Catégorie : Musique

  • PJ Harvey – 2011/02/25 – Paris l’Olympia

    Troublant concert ce soir à l’Olympia de PJ Harvey venue pour présenter son dernier disque Let England Shake, fruit de trois années de réflexion sur la dévastation que fut la première guerre mondiale pour nos vieilles nations européennes. Le résultat est émouvant et inattendu.

    Plantons le décor : PJ est habillée d’un pantalon noir et d’un blouson en plumes, noires également, d’autres plumes ornent sa coiffure en une étrange parure. Bien à gauche de la scène, elle joue le plus souvent de l’auto-harpe, portée en bandoulière comme une cithare antique. Sa voix est traitée façon bionique avec une étrange réverbération qui lui donne un aspect lointain et perçant.

    Bien regroupés sur la droite on retrouve ses deux vieux compères John Parish et Mick Harvey se succédant aux guitares et claviers, accompagnés d’un batteur Jean-Marc Butty, tous habillés d’un gilet style gentleman farmers. Ces quatre musiciens n’ont guère besoin ni de se regarder ni de se parler pour jouer parfaitement à l’unisson. Il y a des années de collaboration derrière eux, blanchis sous le harnais de la route commune et unis par l’affection réciproque.

    Le concert démarre avec Let England Shake qui donne le ton du show avec les sonorités si particulières de la harpe superposée sur les voix. Son dernier disque sera intégralement présenté comme une succession de tableaux impressionnistes dans une galerie intergalactique. Par des textes poétiques elle exprime la douleur et la consternation d’une nation en guerre, la noirceur de la mort qui partout hante les champs de bataille. L’ambiance guillerette de la harpe folk ajoute au trouble de ces mélodies portées en mode mineur. Les mimiques enfantines de PJ et les décrochements si caractéristiques de sa voix marquent toute la dérision de fonder la poésie sur le sang de la guerre.

    Sur The Glorious Land elle reprend sa guitare blanche pour battre les riffs métalliques de la mitraille sur lequel se superpose la bande-son d’un clairon appelant à l’assaut. Et l’on imagine les files de soldats de sa Majesté sortant des tranchés pour courir à leur fin : And what is the glorious fruit of our land ?/ Its fruit is deformed children./ And what is the glorious fruit of our land ?/ Its fruit is orphaned children.

    Sur All And Everyone, harpe, guitare saturée et orgue donnent une atmosphère crépusculaire, appuyée par le chœur des hommes qui entourent Pollyjean : Death was everywhere,/ in the air/ and in the sounds/ coming off the mounds/ … as we, advancing in the sun/ sing “Death to all and everyone”.

    Sur Bitter Branches elle joue de la guitare acoustique pour adoucir le rythme infernal de l’électricité distordue délivrée par John. C’est la complainte de la forêt ancestrale accueillant et contemplant les soldats en formation tenant leurs fusils comme des branches amères envahissant le Monde comme des (mauvaises) herbes folles.

    Quelques retours sur le passé viennent nous sortir de l’abyme avec The Sky Lit Up et un très beau et épuré The Devil. En rappel, de la guitare grasse et glissante sur Meet Ze Monstra pour rappeler le passé krypto-punk et Silence pour le baissé de rideau d’une artiste hors norme.

    Déesse bionique ondulant sur les rythmes du combat, vestale à la lyre réinventant la mélodie du malheur, aigle noir à l’œil perçant croquant le chaos, PJ Harvey incarne tous ces personnages avec malice et tellement de subtilité. Toujours en avance d’une création elle ne cesse de surprendre la scène rock par sa créativité. Paris l’adore et lui a fait la fête qu’elle méritait ce soir pour clôturer ces deux concerts à l’Olympia.

    Set list : Let England Shake/ The Words That Maketh Murder/ All & Everyone/ The Guns Called Me Back Again/ Written on the Forehead/ In the Dark Places/ The Devil/ The River/ The Sky Lit Up/ The Glorious Land/ The Last Living Rose/ England/ Bitter Branches/ Down By the Water/ C’mon Billy/ Hanging in the Wire/ On Battleship Hill/ Big Exit/ The Colour of the Earth

    Encore : Meet Ze Monsta/ Angelene/ Silence

  • Patti Smith – 2011/11/21-22 – Paris l’Olympia

    Patti Smith à Paris ouvre le premier de ses deux concerts à l’Olympia sur Dancing Barefoot… un voile d’émotion tombe sur une assistance déjà conquise ;

    Patti, poétesse, musicienne, écrivaine, artiste alternative qui a inspiré nos générations, partagé des bières au Chelsea Hotel avec William Burroughs et Jimi Hendrix, scandé Horses au CBGB du New-York underground entre Television et les Ramones, chanté à Charleville-Mézières sur la tombe de Rimbaud, écrit une bouleversante déclaration d’amour à Robert Maplethorpe avec ce merveilleux livre Just Kids ;

    Patti, parisienne de cœur, décorée par la République dans l’ordre des Arts et des Lettres, résidente de l’Olympia ou de la salle Pleyel ;

    Patti, qui a l’air de n’avoir jamais changé ni de jeans et ni de t-shirt depuis toutes ces années, Patti est de nouveau parmi nous, entourée par deux de ses historiques et fidèles musiciens : Lenny à la guitare et Jay Dee à la batterie.

    Patti, une voix à la profondeur chaque année plus abyssale et hantée qui fait frémir ses auditeurs ;

    Patti, papillon virevoltant entre littérature, photographie, écriture et musique ;

    Patti Smith ce soir était en balade à Paris, rien de nouveau dans sa besace, juste le plaisir de partager une œuvre chargée d’émotions et parsemée des jalons qui ont marqué plusieurs générations.

    Et alors que les guitares ne marchent plus, pendant que les roadies s’agitent pour changer l’ampli de Lenny, Patti nous raconte comment Bruce Springsteen lui avait proposé la musique de Because the Night sur une cassette qu’elle a longtemps laissé traîner sans l’écouter. Un soir qu’elle attendait un appel de Fred « Sonic » Smith (son mari, décédé prématurément, père de ses deux enfants, ancien guitariste du MC5) elle a enfin introduit la cassette dans un lecteur… et composé les paroles de ce qui allait devenir l’un des hits les plus explosifs de la planète rock. Bien sûr elle nous le joue ces deux soirs.

    Patti, sereine face à la mort de tant de ceux qu’elle a croisés et qui l’ont inspirée (elle est une survivante), rend hommage à Loulou de la Falaise, seule avec une accordéoniste en chantant une émouvante « petite chanson » : In Dreams I’m There for You.

    Patti, bavarde comme jamais joue une intro amusante et interminable à la guitare acoustique où elle nous raconte sa vie sur une rythmique basique comme si nous étions au zinc du bistrot d’à coté.

    Et puis Patti déchaînée nous sert un final dantesque, les deux soirs, sur Rock ‘n’ Roll Nigger qui clôt les shows, le poing levé, délivrant son incantation smithienne :

    All is chaos/ We must fight/ We must occupy/ We must love/ We must rule the world/ Our only weapon is the electric guitar/ Because we are THE PEOPLE/ And “People have the power”/ And THE FUTURE IS NOW!

    Et après avoir cassé une à une les cordes de sa guitare elle a laissé pantois un parterre multi générationnel épuisé et enthousiaste. Notre déesse du rock et de la poésie met tout le monde d’accord devant tant de sincérité. C’est beau et inutile, mais cela fait du bien pour où cela passe : le cœur et l’âme !

    On November 22, 2011 Lenny Kaye was made a Chevalier of the Ordre des Arts et des Letteres from the French Republic. It is awarded for « Significant contribution to the enrichment of the French Cultural inheritance. » He is shown here, after receiving his medal, with his Commandeur. Both Patti and Lenny have now been honored by the French Republic. A great honor for both of them, as they approach their 65th year on earth. An event they will soon celebrate at the Bowery Ballroom.

    Set list du 22 novembre : Redondo Beach/ Dancing Barefoot/ Birdland/ My Blakean Year/ Free Money/ Cash/ Black Leaves/ Closed Eyes/ It’s a Dream (Neil Young cover)/ Beneath the Southern Cross/ Ain’t It Strange/ Night Time (The Strangeloves cover)/ (We Ain’t Got) Nothing Yet (The Blues Magoos cover)/ Born to Lose (The Heartbreakers cover)/ Pushin’ Too Hard (The Seeds cover)/ My Generation (The Who cover)/ Because the Night/ Pissing in a River/ Land/ Gloria (Them cover)
    Encore : People Have the Power/ Rock ‘n’ Roll Nigger

    Voir aussi : les photos de Roberto

  • Heather Nova – 2011/11/20 – Paris le Bataclan

    Heather Nova au Bataclan ce soir, les rangs sont clairsemés pour accueillir cette chanteuse originaire des Bermudes. Belle comme le jour, blonde et longiligne, toute de noir vêtue, des fleurs enroulées autour de son pied de micro, chanteuse-compositrice-guitariste de talent… difficile de ne pas tomber sous le charme.

    On s’attendait à une prestation un peu folkeuse-évanescente et nous avons eu droit à un vrai concert de rock, mais tout en subtilité féminine. Heather est accompagnée d’une costaude à la guitare solo, de Sara Johnston (qui assure la première partie en solo) aux claviers et chœurs et, tout de même, de deux garçons, bass et batterie, et violoncelle à l’occasion.

    Une voix vraiment sublime, toute en douceur, montant dans les aigus avec un charmant trémolo sur des ballades intimistes. Une voix à la Joan Baez sur des harmonies délicates en duo avec Sarah. Mais aussi des morceaux énergiques durant lesquels la costaude casse ses cordes sur des solos bien gras.

    Heather, élevée sur une bateau dans la mer des Caraïbes nous chante ses souvenirs, nous enchante de ses visions mélancoliques : I need an island somewhere to sink a stone/ I need an island somewhere to bury you, somewhere to go.

    Heather Nova, poétesse, dessinatrice et définitivement musicienne, qui a collaboré avec Benjamin Biolay, Lenny Kaye (le guitariste de Patti Smith), Heather Nova laissez agir le charme, tout simplement…

    Set list : Everything Changes/ Heart and Shoulder/ Save a Little Piece of Tomorrow/ Like Lovers Do/ Island/ All I Need/ Turn the compass/ Winterblue/ The Good Ship Moon/ Ride/ I Wanna Be Your Light/ Do Something That Scares You/ Higher Ground/ London Rain/ Beautiful Ride/ Make You Mine
    Rappel : Fool For You/ Walk this World
    Rappel 2 : Sugar

  • Yes – 2011/11/19 – Paris l’Olympia

    Yes – 2011/11/19 – Paris l’Olympia

    1977, le chroniqueur éberlué digère le concert de Yes au Pavillon de Paris porte de Pantin. C’est la tournée de Going for the One, le groupe progressiste est au midi de son inspiration et de sa virtuosité. Jon Anderson est le chanteur, Steve Howe est aux guitares, Chris Squire à la bass, Rick Wakeman aux claviers et Alan White a remplacé Bill Bruford à la batterie. C’était la formation historique, celle qui composé et joué les plus belles œuvres de Yes, une musique éblouissante et complexe, des morceaux de 20 minutes, un lyrisme parfois un peu emphatique, des mots étranges, mais quel souffle. Et d’ailleurs l’interprétation ce soir d’hiver de Close to the Edge marque à jamais le chroniqueur nouvellement éveillé au rock progressiste. Yes avec King Crimson et Genesis, le trio majeur qui nous accompagnera sur la fin des 70’s avant de se faire balayer par le punk et la new-vawe.

    Les dessins énigmatiques de Roger Dean, qui continue de collaborer avec le groupe, ont aussi posé les jalons de la rêverie qui marquait cette époque :

    2011, le chroniqueur fatigué est allé rendre hommage à l’Olympia aux héros de sa jeunesse. Ils sont en ordre dispersé, ces dernières 35 années ont été marquées par séparation, dispersion et reformation sous différentes configurations. On a même vu le fiston Wackeman se substituer à son père quelques mois durant. Ce soir il manque Jon, remplacé par un chanteur canadien, Benoît David, à la voix haut perchée mais qui ne figure qu’une pâle copie de l’original. Geoff Downes est aux claviers, Chris, Steve et Alan sont sur le pont et sous leurs cheveux blancs.

    Le groupe joue intégralement Fly from Here leur disque sorti cette année sur un thème ancien qui n’avait jamais été enregistré. Les morceaux sont relativement concis et rock. Chacun y déploie une besogneuse virtuosité, il n’y manque que l’âme de Yes, et surtout Jon qui en représentait la fusion ! Les performances de Steve sont portées aux nues par les spectateurs assis dans les sièges rouges de l’Olympia. Quelques retours sur le passé émeuvent encore (Wonderous Stories, Runabout) et lorsque les héros s’inclinent pour saluer l’assemblée, ils dévoilent leurs crânes chauves au milieu de cheveux gris filasses.

    Mais ils ont été le grand Yes, alors on les applaudit mollement en souhaitant qu’ils n’insistent plus trop pour poursuivre une carrière à la dérive.


    Set list : 1. Yours Is No Disgrace/ Tempus Fugit/ I’ve Seen All Good People/ Life on a Film Set/ And You and I/ Solitaire (Steve Howe Solo)/ Fly From Here – Overture/ Fly From Here – Pt I – We Can Fly/ Fly From Here – Pt II – Sad Night at the Airfield/ Fly From Here – Pt III – Madman at the Screens/ Fly From Here – Pt IV – Bumpy Ride/ Fly From Here – Pt V – We Can Fly (Reprise)/ Wonderous Stories/ Into the Storm/ Heart of the Sunrise/ Owner of a Lonely Heart/ Starship Trooper/

    Encore : Roundabout 

  • Festival Ménilmontant – 2011/11/16 – Paris l’Atelier du Plateau

    Seb Martel – Laetitia Shériff – Corinne Cicolari : Tribute to Woody Guthrie

    C’est le Festival de Ménilmontant – capitale de la musique équitable et écologique à l’Atelier du Plateau au fond d’une sombre impasse au cœur d’un hiver glacial.

    Le concept de musique équitable et écologique est un peu neuf mais il sonne sympathique. On ne sait pas bien si Woody Guthrie était écolo, mais il est certain qu’il aurait pu l’être.

    Le concert est organisé pour 50 personnes dans salon-atelier d’artiste. Seb Martel, barbu guitariste-chanteur ascétique mène le groupe accompagné de Laetitia Shériff aux guitares, Corine Cicolari aux chants et un percussionniste. En fait une bande de potes qui jouent devant une bande de potes dans un salon krypto-gaucho-écolo pour rendre hommage à un de leur héros : Woody Guthrie, poète-fondateur de la folk musique américaine.

    Le concert est acoustique bien sûr vu la salle, mais Laetitia branche parfois sa guitare sur un mini-ampli grand comme deux paquets de cigarettes.

    Seb est un peu agité mais se révèle un excellent guitariste. Corinne est toute timide et Laetitia assure (sans doute la plus expérimentée). Tout ceci est gentiment improvisé, avec partitions sur pupitres. La musique est leur passion, ils nous la font partager avec l’admiration et la reconnaissance qu’ils vouent à Woody.

    Bien sur plus grand monde ne sait aujourd’hui qui est Woody Guthrie, mort en 1967. Ceux qui tendent l’oreille savent que Bod Dylan ou Bruce Sprinsgteen ont écrit des chansons sur lui et repris maintes des siennes. Ce soir seuls 50 parisiens assistent à cet émouvant hommage à l’immense protest singer, auteur inépuisable qui a écrit plus de 3 000 chansons, s’est battu contre le fascisme, au propre comme au figuré, il écrivait en gras sur sa guitare : « This machines kills fascists. »

    Le soir de l’élection d’Obama aux Etats-Unis, Pete Seeger et Bruce Springsteen ont joué en plein air, aux pieds de l’imposante statue de Lincoln, l’hymne de Woody This Land is your Land 

    This land is your land, this land is my land/ From California, to the New York Island/ From the redwood forest, to the gulf stream waters/ This land was made for you and me

    As I was walking a ribbon of highway/ I saw above me an endless skyway/ I saw below me a golden valley/ This land was made for you and me 

    I’ve roamed and rambled and I’ve followed my footsteps/ To the sparkling sands of her diamond deserts/ And all around me a voice was sounding/ This land was made for you and me

     The sun comes shining as I was strolling/ The wheat fields waving and the dust clouds Rolling/ The fog was lifting a voice come chanting/ This land was made for you and me

     As I was walkin’  –  I saw a sign there/ And that sign said – no tress passin’/ But on the other side  …. it didn’t say nothin!/ Now that side was made for you and me!

     In the squares of the city – In the shadow of the steeple/ Near the relief office – I see my people/ And some are grumblin’ and some are wonderin’/ If this land’s still made for you and me.

    Ce sera le final de cette sympathique soirée à Ménilmuche.

  • The Kill – 2011/11/13 – Paris l’Olympia

    Deux soirées à l’Olympia pour The Kills après leur prestations à Rock en Seine cet été. Le duo anglo-américain est renforcé sur scène par un quatuor de batteurs sur quelques chansons. La légende veut que leur nom The Kills ait été choisi en référence à Florence Rey et Audrey Maupin, un couple infernal français de gamins coupables d’une fusillade dévastatrice dans les rues de Paris en 1994 ; bilan 5 morts. Heureusement sous leurs aspects destructeurs, les Kills sont surtout des rockeurs et l’on sort vivants de leurs prestations, même si légèrement abasourdis !

    Jamie en est en cuir noir. Allison, vêtue d’un crêpe tenue camouflage a coloré ses longs cheveux ce soir en rouge et arpente la scène nerveusement comme à son habitude. Les boîtes à rythmes dégorgent un beat primal sur lequel se place l’étrange jeu de guitare de Jamie. Dans un excès de larsen, de saturation et de réverbération, il couvre le volume de la salle sous un déluge de bass et de sons d’une violence inouïe, le tout sur une rythmique endiablée et féroce. On ne sait plus trop qui prend le dessus des machines ou du guitariste mais la somme des deux est une véritable déclaration de guerre.

    Allison se révèle une remarquable chanteuse et il faut une sacré personnalité pour affronter le mur de son déclenché par Jamie. Sous un look de rockeuse no future, belle et sauvage, elle déroule une diction hypnotique et parfois des mots doux. Lorsqu’elle s’empare à son tour d’une guitare et accompagne Jamie on tient alors le couple divin du rock d’aujourd’hui, tendre et brutal : The heart is a beating drum/ It takes more than you wanted before/ To keep it on.

    Difficile de ne pas être captivé par l’incroyable vitalité de ce duo de choc, ni fasciné par leur musique simpliste et percutante. Et lorsqu’ils lancent leur rappel sur la reprise de Pale Blue Eyes du Velvet, une des plus belles chansons d’amour de l’histoire du rock, jouée punky et sobrement, nos cœurs chavirent et déposent chapeau bas devant la modernité et l’actualité de The Kills.

    Setlist : No Wow/ Future Starts Slow/ Heart Is A Beating Drum/ Kissy Kissy/ U.R.A. Fever/ DNA/ Satellite/ Last Day of Magic/ Baby Says/ Black Balloon/ Pots and Pans/ Cheap and Cheerful/ Tape Song/

    Encore : Pale Blue Eyes (The Velvet Underground cover)/ Sour Cherry/ Fuck the People/ Monkey 23/ The Last Goodbye

  • Smashing Pumkins – 2011/11/09 – Paris le Zénith

    Les Samshing Pumpkins au Zéntih ce soir. Le chroniqueur morose avait en tête de partager au moins une fois une soirée avec le grand Billy Corgan. Voila qui est fait et ne laissera ni à l’un ni à l’autre un souvenir indestructible, mais il a fait bon profiter deux heures durant de l’énergie de ce groupe un peu incompréhensible. Seul Billy est de la formation d’origine, qu’il a crée et qui a connu des hauts, des bas et des fâcheries. La nana de service est à la basse, le guitariste d’appoint est anonyme et bruyant, le gamin à la batterie cogne dur.

    Que dire de la musique live des Pumpkings ? C’est du rock industriel, un peu moins pervers que celui de Nine Inch Nails, un peu plus alternatif que Rammstein ; tout de même très bruitiste. On a du mal à suivre le cheminement des 2 guitares et de la basse dans un déchaînement de saturation et les affres d’un son surpuissant et sans doute de mauvaise qualité. Qu’importe, ces 4 là ont l’air de s’y retrouver et ne comptent pas leur temps (plus de 2 heures de show). C’est alternatif, confus, électrique, mais ça réveille les morts et vous laisse le cerveau un peu écrabouillé, le groupe porte bien son nom.

    Billy  qui peut compter sur un fan-club enthousiaste et dévoué salue longuement les premiers rangs avant de quitter la scène qui vibre encore d’une overdose de larsen.

    Setlist : Quasar/ Panopticon/ Starla/ Geek U.S.A./ Muzzle/ Window Paine/ Lightning Strikes/ Soma/ Siva/ Oceania/ Frail and Bedazzled/ Silverfuck/ Pinwheels/ Pale Horse/ Thru the Eyes of Ruby/ Cherub Rock/ Owata/ My Love is Winter/ For Martha

    Encore : Zero/ Bullet With Butterfly Wings

  • Cowboy Junkies – 2011/11/08 – Paris le Divan du Monde

    Cowboy Junkies – 2011/11/08 – Paris le Divan du Monde

    Extraordinaire concert des Cowboy Junkies au Divan du Monde. Ce groupe canadien de Toronto est mondialement célèbre pour sa reprise de Sweet Jane de Lou Reed, mais si vous ne les connaissez que pour cela alors courez, précipitez-vous chez votre disquaire, dépensez vos économies pour vous constituer la discothèque des Junkies et priez pour qu’ils ne tardent pas trop à revenir chez nous !

    Ils sont sur la route depuis 1985, et ces 25 années blanchies sous le harnais du blues et de la culture alternative ont donné un groupe subtil dégageant sur scène une douce mélancolie et une imperceptible lassitude. Margo Timmins, chanteuse, est sur le devant de la scène sous une coiffure rousse, une blouse imprimée sur un jean et un long gilet en laine, un peu informe dans lequel elle se cache à coté d’un volumineux bouquet de tulipes. Elle est accompagnée de son petit frère Peter à la batterie, son deuxième frère Michael, compositeur et guitariste d’exception, Alan Anton à la basse et Jeff Bird à la mandoline électrique. Ceux-là se connaissent sur le bout des portées et cela se sent dès les premières notes, leur cohésion et harmonie musicales tendent à la perfection.

    Dès les premières chansons Margo enchante la salle de sa voix chaude et profonde, au tremolo envoûtant, et des petites histoires racontées tous les deux ou trois morceaux, agréable respiration ponctuée de sourires troublants. Le concert sera divisé en deux parties, la première consacrée aux Nomad Series enregistrées au cours des 18 derniers mois et dont trois CD’s sont déjà disponibles (Renmin Park, Demons, Sing in my Meadow, le quatrième pour bientôt), la seconde au retour sur le passé d’une dizaine de disques originaux.

    En famille et sous le parapluie du blues, le clanTimmins a laissé courir sa curiosité et ses sens des années durant sur la planète musique pour un résultat merveilleux. En introduction de Renmin Park, Margo raconte comment Michael est allé vivre quelques mois en Chine pour en revenir avec un disque où se mêlent des inspirations étranges et cette sublime chanson Renmin Park, tellement Junkies, belle comme un sanglot glacé. La voix juste posée sur des accords acoustiques lents et majestueux, une intonation bouleversante. On imagine de vieux chinois faisant du Tai-Chi sous les cerisiers en fleurs pendant que les cygnes voguent lentement sur le Yangstee : Meet me on the banks of the Yangtze, Suzie/ Beneath the glare of the New-West Yard/ We’ll watch the barges cart away the waste of another day/ We’ll watch the barges cart away the waste of another day/ Meet me in the middle of Rennin Park/ Where the stone bridge meets the pond/ We’ll watch the ducklings gobbling bread/ And the stealth of the approaching swan/…

    Nomad Series

    I Cannot Sit Sadly By Your Side est de la même veine et se révèle une chanson de l’artiste chinois Zuoxiao Zuzhou, du rock mandarin traduit en anglais. On ne sait pas si la composition originale est aussi mélancolique mais Michael en a fait une véritable chanson des Junkies !

    Les morceaux de Sing in my Meadow révèlent le redoutable guitariste-compositeur qu’incarne Michael, loin de ses guitares évanescentes de Renmin Park, notre homme sait faire parler l’électricité grinçante. Toujours assis, comme son compère Jeff à la mandoline, ils torturent tous deux leurs cordes pour accompagner Margo. C’est la rage qui saisit ces guitaristes qui prennent alors la direction du show, la voix tragique de la chanteuse ajoutant à l’atmosphère de dévastation qui fait vibrer les tulipes.

    Quelques reprises marquent la déférence du groupe vis-à-vis de ses héros : Moonlight Mile que Margo introduit rappelant ses seize ans lorsqu’elle assistait aux concerts des Stones, Old Man de Neil Young, un hommage à Vic Chesnutt, un artiste folk américain, paraplégique, unanimement reconnu et repris par les plus grands et aux reprises duquel l’album Demons de ces Nomad Series est entièrement consacré. Et bien sûr Sweet Jane est lancé, après une longue introduction de guitares délirantes. Enregistré en 1988 dans l’église de la Sainte Trinité de Toronto, le morceau du Velvet Underground est réduit à un couplet répété à l’infini sur une bass jazzy et obsédante, ponctué des Sweat-sweat Jane et des vocalises de Margot, incroyablement tristes.

    A plusieurs reprises elle fera allusion à la noirceur de leurs textes. S’adressant à un internaute parisien qui lui avait demandé avant le concert une dédicace pour son amie, elle avoue, dans un grand éclat de rire, avoir eu du mal à trouver dans son catalogue quelque chose qui ne parlait pas de mort, de rupture et de fin !

    Mais la musique des Cowboy Junkies est ainsi faite, un monde d’infinie mélancolie, comme un songe éveillé dans lequel Margo nous tient par la main pour nous accompagner sur l’étroite frontière qui sépare la désespérance de la beauté. Une errance sans but, sinon celui de la poésie, de celle qui vous envahit avec douceur, entre frisson et plénitude. L’immense talent du groupe et le charisme de sa chanteuse nous font tenir en équilibre, tremblants, émus, pour finalement tomber du bon coté de la Force, celui de la musique comme bouclier de l’âme.

    1ère partie : Priscilla Ahn

  • Death in Vegas – 2011/11/01 – Paris le Bataclan

    Death in Vegas au Bataclan ce soir : le groupe britannique de Richard Fearless livre un concert électro entraînant. Il s’agit de machines mais aussi de musique. Et puis il y a quelques guitares, de temps en temps, et des voix, parfois. Nous sommes dans le monde de l’électronique, une atmosphère plus ou moins dansante mais très sombre, tirant parfois sur le sinistre !

    La répétition des machines, la superposition des boucles, le volume du son, tout ceci tend à faire sombrer l’assistance dans une tornade hypnotique, un vertige sans fin, c’est l’objet de cette musique qui fait s’évader du monde réel pour entrer dans l’univers de la transe. Les Death in Vegas excellent dans l’exercice.

    Fearless, barbu et concentré, commence le show à la guitare face à son batteur pour 3 ou 4 morceaux avant de se pencher sur ses machines étranges pour le reste du concert. D’un calme olympien il pianote, il tapote, il tripote, des boutons et des curseurs que l’on imagine reliés à des ordinateurs. Solidement soutenu par batteur, bassiste et guitariste, il mène son monde pour délivrer une musique qui fait froid dans le dos mais qui vous fait sortir de vous-même.

    Warm up : Von Haze

  • Yann Tiersen – 2011/10/28 – Paris le Trianon

    Yann Tiersen, en concert au Trianon pour la sortie de son dernier disque Skyline : musicien breton au parcours atypique il ponctue la scène rock française de compositions riches et étranges. Skyline et Dust Lane qui lui a succédé sont de la même veine, de la musique progressiste, de longs morceaux instrumentaux, une musique qui fleure bon la grise austérité de sa Bretagne d’origine et dont une partie est écrite et enregistrée à Ouessant, une île sauvage battue par les vents et les tempêtes à l’Ouest de l’ouest de l’hexagone, sentinelle de l’Atlantique où tant de marins se sont perdus.

    Yann Tiersen trop souvent reconnu comme l’auteur de la musique du film Amélie Poulain alors qu’il est vaut bien mieux que cette gentille comptine musicale. Bien sûr, des morceaux instrumentaux de 15 mn ne sont pas tout à fait au format FM qui assure la diffusion commerciale…

    Sur scène en T-shirt et chemise à carreaux informe, cheveux gris fillasses, Yann est accompagné de cinq musiciens et de pas mal de machines. Il passe alternativement des guitares à l’électronique ou au violon qui donne une touche celtique à cette musique des grands espaces. A plusieurs reprises les six musiciens unissent leurs voix de basse, à mi-chemin entre les chœurs de Solesmes et le vent qui mugit sur le phare du Créach un soir d’hiver sur Ouessant.

    L’homme semble timide et en retrait, il s’exprime derrière ses instruments à l’aide de compositions majestueuses. Sa musique est moderne et nerveuse, variée et dynamique, issue des profondeurs de l’âme d’un musicien talentueux menant sa barque sur des chemins de traverse. Elle a enchanté le Trianon ce soir !

  • John Cale – 2011/10/17 – Paris la Maroquinerie

    John Cale – 2011/10/17 – Paris la Maroquinerie

    John Cale, une de ces discrètes légendes du rock moderne est de retour à Paris à la Maroquinerie, petite salle pour grand bonhomme entouré de trois musiciens dont un excellent, barbu et rigolard guitariste.

    Comme en 2005, John Cale succède à quelques semaines près à son compère Lou Reed. Faut-il le rappeler, ces deux là ont créé le Velvet Underground, l’un des groupes les plus influents du XXème siècle, puis connu des parcours variés, Lou dans ses monologues poétiques qui aboutirent à quelques unes des plus irréparables compositions du rock, John dans une veine plus expérimentale, produisant de nombreux artistes importants ; mais l’un comme l’autre tenaillé par l’ambition créatrice et le talent continuent à plus de 70 ans à… créer. Cette ténacité brûlée sous la flamme du feu sacré de la musique est la marque des grands artistes.

    Ce soir nous somme face à un mythe qui déboule en blouson col relevé et T-shirt, chevelure et petit bouc roux, le visage raviné par les années mais toujours animé du même enthousiasme. Il vient de sortir un disque Extra Playful (dont sa fille Eden a dirigé la vidéo promotionnelle de Catastrofuk) et a programmé un concert parisien supplémentaire au Centre Pompidou. La traduction française de son autobiographie « What’s welsh for Zen? » est disponible chez Au diable vauvert depuis mai dernier.

    John Cale et son ensemble jouent 1h30 durant un programme de morceaux classiques et d’envolées plus progressistes ; pas de retour sur le Velvet. Il passe de la guitare acoustique aux claviers derrière lesquels il joue les sons les plus modernes et chante au gré des dissonances électroniques et des cassures de rythmes, agrémentées des touches étranges de son guitariste virtuose. Il n’a renoncé à rien et surtout pas à l’innovation musicale qui est sa marque de fabrique. De son pays de Galles natal au New York d’Andy Warhol et de Lou Reed, du monde underground sous cocaïne aux opéras enflammés écrits pour Nico, John Cale nous revient au cœur de la vieille Europe continentale toujours investi de la même mission : guider ses congénères avec une musique qui vient de l’âme !

    Lire aussi : John Cale – 2005/10/06 – Paris le Café de la Dance
  • Primal Scream – 2011/09/06 – Paris la Cigale

    Les Primal Scream sont de passage à Paris. Toujours emmené par le chanteur Bobby Gillespie  le groupe écossais ne casse plus trop la baraque ces dernières années et viens nous rejouer l’intégrale de l’album Screamadelica comme il l’a déjà jouée depuis le début de cette année dans différent festivals. Sorti au début des années 90 Screamadelica est resté le disque culte de ce groupe alternatif, un mix de guitares psychédéliques, de rythmes tournoyants et un chanteur déjanté.

    Bobby est égal à lui-même, grande bringue habillée de noir, le cheveu raide et long, arpentant la scène pour resservir avec un plaisir manifeste ce monument de son passé. Andrew Innes guitariste historiques en borsalino et chemise hawaïenne, détendu et virtuose, une choriste au coffre impressionnant et une bande de musiciens jouant avec vitalité devant la Cigale surchauffée.

    Il n’est pas bien sûr que ce Screamadelica ait bien vieilli, ou peut-être est-ce le chroniqueur qui s’est laissé déborder parle temps qui passe.

    Warm up : Little Barrie

  • Festival Rock en Seine – 2011/08/26>28 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Festival Rock en Seine – 2011/08/26>28 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Vendredi 26 août 2011

    Rock en Seine 2011 aligne une quatrième scène baptisée « pression live » et sponsorisée par Kronenbourg… Elle prend la place du camping repoussé plus loin.

    Les brésiliennes de CSS ouvrent le bal, ou presque vendredi après-midi sur la grande scène. Après les embrouilles de l’ancienne bassiste avec le producteur, il y a maintenant deux hommes dans ce groupe de filles. Lovefoxxx la chanteuse anime la bande comme à son habitude. Elle arrive habillée en toréador puis effeuille progressivement sa tenue pour terminer en short et bas résille déchirées sur T-shirt siglé « Trash ». La musique est agitée et joyeuse, dance et électro, des ballons de rouge sont posés sur les amplis et tout ce petit monde joue un rock en couleur.

    The Kills prennent la suite, à la hauteur de leur réputation : terrifiants et larsenés. Jamie en veste printanière bleue pâle et large cravate noire relâchée, Alison toute de noire vêtue, féline et troublante. Le duo est redoutable, branché sur une boîte à rythmes et le jeu de guitare si particulier, sans médiator, de Jamie. Les rythmes sont haletants sous le déluge sonique, la guitare est à la fois basique et sophistiquée, Alison humanise l’électricité brute et elle n’est pas pour rien dans cette musique obsédante. Elle parcourt la scène de long en large avec son T-shirt « Evil », se cache derrière sa masse de cheveux noirs et se harnache de temps en temps d’une guitare noire et blanche au fil blanc qui s’enroule délicieusement autour de ses longues jambes noires. Ses ongles manucurés rouges à gauche et bleus à droite agrippent le micro comme si sa vie en dépendait. Et puis au milieu du fracas elle cajole la foule avec une touchante interprétation de The Last Goodbye comme quoi la tigresse peut rentrer ses griffes :

    It’s the last goodbye I swear/ I can’t survive/ On a half hearted love/ That will never be whole.

    Jamaica : un trio français joyeux et enlevé, sur la scène Kronenbourg. Ils sont en fin de tournée : un bassiste la barbe en bataille, c’est aujourd’hui son anniversaire qui lui sera fêté par l’assistance, un guitariste chanteur, bon et sympa, et un batteur. Bref, une bande de potes qui jouent et qui dansent, qui s’amusent et nous font insensiblement taper du pied en rythme sur des mélodies bien foutues.

    Pendant ce temps les Foo Fighters s’installent sur la grande scène mais le festivalier décide de démarrer en douceur et rentre ce coucher.

    Samedi 27 août 2011

    On craignait un peu pour les Blonde Redhead que le manque d’intimité de la grande scène nuise au caractère mystérieux et troublant de leur musique. Il n’en fut rien, même en plein jour, même sous l’orage menaçant, même au cœur de la bourrasque, Kazu en mini-jupette blanche nous a enchantés ! Sa voix brumeuse si bien portée par la guitare stridente d’Amadeo se répand sur le parc de Saint-Cloud déclenchant une mélancolique tendresse chez les spectateurs. Cette musique vient de l’âme et touche au cœur.

    Un petit passage chez les BB Brunes sur la scène de la Cascade : ils ont grandi, ils s’amusent bien et déclenchent les hourvaris des lycéennes. Ils sont le Clash de la génération banlieue chic & Facebook. Hommage aux anciens tout de même, et ils reprennent Gaby de Bashung sur un rythme crypto-punk.

    Cocorosie, deux américaines originales et délurées, fantasques et créatives, habillées comme des femmes de cavernes, entourées d’un piano à queue et d’instruments improbables ; une performance étonnante et curieuse.

    Austra : blondeur, grand espaces et intuitions électroniques. Le Canada pop visite Saint-Cloud.

    Keren Ann, pure et rock, tendre et accrocheuse, en short et collant noir, elle a abandonné sa coupe Mireille Mathieu affichée sur son dernier disque pour des cheveux longs, laissé de coté les trompettes évanescentes de sa dernière tournée et s’est harnachée d’une Gibson noire, elle joue avec un guitariste desperado. Ils parlent un rock policé et sympathique. Hommage aux anciens tout de même, et elle reprend Je Fume Pour Oublier que tu Bois de Bashung avec une grande sensibilité.

    Artic Monkeys pour le final de ce samedi, du rock propret et enlevé, gueules d’anges en Perfecto, boots, banane rockabily et T-shirt blancs, ça joue fort, vite et bien, guitares + guitares + voix de crooner. C’est puissant, frénétique et explosif, simple et sans répit ! Ce sont les Artic Monkeys, une bande de gamins qui du haut de leurs 25 printemps en remontrent à plus d’un.

    Setlist : Library Pictures/ Brianstorm/ This House Is A Circus/ Still Take You Home/ Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair/ Pretty Visitors/ She’s Thunderstorms/ Teddy Picker/ Crying Lightning/ Brick by Brick (Johnny B Goode’s Chuck Berry)/ The Hellcat Spangled Shalalala/ The View From The Afternoon/ I Bet You Look Good On The Dancefloor/ All My Own Stunts/ If You Were There, Beware/ Do Me A Favour/ When The Sun Goes Down
    Encore: Suck It and See/ Fluorescent Adolescent/ 505

    Dimanche 28 août 2011

    Lilly Wood & The Pricks sont de retour à Rock en Seine après leurs passages en début d’année dans les salles parisiennes, dont l’Olympia. Lilly est habillée en vestale romaine et nous régale toujours de sa voix profonde et malicieuse. Ils jouent en plein jour un set enlevé et de bon goût : pas de temps mort mais des ritournelles entraînantes et de la joie de vivre. Lilly encore un peu maladroite et n’en revenant toujours pas du succès du groupe. Lilly et Ben : il va falloir réussir le deuxième album !

    Cherri Bomb : quatre rockeuses hargneuses aux chevelures multicolores de Los Angeles. Quatre bombasses délurées qui jouent un hard-rock aussi chaud que le désert de Death Valley, aussi bruyant et urbain que les pistes de LAX un jour de grande affluence supersonique.

    Anna Calvi : la révélation de l’année nous refait en légèrement raccourci le show du Trianon d’avril dernier, prodiguant la même voix puissante et une incroyable subtilité dans le jeu de guitare, entre violence dantesque sur l’irréparable solo de Love Won’t Be Leaving et douceur féline lorsqu’elle frôle les cordes pour accompagner les mesures où sa voix redevient enfantine. Le rouge est la couleur de ses lèvres, la parure de son chemisier, la teinte métaphorique de son toucher de guitare lorsque dévalent ses torrents de laves en fusion dans nos cerveaux brûlants, la chaleur intense d’une voix lyrique capable de toutes les virtuosités.

    Anna Calvi : LA découverte de ces derniers mois n’a fait que confirmer ce soir son incroyable talent.

    Deftones : les Deftones restent égaux à eux-mêmes, une bande de cow-boy hardeux, bondissants et puissants. C’est la grande cavalcade de l’électricité, des hurlements du chanteur et des stridences des guitares fluo d’un guitariste barbu-chevelu-massif. C’est bien aussi lorsque cela s’arrête.

    Archive nous a rejoué le show Controlling Crowds avec son orchestre symphonique en arrière plan. Cette formation classique déjà vue cette année au Grand Rex avec un résultat mitigé est finalement bien passée en plein air malgré les inquiétudes. Rosko le rappeur qui avait été laissé au vestiaire en avril était cette fois-ci de la partie et ses incantations scandées dans la froideur du parc ont soulevé l’assistance, Maria, Dave et Pollard se sont passés les rôles sur les chants. Les tubes du groupe ont été joués avec enthousiasme, les musiciens classiques quand ils n’étaient pas à l’œuvre sur leurs cordes ou leurs cuivres se croyaient sur une piste de danse, le volume du son porté par la parfaite puissance de la sono poussait les nuages et enveloppait nos âmes. Pills, King of Speed, Bullets…ont déchaînés des visions de grands espaces et d’abymes infinis. Again pour le final fut un véritable sanglot, étiré, désespéré et violent qui a ébouriffé le parc et laissé les festivaliers ébahis, repus et obsédés par cette musique majestueuse.

    Setlist : 1. Controlling Crowds/ 2. Fuck U/ 3. You Make Me Feel/ 4. Sane/ 5. Finding It So Hard/ 6. Bastardised Ink/ 7. The Empty Bottle/ 8. System/ 9. Kings Of Speed/ 10. Lines/ 11. Pills/ 12. Bullets/ 13. Dangervisit/ 14. Again

  • Architecture In Helsinki – 2011/07/21 – Paris le Nouveau Casino

    Architecture in Helsinki au Nouveau Casino, le nouveau monde descend à Oberkampf. Le groupe australien indie poursuit un parcours original. Une joyeuse bande au look d’étudiants attardés qui joue un rock un peu déjanté et sympathique. Et d’ailleurs ils entament leur show avec un reggae plutôt inattendu, mêlant des claviers entêtants aux guitares saccadées.

    L’ambiance monte rapidement au Nouveau Casino, la musique chauffe l’atmosphère et l’assistance se dandine agréablement sur des rythmes plutôt incompréhensibles. Les musiciens s’échangent les instruments avec une facilité déconcertante mais restent unis derrière Cameron Bird, chanteur-leader de ce groupe, les cheveux en pétard, de l’énergie à revendre, la voix haut perchée, assénant des riffs rageurs sur sa guitare quand il ne bidouille pas des samples étranges.

    Le bassiste ressemble toujours à un bushman hirsute à la tête d’un élevage de kangourous et assure les arrières. Kellie est blonde cette année et toujours active au chant, glockenspiel et autres claviers.

    La scène est un peu étroite pour ces cinq musiciens qui diffusent une musique dansante des grands espaces avec des chansons percutantes. Ils affichent une originalité délurée et nous font passer une excellente et ondulante soirée.

  • TV On The Radio – 2011/07/13 – Paris l’Olympia

    Les TV On The Radio sont de retour à Paris, à l’Olympia cette fois-ci. Toujours bouillonnants et inventifs, mixés black-blanc-nouveau monde, une musique résolument moderne et innovante, le son de Brooklyn débarqué boulevard des Capucines pour les petits français !

    Ils nous servent un concert ébouriffant, peut-être un peu moins monté sur ressort qu’en 2008 au Bataclan mais un show passionnant. Le duo de choc guitariste barbu et chanteur binoclard tient les commandes, solidement soutenu par un second guitariste pompant des riffs de choc avec une main droite transformée en ventilateur, et un bassiste grande bringue baguenaudant parfois aussi sur des claviers.

    Son strident, rythmes décalés, harmonies étranges, ce petit monde rap-rock-alternatif diffuse une joie communicative en partageant sa musique étrange. Il y a du Zappa dans l’attitude et le jeu, du débonnaire dans la simplicité, du sérieux dans les compositions. Définitivement, du bonheur musical et intellectuel sur la scène !

    Setlist : 1.Halfway Home/ 2.The Wrong Way/ 3.Caffeinated Consciousness/ 4.Blues From Down Here/ 5.Will Do/ 6.New Cannonball Blues/ 7.Young Liars/ 8.Dreams/ 9.Keep Your Heart/ 10.Red Dress/ 11.Staring at the Sun/ 12.Repetition/ 13.Wolf Like Me
    Encore : 14.Love Dog/ 15.Dancing Choose/ 16.Satellite
    Encore 2 : 17.Dating Room

  • Lou Reed – 2011/07/05 – Paris le Grand Rex

    Lou Reed – 2011/07/05 – Paris le Grand Rex

    Lou est de retour pour un show classique avec une bande de nouveaux musiciens dont la plupart pourraient être ses enfants. Malgré tout le fidèle Tony « Thunder » Smith (qui a aussi tourné avec Serge Gainsbourg) est à la batterie et un vieux guitariste officie auprès des gamins et de Lou.

    La presse vient d’annoncer une collaboration improbable avec Metallica dont le produit, un disque de dix morceaux, devrait sortir à la rentrée.

    69 ans, l’artiste est fatigué, cela se voit… un peu. Grossi, le pas hésitant pour arriver à son micro, mais sitôt harnaché de sa guitare (dont il ne joue plus beaucoup) le voilà revigoré pour déclamer son répertoire de légende de sa voix chanté-parlé si particulière mais toujours vigoureuse.

    Le show démarre avec trois chansons extraites des tréfonds de sa playlist et quasiment inconnues. Le ton est enjoué, le rythme enlevé, un des Lou’s boys joue du sax avec un style original qui ajoute une touche psychédélique à l’ensemble et l’ambiance de Rock ‘n’ Roll Heart, d’ailleurs Senselessly Cruel et.Temporary Thing sont extraites de cet album de 1976.

    Ecstasy nous ramène à un temps plus récent (2000) et plus noir. La ritournelle de guitare obsédante et tristounette, la voix chevrotante, on est dans du classique :

    They called you ecstasy, ecstasy/ ecstasy/ They call you ecstasy, ecstasy/ ecstasy/ The moon passing through a cloud/ a body facing up is floating towards a crowd/ And I think of a time and what I couldn’t do/ I couldn’t hold you close, I couldn’t, I couldn’t become you

     They call you ecstasy, I can’t hold you down/ I can’t hold you up/ I feel like that car that I saw today, no radio/ no engine, no Hood 

    I’m going to the cafe, I hope they’ve got music/ and I hope that they can play/ But if we have to part/ I’ll have a new scar right over my heart/ I’ll call it ecstasy

     Oh, ecstasy, ecstasy/ ecstasy/ Ecstasy, ecstasy/ ecstasy

    Une reprise de Lennon puis une plongée dans le Velvet Underground dont quelques perles acoustiques : Sunday Morning, Femme Fatale. Et puis en deuxième rappel Pale Blue Eyes qui fait plier les derniers récalcitrants devant une prestation en demi-teinte. Lou récite une des plus belles chansons d’amour jamais écrite dans l’Univers, une ode à Nico, son océan de blondeur, son tsunami de destruction :

    Sometimes I feel so happy/ sometimes I feel so sad/ Sometimes I feel so happy/ but mostly you just make me mad/ Baby, you just make me mad/ Linger on your pale blue eyes.

    Finalement Lou est un romantique caché derrière sa morgue de Brooklin, un garçon de 70 ans qui consacre une page de son site web au Romanticism et une autre à sa vieille cousine centenaire Shirley ne peut pas être qu’un triste cynique.

    Eh oui, ainsi va la vie, parfois bien, parfois mal. Et elle s’arrête un jour, hélas ! Mais Lou s’en fout, il joue pour lui et peut-être pour nous. La musique et la poésie sont un monde qu’il a contribué à bâtir et qu’il condescend à partager. Des mots et des notes sont son œuvre, éternelle. Merci Lou.

    Setlist : 1.Who Loves the Sun (The Velvet Underground song)/ 2.Senselessly Cruel/ 3.Temporary Thing/ 4.Ecstasy/ 5.Small Town/ 6.Mother (John Lennon cover)/ 7.Venus in Furs (The Velvet Underground song)/ 8.Sunday Morning (The Velvet Underground song)/ 9.Femme Fatale (The Velvet Underground song)/ 10.Waves of Fear/ 11.Sweet Jane (The Velvet Underground song)

    Encore : 12.Charley’s Girl/ 13.The Bells

    Encore 2 : 14.Pale Blue Eyes (The Velvet Underground song)

  • Une pleine page sur Bryan Ferry dans… le journal économique Les Echos

    Ecrit par Christian Eudeline

    Bryan Ferry rocker de ces dames

    L’ex-(futur ?) leader de Roxy Music ne change pas. La séduction est toujours son arme fatale. Le crooner, qui marie avec bonheur rock et mode, va distiller son cocktail de nostalgie et d’avant-garde dans les grands festivals de l’été.

    Bryan Ferry a beau afficher soixante-cinq ans au compteur, il dégage toujours une classe folle, son costume panne de velours bleu nuit lui va même à la perfection, un peu comme sa mèche folle qui lui descend sur les yeux et souligne son sourire ravageur. Sa façon de se tenir dans un canapé relève également d’une élégance rare parce que naturelle. Bryan Ferry ne pose pas, il incarne.

    Symbole du dandysme à l’anglaise, depuis ces années 1970 où son groupe Roxy Music s’inspirait de l’esthétisme hollywoodien, Bryan Ferry est chic et distingué, contrecarrant à jamais le blouson sale et vulgaire du rocker. « Vers l’âge de quinze-seize ans, je travaillais chez un tailleur dans la rue principale de Newcastle, et je me suis vite aperçu que la mode masculine était essentiellement constituée de petits détails : un dessin particulier sur la chaussure, une ceinture qui se ferme d’une manière originale… Mon goût pour les vêtements provient de cette période, j’avais sans doute remarqué que les types les mieux sapés avaient à leur bras les plus jolies filles ! »

    Roxy Music a été le premier véritable lien entre le monde de la mode et le monde du rock and roll, Amanda Lear, Jerry Hall et Lucy Hellmore posèrent pour des pochettes avant de craquer pour le chanteur. Si les deux premières le quittèrent pour une autre rock-star, respectivement David Bowie et Mick Jagger, Lucy est la mère de ses quatre enfants, Otis, Isaac, Tara et Merlin. Leur histoire d’amour dura une vingtaine d’années.

    Kate Moss en couverture

    Aujourd’hui, l’histoire se répète… presque. Kate Moss pose en effet pour la photo de pochette du nouvel album de Bryan Ferry, mais elle n’a pas craqué pour le rocker de ces dames, apparemment. Elle vit déjà avec un musicien flamboyant, Jamie Hince, le chanteur des très branchés Kills. « Kate est connue, ce n’est pas seulement une jolie fille, elle a aussi du caractère et une forte personnalité. La controverse à son encontre [NDA : Kate photographiée sniffant de la cocaïne] n’a pas lieu d’être. La photo est un clin d’oeil au tableau d’Edouard Manet, « Olympia », jugé scandaleux à son époque. La fille sur la pochette de mon disque n’est pas innocente… en cela, c’est la parfaite rock and roll girl. »

    L’homme a beau être un rocker, il est avant tout un séducteur, un concurrent sérieux au titre d’objet à fantasmes. « Je n’ai jamais eu l’impression d’être le beau gosse de service, jamais, même si certaines femmes me reconnaissent et deviennent du coup encore plus pressantes… Cela fait partie de mon métier non ? Je n’ai jamais utilisé ma musique ou ma carrière comme carte de visite. » Bryan Ferry n’a pas besoin de passer des petites annonces, il est vrai, pour être bien entouré. Sa dernière conquête en date s’appelle Amanda Sheppard, elle succède à la danseuse Katie Turner. Point commun : leur jeunesse et leur beauté. Depuis son divorce d’avec la mère de ses enfants, chacune de ses conquêtes est bien sûr passée au crible par la presse britannique. « Sans présence féminine à mes côtés je deviens dépressif et paresseux, j’ai besoin que l’on me protège de la mélancolie, ça m’aide à avancer. Etre immortalisé avec des jeunes femmes et traité de play-boy jet-setteur est lassant, mais je n’y peux rien. »

    Amis de toujours

    On parle toujours d’un retour possible de Roxy Music en studio – le dernier album du groupe remontant à 1982. Une bonne partie du chemin a été fait, lors de l’enregistrement de sa dernière livraison solo, puisque sont venus le rejoindre Brian Eno, Phil Manzanera et Andy Mackay, trois musiciens emblématiques de Roxy Music. « Cela faisait un petit moment que je n’avais pas enregistré de nouveau disque », souligne-t-il. En effet, si l’on met de côté son hommage à Bob Dylan sorti en 2007, son dernier opus remonte à 2002. « Ce qui ne m’a pas empêché de tourner régulièrement. J’avais donc quelques nouveaux titres en réserve. J’ai du mal à entretenir plusieurs projets en même temps. Je dois faire les choses l’une après l’autre et il m’était impossible de me plonger dans un éventuel nouvel album de Roxy Music sans en avoir terminé avec le mien. Mais comme les vieux amis répondent toujours présent ! Il y en a beaucoup ici… Ils me rassurent. C’est comme lorsque vous organisez une soirée chez vous – les amis de longue date sont présents. » On retrouve ainsi pêle-mêle Rhett Davies, producteur de Bryan depuis le milieu des années 1970, Marcus Miller, Nile Rodgers (Chic), David Gilmour (Pink Floyd), Chris Spedding, Dave Stewart (Eurythmics), Flea (Red Hot Chili Peppers), les Scissor Sisters ou encore son propre fils, Tara Ferry. « J’aime enregistrer en solo car je ne suis pas obligé de faire appel à chaque fois à la même équipe, je peux tester de nouveaux musiciens. C’est un « mix » de nostalgie et de nouvelles forces qui se rencontrent et s’unissent plutôt que de croiser le fer. J’aime la balance des deux. J’ai toujours travaillé ainsi. »

    Pionnier du punk

    La musique de Roxy Music peut être perçue comme une relecture blanche de la « soul » qu’écoutait adolescent Bryan Ferry. Apparue quelques années plus tard, la disco en serait une déclinaison lointaine plus démonstrative. Tandis que le punk-rock, lui, s’inscrirait directement dans la continuité des exactions sonores que Roxy Music fut le premier groupe à expérimenter, grâce à Brian Eno, savant fou des studios. « Nile Rodgers m’a souvent dit qu’il avait créé Chic avec ses comparses parce qu’il nous avait vus nous produire à la télé. Les punks nous adoraient, mais je n’ai jamais vraiment travaillé avec eux. Pourtant nous étions, semble-t-il, une source d’inspiration pour eux… »

    Bryan Ferry est un touche-à-tout de génie, un semeur de petits cailloux précieux que beaucoup se sont empressés de ramasser. Sur scène, il sait se faire crooner à la voix de miel, pour se transformer la chanson suivante en amant torride et âpre. Il y a tout un monde entre certains de ses disques, car, comme David Bowie, l’homme a souvent changé de costume. Mais il y a une constante, immuable : la frange féminine qui n’a d’yeux que pour lui et lui en demande toujours plus. Son numéro de téléphone ? Il est sur liste rouge. « What did you expect ? »

    CHRISTIAN EUDELINE, Les Echos

  • Bryan Ferry – 2011/06/11 – Paris l’Olympia

    Bryan Ferry est de retour à l’Olympia pour présenter son dernier disque : Olympia ! Sur la couverture de celui-ci Kate Moss déploie buste et diamants, tête au plancher, renouant avec la tradition Roxy Music où des créatures de charme peuplaient les étuis cartonnés de nos vinyles d’antan.

    Bryan était déjà revenu hanter nos mémoires l’été dernier pour une éphémère reformation de Roxy Music le temps de quelques festivals dont celui de Rock en Seine.

    Mais Bryan, brillant troubadour, ne quitte jamais vraiment nos vies depuis ces 70’s qu’il a investies avec sa bande de musiciens délurés et talentueux.

    Olympia n’est ni un bon ni un mauvais disque, il est le dernier Ferry, avec une brochette d’invités : David Gilmour, Eno, Jonny Greenwood… Le disque de Bryan Ferry c’est un peu là où il faut être lorsqu’on est un musicien quadra et au-delà, un peu comme un thé au May Fair Hotel par une après-midi brumeuse au cœur de l’hiver à Londres. On y est pour se réunir entre amis, se réchauffer et, surtout, pour évoquer un Monde nostalgique et créer la musique d’un futur incertain.

    Olympia est arrivé dans les bacs à son heure, et dans nos discothèques sans délai. L’alerte Bryan Ferry a clignoté en son temps sur nos smartphones annonçant le show parisien, nos cartes de crédit ont crépité et nos cœurs se sont serrés de découvrir que l’Olympia était en configuration places assises car tant de temps est passé. Qui décide d’ailleurs de mettre des fauteuils dans la fosse de l’Olympia, l’artiste ou le management de la salle ? Bryan lui est debout et démarre deux heures de concert en fanfare sur un tonitruant I Put A Spell On You !

    Notre héros de 65 ans est en costume sombre et chemise grise, cravaté et souriant, accompagné de Chris Spedding (l’historique) et Oliver Thomson (virtuose blondinet de 23 ans qui ne quitte plus Bryan depuis quelques années) aux guitares, Colin Good aux claviers, deux batteurs, belle-brune-blanche n°1 sax et claviers, belles-choristes-black n°1 et 2, belles-blondes-danseuses n°1 & 2, bref du monde sur scène qui officie dans une relative pénombre et un écran de fond de scène diffusant des vidéos brumeuses et emmêlées à l’image de l’affiche de la tournée.

    Olympia nous l’avons dit n’est que le dernier disque de Bryan, alors cette soirée à l’Olympia sera un best of de ces années Ferry. Le son est fort, voir très fort, les solos de guitares un peu interminables et inutiles, et lorsque belle-brune-blanche n°1 vient sur le devant de la scène nous montrer ses gambettes (elle est en short) et son saxophone on regrette tout de même sérieusement Andy MacKay. Tout ceci n’est pas bien grave, le tremolo de Bryan nous fait toujours gémir de plaisir et s’il plaît au maître des lieux de s’entourer de jeunesses après tout que sa volonté soit faite pour autant que nous arrivions, assis dans nos fauteuils, à juguler une légère jalousie.

    Bryan chante, Bryan joue du piano, Bryan joue de l’harmonica, Bryan nostalge sur Boys and Girls, Bryan reprend Dylan, Lennon ou Neil Young, Bryan chante et nous enchante, Bryan en équilibre sur le fil d’une carrière qu’il faudra savoir arrêter un jour, peut-être prochain.

    Now the party´s over/ I´m so tired/ Then I see you coming/ Out of nowhere/ Much communication in a motion/ Without conversation or a notion/Avalon/ When the samba takes you/ Out of nowhere/ And the background’s fading/ Out of focus/ Yes the picture changing/ Every moment/ And your destination/ You don´t know it/ Avalon

    Et Bryan siffle le final de Jealous Guy pour clôturer la soirée. Il nous reste maintenant à nous extraire de nos fauteuils.
    Warm up : Boy, deux jeunes femmes de Hambourg et Zürich pour une folk acoustique sympa et rafraîchissante.

    Setlist: 1.I Put A Spell On You (Screamin’ Jay Hawkins cover)/ 2.Slave To Love/ 3.Don’t Stop the Dance/ 4.Just Like Tom Thumb’s Blues/ 5.If There Is Something/ 6.You Can Dance/ 7.Make You Feel My Love/ 8.Alphaville/ 9.Boys and Girls/ 10.Sign of the Times/ 11.Like A Hurricane (Neil Young cover)/ 12.Tara Play/ 13.Bitter sweet/ 14.My Only Love/ 15.Avalon/ 16.All Along The Watchtower (Bob Dylan cover)/ 17.What Goes On/ 18.Love Is the Drug

    Encore: 19.Let’s Stick Together (Wilbert Harrison cover)/ 20.Jealous Guy (John Lennon cover)

  • Lilly Wood & The Pricks – 2011/06/01 – Paris l’Olympia

    Lilly Wood & The Pricks sont tout éberlués de jouer à l’Olympia après leur triomphe au Bataclan et à la Cigale. Encore inconnu il y a quelques mois le duo Nili et Ben est renforcé sur scène par trois complices, excellents musiciens, et tous ensemble donnent l’impression d’une bonne bande de potes dont l’enthousiasme est à la hauteur de leur professionnalisme, pour notre plus grand plaisir.

    Ils démarrent sur le lent et mystérieux Hymn to my Invisible Friend. La voix calme et profonde de Lilly nous installe immédiatement dans leur atmosphère musicale : Hey sweet face/ Will you make me wait another year or two?/ Hey my friend of thoughts/ You see I’m scared of it being/ hello or goodbye/ So goodbye.

    Quelques mots de Lilly étranglés par l’émotion et le groupe entame le dynamique Hey it’s ok qui réchauffe l’ambiance après cette sombre introduction. La scène est décorée des hiboux multicolores qui animent la couverture du disque Invincible Friends, les lumières sont à l’unisson de la musique, subtiles et non violentes.

    La voix de Lilly est l’âme de ce groupe. Une voix rauque, une voix blues que l’on dirait éraillée par un cocktail de bourbon et de gauloises sans filtre, une voix parfaitement placée, une voix portée par des compositions sympathiques et des rythmiques entraînantes. Une voix grave qui dit des mots qui ne le sont pas moins. Une voix qui parle de dévastation sur un ton souvent guilleret.

    Ben et le groupe se chargent avec talent de ponctuer cette vision décalée de leurs solos de guitare et autres ritournelles pop. Les morceaux les plus entraînants font vibrer l’Olympia qui reprend en chœur Somewhere to go sur Little Johnny et trépigne sur My Best.

    Le show se termine par un rappel que Nili et Ben nous délivre en duo (c’est comme ça que tout a commencé) avec Untilttled.

    Lilly Wood & The Pricks, un groupe neuf, sincère et talentueux qui offre moult raisons de se réjouir de l’apparition de cette nouvelle étoile dans le ciel de la scène rock.