Catégorie : Notes de lecture

  • HERR Michael, ‘Putain de mort’.

    Sortie : 1977, Chez : Albin Michel.

    A l’occasion du récent décès de Michael Herr et des différents conflits « exotiques » qui embrasent actuellement la planète, on relit son chef d’œuvre, « Putain de mort [Dispaches en anglais] ». Il y raconte ses dix-huit mois de pérégrination comme correspondant de guerre au Vietnam. Il a ensuite collaboré aux scenarii des films « Apocalypse Now » et « Full Metal Jacket ». On y retrouve à chaque fois l’atmosphère hallucinée de cette guerre effrayante et inutile qui se terminera avec 2 à 3 millions de morts. Herr y décrit la vie des troupes américaines à une époque où les journalistes pouvaient circuler librement sur les différents fronts en utilisant les hélicoptères de l’armée comme des bus. On partage la vie de ces gamins appelés depuis le fin fond de l’Amérique à se battre contre le « communisme », c’est dire s’ils étaient motivés… On assiste au siège de Khe Sanh où combattent ces appelés et des militaires professionnels, aux bombardements des forces aériennes américaines à coup de napalm, de défoliant ou de munitions à fragmentation qui continuent encore d’exploser aujourd’hui. On partage les veillées de ces soldats au cœur de la terreur dans la jungle, qui fument des joints en écoutant Hendrix et les Doors avant de mettre leur mortiers en batterie pour tenter de repousser les offensives des troupes vietnamiennes du nord.

    Herr décrit aussi de façon glaçante certaines personnalités émergeant au cœur de cette guerre : les Lurps (Longe Range Reconnaissance Patrols) qui partaient à 3 ou 4 pour des patrouilles au cœur de la jungle où les rencontres avec l’ennemi se passaient toujours de façon terrible, les forces spéciales qui descendaient au cœur des tunnels creusés par les nord-vietnamiens pour se protéger des bombardements et s’y affrontaient sous terre au couteau et dans le noir, les soldats américains qui rempilaient car ne pouvant plus se passer de l’adrénaline générée par cette guerre…

    Il aborde aussi mais de plus loin la situation des soldats « ennemis » qui vivaient dans des conditions bien pires, animées par l’esprit de résistance mais aussi encadrés par la police politique du régime qui n’était pas peuplée que de poètes.

    D’un front à l’autre, les journalistes repassent par l’Hôtel Continental de Saigon pour le « repos du guerrier » à grandes rasades d’alcool et d’hallucinogènes.

    Ce récit de Michael Herr se déroule comme un solo de Jimi Hendrix : tragique, heurté, sombre et beau. La guerre y est décrite comme elle est : une tragédie ! Et qui s’est terminée dans le cas du Vietnam comme il était probable qu’elle le devait. Le nord communiste a étendu son aile sur l’ensemble du pays dès que les américains l’ont évacué et, 40 ans plus tard, l’économie capitaliste est de mise et son gouvernement « communiste » se tourne vers Washington pour sa protection contre l’ogre chinois !

  • ALEXIEVITCH Svetlana, ‘Les cercueils de Zinc’.

    Sortie : 1990, Chez : Titre 16

    Un nouveau récit documentaire de cette écrivaine biélorusse, cette fois-ci consacré à la guerre soviétique en Afghanistan, un conflit sordide où des gamins ont été envoyés comme « une avant-garde internationaliste » soutenir un pays « frère » pour lui assurer un « avenir radieux » durant toute la décennie des années 80′. L’Union soviétique était déjà moribonde, dirigée par un quarteron de vieillards idéologues et cyniques, qui s’imaginaient encore faire surnager leurs vielles lunes marxisantes.

    Il en est résulté une guerre qui a ravagé l’Afghanistan soit disant communiste et laminé une génération de jeunes soviétiques qui y perdra ses illusions pour ceux qui en revinrent. Il y au 20 mille morts soviétiques plus de nombreux blessés, plus d’un million de morts coté afghan, majoritairement civils. L’Union soviétique évacua ce bourbier fin 1989.

    Comme à son habitude Svetlana interroge et écoute, d’anciens combattants soviétiques et des mères de combattants revenus ou morts au front. Le résultat est terrible, les soldats décrivent cette planète Afghanistan sur laquelle ils débarquent, non préparés et intoxiqués à la propagande du parti. Sur place ils vivent des heures sinistres et des combats sauvages : ils sautent sur des mines, sont mitraillés par des snipers aussi mobiles que la puissante armée soviétique est inerte, les prisonniers sont massacrés par les résistants islamiques et en retour les commandos soviétiques se livrent à des atrocités. Chacun se bat pour une cause mais il y a un envahisseur et des combattants qui défendent leur terre.

    Les soviétiques perdent rapidement le moral, ils sont de plus mal équipés alors ils revendent leurs propres armements à leurs ennemis pour trafiquer, voire s’enrichir avant la quille. On retrouve dans ces récits les souvenirs des soldats américains au Vietnam, ou français en Algérie. Les contextes et les époques sont différents, mais la fin est toujours la même, que ce soit les guerres d’indépendance ou les conflits idéologiques, les envahisseurs repartent panser leurs plaies au bout d’un moment après la signature d’un vague traité de paix ou d’indépendance, bafoué dès qu’ils ont le dos tourné.  Le traumatisme national pour le pays envahisseur/colonisateur met plusieurs siècles à s’atténuer, celui du pays envahi/colonisé est tout aussi durable. Les haines ne s’effacent jamais plus.

    Svetlana fait aussi parler nombre de mères orphelines de leurs enfants morts en Afghanistan. Ce sont chaque fois les mêmes cris de douleurs et d’incompréhension face à la mort de leurs petits, souvent dans des conditions effroyables, et tout ça pour quoi ? Pour une déroute.
    Les derniers chapitres est consacré aux attaques violentes dont a été victime Mme. Alexievitch de la part d’associations d’anciens combattants qui l’ont accusée, y compris en justice, de les avoir fait passer dans ce livre pour des tueurs-violeurs alors qu’ils défendent n’avoir fait que leur devoir, appelés par la patrie. Ils défendent leur statut de héros mais au fond elle les décrit comme des victimes.

    Ces guerres coloniales ont toujours été des désastres, celle d’Afghanistan lancée dans les années 80′ continue aujourd’hui à générer ses effets mortifères sur la planète.

  • de BEAUVOIR Simone, ‘Le deuxième sexe – tome 1/2’.

    Le premier tome de l’ouvrage emblématique du féminisme : écrit au milieu du siècle dernier « Le deuxième sexe » détaille la situation de la Femme dans l’Histoire, les mythes et la réalité de notre Humanité. Développé avec la puissance d’esprit et de conviction de cette philosophe hors du commun, l’analyse déroule l’existence et la place de la femme depuis la préhistoire jusqu’aux années 40′, les rôles qui lui sont dévolus par une société d’hommes, dans le droit romain comme dans la littérature du XIXème siècle, dans les grands mythes qui ont traversé les millénaires et dans la religion ou ce qu’il en reste, dans la psychanalyse comme dans la biologie, dans notre vieille Europe ainsi que sur les autres continents.

    La quatrième et dernière partie s’intitule « Formation » et regroupe les chapitres dédiés à l’éveil de la femme de la naissance jusqu’à sa sexualité. C’est sans doute la plus passionnante tant elle touche de près à nos vies, nos comportements, nos idées.

    Parfois brutal, toujours intelligent, richement documenté, le raisonnement est brillant et laisse le lecteur progresser lui-même pour se forger son opinion. Datant de 1949 certains déroulements scientifiques ont sûrement été contestés depuis mais s’agissant globalement de l’histoire de la femme dans l’Humanité on comprend mieux l’évolution de ce genre qui compose tout de même 50% des humains. On redécouvre quelles furent les habitudes des générations précédentes et en quoi la pensée et les combat de personnalités comme Simone de Beauvoir furent un facteur clé de la progression de nos civilisations. Il nous reste à faire en sorte que ces acquis ne soient pas dilapidés.

  • MEYER Philipp, ‘Le fils’.

    Sortie : 2013, Chez : Le Livre de Poche 34092

    Une grande saga américaine avec l’histoire du Texas du XIXème siècle à nos jours ; il s’agit de violence, d’ambitions, de ranchs, d’argent, de déboires et de réussites. On suit les aventures haletantes de plusieurs générations de la famille McCullough depuis un rejeton enlevé par les comanches trois années durant jusqu’à son arrière petite-fille qui a transformé l’économie d’élevage du ranch familial en un fructueux business du pétrole.

    On valse entre les générations racontées chacune par un de ses membres clé, on saute des massacres commis par les indiens aux horreurs de la guerre entre texans et mexicains, on survole les affres de la guerre de sécession et l’on plonge dans les querelles de cette famille si américaine où se mélangent les poètes, les terriens, les businessmen, les idéalistes…

    Tout ceci donne un récit brulant, l’épopée remarquable du deuxième Etat des Etats-Unis d’Amérique fondée sur une violence insondable qui marque encore les esprits aujourd’hui. Le style de Philipp Meyer est à l’image de ce pays : sans cesse en mouvement, tortueux et créatif. Un vrai régal et une grande promesse de la littérature américaine. C’est son deuxième roman seulement mais cet auteur a déjà le souffle d’un William Styron, à suivre !

  • JACOB François, ‘La souris, la mouche et l’homme’.

    Sortie : 1997, Chez : Editions Odile Jacob.

    François Jacob, médecin, prix Nobel de médecine en 1965 (avec Jacques Monod et André Lwoff), combattant multi-décoré de la deuxième guerre mondiale, devise brillamment sur l’apparition de la biologie moléculaire puis du génie génétique dans la deuxième moitié du Xxème siècle. Ayant directement participé aux travaux de recherche dans ces sciences récentes il en parle en connaisseur. Dernier livre écrit quelques années avant sa mort en 2013 il a pris à cette époque quelques distances avec la science formelle et s’autorise de passionnantes variations philosophiques sur la Science et l’Humanité : la biologie et la prévisibilité, le même et l’autre, le bien et le mal, le beau et la vrai sont les titres de chapitres passionnants et vertigineux sur les progrès accomplis, les questions irrésolues, l’utilisation et les objectifs de la Science.

    Au-dessus de tout il rappelle la découverte fondamentale de son siècle : tous les êtres vivants sont fait à peu près des mêmes gènes et protéines et tous sont différents. C’est l’ordonnancement de ces particules élémentaires qui fait que nous sommes papillon ou homme. C’est l’incroyable révélation du vivant qui fait que tous ces êtres sont uniques.
    L’écriture sereine et extrêmement claire d’un homme qui sa vie durant s’est penché sur le vivant et participé comme un acteur important à l’émergence de ces sciences qui ont révolutionné la connaissance humaine.

  • FLAUBERT Gustave, ‘L’éducation sentimentale’.

    Un classique du XIXème siècle qui se relit avec délice. C’est la chronique du temps qui passe dans le Paris pré et post révolution de 1848. Frédéric, le héros, papillone entre les femmes qu’il séduit, ses terres et ses rentes, ses amis et de vagues engagements politiques. Il surnage dans la superficialité qui caractérise la bourgeoisie de cette époque encore mélangée avec une noblesse qui défend son statut. Tout ce petit monde ne travaille pas, fréquente les dîners en ville et les champs de course, prospère sur son inutilité et découvre la révolution avec stupeur sans comprendre ce qui se passe vraiment.

    C’est le début de la fin d’une époque de l’Histoire de France que Flaubert narre avec brio, dans un style riche et fluide bien que parfois un peu ampoulé. La lecture ce cet auteur déclenche un ennui élégant dont on ne se lasse pas, même au bout de 500 pages.

  • LACOUTURE Jean, ‘Le témoignage est un combat – Une biographie de Germaine Tillion’

    Sortie : 2000, Chez : Seuil.

    La vie de Germaine Tillion (1907-2008) narrée par le biographe Jean Lacouture, où l’on suit le parcours original puis héroïque de cette grande dame du XXème siècle. Ethnologue dans le massif des Aurès en Algérie dans les années 30, résistante à Paris en 1940 à l’origine du réseau « du Musée de l’Homme », arrêtée sur trahison puis déportée à Ravensbrück, elle en revient, à la différence de sa mère assassinée dans ce même camp, pour, durant les dix années suivantes, analyser le phénomène concentrationnaire avec ses yeux d’ethnologue.

    Elle revient ensuite en Algérie en mission officielle en 1954 sous le gouvernorat de Soustelle (autre ethnologue) pour développer des centres de sociaux et d’éducation dans la colonie déjà en proie à l’insurrection. Elle s’y heurtera aux ultras de l’Algérie française, y compris les militaires français, et défendra toujours avec la même conviction l’Humain contre les systèmes, concentrationnaires ou coloniaux ! Elle poursuivra ensuite ses travaux d’ethnologie avec moins de péril mais tout autant de conviction.

    Cette femme qui a connu le pire fut animée sa vie durant d’un courage jamais démenti, d’une insatiable curiosité et d’un si admirable souci de l’Homme(et en l’occurrence de la femme méditerranéenne) ! Lacouture qui l’a interrogée à de très nombreuses et régulières reprises nous raconte toute la passion qui anima cette femme. Un modèle de très grande valeur !

  • ROLLAND Romain, ‘Jean-Christophe 3/3’.

    Sortie : 1912, Chez : Le Livre de Poche 779/780.

    Le dernier tome de l’épopée musicale et historique de Jean-Christophe écrite par Romain ROLLAND, prix Nobel de littérature en 1916. C’est le crépuscule de notre héros, plus apaisé avec la reconnaissance venue, mais toujours créateur d’une œuvre musicale dont il veut laisser des traces à la postérité.

    Rolland décrit avec son style lyrique et analytique la confrontation des sentiments dans le cœur de l’artiste et leur transformation en musique. Notre héros se frotte violement aux émeutes révolutionnaires parisiennes (sans doute 1848), retrouve tendrement son amour italien de jeunesse et passe des jours presque heureux entre Paris et Rome entourés des enfants de ses amis disparus qui accompagneront ses derniers instants.

    On croise dans ces lignes Colette et Brahms, on vit la passion de l’auteur pour la musique et on se glisse sans peine dans ses personnages habités par la violence de leur espérance transcendée par la pureté de la musique. Ce roman fleuve de Romain Rolland se lit avec bonheur, on est en plein XIXème siècle, celui où se déroule la fiction et celui auquel on associe le style de l’auteur. Mais quelle que soit l’époque, le cœur des Hommes et l’émotion musicale perdurent.

  • ECHENOZ Jean, ‘Nous trois’.

    Sortie : 1992, Chez : Les Editions de Minuit – « double » 66.

    L’histoire courte et entremêlée de trois personnages qui se croisent et s’entrecroisent dans Marseille ravagée par un tremblement de terre, à Kourou sur le pas de tir des fusées et dans l’espace lors d’un vol habité dans une navette spatiale. L’un des trois est une femme mystérieuse qui attise les phantasmes des deux autres et il se passera ce qu’il doit se passer. On reste un peu sur sa faim devant le choix fait d’une fin qui ne termine rien du tout et aurait pu justifier quelques chapitres supplémentaires…

    Mais le style d’Echenoz est brillant : jeux de mots, alternance des narrateurs, passages acrobatiques d’une situation à une autre, et imagination débordante pour créer l’environnement de cette histoire de séduction entre catastrophe naturelle et espace intergalactique

  • SPIANTI Christine, ‘Patti Smith – la poétique du Rock – New York 1967-1975’.

    Sortie : 2016, Chez : Maurice Nadeau.

    Retour sur le coté poétesse de Patti Smith qui avant de se produire sur les scènes rock, fréquentait les inspirateurs de la beat-génération dans les rues de New York et le bar du Chelsea Hôtel des années 70′. Christine Spianti marche sur les pas de son héroïne en adoptant le style du tutoiement, elle retrace les étapes franchies par Patti jusqu’à la sortie de « Horses » : son obsession pour l’art et la création, sa cohabitation avec Robert Mapplethorpe, ses rencontres avec Sam Shepard, Allen Ginzgerg, Jimi Hendrix…, ses lectures poétiques dans les cafés littéraires underground, ses soirées au Max’s Kansas City, au CBGB, ses collages et ses poèmes… Bref, un dictionnaire amoureux des années bohème de la jeunesse de Patti Smith, émouvant et admiratif.

  • d’ORMESSON Jean, ‘C’est une chose étrange à la fin que ce monde’.

    Sortie : 2010, Chez : Robert Laffont.

    Au crépuscule de son existence joyeuse, Jean d’Ormesson met sur le papier les questions qu’il s’est posées sa vie durant : le début du monde, la cosmologie, le temps, Dieu, la vie, la mort et l’après. C’est du d’Ormesson pur jus : élégant et futile, l’homme comme toujours s’écoute un peu parler en faisant le chien savant, mais on partage bien sur ses interrogations dîtes avec tant d’élégance et de légèreté : « Passagère et précaire, affreusement temporaire, coincée entre un avenir qui l’envahit et un passé qui la ronge, notre vie ne cesse jamais de se dérouler dans un présent éternel -ou quasi éternel- toujours en train de s’évanouir et toujours en train de renaître. »

    Quelques évidences au passage, dans un océan de doutes : « Pour un croyant, la vie consiste à se préparer à la mort. A la limite, croire en Dieu, c’est préférer la mort à la vie. » Voici au moins une sentence qui percute l’actualité !

  • LEMAITRE Pierre, ‘Au revoir là-haut’.

    Sortie : 2013, Chez : Le Livre de Poche n°33655.

    Inspiré de faits partiellement réels, ce roman, prix Goncourt 2013, raconte l’incroyable histoire de deux poilus rescapés de la Grande Guerre, dont l’un avec une « gueule (très) cassée », qui vont monter une escroquerie pour survivre dans le monde de l’après-guerre.

    On suit l’intrigue haletante de ces deux camarades de tranchées qui vécurent ensemble la terreur sous les bombes « boches » pour revenir à la vie civile dans un total dénuement, marqués à jamais par ces batailles. Ils vont y poursuivre leur solidarité de combattants, mêlant désespoir et illusions, fréquentant des milieux oh combien différents mais se retrouvant finalement dans le cynisme et une aventure qui se terminera de façon mitigée.

    Ce n’est pas de la grande littérature mais c’est un roman bien mené et documenté, plaisant à lire.

  • GARY Romain, ‘Le sens de ma vie’.

    GARY Romain, ‘Le sens de ma vie’.

    Sortie : 2014, Chez : folio 6011.

    Script d’une interview radio donnée par Romain Gary en 1980 quelques mois avant qu’il se donne la mort, le 2 décembre 1980, ce texte permet de revenir sur le parcours flamboyant de cet homme exceptionnel. Emigré russe « blanc » à Nice avec sa mère après avoir traversé l’Europe agitée par la révolution bolchévique d’entre les deux guerres, aviateur durant la seconde, il rallie Londres et le Général de Gaulle en 1940, intègre la Royal Air Force, commence à écrire entre deux missions de bombardement, devient diplomate après la libération tout en continuant à publier, épouse une actrice de la Nouvelle Vague, touche au cinéma et, surtout, porte un regard lucide sur le monde de sa génération à travers des romans visionnaires (« Les racines du ciel » prix Goncourt, « Adieu Gary Cooper »,…) et des récits autobiographiques dans lesquels il revient souvent sur la relation avec sa mère (« La promesse de l’aube ») qui l’a porté dans son ambition et fait partager son amour respectueux pour la France.

    Romain Gary fut un véritable héros et un grand écrivain, il publia même sous le pseudonyme d’Emile Ajar et obtint un second prix Goncourt avec « La vie devant soi », la manipulation n’étant révélée qu’après sa mort.

    Ce texte de fin de vie est celui d’un homme revenu de bien de ses illusions, conscient du déclin de l’Occident. Ce désespoir lucide est poignant surtout que l’on sait maintenant que cet auteur majeur mis fin à ses jours peu de temps après.

  • BOURSEILLER Christophe & PENOT-LACASSAGNE Olivier, ‘Contre-cultures !’.

    Sortie : 2013, Chez : Chez CNRS Editions.

    Acquis à la boutique de l’exposition « The Velvet Underground – New York Extravaganza » en 2016 à la Philharmonie de Paris, cet ouvrage scientifique théorise de façon ennuyeuse toute la créativité et l’énergie de la période artistique et musicale d’Andy Warhol et de ses créations dans le New York des années 60/70 telle que présentée dans cette magnifique rétrospective du Velvet Underground dans son environnement !

    Fruit des interventions produites lors d’un colloque intitulé « Contre-cultures : de la révolution culturelle au dépassement de l’art » cet ouvrage est signé de deux universitaires-écrivains, un peu sociologues sur les bords, période campus de Vincennes, qui reviennent sur les différents courants intellectuels qui ont animé les années 60 : de Ginsberg à Guy Debord en passant par Marcuse, des hippies aux situationnistes, du flower-power aux punks, sans oublier Deleuze et Foucault.

    Elitistes et plutôt incompris à leur époque, ces poètes-philosophes-révolutionnaires ont pavé les routes des contre-cultures et libéré des créateurs plus populaires qui surent mettre à la disposition des masses la musique et la poésie urbaine emmenées par des Lou Reed et, plus tard, autres Sex Pistols.

    Merci aux contribuables français qui ont encore les moyens de financer des colloques du CNRS sur les contre-cultures !

    Lire aussi The Velvet Underground – New York Extravaganza

     

  • NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘L’autre motié du soleil’.

    NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘L’autre motié du soleil’.

    Sortie : 2006, Chez : Gallimard.

    Un roman haletant écrit par une auteure nigériane « qui monte », Chimamanda Ngozi Adichie. Se mêlent dans ses lignes l’histoire sombre postindépendance du Nigeria de la guerre de sécession du Biafra, le rôle trouble des puissances occidentales de l’époque, celui des élites locales et les histoires personnelles de personnages déchirés entre leurs racines et leurs envies.

    Chimamanda raconte les illusions du continent au début des années 60′ lorsque les indépendances rendaient tout possible, les jeux d’égo des nouveaux gouvernants qui ont échoué, la culpabilité des blancs et les jeux d’égo et d’amour de ses personnages qui croisent l’Histoire.

    On retrouve un peu du William Boyd de ses débuts dans les thèmes et contextes abordés mais en plus tragique car racontés par une descendante des cette ethnie Ibo qui a souffert de cette guerre sordide, l’une des premières qui se déchaîna sur ce continent aussitôt après le début de sa décolonisation.

  • BLAIN Marie-France, ‘Souvenirs d’une jeune parisienne – 1929 – 2012 parties I et II’.

    Sortie : 2009 (Tome I) & 2014 (Tome II), Chez : 2009 (Tome I) & 2014 (Tome II)

    C’est l’histoire d’une grand-mère originale et multicartes, née en 1929, qui a décidé d’écrire ses mémoires pour dire à ses nombreux petits-enfants ce que furent sa vie, sa (leur) famille et son époque. Le résultat est réjouissant, celui d’une femme qui a traversé son temps et sa condition avec une énergie jamais démentie, de nouveaux projets tous les matins, le souci de sa famille, de son entourage, mais aussi de l’Humanité comme le démontre son engagement sur le tard dans la psychologie où elle exercera les fonctions de conseillère conjugale des années durant.
    Son parcours a traversé les ans, les drames (dont la deuxième guerre mondiale) et les bonheurs d’une famille qui est au centre de tout.

    Issue d’une grande famille industrielle elle aurait pu rester enfermée dans ce carcan bourgeois mais sa curiosité et sa générosité l’ont poussée à regarder ailleurs. Il en résulte une vie au cœur de ce XXème siècle tournoyant et tragique que ses petits-enfants apprendront à connaître grâce à ce livre familial si réjouissant.

    Elle fut aussi amie proche de la mère du chroniqueur qui a ainsi retrouvé des points de passage avec sa propre famille. Emouvant !

  • ATTALI Jacques, ‘Verbatim II 1986-1988’.

    Sorti : 1995, Chez Fayart.

    Le deuxième tome du verbatim de Jacques Attali lorsqu’il était conseiller proche de François Mitterrand, président de la République de 1981 à 1995 ; le récit couvre les deux années de la première cohabitation de 1986 à 1988. Jacques Chirac est le premier ministre et de plus candidat pour les élections présidentielles de mai 1988.

    On y découvre les premiers pas d’une situation institutionnelle encore jamais vue en France, celle d’une majorité parlementaire en opposition avec la couleur politique du président. Le RPR mené par M. Chirac prend le pouvoir dans les ministères avec la subtilité d’un troupeau d’éléphants dans un magasin de porcelaine. Ils seront gentiment dominés et manipulés par un Mitterrand revigoré par cette adversité, et qui l’emportera à l’élection présidentielle de 1988 où il battra très largement son premier ministre.

    Attali raconte au jour le jour les petites bassesses et les grandes options qui animent cette période politique novatrice de la République qui finalement ne fut pas aussi négative que l’on pouvait le craindre. 10 ans plus tard, Chirac s’illustrera à son tour, mais avec moins de subtilité, comme président d’une République en cohabitation avec Jospin premier ministre. Mitterrand disait : « l’alternance est l’oxygène de la démocratie, mais un excès d’oxygène peut parfois provoquer un malaise. »

    1986-1988 est aussi la période des négociations entre l’Occident et l’Union soviétique sur les euromissiles. Gorbatchev tente de faite bouger une URSS à bout de souffle alors que Reagan lance les Etats-Unis d’Amérique dans la « guerre des étoiles » qui aura finalement raison du soviétisme pour une fin provisoire de l’Histoire d’un siècle qui fut terrible.

    Attali est de tous ces combats dont il note les petites et les grandes étapes pour nous les restituer de façon passionnante. On retrouve l’esprit des chroniques de Kissinger lorsqu’il fut à la Maison Blanche puis eu département d’Etat. Il est utile que ces conseillers divulguent les vrais ressorts du pouvoir, ou tout du moins l’idée qu’ils s’en font. C’est un éclairage passionant sur notre époque.

  • WIESEL Elie, ‘Open Heart’.

    Sortie : 2012, Chez : Schocken (version anglaise)

    Elie Wiesel, survivant d’Auschwitz, prix Nobel de la Paix, mémoire éternelle de la Shoa, défenseur infatigable de la réconciliation des Hommes, auteur prolifique de récits et de fictions, à 82 ans, affronte une opération à cœur ouvert. Il raconte ici ces quelques jours avant et après cette chirurgie lourde. A cette occasion, et dans la crainte de la mort qui se rapproche, remontent à la surface moult souvenirs de l’Holocauste, de sa famille, de ses prières, des savants du Talmud qu’il a fréquenté sa vie durant.

    Dans une style très simple et clair (le livre est en version anglaise traduite de l’hébreu) il en ressort toujours cette profonde humanité et la foi juive indestructibles de ce personnage hors du commun. Il a traversé les heures les plus sombres de l’ère humaine mais reste un défenseur maladif de la raison et de l’amour pour sauver l’Humanité toujours au bord du gouffre de l’absurdité et de sa violence conséquente.

    Un livre revigorant !

  • PAHLAVI Mohammad Reza, ‘Réponse à l’Histoire’.

    Sortie : 1979, Chez : Le Livre de Poche n°5466.

    C’est l’histoire d’un échec qui se termine en tragédie géopolitique :  l’ex Chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi raconte sa version de son action à la tête de ce pays oriental dont il dut s’exiler en 1979 sous la pression populaire et religieuse. Pour lui il y a deux responsables : le communisme allié à la religion (« le Rouge et le Noir ») et la presse occidentale qui n’a cessé de critiquer son régime.

    Ecrit quelques mois après son départ de Téhéran et peu de temps avant son décès, il raconte les grandes lignes de son règne qui a duré de 1941 à 1979 et sa volonté de faire sortir ce pays du moyen-âge. Il y a temporairement réussi mais n’a pas su éviter la prise de pouvoir par l’opposition qu’il voit surtout communiste alors que l’Histoire a montré qu’elle fut majoritairement religieuse. Et c’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle elle dure encore alors que les dictatures communistes se sont globalement effondrées.

    Sa tâche n’était pas facile, il y eut des réalisations incontestables, des erreurs politiques manifestes, puis tout s’est effondré avec la prise du pouvoir par les religieux qui ont alors mené des mois de terreur pour régler leurs comptes. Aujourd’hui ils sont toujours là et se sont réimposés comme interlocuteurs puissants sur la scène internationale. C’est là l’échec majeur de Chah d’Iran : il n’a pas su éviter ce désastre.

    Le livre aurait été plus intéressant si Reza Pahlavi avait analysé plus avant les raisons qui ont fait que son peuple préféra l’archéologie religieuse à la modernité capitaliste. Certes il y eut des manipulations de tous ordres mais on ne peut pas dire que le retour d’un pouvoir religieux ne fut pas plébiscitée par le peuple. La vraie question restée sans réponse serait de savoir si le développement économique, social et culturel peut être imposé à marche forcée. A défaut de réponse évidente, nous avons en tout cas une conclusion : la méthode utilisée par le Chah d’Iran ne fut pas la bonne.

  • GIDE André, ‘La symphonie pastorale’.

    Sortie : 1953, Chez : Le Livre de Poche n°6.

    André Gide : « le contemporain capital… », telle est la citation d’André Malraux mentionnée au dos de ce court ouvrage. Il s’agit de Gide, donc de religion, de tiraillements entre devoir et péché, d’humanité et d’éternité, de souffrance et de désir…

    La « Symphonie » est l’histoire d’amour entremêlée entre un pasteur, son fils et une jeune fille aveugle. Elle retrouve la vue pour aller au suicide devant cet amour transmis et impossible. Roman court et incisif : le thème est toujours vivant, l’écriture remarquable et un peu datée. C’est André Gide ; il faut donc avoir lu ce monument de la littérature française.