Yann Tiersen, en concert à l’Olympia pour la sortie de son dernier disque : Infinity dont le bleuté de la couverture provient sans doute de l’Islande qui fut l’une des sources d’influence de ce disque mais pourrait aussi évoquer l’Atlantique à Ouessant où l’artiste breton a enregistré nombre de ses albums.

    Un groupe de multi-instrumentistes accompagné de deux choristes, des tonalités étranges, des accents inconnus, des origines celtes (et des Iles Féroé pour cet album), des instruments originaux, des langues nouvelles, c’est la musique du grand large qui débarque à l’Olympia ce soir.

    Toujours mystérieux Yann dirige le concert sans un mot, ajoutant les xylophones sur des paroles en islandais, de l’ukulélé sur des textes parlés en breton ou des guitares douze cordes sur un anglais plus classique, délivrant avec brio des solos introspectifs au violon ou au piano. Les morceaux joués sur scène s’étirent en longueur se transformant progressivement en montée d’adrénaline soigneusement orchestrées.

    Cette musique est une longue mélopée, sombre et sophistiquée, qui explose parfois en tempête. C’est la musique des grands vents de l’Atlantique qui souffle le froid sur les têtes mais réchauffe les âmes par la précision et l’originalité de sa construction. Yann Tiersen, de formation classique, a développé une œuvre plutôt inclassable, elle est symphonique et régionale, progressiste et appliquée, elle est l’inspiration originale d’un artiste qui mène sa barque loin des modes et jamais très loin de la puissance de l’Océan.

    Setlist : 1. Meteorites/ 2. Slippery Stones/ 3. Ar maen bihan/ 4. A Midsummer Evening/ 5. Palestine/ 6. Dark Stuff/ 7. La Dispute/ 8. La Crise/ 9. Steinn/ 10. In Our Minds/ 11. Chapter 19/ 12. Rue des cascades/ 13. Grønjørð/ 14. The Gutter/ 15. The Crossing/ 16. Vanishing Point/ 17. Lights/

    Encore : 18. La Longue Route/ 19. Sur le fil/ 20. Till the End

    Encore 2 : 21. Le Quartier/ 22. Ashes

  • Patti Smith & John Cale à la Fondation Cartier

    Patti Smith et John Cale en concert le 23 octobre 2014 à l’occasion du 30ème anniversaire de la Fondation Cartier. Ces deux-là ont commis Horses en 1975, l’un des disques fondateurs du rock du XXème siècle, puis ont vécu leurs destins musicaux aux hasards du monde du Rock ‘n’ Roll qui en a laissé plus d’un sur le carreau. Les voilà réunis de nouveau pour un concert privé, hélas réservé pour quelques privilégiés. Mais quel bonheur de les savoir toujours sur scène, eux qui furent l’avant-garde de la musique de notre temps.

  • London Grammar – 2014/10/22 – Paris le Palais des Sports

    London Grammar au Palais des Sports ce soir : musique glaçante et dépouillée dans la lignée de XX ou d’Agnes Obel, mais avec la puissance vocale d’Hannah Reid en plus. Cette musique est dans l’air du temps. C’est un peu le retour de la cold wave, The Cure revisité par l’électronique et une voix féminine, et tout de même un peu moins d’inspiration mais ils en sont à leur premier disque.

    Trois musiciens londoniens, jeunes, tellement jeunes : un guitariste (Dan Rothman), un batteur multi-instrumentistes passant de ses caisses aux claviers (Dominic « Dot » Major) et Hannah au chant (et parfois au piano droit). Pour cette tournée une section de cordes les accompagne, installée en hauteur au fond de la scène du Palais.

    L’éclairage est minimaliste tout en lumière bleutée et feutrée. Un mur de panneaux lumineux clignote parfois au fond interrompu de temps à autres par des faisceaux lumineux étroits striant la scène.

    Un peu patauds sur scène ils se cachent derrière leur musique : des ritournelles de piano et de guitare dans les aigus, qui enrobent la voix d’Hannah, une voix douce et puissante, un peu plate, avec très peu de vibrato et pas mal de réverbération, une voix qui est la marque du groupe avec la mélancolie qui baigne l’atmosphère générale des mots et des notes. Elle vocalise parfois jusqu’en des trilles improbables tout en parcourant la scène d’une marche lente. Elle donne vie à cette musique plutôt sans aspérité.

    Hannah écrit les textes, à l’image de la musique composée par les garçons. Des histoires de solitude, d’hiver, de chemins vides comme sur Wasting My Young Years : You crossed this line/ Do you find it hard to sit with me tonight?/ I’ve walked these miles but I’ve walked ’em straight lined/ You’ll never know what was like to be fine/ I’m wasting my young years/ It doesn’t matter if…/ I’m chasing old ideas/ It doesn’t matter if…

    Un concert sympathique pour un groupe qui doit maintenant confirmer ce premier essai plutôt réussi.

    Set-list : 1. Hey Now (Extended Intro)/ 2. Darling Are You Gonna Leave Me/ 3. Interlude/ 4. Shyer/ 5. Wasting My Young Years/ 6. Flickers (Extended Version with… more)/ 7. Sights/ 8. Stay Awake/ 9. Nightcall (Kavinsky cover)/ 10. Strong

    Encore : 11. Metal & Dust

    Live Paris – 4 chansons

  • Selah Sue – 2014/10/13 – Paris la Gaîté Lyrique

    Selah-Sue

    Après son passage sur la grande scène de Rock en Seine en août dernier, revoici Selah Sue pour quelque chose de plus intimiste à la Gaîté Lyrique mais tout aussi fantastique. Habillée de noir avec ses cheveux blonds en choucroute verticale, la chanteuse belge est montée sur ressorts et branchée sur piles. Un sourire ravageur, une voix à la Billy Holliday, des mimiques de rappeur de banlieue et une élégance toute féminine, elle déroule un concert charmant et dynamique. D’une jeunesse touchante mais d’une aisance redoutable, entourée par une bande de musiciens sympathiques et efficaces, Selah déploie l’incroyable faculté musicale de sa voix soul/jazz devant une assistance aux anges.

    Elle est aussi déchaînée dans les morceaux rappés qu’émouvante sur les chansons douces qu’elle joue seule à la guitare (et avec talent). Elle vocalise comme si elle était sous sa douche, monte dans les aigus avec une voix légèrement enrouée, délivre des vibratos de légende, maîtrise une diction parfaite sur les textes ragga et mène son concert avec force et bonheur.

    Selah Sue se glisse dans le moule de la musique soul-rap avec délice, tressaute sur ses rythmes syncopés et nous emporte sur ses vibrations magiques :

    The rhythm is magic, and it gets me up, again and again/ I feel like I’m flying, it lifts me up, again and again/ Do you know what it can do to you? Crazy vibes/ You must know what it can do to you, crazy vibes/ ’Cause today oh,/ I’ll show ya/ I’ll blow ya mind/ Oh until the vibes go crazy/ The vibes go crazy/ ’Cause today oh/ Crazy vibes.

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  • Agnes Obel – 2014/10/05 – Paris l’Olympia

    Agnes-Obel
    Agnes Obel est une artiste danoise chanteuse-compositrice-pianiste, sorte d’OVNI croisant aux alentours de la planète pop sans jamais vraiment y atterrir, gardant toujours un œil sur Debussy et John Cale pour délivrer une musique à la beauté répétitive et délicate.

    Un déluge de cheveux blonds torsadés sur un tailleur noir, accompagnée d’un trio à cordes à l’élégance aussi discrète que scandinave, Agnes alterne entre un piano à queue et un clavier sonorisé. Elle chante en jouant des deux instruments une musique très pure, très simple, très triste, très belle. Une inspiration classique, un accompagnement sur un mode répétitif pour une voix délicate.

    Le fond de la scène est composé d’une espèce de papier aluminium froissé qui sera éclairé de lumières chaudes tout au long du show lui donnant parfois une allure d’aquarium. Etrange, comme le reste…

    Le piano est léger, évanescent et dynamique, les mesures montent et descendent dans les aigües, les cordes assurent les basses et la voix se pose dans cet écrin comme un murmure chaud et mélancolique.

    L’ensemble donne une idée de pureté musicale comme rarement entendue. Agnes reconnaît dans ses influences Erik Satie, Portishead et Björk, on ne saurait mieux dire. Ses mots sont aussi intimistes que ses notes : Do you want me on your mind or do you want me to go on/ I might be yours as sure as I can say/ Be gone be faraway/ Roses on parade, they follow you around/ Upon your shore as sure as I can say/ Be gone be faraway/ Like fuel to fire.

    Le résultat est un équilibre fragile maintenu sur le fil de la beauté pure et envoutante par cette musicienne d’inspiration quasiment divine. Quel talent pour une musicienne d’à peine 30 ans !

  • COBAIN Kurt ‘Journal, musiques & cie’.

    Sortie : 2002, Chez : 10/18. Le journal décousu du leader du groupe grunge Nirvana, suicidé alors en pleine gloire après un nombre limité de disques météorites. L’idole d’une jeunesse désillusionnée, séduite par ce rock vigoureux et déprimant. Kurt écrit ce qui lui passe par la tête sur des bouts de papier éparts, dessine des esquisses qui se perdront, où deviendront les couvertures de ses disques les plus célèbres. Il y est question de musique bien sûr, mais aussi de sentiments un peu confus. L’œuvre est émouvante quand on sait ce qu’est devenu son auteur mais on préfère Nirvana sur scène plutôt qu’en librairie.

  • Leonard Cohen « Popular Problems »

    I saw some people starving
    There was murder, there was rape
    Their villages were burning
    They were trying to escape
    I couldn’t meet their glances
    I was staring at my shoes
    It was acid, it was tragic
    It was almost like the blues

    Un nouveau disque de Leonard Cohen qui va fêter ses 80 ans de déambulations poétiques et sombres, le compagnon de route de toute une génération qu’il continue d’inspirer. Une voix de plus en plus crépusculaire, un chanté-parlé doux et obsédant sur des textes mélancoliques.

    La couverture le montre toujours d’une élégance raffinée, avec une canne désormais. Les photos du livret l’affichent en train de cirer ses chaussures, une modestie affirmée.

    Quel étonnant parcours pour cet artiste canadien atteignant aujourd’hui le stade de la légende vivante !

  • Blonde Redhead – 2014/09/22 – Paris le Trianon

    Blonde_Redhead_Barragan-a

    Les Blonde Redhead sortent un neuvième album, Barragán, qu’ils présentent ce soir au Trianon. Les trois artistes sortent des coulisses pour entamer l’instrumental Barragán introduisant le show, comme le disque. Kazu porte une jupette blanche, des bottes d’indien apache, jouant la partie de flute sur son synthé délicatement posé sur les arpèges ciselées d’Amadeo. Nous baignons dans une douce pénombre, déjà envoûtés par l’atmosphère romantique de cette nouvelle étape musicale du groupe new-yorkais.

    Des guitares sophistiquées, une rythmique moderne et la voix de Kazu toujours sublime et brumeuse qui nous emporte vers les nuages à grand renfort d’échos électroniques, la recette est toujours efficace, appliquée aujourd’hui à une musique plus posée et introvertie. L’ancien Falling Man nous ramène aux grandes envolées guitaristiques des Blonde d’antan, Kazu à la basse ; annonçant l’excellent et nouveau Mind to be Had et son obsédante ritournelle de clavier jouée par une Kazu  dansant dans un déluge de cheveux balancés à tout va et perdue dans ses pensées, sur laquelle Amadeo place ses notes aigües de guitare et son chant étiré jusqu’à la déchirure :  I never wanted your life/ You needed so you were mine/ I never let you be mine/ All I want to be in you mind…

    Dans la grâce et l’élégance, ce trio soudé mène son chemin musical qui enchante un Trianon enthousiaste. Ils jouent de la musique ensemble depuis vingt ans, et mène leur barque a priori sans trop de compromission. On les imagine vivre dans la plus parfaite entente artistique mais qui sait ce que réserve le processus créatif en termes de conflits ? Le résultat musical de cette collaboration parle de beauté, de nostalgie et d’émotion, tellement bien synthétisé dans le final Seven Two que Kazu chante délicatement, coiffée d’un chapeau melon : You stare an abyss,/ and the abyss stares back at you.

    Set list : 1. Barragán/ 2. Lady M/ 3. Falling Man/ 4. Hated Because of Great Qualities/ 5. Love or Prison/ 6. Mind to Be Had/ 7. No More Honey/ 8. Spring and by Summer Fall/ 9. Melody/ 10. Dripping/ 11. Melody of Certain Three

    Encore : 12. The One I Love/ 13. Defeatist Anthem (Harry and I)/ 14. 23

    Encore 2 : 15. Equus/ 16. Seven Two

  • Molly Johnson – 2014/09/17 – Paris le New Morning

    Molly_Johnson_20140917

    Molly Johnson à Paris, chanteuse métisse noire-canadienne, tout en voix et en charme, et en trio avec un pianiste et un contrebassiste. Châle blanc sur robe noir, une fleur blanche dans les cheveux, et nous voilà partis pour un voyage de délices. Son dernier album Because of Billie, reprises de Holiday, doit paraître dans les prochains jours. Un peu lassée d’être comparée à l’américaine, elle explique qu’elle est ce qu’elle est à cause de son égérie mais pas sur terre pour la remplacer. Ce disque est un hommage et une prise de pouvoir.

    Quelle plaisir de se laisser porter par la voix langoureuse de Molly et la rythmique chaloupée de ses deux acolytes. On plane doucement sur ces sonorités soul et jazzy. Ne serait-ce l’inconfort des chaises, on aimerait se laisser couler dans de grands fauteuils de velours rouge de part et d’autre d’un âtre où crépiteraient les bûches alors que dehors tomberait la neige du grand nord canadien.

    La révolte noire de Billie Holiday a été passée à l’adoucisseur de Molly. Les temps ont changé grâce au combat méritoire de la génération précédente, l’heure est à la musique apaisée même si l’engagement reste fort. L’artiste mène ses activités philanthropiques en parallèle à sa carrière.

    Qu’elle chante Billie Holiday ou ses propres compositions, tout n’est que nostalgie et beauté dans cette voix si remarquable. On en oublierait facilement les misères du monde et de nos vies mais le tragique de Billie reprend rapidement le dessus : My days have grown so lonely/ For you I cry, for you dear only/ Why haven’t you seen it/ I’m all for you body and soul [Body and Soul – BH]

    Molly Johnson a joué pour la première fois au New Morning en 2003, plus de dix ans plus tard elle rencontre toujours le même succès d’estime dans les petites salles parisiennes : une voix cajoleuse, une artiste enjôleuse, une soirée délicieuse. A bientôt l’artiste !

  • Massive Attack – 2014 – Festival de Carcassonne & Paris la Fête de l’Humanité

    Massive Attack – 2014 – Festival de Carcassonne & Paris la Fête de l’Humanité

    Le Festival de Carcassonne égaye cet été avec une sympathique programmation de théâtre, de danse et de musique, répartie entre le On (payant) dans le théâtre Jean Deschamps de la ville fortifiée, et le Off (gratuit) dans la vieille ville de Carcassonne. La musique nous emmène de Don Govianni à Elton John, Etienne Daho, Franz Ferdinand… et Massive Attack ce soir.

    Formation habituelle, concert déjà vu et entendu, on ne se lasse que rarement des Massive Attack même si on attend un peu de renouveau dans le show. Ah, si, une innovation : John Baggott, clavier n’était pas là ! Du coup Daddy G et 3D passent un de temps assis derrière des machines, le son est un peu plus dur sans les nappes de claviers habituelles.

    Confortablement installés dans le superbe décor de ce théâtre de plein air au cœur des remparts de la cité historique Carcassonne, on se laisse enivrer par la musique des musiciens de Bristol, leaders de ce courant trip-hop qui berce notre imaginaire et sa mélancolie depuis les années 90s. Les messages politiques un peu désuets continuent de défiler sur les écrans de diodes du fond de scène, les Massive Attack restent un groupe engagé et le font savoir.

    On a déjà vu tout ceci ? Mais qu’importe… pourvu qu’on ait l’ivresse ! Et la fascination est toujours bien présente devant ce spectacle halluciné des rythmes et des lumières dans lequel se fondent chanteurs,  chanteuses et instrumentistes pour faire battre le tempo de notre temps décadent mais jouissif. Les guitares cinglantes, les basses vrombissantes qui font vibrer no artères, le feulement des voix passées par mille canaux électroniques avant d’atteindre nos oreilles, et l’atmosphère crépusculaire de cette musique venue d’ailleurs :

    Incandescent light at doors/ In adolescent menopause/ In little clicks you got the music stops/ The needle sticks and the penny drops/ The summer’s gone before you know/ The muffled drums of relentless flow/ You’re looking at stars that give you Vertigo/ The sun’s still burning and dust will blow/ Honey scars I’ll keep you near/ Our blood is gold nothing to fear/  We killed the time and I love you dear/ A kiss of wine we’ll disappear/ The last of the last particles/ Divisible invisible/ The last of the last particles/ Divisible invisible

    Pas de clavier donc pas de final sur l’incroyable montée en tension de Atlas Air chanson construite autour d’une petite ritournelle de synthé se transformant progressivement en déluge de grandes orgues, dommage…

    Le lendemain sur le off on découvre Cats on Trees sur une petite place en centre-ville ombragée par les platanes et animée par les tables de bistrot : un couple, lui à la batterie elle aux chant et claviers accompagnés par un ensemble de cordes, des mélodies sucrées sur une orchestration sympathique et une voix chaude, un excellent after !

    On aime les Massive Attack dans la chaleur de Carcassonne en juillet, et on les adore dans le froid militant de la Fête de l’Humanité en septembre. Car ils sont revenus en France en cette fin d’été morose, cette fois-ci pour un véritable acte militant aux côtés du Parti communiste qui les honore (sic) de cette invitation. Mais le militant communiste à la Courneuve est bien moins attentif que le bobo de Carcassonne, alors ça discute pendant le concert, ça picole, ça va et ça vient, ça rigole bruyamment dans une joyeuse ambiance de camaraderie et de merguez. Mais qu’importe pourvu qu’on ait l’ivresse…

    Deux concerts de Massive Attack dans l’été, l’année musicale est complète d’autant plus qu’elle s’enrichit d’un show de Portishead au festival Rock en Seine. Ecouter le trip-hop de Bristol et puis mourir : The last of the last particles/ Divisible invisible !

    Fête de l’Huma/ 1. Battlebox 001/ 2. United Snakes/ 3. Risingson/ 4. Paradise Circus/ 5. Girl I Love You/ 6. Psyche/ 7. Future Proof/ 8. Teardrop/ 9. Angel/ 10. Jupiter/ 11. Inertia Creeps/ 12. Safe From Harm

    Encore : 13. Incantations/ 14. Splitting the Atom/ 15. Unfinished Sympathy