Catégorie : Autres no-musique

  • « La Musique dans les camps nazis » au MĂ©morial de la Shoah

    « La Musique dans les camps nazis » au Mémorial de la Shoah

    Le MĂ©morial de la Shoah revient sur l’utilisation qui a Ă©tĂ© faite de la musique dans les camps de concentration et d’extermination allemands durant la dĂ©cennie du pouvoir nazi. Pour la patrie de Brahms et de Beethoven la musique Ă©tait, bien sĂ»r, un Ă©lĂ©ment fondateur de la culture aryenne, partie prenante de l’éducation de ses enfants et de son environnement militariste. Elle a accompagnĂ© la logique des camps et a Ă©tĂ© utilisĂ©e par leurs dirigeants pour ponctuer les entrĂ©es et sorties des camps, mais aussi des sĂ©ances de tortures ou d’exĂ©cutions publiques, voire des fĂȘtes organisĂ©es par les soldats « SS Â» pour un anniversaire ou une cĂ©lĂ©bration quelconque.

    Les prisonniers devaient aussi apprendre des chants de guerre allemands pour marcher au pas et en rythme. Une vidĂ©o hallucinante extraite du film « Shoah Â» de Jacques Lanzmann (tournĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1970) montre l’adjoint d’un camp de la mort chantonner l’hymne du camp Ă©crit par son supĂ©rieur et dans lequel il est question de discipline, de bonheur par le travail et de lendemains enchanteurs


    Les dĂ©portĂ©s musiciens bĂ©nĂ©ficiaient d’un statut lĂ©gĂšrement favorisĂ© par rapport aux autres. Du fait de leur faible nombre, les Allemands voulaient les garder en vie afin qu’ils assurent cette fonction orchestrale, Ă  la fois « divertissante » mais aussi marquant la discipline qu’ils voulaient imposer Ă  leurs prisonniers. Les nazis dĂ©ifiaient Wagner, Beethoven, Strauss (dĂ©cĂ©dĂ© en 1949, son hymne olympique est jouĂ© aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936, il est acquittĂ© en 1948 par le tribunal de dĂ©nazification) qu’ils interdisent de jouer aux musiciens juifs de ces orchestres des camps !

    Manquant d’instruments et de partitions, les nazis en commandent Ă  l’extĂ©rieur aux frais des dĂ©portĂ©s. Une contrebasse fabriquĂ©e Ă  Mauthausen avec les moyens du bord est exposĂ©e.

    Immuablement, nous jouons matin er soir, par n’importe quel temps, qu’il gĂšle, qu’il neige ou qu’il vente ; il semble impossible aux Allemands d’envisager la sortie ou la rentrĂ©e des commandos sans notre concours. Lorsqu’il y a du brouillard, les commandos ne sortent pas avant qu’il ne soit dissipĂ© : le brouillard favorise les Ă©vasions. Nous devons alors rester de longues heures Ă  jouer des airs divertissants jusqu’à ce que l’ordre d’attaquer nos marches soit donnĂ©.

    Simon Laks, RenĂ© Coudy, Musiques d’un autre monde, 1948

    Mais la musique est aussi un moyen de rĂ©confort pour les dĂ©portĂ©s qui s’organisent pour en jouer et en composer Ă  l’abri des regards et des oreilles allemands, dans l’intimitĂ© de leurs baraquements sinistres. Certains des poĂšmes mis en musique Ă  l’époque sont exposĂ©s et des bandes-son sont proposĂ©es. Une des chansons bouleversantes a Ă©tĂ© Ă©crite par un des membres du commando en charge d’incinĂ©rer les corps des prisonniers assassinĂ©s et qui reconnait celui de son fils.

    Qui a visitĂ© le camp d’Auschwitz-Birkenau se souvient de cette dalle, tout juste Ă  droite aprĂšs le portique d’entrĂ©e « Arbeit mach free Â» sur laquelle se tenaient les « musiciens Â» lorsque les dĂ©portĂ©s entraient ou sortaient, et se pose toujours la mĂȘme question sans rĂ©ponse de savoir comment la patrie de Brahms a-t-elle pu engendrer une telle horreur ?

  • « Promenade Ă  Cracovie » de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer

    « Promenade à Cracovie » de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer

    Roman Polanski (89 ans), rĂ©alisateur cĂ©lĂšbre, rescapĂ© du ghetto de Cracovie Ă  l’ñge de 7 ans, se promĂšne dans cette ville avec son ami d’enfance Ryszard Horowitz (84 ans), photographe de renom, rescapĂ© d’Auschwitz Ă  l’ñge de 5 ans. Tous deux sont originaires de Cracovie et s’y trouvaient lorsque les Allemands ont envahi la Pologne en 1940.

    FilmĂ©s par Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer, on les voit dĂ©ambuler dans la Cracovie d’aujourd’hui, retrouver leurs appartements familiaux, la synagogue qu’ils frĂ©quentaient, sans ĂȘtre particuliĂšrement croyants, les anciennes traces des murs et barbelĂ©s qui cernaient le ghetto. Pour la premiĂšre fois de leur longue amitiĂ© ils Ă©voquent ensemble cette tragique tranche de vie vĂ©cue dans ce pays dĂ©vastĂ© par les annĂ©es de guerre et d’antisĂ©mitisme.

    La mĂšre et la grand-mĂšre de Polanski sont assassinĂ©es Ă  Auschwitz en 1943. Juste avant la liquidation du ghetto en mars 1943, son pĂšre lui fait fuir Cracovie et il va se retrouver seul Ă  errer entre des familles rurales voulant bien cacher un enfant juif. Miraculeusement son pĂšre rentre vivant de Mauthausen. Polanski raconte ceci devant sa tombe au cimetiĂšre juif de Cracovie, y compris l’épisode burlesque de sa mise en terre pour laquelle l’aidait son ami Andrzej Wajda. Mais aussi de sa solitude de gamin se battant pour sa survie.

    Horowitz et sa famille furent dĂ©portĂ©s Ă  Auschwitz. Ils Ă©chappĂšrent aux chambres Ă  gaz car faisant partie de la cĂ©lĂšbre « liste Â» de l’industriel allemand Oskar Schindler qui fit travailler des prisonniers dans ses fabriques. A la libĂ©ration, alors que la famille Ă©clatĂ©e n’est pas encore rĂ©unie, sa mĂšre voit son fils apparaĂźtre sur un film sur la libĂ©ration du camp d’Auschwitz, elle sait qu’il est vivant et ils vont se retrouver.

    Dans l’appartement de sa sƓur de 90 ans, qui vit toujours Ă  Cracovie, Polanski mime la scĂšne oĂč il retrouva son pĂšre de retour du camp, attablĂ© Ă  la table de cuisine, avant de le prendre sur ses genoux. Ces deux personnages martyrisĂ©s par la vie reviennent sur ces Ă©pisodes douloureux en adoptant un ton plutĂŽt rigolard oĂč parfois perce l’émotion quand ils Ă©voquent ceux qui ne sont pas revenus.

    Un documentaire Ă©mouvant sur ces deux survivants. Quels destins !

    Le documentaire est prĂ©sentĂ© dans un nombre limitĂ© de salles « art & essai » dont cette bonne vieille salle de « L’Arlequin » rue de Rennes, opĂ©rĂ©e par la sympathique chaĂźne des cinĂ©mas indĂ©pendants « Dulac ».

  • « Love Life » de KĂŽji Fukada

    « Love Life » de KÎji Fukada

    Un charmant film du rĂ©alisateur japonais KĂŽji Fukada, plein de douceur et de longueur, qui raconte les alĂ©as vĂ©cus par un couple du fait d’une tragĂ©die familiale et du retour des « ex » qui rodent sur les lieux et dans les Ăąmes des acteurs de ce drame. Dans ce monde asiatique oĂč chacun veille Ă  surtout ne pas exprimer ses Ă©motions et Ă  afficher toujours la mĂȘme froideur face aux Ă©vĂšnements, le rĂ©alisateur fait apparaĂźtre les failles que ses personnages ne vont pas rĂ©ussir Ă  masquer. Entre trois courbettes on voit se confronter l’amour passĂ© entre le Soleil levant et le Matin calme, les difficultĂ©s de communication entre les ĂȘtres, la trahison Ă©voquĂ©e et la solitude de chacun face Ă  son destin. La fin est laissĂ©e Ă  l’apprĂ©ciation des spectateurs qui voient ce couple douloureux marcher, ensemble mais chacun sur sa ligne, vers un futur Ă  dĂ©finir sur le fond musical de la chanson japonaise, un peu dĂ©goulinante de bons sentiments, Love Life :

    Quelle que soit la distance qui nous sĂ©pare, rien ne m’empĂȘchera de t’aimer,

  • Jack Lang (83 ans) reconduit Ă  l’IMA

    Jack Lang (83 ans) reconduit à l’IMA

    A l’occasion du renouvellement de son prĂ©sident en 2020 l’Institut du monde arabe (IMA) avait communiquĂ© sur son site :

    L’ancien ministre socialiste de la Culture Jack Lang a Ă©tĂ© reconduit pour trois ans Ă  la tĂȘte de l’Institut du monde arabe (IMA), a annoncĂ© vendredi l’institution, dans un communiquĂ©.

    Le Haut conseil de l’IMA qui rassemble tous les ambassadeurs des pays arabes, puis le Conseil d’administration se sont rĂ©unis dans la matinĂ©e Ă  Paris.

    « Jack Lang a Ă©tĂ© reconduit Ă  l’unanimitĂ© par le Conseil d’administration », a prĂ©cisĂ© le communiquĂ©. Le Conseil, dans lequel un plus grand nombre de femmes font leur entrĂ©e, a aussi nommĂ© un nouveau bureau comprenant six membres.

    https://www.imarabe.org/fr/actualites/l-ima-au-jour-le-jour/2020/jack-lang-reconduit-comme-president-de-l-institut-du-monde
    06/03/2020

    M.Lang s’agite depuis plusieurs mois pour bĂ©nĂ©ficier d’un autre renouvellement et il semble que l’Etat français a cĂ©dĂ© devant l’insistance indĂ©cente de cette personne ĂągĂ©e de 83 ans, les cheveux noirs de teinture (sauf le bout de ses pattes oĂč il laisse apparaĂźtre un peu de blanc
), qui s’estimait indispensable Ă  l’avenir de l’IMA qu’il prĂ©side dĂ©jĂ  depuis dĂ©jĂ  plus de dix ans, sans avoir dĂ©mĂ©ritĂ© d’ailleurs. De quels moyens de persuasion, voire de pression, peut disposer un cacique socialiste de 83 ans, sur le retour, pour imposer sa personne Ă  l’Etat ? C’est un mystĂšre ! La RĂ©publique ne peut-elle imposer un nĂ©cessaire renouvĂšlement et rajeunissement pour nommer les titulaires Ă  ce genre de maroquins ?

    A priori non, et c’est lĂ  un des drames français, pas le plus grave, bien sĂ»r, des multiples maux qui font rĂ©gresser le pays, mais symbolique de l’inertie et de l’immobilisme qui rongent la RĂ©publique. Le plus troublant dans cette affaire est que ce type de problĂšme est facile Ă  rĂ©gler, il suffit de shooter sur un marronnier du VĂšme arrondissement pour qu’en tombent une multitude de candidats tout aussi compĂ©tents, sortis des meilleurs Ă©coles, arabisants, acceptables pour les administrateurs de l’Institut, et avec 40 annĂ©es de moins. Eh bien non, on prĂ©fĂšre renouveler un vieillard qui a dĂ©jĂ  servi plus de 10 ans Ă  ce poste pour d’obscures raisons de copinage ou de crainte de polĂ©miques en une pĂ©riode qui n’en manque pas.

    DĂ©primant !

    Lire aussi :

  • « Forever Sixties, l’esprit des annĂ©es 1960 dans la Collection Pinault » au Couvent des Jacobins Ă  Rennes

    « Forever Sixties, l’esprit des annĂ©es 1960 dans la Collection Pinault » au Couvent des Jacobins Ă  Rennes

    François Pinault, citoyen breton, capitaine d’industrie, collectionneur d’art contemporain compulsif, a ressorti de ses innombrables collections ce qui se rapprochait des annĂ©es 1960 pour les exposer au Couvent des Jacobins de Rennes, par ailleurs magnifiquement rĂ©novĂ©. L’exposition s’organise autour d’un cloĂźtre extĂ©rieur transformĂ© pour l’occasion en salle de musique dans laquelle passe la bande son des annĂ©es 1960 dont les visiteurs peuvent profiter bien installĂ©s au fond de transats multicolores. La setlist est composĂ©e par Etienne Daho, rennais d’adoption et enfant de ces annĂ©es.

    Les salles prĂ©sentent une classique succession des artistes de l’époque du Pop art, connus et moins connus : Andy Warhol, Gilbert & George, Richard Avedon, Richard Prince, Niki de Saint Phalle, mais aussi des artistes français, dont Martial Raysse. Toute ce petit monde surfe sur le consumĂ©risme et ses couleurs vives, l’image des femmes vĂ©hiculĂ©es par la publicitĂ©, l’association de la photo publicitaire, de collages, de la sĂ©rigraphie
 et, surtout, de la diffusion en masse Ă  travers les magazines, le cinĂ©ma, la tĂ©lĂ©vision. Raysse dira :

    Les Prisunic sont les nouveaux musĂ©es de l’art moderne.

    Sur fond du festival de Woodstock, de la conquĂȘte de la Lune et de la libĂ©ration sexuelle, c’est l’explosion de ces nouvelles images mises parfois aussi au service des luttes pour la dĂ©colonisation, pour les droits civiques aux Etats-Unis, contre la guerre du Vietnam. Ce sont aussi les images qui marquent le dĂ©but de la fin de l’American dream et un atterrissage parfois rude sur la rĂ©alitĂ©.

    « Belles des nuages » – Martial Raysse

    Un beau moment Ă  passer au Couvent des Jacobins.

    Dans la boutique de l’exposition trĂŽne toute la littĂ©rature underground : Guy Debord (« La SociĂ©tĂ© du Spectacle Â» – 1967), Edgard Morin (« Journal de Californie Â» – 1970), James Balwin et bien d’autres.

  • « L’amour et les forĂȘts » de ValĂ©rie Donzelli

    « L’amour et les forĂȘts » de ValĂ©rie Donzelli

    L’histoire d’un couple, commencĂ© dans l’amour fou, se terminant dans la violence, puis devant le juge. Tout avait pourtant bien commencĂ© : rencontre dans une soirĂ©e, premier enfant, mariage suivi d’un second enfant
 Mais le mari, sorte de gendre idĂ©al manƓuvre pour Ă©loigner sa femme Blanche de sa famille normande et de sa sƓur jumelle Rose qui avait dĂ©jĂ  pressenti que quelque chose ne tournait pas rond avec ce mari.

    La suite rĂ©vĂšle ce dernier jaloux, possessif et violent. Le film montre cette dĂ©rive et l’enfermement dans lequel sombre Blanche, coincĂ©e avec ses deux enfants dans l’Est de la France, effrayĂ©e par le comportement de son mari dont elle dĂ©couvre progressivement les errements. Cela ira jusqu’à une tentative de suicide dont elle se relĂšvera avec l’aide de sa jumelle qui montera sa fuite et celle de ses enfants pour un retour en Normandie. Blanche reverra son mari au tribunal devant lequel la rĂ©alisatrice laisse de spectateur inventer la fin.

    C’est un film sur l’enfermement de la femme dans la spirale de violence oĂč peut l’entraĂźner un mari Ă  la dĂ©rive. La sĂ©paration n’est pas dilemme facile Ă  trancher lorsqu’on ignore jusqu’oĂč peut aller ce conjoint et que deux enfants et une situation professionnelle sont Ă©galement en jeu. Le comportement pathologique de ce mari est minutieusement dĂ©crit et doit s’approcher de la rĂ©alitĂ© de bien des couples dĂ©vastĂ©s par la violence. A la fois charmeur et dramatiquement possessif, aprĂšs chaque Ă©clat il tente de se faire pardonner de sa femme Ă  laquelle il est dĂ©sespĂ©rĂ©ment attachĂ©. Le scĂ©nario montre qu’elle n’est pas dupe et n’a plus d’espoir de le voir s’amender positivement tant il est incapable de contrĂŽle sur lui-mĂȘme. Un excĂšs qui relĂšve de la mĂ©decine psychiatrique ou d’une cure psychanalytique, plus que d’une Ă©niĂšme rĂ©conciliation. Elle n’est manifestement pas tombĂ©e sur le bon numĂ©ro et ne sait comment s’en sortir.

    Le combat fĂ©ministe est loin d’ĂȘtre gagnĂ© si l’on en juge par le nombre de fĂ©minicides et de violences conjugales constatĂ©s chaque annĂ©e en France. La trĂšs grande majoritĂ© de ces violences est exercĂ©e par l’homme sur la femme, et non l’inverse ; sans doute le fruit de millĂ©naires de patriarcat menĂ©s par une sociĂ©tĂ© machiste et satisfaite d’elle-mĂȘme, sous le regard bienveillant des religions. Ce film apporte son Ă©cot Ă  une meilleure comprĂ©hension de ce phĂ©nomĂšne destructeur. Il est bienvenu.

  • « L’Île rouge » de Robin Campillo

    « L’Île rouge » de Robin Campillo

    Campillo a rĂ©alisĂ© en 2017 le film-choc : 120 Battements par minute, sur le combat menĂ© par l’association Act-up pour la reconnaissance de la maladie du Sida et l’accĂ©lĂ©ration de la recherche en vue de traitements efficaces. Avec LÎle rouge il prĂ©sente un film plus intimiste sur les annĂ©es 1970 dans une base militaire française Ă  Madagascar dix annĂ©es aprĂšs l’indĂ©pendance de l’üle, ex-colonie française.

    La petite communautĂ© militaire française mĂȘle des acteurs de la pĂ©riode coloniale française : pieds noirs, anciens des guerres d’Indochine ou d’AlgĂ©rie, ils ont tournĂ© dans les diffĂ©rentes bases militaires que la Paris a conservĂ© sur les territoires dĂ©colonisĂ©s. Ils ne sont pas fonciĂšrement mauvais mais n’ont pas encore complĂštement tournĂ© la page d’une puissance française passĂ©e. Ceux qui ont connu l’expatriation en Afrique reconnaĂźtront dans ce film les petites choses qui Ă©maillĂšrent leur vie protĂ©gĂ©e sous les tropiques : les boys, les amours Ă  la dĂ©rive, les coups d’Etat locaux et les uniformes français ! Un film dispensable mais agrĂ©able.

  • « Vermeer, la plus grande exposition » au cinĂ©ma

    « Vermeer, la plus grande exposition » au cinéma

    L’exposition Vermeer au Rijksmuseum d’Amsterdam Ă©tait Ă  peine en train de se terminer au printemps 2023 qu’un film sur l’exposition Ă©tait diffusĂ© dans les salles. Les tableaux prĂ©sentĂ©s sont magnifiquement filmĂ©s, vues d’ensemble comme gros plans sur les dĂ©tails. Les commentaires et explications des spĂ©cialistes du peintre nĂ©erlandais du XVIIĂšme siĂšcle (1632-1675) et des commissaires de la rĂ©trospective Ă©clairent intelligemment le spectateur.

    On se laisse aller Ă  plonger dans cette superbe transcription d’une Ă©poque passĂ©e des Pays-Bas et de ses habitants. Vermeer fut le peintre d’une quarantaine d’Ɠuvres, seulement, mais chacune d’elle est Ă©clairĂ©e d’une lumiĂšre qu’il sait rendre de façon magique et sophistiquĂ©e donnant une apparence trĂšs caractĂ©ristique Ă  ses couleurs. Voir la peinture au cinĂ©ma est une bonne idĂ©e, d’ailleurs le petit cinĂ©ma de quartier oĂč le film Ă©tait prĂ©sentĂ© en matinĂ©e ce dimanche Ă©tait complet.

  • « Basquiat x Warhol, Ă  quatre mains » Ă  la fondation Louis Vuitton

    « Basquiat x Warhol, à quatre mains » à la fondation Louis Vuitton

    1983, New York, la Factory d’Andy Warhol (1928-1987) a dĂ©mĂ©nagĂ©, le Velvet Underground a raccrochĂ© des guitares depuis longtemps, Basquiat (1960-1988) a transformĂ© la culture populaire du graffiti mural en une explosion de peinture magistrale, il rencontre enfin Warhol qui l’a toujours profondĂ©ment inspirĂ©. Une gĂ©nĂ©ration les sĂ©pare et ils dĂ©cident de travailler ensemble sur des toiles gigantesques. Ils en produiront 160. Les locaux de la Factory, vides, sont encore disponibles et servent d’atelier Ă  la mesure des ambitions de nos deux compĂšres qui partageait les services du mĂȘme marchand d’art. La fondation Louis Vuitton expose le rĂ©sultat de ce travail dans onze salles dĂ©ployĂ©es sur trois Ă©tages.

    Leur mĂ©thode est dĂ©taillĂ©e : Andy dĂ©marrait la toile en y inscrivant un Ă©lĂ©ment d’actualitĂ© ou une marque commerciale, sĂ©rigraphiĂ©e ou peinte (ce travail Ă  quatre mains l’a fait revenir Ă  la peinture), sur laquelle intervenait ensuite Basquiat avec, gĂ©nĂ©ralement, ses thĂšmes favoris : ses origines africaines (haĂŻtiennes en fait) illustrĂ©es par des masques d’homme noir, des mots raturĂ©s, des nombres, des prix en $, des instruments de musique
 Les premiĂšres toiles exposĂ©es sont Ă©galement cosignĂ©es par le peintre italien Francesco Clemente, acteur de cette pĂ©riode new-yorkaise dĂ©bridĂ©e et crĂ©ative.

    Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol, 6,99, (1984)

    Les conceptions du monde l’art des deux artistes s’affrontent, Warhol sans doute plus impliquĂ© dans le business joue avec les marques quand Basquiat les conteste. Ils dialoguent et se rĂ©pondent par pinceaux et couleurs interposĂ©s. Ils se portraiturent l’un-l’autre, l’un avec l’autre, jouant avec les symboles qu’ils ont contribuĂ© Ă  crĂ©er. Warhol est dĂ©clinĂ© Ă  plusieurs reprise mĂȘlĂ© Ă  la fameuse banane dessinĂ©e pour la couverture du premier album du Velvel Underground. On se croirait dans un article du Village Voice.

    Les toiles Ă  deux sont immenses, Ă  la fois infantiles et complexes, aux couleurs vives. A premiĂšre vue elles ressemblent Ă  du Basquiat tant son dessin est caractĂ©ristique mais l’intervention de Warhol, gĂ©nĂ©ralement plus discrĂšte, est aussi notable. Il faut se perdre dans les dĂ©tails quand le regard veut prendre du recul, fascinĂ© par l’ensemble colorĂ© Ă©clatant. Les deux artistes ont fait preuve d’une incroyable productivitĂ© et une exposition sera montĂ©e Ă  New York en 1985 avec une (petite) partie de ces crĂ©ations et dont l’affiche est celle des deux boxeurs, reprise par la fondation Louis Vuitton prĂšs de quarante annĂ©es plus tard. Ces tableaux rĂ©jouissent le visiteur tant ils sont reprĂ©sentatifs du foisonnement de l’art Ă  New York Ă  cette Ă©poque, sous toutes ses formes. Ce fut une vĂ©ritable explosion de crĂ©ativitĂ© dans laquelle ces deux lĂ  ont pris une place de choix.

    La mort inattendue de Warhol en 1987 surprend et peine son premier admirateur qui a su s’émanciper du maĂźtre avec beaucoup de talent. Il produit une installation en sa mĂ©moire : « Gravestone Â», une porte beigne sur laquelle est incrit deux fois la mention « Perishable Â», entourĂ©e de chaque cĂŽtĂ© de deux petits panneaux joints Ă  la porte par des charniĂšres, une croix et une fleur sur celui de gauche, un masque africain sur celui de droite. HĂ©las, Basquiat lui succĂ©dera dans l’au-delĂ  un an plus tard. Il reste leurs Ɠuvres, sublimes !

    La fin de l’exposition revient justement sur l’atmosphĂšre de ces annĂ©es 1980 avec moulte photos oĂč l’on reconnait, outre Warhol et Basquiat, les acteurs de la scĂšne artistique du downtown new-yorkais de ce temps : Keith Haring, David Hockney, William Burroughs, Timothy Leary, mais aussi Brian Ferry, Madonna, Grace Jones, Nick Rhodes et Simon Le Bon (du groupe Duran Duran), Julian Schnabel
 On se croirait dans un article du Village Voice.

    Keith Haring & La II (1987)

    Une derniĂšre vidĂ©o montre les deux artistes, Ă©mouvants, Basquiat aux cheveux courts lui donnant un air adolescent, Warhol, Ă©nigmatique et souverain, posant des questions absurdes Ă  son « Ă©lĂšve qui l’a dĂ©passĂ© [en $] Â» et qui y rĂ©pond dans de grands Ă©clats de rire.

    Lire aussi : Basquiat-Shiele Ă  la Fondation Louis Vuitton

  • « Manet / Degas » au musĂ©e d’Orsay

    « Manet / Degas » au musĂ©e d’Orsay

    Edouard Manet (1832-1883) et Edgar Degas (1834-1917) ont marquĂ© la peinture de la fin du XIXĂšme siĂšcle. Ce que l’on ne savait pas forcĂ©ment est qu’ils furent amis, ont subi des influences communes et portĂ© un regard croisĂ© sur le monde d’alors. Le musĂ©e d’Orsay (sur-frĂ©quentĂ© en ce jeudi de l’ascension) expose les deux peintres en une succession de tableaux : portraits variĂ©s de familles (les leurs ou celle de Berthe Morisot), amis et donneurs d’ordre, autoportraits, scĂšnes de bistrot, de salles-de-bain, de champs de course
 On apprend que les deux peintres se sont fĂąchĂ©s et rĂ©conciliĂ©s, menant de concert une rivalitĂ© artistique trĂšs fĂ©conde.

    Degas le solitaire s’est consacrĂ© sur des atmosphĂšres un peu diffuses et brumeuses quand Manet, plus mondain et ouvert sur le monde marque les contours de ses peintures de façon plus nette et prĂ©cise. Tous deux ont Ă©tĂ© marquĂ©s par la guerre contre les Prussiens en 1870 et la commune qui s’en suivie. Des dessins rendent la violence de cette pĂ©riode. Le dernier tableau montrĂ© est de Manet qui reprend l’exĂ©cution de l’empereur Maximilien au Mexique par les rebelles rĂ©publicains en 1867 aprĂšs avoir Ă©tĂ© lĂąchĂ© par la France de NapolĂ©on III.

    Toute une Ă©poque
 et une Ă©poque qui fait des Ă©mules si l’on en juge par le nombre de tĂ©lĂ©phones mobiles qui dĂ©filent devant les tableaux avec des visiteurs derriĂšre prenant des photos !

  • « Ramona fait son cinĂ©ma » d’Andrea Bagney

    « Ramona fait son cinĂ©ma » d’Andrea Bagney

    Un film dĂ©licieux, premier long mĂ©trage de la rĂ©alisatrice espagnole Andrea Bagney sur l’histoire intimiste d’une apprenti-actrice (Lourdes Hernandez) ballotĂ©e entre son fiancĂ© et le rĂ©alisateur du film dans lequel elle tourne. L’actrice, la vraie, est une chanteuse folk connue en Espagne sous le nom de Russian Red (du nom du rouge-Ă -lĂšvres qu’elle utilise) avec quatre albums Ă  son actif depuis 2008 et des tournĂ©es internationales.

    Elle fait parfaitement l’affaire dans le rĂŽle de la femme amoureuse et versatile qui hĂ©site Ă  choisir l’homme de sa vie et n’arrive pas Ă  cacher Ă  son financĂ©-cuisinier qu’elle Ă©prouve un coup de cƓur pour un potentiel fiancĂ©-rĂ©alisateur
 Le film est en noir-et-blanc, tourne autour des trois personnages et de la rĂ©alisation du film dans le film. Lourdes est dĂ©sarmante de fraĂźcheur et d’indĂ©cision. C’est la comĂ©die de l’amour dans notre vie de tous les jours. Un trĂšs joli moment.

  • « Esclavage, mĂ©moires normandes » Ă  l’HĂŽtel Dubocage de BlĂ©ville du Havre

    « Esclavage, mĂ©moires normandes » Ă  l’HĂŽtel Dubocage de BlĂ©ville du Havre

    C’est la partie havraise de l’exposition sur l’esclavage partagĂ©e entre les villes de Rouen, Honfleur et Le Havre. La traite des esclaves a considĂ©rablement enrichi les armateurs normands et toute la rĂ©gion, comme ce fut le cas pour les autres ports « nĂ©griers » de Nantes, La Rochelle et Bordeaux. Le Havre revient sur cette histoire trouble dans l’hĂŽtel Dubocage de BlĂ©ville, du nom du navigateur-explorateur havrais (1676-1727) qui y installe une grande maison de nĂ©goce maritime aprĂšs un voyage de neuf annĂ©es qui l’a menĂ© jusqu’en Chine.

    L’histoire est dĂ©sormais connue et documentĂ©e mais il ne fait jamais de mal d’y revenir. L’Europe disposait de colonies en AmĂ©rique (sur le territoire continental amĂ©ricain et les Ăźles des CaraĂŻbes [Saint-Domingue notamment]) qui produisent des biens (coton, bois, cacao
) qui Ă©taient vendus sur le vieux continent qui, Ă  l’époque, est encore « neuf Â». Au dĂ©but travaillaient dans les colonies des europĂ©ens plus ou moins volontaires. Assez rapidement il fallut augmenter la productivitĂ© de la production et seule une force de travail « bon marchĂ© Â» pouvait permettre d’attendre cet objectif. Les Etats comme la France encouragent l’achat d’esclaves en Afrique et leur installation dans les colonies d’AmĂ©rique. Le « code noir Â» officialise en 1685 sous Louis XIV ce trafic dit « triangulaire Â» tout en Ă©dictant quelques limites pour le traitement des exclaves, qui furent gĂ©nĂ©ralement allĂšgrement dĂ©passĂ©es.

    Les marchands esclavagistes français affrĂ©taient des bateaux quittant les ports français chargĂ©s de « verroterie » (bracelets, bijoux de pacotille, mais aussi des armes plus ou moins antĂ©diluviennes) qui servaient Ă  payer les esclaves achetĂ©s Ă  leurs propriĂ©taires africains. L’esclavage existe bien entendu depuis des millĂ©naires, y compris en Afrique. La traite (le « commerce » de ceux-ci) se pratique Ă©galement depuis des lustres mais la « traite atlantique » va industrialiser le phĂ©nomĂšne avec des objectifs « commerciaux » ambitieux. Pour les atteindre il va falloir dĂ©shumaniser les esclaves et les traiter comme des « intrants » au processus industriel


    L’exposition de l’HĂŽtel Dubocage revient sur les diffĂ©rentes Ă©tapes de ce trafic d’ĂȘtres humains et sur les conditions de celui-ci Ă  travers des tableaux et des gravures d’époque. Sont Ă©galement exposĂ©s des relevĂ©s « comptables Â» des Ă©changes de marchandises : combien de verroterie remises aux vendeurs locaux pour acheter les esclaves. Ceux-ci Ă©taient complĂštement anonymisĂ©s sur ces relevĂ©s : pas de nom, juste des valorisations. Des schĂ©mas montrent la disposition des esclaves dans les bateaux qui les transportaient d’Afrique vers les AmĂ©riques, installĂ©s tĂȘte-bĂȘche dans les entreponts du navire oĂč ils ne pouvaient pas mĂȘme se tenir debout, ce qui n’est pas sans rappeler les chĂąlis oĂč Ă©taient entassĂ©s les dĂ©portĂ©s dans les camps de concentration allemands de la seconde guerre mondiale. Cela explique les taux de mortalitĂ© de 10 Ă  20% constatĂ©s au bout du voyage et consciencieusement notĂ©s sur le journal de bord car venant minimiser la marge des nĂ©gociants.

    Les conditions de vie dans les plantations antillaises oĂč ils Ă©taient dĂ©barquĂ©s n’étaient guĂšre meilleures et leurs maĂźtres prenaient des libertĂ©s avec le « Code noir Â» et avaient quasiment droit de vie ou de mort sur leurs esclaves. Certains esclaves se rĂ©voltĂšrent, en HaĂŻti notamment, d’autres furent libĂ©rĂ©s, certains mĂȘmes habitĂšrent aux Havre pour servir leurs maĂźtres en France. Il y eut tout de mĂȘme des consciences pour s’élever contre l’esclavage comme l’écrivain havrais Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre qui publia « Paul et Virginie Â» en 1788. Ouf, cela rattrape un peu la rĂ©putation de la rĂ©gion


    Une exposition troublante !

    Voir aussi : https://esclavage-memoires-normandes.fr/

  • « Marquet en Normandie » au MuMa du Havre

    « Marquet en Normandie » au MuMa du Havre

    Le MusĂ©e AndrĂ© Malraux (MuMa) expose Albert Marquet (1875-1947) peintre « fauviste » et inspirĂ© par la Normandie et ses couleurs si particuliĂšres. Les Ɠuvres accrochĂ©es ont toutes rapport Ă  la cĂŽte normande, Le Havre, Honfleur, Rouen, la Seine
, des ports, des plages, et, surtout, la mer et le ciel, avec toutes les nuances de vert et de bleu que la Normandie sait offrir. Marquet a arpentĂ© cette cĂŽte avec son chevalet et son ami de Raoul Duffy. C’est le rĂ©sultat de ces pĂ©rĂ©grinations artistiques que prĂ©sente de MuMa. Il a aussi parcouru le monde dont l’AlgĂ©rie oĂč il passe la seconde guerre mondiale quelques annĂ©es avant sa mort, lĂ -encore un pays de toutes les lumiĂšres. Certaines toiles de cette pĂ©riode sont exposĂ©es.

    Je ne sais ni Ă©crire ni parler mais seulement peindre et dessiner. Regardez ce que je fais. Ou je suis arrivĂ© Ă  m’exprimer ou j’ai Ă©chouĂ©. En ce cas, que vous me compreniez ou pas, par votre faute ou par la mienne, je ne peux pas faire plus.

    Albert Marquet (1936)

    L’eau est partout, rendue dans des paysages de plages ou de falaises bucoliques mais aussi peinte sur fond d’outils industriels et portuaires. Marquet est spĂ©cialisĂ© dans la « vue plongeante Â» comme ne le montre pas le port d’Honfleur ci-dessus. Il est surtout un maĂźtre hors pair de la lumiĂšre dont le rendu dans ses toiles est subjuguant. Les personnages ou objets prĂ©sents dans ses tableaux sont les plus souvent esquissĂ©s d’un trait, sans trop de dĂ©tails, laissant le visiteur se plonger dans la mĂ©ditation inspirĂ©e par les couleurs de la nature et des paysages.

    Lire aussi : Marquet au musĂ©e d’art moderne de Paris

    Le MuMa est posĂ© sur le port marquant l’influence de la mer sur l’art en Normandie. Entre la digue et le musĂ©e trĂŽne une sculpture monumentale d’Henri-Georges Adam : « Le Signal ». En plus de Marquet, il dispose d’une belle collection de tableaux des artistes Sisley, Duffy, Renoir, Braque, Pissarro, Boudin, Monet
 C’est l’ancien musĂ©e des Beaux-Arts qui n’a pas rĂ©sistĂ© aux bombardements de 1944, les sculptures ont Ă©tĂ© transformĂ©es en cendres mais les peintures qui avaient Ă©tĂ© dĂ©placĂ©es en lieu sĂ»r furent Ă©pargnĂ©es. Il est reconstruit en 1952 Ă  l’entrĂ©e du port. InaugurĂ© par AndrĂ© Malraux en 1961, il prĂ©figure Ă  l’époque ce que seront les « maisons de la culture », grand Ɠuvre du ministre de la culture de De Gaulle.

    Le MuMa et, devant, la scupture « Le Signal »

    Avant de sortir, repas ou cafĂ© au restaurant du musĂ©e, vue sur les incessantes entrĂ©es et sorties de gros navires au milieu desquels se mĂȘlent des kite-surfers agiles et Ă©lĂ©gants ; la mer, vous dit-on, toujours la mer.

  • « Julia Pirotte, photographe et rĂ©sistante » au mĂ©morial de la Shoah

    « Julia Pirotte, photographe et résistante » au mémorial de la Shoah

    Julia Pirotte (1907-2000) est une photographe de presse polonaise. Sa famille d’origine juive s’installe Ă  Varsovie avec les trois enfants aprĂšs le dĂ©cĂšs de la mĂšre oĂč Julia, son frĂšre et sa sƓur, encore adolescents, adhĂšrent au parti communiste polonais. A ce titre Julia est emprisonnĂ©e quatre ans par la justice polonais, Ă  17 ans, et son frĂšre s’exile en URSS pour fuir le rĂ©gime autoritaire du pays au mitan des annĂ©es 1920. L’oppression se renforçant en Pologne, Julia doit fuir Ă  son tour et trouve refuge en Belgique oĂč elle Ă©pouse Jean Pirotte, un syndicaliste belge, et obtient la nationalitĂ© belge. OuvriĂšre dans diffĂ©rentes usines en Belgique elle poursuit son engagement politique et Ă©crit des articles dans la presse « progressiste Â» illustrĂ©s par ses propres photos.

    En 1940, fuyant l’invasion de la Belgique par l’Allemagne elle s’installe Ă  Marseille alors situĂ©e en zone libre oĂč elle va rĂ©aliser des reportages sur le monde ouvrier et populaire local et entre en rĂ©sistance dans le rĂ©seau communiste Francs-tireurs et partisans (FTP) Main-d’Ɠuvre immigrĂ©e (MOI). Sa sƓur Mindla, Ă©galement rĂ©sistante est capturĂ©e par les Allemands, torturĂ©e, dĂ©portĂ©e puis guillotinĂ©e. Julia participe et photographie l’insurrection de Marseille. ImmĂ©diatement aprĂšs la libĂ©ration elle retourne en Pologne encore agitĂ©e par des vagues antisĂ©mites. Elle photographie le pogrom de Kielce de 1946, crĂ©e une agence de presse « Walf », photographie la reconstruction de son pays, le congrĂšs pour la paix de 1948 Ă  Wroclaw oĂč elle prend des portraits, notamment de Picasso et IrĂšne Joliot-Curie qui y participent, elle fait un reportage dans un kibboutz en IsraĂ«l.

    La soeur de Julia, Mindla, assassinée par les allemends pour fait de résistance

    Dans les annĂ©es 1960-1970 son travail commence Ă  ĂȘtre reconnu et exposĂ© Ă  travers le monde. C’est une partie de celui-ci qui est exposĂ© aujourd’hui par le mĂ©morial de Shoah. Les clichĂ©s noir-et-blanc marquent son attrait pour les milieux populaires, particuliĂšrement les portraits. Son engagement communiste et rĂ©sistant transpire de toutes ces photos et quelques vidĂ©os montrent cette femme modeste au crĂ©puscule de sa vie, qui toujours est retournĂ©e dans son pays natal, la Pologne, quels qu’en soient les rĂ©gimes et les risques pour une juive.

    Elle est passée au travers de toutes les embûches de ce siÚcle et a témoigné de toutes ses tragédies.

    Une exposition Ă©mouvante !

  • « Matisse. Cahiers d’art, le tournant des annĂ©es 30 » au musĂ©e de l’Orangerie

    « Matisse. Cahiers d’art, le tournant des annĂ©es 30 » au musĂ©e de l’Orangerie

    Henri Matisse (1869-1954) est exposĂ© Ă  l’Orangerie et, plus prĂ©cisĂ©ment, sa pĂ©riode post-1930 mise valeur par la revue Cahiers d’art dont sont Ă©galement montrĂ©s les archives sous vitrine. Revue porte-voix du modernisme, elle plaça Ă  juste titre Matisse dans cette catĂ©gorie, avec Picasso. Il rentre cette annĂ©e-lĂ  d’un voyage Ă  Tahiti sur les traces de Gauguin, il en ramĂšne une nouvelle inspiration, pleine de couleurs chatoyantes. Des odalisques et des nus sont montrĂ©s avec ce dessin caractĂ©ristique du peintre, les formes sont juste esquissĂ©es mais le rendu est extrĂȘmement prĂ©cis. Le « Nu rose Â» mĂ©rite le dĂ©placement Ă  lui tout seul : une merveille de sensualitĂ© et de modernitĂ©, rehaussĂ©e par cette originale couleur rose.

    Les annĂ©es 1930 sont aussi la pĂ©riode oĂč Matisse se met Ă  la sculpture dont des exemplaires tout en rondeur sont montrĂ©s ici, accompagnĂ©s Ă©galement de nombre de dessins de l’artiste. Lors d’un sĂ©jour aux Etats-Unis en 1930 il fut commanditĂ© par le collectionneur Albert Barnes pour rĂ©aliser une Ɠuvre monumentale, La Danse, afin de d’orner sa fondation Ă  Philadelphie.

    Fondation Barnes

    Une piĂšce d’essai en grandeur nature est exposĂ©e, toujours ce dessin matissien, simple, expressif et tout en rondeur.

    Recommandation

    Nous sommes Ă  l’Orangerie, un passage dans les deux salles des NymphĂ©as s’impose.

    Devant les huit toiles gigantesques de Claude Monnet, brancher Piano Works de Philippe Glass interprĂ©tĂ© par l’excellent pianiste Vinkingur Olafsson, Ă©coutez et laissez-vous plonger dans la mĂ©ditation.

    Les deux premiers tableaux ont Ă©tĂ© offerts par Monet Ă  la France au lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918 comme symbole de paix par l’intermĂ©diaire de Georges ClĂ©menceau.

  • « Les Ăąmes perdues » de StĂ©phane Malterre et Garance Le Caisne

    « Les ùmes perdues » de Stéphane Malterre et Garance Le Caisne

    Un documentaire glaçant sur l’affaire « CĂ©sar Â», du nom de code de ce photographe de l’armĂ©e syrienne qui a pris plus de 50 000 clichĂ©s des cadavres d’opposants syriens torturĂ©s puis tuĂ©s par la police du rĂ©gime au cours des annĂ©es 2010 : fuyant Damas, il remit ses photos aux autoritĂ©s occidentales (gouvernements, organisations non gouvernementales [ONG] et institutions multilatĂ©rales) qui les utilisent pour documenter les crimes du gouvernement syrien.

    Le film suit surtout les dĂ©marches initiĂ©es par des familles syriennes exilĂ©es en France et en Espagne, bĂ©nĂ©ficiaires de la double-nationalitĂ© et qui ont reconnu des parents sur les photos des victimes, pour dĂ©poser plainte dans les pays d’accueil contre des dirigeants syriens. Ces processus judiciaires avancent difficilement car mettant en jeu des aspects politiques et diplomatiques, outre ceux ayant trait aux droits de l’homme. Toutefois des premiĂšres condamnations tombent en Allemagne contre des officiers syriens qui s’y Ă©taient installĂ©s aprĂšs avoir suivi la route des rĂ©fugiĂ©s en 2015 puis Ă©tĂ© identifiĂ©s par certaines de leurs victimes. La France s’apprĂȘte de son cĂŽtĂ© Ă  juger par contumace trois gĂ©nĂ©raux syriens pour crime contre l’humanitĂ©.

    Les photos de « CĂ©sar Â» sont juste survolĂ©es. MĂȘme floutĂ©es elles montrent l’horreur Ă  laquelle ont Ă©tĂ© soumises les victimes, hommes et femmes, jeunes et vieux. Elles illustrent aussi le sentiment de total impunitĂ© des autoritĂ©s syriennes qui ont-elles-mĂȘmes documentĂ© leurs crimes avant d’émettre les certificats de dĂ©cĂšs nominatifs pour toutes victimes dĂ©cĂ©dĂ©es, reconnaissant ainsi les faits
 Un juriste explique dans le documentaire que les crimes syriens sont bien mieux documentĂ©s que l’ont Ă©tĂ© ceux des nazis au procĂšs de Nuremberg en 1945 contre les 24 principaux responsables du rĂ©gime nazis encore vivants Ă  la fin de la seconde guerre mondiale.

    Par les temps qui courent on peine Ă  imaginer qu’un procĂšs similaire puisse ĂȘtre tenu contre la famille al-Assad qui gouverne ce pays d’une main de fer depuis 1971, le fils Bachar ayant succĂ©dĂ© Ă  son pĂšre Hafez ayant en 2000. En rĂ©alitĂ©, sans doute la majoritĂ© des pays de la planĂšte ne voit pas vĂ©ritablement de problĂšme dans la gestion de la Syrie. Le film montre d’ailleurs la Chine et la Russie voter contre une rĂ©solution du conseil de sĂ©curitĂ© des Nations Unies (ONU) condamnant le rĂ©gime syrien, bloquant ainsi toute action de la communautĂ© internationale.

    Le concept des « droits de l’Homme Â» que l’on croyait universel depuis 1945 aprĂšs la dĂ©couverte des horreurs nazis est en train de faire naufrage. MĂȘme si la communautĂ© des pays rĂ©unis au sein de l’ONU en a approuvĂ© le principe Ă  travers nombre de traitĂ©s et conventions, les rĂ©gimes autoritaires les rĂ©cusent dĂ©sormais par leurs actes. La guerre d’Ukraine en cours ne fait que confirmer cette tendance. Les migrants et les victimes, eux, votent avec leurs pieds en faveur des droits de l’Homme et viennent se rĂ©fugier dans les pays occidentaux qui respectent encore le concept. On voit mĂȘme des tortionnaires se joindre aux flux des rĂ©fugiĂ©s pour tenter de se rĂ©installer en Europe. L’officier syrien en rupture de ban qui a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© en Allemagne n’a pas choisi d’émigrer en Russie ni en Chine, mais
 en Allemagne. L’oncle du dictateur Bachar as-Assad, Rifaat, ancien vice-prĂ©sident de son frĂšre Hafez est venu se rĂ©fugier Ă  Paris aprĂšs un coup d’Etat manquĂ© en 2004. Il serait rĂ©cemment retournĂ© en Syrie aprĂšs avoir Ă©tĂ© condamnĂ© par contumace Ă  quatre annĂ©es de prison dans l’affaire des « biens mal acquis Â» concernant sa fortune immobiliĂšre constituĂ©e en France pour une somme estimĂ©e Ă  90 millions d’euros, ce patrimoine a Ă©tĂ© saisi par la justice.

    C’est d’ailleurs la seule note d’espoir de ce film terrifiant, le fait que mĂȘme les tortionnaires choisissent de s’installer et mener leurs affaires en Occident plutĂŽt que chez leurs « amis Â» politiques semble indiquer que la dĂ©mocratie a encore un peu d’avenir sur la planĂšte. Il suffit sans doute de rester ferme sur les principes et
 patient.

  • « David Hockney – collection de la Tate » au musĂ©e Granet d’Aix en Provence

    « David Hockney – collection de la Tate » au musĂ©e Granet d’Aix en Provence

    Le musĂ©e Granet prĂ©sente les tableaux de David Hockney exposĂ©s Ă  la Tate de Londres (ex-Tate Gallery). C’est toujours un Ă©merveillement de revisiter l’artiste britannique du « pop art Â» de 85 ans tellement inventif et dont l’ñge ne rĂ©duit en rien l’incroyable productivitĂ©.

    L’exposition montre quelques tableaux emblĂ©matiques (la chaise hommage Ă  Van Gogh, le hall fleuri d’un hĂŽtel mexicain, ses deux parents dans le salon, la grande fresque tarabiscotĂ©e de lui-mĂȘme dans son atelier
) mais aussi beaucoup d’Ɠuvres de ses dĂ©buts, moins connues : dessins, eaux fortes, traçant son parcours artistique et sa progression vers le maĂźtre de l’art contemporain hyperrĂ©aliste qu’il est devenu.

    Un trĂšs intĂ©ressant film documentaire au dĂ©but de l’exposition nous fait mieux comprendre sa vision de la peinture. Dans ses interviews enregistrĂ©s Ă  diffĂ©rentes Ă©poques de sa vie il Ă©voque sa fascination pour la nature et les couleurs, et son obsession pour la perspective et la rĂ©alitĂ© : comment rendre celle-ci sous le pinceau et est-elle bien ce que nous voyons ? Passionnants monologues, illustrĂ©s par les cĂ©lĂšbres peintures du Grand Canyon. Il raconte son inspiration et ses idĂ©es avec une dĂ©sarmante simplicitĂ© et un petit sourire goguenard plutĂŽt sĂ©duisant. Le film documentaire est la meilleure introduction possible au cheminement des visiteurs devant les Ɠuvres !

    Lire aussi :
    « David Hockney. A Year in Normandie » au musĂ©e de l’Orangerie
    David Hockney Ă  Beaubourg

    En sortant de Granet une petite visite s’impose ensuite dans la collection Jean Planque dans l’annexe du musĂ©e logĂ©e dans la chapelle des PĂ©nitents blancs : Monet, Van Gogh, Picasso, de StaĂ«l
 Le collectionneur suisse a entretenu une relation amicale avec Picasso au crĂ©puscule de sa vie qui a acceptĂ© de vendre plusieurs tableaux Ă  la galerie qu’il reprĂ©sentait. Certains sont exposĂ©s dans ce lieu magnifiquement rĂ©novĂ©.

  • « Ghada Amer » Ă  Marseille

    « Ghada Amer » à Marseille

    Ghada Amer est une artiste plasticienne égyptienne née au Caire en 1963 qui est exposée dans trois sites marseillais dont le Mucem et le Centre de la Vieille Charité, un hospice construit au XVIIÚme siÚcle pour « accueillir les gueux », recyclé depuis en un vaste centre culturel, utilisant ainsi à trÚs bon escient la magnifique architecture du bùtiment.

    Amer marque un fort engagement fĂ©ministe qu’elle illustre par de grandes sculptures, des cĂ©ramiques, des tableaux avec des broderies incrustĂ©es, oĂč apparaissent des personnages fĂ©minins et des slogans rĂ©pĂ©tĂ©s Ă  l’infini prĂŽnant la libĂ©ration de la femme. Un peu abstraite, mi orientale-mi occidentale, un peu Ă©rotique, un peu expressionniste, l’Ɠuvre est dĂ©clinĂ©e avec des matĂ©riaux variĂ©s, marquant l’inspiration de l’artiste et une obsession pour le statut de la femme.

  • « A mon seul dĂ©sir » de Lucie Borleteau

    « A mon seul désir » de Lucie Borleteau

    Une jeune Ă©tudiante dĂ©cide de s’encanailler en entrant dans un club de striptease, juste pour voir. Sous le pseudonyme d’Aurore, elle se lance avec le sourire dans un parcours de stripteaseuse, autant pour l’aspect disruptif de cette nouvelle voie, que pour payer son loyer. Elle a abandonnĂ© ses Ă©tudes et elle plonge avec curiositĂ© dans ce monde de la nuit oĂč le sexe est omniprĂ©sent, ainsi que les comportements parfois dĂ©viants de spectateurs venus confronter leurs frustrations Ă  la nuditĂ© aguichante de ces jeunes femmes.

    Aurore initie aussi une relation amoureuse avec une de ses collùgues de scùne. Un peu d’amour lesbien, un peu de polyamour, un peu de transgression, bref, un film dans l’air du temps qui traite d’un sujet vieux comme le monde.

  • « Les soldats du dĂ©sert – Leclerc et les Britanniques » au MusĂ©e de la LibĂ©ration de Paris

    « Les soldats du dĂ©sert – Leclerc et les Britanniques » au MusĂ©e de la LibĂ©ration de Paris

    Le « musĂ©e de la LibĂ©ration de Paris / musĂ©e du GĂ©nĂ©ral Leclerc / MusĂ©e Jean Moulin » (pourquoi un nom si long pour un musĂ©e plutĂŽt modeste ?) raconte l’épopĂ©e des Français libres, en Afrique et dans le dĂ©sert durant la deuxiĂšme guerre mondiale, sous le commandement de Philippe de Hauteclocque dit « Leclerc » (1902-1947), reprĂ©sentant du gĂ©nĂ©ral de Gaulle sur le continent.

    Fait prisonnier par les Allemands en juin 1940 aprĂšs les combats en Champagne, il s’évade, rejoint de Gaulle Ă  Londres qui l‘envoie au Cameroun d’oĂč il commence une vĂ©ritable Ă©popĂ©e qui le conduira avec ses soldats jusqu’à Berlin aprĂšs avoir libĂ©rĂ© Paris puis Strasbourg qu’ils atteignent en novembre 1944.

    En Afrique Leclerc a pour mission de convaincre les autoritĂ©s françaises coloniales de passer sous la banniĂšre gaulliste en abandonnant celle de PĂ©tain. Quasiment seul, sans armes ni troupes, il monte progressivement une division de soldats de bric et de broc avec le soutien des Britanniques, le ralliement de soldats grecs et les « tirailleurs sĂ©nĂ©galais », soldats plus ou moins volontaires issus de l’Empire français.

    Il mĂšne et emporte des batailles dans le dĂ©sert devenues lĂ©gendaires, contre les Italiens puis les Allemands, dans l’immensitĂ© hostile du Sahara. En 1943 il se place avec ses hommes sous l’autoritĂ© du commandant en chef britannique de la rĂ©gion, le gĂ©nĂ©ral Montgomery. En avril 1944 il rejoint le sol français avec sa « 2Ăšme DB Â», est envoyĂ© libĂ©rer Paris en aoĂ»t et poursuit jusqu’à la reddition allemande. L’exposition dĂ©crit un chef de guerre de grand charisme, proche de ses hommes, stratĂšge imaginatif et n’hĂ©sitant pas Ă  prendre des risques personnels. Les opĂ©rations qu’il a menĂ©es en plein dĂ©sert en 1942 et 1943 en infĂ©rioritĂ© criante par rapport aux ennemis sont admirables et participĂšrent Ă  leur mesure Ă  chasser les Italiens et les Allemands d’Afrique pour prĂ©parer la libĂ©ration de l’Europe.

    AprĂšs sa victoire dans la bataille de Koufra le 28/02/1941 (dans l’actuelle Libye) de Gaulle lui tĂ©lĂ©graphie :

    Vous avez ramené la victoire sous les plis du drapeau. Je vous embrasse.

    C’est Ă  Koufra Ă©galement qu’il prononce avec ses hommes le « serment de Koufra Â» dans lequel ils s’engagent Ă  ne dĂ©poser les armes que lorsque les couleurs françaises flotteront sur la cathĂ©drale de Strasbourg ! Le serment sera tenu plus de quatre annĂ©es plus tard. Le drapeau en question est prĂ©sentĂ© dans la derniĂšre salle de l’exposition. BricolĂ© Ă  la hĂąte dans la ville tout juste libĂ©rĂ©e, la couleur rouge du drapeau tricolore aurait Ă©tĂ© cousue avec des restes de drapeaux nazis !