Isobel et Mark sont de retour avec un nouveau disque Sunday at Devil Dirt et une étape à la Cigale, en compétition ce soir avec Alanis Morissette au Zénith. Aux grandes orgues de la rockeuse canadienne nous avons préféré cette formation de chambre, la belle et la bête en huis clos dans cette si agréable salle de la Cigale.
Isobel Campbell, l’ex-chanteuse violoncelliste écossaise de Belle and Sebastian, et Mark Lanegan, ex-chanteur californien de Queens of the Stone Age, nous ont délivré une soirée de toute beauté, toute en subtiles nuances entre blues urbain et folk des grands espaces. Ils sont accompagnés d’un guitariste, d’un batteur et d’un bassiste/contrebassiste de qualité.
Un ange de blondeur avec une voix aérienne qui ne quitte son micro que pour nous déchirer l’âme avec l’archer de son violoncelle ; un homme sombre dont le chant monte des profondeurs du centre de la terre, là où le magma carbonise tout ce qui l’entoure. Tous deux semblent absents, sont fort peu diserts avec le public, pas souriant pour un sou, mais sans doute en symbiose avec l’atmosphère dégagée par cette musique, douce et mystérieuse.
Ce n’est pas grave, tous deux ne sont certainement pas des parangons de communication et ce n’est pas ce qu’on leur demande. Nous avons parcouru en leur compagnie une nouvelle étape de leur route musicale que l’on imagine déserte et sinueuse à travers les Highlands embrumées, et où à l’issue d’une longue balade humide on se retrouve au coin d’un grand feu craquant, juste pour vivre.
Propos recueillis par Astrid Karoual et Rémy Pellissier pour Evene.fr – Avril 2008
Après dix ans d’attente, voici enfin le retour du mythique groupe de Bristol, pionnier du trip-hop et auteur en 1994 de l’énorme tube ‘Glory Box’. Après ‘Dummy’ et ‘Portishead’, le trio livre aujourd’hui un joyau inclassable, sobrement intitulé ‘Third’, et remplit le Zénith de Paris pour deux concerts exceptionnels.
Sorti d’une période d’épuisement physique et mental, Portishead semble aujourd’hui avoir retrouvé l’envie de composer, d’écrire, de jouer et de tourner. Les trois Anglais défendent ‘Third’ comme un premier album, et s’apprêtent à investir les scènes du monde entier avec une joie non dissimulée. Rencontre avec les deux musiciens « têtes pensantes » du trio, Adrian Utley et Geoff Barrow, enthousiastes comme deux enfants parlant de leur nouveau jouet. Ils se coupent la parole, se complètent, répondent sans emphase à nos questions. Entretien avec des stars à la simplicité déconcertante…
Vous n’aviez pas enregistré depuis le live à Roseland en 1998. Qu’avez-vous fait pendant ces dix années loin des médias ?
Adrian Utley : Ce n’était pas le dernier concert que nous avons fait ensemble. Après ça, nous étions partis pour une très grande tournée à travers le monde pendant quelques années. Nous avons été très fatigués pendant longtemps. Nos rapports étaient devenus un peu tendus et on a parlé de faire une pause, de faire d’autres choses à côté. Geoff Barrow : Oui, nous étions exténués et le but de ce nouvel album était de dire quelque chose de différent. On y avait pensé en 1999. Pendant une très longue période, nous avons ressenti un sentiment de vide, le sentiment de ne pas faire les choses pour les bonnes raisons. AU : Mais nous avons fait des choses diverses qui nous font nous sentir mieux. On a su tirer quelque chose de toute cette période. En 2001, on avait commencé à révéler notre nouvelle musique en Australie. C’était bien mais ça ressemblait plus à de la musique de film qu’à un album. On a donc arrêté pour faire d’autres choses très différentes. Puis, en 2004, on a recommencé à écrire et le résultat était plus convaincant. GB : Je suis d’accord, mais ça restait toujours difficile. En 2006, nous avons été contactés par la maison de disques. On leur a dit qu’on avait sept morceaux et une année plus tard nous en avions six supplémentaires. On avait donc beaucoup de matériel sonore et on a dû procéder à une sélection… AU : Il a fallu détruire beaucoup de musique pour réaliser une oeuvre unique. Parfois, l’idée était de prendre trois morceaux pour n’en faire plus qu’un. C’était manifestement prolifique, mais ça a pris beaucoup de temps. GB : Nous sommes vraiment ravis d’avoir fini. Pour moi c’est le meilleur disque qu’on ait réalisé, comme une sorte d’accomplissement. Nous en sommes très fiers.
Avez-vous ressenti une pression de la part de la maison de disques pour réaliser un nouvel album ?
GB : Nous avons toujours eu la chance d’avoir une certaine liberté. AU : C’est vrai, bien que nous ayons vendu des disques sous contrat, nous n’avons jamais ressenti de la part d’une maison de disques la pression de faire quoi que ce soit d’une manière particulière. GB : Artistiquement, on a toujours eu le contrôle. Personne ne nous a dit ce que nous devions faire, quelle musique nous devions écrire, quel clip nous devions réaliser. Des gens ont essayé, mais pas longtemps… AU : Pour le premier album ‘Dummy’, on n’a pas fait les choses « à l’américaine ». On a juste fait appel à des amis qui nous aidaient sans nous dire quoi faire. Sinon, ça serait devenu ridicule… GB : Surtout que les majors préfèrent investir dans des trucs comme James Blunt… AU : J’adore James Blunt… C’est un génie ! GB : Je sais que tu l’adores… (rires)
Comment vivez-vous la forte attente du public pour ce nouvel album, après toutes ces années ?
GB : Nous ne voyons pas beaucoup le public ! Nous avons bien sûr un site internet et des blogs pour communiquer avec lui. Evidemment, les gens s’y intéressent, mais la pression, nous nous la mettons déjà nous-mêmes. AU : Quand on se met à écrire de la musique, on n’a aucune idée de ce qui peut se dire alors on n’a pas vraiment de pression extérieure.
Comment réagissez-vous à la critique ?
GB : Tous les critiques ont tort. Ils écoutent un disque ou vont à un concert et cherchent à saisir de quoi vous parlez, qui vous êtes. C’est stupide ! AU : Le problème vient surtout de la question du trip-hop. Tout le monde veut classer, étiqueter, chercher quelle sorte de trip-hop nous faisons. Mais on ne raisonne pas comme ça. Une critique qui disserte là-dessus a forcément tort. En même temps, je serais intéressé de lire des mauvaises critiques de l’album car elles ont parfois raison sur certains points, quand le journaliste sait de quoi il parle. GB : En fait, c’est une question d’opinion. Les gens s’intéressent à différents aspects. Certains adorent vraiment ‘Glory Box’. D’autres préfèrent ‘Machine Gun’. Tout dépend des préférences musicales.
L’album ‘Third’ est marqué par de nombreux changements au niveau des sons et des ambiances. Comment l’expliquez-vous ?
AU : C’est une façon naturelle de quitter ce qu’on était avant. Mais je pense que le sentiment partagé pendant la création a été le même que celui que nous avons toujours eu. Les nouveaux sons proviennent sûrement des musiques que nous écoutons, de nos sujets de discussion, de la façon dont nous pensons que la musique devrait être. GB : Quand vous écoutez ‘Dummy’, ‘Portishead’, et enfin ‘Third’, vous pouvez voir la progression. C’est une progression naturelle. Parce que le son de ‘Dummy’ était absorbé par le « mainstream » et les médias, les gens se faisaient une idée de qui on était… Mais la manière dont on a procédé pour chaque morceau depuis le début est toujours la même.
Quelles sont vos références et inspirations actuelles ?
AU : Nous sommes allés régulièrement écouter les autres groupes dans les festivals. Et quand on écoute les groupes autour de nous, ils ont toujours d’une certaine manière un peu d’influence sur notre propre musique. Nous avons écouté de la musique électronique, expérimentale… GB : Ou regardé des songwriters en cherchant l’inspiration pour nos propres chansons… Si l’on se projette, comment aimeriez-vous être perçus dans dix ans par le public ? GB : Comme un groupe révolutionnaire, précurseur ou simplement comme un bon groupe… AU : J’aurai 60 ans… GB : Et moi 45 ! (rires)
Samedi 24 Mai 2008
Daho: « Imposer quelque chose »
Propos recueillis par Eric MANDEL
leJDD.fr
Dans la foulée de son dernier album, L’Invitation, Etienne Daho parcourt la France depuis trois mois -et jusqu’en décembre- dans le cadre d’une tournée intimiste dans des salles à dimension humaine. Il sera à l’Olympia à partir du 3 juin prochain. Le JDD.fr l’a rencontré lors de son passage à Rennes. Interview…
Daho tout en haut
Comment se déroule cette tournée?
C’est un marathon invraisemblable. On joue presque tous les soirs, à un rythme soutenu, avec parfois six concerts par semaine. Le show est très long, presque 2h30, c’est assez athlétique. Moi qui n’aime que les shows à l’anglaise d’une heure un quart! En tant que spectateur, je me fais chier au bout d’une heure et demie. La précédente tournée était bien plus courte car j’avais d’autres projets, notamment la production d’albums d’autres artistes. Et puis c’était une tournée des Zéniths dans les grandes villes. Une tournée très différente car elle était basée sur la dynamique très rock et brute de l’album Réévolution. Dans le show, il y avait beaucoup de tubes, ce qui est très pratique dans des salles comme le Zénith. Là, on a opté pour une tournée plus intimiste avec moins de tubes.
Fatigué des grandes salles?
J’aime beaucoup les Zéniths, mais je préfère les endroits faits pour la musique. Jouer dans une salle où l’on est ensemble dans une espèce de petite transe, entre nous. Et puis je veux voir les gens, c’est important pour moi. Je n’aime pas être comme un lapin dans les phares, ne rien voir.
Les 19 et 20 mai derniers, vous avez fait escale à Rennes pour deux concerts très chargés émotionnellement…
Je jouais à domicile. Rennes représente une partie très importante de ma vie. J’ai tout connu ici. Je suis arrivé ici, j’avais huit ans. Je venais d’Oran. Je suis née une seconde fois à Rennes. Mon premier concert, c’était à Rennes. Dans la salle où je viens de me produire. C’est un peu comme si le jeune homme débutant me demandait des comptes aujourd’hui. « Alors, est-ce que ça correspond au rêve qu’on avait tous les deux? ». La réponse est oui. J’ai exactement les mêmes envies, faire des chansons, m’exprimer, partager. En tout cas, j’essaye de me faire plaisir. Comme ce jeune homme à l’époque…
Durant le concert, vous avez évoqué, avec la chanson Promesses, le souvenir de ce premier concert donné il y a 25 ans. Nostalgique?
Je n’ai aucune nostalgie, j’ai été heureux de retrouver l’endroit intact… il n’a pas bougé. A l’époque, j’avais fait cinq titres qui allaient devenir les chansons de Mythomane, mon premier album. Les Modern Guys faisaient les choeurs. Le groupe Marquis de Sade m’accompagnait. Son leader, Franck Darcel fut le premier à m’aider pour mes premières maquettes. Et ils étaient là à Rennes pour mon concert… Mon premier concert, c’était le grand plongeon, comme un saut en parachute, je m’étais fait violence, car je ne suis pas vraiment exhibitionniste, ce n’est pas le fond de ma nature. J’avais vomi avant le concert. Et en fait j’ai eu de très bonnes critiques, ça m’a permis de signer après avec une maison de disques. Je n’avais jamais fait de concert, sinon durant une scène aux toutes premières Transmusicales. Je jouais dans une espèce de groupe à géométrie variable, on faisait n’importe quoi, une sorte de happening. Et j’étais là, tellement bourré, pas loin du coma éthylique, et j’ai eu le hoquet pendant tout le concert, les gens croyaient que c’était la peur, en fait, non j’avais trop bu.
Durant votre tour de chant, vous parcourez 25 ans de carrière. Comment vous choisissez les chansons d’un concert?
Toutes les chansons sont la somme d’un tout. Ma discographie, c’est un livre et chaque album serait le chapitre de ce même livre. Le but était aussi de rendre digeste un concert long de deux heures et demi. J’ai pris au moins six mois pour déterminer la set-list. J’ai répété une quarantaine de chansons pour n’en retenir qu’une trentaine. L’objectif de base était de ne pas faire dans la nostalgie. Je suis un homme d’aujourd’hui avec un nouvel album que j’adore jouer sur scène. Il existe une cohérence à le mélanger avec d’anciennes chansons. Certaines se répondent, se complètent, sont en rupture, alternent légèreté et gravité… En fait, j’essaye d’imposer quelque chose. On passe par plein d’endroits et plein de moments. Le début du show ne tend pas la main, il n’y a pas de flatterie, aucune drague. Les gens sont un peu impatients, ils ont envie de bouger, de témoigner des choses… Mais c’est bien de retenir, de ne pas être dans une démarche facile. Au bout d’un moment, c’est bien aussi de les attraper par le slip et de dire: « bon voilà, on se lâche! ».
L’Invitation est un album assez hédoniste…
Oui, globalement, c’est « lâchons nous, bouffons la vie ». C’est le mot d’ordre de l’album: Carpe Diem. C’est sans doute le côté oriental que j’ai en moi, même de façon inconsciente… La vie est courte, on a souvent l’impression d’être immortel. Quelle erreur! Gamin, en Algérie, pendant la guerre d’indépendance, j’ai vu la mort de très près. J’étais dans l’appartement avec ma mère et ma soeur, l’appartement brûlait, j’ai failli me faire buter. J’avais quatre ans… Je me sens vraiment un survivant, j’ai failli mourir plusieurs fois. Très tôt, j’ai vécu avec cette conscience aiguë de la fragilité de la vie et de l’urgence de la protéger et d’en profiter.
L’une de vos chansons débute par cette phrase: « Je suis escorté par la chance ». C’est la clef de votre longévité?
Certainement. Je reviens de loin, je suis passé à travers beaucoup de choses, sans avoir altéré ou abîmé la personne que je suis vraiment. J’ai eu la chance de pouvoir avancer dans ma vocation. J’en suis excessivement conscient. J’ignore d’où elle vient, cette « baraka »… En même temps, la chance, ça se cultive. Elle n’arrive jamais par hasard. Il faut aussi savoir la provoquer.
Henri Guaino a assisté au concert VIP de Madonna à l’Olympia. Après Chirac qui s’était également rendu au show de la madone au Parc de Sceaux dans les années 90, qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour paraître et racoler !
Morcheeba au Grand Rex, une autre création britannique de Trip Hop, plus pop que hop, un peu à la traîne des Portishead et Massive Attack, animé par les deux frères Godfrey l’un aux platines et le deuxième à la guitare. Les vocaux sont assurés par des chanteuses recrutées au fur et à mesure des disques, plutôt interchangeables. La dernière venue est française, jolie et bonne musicienne.
Morcheeba c’est un groupe charmant qui nous fait évoluer dans une atmosphère éthérée et électronique, les guitares planent, les overdubs pullulent, le DJ mixe, et le tout donne un paquet cadeau bien emballé, un plaisir éphémère, une élégance distinguée. Il est en principe de bon ton de regretter la première chanteuse du groupe, Skye, black et soul, une Sade rajeunie ; sa remplaçante hexagonale tient largement la route.
Ne boudons pas notre plaisir la soirée est douce, la musique glisse naturellement sur nous comme nos postérieurs le skaï craquelé des fauteuils du Grand Rex. La machine électronique tourne rond, les musiciens d’amusent, le temps passe sans histoire, la performance est agréable. On ne gardera pas un souvenir éternel de ce concert mais juste la mémoire d’une soirée parisienne sans histoire.
C’est le deuxième et dernier concert des Portishead au Zénith ce soir. Ils étaient attendus comme le Messie depuis bientôt dix années. La planète parisienne hip-hop était fébrile ces dernières semaines à l’idée de ces retrouvailles, après avoir découvert Third, leur troisième et dernier disque, quelques jours auparavant.
Kling Klang, un groupe de chevelus écossais fait la première partie avec un déchaînement de claviers, guitares et d’électronique. Plutôt étrange et dissonant, mais intéressant.
Puis Portishead débarque sur une scène sobre, avec trois écrans tendus au fond qui passeront les musiciens en rendu kaléidoscopique, principalement Beth accrochée à son micro, tel un oiseau à sa branche, avec en alternance les images grises des différentes noirceurs du Monde.
Sur scène le trio historique est accompagné de trois musiciens supplémentaires qui s’installent derrière Adrien Utley, embonpoint et guitares, et Geoff Barrow & platines. A peine les lumières éteintes ils déplient le tapis scintillant de l’intro brésilienne de Silence pendant que Beth, toute de noir vêtue, entre en scène. Elle tourne d’abord le dos au public, face à la batterie, en une attitude qu’elle reprendra souvent lorsque les chants lui en laissent le loisir. Puis, enfin, face à nous entame de sa voix douce : Tempted in our minds/ Tormented inside lie/ Wounded, I’m afraid/ Inside my head/ Falling through changes/ Did you know when you lost/ Did you know when I wanted/ Did you know what I lost/ Do you know what I wanted.
Immédiatement et définitivement le Zénith tombe sous le charme étrange de cette femme que l’on imagine fragile et dont la voix gracile (mixée un peu faiblement au début du concert) monte vers le ciel avec un vibrato si particulier. L’atmosphère dans la salle est à la ferveur religieuse et chacun se laisse imprégner de ces notes mélancoliques posées sur le beat trip hop qui a fait la célébrité de Bristol, la ville qu’ils partagent avec les Massive Attack. Il émane de cette chanteuse un magnétisme qui s’insinue au plus profond de votre âme et donne le sentiment de recevoir en direct toute l’émotion qui exsude de son être : Wild, white horses/ They will take me away/ And the tenderness I feel/ Will send the dark underneath/ Will I follow.
Telle la photo verdâtre d’une forêt d’antennes qui illustre l’intérieur de la couverture de Third, le groupe lâche dans l’espace les ondes mystérieuses d’une musique à la modernité assumée. Un déroulé de leurs trois disques nous est offert, d’une égale qualité.
Beth est à l’aise dans la tempête des mots et la houle démoniaque du rythme. Telle le Goéland, elle nous enlace dans ses ailes froides pour nous accompagner dans l’œil du cyclone d’une musique que ses comparses mettent un point d’honneur à jouer hypnotique à grand renfort de guitares grinçantes et de computers créatifs, comme pour rendre son phrasé encore plus subtil et sa présence toujours plus évanescente.
Fasciné par cette personnalité aussi immobile que captivante, on se laisse flotter sur l’écume de la haute mer d’un trip hop qui atteint là des sommets de perfection. Après 90 mn d’harmonies en mode nostalgique, envahis d’une torpeur grisante, on ne sait trop s’il s’agit de tristesse ou simplement d’une alchimie artistique qui tape au cœur de nos sentiments. On hésite à se sentir déprimés mais on voit Beth, hilare, descendre dans la fosse aux fans et l’on se souvient que tout ceci n’est qu’un moment de musique exceptionnel qui se termine en apothéose sur We Carry On.
Set list : Silence/ Hunter/ Mysterons/ The Rip/ Glory Box/ Numb/ Magic Doors/ Wandering Star/ Machine Gun/ Over/ Sour Times/ Nylon Smile/ Cowboys Encore : Threads/ Roads/ We Carry On
Au retour de l’île de Bréhat le bateau qui ramène les visiteurs en 10 mn sur le continent croise un petit voilier jaune qui zigzague au milieu des cailloux et dont la grande voile blanche est marquée des lèvres de Rolling Stones. Petit clin d’œil à Mick et Keith au milieu du canal de l’Arcouest !
Peter Garrett, ex-chanteur de Midnight Oil est ministre de l’écologie du gouvernement australien. Qu’est ce qu’on aimé les Midnight Oil durant les 80’s, dansé sur Beds are Burning :
How can we dance when our earth is turning/ How do we sleep while our beds are burning !
Et pourtant nous dansions quand même. Et Dead Heart, quel tube :
We carry in our heart the true country/ And that cannot be stolen/ We follow in the steps of our ancestry/ And that cannot be broken/…/ Forty thousand years can make a difference to the state of thing/ The dead heart lives here.
Allez, le leader d’un groupe qui a écrit de telles odes musicales à la planète a sa place au gouvernement, il sera largement aussi bon que les verts français dans les palais du VIIème arrondissement.
Ouahouhhhhhhhhh ! Mademoiselle K nous offre ce soir avec son groupe un déchaînement de guitares, d’énergie et d’humour. Une patrouille de 4 musiciens qui jouent (très) fort et électrique, Katherine en chef d’escadrille, grande liane en cuir noir qui ouvre le feu sur une Cigale bourrée à craquer et enthousiaste.
Parisienne gouailleuse, 20 ans et quelques, au piano et à la guitare depuis l’enfance, des allures de Patti Smith du XXIème siècle, une musique brute et tendre, les Clash tendance féministe. Les riffs rageurs couvrent des textes touchants et révoltés. Son premier disque Ca me vexe est joué en rafale, le prochain, Jamais la Paix, annoncé pour juin est dévoilé sur le même rythme.
1 heure trente de décibels et de sueur, seulement ralentie par quelques intermèdes à la guitare électro-acoustique. Un rappel torride démarré par une longue intro électrique, à genoux, pour Final : Même quand je ferme les yeux, je vois les gens/ et j’imagine vos vies où vous étiez là juste avant/ Pourquoi vous êtes venus ici ?/ Pourquoi vous êtes restés ?/ C’est que ça vous a plu ?/ Est ce que ça vous a plu ?/ Est-ce que vous reviendrez ?/ Est-ce que tu reviendras ?
Oui, oui, oui hurle la Cigale tressautante pour faire revenir K. Seule en scène avec sa collerette noire elle joue Space Oddity de Bowie, juste pour nous, tout doucement, mais soudain la voix de Major Tom crie dans l’espace intersidéral lorsqu’il réalise… qu’il ne reviendra plus.
Les Blonde Redhead nous ont offert ce soir une très troublante prestation musicale et artistique, à laquelle peu nombreux parmi les spectateurs ont pu rester insensibles.
Devastations, un trio australien, donne le la avec un warm-up sombre et technoïde, composé de guitares larsénisantes et obsédantes. Three imaginary boys déployant leur créativité électrique dans l’univers du chaos.
Les Blonde que l’on avait vus à Paris en 2007 en première partie de Air au Zénith sont cette fois-ci le point d’orgue de la soirée. Fruit de la rencontre artistique d’une paire de jumeaux italiens guitare-voix/ batterie et d’une chanteuse japonaise, enregistrant à New-York, le trio égrène la scène musicale arty de ses productions novatrices et délicates depuis une petite douzaine d’années.
Après l’entrée en scène du duo italo-masculin-frisotant du groupe, Kazu débarque habillée d’une robe blanche et courte, brodée façon inuit urbain, les cheveux longs et raides, une frange masquant ses yeux. Elle s’empare d’une bass et lance Falling Man chanté par Amadeo le guitariste solo. Ils échangeront tout au long du show bass, guitare et vocaux en une étonnante symbiose, marque d’un fructueux travail de groupe et de composition. Kazu passe parfois au clavier tout en continuant à chanter, assise ou debout. La formation la plus efficace et la plus envoutante reste Amadeo à la guitare et Kazu au chant/ bass ou clavier.
Les lumières sont tamisées tout au long du show, entretenant cette atmosphère entre deux eaux dans laquelle se coule si bien cette musique aux couleurs obscures mais aériennes.
Les guitares sont stridentes, agiles et traitées grands espaces. Au-delà du déchaînement électrique des cordes, la voix de Kazu flotte bien haut dans les nuées et se propage sur nos épidermes ultra-sensibilisés par une telle énergique harmonie. Une espèce de fusion délicieuse qui nous emmène au paradis d’un rock subtil et dérangeant.
Et lorsque soudain au détour d’un morceau Kazu se prend à danser elle plonge alors dans une transe solitaire et extatique que l’assemblée s’essaye à partager, mais elle est tombée de l’autre coté de notre réalité, dans un monde qui est le sien, toujours reliée à son public par cette voix transcendante qui nous touche au but, telle une éruption solaire se propageant à travers le vortex de nos sentiments. D’une sensualité déchirante ses pas de danse la promènent sur la scène derrière la cascade de ses cheveux brun-roux. Elle est ailleurs, dans son propre espace, celui de l’intimité de l’artiste où l’on est à la limite de se sentir incongru. Elle est touchante, gracile, débridée, sauvage, et chante si divinement sur une guitare new age parfaitement placée. Lorsqu’elle passe le relais du chant le show reste fascinant, la voix masculine d’Amadeo, tendue et haut perchée, est également troublante comme le reste Kazu concentrée sur ses cordes et ses mouvances.
Les albums 23 et Misery is A Butterfly constituent l’essentiel de l’inspiration de ce concert (personne ne s’en plaindra) mené tambour battant, qui monte en intensité jusqu’à l’explosion finale de deux rappels exceptionnels chantés par Kazu. Sa voix émouvante, forcée dans les aigus, toujours à la limite de la brisure, susurre des paroles mystérieuses sur la guitare d’Amadeo. 23 est une perle de jade offerte dans son écrin velouté : Twenty three seconds/ All things we love will die/ Twenty three magic/ If you can change your life/… / He was a friend of mine/ He was a son of god/ He was a son of a gun/ He was a son of god. La sale frissonne d’émotion et s’accroche jusqu’à Misery is A Butterfly pour revenir en douceur vers un peu de sérénité et l’atmosphère douce-amère diffusée par la musique ce groupe.
Quelques minutes après le retour des lumières, Kazu redescendue sur notre planète, s’assied sur le bord de la scène pour signer des autographes.
Set list: Falling Man/ Dr. Strangeluv/ Spring And By Summer Fall/ In Particular/ SW/ The Dress/ Melody Of Certain Three/ Equus/ 10/ (We Are a Real Team) Harry and I
Encore1: Publisher/ 23/ Melody
Encore2: Silently/ Misery Is A Butterfly
Goldfrapp au Casino de Paris ce soir, salle distinguée pour concert aseptisé. Alison Goldfrapp, chanteuse britannique trentenaire nous délivre depuis le début du millénaire, en duo avec son compère Wil Gregory, une musique électro-pop basée sur une voix superbe et des compositions élégantes. Elle est venue jouer ce soir Seventh Tree son dernier album pour un public parisien connaisseur et empressé.
Syd Matters fait la première partie, un groupe français folkeu à la critique élogieuse, une entrée en matière un peu molle mais de qualité.
Le groupe de musiciens de Golfrapp entre ensuite en scène, tous de blanc vêtus, guitare/ violon-guitare/ bass/ batterie plus deux femmes claviers-voix/ harpe-claviers-voix. Alison arrive, perdue sous ses boucles blondes, habillée d’une espèce de nuisette rose d’Arlequin à pompons, portée plutôt courte. On l’a vue plus agressive dans ses tenues de scène… Mais qu’importe puisque Goldfrapp c’est d’abord une voix, racée, douce, harmonieuse portée par des mélodies mélancoliques, parfois doucereuses. Le groupe en arrière fond diffuse parfaitement l’accompagnement, les deux vestales claviers et harpe assurent les chœurs discrets et efficaces. Le light-show est simple, développant une atmosphère de clairière ombragée.
Comment ne pas tomber sous le charme d’une musique placée si parfaitement où elle doit être ? Tout est doux, c’est l’image d’un monde imaginaire forgé par une petite poupée sucrée, peut-être pas aussi naïve que l’on pourrait croire. C’est le choix d’une vision personnelle de la vie, d’une nostalgie douce-amère, d’un regard un peu flou sur ce qui nous entoure, d’un cheminement de traverse, d’un instinct de conservation où la perfection, la beauté sont érigées en méthode de survie.
Quelques poussées de tension aux rythmes plus ou moins disco amènent un peu d’énergie dans cet océan de douceur (Caravan Girl).
Alisson Goldfrapp, statue diétrichienne nous emmène avec elle au long de sa route d’éternité : Bring it on/ Come along/ On the road to somewhere/ Take our time/ Se the signs/ On the road to somewhere. Nous l’avons suivie ce soir, tous au comble du bonheur.
Set list : Paper Bag (Felt Mountain – 2000)/ A&E (Seventh Tree – 2008)/ Utopia (Felt Mountain – 2000)/ Cologne Cerrone Houdini (Seventh Tree – 2008)/ Satin Chic (Supernature – 2005)/ U Never Know (Supernature – 2005)/ Road To Somewhere (Seventh Tree – 2008)/ Eat Yourself (Seventh Tree – 2008)/ Little Bird (Seventh Tree – 2008)/ Monster Love (Seventh Tree – 2008)/ Number 1 (Supernature – 2005)/ Strict Machine (Black Cherry – 2003) Ecore Caravan Girl (Seventh Tree – 2008)/ Ooh La La (Supernature – 2005)/ Happiness (Seventh Tree – 2008)/ Some People (Seventh Tree – 2008)
Nous avons aimé Brisa Roché au Café de la Danse l’an passé ! Nous l’avons adorée ce soir au Bataclan, toujours avec son groupe tout de blanc vêtu, et toujours aussi bavarde… Rien n’a vraiment changé pour ce concert additionnel organisé, nous l’espérons, suite au succès rencontré en 2007. Ses parents américains sont dans la salle et ne sont pas les derniers à danser sur cette musique entrainante et sophistiquée.
Elle nous refait Takes et ses incursions dans The Chase. Elle est lumineuse et attendrissante avec sa voix pointue et sa chevelure choucroute. Elle nous emmène encore sans difficulté dans son monde merveilleux où nous la suivons d’un seul homme. Talent et simplicité restent ses marques de fabrique accompagnée par cette voix si particulière.
Brisa nous t’aimons ; et que la vie continue à t’inspirer cette attitude et cette musique qui font de tes concerts des soirées délicates et enchanteresses.
Land 250 c’est le nom du Polaroid à soufflet de Patti Smith qui l’accompagne dans la vie.
L’artiste dédicace le catalogue de ses photos et déambule au milieu des objets et des images de sa vie, toujours habillée comme l’as de pique, ses éternels godillots rangers punky, jean extra-usé et veste avachie de garçonne, lunette ronde intello, chevelure embrouillée, s’arrête à mon niveau, prend le temps d’échanger deux compliments et trois remerciements avec moi, je reste transi… Dieu descendu sur terre pour me parler, et je poursuis mon parcours dans la vie de cette artiste.
Une exposition pour fans hyperspécialisés, pleine de nostalgie et de poésie, d’énergie et d’espoir. Un film avec ses banjos-boys, interprétant Smells Like Teen Spirit et remerciant William Blake au générique. Un autre à Charleville-Mézières où elle erre sur la tombe de Rimbaud en récitant Une Saison en Enfer (elle va jusqu’à méditer dans les toilettes d’Arthur au fond du jardin). La célèbre session de Mapplethorpe la photographiant en vestale voilée de blanc pour la couverture d’Easter. Des photos timbres-poste prises tout au long d’une vie avec un vieux Polaroïd à soufflets, qui est d’ailleurs exposé. Des shoots des tombes de Walt Withnan, d’églises diverses, de croix de statues de cimetières. Beaucoup des symboles religieux : couronne d’épines, croix, etc. Des pièces squat où elle récite d’une voix profonde et sombre les proses de sa vie, des poèmes écrits par elle ou ses poètes favoris.
J’ai vu ce soir, pétrifié d’admiration, le film de Julian Schnabel sur la tournée 2007 Berlin de Lou Reed. Un excellent complément du concert de l’an passé au Pavillon des congrès. Les gros plans permettent de mieux partager le travail créatif des musiciens. En bonus par rapport aux concerts français nous avons Antony (d’Antony & The Johnsons) qui chante dans les chœurs et interprète Candy Says en duo avec Lou pour le premier rappel.
La voix de Lou est terrifiante de gravité et de simplicité. Sa complicité avec Steve Hunter saute aux yeux. On sort de ce film le cœur serré.
Patti Smith en vedette en France pour les prochaines semaines : alors que son exposition sera inaugurée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain le 28 mars, elle sera la rédactrice du numéro de Libération de mardi et la vedette d’une soirée Arte la semaine prochaine. Le film de Julian Schnabel sur la série des concerts Berlin de Lou Reed de l’an dernier sort mercredi prochain en salles. La culture rock est toujours vivante et résiste sans difficulté à la Star Academy, Dieu merci.
Whaoooooh ! The Dø ce soir à la Cigale nous a apporté un grand bol d’air frais et d’énergie après le warm up de Ziveliorkestar, un groupe de cuivres méditerranéen façon Kustorica band qui a fait plus que chauffer la salle et plongé les spectateurs dans un joyeux boxon aux fraîcheurs de garigue.
L’intro de Playsround Hustle s’échappe des enceintes alors que des flashs tournoyants se substituent aux lumières falotes de la salle. Dan surgit des coulisses tel un diable de sa boîte, ses cheveux bouclés couverts par un Borsalino sombre, jean et chemise noirs, il sort une petite flûte de berger de l’Atlas qui déclame ses trilles alors qu’Olivia déboule sur scène, grande liane habillée d’un tutu doré porté sur une combinaison panthère, petite couette de cheveux bruns en fontaine sur la tête. Le batteur est surmonté par un amoncèlement de plateaux arabisants, de surfaces diverses sur lesquels il frappe de temps en temps agrémentant sa classique batterie de sonorités incongrues.
We are not crazy/ … We are not shady/ We are not afraid of you adults…
mais déjà ils nous apparaissent gentiment cinglés, Dan assis sur ses claviers frappe sur sa bass sous son chapeau. Le La est donné par The Dø (désolé, je n’ai pas pu m’empêcher…), le ton d’une ambiance éclectique créée par ce trio multicolore, compositions délicieuses, chanteuse à la voix élastique, joie de vivre et originalité. Des accords souples et malins riffés sur une guitare blanche par Olivia qui laisse ses vocalises déborder du cadre convenu d’une chanteuse rock.
Tout leur(unique) disque défile dans une Cigale soubresautant de bonheur. Un sommet est atteint avec Aha repris en chœur par le public qui trépigne et se trémousse sur ce son grisant et ces accords tressautant :
This time you caught me alive, aha/ I had my head in the clouds, aha/ I thought no one could track me down/ Till I got shot in the back, aha.
Le show se termine alors qu’une bienfaisante et novatrice fantaisie a envahi la salle, laissant presque oublier le travail immense de ce trio de choc pour en arriver la. L’alliance du sud et du nord réunit sur le sol de la planète internet, conjoncturellement localisée à Paris, merci pour nous.
When Was I Last Home joué en premier rappel sur un clavier apporté sur scène, Bohemian Dances repris ensuite avec les cuivres serbo-croates.
The Dø, un heureux miracle de l’amour et de la musique, ces deux là font déjà un malheur. Bonny & Clyde sont de retour, passés de la mitraillette à la Fender. Il y a un an ils étaient inconnus et n’avaient jamais joué en concert comme nous le rappelle D avant d’entamer Stay (Juste a Little bit More) en final, joué par Ø sur sa guitare folk. Et ils reviennent pour un dernier salut à 3 devant l’audience conquise, séduite et impatiente des prochaines étapes.
Set list : Playground Hustle, Unissassi laulelet, The Bridge Is Broken, At Last !, How Could I ?, On My Shoulders, Trave Light, Crazy (Gnarls Barkley Cover), Tammie, Aha, Queen dot kong.
Encore : When was I last home, Bohemian Dances, Stay (Just A Little Bit More).
Ce soir à Bercy les Cure ont osé le concert évènement de 3h1/2 devant un public médusé, enthousiaste et multi-générationnel. Une très grande simplicité, quatre musiciens dont trois guitaristes, un light show dépouillé, pas de chichi ni d’artifice technique, juste la musique et la voix métallique de Robert Smith. Le best of d’une carrière de presque trente années, et même quelques nouveautés d’un prochain disque annoncé pour les mois à venir.
Quatre hommes de noir vêtu comme il sied à ces hérauts de la new wave, princes de la mélancolie. Robert, toujours les mêmes cheveux hirsutes, rouge aux lèvres et yeux cernés d’obscurité, Pierrot lunaire et timide. Simon Gallup, bassiste de toujours, collant et débardeur noirs sur muscles tatoués. Porl Thompson, guitar-hero au crâne chauve rayé de fines tranches de cheveux horizontales, habillé d’une combinaison moulante et tablier de forgeron, Nosferatu vaguement inquiétant. Jason Cooper, le blondinet de la bande qu’il a rejointe en 1994.
Lorsque les lumières s’éteignent la scène continue de clignoter comme un arbre de Noël et les Cure démarrent Plainsong, le morceau qui entame l’album Disintegration sorti en 1989, 18 ans déjà, l’âge de ma jeune voisine aux cheveux bleus turquoises qui déjà danse, danse, danse.
Plainsong un titre sombre, dans la lignée parfaite de l’inspiration de cette époque :
“I think it’s dark and it looks like rain” you said/ “And the wind is blowing like it’s the end of the world” you said/ “And it’s so cold it’s like the cold if you were dead”/ And there you smiled for a second…/ Sometimes you make me feel I’m living at the edge of the world/ It’s just the way I smile you said.
Un son profond envahit la cathédrale de Bercy, la voix cristalline de Smith perce au-dessus des guitares lancinantes. Le show est lancé, 15 000 spectateurs sont déjà en adoration.
La set list est un joyau finement ciselé, il n’y a rien à en retirer. Bien sûr, le concert aurait duré une heure de plus, quelques ajouts auraient pu être envisagés… Mais le show s’est clos au bout de 3 heures ½ ce qui est finalement bien peu pour ce groupe à la tête d’une discographie aussi phénoménale. 3 heures ½ de plongée en apnée dans l’univers trouble de ce groupe phare qui n’a pas quitté les sommets du box office depuis trente ans, grâce à la magie de son inspiration et loin des recettes du marketing. Une alchimie étrange qui fonctionne toujours de façon redoutable, fusion subtile de la mélancolie des mélodies et des mots avec la modernité des sons et des rythmes. L’absence de clavier et l’omniprésence des guitares donnent ce soir à cette formation sa pureté originelle du temps de Boys Don’t Cry.
Et au-dessus de tout la voix unique de Smith, criée, torturée, poussée dans ses derniers retranchements, en permanence au bord de la brisure, mixée en écho, sépulcrale. Une alchimie qui rencontre le feeling d’une époque et en tout cas celui de Bercy ce soir…
L’enchaînement Push, How Beautiful You Are… (avec en fond de scène Notre Dame de Paris projetée sur les écrans), Friday I’m in Love, In between Days, Just Like Heaven déclenche le feu sur l’assemblée. Ma voisine coiffe bleue des mers du sud continue à danser, danser, danser, déclamant les paroles de ces chansons sans en oublier une rime.
Le show nous emmène sans répit jusqu’à un Disintegration étiré à l’infini alors que défilent sur les écrans toutes les images de la noirceur de notre bas monde. L’approche de la Fin accroît la fébrilité de tous et lorsque nos quatre Imaginery Boys s’en vont alors qu’un champignon atomique se dissout sur les écrans personne ne s’inquiète trop, nous savons qu’ils ont fait trois rappels à Marseille la semaine dernière. Ils en feront quatre ce soir pour Paris…
A eux seuls ces rappels sont un concert dans le show, la sélection parfaite des tubes du groupe. Et lorsque que démarre Play For Today, Bercy hurle son soutien et son émotion, cheveux turquoises défaille et appelle une copine sur son mobile pour lui passer l’intro en live : Ohhhhh Oh Oh, Ohhhhh Oh Oh… It’s not a case of doing what’s right/ It’s just the way I feel that matters… Ohhhhh Oh Oh, Ohhhhh Oh Oh…. Bob appuie ses riffs sur sa guitare noire et sourit presque joyeusement devant 15 000 fans prosternés. S’en suivent des versions d’une incroyable énergie de Three Imaginary Boys, Fire in Cairo, Boys Don’t Cry, Jumping Someone Else’s Train, Grinding Halt, 10:15 Saturday Night, Killing An arab.
On a peur de devoir en rester là cette fois-ci mais ils reviennent une quatrième fois “We just have time for one more” et de terminer sur Faith ce qui nous ramène au troisième album du groupe en 1981. C’est ce qu’il fallait pour faire redescendre la tension, revenir à la mélancolie fondatrice des Cure et clôturer un concert d’anthologie. Trois notes de guitares en mode mineur sur une bass obsédante :
No-one lifts their hands/ No-one lifts their eyes/ Justified with empty words/ The party just gets better and better…/ I went away alone/ With nothing left/ But faith.
Robert Smith salut une dernière fois, gêné derrière sa crinière ébouriffée et puis s’en va, nous laissant planer bien haut sur la démonstration éblouissante de son immense talent.
Petite faute de goût, un étendard au couleur du club de fouteballe de Reading soutenu par Bob. On pardonnera à ce poète hors norme cette incursion dans la vulgarité.
Faith
catch me if i fall
i'm losing hold
i can't just carry on this way
and every time
i turn away
lose another blind game
the idea of perfection holds me...
suddenly i see you change
everything at once
the same
but the mountain never moves...
rape me like a child christened in blood painted like an unknown saint there's nothing left but hope... your voice is dead and old and always empty trust in me through closing years perfect moments wait... if only we could stay please say the right words or cry like the stone white clown and stand lost forever in a happy crowd...
no-one lifts their hands no-one lifts their eyes justified with empty words the party just gets better and better...
Patti Smith poursuit son histoire avec la France et choisit la Fondation Cartier pour l’art contemporain pour y réaliser Land 250 l’exposition consacrée à ses photos, petits cailloux blancs semés au long d’une route droite qui nous mènent vers un univers sombre et poétique. Il faut prendre le temps de se pencher sur ces jalons d’une vie extraordinaire, sur ces signes qui ont guidé une artiste multiforme extrêmement séduisante.
Land 250 c’est le nom du Polaroid à soufflet qui l’accompagne dans la vie depuis le début des années 70 et qui est d’ailleurs exposé dans une vitrine. L’exposition se tient dans la pénombre du sous-sol. Les photos, exclusivement noir et blanc, format timbre poste, sont exposées sur les murs. Au centre trônent quelques fauteuils club sur un tapis et autour de ce salon de circonstance pendent des écrans translucides sur lesquels sont projetés des films (noir et blanc, en fait plutôt noir et gris), les spectateurs se tenant sous une espèce de dais qui sonorise la projection sans (trop) déranger le reste de l’assemblée.
On y voit la mise en image, plus ou moins scénarisée, de Summer Cannibals et surtout de Smells Like Teen Spirit, le classique de Nirvana repris au banjo sur l’album Twelve. A l’écran, les banjo boys croisent le chat de Patti qui se faufile au milieu des bibelots de son appartement, s’arrêtant face au buste de William Blake. D’ailleurs Blake est au générique à coté de Kurt Cobain, le lien est osé. Un autre film, Still Moving, est consacré à la légendaire séance de photos de Mapplethorpe (également réalisateur du court métrage) qui firent la couverture de Wawe. Patti est jeune, vêtue comme une vestale de voiles blancs et usés, dans une pièce toute en tentures immaculées. Elle prend des poses improbables sous la direction de son ami si cher. Et la session se termine en explosion de colère et de noirceur.
A Charleville-Mézières ont la voit errer sur la tombe d’Arthur Rimbaud (a bad seed with a golden spleen) et méditer dans ses toilettes au fond du jardin en récitant Une Saison en Enfer. Dans Long for the City elle déambule dans sa ville de New York, violée par Donald Trump, mais au cœur de laquelle elle retrouve encore le passé qui se mêle au présent dans une certaine harmonie urbaine.
Les photos nous promènent aux Etats-Unis et au cœur de la vieille Europe, tout est immobile et comme en sustentation, on y voit surtout des statuts et monuments, du flou et des gris, beaucoup de ces cimetières où sont enterrés les artistes qui l’inspirent et l’accompagnent : Virginia Woolf, Rimbaud, Blake, Whitman, Susan Sontag. Seules les images de ses enfants viennent donner un peu de vie à cet album morbide.
Des vitrines sont dédiées à des thèmes particuliers illustrés de ses notes personnelles prises sur des cahiers épars, des feuilles de papier attrapées au vol, des enveloppes récupérées, des lettres à Robert Mapplethorpe, des moments partagés avec Paul Bowles, des lettres d’amour à son mari Fred « Sonic » Smith ; des souvenirs de tous ces morts qui l’entourent et la hantent.
De son écriture difficilement lisible elle note :
[No] light without shadow/ Rimbaud was a rolling stone/ Are all the prophets persecuted?/ He was so damn Young
Et soudain, au détour d’un dessin, l’artiste apparaît, déambulant au milieu des objets et des images de sa vie, toujours habillée comme l’as de pique, ses éternels godillots rangers punky, jean extra-usé et veste avachie de garçonne, lunette ronde intello, chevelure embrouillée, s’arrête, prend le temps d’échanger 2 compliments et 3 remerciements avec le chroniqueur transis… Dieu descendu sur terre parle à ses apôtres !
Un montage irréel clôture l’exposition : des films de vagues agitées dans ce qui pourrait être l’entrée de New-York, projetés au mur et sur un grand écran tendu parallèlement au sol, et une longue récitation lyrique qui plongent le spectateur dans une sombre méditation poétique, seulement bercé par la voix grave de Patti et les mouvements de l’océan. C’est en anglais (sophistiqué) bien sûr, mais qu’importe, le sens est aussi dans la musique.
Une merveilleuse exposition (pour spécialistes tout de même) qui laisse un goût étrange, celui de l’univers d’une poétesse mélancolique qui a su transcender les ingrédients amers d’une vie underground. Une artiste qui pour survivre a plongé ses racines vers les étoiles pour y capter la sève de la création. Une grande Dame qui n’a jamais abdiqué (People Have the Power). On aime l’accompagner au long des proses de sa vie comme l’on aime passionnément la musique de cet ange beat, depuis plus de 30 ans, depuis Horses.
Ce soir concert à La Flèche d’Or, club indie rock,avec Neimo trois bellâtres chevelus et teigneux qui font notamment une reprise de Bowie, Ashes to Ashes. Les jeunes musiciens savent encore respecter leurs aînés. Et puis les Pravda superbe duo français découvert au dernier Rock en Seine : de l’énergie à revendre, un rock puissant et ironique, presque érotique avec ces deux zèbres qui se dandinent sur leurs guitares, un vrai délice.