Catégorie : Musique

  • Dead Can Dance – 2013/06/30 – Paris le Zénith

    Dead Can Dance revient avec un nouveau disque Anastasis (résurrection en grec… et dont la couverture est illustrée d’un champ d’opium en noir et blanc) et une tournée mondiale passant par Paris ce soir. Ce groupe australo-britannique a fait le bonheur de la cold music des années 1980/90’s avec l’association improbable de deux chanteurs classiques (Brendan Perry baryton et Lisa Gerrard contralto) avec l’électricité de la pop. Ils sont accompagnés sur scène de deux claviéristes et deux percussionnistes.

    Elle est habillée comme une reine médiévale, il est vêtu d’un costume sombre, crâne lisse et barbichette blanche. Ils jouent parfois d’une espèce de petite harpe horizontale frappée avec des baguettes produisant des sons pizzicato métalliques

    A la fois un peu datée mais aussi hors du temps, cette musique étrange et sombre mêle toutes sortes d’influences orientales et intergalactiques, avec celles de Klaus Schulze et Tangerine Dream. Le résultat est un empilement de nappes de sons sur lesquelles voguent sans fin les voix tristes et magnifiques de ce duo de chanteurs.

    Rien ne se passe durant ces concerts, sinon la diffusion d’une atmosphère de méditation et de trouble intérieur, de la beauté et de la pureté qui permettent de marquer une pause dans notre Monde à la dérive : Sometimes/ I fell like I wanna leave/ Behind all these memories/ And walk through that door/ Outside/ The black night calls my name/ But all roads look the same/ They lead nowhere… [Opium].

    Dead Can Dance encore appelé « DCD », à la sinistre consonance française, a charmé ce soir une assemblée de fans déjà conquises venus communier à cette grande messe de la Résurrection.

    Setlist: Children of the Sun/ Agape/ Rakim/ Kiko/ Amnesia/ Sanvean/ Black Sun/ Nierika/ Opium/ The Host of Seraphim/ Ime Prezakias/ Cantara/ All in Good Time/ The Ubiquitous Mr. Lovegrove/ Dreams Made Flesh/ Song to the Siren 
(This Mortal Coil cover)/ Return of the She-King

  • Bruce Springsteen & The E-Street Band – 2013/06/29 – Paris le Stade de France

    Bruce Springsteen & The E-Street Band – 2013/06/29 – Paris le Stade de France


    Nous avons aimé Bruce Springsteen & the E-Sreet band à Bercy l’an dernier ; nous l’avons adoré ce soir au Stade de France !

    La joyeuse bande de musiciens américains est la même mais il y a ce soir 80 000 spectateurs alors pour les faire patienter le Boss viendra leur jouer un pré-show acoustique de trois morceaux vers 18h histoire que tout le monde se mette en place dans la joie et la bonne humeur.

    Cette fois-ci le concert démarre avec le tonitruant Badlands et le même frisson parcourt l’assemblée… et c’est parti.

    3 heures ¼ plus tard le groupe a joué 30 morceaux, dont la reprise intégrale de l’album Born in the USA, le Boss a animé la scène comme jamais, fait monter une fan pour danser avec lui sur Dancing in the Dark, donné une guitare à une autre fan qui grattera les cordes en rythme sur un final bruyant, pris une gamine sur ses épaules et chanté avec elle sur Waitin’ on a Sunny Day, accepté sur scène un fan qui voulait danser avec la violoniste le temps d’une chanson, bien sûr improvisé des morceaux à la demande du public, chanté-joué-transpiré comme si sa vie en dépendait, rendu hommage à Clarence et Danny, enchanté le stade par sa vision d’une Amérique populaire plutôt peu connue de ce coté de l’Atlantique et finalement si proche de nous, déployé une gentillesse et une proximité hors normes pour un artiste de cette trempe, salué un à un ses musiciens à la fin du premier rappel pour nous en offrir un second, en solo à la guitare acoustique avec le bouleversant Thunder Road.

    Bruce Springsteen : une légende, toujours !

    Set list: 1. Badlands/ 2. Out in the Street/ 3. Lucille (Little Richard cover) (Sign request, tour premiere)/4. Wrecking Ball/ 5.Death to My Hometown/6. Cadillac Ranch (Sign request)/7. Spirit in the Night/
    Born in the U.S.A./ 8. Born in the U.S.A./ 9. Cover Me/ 10. Darlington County/ 11. Working on the Highway/ 12. Downbound Train/ 13. I’m on Fire/ 14. No Surrender/ 15. Bobby Jean/ 16. I’m Goin’ Down/ 17. Glory Days/ 18. Dancing in the Dark/ 19. My Hometown/ 20. Pay Me My Money Down (The Weavers cover)/ 21. Shackled and Drawn/ 22. Waitin’ on a Sunny Day/ 23. The Rising/ 24. Land of Hope and Dreams
    Encore: 25. We Are Alive/ 26. Born to Run (with Elliott Murphy)/ 27. Ramrod/ 28. Tenth Avenue Freeze-Out/ 29. American Land
    Encore 2: 30. Thunder Road (Solo acoustic)

    Pre show: This Hard Land/ Burning Love (Arthur Alexander cover) (Sign Request)/ Growin’ Up

  • Depeche Mode – 2013/06/15 – Paris le Stade de France

    Depeche Mode au Stade de France, un boulot bien fait pour un concert sans surprise. Les trois compères viennent de sortir leur dernier disque : Delta Machine. Sur scène ils sont renforcés par le duo habituel claviériste et batteur. La scène est gigantesque et dépouillée, les images projetées sur les vastes écrans frappent et font apparaître les musiciens tels de petits nains qui commandent la Machine Delta telle la sixième flotte US dans l’océan.

    Cette bande se connaît sur le bout des doigts depuis des années, Just Can’t Get Enough date de 1981… Archétype de la musique new wave des années 1980/90 ils ont survécu à tout et continuent de diffuser leur pop synthétique et glaçante avec un bonheur plus ou moins égal. Ils sont quasiment les seuls à avoir traversé ces décennies sans vraiment changer d’inspiration.

    Tout est réglé au millimètre sur scène, jusqu’au déshabillé de Dave au bout du troisième morceau, qui tombe la veste pour laisser apparaître ses muscles tatoués sous son éternel gilet. Le garçon tient la route malgré certaines années d’excès et anime l’ensemble avec talent. Il a tenté une incursion solo il y a quelques années avec deux disques pas inoubliables (Paper Monsters et Hourglass) mais c’est au cœur de Depeche Mode qu’il est le meilleur. Sa voix profonde n’est jamais mieux portée que par les sombres harmonies de Martin Gore, la tête pensante du trio. Dave réussit de loin en loin à caser quelques compositions dans les disques du groupe mais elles sont rarement aussi réussies que celles de Martin.

    Ces deux-là semblent faits pour créer ensemble et quand chacun s’essaye à la spécialité de l’autre le résultat n’est pas bouleversant. Les shows réservent toujours une ou deux pauses où Martin vient chanter sur le devant de la scène (un peu comme l’instant Keith Richard au milieu des concerts des Rolling Stones), ce soir ce sera pour une belle reprise de Higher Love.

    Delta Machine n’est pas encore très connu des fans et d’un abord un peu complexe, alors le retour sur les classiques déclenche l’enthousiasme. Trente ans plus tard Depeche Mode continue à faire danser les stades avec la même ferveur sur A Question of Time, Black Celebration et autres comètes tubesques de la galaxie synthpop.

    Performance sympathique, voix définitivement marquante de Dave sur une musique oh combien efficace ; c’est le cocktail gagnant des Depeche Mode depuis tout ce temps, de quoi passer une excellente soirée du mois de juin à Paris.

    Setlist : Intro/ Welcome to My World/ Angel/ Walking in My Shoes/ Precious/ Black Celebration/ Policy of Truth/ Should Be Higher/ Barrel of a Gun/ Higher Love (Sung by Martin)/ Judas (Acoustic)/ Heaven/ Soothe My Soul/ A Pain That I’m Used To (‘Jacques Lu Cont’s Remix’ version)/ A Question of Time/ Secret to the End/ Enjoy the Silence/ Personal Jesus/ Goodbye

    Encore : Home (Acoustic)/ Halo (‘Goldfrapp Remix’ version)/ Just Can’t Get Enough/ I Feel You/ Never Let Me Down Again

  • Neil Young & Crazy Horses – 2013/06/06 – Paris Bercy

    Neil Young & Crazy Horses – 2013/06/06 – Paris Bercy

    Neil Young & Crazy Horses à Bercy ce soir : un fantastique concert pour un musicien d’exception ! La foule des grands soirs est venue en procession pour se délecter de la musique et des textes intemporels de cet artiste de légende.

    La scène est décorée avec de gigantesques amplis Fender factices de cinq à six mètres de haut. D’étranges roadies barbichus s’agitent en blouses blanches et s’exclament autour de ces monuments en toc quand retentit la Marseillaise qui accompagne l’entrée des quatre musiciens, Neil tout de noir vêtu, chapeau y compris, ses acolytes en jeans et T-shirts blancs (à l’effigie d’Hendrix pour le guitariste Franck Sampedro). Les cheveux sont blancs également, tout ce petit monde tourne autour des 65 ans mais s’accroche aux manches. Ce soir il s’agit de Neil Young & Crazy Horses, mais il s’agit aussi et surtout de guitares.

    Pour le chroniqueur qui avait laissé Neil Young en 1972 à l’époque folkeuse de Harvest (Old man, look at my life/ I’m a lot like you were/ Live alone in a paradise/ That’s make me think of two…) la surprise est explosive quand il découvre halluciné un vrai groupe de rock brut, à l’inspiration grunge, jouant des morceaux de plus de quinze minutes dans un déluge de sons saturés, agrémenté de larsen stridents et d’effets des plus bizarres pour ajouter à la fusion sonore qui envahit Bercy.

    Neil Young déroule sa poésie de sa petite voix aigüe et nasillarde si caractéristique, sur cette musique psychédélique. Son dernier disque s’appelle d’ailleurs Psychadelic Pill, ce n’est rien que de le dire. Ce concert vaut à lui seul toutes les pilules de la terre. Le groupe assène son rock avec enthousiasme à une audience multi-générations aux anges.

    Un petit intermède folkeux sous le signe de l’oiseau de Woodstock projeté en fond de scène avec Neil seul à la guitare et harmonica pour Heart of Gold et Blowin’ in the Wind  de Dylan et la cavalcade reprend dans un déchaînement de guitares endiablées, agrémenté de solos magistraux pour nous amener sur les riffs saturés de Hey Hey, My My, chanson phare du groupe reprise en chœur par l’assistance éperdue d’admiration et d’affection pour son héros : My my, hey hey/ Rock and roll is here to stay/ It’s better to burn out/ Than to fade away/  My my, hey hey.

    Avec de tels monstres sacré, effectivement le Rock & Roll n’est pas près de mourir, Dieu merci.

    Set list : Love and Only Love/ Powderfinger/ Psychedelic Pill/ Walk Like a Giant/ Hole in the Sky (Unreleased song)/ Heart of Gold (Solo acoustic)/ Blowin’ in the Wind (Bob Dylan cover, Solo acoustic)/ Singer Without a Song (Unreleased song)/ Ramada Inn/ Cinnamon Girl/ Fuckin’ Up/ Mr. Soul (Buffalo Springfield song)/ Hey Hey, My My (Into the Black)

    Encore : Rockin’ in the Free World

  • Adieu Ray

    Ray Manzarek, légendaire et génial claviériste des Doors (il jouait aussi de la basse sur ses touches) a rejoint cette semaine Jim Morrison au paradis des rockers suite à un cancer à l’âge de 74 ans.

  • Rachid Taha – 2013/05/16 – Paris le Trianon

    Rachid Taha nous met un joyeux boxon ce soir dans un Trianon qui n’est pas plein. Petit bonhomme nerveux qui a défrayé la chronique avec son premier groupe Carte de Séjour, il est définitivement engagé en faveur de meilleurs comportements de la France vis-à-vis de ses immigrés. Il a collaboré avec quelques grands du rock : Eno, Mick Jones, Steve Hillage… sans doute touchés par sa capacité à orientaliser tout ce qu’il touche et commis une inoubliable reprise de Rock in the Casbah des Clash !

    Mal fagoté dans un costume noir-cravate rouge-et-chapeau hauteforme, mais qu’importe, il anime sa joyeuse bande avec un entrain tout méditerranéen. Guitaristes, claviériste, batteur et un musicien qui joue d’une sorte de bouzouki électrifié sous un chapeau cuir et en tire des sons qui marquent le coté arabe de cette musique.

    Rachid court et se déchaîne, chante alternativement en anglais, en arabe, en français, mais quel que soit le langage choisi, l’enthousiasme des rythmes fait onduler l’assistance. Il mêle le Raï et le Punk, Oum Kalsoum et l’électronique, la France avec Pigalle où il joue ce soir, et accueille toute une bande de potes pour marquer son message de musicien engagé du monde.

    L’arrivée de Mick Jones, co-fondateur du mythique The Clash fait frémir d’émotion les quinquas présents qui se souviennent de leurs grandes heures de rockers rebelles. Il passera la moitié du concert sur scène, nouera nos tripes sur les riffs de Rock in the Casbah et cassera ses cordes sur Should I Stay or Should I go. Rachid fait venir tous ses potes sur la scène pour partager sa musique : Jeanne Added qui assure aussi la première partie, pour une reprise d’Elvis Presley, Rodolphe Burger grand gaillard guitariste présent sur la scène française depuis des années, l’ex-leader des Têtes Raides, et d’autres.

    Il rend hommage aux grands disparus : Alain Bashung, Joe Strummer, Daniel Darc… Il sait d’où il vient et ce qu’il leur doit. Exilé, écorché, il reprend Voilà, Voilà (pamphlet anti-FN) comme un hymne avec l’assistance, au cœur de Barbès. Il s’agite, il bout, il pulse, il se révolte et il se marre, la musique et le rythme collés à la peau, et laisse le Trianon épuisé par tant d’énergie communicative.

  • The Raveonettes – 2013/05/12 – Paris la Maroquinerie

    The Raveonettes @ la Maroquinerie, Paris, 12/05/2013

    The Raveonettes à la Maroquinerie : un duo nerveux et séduisant venu du Danemark. Deux guitaristes/chanteurs : lui Sune Rose Wagner, elle Sharin Foo, et un batteur. Leur ancienne batteuse Leah Shapiro a rejoint le Black Rebel Motorcycle Cub depuis quelques années et quitté Copenhague pour Los Angeles !

    Le fond de la scène est tendu d’un simple drap blanc, Sharin blouse jaune et dégoulinante de blondeur, Sune casquette sur frisures brunes ; tous les deux armés de guitares redoutables, sur-saturées d’effets électroniques, l’ambiance est électrique.

    La musique est ambigüe, d’apparence un peu pop-sucrée (effet cheveux blonds sans doute) mais résolument moderne et undergroud. Il y a du Blondie dans ce duo danois inspiré Velvet Underground ! La miss joue parfois de la bass mais reste le plus souvent à la guitare et le jeu des deux instruments superposant leurs distorsions sur la batterie abusant des cymbales avec éclairage stroboscopique, donne un rendu suraigu plutôt hystérique.

    Des chansons courtes, un format qui fuse, une ambiance urgente, un climat urbain. Une de leur chanson récente s’appelle War in Heaven, on ne saurait mieux les qualifier. Comment se fait-il que ce groupe de soit pas plus apprécié ?

  • Pete Townshend en livre


    Pete, guitariste des Who, publie ses mémoires
  • Jean-Louis Murat – 2013/04/05 – Paris le Trianon

    Une merveilleuse surprise que ce concert de Jean-Louis Murat au Trianon ce soir. Accompagné d’un batteur, il joue presqu’en solitaire sur une scène obscure. Costumé-cravaté, sombre et lumineux, il y a du Bryan Ferry dans cet artiste élégant et ténébreux.

    Trois écrans sont tendus sur le fond de la scène où sont projetés des films et animations en clair-obscur, souvent sur les artistes eux-mêmes, les fondant ainsi dans le décor. C’est peu dire qu’ils ne se mettent pas en avant, laissant parler la musique et les mots.

    Murat joue de la guitare dobro majestueusement et avec brio. Il n’y a pas de bass, la rythmique obsédante est marquée par les riffs et la batterie sur lesquels se pose une voix caverneuse récitant des textes poétiques. Ne délaissant pas quelques effets sur sa guitare, il dégage un son saturé et enveloppant, marque de fabrique pour sa musique mélancolique.

    Over and over/ Comme après un mariage/ N’aurais tu plus le courage/ Qui sauvait de ce naufrage/ Quand la dernière chose au monde/ N’a plus rien de Dieu…

    Jean-Louis Murat c’est quarante années de chanson, avec des hauts et des bas, peu de succès commerciaux mais beaucoup de poésie sur accords mineurs. Des tournées sans relâche, quelques éclats sur les plateaux de télévision, le retour régulier dans son Auvergne régénératrice, et la musique vrillée au cœur !

    Il joue ce soir son dernier disque Tobbogan, électrifié pour la scène et qui défile comme les images étranges sur les écrans. Retour vers plus d’intimisme parfois comme sur Le Chat Noir introduit sur une mélodie sifflotée et distordue par l’électronique, un croissant de lune mouvant sur l’écran noir : Le chat noir pris dans le vent/ Passe son âme passe son âme/ Le chat noir pris dans le vent/ Passe sa vie en cabriolant…

    Murat, romantique impénitent, guitariste talentueux, arrangeur original, nous a enchanté ce soir en nous faisant partager son univers musical et poétique si personnel, et finalement assez peu reconnu dans notre monde où la parure prime sur les compositions : le Trianon n’était pas plein ce soir !

  • An Pierlé – 2013/04/02 – Paris le Café de la Danse

    An Pierlé  en solo ce soir au Café de la Danse, sans son White Velvet donc mais toujours en duo avec son piano. Elle vient de sortir un disque Strange Days, des compositions intimistes ainsi qu’une belle reprise de Such a Shame, tube des 80’s de Talk Talk.

    Assise sur son ballon devant son piano noir, nattes blondes et bottes en cuir, An virevolte, plaisante, prend la pose pour quelques photos de l’ami Robert, chante et nous enchante. Elle sort d’une pneumonie nous dit-elle, alors les aigus sont un peu poussifs sur Strange Days : Please believe in what you do/ Don’t let them change you/ Don’t let them touch your soul/ Because you’re beautiful/ They won’t let you know/… /Strange days/ Why let them lead the way/ Choose again/ Got stuck inside the day/ Just don’t let them think they saved the day/ Don’t let them think instead of you/ Don’t let them change you/ Don’t let them frighten you

    Mais l’enthousiasme n’a pas changé, simplicité et légèreté, une voix délicieuse qui se fait forte et pleine, douce et romantique, sur un accompagnement de piano naturel et libéré.

    An Pierlé, une artiste épanouie et talentueuse, qui a décidé de faire une petite pose sans son parcours musical. C’est plutôt réussi, une parenthèse frivole qui ne nous fait pas oublier la profondeur de la tournée qui a suivi la sortie du disque An Pierlé & White Velvet, avec un vrai groupe de rock !

    Les photos de Roberto Gil

  • BRMC – 2013/03/16 – Paris le Trianon

    BRMC – 2013/03/16 – Paris le Trianon

    Les Black sont de retour, toujours fringants, légèrement embourgeoisés dans ce Trianon bon chic bon genre, théâtre dédié au Rock & Roll depuis peu. La veille 15 mars ils ont commis « a fantastic night » comme nous le dira Rob, laissant les spectateurs de la soirée dépités de n’être là que… le 16. Mais le concert fut malgré tout largement à la hauteur des attentes.

    Les héros sont (un peu) fatigués et on leur pardonne. Leur dernier album Specter At The Feast n’est pas encore disponible dans les bacs. Ils en joueront presque l’intégralité sur scène ce soir et il semble de bonne facture : Rock & Blues harassant, rythmes pesants, voix éraillées, trio toujours soudé par cette énergie vitale du blues que transcendent des générations de guitaristes depuis les champs de coton du Sud des Etats-Unis au XIXème siècle, de Robert Jonhson à B.B. King en passant par Keith Richard.

    Ce soir les trois Black perpétuent cette tradition, électrique ou acoustique ; ils jouent sans compter, sur des guitares éraflées, mixant vibrato, larsen et rythmes syncopés ; les deux garçons se passent les vocaux sur la batterie de Lea et enchaînent les solos sur des sons gras. Formés sur la route, inspirés par le Blues, virtuoses du Rock, showmen en noir, accrochés à leurs instruments comme à une bouée de sauvetage on se plonge toujours avec bonheur dans leur univers sombre et intense.

    Le retour sur les classiques déclenche hourvari et hystérie : Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll, Spread Your Love… sont reprises par une salle en délire ; désormais des classiques du Rock ! On retrouve bientôt les Black sur la grande scène de Rock-en-Seine le samedi 24 août.

    Set-list : Fire Walker/ Let the Day Begin (The Call cover)/ Rival/ Hate the Taste/ Beat the Devil’s Tattoo/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Ain’t No Easy Way/ Berlin/Rifles/ Returning/Conscience Killer/ Windows/ Visions of Johanna (Bob Dylan cover, Rob alone on acoustic)/Lullaby/ Shade of Blue/ Funny Games/Stop/ Awake/ Red Eyes and Tears/ Six Barrel Shotgun/ Spread Your Love

    Encore: Sell It/ Lose Yourself

  • The Next Day

    Le dernier disque de David Bowie
  • Björk – 2013/03/05 – Paris le Zénith

    Björk repart en tournée après la sortie de son disque Biophilia. Encore plus arty et expérimentale, peut-être moins compréhensible, l’artiste islandaise continue ses recherches musicales. La tournée Biophilia est thématique et pédagogique, s’accompagne pour chaque ville d’une résidence de quelques jours dans de petites salles avant un ou deux concerts dans de plus grands endroits. A Paris Björk et sa troupe passent sur cirque de Boulogne sur l’ile Seguin avant deux shows au Zénith.

    A Boulogne des ateliers sont organisés à destination des enfants pour leur apprendre la musique via leurs outils électroniques habituels de communications. Et c’est ainsi que sont utilisés des tablettes et I-phones divers et variés. Une appli par chanson Biophilia développe le concept du morceau (la lune, la foudre, …) et offre différentes options de programmation musicale, le tout expliqué par les musiciens à des gamins de 10/12 ans, encadrés par professeurs et animateurs. Il s’agit de musique mais aussi de nature matinée de science (l’un des ateliers se déroule dans l’espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes).

    La scène du Zénith est adaptée à cette tournée d’un genre particulier et à la scénographie pour le moins originale. Les tribunes cernent le rond central surmonté de vastes écrans tournés vers le public. D’imposants et improbables instruments sont déposés sur la scène :

    dont des Harpes gravitationnelles, une Bobine Tesla, l’habituelle Reactable, mais aussi un simple clavecin électrifié, bref tout un incroyable fatras produisant sons et rythmes qui ne manqueront pas de nous surprendre tout au long du show.

    A l’extinction des lumières un bande son déclamée par une douce voix mâle parle de …musique, nature et technologie… d’écouter, apprendre et créer… de voyager à travers le cosmos et toucher les galaxies… de l’humain porte d’entrée entre l’universel et le microscopique…

    Une vingtaine de vestales blondes habillées en soie brillante bleu et jaune (la chorale islandaise Graduale Nobili) s’installe sur la scène pour accueillir notre diva à l’issue d’une introduction vocale aux harmonies étranges. Björk est vêtue d’une robe à boudins façon diva du Cinquième élément, coiffée afro à reflets roux et beige, très à l’aise :

    Et nous plongeons alors dans 90 minutes de mystère musical et visuel, à un niveau encore rarement imposé par cette artiste pourtant peu avare en innovations. Des tornades sonores sont déclenchées par des instruments dont le modernisme le dispute aux formes de brontosaures. A cet égard les harpes gravitationnelles sont un modèle du genre : sorte de pendule cosmique dont les balanciers gigantesques pincent des cordes ; la Bobine Tesla s’avère également redoutable, descendue du plafond sur la scène lorsque de besoin, elle produit de réels arcs électriques au son accordé sur les harmonies du morceau joué.

    Les écrans diffusent des images virtuelles, intergalactiques ou microscopiques, s’unissant à la musique. L’atmosphère générale est plutôt douce au regard des précédentes productions et tournées ; on baigne dans une ambiance écolo-techno-responsable où se succèdent les vestales et la diva, les instruments technologiques et les mélodies a cappella de la plus émouvante simplicité.

    La voix de Björk reste toujours extraordinaire, tendue comme un fil prêt à craquer, capable d’incroyables contrastes, enfantine et vertigineuse, mise au service d’un projet délirant et fascinant : Biophilia ! Quelques pièces au clavecin nous ramènent dans un univers un peu plus réel et le show se termine sur un Declare of Independance, saccadé, hypnotique, nous laissant sur une note plus classique de son répertoire mais oh combien vigoureuse et entraînante.

    Björk est-elle allée trop loin avec ce spectacle inattendu où la musique n’est plus qu’un élément parmi les autres ? Oui sans doute pour ses fans musiciens, non certainement pour les admirateurs de son statut d’artiste complète. Sa foi, sa sincérité, son indépendance à mener sa barque vers des rivages escarpés de la création sont touchants. Alors parfois nos âmes de musiciens sont touchées au cœur, mais à d’autres occasions, comme pour ce concept Biophilia, c’est à nos neurones que Björk fait appel, le résultat est plus cérébral et tout aussi respectable.

    https://www.bjork.fr/-Biophilia-Educational-

    https://biophiliaeducational.org/

    Set list : 01. Óskasteinar/ 02. Thunderbolt/ 03. Moon/ 04. Crystalline/ 05. Hollow/ 06. Dark Matter/ 07. Jóga/ 08. Heirloom/ 09. Virus/ 10. Sacrifice/ 11. Vertebrae by Vertebrae/ 12. Where is The Line/ 13. Pagan Poetry/ 14. Mutual Core/ 15. Cosmogony/ 16. Solstice Rappel : 17. Possibly Maybe/ 18. Nattura/ 19. Declare Independence
  • Sigur Ros – 2013/02/27 – Paris le Zénith

    Sigur Rós en démonstration devant un Zénith plein à craquer, complet depuis des lustres : une fois encore les islandais éblouissent l’assistance par leur poésie et la magie de leur musique, pourtant plutôt complexe. Mais parfois le lyrisme et l’absolu savent tracer leur chemin jusqu’aux âmes de spectateurs pas encore complètement pervertis par la simili-civilisation de l’aïe-phone !

    Le quatuor islandais est accompagné d’une section de cordes et d’une autre de cuivres. Jónsi son charismatique leader guide ce groupe avec une incontestable présence. Le show démarre alors que toute la scène est empaquetée derrière un voile vaporeux sur lequel de reflète des effets de lumière en aurores boréale. Le ton est donné ! Après une longue introduction (tous les morceaux sont sur format de 10 mn…) le voilage tombe et l’on croit que disparaîtra ainsi le flou artistique visuel, mais toute la scénographie du concert continuera de reposer sur des atmosphères en demi-teintes, en lumières tamisées, en projections d’images sur les musiciens eux-mêmes, les mêlant merveilleusement, mais en arrière-plan, à leur musique galactique. Jónsi comme à son habitude joue de la guitare électrique avec un archet, produisant ainsi un son sans attaque, difficile à identifier dans l’unité sonique du groupe, mais bien présent.

    Leur nouveau disque s’appelle Kveikur et est annoncé pour juin prochain. Certains morceaux en seront joués ce soir, mais pour les non spécialistes il n’est pas toujours aisé de reconnaître les chansons tant la musique de ce groupe est plus une question d’ambiance, chantée en islandais ou en « hopelandic », un langage inventé, et parfois en anglais. Musique d’atmosphère ne veut pas dire superficialité ni ambiance de hall d’aéroport. Bien au contraire, et c’est la qualité exceptionnelle des Sigur Rós de produire un son magique et bouleversant, porté par la voix de castra de Jónsi et les plaintes de sa guitare. Les compositions envoutantes du groupe poussent au rêve et l’assistance se laisse divaguer au gré de ces mélodies incertaines, servies dans le flou des projections de films sur la nature, sur l’espace, sur tout ce que chacun veut bien y trouver en fonction de son vécu intérieur. Et parfois les morceaux prennent une pente incandescente qui monte en tension jusqu’à une explosion finale de notes, de couleurs, d’images et de sons. Dans ces moments le Zénith est pénétré d’émotion, imprégné de l’énergie diffusée par ces musiciens si originaux, et se laisse porter par la déferlante soulevée par les islandais.

    A l’issue de ce concert hors norme, toute la bande des Sigur Rós reviendra sur scène pour applaudir longuement les spectateurs avec lesquels ils ont partagé ce moment culturel d’exception.

    Ce groupe inclassable à la créativité vibrionnante commet également de très beaux films où se mêlent leur musique et le monde. Après le remarquable Heima sur une tournée dans des villages islandais aux sublimes paysages, Valtari est sorti l’an passé pour accompagner le disque du même nom. On en trouve 16 vidéos extraites sur leur site (https://www.sigur-ros.co.uk/valtari/videos), troublantes, esthétiques, désarmantes, en un mot, très Sigur Rós !

    Set-list : Yfirborð/ Í Gær/ Ný Batterí/ Vaka/ Sæglópur/ Brennisteinn/ Olsen Olsen/ E-bow/ Varúð/ Hoppípolla/ Með Blóðnasir/ Glósóli/ Kveikur

    Encore: Svefn-g-englar/ Hrafntinna/ Popplagið

    Les photos de Roberto

  • Aimee Mann – 2013/01/26 – Paris le Bataclan


    Nouveau disque, Charmer, nouvelle tournée, Aimee Mann fidèle à elle-même poursuit sa route folk à travers le Monde. Habillée d’un jean et blouson de cuir fin, chaussée d’une paire de lunette sous une avalanche de cheveux blonds, l’air malicieux, elle est accompagnée d’un groupe bigarré et costumé années 60 : bassiste-batteur, deux claviers dont l’un joue aussi de la guitare, tout ce petit monde démarre au quart de tour pour entourer Aimee qui ne se sépare par de sa guitare acoustique.

    Musique légère, atmosphère détendue, parlotte entre les chansons, une intro complètement loupée qui se termine dans un grand éclat de rire ; la soirée est douce et plaisante. Les claviers sont réglés sur un son vintage qui se marie au mieux avec la voix d’Aimee, mélancolique et dynamique. Comme toujours ses textes plongent au cour de la comédie humaine, avec détachement et clairvoyance. Son dernier disque parle du père qui renonce (Gumby), de l’amoureuse qui n’arrive pas à se détacher (Labrador), du séducteur invétéré (Charmer), bref, de la vie qui passe avec ses douleurs et ses bassesses, notre vie. Sur Living a Lie elle fait revenir Ted Leo qui assurait la première partie pour un duo : I’m living a lie/ you’re living it too/ cause I live it with you/ I’m living a lie/ a lie I can’t tell/ so we wait for a crack in the shell.

    Bohémienne sans répit d’un folk-rock inspiré cette américaine de Virginie dégage charme et classe. Musicienne subtile elle nous porte sur sa vague depuis les années 90, laissez-vous juste envahir par le plaisir !

    Setlist: Disappeared/ Gumby/ Labrador/ You Could Make a Killing/ Lost in Space/ Living a Lie (with Ted Leo)/ Charmer/ That’s Just What You Are/ Ray/ Save Me/ Wise Up/ One (Harry Nilsson cover)/ Slip & Roll/ Soon Enough/ Goodbye Caroline/ It’s Not Safe
    Encore: 4th of July/ Honesty Is No Excuse (Thin Lizzy cover) (with Ted Leo)
    Encore 2: Video/ I’ve Had It (with Ted Leo)/ Deathly

  • The Dandy Warhols – 2012/11/29 – Paris le Trianon

    Les Dandy Warhols ne quittent plus la France ; après l’Olympia en avril, Rock en Seine en août les revoici au Trianon en cette fin d’année. C’aurait été frustrant de retourner dans l’Oregon sans une dernière petite resucée de leur rock underground sur une scène parisienne. Ils furent plus que bienvenus ce soir au Trianon, complet depuis plusieurs semaines !

    Un concert bonus pour préparer Noël dans de bonnes conditions. Un concert en prime pour ne pas oublier que ces quatre diables, au cœur de notre univers musical, sont un groupe de performers à voir sur scène pour mieux goûter leurs disques.

    Ils commettent ce soir un show endiablé et sans rappel, pas fondamentalement différent des précédents de cette année 2012, mais leur production discographique est maintenant largement suffisante pour varier les set-lists d’une soirée à l’autre, et puis nous n’aimons rien de mieux que les bons standards du groupe alors lorsqu’ils démarrent sur Be In, We Used to be Friends et Shakin’ l’enthousiasme saisit le théâtre, la ferveur agite les fans. Les plongées dans le dernier disque This Machine (référence au slogan This machine kills facists écrit par Woody Guthrie sur sa guitare) sont bienvenues, les nouvelles compositions sont de la même veine : sombres et obsessionnelles. Le show se termine sur Boys Better, un morceau tonitruant du Black Album au terme d’une longue introduction de machines relayée par des riffs de guitare incestueux frappés à grands moulinets de Pete (à la Townshend des Who) et que Zia termine en faisant larséner ses claviers à l’infini alors que ses boys ont déjà quitté la scène.

    Set-list : Be-In/ We Used to Be Friends/ Shakin’/ Enjoy Yourself/ Not If You Were the Last Junkie on Earth/ I Love You/ Rest Your Head/ The Last High/ The Autumn Carnival/ Godless/ Holding Me Up/ Well They’re Gone/ Every Day Should Be A Holiday (Acoustic Courtney solo)/ (You Come In) Burned/ Sad Vacation/ Solid/ Bohemian Like You/ Get Off/ Horse Pills/ Pete International Airport/ Boys Better
    Encore : Zia en solo pour finir « Daisy On My Toe »

  • Amy Macdonald – 2012/11/27 – Paris le Trianon

    Amy Macdonald – 2012/11/27 – Paris le Trianon

    Amy Macdonald est au Trianon pour présenter son dernier disque : Life In a Beautiful Light. Rien de bien neuf ni renversant depuis ses dernières apparitions. La même formation qu’au Zénith il y a deux ans et une inspiration qui à tendance à se ternir. Amy, toujours proprette et maquillée, ouvre ses grands yeux bleus sur un public adolescent, souvent accompagné de parents post-ado, venus écouter son folk électrifié.

    Mais Amy c’est toujours cette voix puissante et portée par l’émotion, une voix sincère, celle d’une musicienne qui laisse parler son cœur et qui touche par cette vérité et cette proximité. Les mélodies restent bien calibrées ; une musique simple et juste, enluminée par des fioritures pas toujours nécessaires, qui font un peu nouveau riche de la production. On la préfère sur les mélodies simplement portées par ses guitares et sa voix, dans la formation initiale où elle nous avait surpris en 2008 lors de la sortie de This Is the Life ! D’ailleurs les bonus de Life In a Beautiful Light offrent des versions purement acoustiques de certaines chansons, qui sont souvent plus plaisantes que les originaux.

    Qu’importe, Amy et son groupe déroulent ce soir leur set-list avec l’enthousiasme de leur belle jeunesse et la fureur de l’électricité de leurs instruments. Personne ne se plaint de cette bande de gamins émouvants qui sont sortis des bars de Glasgow pour jouer leur musique sur les scènes d’Europe. Ne soyons pas chiens, Amy Macdonald est toujours sur scène où elle rencontre un franc succès et draine un public pas encore découragé par sa panne d’inspiration, mais qu’il va falloir tout de même remotiver à court terme. Alors retour au folk d’origine ou nouveaux horizons, surprendre pour durer, mettre en valeur cette voix si remarquable et quitter la route un peu clinquante des deux derniers disques.

    Setlist : 4th Of July/ Poison Prince/ L.A./ Spark/ The Game/ Mr. Rock & Roll/ Slow It Down/ Love Love/ Give It All Up/ This Pretty Face/ Higher And Higher (Jackie Wilson cover)/ Don’t Tell Me That It’s Over/ The Green And The Blue/ No Roots/ Pride/ Run/ This Is The Life/ Life In A Beautiful Light
    Encore : The Furthest Star/ Barrowland Ballroom/ Let’s Start a Band

  • Arno – 2012/11/26 – Paris le Café de la Danse

    Arno au Café de la Danse ; Arno : une trogne, un clodo inspiré, un SDF relocalisé sous la tente du rock ; Arno est un belge d’Ostende, il est à Paris ce soir pour nous présenter son dernier disque : Future Vintage, produit par John Parish, compagnon de route de PJ. Harvey. Le concert est complet depuis longtemps, et d’ailleurs un Olympia est prévu en avril 2013 mais nous on le préfère dans l’intimité du Café de la Danse, comme s’il était dans notre salon !

    Tignasse de cheveux blancs filasses, costume noir, bidon en avant, la voix rocailleuse, et l’assurance du vieux bluesman qui a usé son cuir sur la route et toutes les scènes des clubs de basse-fosse, douteuses et enfumées. Il est entouré ce soir d’un redoutable combo de musiciens : son alter-égo aux claviers (« celui-là je le connais depuis 40 ans et je n’ai jamais vu son zizi » nous dira-t-il lors des présentations), un longiligne et jeune guitariste barbu, bass et batterie. Le groupe pulse sous la baguette du chef, en vieux routiers du rock habitués aux facéties de leur leader.

    Arno ne joue pas d’un instrument, il compose et chante, l’intendance suit, et c’est déjà magnifique. Il parle aussi, beaucoup, il n’arrête pas de nous raconter sa vie, dans ses chansons et entre les morceaux, avec un accent flamand à couper au couteau.

    Arno c’est un Buddy Guy d’outre-Liévin : une gueule cassée, un cœur brisé, la voix d’outre-tombe qui dévide des insanités et des tendresses, Arno c’est la majesté du Mississipi traversant Ostende et réchauffant l’atmosphère comme le Gulf Stream dans la Mer du Nord. C’est l’énergie féconde d’un punk de 18 ans réincarnée d’un l’âme d’un vieux flamand qui a tant vécu dans le plat pays sous les nuages bas et gris d’un ciel toujours entre deux pluies. Mais cette énergie teintée de dérision, cet humour perclus de nostalgie fait toute la majesté du bonhomme qui nous emmène deux heures durant tout au bout de la furie de son verbe et de ses notes.
    Il est déchaîné en scandant Putain d’putain/ C’est vachement bien/ Nous sommes quand même/ tous des européens. Il est bouleversant lorsqu’il évoque : Ma mère a quelque chose/ Quelque chose dangereuse/ Quelque chose d’une allumeuse/ Quelque chose d’une emmerdeuse/ Dans les yeux de ma mère/ Il y a toujours une lumière/ Dans les yeux de ma mère/ Il y a toujours une lumière/ Dans les yeux de ma mère.

    Arno, bien plus qu’un copain de beuverie, bien plus qu’un musicien de rencontre, Arno, un vrai pote inspiré, un poète éraillé comme un vieux faitout dans lequel a mijoté le vieux jus d’une vie d’artiste, finalement pas si mauvaise malgré les apparences !

  • Garbage – 2012/11/22 – Paris le Zénith

    Garbage – 2012/11/22 – Paris le Zénith

    Avez-vous une idée de ce que pouvait donner les bombardements des canons Grosse Bertha qui tirèrent sur Paris en 1918 ? Non, c’est normal, c’est un peu ancien. Mais assister à un concert de Garbage peut vous en donner une petite idée, la terreur en moins.

    Les Garbage sont de retour avec un nouveau disque Not Your Kind of People. On ne les avait plus vus ni entendus depuis sept ans, rien n’a vraiment changé, ni sur scène pas plus que dans leur musique : du rock à l’état brut, ébouriffant et assourdissant. C’est la marque de fabrique du groupe, et on ne voit pas trop de raisons d’en changer.

    Les années sont passées mais Shirley Manson est toujours pimpante. Elle entre en scène avec un body en côte de maille, culotte en plexiglass noir, châle noir vaporeux sur les épaules, ses cheveux roux dressés en chignon raide-droit sur le crâne. Elle est entourée de sa bande habituelle de guitaristes, Duke Erikson, en costume-gilet-cravate-chemise rayures, Steve Marker, ensemble noir et casquette de base-ball, et derrière batteur et bassiste tatoué.

    Une bande de terroristes du rock, accrochés à leurs guitares, bustes en avant, torturant leurs cordes sur des rythmes primaires, ils entourent leur madone aux yeux verts qui tourne comme une lionne en cage sur un grand cercle tracé fictivement devant la batterie.

    Micro en main ou arcboutée à son pied de micro, Shirley délivre un chant primal d’une voix puissante, souvent traitée à la sauce électronique. Elle jette un sourire carnassier à un public enthousiaste et déroule son show avec la morgue des vieux professionnels.

    Les nouveaux morceaux se mêlent aux anciens sans déroger à la ligne du groupe, celle d’un rock-pop sans prétention mais d’une redoutable efficacité. On ne se fatigue pas les neurones avec les Garbage, il faut juste se laisser porter par leur brutalité finalement plutôt civilisée.

    Une écossaise et quatre américains forment ce combo des grands espaces où s’engouffre leur musique brûlante. Les tubes s’enchaînent : Control, Shut Your Mouth, Queer, Stupid Girl. Quelques moments de rémission avec Cup of Cofee ou le mélancolique You Look so Fine qui clôt le premier set : accords mineurs et longs hululements de guitares, histoires de rupture déclamées d’une voix plaintive et Shirley chausse une guitare rose pour le final : I’m falling over/ Over and over/ …Let me know let it show/ Ending with letting go/ Let’s pretend, happy end!

    Setlist

    Control/ I Think I’m Paranoid/ Shut Your Mouth/ Why Do You Love Me/ Hammering in My Head/ Queer/ Stupid Girl/ Automatic Systematic Habit/ #1 Crush/ The One/ Special/ Blood for Poppies/ Cherry Lips (Go Baby Go!)/ Battle in Me/ Cup of Coffee/ Push It/ Vow/ You Look So Fine/

    Encore : When I Grow Up/ The World Is Not Enough/ Only Happy When It Rains

    Encore 2 : Thanks a Million (Duke solo)

    Warmup : Poni Hoax

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