Catégorie : Musique

  • Archive – 2025/02/14 et 15 – Paris Le Zénith

    Archive – 2025/02/14 et 15 – Paris Le Zénith

    Pour fêter la réédition de ses albums « classiques » Archive est en tournée en Europe et présente deux soirées au Zénith de Paris, la première consacrée à You All Look The Same For Me (2002) et Noise (2004), la seconde aux deux disques Controlling Crown – parts I-IV parus en 2009.

    L’équipe est au complet sous la direction du duo fondateur Darius Keeler et Danny Griffith. Lisa Mottram est seule au chant féminin ce soir. Elle est apparue dans le groupe lors de la tournée 2023et a parfois cohabité avec Maria Q. Les albums « classiques » comportaient des morceaux rappés par Rosko John, il est remplacé ce soir par Jimmy Collins, petit rappeur blanc, sec et nerveux. Le reste des musiciens est à l’identique des tournées précédentes.

    Les deux soirées enchaînent des extraits emblématiques des quatre albums, dans un ordre différent de celui des disques. Le vendredi est consacré au passé des années 2002 et 2004 et le samedi à celui plus récent de 2009. Toutes les chansons ne sont pas reprises, il aurait fallu pour ce faire quatre concerts au lieu de deux, mais celles qui sont jouées le sont de façon flamboyante avec de longues périodes instrumentales prises dans le feu des lumières et la lave en fusion des rythmes répétitifs. L’atmosphère est survoltée, la maîtrise des musiciens parfaite, le son immense, les lumières simples (il n’y a pas d’écran ni de projections-vidéo), synchronisées sur le son.

    Le déchirant Again qui démarre le disque You All Look The Same For Me est servi en version longue pour le rappel de cette première soirée. Un must !

    Quel superbe ensemble ont formé ces quatre disques représentatifs de l’inspiration du groupe et de ses deux leaders-compositeurs principaux au cours des années 2000, mêlant la modernité de la musique au classicisme des claviers et des guitares utilisés, les rythmes trip-hop à la mélancolie des intonations, la folie de la répétition frôlant parfois l’hystérie au romantisme de certains passages voix et guitare. Bien sûr il y a de l’électronique dans tout ça, mais point trop envahissante. Une électronique de bon goût en somme.

    La soirée suivante est dédiée aux deux albums publiés sous la bannière Controlling Crown. La petite ritournelle obsédante qui ouvre la Part I retentit pendant que les musiciens prennent place. Ils vont progressivement se substituer à la musique enregistrée et laisser la place à la formidable machine live de ce groupe qui tourne sur les scènes rock du monde entier depuis 30 ans. Et c’est un enchaînement de leurs plus belles compositions, regonflées et rallongées pour l’occasion de ce show anniversaire. Le public conquis compte les tubes tous basés sur le même concept, des nappes de claviers qui se superposent en mode mineur, inspirées du mellotron du King Crimson des années 1970, sur lesquelles se greffe une courte mélodie répétitive, souvent introduite au piano puis progressivement reprise par des machines électroniques au fur et à mesure que les rythmes s’emballent et que le son monte pour finir dans une explosion de décibels, d’instruments et de flashs de lumière stroboscopique hallucinants. Les finals sont atomiques et durent de longues minutes : 3 guitares sur le devant de la scène, celles des deux chanteurs Dave et Pollard renforcent celle du guitariste en titre, Mickey Hurcombe, Darius et Danny déclenchent sur leur claviers leurs symphonies de rythmes électroniques en mode super-presto, en deuxième ligne, guitare-bass et batterie assènent le beat convulsif, le tout servi avec un light-show qui transforme l’arène du Zénith en un chaudron volcanique, éblouissant des spectateurs dont tous les sens sont sur le point d’imploser.

    La prestation du rappeur est impressionnante : vêtu de noir, sweat-capuche de circonstance, nerveux, court sur pattes, cheveux blonds peroxydés, il lâche son flot de phrases d’une voix métallique, projetant ses bras et ses mains en avant dans une chorégraphie de mouvements saccadés, au rythme d’une logorrhée de mots dont on se demande comment il arrive à contrôler en la gardant harmonieuse sur la musique qui l’accompagne. Ce chanter-parler nous emporte sous les arches du Zénith, il n’y a plus de sens, que du rythme et la voix obsédante du rappeur.

    All hailstorms in to die for my sins,
    why am I accursed and not believing,
    death to damnation both forced arrest,
    enforced interrogation duress fire question,
    pressure point temple brainwashed disciple,
    shooting at me with a holy water pistol,
    I am not a heathen I’ll give you the reason,
    ten commandments and ten counts of treason,
    they can pass judgements while I plead,
    ignorance self defense dollars pounds and pence,
    because we live inside the age feelings hard to gauge,
    I just open up the book and keep turning the page,

    Bastardised Ink

    Le rappel de la soirée est en fait la Part IV du Controlling Crown qui débute avec l’obsédant Pills. Une sombre divagation où il est question de jours qui tirent vers l’abime et de pilules pour y sombrer, de souffrance noyée dans la foule, et de l’Autre, source de toutes les douleurs. Mais la cadence forcenée qui anime cette musique emporte sa mélancolie dans une fusion urbaine redoutablement efficace, et même extatique pour son public.

    Pas vraiment gai mais ce Pills nous emmène vers l’apothéose de Dangervisit qui clôture deux soirées de rêve délivrées les Archive au sommet de leur art, pour notre plus grand bonheur musical.

    Setlist

    14/02/2025

    Intro/ Get Out/ Numb/ Sleep/ Noise/ Love Song/ Meon/ Now and Then/ Finding It So Hard (full version)/ Fool/ Conscience/ Waste/ Pulse

    Encore : Goodbye/ Again (full version)/ Hate/ Fuck U

    15/02/2025

    Controlling Crowds/ Bullets/ Kings of Speed/ The Feeling of Losing Everything/ Blood in Numbers/ Quiet Time/ Bastardised Ink/ Collapse/Collide/ Clones/ Words on Signs/ Whore/ Come On Get High/ Chaos/ Razed to the Ground/ Funeral

    Encore : Pills/ Lines/ The Empty Bottle/ Remove/ Dangervisit

    Warmup

    Black Doldrums

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  • « Punk.e.s » à la Scala de Paris

    « Punk.e.s » à la Scala de Paris

    Cette charmante pièce de théâtre musical raconte l’histoire du groupe punk féminin The Slits, (« Les Fentes » en français) créé à Londres à la fin des années 1970. La mise en scène est de Justine Heynemann qui partage l’écriture avec Rachel Arditi. Le personnage central est Viv Albertine, la guitariste du groupe. Les acteurs sont aussi musiciens et réinterprètent sur scène certains classiques de l’époque : Femme Fatale (Lou Reed), Tumbling Dice (The Rolling Stones), et surtout, I Wanna Be Your Dog (Iggy Pop) qui est déclinée en différentes versions dont le final éblouissant, conforme à l’original.

    And now I’m ready to close my eyes
    And now I’m ready to close my mind
    And now I’m ready to feel your hand
    And lose my heart on the burning sands

    And now I wanna be your dog
    And now I wanna be your dog…

    I wanna be your dog – The Stooges (1969)

    Et l’on replonge avec délices dans l’histoire brûlante de cette époque rebelle où des jeunes sortis de nulle part ont monté des groupes de rock déjantés pour contester le système, Margaret Thatcher et la Reine Elisabeth, dans un délire de drogue, de violence, mais aussi de musique. L’acteur masculin joue avec talent Mick Jones qui fut l’amant de Viv mais aussi le guitariste du groupe légendaire The Clash qui prit les Slits sous son aile protectrice. Il a la même allure dégingandée que Mick qui portait des pantalons fit sur ses longues cannes, une chemise rouge col relevé et des bretelles. Il joue aussi pour quelques apparitions le rôle de Sid Vicious, le bassiste des Sex Pistols qui traînait dans ce milieu punk clochardisé, avant de mourir d’une overdose après avoir été soupçonné d’avoir tué sa fiancée à coups de couteau.

    Ari Up, la chanteuse fut la plus jeune du groupe et la plus charismatique. Sa mère est également jouée sur scène car elle fut la productrice du groupe pendant ses quelques années d’existence. Une voix off raconte ce que sont devenus tous ces personnages une fois la vague punk retombée. Ari est morte d’un cancer en 2010 en laissant ses enfants à la garde de sa mère remariée avec… John « Rotten » Lydon, l’ancien leader des Sex Pistols. Viv a surmonté diverses addictions avant de devenir écrivain. Palmolive, la batteuse espagnole, a quitté les Slits, joué dans d’autres groupes et vit toujours aux Etats-Unis avec un mari et un fils.

    La pièce est pleine d’énergie, les actrices sont délicieuses, leur double talent musical et théâtral est admirable. Mais la pièce donne une certaine impression de légèreté alors que l’époque était tragique, la mort rodait autour de tous ces groupes qui vivotaient dans un nihilisme destructeur. Leur slogan était « No future » !

    Finalement leur musique eut un futur, le groupe s’est reformé dans les années 2000 à l’initiative d’Ari mais avec d’autres musiciens et le punk a durablement influencé le rock moderne.

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  • Marianne Faithfull, junky céleste, est morte ce jeudi 30 janvier

    Marianne Faithfull, junky céleste, est morte ce jeudi 30 janvier

    Marianne Faithfull, musicienne, compositrice, actrice, s’est éteinte à Londres où elle était née 78 ans plus tôt. Britannique jusqu’au bout des ongles, elle était la fille d’un officier du renseignement anglais et d’une aristocrate autrichienne. Elle est devenue célèbre pour son interprétation de la chanson As tears go by écrite par les Rolling Stones en 1964 et délaissée par le groupe car pas assez rock. Elle avait 18 ans, ce fut le début d’une vie intriquée avec celle des Rolling Stones au cours de laquelle elle a plongé dans tous les excès du rock de cette époque.

    Comme son amie Anita Pallenberg elle a aimé et partagé la vie de certains des membres fondateurs des Rolling Stones. Elle a survécu à ce maëlstrom toxico-amoureux et a reparu dans les années 1980 avec le disque Broken English, mélangeant des compositions personnelles et des reprises. S’en suivirent différents albums, dont Before the Poison en collaboration avec PJ. Harvey et Nick Cave, et des tournées souvent émouvantes.

    Crazy love is all around me
    Love goes crazy given time
    But I know somehow you’ll find me
    Love is crazy love is blind

    Crazy Love (Before the Poison 2004)

    Elle publie aussi des livres autobiographiques, fait des apparitions dans des séries à la télévision et des films.

    Lire aussi : Marianne Faithfull – 2009/06/18 – Paris la Cité de la Musique

    Junky céleste, Marianne Faithfull a papillonné dans ce monde rock, des années 1960 à nos jours, qui a fasciné plusieurs générations. Elle s’y est brulé les ailes mais a pu continuer de déambuler avec charme et talent sur la planète du Rock ‘n’ Roll. « Faithfull » se traduit en français par fidèle. Elle l’a été à la musique et ses histrions, nous le resterons à sa mémoire.

    Lire aussi : Faithfull vs. Nico

  • Jack Art & The Time Keepers – 2025/01/23 – Paris Péniche Antipode

    Jack Art & The Time Keepers – 2025/01/23 – Paris Péniche Antipode

    On avait quitté Jack Art en songwriter solitaire lors de son concert du mois d’octobre dernier, on le retrouve aujourd’hui à la tête d’un groupe, The Time Keepers, et autant le dire d’attaque : ça dépote !

    Un groupe de choc avec ses deux fistons (Lucas à la batterie et Pablo aux claviers), un bassiste impassible et détonnant, Stephane Pastor, tout de noir vêtu, un guitariste joyeux et redoutable avec une cravate et sa bandoulière de guitare décorées à l’effigie de la Sainte Vierge (il joue aussi dans le groupe Jesus Volt), Jacques Mehard-Baudot, et Jack Art au chant et à la guitare.

    Ce soir, plus de reprises mélancoliques de Springsteen ou de Carole King, mais du bon vieux rock qui fait tanguer la péniche où se déroule le show. Et dès les premiers morceaux il se confirme que ça dépote très sérieusement.

    Les deux guitaristes se complètent magnifiquement pour donner son caractère électrique à ce concert. Pablo signale sans relâche ses problèmes de retour qui ne l’empêchent pas de jouer sur ses claviers. Et d’ailleurs il cède sa place à son père pour un morceau et s’empare d’une guitare électroacoustique sur le devant de la scène. Bogoss aux cheveux longs, pantalons pattes d’éléphant, veste Spencer, il a un air de Bowie période Thin White Duc, les filles des premiers rangs clament leur joie. Son frère Lucas marque avec le bassiste le rythme puissant sur lequel joue l’ensemble.

    Ça continue de dépoter brillamment.

    Toujours en veston et s’appuyant sur ce gang de musiciens multigénérationnels qui l’entoure avec affection et efficacité, Jack déroule ses compositions dont une bonne moitié encore inédite. Il passe d’un instrument à l’autre avec agilité. Une voix un peu nasillarde au vibrato élégant, il chante comme si sa vie en dépendait.

    Le groupe ne s’économise guère et la péniche tient bon. Il y a quand même un Because the Night enflammé au milieu des compositions du groupe, mais cette ode crée et chantée par Patti Smith est maintenant élevée au rang de psaume, ce n’est même plus une reprise. Un Hey Jude des Beatles est offert pour terminer dans le calme cette soirée fiévreuse.

    A la sortie les musiciens épuisés font une haie d’honneur aux spectateurs, le temps d’échanger un mot avec quelques-uns. On leur dit notre plaisir de ressentir leur joie partagée de jouer ensemble. C’est communicatif.

    Jack Art & The Time Keepers, ça dépote vraiement grave !

    Setlist : Walking a Thin Line/ Another Sunrise/ Like Mother, Like Daughter (In the Steps of Candy Rose)/ Hey Mr. Bartender/ Driving West/ Ayanna/ Chin Up Sally/ Running for Her Life/ Until We Fall Asleep/ Night Watch/ Never More Than Once/ Sitting on Top of the World/ Ghost Writer/ Lady Winter/ Necklace on My Chest/ Panic in the Kitchen/ Sunday Morning, NJ/ The Outsider/ Grand Hotel/ Because the Night (Patti Smith/Bruce Springsteen cover)/ The Craftsman/ Better Man/ Wild Side of Town/ Hey Jude (The Beatles cover)

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  • Laufey sur Arte Concert

    Laufey sur Arte Concert

    La plate-forme Concert d’Arte accorde la place qu’elle mérite à l’artiste Laufey autrice-compositrice-interprète islandaise de jazz. Islandaise d’origine chinoise, une voix digne des plus grandes avec un vibrato délicieux. 25 ans, belle comme le jour, multiinstrumentiste… on se demande comment elle peut accumuler tant de talents !

    Voir sur : https://www.laufeymusic.com/

  • Beth Hart sur Arte Concert

    Beth Hart sur Arte Concert

    Arte Concert permet de découvrir l’artiste américaine Beth Hart en concert à l’Olympia de février 2020 avec trois musiciens, deux vieux routiers blanchis sous le harnais des tournées rock à la bass et la guitare, un jeune batteur dont les ancêtres devaient ramasser le coton en Alabama. Elle est une rockeuse, blanche et bluesy, pulpeuse et tatouée à la voix puissante et inspirée, façon Janis Joplin.

    Un beau moment musical.

  • Maustetytöt – 2024/12/O4 – La Gaîté Lyrique

    Maustetytöt – 2024/12/O4 – La Gaîté Lyrique

    Après un passage intimiste dans la salle du Hasard Ludique en mai dernier le duo finlandais Maustetytöt voit les choses un peu plus en grand pour son retour à Paris, cette fois-ci à la Gaîté Lyrique. Le concert et les décors sont identiques à ceux de leur dernière prestation parisienne. Seule différence, elles revêtent toutes deux une ample salopette rayée, style Coluche, sur un t-shirt noir.

    La bande jouée pour leur entrée est une vieille chanson finlandaise connue dans tout le pays, nous explique notre voisin barbu, taillé comme un bûcheron de la taïga, finlandais, bien sûr. La musique des Maustetytöt (qui veut dire Spice Girls en finlandais) est toujours mélancolique et entêtante, poppy et électro. Le duo est parfaitement réglé, voix, instruments et machines tournent à la perfection pour nous emmener sur les grands espaces glacés de leur pays boréal.

    Elles sont un peu plus bavardes ce soir. Peut-être parce qu’elles ont eu une journée libre à Montmartre hier après la longue route en van depuis l’Allemagne où elles se produisaient la veille comme illustré sur leur page Facebook. Elles nous parlent en anglais, présentent quelques chansons, commentent la vie, « nous sommes contentes que notre pays ne fasse pas la guerre en Ukraine », se lamentent que les Suédois raflent toutes les médailles aux Jeux olympiques et se consolent avec autodérision « mais nous en Finlande, nous sommes les plus heureux du monde » ce qui est bien sûr contredit par les taux d’alcoolisme et de suicide record d’un pays où il fait beaucoup nuit…

    Les textes qu’elles introduisent sont tous hyperréalistes pour décrire un ordinaire où il ne se passe rien : Kaisa la guitariste explique une chanson par « ma mère est partie voir la mer et est revenue », une autre au sujet des anges qui ne savent pas voler sans ailes. Elles jouent avec humour de ce côté vide et déprimant, affichent un air renfrogné derrière leurs yeux bleus mais elles sont de bonnes musiciennes et nous enchantent de leurs mélodies un peu acides. On a du mal à les croire aussi tristes qu’elles veulent l’afficher. En tout cas c’est une mélancolie productive qui enchante la Gaîté Lyrique.

    La première partie est assurée par Vilma Jää, une chanteuse violoniste également finlandaise et, bien sûr, blonde. Elle joue un folk nordique avec un ordinateur Apple pour les bass, son violon et une jolie voix. Elle parle des traditions de son pays avec des histoires de princesses perdue dans le grand nord, mais aussi de sujets de société, changements climatiques et droit à l’avortement inclus. Son site web (https://vilmajaa.fi/en/) est disponible en anglais en plus du finnois, peut-être une idée à suivre pour les Maustetytöt, ce qui éviterait aux lecteurs les traductions improbables de l’intelligence artificielle.

    De la Finlande on connaît surtout sa frontière de plus de 1 000 km avec l’ogre russe, et ses aurores boréales. Avec Maustetytöt et ses premières parties on découvre aussi une ligne musicale intéressante et des personnalités artistiques attachantes et… très blondes.

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    https://www.facebook.com/maustetytot

    https://www.maustetytot.fi

    https://vilmajaa.fi/en/

    « Les feuilles mortes » de Aki Kaurismäki

  • « Baloise session 2024 », Robert Plant présente Saving Grace avec Suzi Dian

    « Baloise session 2024 », Robert Plant présente Saving Grace avec Suzi Dian

    Robert Plant, 76 ans, le légendaire chanteur britannique du non moins légendaire groupe de rock énergique Led Zeppelin, poursuit une brillante carrière solo depuis la fin du groupe en 1980, via différente formations et associations. Arte concert diffuse en ce moment un concert donné en 2024 avec son dernier groupe Saving Grace : trois vétérans chevelus, tatoués et professionnels (guitares et batterie) et une chanteuse, Suzi Dian, également accordéoniste. Ils développent ensemble un blues mâtiné de folk, ou l’inverse, avec beaucoup de grâce. Plant a gardé sa voix dans les aigus même si, l’âge aidant, elle est un peu moins stridente. Il mène ce groupe avec discrétion et harmonie. Le vieux musicien a roulé sa bosse sur toutes les scènes du monde dans le fracas du hard-rock et du mode de vie associé, il est maintenant apaisé et consacre tout son talent à une musique folk intimiste et inspirée, toujours très bien entouré de musiciens de talent.

    Après Bale où a été tourné ce concert, Saving Grace était de passage à Paris ce mois d’octobre.

  • Nick Cave & the Bad Seeds – 2024/11/17 – Paris Bercy

    Nick Cave & the Bad Seeds – 2024/11/17 – Paris Bercy

    Nick Cave et ses Bad Seeds sont sur la route du Wild God Tour qui assure au passage la promotion de leur dernier album Wild God. Et c’est le temps de la rédemption après les années et les œuvres dépressives qui ont suivi la mort de deux de ses enfants. Paris est la dernière étape de cette tournée européenne qui dure depuis « au moins cent ans » précisera-t-il dans l’introduction de O Children.

    Dans une interview au journal Le Monde en septembre dernier, au journaliste qui l’interroge sur le titre de la chanson Joy, dans le nouveau disque, terme rarement utilisé ces dernières années d’épreuve, il répond :

    J’ai pensé utiliser ce mot [joy] comme titre de l’album. Je ne l’ai pas fait, car beaucoup de gens le confondent avec la félicité. Pour moi, la joie surgit de la souffrance. Elle nous montre qu’on est en vie comme des êtres ascendants, c’est presque un sentiment religieux. La joie a été cultivée dans la mécanique du chagrin. Ce disque a été fait par quelqu’un qui a connu la perte mais qui est fondamentalement heureux dans l’existence. Je n’aurais pas pu dire cela il y a cinq ans.

    Le Monde – 06/09/2024

    La scène est étagée en plusieurs estrades autour d’un piano à queue, sur lesquelles s’installent six musiciens : un guitariste, un bassiste (Colin Greenwood du groupe Radiohead), une claviériste, un percussionniste, un batteur et Warren Ellis l’ami de toujours, violon et guitare. Trois choristes femmes et un homme surplombent l’ensemble du groupe, « racisés » et habillés de blanc, viennent apporter une touche de douceur gospel dans la musique des Bad Seeds.

    Nick Cave entre en scène le dernier, longiligne, toujours habillé de son impeccable costume sombre cintré, chemise grise et cravate bleu-nuit, nez en trompette, ses cheveux permanentés teints en noir lui descendant sur le cou sans qu’un seul ne bouge le concert durant. Seule un peu de sueur apparaîtra sur sa chemise à la fin du concert fruits des aller-retours frénétiques qu’il pratique sur la scène. Warren est sur la droite, lui aussi en costume sombre mais sous une masse de cheveux blancs rejoignant sa longue barbe de la même couleur lui donnant un vague air de Georges Moustaki à la fin de sa vie. Il porte du vernis à ongles de couleur foncée sur les douze doigts couverts de bagouzes redoutables. Il est physiquement le négatif de son compère Nick mais le duo est fusionnel dans sa collaboration musicale d’exception. Warren réside en France, il dira fièrement et en français au cours du show « je paye mes impôts en France ! »

    Le show démarre sur les trois premiers morceaux de Wild God joués dans l’ordre inverse du disque et durant lesquels sont projetées quelques paroles des refrains en lettre 3D sur un grand écran de fond de scène derrière les choristes, selon le même graphisme que celui de la couverture du dernier disque. Il est question de fées, d’un Dieu sauvage survolant les cités mourantes dans les flammes de l’anarchie, d’enfants au paradis et de « gun [in my] hand ». Le parti-pris musical est joyeux, les sons de mélotron se mêlent au chœur des vestales dans les aigus, mais tout est sombre alentour. C’est probablement l’atmosphère préférée de notre troubadour depuis qu’il a délaissé le simplisme punk il y a déjà longtemps. Dans son interview au Monde il parle de Wild God comme d’un disque « joyeux peuplé de morts ».

    He was a wild god searching for what all old wild gods are searching for and he flew through the dying city like a prehistoric bird 

    He went searching for the girl down on Jubilee Street
    But she’d died in a bedsit in 1993

    So he flew to the top of the world and looked around
    And said where are my people to bring your spirit down?

    Wild God

    Cave est plus qu’à son aise ici. Sa voix grave, parfois sépulcrale, diffuse énergie et profondeur. Son trémolo à la Bryan Ferry ajoute émotion et tendresse sur les morceaux plus tragiques.

    Il introduit longuement O Children, en cherchant à nous faire partager sa culpabilité quant au monde que nous laissons à nos enfants… Warren en profite pour délivrer les pitreries dont il est coutumier, debout sur une chaise, dos au public, martyrisant son violon électrifié dont il tire des arabesques déchirantes pendant que Cave chante cette longue lamentation derrière son grand piano et fait participer le public sur le refrain « Children, rejoice, rejoice », ce qu’il fait à pleins poumons et avec enthousiasme.

    La sublime chanson Jubilee Street raconte la triste histoire de Bee, la jeune femme qui inscrivait le nom de son amoureux sur toutes les pages de son cahier noir. La montée en tension de ce morceau est encore plus phénoménale que sur le disque. Commencé pianissimo dans des arpèges de guitare, elle se termine sur un déchaînement d’électricité. Warren est complètement débraillé à force de moulinets sur sa guitare, Nick alterne entre le piano et des cavalcades sur une avant-scène composée d’une étroite bande sur toute la largeur de la fosse, qui touche le public dont il saisit les mains des premiers rangs avant de se jeter dans leurs bras.

    Long Dark Night vient calmer le jeu. Une longue et douce méditation au piano sur la dernière nuit :

    Maybe a long dark night is coming down
    Maybe a long dark night, my precious one
    Maybe a long dark night is rolling around my head
    Oh Lord

    From Her to Eternity nous ramène au premier disque de l’artiste en 1983. Le morceau est mené tambour battant. Warren y utilise son violon comme une guitare électrique, ajoutant au chaos musical ambiant.

    I Need You dédiée à sa femme, qui est présente ce soir à Bercy, est interprétée avec grâce et fragilité. Une longue et émouvante chanson d’amour comme on en fait peu. Quelle inestimable cadeau à celle pour qui elle a été écrite !

    Deux extraits de Carnage, le disque composé avec Warren au cœur du confinement lié à la Covid, sont interprétés ce soir et viennent compléter une setlist presque parfaite qui retrace la créativité de cet artiste hors normes. C’est rabâcher de noter une nouvelle fois que son charisme irradie le spectacle mais cette personnalité singulière, forcément un peu narcissique, forgée à travers les drames, les joies et les scènes du monde entier en impose à tous. Difficile de résister.

    La magnificence de ce concert est surtout le fruit de textes et de compositions exceptionnels interprétés sur scène ce soir 2h30 durant par une troupe de musiciens de grand talent.

    Nick Cave doit revenir à Paris bientôt et se produire cet été en solo avec Colin Greenwood au festival Days Off. Tout est déjà complet.

    Setlist : Frogs/ Wild God/ Song of the Lake/ O Children/ Jubilee Street/ From Her to Eternity/ Long Dark Night/ Cinnamon Horses/ Tupelo/ Conversion/ Bright Horses/ Joy/ I Need You/ Carnage (Nick Cave & Warren Ellis cover)/ Final Rescue Attempt/ Red Right Hand/ The Mercy Seat/ White Elephant (Nick Cave & Warren Ellis cover)

    Encore : O Wow O Wow (How Wonderful She Is)/ Papa Won’t Leave You, Henry/ The Weeping Song/ Into My Arms

    Warmup : Black Country, New Road

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  • Jack Art  – 2024/10/11 – Paris Théâtre Truffaut

    Jack Art – 2024/10/11 – Paris Théâtre Truffaut

    C’est l’histoire d’une copine qui nous présente son nouvel amoureux et celui-ci est musicien. Alors quoi de mieux qu’un concert pour rencontrer l’artiste. D’ailleurs son nom de scène est « Jack Art », ça tombe bien. En avant pour une soirée artistique et amicale.

    Avec une vingtaine de spectateurs ce petit théâtre de poche du XVIIe arrondissement est plein. Un piano, une guitare acoustique et une guitare électrique sont placés sur la scène que va rejoindre Jack. Auteur-compositeur-interprète, multiinstrumentiste, musicien passionné, il n’a pas toujours vécu de son art mais il y est revenu depuis quelques temps et a sorti un disque solo en 2020.

    Sur scène on voit débouler un grand gaillard en veste et jeans, transcendé dès qu’il passe sa guitare en bandoulière. Il est à l’aise et souriant Jack quand il chante ses chansons (en anglais). Et puis il met tout le monde dans sa poche en plongeant immédiatement l’audience dans son inspiration, celles de tous ces grands songwriters américains qui ont fait la légende du folk-rock sur les horizons infinis des Etats-Unis : Dylan, Bob Seger, Carole King et, au-dessus de tous, Bruce Springsteen.

    D’ailleurs Jack nous raconte qu’il a passé quelques années à New York où il a écrit son disque The Outsider. Un jour, en panne d’inspiration dans sa cuisine un dimanche matin, il décide de se rendre dans l’Etat d’à côté, le New Jersey, à Freehold, la ville où grandit Bruce. Et là, attablé dans un dinner, devant un café où flotte l’âme du Boss, au milieu des habitués il termine sa chanson Sunday Morning, NJ :

    Sunday morning at Sweet Lew’s Cafe
    Unraveling the mysteries of deep Jersey
    Real people talking about real things
    Far from the city’s fake lighting

    There’s a living spirit out there
    Ringing echoes of a glorious past
    I’m thousands miles from my own place
    But I could feel home here, away from home

    Vraiment touchante cette histoire de communion de Jack avec Bruce. Alors pour marquer cette fusion il interprète magnifiquement Racing in E Street, une mélancolique ballade extraite de Darkness on the Edge of Town, la grande-œuvre de Springsteen, une histoire de bagnole, une histoire de vie banale et d’espoirs fous tournés vers le grand Ouest, une histoire d’Amérique. Il reprendra ensuite The River, encore une histoire ordinaire, émouvante et profonde, celle de sa sœur et de leurs souvenirs au bord de la rivière.

    Suivent d’autres compositions de son cru et d’autres reprises de ses Maîtres en musique folk-rock. Tout le monde est aux anges et Jack semble heureux. D’autant plus qu’il annonce la formation d’un groupe, The Time Keepers, qui sera bientôt en concert. On a passé une belle soirée et on se dit qu’il a bien fait de revenir à la musique Jack.

    A la sortie il nous dédicace son disque et puis comme il est tout seul avec son amoureuse et le directeur du théâtre on l’aide à ranger ses guitares et à les trimballer dehors pour trouver un bistrot encore ouvert pour servir à manger. Mais on n’est pas à Freehold ici et les cafés ne servent plus à diner à cette heure tardive. On pourrait presque en faire une chanson : Saturday Night after-show, Paris-17. On continue à papoter sur le trottoir histoire de se souvenir que le premier concert de Springsteen à Paris était bien sur l’Ile Saint-Denis en 1981, ou que la reprise par Bryan Ferry sur Dylanesque du morceau de Dylan interprété ce soir (Make You Feel My Love) était aussi excellente.

    Il est vraiment sympa Jack !

    Setlist : Turn the Page (Bob Seger cover)/ In the Morning/ Brand New Life/ Make You Feel My Love (Bob Dylan cover)/ Necklace on My Chest/ Only Time Will Tell/ Sitting on Top of the World/ House by the Sea/ Downtown Train (Tom Waits cover)/ Never More Than Once/ Providence Laugh/ Chin Up Sally/ The River (Bruce Springsteen cover)/ Driving West/ Who’ll Stop the Rain? (Creedence Clearwater Revival cover)/ So Many Questions, Far Too Few Answers…/ You’ve Got a Friend (Carole King cover)/We’ll Always Have Paris/ Sunday Morning, NJ/ Racing in the Street (Bruce Springsteen cover)/ The Man on the Train/ The Craftsman/ Wild Side of Town/ The Outsider

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  • The Stranglers – 2024/10/09 – Paris l’Olympia

    The Stranglers – 2024/10/09 – Paris l’Olympia

    A peine plus d’un an après leur dernier passage à l’Olympia, les quatre Stranglers sont de retour dans cette salle parisienne pour y fêter le… 50e anniversaire de leur arrivée sur la scène rock. Cinquante ans déjà ! Eh oui, c’est en 1974 que Jet Black et Hugh Cornwell ont lancé les prémices de ce qui allait devenir The Stranglers. Et c’est en 1977 que sortait leur premier disque Rattus Norvegicus, dont la couverture du verso, un rat furetant sur fond de pleine lune, marque le début de l’attirance du groupe pour un bestiaire inquiétant. Suivront le corbeau sur The Raven, la panthère noire sur Feline, mais le rat restera leur emblème, véhiculant son cortège d’odeurs nauséabondes, de ténèbres et de peurs populaires.

    Le temps a passé, le bassiste J.J. Burnel est le seul musicien d’origine. Cornwell a quitté le groupe à la fin des années 1980, les autres sont morts. Mais les Stranglers sont toujours 4 aujourd’hui pour le plus grand plaisir de leurs fidèles admirateurs, eux-aussi blanchis sous le harnais.

    Pour ces noces d’or le groupe assure la totalité du concert et nous sert une première partie tous habillés en veste de smoking noir et chaussures cirées. Retour au T-shirts noirs pour la seconde lancée après l’entracte sur l’inoubliable instrumental Waltzinblack. La scène est dépouillée, l’estrade où trônent le batteur et le claviériste, ainsi que le mur du fond, sont recouverts de draperies grises. Trois lustres royaux sont accrochés au plafond. Pas d’image ni de vidéo diffusée, juste de la musique forte et bonne.

    Superbe retour sur ces cinquante années de musique. Leur énergie est la même, revitalisée par la jeunesse des nouveaux venus (Bazz Warne, guitare-chant, 60 ans ; et les deux gamins Jim Macaulay, batterie et Toby Hounsham, claviers). A 73 ans Burnel est le guide qui a d’ailleurs composé une bonne partie des chansons de ce demi-siècle, même si celles-ci sont toujours signées « The Stranglers », sympathique mutualisation de la créativité (et sans doute des droits d’auteur) du groupe quelle qu’en soit la formation.

    La première partie synthétise la période post-punk avec des extraits des premiers albums (Hanging Around, The Raven, Princess of the Streets …) jusqu’à l’incroyable Down in the Sewer (Au fond des égouts) dont le final mêlant les envolées oniriques des claviers de Toby sur les riffs hypnotiques des guitares nous emmène jusqu’à l’entracte.

    There’s lots of rats down here
    You can see the whites of their eyes
    They got sharp teeth
    Deep breath
    And lots of diseases

    People say you shouldn’t stay down here too long
    Lose your sense of light and dark
    Lose your sense of smell

    20 minutes plus tard les musiciens reviennent habillés en noir plus décontracté pour aborder une période moins sombre de leurs chansons, plus poppy, moins prisée des vieux fans. Les mélodies mélancoliques de Skin Deep, Always the Sun, Relentless sont presque romantiques quand on sort de Hanging Around. Enfin, « romantique », il ne faut rien exagérer et Something Better Change (1977) et Tank (1978) nous ramènent aux rythmes primaires et parfois brutaux des influences punk de ce groupe pas comme les autres.

    Les Stranglers ont le sourire pour cet anniversaire. Leur complicité musicale fait plaisir à voir et surtout à entendre. Les bagarreurs d’antan n’ont rien abandonné de leur hargne mais elle est désormais plus policée, toujours au service d’une musique d’une redoutable efficacité.

    Et ils nous laissent sur un No More Heroes mené tambour battant et repris à pleins poumons par une audience aux anges.

    Whatever happened to
    All the heroes?
    All the Shakespearoes?
    They watched their Rome burn

    Whatever happened to the heroes?
    Whatever happened to the heroes?
    No more heroes anymore
    No more heroes anymore

    En arpentant l’avenue de l’Opéra les oreilles encore bourdonnantes et les pulsations cardiaques au plus haut, les sexagénaires se demandent finalement s’il ne reste pas encore quelques héros…

    Le concert est filmé et pourra être donc être revu, très bonne nouvelle !

    Le concert est filmé et pourra être donc être revu, très bonne nouvelle !

    Première partie

    Just Like Nothing on Earth/ Hallow to Our Men/ The Raven/ Baroque Bordello/ North Winds/ Genetix/ Princess of the Streets/ Breathe/ Hanging Around/ Down in the Sewer

    Seconde partie

    Waltzinblack / Who Wants the World?/ Dagenham Dave/ Duchess/ Time to Die/ Ships That Pass in the Night/ Peaches/ Threatened/ Skin Deep/ Always the Sun/ Golden Brown/ Relentless/ 5 Minutes/ Lost Control/ White Stallion/ Something Better Change/ Tank

    Encore

    Go Buddy Go/ No More Heroes

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  • Joe Jackson – 2024/09/30 – Paris La Cigale « Two rounds of racket tour”

    Joe Jackson – 2024/09/30 – Paris La Cigale « Two rounds of racket tour”

    Joe Jackson nous surprend toujours. A 70 ans, 4 ans après la sortie de l’admirable album Fool et la tournée qui s’en suivit, il a repris la route pour un tour de chant façon cabaret. Il rend hommage à Max Champion, artiste de music-hall anglais de la fin du XIXe siècle, mort au champ d’honneur durant la première guerre mondiale, dont on ne sait pas grand-chose sinon que ses partitions avaient disparu et sont remontées à la surface dans les années 2010. Joe Jackson s’en est emparé pour monter ce merveilleux spectacle.

    La première partie est une prestation solo de Joe Jackson et son piano électrique. L’homme est toujours joyeux, grand pianiste et immense mélodiste. Il nous déroule ses classiques avec bonhommie et c’est toujours le même plaisir d’entendre sa voix agile glisser sur les trilles du piano avec un sommet de charme sur « Stepping out » publiée en 1982 dans l’album Night and Day, un point d’orgue de la new-wawe.

    Pour la seconde partie le fond de la scène est décoré d’une photo représentant une rue londonienne de l’époque, animée et traversée par un pont. Tous les musiciens sont habillés de costumes également d’époque : 3 cordes (violon, alto et contrebasse), 4 instruments à vent (une trompettiste-clarinettiste, un flutiste-picolo, un basson et un trombone), un batteur, un pianiste et Joe Jackson qui arrive en redingote et chapeau haute-forme pour interpréter Max Champion et mener le show.

    Il est très prolixe notre Joe pour annoncer les chansons dont l’argot cockney rend la compréhension difficile pour les non anglophones. Il prend un malin plaisir à détailler l’histoire de « l’évêque et de l’actrice » :

    Oh, the bishop and the actress
    Had a very bold affair
    Or it would have been, if they were seen
    Out in the public square
    Instead it was in secret
    They cuddled and they kissed
    And spread fresh gossip with each tender tryst

    The Bishop and the Actress

    La bande danse et tressaute sur les rythmes du music-hall. Jackson jubile sous son chapeau-claque de nous offrir ce retour dans un Londres, déjà musical il y a plus de cent ans. Cette ville et son inspiration ne cesseront jamais de nous surprendre. Joe prend un malin plaisir à emmener ses spectateurs dans un monde qu’il n’a même pas connu mais dans lequel il se recycle.

    Un spectacle original mené par un rocker éternellement curieux.

    Setlist

    Joe Jackson

    Dave/ Take It Like a Man (Joe Jackson Band song)/ Stranger Than Fiction/ You Can’t Get What You Want (Till You Know What You Want)/ Real Men/ Steppin’ Out/ It’s Different for Girls/ On Your Radio/ Waterloo Sunset (The Kinks cover)/ Hello, Hello, Who’s Your Lady Friend? (Harry Fragson cover)/ My Old Dutch (Albert Chevalier cover)

    Max Champion

    (Overture): Why, Why, Why?/ What a Racket!/ The Bishop and the Actress/ Health & Safety/ Think of the Show! – A Thespian’s Lament/ Dear Old Mum – A London-Irish Lament/ Monty Mundy (Is Maltese)!/ Never So Nice in the Morning/ The Sporting Life

    Encore

    Is She Really Going Out With Him?/ Worse Things Happen at Sea

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  • Souvenir de Rory Gallagher

    Souvenir de Rory Gallagher

    Un vieux vinyle exhumé des année 1970 : « Irish Tour’74 » de Rory Gallagher, à réécouter sans modération. Rory (1948-1995) fut un immense guitariste irlandais. L’album est un double live de blues-rock où s’exprime le génie du musicien. C’est du blues rugueux, parfois grincheux mené de main de maître par ce guitariste de légende qui chante avec une énergie dévorante. Il est mort bien jeune, à 47 ans. La surconsommation d’alcool et de médicaments en seraient la cause.

  • Festival Rock en Seine – 2024/08/24>25 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Festival Rock en Seine – 2024/08/24>25 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Samedi 24 août 2024

    Voici 10 ans que l’on n’avait plus fréquenté les pelouses du parc de Saint-Cloud pour le festival Rock-en-Seine. Depuis l’édition de 2014 plus exactement, celle d’un émouvant concert de Portishead le samedi soir. Le cadre n’a pas changé, peut-être une scène de plus, la Firestone ? Les fumets de merguez flottent toujours dans la partie centrale.

    En revanche l’incontournable coin LGBTQIA+ a été ajouté aux différents stands et un système cashless bien pratique est désormais obligatoire pour consommer. Un QR code a été ajouté au bracelet délivré à l’entrée qui se recharge avec sa carte de crédit, il y a même un comptoir d’aide pour les vieux qui n’arrivent pas à recharger leurs bracelets.

    Et puis, aux contrôles d’entrée, ceux qui ont mal cachés leurs produits illicites se les font confisquer par les cerbères plutôt aimables.

    On vit vraiment une époque formidable, bienvenue au 20e festival Rock-en-Seine !

    The Kills (grande scène)

    Le duo The Kills parait sur la grande scène : lui (Jamie Hince) en costume noir fines raies grises et mocassins blancs, breloques dorées autour du cou ; elle (Alison Mosshart) en collant noir et veste léopard, cheveux longs blonds sur racines noires. Leur jeu est maintenant bien rodé depuis presque 25 ans qu’ils tournent ensemble. La rythmique est enregistrée sur bande et ils insèrent sur ce son basique un rock brut fait de guitares métalliques, au besoin dissonantes, et la voix sauvage d’Alison qui parcourt la scène comme une panthère en cage. Il y a une énergie sexuelle dans ce groupe post-punk. Le jeu de guitare ne fait pas dans l’harmonie mais plutôt dans l’atonal, servi par un virtuose qui prolonge le garage-rock avec brio.

    Mais on les quitte avant la fin du show pour être présent au démarrage des Blonde Redhead sur la scène de la Cascade.

    Setlist : Kissy Kissy/ U.R.A. Fever/ Love and Tenderness/ 103/ Going to Heaven/ Baby Says/ New York/ Wasterpiece/ Black Balloon/ Last Day of Magic/ LA Hex/ My Girls My Girls/ Doing It to Death/ Future Starts Slow

    Blonde Redhead (scène de la Cascade)

    Après la furie des Kills, les Blonde Redhead nous offre un concert tout en délicatesse. Le fond de la scène est décoré de longues banderoles verticales en tissu sur lesquelles sont brodés des motifs étranges et un peu enfantins. On se croirait dans un temple tibétain.

    Le groupe a sorti un nouveau disque en 2023, Sit Down for Dinner, que l’on ne connait pas encore très bien. Lancé au début des années 1990 par deux jumeaux italiens, Amadeo (guitare et chant) et Simone (batterie) Pace, associé à la japonaise Kazu Makino (chant, clavier et bass), le groupe dégage un charme exceptionnel. Avec dix albums à leur actif, ils organisent leurs tournées dans des salles de taille moyenne, privilégiant l’intimisme de leur musique romantique.

    Amadeo porte une tenue blanche avec un pantalon moucheté de petites broderies, et un bandana turquoise. Kazu, en short, affiche un large foulard façon keffieh mais qui doit plutôt illustrer ses origines japonaises. Dès que la musique démarre son expression corporelle est renversante : elle danse avec une grâce merveilleuse, les genoux fléchit elle ondule comme une liane autour de sa guitare qui reste l’élément fixe de sa chorégraphie. Même derrière son clavier elle bouge avec un érotisme torride. Sa voix haut perchée dans les aigues est brumeuse et bouleversante. Elle se loupe sur l’introduction de Sit Down for Dinner et le groupe reprend l’intro en souriant.

    Et lorsque Blonde Redheads joue ses classiques Dr. Strangeluv et 23, tout en douceur,le public frissonne et quelques gouttes de pluie viennent masquer l’émotion. Les caméras montrent les Kills qui sont en coulisse. Ce festival démarre magnifiquement bien.

    Setlist : Falling Man/ Dr. Strangeluv/ Doll Is Mine/ Elephant Woman/ Snowman/ Melody Experiment/ SW/ Sit Down for Dinner, Pt. 1/ Sit Down for Dinner, Pt. 2/ Spring and by Summer Fall/ 23/ Kiss Her Kiss Her

    The Offsprings (grande scène)

    On repasse ensuite sur la grande scène pour la la fin du show de The Offsprings. Du rock californien post-punk qui dépote. La soirée s’annonce chaude sur Saint-Cloud.

    Massive Attack (grande scène)

    On n’avait plus vu Massive Attack sur une scène française depuis la tournée Mezzanine XXL et leurs deux concerts au Zénith parisien en 2019. Angelo Bruschini leur guitariste depuis des années est mort l’an passé, il est remplacé ce soir par deux guitaristes, plus discrets et moins flamboyants que leur prédécesseur. Les Massive Attack jouent toujours avec le concept de géométrie variable autour de leur noyau dur Robert Del Naja (3D) et Grant Marchall (Daddy G). Ce soir les invités sont le groupe Young Fathers, l’Ecossaise Elisabeth Fraser (ex-Cocteau Twins qui chantait sur l’album Mezzanine en 1998 et lors de la dernière tournée) et Deborah Miller, chanteuse habituée des concerts de Massive Attack.

    Le show est sans trop de surprises mais délivre toujours autant de bonheur. Pendant que la nuit tombe sur le parc le beat lourd et hypnotique des Massive Attack monte vers Saint-Cloud tandis que les voix de 3D et Daddy G déjà se répondent sur Risingson. Horace arrive sous ses dreadlocks pour chanter sur Girl I love You extrait du dernier disque studio du groupe, Heligoland, qui remonte déjà 14 ans (2010). Les nappes de clavier et la bass hypersonique enrobent le tremolo inimité d’Horace Andy qui remporte toujours un franc succès sur scène :

    Girl, I love you but your loving has gone
    Forever
    Gonna miss you but my love has gone
    Forever

    Elisabeth Fraser fait son apparition pour Black Milk. Cheveux uniformément blancs et lunettes à grosses montures, sa voix aérienne et mystérieuse fait toujours des merveilles dans les hauteurs où l’emmènent les sons de Massive Attack. Cette voix d’ange se marie exceptionnellement avec la noirceur de la musique.

    Le trio Young Fathers est aussi de la partie ce soir comme lors de la tournée XXL. Les Massive Attack les ont pris sous leurs ailes. Etonnant d’ailleurs, ils sont un peu trop hip-hop et pas assez trip-hop. La pulpeuse Deborah Miller vocalise sur Safe from Harm avec sa voix d’opéra d’une énergie dévorante pendant que 3D déroule son chanter-parler obsédant et électronique :

    Serious, in-, serious, in-
    Serious, infectious, and dangerous
    Friends and enemies, I find it’s contagious
    I was looking back to see if you were looking back at me
    To see me looking back at you

    Le show est grandiose, ponctué des messages politiques auxquels tient le groupe dont son soutien au combat palestinien qui rencontre un franc succès à Saint-Cloud lorsque « STOP GENOCIDE » s’affiche sur les écrans. Modernité et obscurité accompagne cette musique sortie des tréfonds de la terre pour percuter nos âmes. Il n’y manque qu’un peu de nouveauté pour les habitués de leurs concerts.

    Pas de CD annoncé pour le moment !

    Setlist : (Gigi D’Agostino cover)/ Risingson/ Girl I Love You (with Horace Andy)/ Black Milk (with Elizabeth Fraser)/ Take It There/ Gone (with Young Fathers)/ Minipoppa (with Young Fathers)/ Voodoo in My Blood(with Young Fathers)/ Song to the Siren (Tim Buckley cover) (with Elizabeth Fraser)/ Inertia Creeps/ Rockwrok (Ultravox cover)/ Angel (with Horace Andy)/ Safe From Harm (with Deborah Miller)/ Unfinished Sympathy (with Deborah Miller)/ Karmacoma/ Teardrop (with Elizabeth Fraser)/ Levels (Avicii cover)/ Group Four (with Elizabeth Fraser)/ In My Mind (Gigi D’Agostino cover) (Reprise)

    Dimanche 25 août 2024

    Roisin Murphy

    Roisin Murphy, une blonde Irlandaise déjantée : habillée en jupe noire, chemisier blanc et chaussures vernies à talons, elle change de veste à chaque chanson, passant du boa synthétique à la tenue smoking. Ses musiciens alternent leurs instruments avec des machines. Le tout donne un mix entre électro et musique de cabaret. La personnalité originale de Roisin donne une sacrée saveur à l’ensemble. Une belle découverte !

    PJ Harvey (grande scène)

    Le concert de PJ Harvey se déroule au crépuscule sur la grande scène. Celle-ci est décorée avec du mobilier d’intérieur cosy : une table avec des chaises où la chanteuse s’assoit parfois pour boire un thé, une écritoire où elle déplie son cahier d’écolier et y prend des notes…

    Le fidèle ami et musicien John Parish, multi-instrumentiste et arrangeur-producteur de nombre des disques de PJ est présent. A la batterie, une vieille connaissance aussi, le batteur français Jean-Marc Butty. Le reste des musiciens assurent leur partie avec discrétion derrière Poly Jean qui apparaît, telle une vestale, habillée d’une longue robe blanche sur laquelle elle porte une cape pour les premiers morceaux avant d’enlever celle-ci, dévoilant les dessins de la robe dont elle nous expliquera qu’ils ont été réalisés par les membres du groupe à chacune des étapes de leur tournée européenne qui se termine ce soir à Saint-Cloud.

    Le groupe joue ses classiques avec un beau retour sur le CD Let England Shake pour lequel elle prend sa guitare sur The Glorious Land, l’histoire désespérée des combattants britanniques de la première guerre mondiale, et la cithare pour The last living rose.

    Sur le déchirant Down by the Water, l’histoire d’un infanticide commis par une mère qui noie sa fille, elle assure les percussions avec deux petites baguettes en bois qu’elle frappe en rythme devant son micro :

    I lost my heart
    Under the bridge
    To that little girl
    So much to me

    Little fish. big fish. swimming in the water.
    Come back here, man. gimme my daughter.

    Et on continue dans la nostalgie avec The desperate kingdom of love presque chanté a cappella sur quelques notes de guitare. Et le concert se termine sur un énergique To bring you my love datant de 1995 et soulevant toujours l’enthousiasme.

    PJ Harvey et ses fidèles musiciens déroulent avec toujours autant de subtilité un rock alternatif de tendance arty. Poétesse inspirée, auteur-compositrice de talent, multiinstrumentiste assumée, elle creuse son sillon solitaire et singulier depuis la fin des années 1980 au sein d’un rock britannique qui ne manque certainement pas de personnalités originales.

    Un beau concert !

    Setlist : Prayer at the Gate/ The Nether-Edge/ I Inside the Old Year Dying/ The Glorious Land/ Let England Shake/ The Words That Maketh Murder/ A Child’s Question, August/ I Inside the Old I Dying/ Send His Love to Me/ 50ft Queenie/ Black Hearted Love (PJ Harvey & John Parish cover)/ Angelene/ The Garden/The Desperate Kingdom of Love/ Man-Size/ Dress/ Down by the Water/ To Bring You My Love

    Pixies (scène de la Cascade)

    Et on poursuit dans le rock alternatif avec les Américains de Pixies menés par Black Francis. Guitariste lui-même il est également épaulé par le guitariste historique du groupe : Joey Santiago, et il faut dire que ces deux-là font bruyamment le spectacle. Le groupe fondé en 1986 a été novateur dans le mouvement post-punk américain et a inspiré nombre de musiciens bien au-delà de leur continent. Une musique simple faite d’alternances entre couplets calmes et refrains endiablés dans lesquels se déchaînent la rythmique et les guitares. Les textes de Black Francis sont beaucoup plus mystérieux, souvent inspirés par la Bible et autres fantasmes de cet auteur-compositeur.

    Bref, un rock dur et régénérant qui ravit l’assistance. Assister à un concert des Pixies donne le sentiment de partager un moment avec un mythe musical. La foule reprend en chœur le final sur Where is my mind? Une chanson de 1988 inspirée à Francis par une expérience de plongée sous-marine dans les Caraïbes et reprise un nombre incalculable de fois par d’autres groupes ou utilisée dans des films, des publicités, des défilés de mode… Un marqueur des Pixies !

    Setlist : Gouge Away/ Wave of Mutilation/ Head On (The Jesus and Mary Chain cover)/ Isla de Encanta/ Monkey Gone to Heaven/ Caribou/ Hey/ Mr. Grieves/ Debaser/ Bone Machine/ Tame/ The Vegas Suite/ Chicken/ Velouria/ The Happening/ In Heaven (Lady in the Radiator Song) (Peter Ivers & David Lynch cover)/ Vamos/ Here Comes Your Man/ Wave of Mutilation (UK Surf)/ Where Is My Mind?/ Winterlong (Neil Young cover)

    LCD Soundsystem (grande scène)

    Le groupe a bien grandi depuis le festival des Inrocks en 2004 où il s’était produit en trio pour un set incendiaire. Aujourd’hui il assure la soirée de clôture du festival parisien. Ils sont désormais nombreux sur scène et jouent avec brio une musique plus détendue toujours sous la houlette de l’américain James Murphy.

    La musique reste basée sur une rythmique répétitive et obsédante mais la multiplicité des musiciens et des instruments la rend plus fluide. La mise en scène est aussi plus colorée. Les musiciens sont habillés de façon bigarrée, notamment le guitariste leader qui a le visage peint en bleu et rouge au niveau des yeux et porte un chapeau de paille. Les claviers principaux sont assurés par deux femmes d’origine asiatique, les autres musiciens alternent leurs instruments avec des machines. L’ensemble est terriblement entraînant et cette formation montre son incroyable capacité à produire et tenir ces rythmes mécaniquement, avec des humains jouant d’instruments, plutôt qu’avec de l’électronique pure. Bien sûr les machines se mêlent aussi aux instruments pour produire cette réjouissante fusion sur laquelle se pose la voix saccadée de Murphy. LCD Soundsystem produit ce soir un mix harmonieux entre l’électronique, les instruments et le chant. Une très belle évolution de ce groupe américain original.

    Malgré cet enchantement rythmique et musical, le chroniqueur, un peu fatigué rentre chez lui avant la fin du show. Son absence ne sera pas remarquée par l’enthousiaste James Murphy qui lui pardonnera certainement…

    Setlist : Song played from tape, Real Good Time Together (Lou Reed song)/ Get Innocuous!/ I Can Change (Intro featured a « Radioactivity » (Kraftwerk) snippet)/ You Wanted a Hit/ Tribulations/ Movement/ Tonite/ Someone Great (Dedicated to Justin Chearno, who passed away on 23rd August, «Your Silent Face» – New Order outro)/ Losing My Edge ((with snippets of « Ghost Rider » by Suicide, « Robot Rock » by Daft Punk and « Don’t Go » by Yazoo))/ Home/ Dance Yrself Clean/ New York, I Love You but You’re Bringing Me Down/ All My Friends/ Song played from tape, Shout (Tears for Fears song)

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  • Le trio Wanderer au festival de musique de chambre de Perros-Guirec

    Le trio Wanderer au festival de musique de chambre de Perros-Guirec

    C’est le dernier concert du festival ce soir qui accueille le Trio Wanderer (piano, violon et violoncelle) pour interpréter un joli programme.

    Le Trio n°1 de Bedrich Smetana compositeur tchèque (1824-1884) qui composa cette œuvre après la mort de sa fille de 5 ans, comme une thérapie face au drame, avec un premier mouvement particulièrement lancinant et douloureux avant que les deux derniers mouvements redonnent goût à la vie.

    « La Vallée d’Oberman » est une transcription pour trio d’une composition pour piano de Liszt (1811-1886). Entreprise par un de ses élèves elle a été finalisée par Liszt lui-même, qui par ailleurs était un soutien musical et financier de Smetana. Cette œuvre invite à la méditation avec un sublime dialogue entre violon et violoncelle.

    Et après l’entracte les Wanderer interprètent le Trio pour piano et cordes n°4 de Dvorak (1841-1904) composés de six danses enthousiasmantes dans une atmosphère slave, entre rire et larmes.

    Rappelons-le, « Wanderer » signifie vagabond/voyageur en allemand. Ce fut un beau voyage musical offert ce soir.

    Bis : Musique Gitane, Haydn & Elégie, composée par le gendre de Dvorak

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  • Françoise Hardy est morte

    Françoise Hardy est morte

    Françoise Hardy (1944-2024) est morte ce 11 juin, des suites d’une longue maladie, à 80 ans. Elle a été l’égérie des années yéyé 1960 et bien au-delà. Son beauté androgyne et longiligne, ajoutée à une froideur affichée, a aussi séduit quelques rockers qui se sont affichés avec elle : Bob Dylan, David Bowie, Mick Jagger, Etienne Daho. D’une voix susurrée elle chantait ses propres textes, mélancoliques, tournés vers les amours perdus et la séparation. Elle était sympa Françoise Hardy. Que la terre lui soit légère !

  • Garbage – 2024/07/06 – Paris Grand Rex

    Garbage – 2024/07/06 – Paris Grand Rex

    Et hop, encore un concert de Garbage à Paris. C’est propre, bien enlevé et oh combien réjouissant ! Shirley, les cheveux blonds peroxydés est engoncée dans un étrange costume de plumes qui la fait ressembler au Bowie déguisé en clown sur le clip de Ashes to Ashes. Steve le premier guitariste est toujours habillé d’un costume-cravate surmonté de son éternel chapeau. Duke, son alter-ego à la guitare, a désormais l’allure d’un ZZ Top, le crâne glabre et une longue barbe blanche. Butch assure fidèlement la batterie. La nouveauté du jour est le remplacement du bassiste intérimaire de ces dernières années Eric Avery, qui a rejoint Jane’s Addiction, par Ginger, une femme, blonde patine qui assure aussi certains chœurs.

    Le groupe est arrivé ce matin de Cologne en car et Shirley nous raconte son émerveillement devant le lever du jour sur la ville lumière et la découverte de la salle de théâtre du Grand Rex. Pour l’occasion, ils sont venus en famille et elle embrasse les siens depuis son micro.

    La scène est largement dégagée sur le devant, les quatre musiciens regroupés en formation autour de la batterie. Dans sa jeunesse Shirley avait l’habitude de continuellement parcourir la scène durant le show en tournant en rond comme une lionne en cage. L’âge venant (elle a 58 ans) et son nouveau costume du genre encombrant l’ont apaisée, elle est moins fébrile et, du coup, la scène paraît un peu vide. Rien de grave, seule la musique compte.

    En l’absence de nouveau disque, la setlist reprend les trente années de la flamboyante carrière des Garbage en picorant dans leurs sept albums enregistrés en studio et c’est un bonheur pour les fans de parcourir ainsi leur passé rock. Petite faute de goût, une fan « enthousiaste » balance son gobelet de bière sur Shirley qui accuse le coup, menace la coupable d’un vigoureux doigt d’honneur avant de lui faire la morale à la fin du morceau, se plaignant de puer l’alcool, pendant que son mari (encore un clone de ZZ Top) passe la serpillère…

    Garbage c’est un groupe de guitaristes posés sur la personnalité adente de sa chanteuse à la voix définitivement rock. Voilà trente ans qu’ils animent la scène du monde entier avec leur musique post-punk matinée de grunge, simple de de bon goût. Ça dépote et on reste admiratif de cette énergie qu’ils déploient sans compter au service de ce rock enflammé et jouissif. Shirley dédie même une chanson à M’Bappé et présente une reprise Siouxsie and the Banshees, une autre égérie du rock, des années 1970-80 cette fois-ci, et dans sa version new-wave.

    Le concert se termine sur le légendaire Only Happy When It Rains :

    I’m only happy when it rains
    I feel good when things are going wrong
    I only listen to the sad, sad songs
    I’m only happy when it rains

    Mais ce soir nous avons tous été très heureux sous le beau temps de cette soirée d’été au Grand Rex !

    Setlist

    Happy Home (Instrumental – Partial)/ #1 Crush/ Godhead/ I Think I’m Paranoid/ Cherry Lips (Go Baby Go!)/ Special/ The Men Who Rule the World/ Metal Heart/ Run Baby Run/ Hammering in My Head/ The Creeps/ The Trick Is to Keep Breathing/ Bleed Like Me/ Stupid Girl/ Wolves/ No Gods No Masters/ Cities in Dust (Siouxsie and the Banshees cover)/ Vow/ When I Grow Up/ Why Do You Love Me/ Push It

    Encore : Milk/ Only Happy When It Rains

    Warmup

    Lucia & the Best boys

    Un sympathique groupe écossais indie, qui joue sous la houlette inspirée de sa chanteuse longiligne Lucia Fairfull

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  • « Chopin au Jardin – 2024 » au Parc Montsouris (Adam Kałduński, piano)

    « Chopin au Jardin – 2024 » au Parc Montsouris (Adam Kałduński, piano)

    C’est Adam Kałduński qui clôture cette quinzième édition du mini-festival « Chopin au Jardin » qui, comme chaque année, se poursuivra en août dans un parc de Varsovie. C’est sa première venue à Paris et son premier récital dans la capitale. Ce jeune pianiste porte queue de cheval sur costume noir, virtuose et inspiré, il déroule un joli programme, dont les 24 préludes en deuxième partie. Le public sous le soleil ne veut plus le laisser partir et il ne se fait pas trop prier pour enchaîner trois bis.

    CHOPIN au jardin_Adam Kałduński_IP_PARIS_mm

    Mais le vrai héros de ce festival est évidemment Frédéric Chopin (1810-1849) : quel compositeur de génie ! Des Valses aux Nocturnes il a su capter la légèreté et le tragique de la vie. Qui ne rêve, au soir venu, d’imaginer que son âme s’envolera vers l’autre monde au gré d’une Nocturne de Chopin ?

    Programme

    • Grande valse en la bémol majeur, op. 42
    • Nocturne en mi majeur, op. 62 n° 2
    • Ballade n° 1 en sol mineur, op. 23
    • Vingt-quatre préludes, op. 28

  • Les Rolling Stones à Chicago

    Les Rolling Stones à Chicago

    Un fidèle lecteur nous envoie des nouvelles des Rolling Stones en concert hier à Chicago : ils vont bien !

    SET LIST

    • Start Me Up
    • Get Off Of My Cloud
    • It’s Only Rock ‘n’ Roll (But I Like It)
    • Angry
    • She’s A Rainbow
    • Wild Horses
    • Mess It Up
    • Tumbling Dice
    • You Can’t Always Get What You Want
    • Tell Me Straight
    • Little T&A
    • Happy
    • Sympathy For the Devil
    • Honky Tonk Women
    • Midnight Rambler
    • Gimme Shelter
    • Paint It Black
    • Jumpin’ Jack Flash
    • Sweet Sounds of Heaven
    • (I Can’t Get No) Satisfaction
  • Anohni & the Johnsons – 2024/06/27 – Paris Philharmonie

    Anohni & the Johnsons – 2024/06/27 – Paris Philharmonie

    Antony Hegarty, né au Royaume Uni en 1971 s’est d’abord fait connaître comme leader du groupe Antony & the Johnsons qui sort un premier CD en 2000. Il a souvent fait allusion dans sa création à des questionnements sur son identité « de genre » au travers de ses textes, de ses références musicales et artistiques, de ses attitudes. Au début de sa carrière il s’est produit dans des groupes de drag-queens. On se souvient qu’il avait joué son concert de 2009 à la Salle Pleyel habillé en femme. Il a suivi depuis sa transformation en femme trans. Elle se fait appeler désormais Anohni depuis 2015. Elle a continué à signer des disques sous ce seul nom ou celui de Anohni & the Johnsons comme la formation de ce soir qui se produit à la Philharmonie de Paris dans le cadre du festival Days Off.

    Son dernier CD, My Back Was a Bridge For You To Cross, affiche sur sa couverture un portrait de Marta Johnson, célèbre militante drag-queen afro-américaine qui s’est battue en faveur des droits homosexuels en participant notamment aux émeutes Stonewall uprising en 1969 lorsque la police new-yorkaise harcelait la communauté dans cette boîte gay très connue à Greenwich Village. Sur le premier disque d’Anthony figurait le portrait sur son lit de mort de Candy Darling, une autre icône trans qui paraissait à la fin des années 1960 dans l’univers d’Andy Warhol. Lou Reed, lui aussi proche d’Andy Warhol, lui rendit hommage à travers ses chansons Take a Walk on the Wild Side (1971) et Candy Says (1969). Lors de sa tournée Berlin de 2006, Antony assurait les chœurs sur la partie américaine de celle-ci, mise en image par Julian Schnabel qui a donné lieu à l’édition d’un DVD d’une grande beauté ; le rappel du concert était Candy Says chanté en duo par Lou et Anthony qui en livrent une bouleversante interprétation.

    Lou Reed a toujours été un fervent soutien d’Anohni et a chanté sur son deuxième disque avec les Jonhsons. I’m a bird now (2005), Anohni a chanté une très belle interprétation de Perfect Days sur l’un des derniers CD de Reed : The Raven (2003). Une courte histoire d’amitié (Lou Reed est mort en 2013) et de musique transgénérationnelle entre ces deux artistes.

    Les Johnsons entrent en piste à l’extinction des lumières, ils sont neuf, tout de blanc vêtus et s’assoient sagement sur leurs chaises en arc de cercle sous un grand écran. Ils sont emmenés par le guitariste britannique Jimmy Hogarth, auteur-compositeur-producteur qui a collaboré avec de nombreux artistes, co-écrit et produit le dernier disque d’Anohni & the Johnsons. Une section de cordes (un violoncelle et deux violons) amène sa touche de classicisme lancinant bien à propos sur la musique ce soir.

    Une danseuse apparaît sur la scène, enveloppée d’un voile blanc vaporeux, la tête surmontée de bois de cerf, collaboratrice d’Anohni depuis de nombreuses années. La danse et le corps sont au centre de leur inspiration commune et c’est une excellente façon d’introduire ce show dont on sait qu’il sera étrange. La même clôturera la soirée, cette fois-ci habillée de noir.

    Anohni, vêtue d’une robe et d’un châle blancs, les cheveux longs, blonds peroxydés, vient ensuite démarrer le concert sur Why Am I Alive Now? susurré sur les accords légers de guitare et une batterie juste effleurée. Un morceau presque guilleret ne seraient-ce les paroles d’inquiétude écologique devant la nature qui s’effondre alors que nous sommes toujours en vie. Le morceau suivant, 4 Degrees, extrait de son disque solo HOPELESSNESS, sur une rythmique plus violente et désespérée, enfonce le clou du désastre écologique qui déjà nous cerne.

    L’univers d’Anohni est des plus sombres. Et lorsqu’il ne s’agit pas de la planète chancelante c’est de son âme et de son cœur dont il est question, et ce n’est guère plus positif. L’auditeur pourrait être trompé par une voix de tête, agile dans les aigus, parfois plongeant dans les graves avec élégance, donnant une impression de légèreté. La lecture de quelques textes suffit à nous ramener à la réalité de l’artiste qui est un bloc de souffrance. Même sa façon de se tenir exsude la douleur, lorsqu’elle chante ses mains s’imbriquent et se tordent l’une avec l’autre, ses lèvres tremblent sur ses vibratos singuliers, comme si elle allait s’effondrer en pleurs…

    The way you talk to me, it must change
    The things you do to me
    The way you leave me
    The seeds you give to me, it must change
    It must change
    The death inside you
    That you pass into me
    The truth is that I always
    Thought you were beautiful
    In your own way

    That’s why this is so sad
    That’s why this is so sad

    (It Must Change)

    You are my sister marque le retour à Antony. Elle est chantée sur le disque sorti en 2005 en duo avec Boy George, autre égérie du monde trans, accompagnée à la guitare par Devendra Benhart. Un très beau moment au mitan de cette soirée.

    You are my sister, we were born
    So innocent, so full of need
    There were times we were friends but times I was so cruel
    Each night I’d ask for you to watch me as I sleep
    I was so afraid of the night
    You seemed to move through the places that I feared
    You lived inside my world so softly
    Protected only by the kindness of your nature

    You are my sister
    And I love you

    (You Are My Sister)

    Le concert s’écoule dans la douceur, tout en subtilité. Le groupe est soudé autour d’Anohni, l’encadre sans s’imposer, comme s’il voulait s’effacer derrière sa voix exceptionnelle et émouvante. L’ensemble est parfait.

    Anohni nous parle un long moment de son association Future Feminism pour la défense des droits des femmes, qui organise un festival pour la cause, pendant que défilent sur l’écran les images de femmes martyrisées du fait de leur condition, trans ou pas. Dans la salle, nombre de représentants du monde queer, bien visibles, manifestent leur soutien en applaudissant à tout rompre.

    En rappel, Anohni, assise au piano, interprète Hope There’s Someone, le second retour à Antony, qui clôt merveilleusement bien cette soirée musicale bien mélancolique mais tellement belle, transcendée par la délicatesse des compositions portées par la voix d’Anohni.

    Hope there’s someone who’ll take care of me
    When I die, will I go?
    Hope there’s someone who’ll set my heart free
    Nice to hold when I’m tired

    (Hope There’s Someone)

    Un final plein d’émotion de la part de cet artiste inclassable, à la sensibilité à fleur de peau, dont les récents changements de genre ne semblent pas avoir véritablement solutionné le mal-être, mais ce sont sans doute eux qui fondent aussi une part de cette inspiration si singulière.

    Setlist

    Why Am I Alive Now? (Preceded by performance by Johanna Constantine dressed in white with deer antlers)/ 4 Degrees(ANOHNI song)/ Manta Ray (ANOHNI song)/ Cut the World/ Breaking (Marsha P. Johnson interview video short)/ Hopelessness (ANOHNI song)/ It Must Change/ You Are My Sister (Interpolation of spoken speech)/Sometimes I Feel Like a Motherless Child (Cover traditional song)/ Can’t/ Everglade/ Another World (New arrangement)/ Drone Bomb Me (ANOHNI song)/ Man Is the Baby (Followed by performance by Johanna Constantine dressed in black with deer antlers)/ Her Eyes Are Underneath the Ground (Was performed wearing a veil)

    Encore : Hope There’s Someone (performed with Anohni on piano)

    Le groupe

    • ANOHNI
    • Jimmy Hogarth, guitare
    • Leo Abrahams, guitare
    • Chris Vatalaro, batterie
    • Gael Rakotondrabe, piano, percussions
    • Sam Dixon, basse
    • Julia Kent, violoncelle
    • Max Moston, violon
    • Doug Wieselman, multi-instrumentiste
    • Mazz Swift, violon
    • Johanna Constantine, danse

    Vidéos

    Les vidéos d’Anohni sont disponibles sur son site web :

    Video — Anohni and the Johnsons

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