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  • KIEJMAN Claude-Catherine, ‘Svetlana, la fille de Staline’.

    KIEJMAN Claude-Catherine, ‘Svetlana, la fille de Staline’.

    Sortie : 2018, Chez : Editions Tallandier & Texto

    Il n’est sans doute pas facile d’ĂȘtre un enfant de Staline. Il en eut trois : Iakov issu d’un premier mariage avec Ekaterina SvanidzĂ©, soldat de l’ArmĂ©e Rouge, fait prisonnier par les Allemands durant le IIe guerre mondiale et que son pĂšre refusa d’Ă©changer avec le marĂ©chal von Paulus qui perdit la bataille de Stalingrad. Il se serait suicidĂ© en se jetant contre les barbelĂ©s Ă©lectrifiĂ©s du camp de concentration oĂč il Ă©tait dĂ©tenu.

    Deux autres enfants issus de son second mariage avec Nadejda Alliloueva : Vassili, mort alcoolique dans les années 1960 aprÚs une vie tumultueuse, et Svetlana, sujet de cette intéressant biographie.

    Ekaterina est morte du typhus quatre ans aprĂšs son mariage avec le dictateur. Nadejda s’est suicidĂ©e en 1932 probablement en raison de ses dĂ©saccords politiques avec son mari. Les belles-familles de Staline ont soit Ă©tĂ© liquidĂ©es soit enfermĂ©es de longues annĂ©es dans les goulags du rĂ©gime.

    Svetlana (1926-2011) Ă©tait l’enfant prĂ©fĂ©rĂ© de son pĂšre et la traversĂ©e de tous les drames de son pays l’a durablement perturbĂ©e. Elle a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e jusqu’Ă  l’adolescence dans le douillet confort d’un appartement au Kremlin et des datchas de la nomenklatura, situation Ă  peine dĂ©gradĂ©e par la guerre contre l’Allemagne. Elle ignorait tout des purges sanguinaires menĂ©es par son pĂšre contre ses opposants et une grande partie du peuple soviĂ©tique, ni de la barbarie de la guerre mondiale.

    Elle dĂ©couvre progressivement la tyrannie du rĂ©gime soviĂ©tique menĂ© d’une main de fer par son pĂšre en sortant de son cocon protĂ©gĂ© et en arrivant Ă  l’universitĂ© pour y mener des Ă©tudes d’histoire sur « recommandation » de Staline qui refuse qu’elle suive une filiĂšre de lettres. Elle s’oppose Ă  lui sur le choix de ses maris successifs. Son premier fiancĂ©, bien plus ĂągĂ© qu’elle, a Ă©tĂ© envoyĂ© au goulag aprĂšs que Staline ait forcĂ© Ă  leur rupture. Son premier mari Ă©tait juif ce qui poussa Staline Ă  refuser de le voir. Ils eurent un fils, Iossif, avant de divorcer rapidement. Un second mariage avec le fils d’un militaire de haut rang dans l’entourage direct du « petit pĂšre des peuples » dura Ă  peine plus de temps et leur donna une fille, Ekaterina. Un troisiĂšme mariage en URSS fut anecdotique.

    1953 : Staline meurt au mois de fĂ©vrier, le monde est troublĂ©, le communisme mondial bouleversĂ© et Svetlana se retrouve seule avec cette terrible hĂ©rĂ©ditĂ©. Des changements politiques apparaissent en URSS mais la nature profonde du rĂ©gime ne varie guĂšre. La fille du tyran reste sous la surveillance Ă©troite du parti compte tenu du symbole qu’elle reprĂ©sente, surtout Ă  l’extĂ©rieur du pays. Elle n’est pas vraiment libre de ses faits et gestes et doit se colleter avec les survivants de la rĂ©pression ou les familles de ceux qui n’ont pas survĂ©cu. Le nom de « Staline » est tout de mĂȘme lourd Ă  porter, ce n’Ă©tait d’ailleurs pas le vrai nom de son pĂšre. Elle obtient de reprendre celui de sa mĂšre, « AllilouĂŻeva », dont elle dĂ©couvre d’ailleurs le suicide qui lui avait Ă©tĂ© cachĂ© au moment des faits.

    Elle poursuit des quĂȘtes amoureuses sans lendemain jusqu’Ă  ce qu’elle rencontre un communiste indien soignĂ© en URSS qui meurt Ă  Moscou quelques annĂ©es plus tard. Elle est autorisĂ©s avec un visa « de sortie » de quelques mois Ă  accompagner le rapatriement des cendres dans son village en Inde en 1967. C’est lors de ce voyage qu’elle demande l’asile politique aux Etats-Unis d’AmĂ©rique, ennemis jurĂ©s de l’URSS. C’est la stupeur, d’autant qu’elle laisse ses deux enfants Ă  Moscou
 Quelques mois aprĂšs son transfuge Ă  l’Ouest le premier ministre soviĂ©tique dira Ă  l’occasion de son intervention Ă  la tribune des Nations Unies :

    Svetlana est une personne moralement instable, une malade et nous ne pouvons avoir que de la pitiĂ© pour ceux qui l’utilisent pour discrĂ©diter l’Union SoviĂ©tique.

    AlexeĂŻ Kossyguine

    Elle publie alors une autobiographie « Vingt lettres Ă  un ami » centrĂ©e sur la vie familiale avec son pĂšre qui crĂ©e quelques remous en pleine guerre froide, puis deux autres livres dont les droits d’auteur l’enrichissent avant qu’un nouveau mari amĂ©ricain et endettĂ© ne la ruine. Ils ont une fille, Olga, et divorcent. Elle continue une vie d’errance dans diffĂ©rents Etats amĂ©ricains, assaillie par la nostalgie de la Russie et le souvenir de ses enfants restĂ©s sur place avec qui les liens sont quasiment coupĂ©s. Elle est aussi ballotĂ©e, voire manipulĂ©e, entre les intĂ©rĂȘts gĂ©opolitiques de Moscou et de Washington. Elle n’arrive plus Ă  Ă©crire et voit ses rĂȘves de devenir Ă©crivaine s’envoler, comme d’ailleurs le reste de ses illusions.

    Elle est Ă  la dĂ©rive lorsqu’en 1982 elle dĂ©cide de revenir en URSS avec sa fille amĂ©ricaine, tant ses enfants russes lui manquent. Le rĂ©gime est ravi de cette dĂ©cision, lui rĂ©attribue la nationalitĂ© soviĂ©tique en lui faisant renoncer Ă  l’amĂ©ricaine. Le retour est rude. Son fils, mĂ©decin, sombre dans l’alcool. Sa fille refuse de la rencontrer. En 1986 elle obtient l’autorisation (dĂ©livrĂ©e par Gorbatchev) de revenir aux Etats-Unis oĂč elle meurt en 2011 aprĂšs ses derniĂšres annĂ©es durant lesquelles elle vivait de l’aide sociale.

    Svetlana n’a pas rĂ©ussi Ă  s’extraire de sa terrible paternitĂ© ni de la dĂ©vastation qui l’entourait. Enfant elle a sautĂ© sur les genoux de Beria, adolescente elle a assistĂ© Ă  des dĂźners-beuveries rĂ©unissant Staline, Molotov, Kroutchev, Boulganine et toute la fine-fleur de la barbarie soviĂ©tique. De multiples mariages, des enfants avec nombre de ces maris dont certains l’ont exploitĂ©e, d’autres l’ont quittĂ©e et, sans doute le seul avec lequel elle a pu partager un peu de sĂ©rĂ©nitĂ©, l’Indien, est mort de maladie. D’ailleurs le rĂ©gime soviĂ©tique lui avait interdit de se marier avec lui. Fille adorĂ©e de Staline, sans doute le seul ĂȘtre humain pour lequel le tyran savait manifester de la tendresse, elle a Ă©tĂ© sa vie durant le jouet d’intĂ©rĂȘts qui la dĂ©passaient et dont elle n’a pas su se libĂ©rer. Comment l’aurait-elle pu d’ailleurs face Ă  un pĂšre dont l’action et l’ambition l’ont amenĂ© Ă  diriger la mort de vingt millions de personnes ? Comment ne pas se sentir plus ou moins complice d’un pĂšre Ă  qui elle a Ă©tĂ© attachĂ©e dans sa tendre enfance ?

    Elle a cherchĂ© toute sa vie Ă  devenir une russe « ordinaire » puis une amĂ©ricaine « comme tout le monde » et elle a Ă©chouĂ©. C’Ă©tait juste impossible lorsqu’on s’appelle Staline ! Elle mena Ă  la place une vie d’errance sentimentale, gĂ©ographique, familiale et politique. Un destin Ă©mouvant face au tumulte du monde dans lequel elle fut embarquĂ©e bien contre son grĂ©. Il est dĂ©finitivement difficile d’Ă©chapper Ă  son hĂ©rĂ©ditĂ© !

  • « Partir un jour » d’AmĂ©lie Bonnin

    « Partir un jour » d’AmĂ©lie Bonnin

    Un joli film romantique sur une histoire ordinaire : une jeune laurĂ©ate de l’émission tĂ©lĂ©visĂ©e de cuisine « Top Chef Â». CĂ©cile doit ouvrir prochainement un restaurant avec son amoureux Sofiane mais elle est appelĂ©e dans son village natal auprĂšs de son pĂšre victime d’un infarctus. Ses deux parents tiennent un restaurant routier ouvert non-stop et leur fille a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e entre cuisines et cabines de camions. Elle retrouve par hasard son amour de jeunesse et en est troublĂ©e, d’autant plus qu’elle vient de dĂ©couvrir qu’elle est enceinte de Sofiane
 Un rapide retour sur le passĂ© lui fera retrouver le chemin de son avenir, avec quelques larmes et Ă©clats


    Le film est traitĂ© en partie sus forme de comĂ©die musicale avec des reprises de classiques de la chanson française, Nougaro, Brassens
 CĂ©cile est jouĂ©e par la chanteuse Juliette Armanet, ça tombe bien. Sa mĂšre est Dominique Blanc. La musique est de Keren Ann.

  • Etc. etc.

    Etc. etc.

    Un nouveau tic verbal compulsif (TVC) envahit les plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s et les dĂźners en ville. La locution « Et cetera », gĂ©nĂ©ralement doublĂ©e ou triplĂ©e en « Et cetera, Et cetera, Et cetera » Ă  la fin de nombreuses phrases. LĂ  encore le TVC vient combler une faiblesse de vocabulaire du locuteur ou un manque de temps pour exprimer la complĂ©tude de sa pensĂ©e. Alors il ajoute un « Et cetera, Et cetera » et passe Ă  l’idĂ©e suivante. Cela devient trĂšs compulsif !

  • Youn Sun Nah au CarrĂ© Magique de Lannion

    Youn Sun Nah au Carré Magique de Lannion

    La chanteuse de jazz sud-corĂ©enne Youn Sun Nah a donnĂ© ce soir un charmant concert au CarrĂ© Magique dans le cadre d’une tournĂ©e europĂ©enne. Fluette et dĂ©licate lorsqu’elle parle Ă  son public, en (bon) français, elle a fait des Ă©tudes musicales et vit partiellement dans l’hexagone, sa voix devient puissante et lyrique lorsqu’elle interprĂšte les standards inscrits Ă  son rĂ©pertoire. Sous son casque de cheveux teints en blond elle porte une longue chemise de soie bleue-turquoise et un pantalon noir. Elle est accompagnĂ©e par Bojan Z, un claviĂ©riste virtuose nĂ© Ă  Belgrade.

    Elle chante Björk, Tim Buckley, Grace Slick (du groupe californien Jefferson Airplane dont elle interprÚte le classique White Rabbit), Tom Waits Elle reprend My Funny Valentine et la bouleversante chanson Just Sometimes écrite par Norma Windstone en rappel.

    I realize sometimes
    Just how I miss you

    Elle dĂ©marre le show en produisant une petite mĂ©lodie rĂ©pĂ©titive Ă  partir de son tĂ©lĂ©phone mobile. Elle utilise Ă©galement sur un morceau un mini-orgue de barbarie, rĂ©duit Ă  la taille d’une machine Ă  calculer, qu’elle tient dans une main pendant que l’autre tourne la manivelle qui dĂ©clenche la mĂ©lodie sur laquelle elle chante dĂ©licatement.

    Originale dans certains morceaux elle modifie parfois sa voix pour monter dans les trilles vocaux, se bouche le nez pour évoquer la tonalité rocailleuse de Tom Waits, ou pour produire des exercices de bouche en accompagnant Bojan qui joue de la batterie sur le capot et les cordes du piano à queue.

    Mais le plus souvent elle est juste une merveilleuse chanteuse, contrĂŽlant parfaitement sa voix, pour interprĂ©ter des classiques Ă©ternels transcrits pour l’atmosphĂšre jazzy dans laquelle elle excelle.

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  • GRAY Martin, ‘Au nom de tous les miens’.

    GRAY Martin, ‘Au nom de tous les miens’.

    Sortie : 1971, Chez : Robert Laffont & Livre de Poche 4203

    Martin Gray (1922-2016) est un Ă©crivain nĂ© en Pologne. De confession juive il s’est sorti vivant de la deuxiĂšme guerre mondiale qu’il commença dans le ghetto de Varsovie pour finir Ă  Berlin sous l’uniforme vainqueur des SoviĂ©tiques.

    Commençons par la polĂ©mique : la vie de Gray a Ă©tĂ© recueillie par l’historien-Ă©crivain Max Gallo (1932-2017) qui aurait pris quelques libertĂ©s avec la rĂ©alitĂ©, mĂȘlant un peu de fiction avec la vraie vie de son hĂ©ros sans que l’on sache vraiment si ces « imprĂ©cisions » ont Ă©tĂ© ajoutĂ©es Ă  la demande de ce dernier ou de Gallo. Le livre de poche n°4203 s’intitule « RĂ©cit ». Le doute existe notamment sur la rĂ©alitĂ© de son emprisonnement, et donc de son Ă©vasion, du camp d’extermination de Treblinka prĂšs de Varsovie dans lequel pĂ©rit toute sa famille, ce qui est malheureusement historiquement avĂ©rĂ©. A la limite ce n’est pas d’une importance considĂ©rable tant ce qui est racontĂ© de Treblinka l’a Ă©galement Ă©tĂ© par les survivants et doit donc se rapprocher de la rĂ©alitĂ©. Cela jette seulement un petit doute sur la qualitĂ© d’historien de Gallo qui a par ailleurs Ă©tĂ© impliquĂ© dans d’autres polĂ©miques similaires dans certains de ses ouvrages.

    Gray a traversĂ© les tragĂ©dies de la Pologne avec beaucoup de courage et, sans doute, un peu de chance puisqu’il en est sorti vivant, mais pas indemne. Avec les juifs de Varsovie il a Ă©tĂ© forcĂ© de s’installer dans le ghetto constituĂ© et murĂ© par les Allemand Ă  partir de 1940. Son pĂšre Ă©tant entrĂ© dans la clandestinitĂ©, Martin cache sa famille dans de faux placards de leur appartement et se lance dans des opĂ©rations d’achat-revente de produits alimentaires qu’il va chercher illĂ©galement dans la Varsovie « aryenne » pour les revendre dans le ghetto. Il assiste impuissant au dĂ©pĂ©rissement des juifs du ghetto soumis Ă  la sauvagerie des Allemands, mais aussi de bande de voyous polonais, antisĂ©mites ou juste profiteurs, qui cherchent Ă  exploiter leur misĂšre.

    Et alors que le ghetto se vide de ses habitants qui sont transfĂ©rĂ©s au camp de Treblinka, ce qu’on leur prĂ©sente comme une opĂ©ration de « repeuplement vers l’Est », les siens sont arrĂȘtĂ©s et embarquĂ©s dans un train pour le camp. Il dĂ©cide de se joindre Ă  eux. S’en suivent les descriptions apocalyptiques de la survie dans ces camps pour ceux qui n’y sont pas exterminĂ©s dans les chambres Ă  gaz immĂ©diatement aprĂšs leur arrivĂ©e. Il n’y a pas de fours crĂ©matoires Ă  Treblinka, alors les corps de ces malheureux sont enfouis dans des fosses sableuses creusĂ©es en permanence par une excavatrice dont le bruit sonorise le camp jours et nuits.

    Martin Gray aurait fait partie des « Sonderkommandos » qui charriaient les cadavres vers les fosses Ă  la sortie du gazage. Et alors que tous les dĂ©portĂ©s ayant appartenu Ă  ces Ă©quipes sont systĂ©matiquement exĂ©cutĂ©s pour Ă©viter qu’ils ne tĂ©moignent un jour, il rĂ©ussit Ă  s’Ă©vader de Treblinka. C’est d’ailleurs dans le mĂȘme esprit que le camp est dĂ©mantelĂ© en 1943 et transformĂ© en ferme agricole, pour ne pas laisser de traces. Il y eut entre huit cent mille et un million de juifs polonais exterminĂ©s Ă  Treblinka en quelques mois.

    EvadĂ©, Gray parcourt la campagne polonaise, cachant sa religion juive par peur de l’antisĂ©mitisme toujours aigu dans le pays. Il parvient Ă  rejoindre le ghetto oĂč il retrouve son pĂšre avec lequel il participe aux combats de l’insurrection de ce ghetto Ă  partir d’avril 1943, les rĂ©sistants juifs polonais pressentant que les Allemands voulaient exterminer les derniers survivants. Son pĂšre meurt, il survit. Il est alors recrutĂ© par l’armĂ©e soviĂ©tique et enrĂŽlĂ© dans les troupes du NKVD (ancĂȘtre du KGB/FSB) qu’il suit jusqu’Ă  Berlin pour rĂ©aliser la vengeance de « tous les siens » en chassant les traĂźtres et les dĂ©nonciateurs. AprĂšs les Allemands, les Ukrainiens sont particuliĂšrement en ligne de mire car nombre d’entre eux constituaient des Ă©quipes de tortionnaires dans les camps au service des Nazis.

    Et puis la guerre se termine, il n’est pas trĂšs enthousiaste Ă  l’idĂ©e de poursuivre le « rĂȘve » soviĂ©tique d’un monde nouveau dont il a dĂ©jĂ  vu les limites. Il rejoint sa grand-mĂšre installĂ©e Ă  New York, y fait des affaires, s’enrichit, se marie et vient avec sa femme s’installer dans l’arriĂšre-pays varois oĂč sa femme, leurs quatre enfants et leurs deux chiens
 meurent pris dans un incendie de forĂȘt en 1970, aprĂšs avoir vĂ©cu dix ans de bonheur total dans ce qui semblait une juste retour aprĂšs la dĂ©vastation de sa famille polonaise et de « tous les siens » au cours de la Iie guerre mondiale.

    Le lecteur est Ă©branlĂ© devant le sort qui s’est acharnĂ© contre Martin Gray durant ce siĂšcle de toutes les horreurs. Un incroyable instinct de survie lui a permis de surmonter toutes ces tragĂ©dies toujours animĂ© par une vocation : ĂȘtre celui qui pourra tĂ©moigner. Ainsi il a dit, parmi tant d’autres voix, ce que furent la barbarie nazie et l’antisĂ©mitisme europĂ©en au mitan du siĂšcle. Et, aprĂšs le dĂ©cĂšs tragique de sa nouvelle famille en France il a tĂ©moignĂ© pour faire vivre le souvenir des siens et s’est engagĂ© dans des actions bĂ©nĂ©voles Ă  vocation Ă©cologique, notamment contre les incendies de forĂȘt. Une personnalitĂ© exceptionnelle animĂ©e d’une vitalitĂ© inĂ©branlable, que mĂȘme l’accumulation des malheurs n’a pas stoppĂ©e et qui lui a sans doute permis de survivre sans sombrer.

    Il est décédé en 2016 à 94 ans.

  • MORIN Edgar, ‘Journal de Californie’.

    MORIN Edgar, ‘Journal de Californie’.

    Sortie : 1970, Chez : Editions du Seuil.

    Edgar Morin, philosophe-sociologue-anthropologue, nĂ© en 1921, est parti s’installer en Californie Ă  San Diego Ă  l’Ă©tĂ© 1969 pour mener des recherches au Salk Institute sur les liens entre sociologie et biologie. Il tient le journal de son sĂ©jour qui sera publiĂ© un an plus tard.

    L’auteur nous fait partager sa fascination pour la Californie et ses (jeunes) habitants qui sont en pleine remise en cause de leurs certitudes Ă©branlĂ©es par les protestations contre la guerre du Vietnam, pour les droits civiques, l’Ă©chec dĂ©jĂ  perceptible de l’idĂ©ologie marxiste-lĂ©niniste Ă  laquelle ils ont cru, l’Ă©mergence de la violence des « Black Panthers », des « Hell’s Angels, mais aussi de l’Ă©cologie, et la dĂ©vastation des Ăąmes et des corps que provoquent les drogues largement consommĂ©es dans cet Etat Ă  cette Ă©poque. MĂȘme la fille de Staline, Svetlana AllilouĂŻeva, a fui l’URSS et son tyran de pĂšre pour venir s’installer en 1969 aux
 Etats-Unis. C’est le temps des dĂ©sillusions.

    Le mode de vie communautaire qui tente de survivre intĂ©resse Morin au plus au point et on le sent attirĂ© par la culture underground qui s’y pratique encore dans une ambiance « peace & love » qui vit ses derniers instants. Les concerts de Janis Joplin auxquels assiste l’auteur sont pleins mais l’artiste meurt d’une overdose d’hĂ©roĂŻne en octobre de cette annĂ©e 1970, deux semaines aprĂšs Jimi Hendrix
 C’est le symbole de cette Californie si intensĂ©ment productive (artistiquement, scientifiquement, humainement) mais aussi tellement mortifĂšre Ă  cette Ă©poque de tous ses renoncements.

    Morin croise ces communautĂ©s sans vĂ©ritablement les intĂ©grer, il a 50 ans Ă  l’Ă©poque. Alors il les frĂ©quente, les Ă©tudie sociologiquement, fume des joints avec les jeunes lors de soirĂ©es festives sur les plages du Pacifique, mais rentre dans sa confortable villa le soir. Son temps est un peu passĂ©, sa gĂ©nĂ©ration est aussi compromise dans les effondrements idĂ©ologiques de l’Ă©poque. Il regrette, culpabilise, mais reste fascinĂ© par cette jeunesse fondamentalement déçue tout en restant inventive.

    MalgrĂ© le dĂ©senchantement ambiant ses recherches scientifiques en Californie le plongent dans un Ă©tat extatique. Il relate des bribes de conversation avec les intellectuels de l’Ă©poque qui frĂ©quentent la Californie : Jacques Monod, Herbert Marcuse, Alain Tourraine, Jonas Salk (l’inventeur du vaccin contre la polio qui dirige l’institut accueillant Morin pour son sĂ©jour californien)
 Les thĂ©ories sont complexes pour le lecteur non-averti, mĂȘlant l’hĂ©rĂ©ditĂ©, la gĂ©nĂ©tique et l’hĂ©ritage culturel pour tenter de dĂ©finir l’humain, analysant si l’intelligence peut dĂ©pendre de dĂ©terminations culturelles ou gĂ©nĂ©tiques, voire les deux. Il mĂȘle la chimie avec la biologie pour aboutir aux idĂ©ologies, l’indĂ©termination et le pouvoir crĂ©ateur
 On n’est pas sĂ»r de tout comprendre de ses pensĂ©es fulgurantes mais on sait que cette intelligentsia post-hippie a participĂ© Ă  l’Ă©laboration de la rĂ©volution biologique en cours aujourd’hui.

    La clé de la vie : cette unité duelle entre le présent et le devenir, cette double temporalité fondée sur la dualité génotype-phénotype.

    Edgar Morin – entretiens avec Salk (Journal de Californie)

    Edgar Morin a participĂ© Ă  cette rĂ©volution culturelle californienne d’un nouveau genre, avec tous ses excĂšs dont le monde occidental affronte aujourd’hui les retours de flamme pas toujours trĂšs positifs, jusqu’Ă  reprendre l’objectif « d’abolir la mort ». Mais n’est-ce pas ainsi que progresse la pensĂ©e, mĂȘme lorsqu’elle relĂšve des sciences dites « humaines » ?

    La nouvelle relation individu/sociĂ©tĂ©/espĂšces, qui caractĂ©rise l’homme, va appeler le contrĂŽle et l’exploitation (par l’individu et/ou la sociĂ©tĂ©) des puissances biologiques auto-rĂ©gĂ©nĂ©ratrices inhibĂ©es sous une rĂ©pression spĂ©cifique de dix Ă  vingt millions de siĂšcles. L’humanitĂ© va poursuivre son Ă©volution historique en faisant Ă©voluer par la science son propre systĂšme biologique.
    

    La tragĂ©die de l’organisation, c’est l’antagonisme entre la rĂ©pression et la crĂ©ativitĂ© qui lui sont l’une et l’autre nĂ©cessaires. La rĂ©pression frappe toujours en aveugle la crĂ©ativitĂ©. La crĂ©ativitĂ© totalement libĂ©rĂ©e dĂ©truirait l’organisation.

    Edgar Morin (Journal de Californie)

    C’est un plaisir de lire ce journal foisonnant tant on y ressent l’enthousiasme et la vitalitĂ© de cette vie intellectuelle Ă  laquelle participa Edgar Morin. On se rĂȘve dans « Easy Rider » et on suppose qu’avec de tels penseurs la fin sera plus heureuse que dans le film. Aujourd’hui il a 103 ans et s’est retirĂ© de la vie publique mais il publie encore. La Californie reste une terre de contraste oĂč l’avant-garde de mĂȘle Ă  « l’underground » mais gageons que « le meilleur » l’emportera sur « le pire ».

  • Dissolution des partis politiques au Mali

    Dissolution des partis politiques au Mali

    Le fil d’information sur « X Â» de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) publie la dĂ©cision du conseil des ministres du Mali qui a dissous aujourd’hui tous les partis et associations politiques et interdit toute rĂ©union politique. C’est plus simple ainsi. Le gĂ©nĂ©ral Assimi GoĂŻta, ancien colonel qui s’est fait nommer gĂ©nĂ©ral d’armĂ©e Ă  5 Ă©toiles en octobre dernier, prĂ©side le pays depuis le coup d’Etat de 2020, il aura ainsi les mains libres pour gouverner selon ses idĂ©es avec l’aide de son nouveau partenaire russe.

    D’ailleurs une rĂ©action publiĂ©e Ă  18h41 marque le soutien d’un citoyen Ă  cette mesure.

    Cette dĂ©cision a Ă©tĂ© prise en application des recommandations des « assises nationales de la refondation » qui ont d’ailleurs aussi prĂ©conisĂ© que le GĂ©nĂ©ral GoĂŻta soit « nommĂ© Â» prĂ©sident de la RĂ©publique pour les cinq annĂ©es Ă  venir ce qui Ă©viterait de passer par la case Ă©lection et tous les soucis consĂ©quents.

    AES INFO avait rĂ©alisĂ© un sondage sur « X Â» le 30 avril montrant que 73% des sondĂ©s Ă©taient « trĂšs favorable Â» ou plus simplement « favorable Â» Ă  cette dissolution des partis.

    Souhaitons donc bonne chance au Mali qui entame un nouveau parcours Ă  l’ombre de ses galonnĂ©s !

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  • Le fouteballe dĂ©cĂ©rĂ©brant a encore sĂ©vi

    Le fouteballe décérébrant a encore sévi

    A la suite de la victoire d’un club français de fouteballe dans une compĂ©tition de pousseurs de baballe, leurs supporters se sont dĂ©chainĂ©s le 7 mai au soir dernier pour dĂ©vaster tout ce qu’ils pouvaient casser Ă  Paris et s’en prendre aux forces de l’ordre malgrĂ© la mise en place d’un dispositif sĂ©curitaire important. Une voiture a foncĂ© dans la foule dans des circonstances troubles, il y a des blessĂ©s, 40 arrestations, des feux d’artifice utilisĂ©s contre la police.

    Bref, cela devient un rituel post-match de fouteballe, que la France, ou un club français, gagne ou perde, les gangs de délinquant cassent.

  • Le rejet de la dĂ©mocratie par les nouveaux empires

    Le rejet de la démocratie par les nouveaux empires

    Les systĂšmes dĂ©mocratiques mis sur pieds aprĂšs les errements tragiques de la seconde guerre mondiale en Occident ont Ă©tĂ© progressivement Ă©tendus Ă  d’autres rĂ©gions du monde. L’Inde, les pays d’Europe de l’Est, certains pays asiatiques ont adoptĂ© des critĂšres dĂ©mocratiques : Ă©lections, libertĂ© des partis politiques, respect des droits de l’homme, justice indĂ©pendante, Etat de droit
 avec plus ou moins de succĂšs et de durabilitĂ©. AprĂšs la chute de la dictature communiste soviĂ©tique et l’émancipation de certaines de ses anciennes « RĂ©publiques socialistes Â» on a mĂȘme thĂ©orisĂ© la « fin de l’Histoire Â» ! La dĂ©mocratie semblait le seul systĂšme politiquement viable et Ă©conomiquement efficace. Elle avait donc vocation Ă  s’étendre naturellement Ă  l’ensemble de la planĂšte Ă  la demande des peuples concernĂ©s et donc attĂ©nuer, voire faire disparaĂźtre, les conflits idĂ©ologiques.

    Le XXIe siĂšcle a douchĂ© les espoirs des pays occidentaux qui croyaient avoir inventĂ© le systĂšme politique vainqueur. Avec un peu d’arrogance ils ont pensĂ© que celui-ci allait s’étendre naturellement au reste de la planĂšte et qu’ils allaient pouvoir continuer Ă  dominer celle-ci en tant que concepteur de cette organisation politique. Cela ne s’est pas passĂ© tout Ă  fait ainsi. Il y eut d’abord l’émergence Ă©conomique de la Chine que l’on peut dater de son entrĂ©e Ă  l’organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001 lui donnant ainsi accĂšs au systĂšme capitaliste multilatĂ©ral rĂ©gissant le commerce mondial Ă  l’époque. GrĂące Ă  une redoutable efficacitĂ© ce pays a montrĂ© sa capacitĂ© Ă  s’intĂ©grer dans le systĂšme commercial libĂ©ral mondial, puis Ă  le dominer, tout en restant gouvernĂ© par un parti (unique) communiste aux mĂ©thodes dictatoriales assez classiques. Vint ensuite la Russie qui elle n’a pas vraiment performĂ© Ă©conomiquement mais a refusĂ© l’instauration de tout systĂšme dĂ©mocratique, pour elle et ses anciens vassaux proches, agissant grosso-modo avec les mĂȘmes mĂ©thodes dictatoriales que l’ex-URSS, en y ajoutant une volontĂ© de reconquĂȘte, au besoin par les armes comme le montre la guerre en cours de Moscou contre l’Ukraine.

    Le temps des dirigeants occidentaux en costumes bien coupĂ©s, formĂ©s Ă  Harvard ou Ă  l’ENA, aux propos mesurĂ©s, cherchant Ă  concilier les intĂ©rĂȘts nationaux avec un minimum de morale, promouvant le systĂšme multilatĂ©ral au-dessus des Ă©goĂŻsmes nationaux
, ce temps se termine avec l’arrivĂ©e des nouveaux forbans, mal Ă©levĂ©s, vantards, sans foi ni loi, bien entendu peu intĂ©ressĂ©s par la dĂ©mocratie et raisonnant en termes de force brute, les forts ayant vocation Ă  Ă©craser les faibles. Et malheur Ă  ceux qui appartiennent Ă  cette catĂ©gorie des faibles sans arriver Ă  en sortir !

    C’est une page qui se tourne, celle de l’aprĂšs IIe guerre mondiale. Les gĂ©nĂ©rations futures vont avoir Ă  gĂ©rer ce nouveau paradigme qui n’est pas tombĂ© du ciel mais a Ă©tĂ© produit par la gĂ©nĂ©ration actuelle et ses idĂ©ologies parfois dĂ©lĂ©tĂšres. C’est aussi le relatif Ă©chec des gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes qui n’ont pas su convaincre. L’avenir dira sans doute assez rapidement si le systĂšme promu par ces nouveaux empereurs sera aussi durable et productif que celui qu’il prĂ©tend remplacer.

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    Changement de boss au Vatican

    Le nouveau boss du Vatican nommĂ© aujourd’hui, juste avant les journaux tĂ©lĂ©visĂ©s de 20h, a choisi comme nom de scĂšne le prĂ©nom de Trotski ce qui en fera Ă  coup sĂ»r un pape « progressiste » !

  • « Pink Floyd : live at PompĂ©i – MCMLXXII » de Adrian Maben

    « Pink Floyd : live at PompĂ©i – MCMLXXII » de Adrian Maben

    C’est la réédition d’un lĂ©gendaire concert du Pink Floyd
 sans public, tournĂ© dans les arĂšnes de PompĂ©i en 1971. DĂ©jĂ  diffusĂ© en plusieurs versions depuis cinquante ans, cette nouvelle sortie, disponible au cinĂ©ma et en DVD, a fait l’objet des restaurations, son et image, permises par la technologie modernes appliquĂ©es sur le nĂ©gatif original en 35mm retrouvĂ© rĂ©cemment. C’est Steven Wilson qui a Ă©tĂ© chargĂ© du mixage-son.

    Michka Assayas nous a dĂ©voilĂ© les petits secrets du tournage dans son Ă©mission Very good trip sur France Inter. Aucun concert n’avait jamais Ă©tĂ© organisĂ© dans ce site, mais un jour qu’Adrian Maben le visitait, il s’aperçut Ă  la sortie qu’il y avait perdu ses papiers. Il obtint l’autorisation d’y retourner alors que l’amphithéùtre Ă©tait vide de ses visiteurs et lĂ  lui vint l’idĂ©e d’un concert dans ce théùtre de plein air millĂ©naire. Ce ne fut pas simple de convaincre le groupe, alors en pleine session d’enregistrement de Dark side of the moon, d’obtenir les autorisations nĂ©cessaires des autoritĂ©s puis d’organiser la logistique nĂ©cessaire pour le film. On ne voit dans l’enceinte que les quatre musiciens britanniques et leur Ă©quipe de techniciens.

    L’enregistrement fut interrompu Ă  de nombreuses reprises par des coupures de courant ce qui laissa quelques loisirs aux musiciens pour se promener sur les pentes du VĂ©suve au milieu des nappes de lave glougloutantes, et au rĂ©alisateur de tourner les images du site et du volcan qui ponctuent le film. Compte tenu de ces difficultĂ©s techniques, une partie des morceaux furent jouĂ©s et enregistrĂ©s au retour à
 Paris. Cela se remarque clairement mĂȘme si des images de PompĂ©i sont diffusĂ©es en fond d’écran de la prestation parisienne. Mais qu’importe tant les musiciens et leur musique sont exceptionnels !

    Le film est superbe et, si vous n’avez que 10 mn Ă  y consacrer, regarder/Ă©coutez Echoes – part I, extrait du disque Meddle, qui sortit quelques semaines plus tard. On y voit les musiciens torse-nu sous le soleil italien, concentrĂ©s sur leur musique, indiffĂ©rents aux aller-et-venues des techniciens tout autour d’eux. Ils paraissent complĂštement pĂ©nĂ©trĂ©s de leur musique psychĂ©dĂ©lique qu’ils ont interprĂ©tĂ©e live en une prise unique. La prestation du guitariste David Gilmour, qui vient de remplacer Syd Barrett l’un des cofondateurs du groupe, est impressionnante. Cheveux longs au vent, tel une statue romaine, il extrait de sa guitare et assĂšne le nouvel Ă©vangile de ces annĂ©es 1970 au cours desquelles le Pink Floyd a rĂ©volutionnĂ© une partie du rock. La partie chantĂ©e en duo entre Gilmour et Wright est une vague de douceur aprĂšs la stridence des solos de guitare. Du grand art !

    Overhead the albatross hangs motionless upon the air
    And deep beneath the rolling waves
    In labyrinths of coral caves
    The echo of a distant tide
    Comes willowing across the sand
    And everything is green and submarine

    Toute une Ă©poque, dont la musique n’a rien perdu de son intĂ©rĂȘt. D’ailleurs David Gilmour reviendra en solo donner un concert dans ce théùtre en 2016 oĂč, bien sĂ»r, il rejouera des morceaux de choix des Pink Floyd en plus de ses propres compositions.

    Ce Live at Pompeii est un chef d’Ɠuvre !

  • En passant dans un petit hĂŽpital de province

    En passant dans un petit hĂŽpital de province

    Dans les couloirs d’un centre de soins de suite et de rĂ©adaptation (SSR) rattachĂ© Ă  un petit hĂŽpital de province, les panneaux d’affichage dans les couloirs font un peu de pĂ©dagogie Ă  l’attention des patients et de leurs visiteurs.

    Et le personnel expose ses oeuvres sur les murs pour apporter un peu de bienveillance dans ce lieu oĂč ne rĂšgne pas toujours le bonheur.

  • NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘Americanah’.

    NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘Americanah’.

    Sortie : 2013, Chez : Gallimard / folio 6112.

    C’est le grand roman de Chimamanda, sans doute un peu autobiographique, qui raconte l’histoire d’une jeune femme nigĂ©riane Ă©migrant de son pays natal vers les Etats-Unis d’AmĂ©rique avant de revenir au Nigeria. L’aventure est lĂ©gĂšre, s’y mĂȘlent histoires d’amour, de migrations et de politique. Ifemelu, l’hĂ©roĂŻne, volĂšte d’un pays Ă  l’autre, d’un amant vers un nouveau, change de travail, de maison, parle avec ses parents quand elle est aux Etats-Unis, avec ses ex amĂ©ricains quand elle est au Nigeria


    Le fond du roman est plus tragique, c’est celui de l’immigration vers les pays riches de citoyens de pays pauvres. Et c’est aussi la chronique de l’insatisfaction permanente des migrants oĂč qu’ils soient, dans leur pays d’accueil comme lorsqu’ils rentrent au pays. Aux Etats-Unis Ifemelu rĂ©dige un blog sur « la race » dans lequel elle tient la chronique des dĂ©sagrĂ©ments d’ĂȘtre noir dans ce pays, afro-amĂ©ricain comme immigrĂ© d’Afrique. Au NigĂ©ria est rouvre ce blog pour raconter avec une ironie mordante le comportement clinquant de ses pairs de retour au pays.

    La mĂ©taphore de cette insatisfaction permanente est celle de la coiffure. DĂ©friser ses cheveux crĂȘpus semble ĂȘtre une Ă©tape incontournable de l’intĂ©gration chez les blancs. Ifemelu y renonce, rentre dans son pays et retrouve son amour de jeunesse dans la splendeur de sa coiffure afro. L’histoire semble bien se terminer pour elle et ses contradictions.

    Chimamanda quant à elle truste les honneurs littéraires en Occident, et surtout aux Etats-Unis, pour ses livres et ses engagements pour le féminisme et contre le racisme.

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    Docteur Honris Causa de Sorbonne unversité (2025)

  • RĂšglements de comptes en Syrie

    RĂšglements de comptes en Syrie

    Depuis le renversement en dĂ©cembre 2024 du rĂ©gime Al-Assad en Syrie un nouveau satrape dirige le pays, Ahmed al-Charaa. Celui-ci est issu du mouvement terroriste religieux Al-QaĂŻda dont il a appliquĂ© l’idĂ©ologie mortifĂšre durant la guerre civile syrienne, conflit interne qui est d’ailleurs loin d’ĂȘtre terminĂ©. Depuis sa prise du pouvoir il essaye d’afficher une image plus lisse de sa personnalitĂ© ; il a coupĂ© ses cheveux, ajustĂ© sa barbe et porte des costumes-cravate sombres Ă  l’occidentale. Son implication passĂ©e dans le mouvement terrorisme Al-QuaĂŻda qui a Ă©tĂ© Ă  l’origine d’une campagne de terrorisme d’une violence jamais vue, faisant des milliers de morts sur tous les continents de la planĂšte, de l’effondrement des tours du World Center Ă  New York en 2001 aux attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper-Cascher Ă  Paris en 2015, devrait en faire un personnage indĂ©sirable Ă  tout jamais.

    Il n’en reste pas moins qu’il est arrivĂ© au pouvoir Ă  Damas et se retrouve Ă  la tĂȘte d’un pays dans un Ă©tat de dĂ©composition avancĂ©e dans lequel les tribus, les factions, les communautĂ©s religieuses, les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques s’affrontent violemment. Quelle-que soit l’idĂ©ologie que le nouveau prĂ©sident auto-proclamĂ© compte mettre en Ɠuvre il va lui falloir gĂ©rer ces antagonismes. Il est Ă  craindre que les rĂšglements de compte entre communautĂ©s soient inĂ©vitables. Depuis quelques semaines ce sont les Alaouites qui sont massacrĂ©s par les autres communautĂ©s. Cette branche du chiisme est minoritaire dans le pays, le clan Assad en Ă©tait issu. Il eut Ă©tĂ© Ă©tonnant qu’aprĂšs 50 annĂ©es de dictature barbare menĂ©es par les Assad les Alaouites puissent reprendre leurs habitudes comme si de rien n’était et sans que le reste de la population ne leur demande des comptes
 Les forces religieuses officielles soutien de M. al-Charaa seraient directement impliquĂ©es dans les attaques contre les Alaouites mais leur dirigeant appelle Ă  l’apaisement. C’est hĂ©las une Ă©tape souvent inĂ©vitable dans ce genre de situation. La France a elle-mĂȘme eu Ă  faire face Ă  une Ă©puration extra-judiciaire aprĂšs la libĂ©ration entre 1944 et 1945 qui aurait fait dans les 10 000 morts. Certaines estimations parlent de 100 000 victimes…

    La pacification du pays ne sera pas facile aprĂšs un demi-siĂšcle de dĂ©rives sanguinaires. Les influences troubles de pays tiers, occidentaux comme arabes, dans le passĂ© comme aujourd’hui ne vont pas faciliter cette tĂąche.

    La France serait bien avisĂ©e de ne pas s’impliquer politiquement dans ce processus oĂč il n’y a que des coups Ă  prendre. AprĂšs le dĂ©sastre des expĂ©riences Kadafi et Assad reçus avec faste par la RĂ©publique avant de devoir ĂȘtre combattus militairement par Paris via des coalitions internationales, il serait opportun Ă  l’avenir de ne considĂ©rer la Syrie et ses nouveaux dirigeants qu’avec des pincettes. Ne pas oublier le passĂ© des dirigeants devrait ĂȘtre un mantra de la politique Ă©trangĂšre française. On peut rĂ©tablir des relations diplomatiques avec la Syrie, participer Ă  la reconstruction du pays et son accompagnement via les organisations internationales de l’ONU et assimilĂ©es, mais surtout pas s’impliquer directement.

    Lire aussi : Syrie : un barbu pour remplacer une canaille

  • Les pronostics de « Valeurs Actuelles »

    Les pronostics de « Valeurs Actuelles »

    La magazine « Valeurs Actuelles Â» affiche en couverture le portrait du dĂ©plorable trublion Cyril Hanouna en en faisant un candidat pour les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2027. Ce serait une situation intĂ©ressante si elle Ă©tait confirmĂ©e, prometteuse d’une campagne Ă©lectorale encore plus affligeante que d’habitude.

    L’intĂ©ressĂ© a dĂ©menti tout idĂ©e de candidature en 2027 comme pour les campagnes suivantes. « Valeurs Actuelles Â», habituĂ© des unes tonitruantes va sans doute devoir fiabiliser ses sources d’information !

  • Les tics verbaux compulsifs en forte croissance

    Les tics verbaux compulsifs en forte croissance

    Sur les plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s et dans les dĂźners en ville le « on va dire » continue Ă  tenir la corde des tics verbaux compulsifs (TVC) les plus usitĂ©s. Mais rĂ©cemment le « effectivement » remonte dans le classement et s’insĂšre tous les trois mots dans le langage commun. Il n’est pas encore au niveau du « voilà » mais il s’en rapproche. La compĂ©tition promet d’ĂȘtre rude entre ces deux adverbes qui jouent un rĂŽle identique de comblement de la pauvretĂ© sĂ©mantique des piliers de plateaux mĂ©diatiques.

  • Il ne fait plus bon avoir la nationalitĂ© française en Afrique

    Il ne fait plus bon avoir la nationalité française en Afrique

    La CĂŽte d’Ivoire organise des Ă©lections prĂ©sidentielles pour la fin de l’annĂ©e. On ne sait pas si leur prĂ©sident actuel, Alassane Ouattara, 83 ans, en poste depuis 13 ans, envisage de se reprĂ©senter pour un nouveau mandat, ce qui serait dĂ©raisonnable vu son Ăąge, mais ce qui est sĂ»r c’est que son principal opposant, Tidjane Thiam, 62 ans, vient d’ĂȘtre dĂ©clarĂ© inĂ©ligible car il ne serait plus considĂ©rĂ© comme ivoirien, suite Ă  l’acquisition de la nationalitĂ© française, au titre d’un vieil article de loi exhumĂ© par une juge et quasiment jamais appliquĂ©, sauf pour l’occasion permettant ainsi d’éliminer le patron du premier parti d’opposition.

    L’homme a fait une longue et plus ou moins brillante carriĂšre Ă  la tĂȘte ou dans les Ă©quipes dirigeantes de grandes entreprises europĂ©enne, dont le CrĂ©dit Suisse. Il habite Ă  Paris et ne semble pas particuliĂšrement imprĂ©gnĂ© de la CĂŽte d’Ivoire, bien que favori dans les « sondages Â» locaux. Il vient de renoncer Ă  cette nationalitĂ© française ce qui fait de lui un apatride puisqu’il n’est plus considĂ©rĂ© comme ivoirien mais il affirme rester dans la course pour l’élection prĂ©sidentielle de cette fin d’annĂ©e.

    Au-delĂ  de son cas personnel, l’ironie de cette situation est le retour de flammes subi par ces trĂšs nombreux citoyens africains, du Maghreb Ă  l’Afrique centrale, qui bĂ©nĂ©ficient de la nationalitĂ© française, gĂ©nĂ©reusement distribuĂ©e par Paris depuis des dĂ©cennies, en plus de la leur. Cette nationalitĂ© française Ă©tait autrefois un gage de sĂ©curitĂ© et de supĂ©rioritĂ© pour les Ă©lites locales qui en bĂ©nĂ©ficiaient, c’est devenu un boulet depuis que nombre de pays africains sont fĂąchĂ©s avec la France.

    On avait ainsi dĂ©couvert avec stupeur en 2023 que le ministre malien de la dĂ©fense avait la double nationalitĂ© en pleine crise entre son pays et la France. La mĂȘme annĂ©e c’est le prĂ©sident malgache qui Ă©tait pris dans un imbroglio politico-juridique du fait de sa double nationalitĂ©. La moitiĂ© du conseil des ministres des Comores bĂ©nĂ©ficierait Ă©galement de la nationalitĂ© française alors que l’archipel agit depuis des annĂ©es contre les intĂ©rĂȘts de Paris dans le cadre de sa revendication du territoire « français Â» de Mayotte.

    Lire aussi : Le ministre malien de la défense bénéficie de la nationalité française

    La logique et un minimum de cohĂ©rence voudraient que ces dirigeants en conflit idĂ©ologique avec l’ancienne puissance coloniale renoncent Ă  leur nationalitĂ© française et en fassent la publicitĂ©. Ils ne l’ont fait que trĂšs exceptionnellement ou alors, poussĂ©s par les Ă©vĂšnements comme rĂ©cemment M. Thiam. Dans un autre domaine, certains des Etats qu’ils dirigent n’arrivent toujours pas Ă  quitter la zone Franc tant honnie, au moins dans leur communication. Ces pays continuent donc Ă  bĂ©nĂ©ficier de la liaison de leur devise avec l’Euro, tout en la critiquant.

    Il n’est pas toujours facile de mettre ses actes en accord avec ses idĂ©es, dans la vie comme en politique. Mais en ce qui concerne certains pays africains en opposition frontale avec la France le grand Ă©cart parait intenable mais contre toute attente il est maintenu. Le sens des responsabilitĂ©s est une qualitĂ© qui n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde.

    Lire aussi : L’éternel syndrome des citoyens d’anciennes colonies françaises

  • Anarchie Ă  Rennes

    Anarchie Ă  Rennes

    En passant par les toilettes des « Ateliers du Vent ».