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  • « David Hockney 25 » Ă  la fondation Louis Vuitton

    « David Hockney 25 » à la fondation Louis Vuitton

    Ce sont prĂšs de 400 Ɠuvres de la production (mirifique) de David Hockney (87 ans) des 25 derniĂšres annĂ©es qui sont exposĂ©es par la fondation Louis Vuitton. Elles montrent toute l’inventivitĂ© de cet artiste britannique dĂ©finitivement moderne : peintures Ă  l’huile ou Ă  l’acrylique, dessins Ă  l’encre, au crayon et au fusain, mais aussi des Ɠuvres numĂ©riques (dessins photographiques, Ă  l’ordinateur, sur SmartPhone et sur Tablette) et installations vidĂ©o.

    On a dĂ©jĂ  vu nombre d’entre elles Ă  diverses occasions Ă  Paris oĂč Hockney est cĂ©lĂ©brĂ© depuis longtemps. Mais elles supportent largement la rĂ©pĂ©tition tant elles sont exaltantes. L’inventivitĂ© de cet artiste, jamais dĂ©mentie, et son sens des couleurs tout Ă  fait exceptionnel, fait voir le monde sous ses plus beaux atours.

    Un point-de-rendez-vous est installĂ© au centre des plus grandes salles d’oĂč part toutes les quinze minutes une visite-guidĂ©e flash concentrĂ©e sur certaines Ɠuvres. Les informations donnĂ©es Ă  cette occasion sont prĂ©cieuses et laissent rĂȘveur devant la crĂ©ativitĂ© du personnage. Il s’est lancĂ© l’un des premiers dans la conception de tableaux Ă  l’aide de tĂ©lĂ©phone mobile et de tablette (souvent de la marque Apple
), d’abord avec des applications disponibles sur le marchĂ©, puis avec un logiciel conçu spĂ©cialement pour lui lors des confinements liĂ©s Ă  la Covid, pĂ©riode particuliĂšrement productive durant laquelle il Ă©tait installĂ© au Pays d’Auge en Normandie oĂč il produit nombre d’Ɠuvres dĂ©sarmantes de simplicitĂ©, Ă©blouissantes de couleurs. Evidemment tout est irrĂ©el dans sa vision du monde, son Ɠil interprĂšte et transforme l’environnement tel qu’on aimerait le voir, dans lequel on adorerait Ă©voluer.

    Souvenez-vous, ni la mort ni le soleil ne peuvent se regarder fixement.

    David Hockney

    Certaines Ɠuvres sont gigantesques. L’une reprĂ©sentant des arbres au bord d’une route anglaise occupe un mur entier oĂč est accrochĂ© l’assemblage de 50 tableaux de taille classique. D’autres suivent le mĂȘme principe mais sont constituĂ©es de multiples Ă©crans oĂč sont projetĂ©s des tableaux dessinĂ©s Ă  la tablette numĂ©rique, ou ces compositions sont simplement imprimĂ©es et collĂ©es sur des plaques mĂ©talliques. Les Ă©crans permettent Ă©galement de prĂ©senter des tableaux dynamiques comme celui d’un crĂ©puscule sur une paysage montagneux. On reste admiratif devant la quantitĂ© de travail nĂ©cessaire pour concevoir et coordonner toutes les parties individuelles de ces grands ensembles qui matĂ©rialisent l’imagination sans bornes du crĂ©ateur sur toutes ces compositions.

    Une salle est consacrĂ©e aux tableaux, dessinĂ©s de nuit sur une tablette dans son jardin anglais du Yorkshire. Hockney ne nous avait pas habituĂ© Ă  l’obscuritĂ© mais lĂ  encore il brille et son Ɠil capte la nuit avec la mĂȘme flamboyance que le printemps. Dans cette salle, deux Ɠuvres sont en acrylique ou aquarelle et s’inspirent manifestement de l’esprit des premiers, purement numĂ©riques

    Do remember they can’t cancel the Spring.

    David Hockney

    Ses sĂ©ries sur les saisons sont remarquables de couleurs et de naĂŻvetĂ©. L’artiste dessine des paysages rĂ©pĂ©titifs d’arbres qui Ă©voluent au cours des saisons au milieu d’une nature parfaite. On a envie de se retrouver dans ce monde onirique et tout simplement beau que le peintre imagine et restitue avec son immense talent. Parcourir l’exposition nous fait plonger avec dĂ©lices au cƓur d’une sa vision rafraichissante, colorĂ©e et optimiste. Il ne faut surtout pas s’en priver.

    Au dernier Ă©tage, dans une grande salle haute de plafond sont projetĂ©s les dĂ©cors d’opĂ©ra conçus par Hockney, sur les quatre murs et le plafond. De larges coussins permettent de s’allonger pour se laisser pĂ©nĂ©trer de cet univers mouvant. C’est la conclusion musicale d’une rĂ©trospective exceptionnelle.

    L’enthousiasme retombe un peu lorsque le visiteur, Ă  la sortie, se retourne vers le bĂątiment de la fondation qui apparaĂźt toujours aussi incongru entre le jardin d’acclimatation et le bois de Boulogne. Sorte de gros scarabĂ©e balourd et informe, il s’oppose un peu tristement Ă  la lĂ©gĂšretĂ© des Ɠuvres de David Hockney que l’on vient d’y voir.

  • L’éducation aux Etats-Unis

    L’éducation aux Etats-Unis

    Les Etats-Unis ont dĂ©cidĂ© de fermer le ministĂšre fĂ©dĂ©ral de l’éducation. Les citoyens et le monde mĂ©diatique français sont stupĂ©faits devant une telle disruption. Evidemment, en France, l’éducation nationale est « nationale » comme l’indique son nom. Cette administration compte plus de 1,3 millions de personnels dont 0,8 d’enseignants. Le choix français, comme dans beaucoup d’autres domaines, est celui de la centralisation. Les Etats-Unis ont dĂ©centralisĂ© la gestion de l’éducation au niveau des Etats amĂ©ricains. Ce sont des options diffĂ©rentes. Si l’on en juge les rĂ©sultats des diffĂ©rentes Ă©valuations internationales (PISA et similaires), il n’est pas dĂ©montrĂ© que le systĂšme amĂ©ricain soit moins efficace que les autres.

    Plus surprenant, on apprend que l’Etat fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain vient de suspendre le versement de subventions aux universitĂ©s de Colombia et de Harvard accusĂ©es de tendances pro-palestiennes. Il s’agitait de sommes significatives : 400 millions USD pour la premiĂšre, 2,5 milliards USD pour la seconde. On pensait ces universitĂ©s amĂ©ricaines totalement privĂ©es, d’oĂč les droits d’inscription trĂšs Ă©levĂ©s par rapport aux standards français. Ils le sont en effet mais une partie du financement relevait de l’argent public amĂ©ricain jusqu’à ce qu’ils soient suspendus par l’administration.

    Avec les termes fleuris qui lui sont chers le prĂ©sident Trump rĂšgle son compte Ă  Harvard et tout ce que reprĂ©sente dans le monde cette universitĂ© d’élite.

    Harvard est une BLAGUE, qui enseigne la Haine et la Stupidité, et ne doit plus recevoir de fonds fédéraux.

    Tout en subtilité 

  • L’histoire de « Jeju 4:3 » Ă  la maison de la CorĂ©e – CitĂ© universitaire

    L’histoire de « Jeju 4:3 » Ă  la maison de la CorĂ©e – CitĂ© universitaire

    Dans le magnifique parc de la citĂ© universitaire du XIVe arrondissement de Paris la maison de la CorĂ©e expose l’histoire du soulĂšvement de l’üle de Jeju le 4 mars 1948, encore appelĂ©e « Jeju 4:3 Â», qui dura presque un an et fit 30 000 morts et entraĂźna la destruction de nombreux villages.

    AprĂšs la seconde guerre mondiale, la CorĂ©e fut divisĂ©e en deux, le Sud est administrĂ© par les Etats-Unis et le Nord est laissĂ© sous influence soviĂ©tique. En 1948 le gouvernement militaire amĂ©ricain se retire pour laisser la place Ă  un prĂ©sident Ă©lu, plutĂŽt du genre autoritaire. Les soviĂ©tiques refusent le principe de telles Ă©lections dans la partie Nordvqu’ils administrent.

    L’üle de Jeju situĂ©e au sud de la pĂ©ninsule va alors se rĂ©volter contre la partition du pays qui s’annonce, et qui dure encore aujourd’hui. Le 3 avril 1948 l’armĂ©e corĂ©enne du sud rĂ©prime la rĂ©volte et fait des centaines de morts. La rĂ©bellion mĂȘle des ressentiments des partis politiques et de la population post-guerre : ceux qui ont collaborĂ© avec l’occupant japonais, les anti-communistes ou ceux qui, sincĂšrement, s’opposent Ă  la division du pays. La « guerre froide Â» a commencĂ© aussi en Asie. Les conditions de vie sont encore difficiles. L’armĂ©e sud-corĂ©enne ne fait pas de quartiers et l’anticommunisme du gouvernement justifie nombre d’exactions, Ă  Jeju comme ailleurs.

    La CorĂ©e du Sud est une dictature militaire et la rĂ©pression fĂ©roce du soulĂšvement de Jeju sera cachĂ©e durant 50 ans. Ce n’est qu’au retour de la dĂ©mocratie dans les annĂ©es 1990 qu’un travail historique fut menĂ© en CorĂ©e du Sud pour reconnaĂźtre ce qui s’était passĂ©. Des excuses officielles furent alors prononcĂ©es par le gouvernement.

    A la sortie de l’exposition, une jeune femme corĂ©enne s’incline devant le visiteur pour lui remettre un pin en forme de camĂ©lia rouge, symbole de la paix retrouvĂ©e Ă  Jeju. Un flyer de l’Ɠuvre « Waiting Â» du peintre Lee Myoug-bok est Ă©galement distribuĂ©. Il reprĂ©sente une jeune femme devant la cascade de Jeongbang oĂč furent massacrĂ©es 250 personnes. Il fait nuit et une pluie de camĂ©lias coule en plus de l’eau.

    A day, a week, a month, a year have become seventy years and more.
    Even today, her tearful eyes gaze upon the stream that pours out like weeping, like tears.

    Un bon plat de Japchae Bap sauce soja au restaurant Comptoir CorĂ©en intĂ©grĂ© Ă  la maison de la CorĂ©e permet de se persuader que la CorĂ©e du Sud a bien changĂ© tout en restant dans l’ambiance locale.

    Voir aussi : Paris – La CitĂ© universitaire

  • Invasion de chenilles processionnaires et d’aĂŻe-phones sur l’Ile de la CitĂ©

    Invasion de chenilles processionnaires et d’aĂŻe-phones sur l’Ile de la CitĂ©

    La cathĂ©drale Notre-Dame de Paris est rouverte au public et rencontre un franc succĂšs. Ceux qui n’ont pas rĂ©servĂ© en ligne font la queue dehors et ceux qui sont entrĂ©s dans l’édifice mĂšnent une longue procession dans le sens des aiguilles d’une montre autour de la nef telle une longue colonne de chenilles processionnaires bardĂ©e d’aĂŻe-phones.

    Une partie de cette nef situĂ©e prĂšs du chƓur est clĂŽturĂ©e et rĂ©servĂ©e aux fidĂšles assistant Ă  la messe de midi. Des sacristains informent ceux-ci qu’il est interdit de prendre des photos depuis cet enclos. Bien entendu les fidĂšles n’écoutent pas et une forĂȘt d’aĂŻe-phones poussent au-dessus de leurs tĂȘtes. Les clergymen portant fiĂšrement une polaire sans manches siglĂ©e « Notre-Dame de Paris » font la chasse aux photographes-pĂ©cheurs pour les rappeler aux rĂšgles de la cathĂ©drale mais rien n’y fait et les pauvres pĂ©cheurs continuent Ă  suivre les tentations inspirĂ©es par le Malin et Ă  accumuler des milliers de photos ratĂ©es dans la mĂ©moire de leurs tĂ©lĂ©phones.

    AprĂšs trois « Je vous salue Marie » successifs prononcĂ©s par le prĂȘtre officiant face Ă  la statue de la Vierge Ă  l’enfant du XIVe siĂšcle, la messe dĂ©bute, mise en musique avec le petit orgue et un chantre plutĂŽt harmonieux. Pour la quĂȘte, les sacristains dĂ©ploient des paniers munis de lecteur de cartes bleues et pour la communion, un sacristain supplĂ©mentaire en jogging-sweat-capuche-baskets gris vient renforcer l’équipe pour distribuer les hosties, mĂȘme aux photographes-compulsifs-impĂ©nitents. Peut-ĂȘtre seront-ils pardonnĂ©s !

    AprĂšs la messe, relativement courte, les fidĂšles se joignent aux chenilles processionnaires. Ils ont ainsi l’occasion d’admirer les petites chapelles situĂ©es dans les collatĂ©raux du vaisseau central de la nef, toutes remises Ă  neuf aprĂšs l’incendie de 2019. Le tour de chƓur et ses magnifiques sculptures en bois retracent les scĂšnes de la vie du Christ. Clou du spectacle, une immense roue d’or dont le centre contient des reliques : un morceau de la croix du Christ et de sa couronne d’épines sauvĂ©s des feux de l’enfer en 2019 grĂące Ă  la virtuositĂ© des pompiers de Paris. Un vrai miracle !

    Vue de l’intĂ©rieur la cathĂ©drale a Ă©tĂ© remise Ă  neuf et bien ravalĂ©e. La voute a tenu durant la messe ce qui laisse imaginer que la charpente qui la surplombe a Ă©tĂ© correctement reconstruite. Du bel-Ɠuvre. A l’extĂ©rieur les travaux sont loin d’ĂȘtre terminĂ©s si l’on en juge les nombreux Ă©chafaudages et barraques de chantier qui subsistent, ainsi que les renforts en bois posĂ©s aprĂšs l’incendie pour soutenir les arcs-boutants de pierre.

    Le chantier a avancĂ© plus rapidement que celui de l’assainissement des finances publiques françaises. Une espĂšce d’unanimitĂ©, plutĂŽt exceptionnelle, a Ă©mergĂ© de l’opinion publique pour reconstruire cette cathĂ©drale aprĂšs l’incendie destructeur de 2019. En France on est souvent unanime dĂšs qu’il s’agit de dĂ©penser de l’argent public, des jeux olympiques Ă  la cathĂ©drale de Paris. Peut-ĂȘtre un miracle similaire se produira pour dĂ©finir l’ñge lĂ©gal de la retraite ?

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    Christine Boutin, 75 ans, le retour

  • « Tous LĂ©ger ! » au musĂ©e du Luxembourg

    « Tous Léger ! » au musée du Luxembourg

    Fernand LĂ©ger (1881-1955) est exposĂ© en compagnie de quelques Ɠuvres des nombreux artistes qu’il a inspiré : Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Martial Raysse, Keith Haring
 dans ce dĂ©licieux musĂ©e du Luxembourg au cƓur du VIe arrondissement. LĂ©ger fut l’un des initiateurs du cubisme, il frĂ©quenta Apollinaire, Cendrars, Modigliani, Chagall
 Ses Ɠuvres non figuratives sont vives et colorĂ©es, par bien des aspects elles annoncent le pop-art sur lequel vont surfer Haring, Lichtenstein ou Warhol qui vont clairement revendiquer son influence et dont quelques tableaux montrĂ©s ici illustrent cette transmission.

  • « Poulenc, La Voix Humaine » Ă  la CitĂ© de la Musique (Philharmonie de Paris)

    « Poulenc, La Voix Humaine » à la Cité de la Musique (Philharmonie de Paris)

    Barbara Hannigan, soprano et chef d’orchestre canadienne, spĂ©cialisĂ©e dans la musique contemporaine, a prĂ©sentĂ© ce soir un incroyable concert Ă  la direction de l’Orchestre philharmonique de Radio-France, en dĂ©placement dans la petite salle de la CitĂ© de la Musique.

    « MĂ©tamorphoses Â» de Richard Strauss (1864-1949) constituent la premiĂšre Ɠuvre de la soirĂ©e. La piĂšce est qualifiĂ©e de « Ă©tude pour 23 cordes solistes Â». C’est l’ensemble des cordes de l’orchestre qui joue, violons, altos, violoncelles et contrebasse. Barbara est habillĂ©e d’une chemise noire sur pantalon de cuir de la mĂȘme couleur et de bottes montantes. Elle a lĂąchĂ© sa dĂ©goulinade de cheveux blonds sur le noir de ses vĂȘtements pour diriger cette piĂšce plutĂŽt tragique, un long glissando de cordes dĂ©chirantes aux harmonies modernes, parfois lĂ©gĂšrement dissonantes.

    Pour la « Voix Humaine », Barbara Hannigan assure depuis son estrade, Ă  la fois le chant de l’Ɠuvre, une piĂšce de Cocteau, mise en musique par Francis Poulenc, et la direction de l’orchestre rĂ©uni ici au complet. Elle a changĂ© de tenue noire avec cette fois-ci un pantalon de toile rentrĂ© dans ses bottes, façon Dock-Martens, et attachĂ© ses cheveux. Comme elle fait face Ă  ses musiciens, un grand Ă©cran les surplombe sur lequel sont projetĂ©s des images prises en direct par des vidĂ©astes qui y ajoutent quelques effets techniques plutĂŽt de bon aloi. La gestuelle de Barbara est Ă  la fois celle du personnage de Cocteau et celle nĂ©cessaire Ă  la conduite de l’orchestre qui semble sa satisfaire de ce partage des tĂąches. C’est un « dialogue » entre la voix et les instruments qui laisse de larges plages a capella oĂč la soprano prend le pas sur l’orchestre. Son chant est lĂ©gĂšrement sonorisĂ© Ă  l’aide d’un petit micro accrochĂ© Ă  son oreille et dont la fine tige est appuyĂ©e sur une de ses pommettes.

    L’histoire de Cocteau est celle d’une femme dĂ©laissĂ©e s’entretenant au tĂ©lĂ©phone avec l’amant qui la dĂ©laisse. Elle menace de se suicider, brame son amour, dialogue avec l’opĂ©ratrice car la communication coupe, cherche Ă  s’étrangler avec le fil du tĂ©lĂ©phone
 Les paroles sont un peu nunuches mais c’est la rĂšgle du genre de la chanson lyrique française au mitan du XXe siĂšcle. La musique est lĂ  pour accompagner, un peu en arriĂšre de la main, dans des rythmes et des harmonies pouvant lĂ©gĂšrement heurter les oreilles habituĂ©es Ă  des reprĂ©sentations plus classiques.

    La performance de Barbara Henningan et son orchestre rencontre un franc succĂšs. Sans doute Ă©puisĂ©e par ce double rĂŽle elle revient saluer de nombreuses fois mais Ă©vite le « bis Â».

  • « Corps et Ăąmes » Ă  la collection Pinault

    « Corps et ùmes » à la collection Pinault

    L’exposition se dĂ©roule Ă  la Bourse de commerce – Collection Pinault, on s’attend donc Ă  de l’art contemporain, voire trĂšs contemporain. Il s’agit de la « reprĂ©sentation des corps Â» (le visiteur constate assez vite qu’on parle de essentiellement de corps « racisĂ©s Â») dans l’art. Dessins, sculptures, peintures, vidĂ©os, toutes ces Ɠuvres créées par des artistes de diffĂ©rents pays mais qui font surtout rĂ©fĂ©rence Ă  la culture amĂ©ricaine, tel le film prĂ©sentĂ© Ă  l’entrĂ©e sous la rotonde, une pĂȘle-mĂȘle d’extraits de journaux tĂ©lĂ©visĂ©s oĂč se succĂšdent sur un mode flash des images de bavures policiĂšres, manifestations contre la guerre du Vietnam, entrecoupĂ©es d’apparitions saccadĂ©es de hĂ©ros locaux, de Miles Davis Ă  Barak Obama, en passant par Jimi Hendrix et Martin Luther-King. Le ton est donnĂ©.

    La suite des reprĂ©sentations de corps est plus confuse et diverse. L’imagination des regardeurs permet Ă  chacun d’interprĂ©ter le but des artistes. Parfois on reste dans l’expectative, ce qui est un objectif comme un autre


    Le grand hall central sous la verriĂšre, est toujours cernĂ© d’un mur en bĂ©ton nu Ă©pousant la forme ronde du hall et pouvant lui aussi provoquer l’expectative du visiteur. Heureusement on visite le bĂątiment aujourd’hui avec une spĂ©cialiste qui nous vante un « miracle architectural d’occupation de l’espace Â», le cĂŽtĂ© extĂ©rieur du mur permettant, via un escalier qui y est fixĂ© en une sorte de colimaçon gĂ©ant, d’accĂ©der aux diffĂ©rentes salles d’exposition situĂ©es dans le bĂątiment rectangulaire qui cerne cette rondeur. Un peu de stabilitĂ© dans l’infini du cercle !

  • Les ‘Ricains

    Les ‘Ricains

    On ne dit plus « les Etats-Unis ont Ă©lu un prĂ©sident ruffian-marchand de bĂ©tail Â» mais « le prĂ©sident amĂ©ricain est un ĂȘtre transactionnel Â».

  • Des dĂ©bats mĂ©diatiques vains

    Des débats médiatiques vains

    Une Ă©niĂšme affaire de financement illĂ©gal de partis politiques français a Ă©tĂ© jugĂ©e hier et d’un coup d’un seul l’affaire du « Petit Emile Â» sur laquelle des journalistes de circonstance glosaient en boucle depuis une semaine sur les plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s sans avoir rien Ă  dire sur ce dossier couvert par le secret de l’instruction, pour une fois Ă  peu prĂšs bien tenu. Il s’agissait juste d’attiser l’intĂ©rĂȘt morbide de Mme. Michu sur le sort de ce malheureux gamin assassinĂ© sans qu’on sache par qui.

    Les mĂ©dias sont passĂ©s Ă  ce nouveau sujet sur lequel ils n’ont rien Ă  dire. Ils se pourlĂšchent les babines et rivalisent d’éditions spĂ©ciales et d’experts capables de parler durant des heures pour ne rien dire, une performance. Evidemment c’est une histoire moins dramatique que la prĂ©cĂ©dente.

    Au moins le « Petit Emile Â» et sa famille retournent ainsi dans l’anonymat ce qui, compte tenu du tragique de ce fait divers est aussi bien.

  • « L’attachement » de Carine Tardieu

    « L’attachement » de Carine Tardieu

    C’est un trĂšs joli film de Carine Tardieu qui est sorti le mois dernier sur les Ă©crans, une comĂ©die romantique parfois un peu tristounette mais pĂ©tillante grĂące aux deux personnages centraux : Sandra, jouĂ©e par ValĂ©ria Bruni-Tedeschi et le petit garçon Elliott dont l’affection et l’innocence vont mettre Ă  l’épreuve le caractĂšre fĂ©ministe et solitaire de Sandra, libraire militante et voisine de palier d’Elliott et sa famille. Les Ă©vĂšnements font qu’elle va se rapprocher de cette famille sans compromettre avec ses principes de distance avec le modĂšle patriarcal, tout en restant « la voisine », rien d’autre.

    ValĂ©ria Bruni-Tedeschi interprĂšte son rĂŽle avec beaucoup de justesse, tout en retenue et sans jamais se dĂ©faire de son sourire charmeur et dĂ©licat. Un peu agoraphobe, un peu timide, elle se fait tout de mĂȘme violence pour assister au remariage du pĂšre d’Elliott, devenu veuf, avec la pĂ©diatre roumaine de sa fille. Il y a de la musique tsigane et les Pretenders (Don’t get me wrong – 1987). Quelques amants ne font que passer dans sa vie. Elle s’accroche Ă  son dĂ©sir d’indĂ©pendance qui vacille tout de mĂȘme un peu face Ă  la joyeuse agitation familiale de ses voisins Ă  laquelle elle se laisse associer.

    Un film plein de tendresse et d’émotion qui rappelle ceux de Claude Sautet dans les annĂ©es 1970 : chaleur de l’amitiĂ©, risques de l’amour et drames de la vie transcendĂ©s par la comprĂ©hension dans les relations humaines. « Vincent, François, Paul et les autres » revisitĂ©s en 2025 !

  • WORMSER-MIGOT Olga, ‘Le retour des dĂ©portĂ©s – quand les alliĂ©s ouvrirent les portes’.

    WORMSER-MIGOT Olga, ‘Le retour des dĂ©portĂ©s – quand les alliĂ©s ouvrirent les portes’.

    Sortie : 1965, Chez : Editions Archipoche (réédition 1985).

    Fille d’Ă©migrĂ©s russes-juifs ayant fui la Russie tsariste aprĂšs l’Ă©chec de la rĂ©volution de 1905, Olga Wormser-Migot (1912-2002) est une historienne française qui s’est spĂ©cialisĂ©e dans l’histoire de la dĂ©portation pendant la seconde guerre mondiale.

    Elle fut appelĂ©e juste aprĂšs la libĂ©ration de Paris en aoĂ»t 1944 au MinistĂšre des Prisonniers, DĂ©portĂ©s et RĂ©fugiĂ©s pour aider, notamment, Ă  l’accueil et Ă  l’identification-rĂ©pertoriage des dĂ©portĂ©s de retour des camps de concentration et d’extermination nazis, ainsi que de ceux qui ne revinrent jamais. Son service reçut Ă©galement les familles dans l’attente, souvent insupportable, des leurs qu’elles savaient avoir Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s mais dont elles restaient sans nouvelles, mĂȘme aprĂšs la fin de la guerre. C’Ă©tait d’ailleurs la plus grosse part de leur activitĂ©.

    Le rĂ©cit est constituĂ© Ă  partir du journal de l’auteure, de courts paragraphes, souvent consacrĂ©s au parcours d’un dĂ©portĂ© mort ou vivant, anonyme ou cĂ©lĂšbre, mais se rĂ©fĂ©rant aussi parfois aux ennemis : le suicide de Himmler, la fuite des responsables des camps alors que les troupes alliĂ©s se s’approchent. On parcourt ainsi ces mois entre la libĂ©ration de Paris et les quelques semaines aprĂšs la fin de la guerre jusqu’Ă  ce que le rapatriement des dĂ©portĂ©s soit considĂ©rĂ© comme clos. Des missions françaises sont organisĂ©es sur le terrain avant le 8 mai 1945 alors que les combats ne sont pas encore terminĂ©s, pour visiter les camps dĂ©jĂ  libĂ©rĂ©s et identifier les Français, essayer de ramener quelques survivants au pays. A Paris la vie reprend mais Ă  l’Est la guerre continue.

    Ce rĂ©cit revient sur la sidĂ©ration des autoritĂ©s françaises et alliĂ©es alors qu’apparaissent les prĂ©cisions sur la barbarie nazie. Peu de gens Ă  l’Ă©poque Ă©taient informĂ©s de cette rĂ©alitĂ© des camps et beaucoup, comme Olga Wormser-Migot, dĂ©couvrent l’ampleur de ce dĂ©sastre, pratiquĂ© au cƓur de la vieille Europe, au fur et Ă  mesure qu’elle est dĂ©voilĂ©e par les victimes survivantes. Il fallut s’organiser pour faire face Ă  cette dĂ©vastation dans une France meurtrie par la guerre. Olga Wormser-Migot narre cette tĂąche immense au quotidien.

    Le livre retrace aussi l’angoisse indicible de l’attente, celle des familles restĂ©es en France qui s’accrochent Ă  l’espoir de voir revenir les leurs. Mais aussi celle de dĂ©portĂ©s revenus des camps et qui sont dans l’ignorance du sort de leurs femmes, leurs enfants, leurs parents Ă©galement dĂ©portĂ©s mais desquels ils ont Ă©tĂ© sĂ©parĂ©s et sont sans nouvelles. Trop souvent il faut leur annoncer qu’ils ne les reverront pas.

    Ecrit 20 ans aprĂšs l’ouverture des camps, avant que les historiens ne se penchent scientifiquement sur le sujet et que la parole des dĂ©portĂ©s survivants n’Ă©merge vĂ©ritablement, ce livre a permis d’informer sur la rĂ©alitĂ© cette pĂ©riode si sombre de l’histoire avant que ne paraissent les grands ouvrages de rĂ©fĂ©rence sur la barbarie nazie et que la parole des victimes ne soient vĂ©ritablement entendues. Il fallut attendre les annĂ©es 1980 pour ce faire, soit 40 ans aprĂšs ces terribles faits.

  • JAMES Henry, ‘La coupe d’or’.

    JAMES Henry, ‘La coupe d’or’.

    Sortie : 1904, Chez : Seuil (2013)

    Ce roman d’Henry James tourne autour de deux couples installĂ©s Ă  Londres, imbriquĂ©s pour le pire et le meilleur. Maggie, fille d’un riche collectionneur amĂ©ricain, Adam, se marie avec un prince italien dĂ©sargentĂ©, Amerigo, puis pousse son pĂšre dans les bras de son amie Charlotte qu’il Ă©pouse Ă  son tour. Maggie ignore que Charlotte fut l’amante d’Amerigo dans le passĂ©.

    TrĂšs proche de son pĂšre, Maggie le reste mĂȘme une fois mariĂ©e. La liaison entre Charlotte et le mari de Maggie se reconstitue, cette derniĂšre l’apprend et va Ɠuvrer pour sauver son couple et celui de son pĂšre. Sans rien rĂ©vĂ©ler ce qu’elle sait ni Ă  Charlotte, ni Ă  Adam, elle rĂ©ussit Ă  Ă©loigner aux Etats-Unis le couple formĂ© par son pĂšre et Charlotte, se rĂ©vĂ©lant ainsi manipulatrice, pour la bonne cause, et gĂ©nĂ©reuse pour son pĂšre et le pardon qu’elle accorde Ă  son mari.

    Ce roman fleuve sombre parfois dans la longueur des descriptions de ces situations mĂȘlant l’adultĂšre et l’amour conjugal et filial. Le style de James ne comporte Ă©videment rien de scabreux, ce n’est ni dans le style de l’auteur, ni dans celui de l’Ă©poque (le livre a Ă©tĂ© publiĂ© en 1904). Le terme « amant » n’est utilisĂ© qu’une fois au long de ces 700 pages alors qu’il n’est question que de ça. L’Ă©vocation d’un baiser entre les amants n’apparaĂźt Ă©galement qu’une fois dans le roman. Tout le reste n’est qu’Ă©laborations de stratĂ©gies et de dialogues entre les impĂ©trants pour comprendre, analyser, expliquer puis dĂ©monter cette situation dĂ©lĂ©tĂšre. Nous sommes dans le monde de la grande bourgeoisie anglo-saxonne qui n’a pas grand-chose d’autre Ă  faire que de s’occuper de ses propriĂ©tĂ©s, ses Ɠuvres d’art ou ses mondanitĂ©s, et de ses problĂšmes sentimentaux.

    Henry James a plongĂ© avec dĂ©lices dans ce monde europĂ©en un peu dĂ©cadent, oĂč il a vĂ©cu, et qu’il a dĂ©crit en dĂ©tails dans de nombreux romans. « La Coupe d’Or » n’Ă©chappe pas Ă  la rĂšgle et enrichit la fiction d’aspects psychologiques se rapportant Ă  l’amour indestructible d’une fille pour son pĂšre, confrontĂ©e Ă  des difficultĂ©s dans son propre couple. Comment arbitrer entre ces contraires ? James prĂȘte Ă  son hĂ©roĂŻne un talent et un machiavĂ©lisme que l’on ne soupçonne pas au dĂ©but du roman. Et elle sacrifie sa proximitĂ© avec son pĂšre Ă  l’avenir de son couple avec AmĂ©rigo pour lequel le lecteur n’a pas l’impression qu’elle Ă©prouve un amour fou. Couper le cordon ombilical est le choix de la raison pour Maggie (comme pour James) afin de rĂ©soudre cet imbroglio psychologique.

    Le style minutieux de l’auteur amĂ©ricain, parfois lĂ©gĂšrement ampoulĂ©, celui d’un autre siĂšcle, impose au lecteur une attention soutenue pour suivre les dĂ©roulement de cette affaire familiale et conjugale. La pensĂ©e complexe de James se dĂ©roule en phrases et raisonnements longs et sophistiquĂ©s, au risque de dĂ©courager le lecteur qui aurait tort de refermer le livre avant sa conclusion.

  • Des mĂ©thodes journalistiques de caniveau

    Des méthodes journalistiques de caniveau

    Le paysage tĂ©lĂ©visuel français (PAF) ne brille dĂ©cidĂ©ment pas par la vigueur de son professionnalisme. L’actualitĂ© rĂ©cente multiplie les sujets, anecdotiques ou sĂ©rieux, sur lesquels la trĂšs grande majoritĂ© des journalistes ne brille pas par sa capacitĂ© d’analyse. En rĂ©alitĂ©, qu’il s’agisse de la disparition du « petit Emile Â», du budget de la RĂ©publique ou du sort judiciaire de M. Sarkozy ou de Mme. Le Pen, les rĂ©dactions se basent toujours sur deux outils : le sondage d’opinion et le micro-trottoir. Et lors des journaux tĂ©lĂ©visĂ©s ou des talkshows d’actualitĂ© les intervenants glosent en continu sur les rĂ©sultats dĂ©livrĂ©s par ces deux outils. On demande Ă  Mme. Michu : « Etes-vous pour l’augmentation des impĂŽts ? Â» ou on lance un sujet sur un plateau avec un sondage : Â« 60% des Français sont contre ceci Â»â€Š

    Ce genre de « lancements Â» Ă©vitent aux animateurs titulaires de carte de presse d’étudier les dossiers sur lesquels ils interrogent le monde politique ou les experts de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s. Ils compensent leur absence d’analyse par les rĂ©sultats des sondages. Qu’importe le manque d’éthique des questions ou le cĂŽtĂ© racoleur des sondages, puisque Mme. Michu pense ainsi c’est donc lĂ -dessus qu’il faut dĂ©battre. Et les « experts Â» et les politiques devisent sur la position de Mme. Michu sans rentrer sur le fond des dossiers. Tout le monde semble se satisfaire de ces raccourcis.

    On se demande ce qui est encore enseignĂ© dans les Ă©coles de journalisme ?

    Rappelons que les journalistes qui dĂ©clarent des revenus en France, bĂ©nĂ©ficient d’une niche fiscale pour « frais d’emploi » leur permettant une dĂ©duction de 7 650 EUR de leurs revenus dont ne bĂ©nĂ©ficient pas les autres citoyens. Cette niche qui Ă©tait destinĂ©e Ă  assurer leur indĂ©pendance lorsqu’elle a Ă©tĂ© instituĂ©e, n’a plus vraiment de lĂ©gitimitĂ© aujourd’hui. Elle reste malgrĂ© tout en vigueur et devrait ĂȘtre un gage de qualitĂ© et non de racolage.

  • Le retour des hyĂšnes mĂ©diatiques

    Le retour des hyÚnes médiatiques

    Avec une jubilation sordide les mĂ©dias français se jettent sur un nouvel Ă©vĂšnement judiciaire annoncĂ© dans le cadre de l’affaire dite de « la disparition du petit Emile », un malheureux gamin de quelques annĂ©es disparu en 2023 puis retrouvĂ© mort en 2024 aux abords d’un petit hameau des Alpes de Haute-Provence. La police n’a pas encore rĂ©ussi Ă  Ă©lucider ce mystĂšre mais vient de placer en garde-Ă -vue deux grands-parents et deux oncles de l’enfant, dĂ©clenchant les « émissions spĂ©ciales » de nombre de chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision avec force envoyĂ©s spĂ©ciaux, « experts » en criminologie et rediffusion de trĂšs nombreux reportages rĂ©alisĂ©s Ă  l’époque dont la conclusion Ă©tait « on ne sait pas expliquer ce mystĂšre ».

    Aujourd’hui les journalistes n’en savent pas plus mais palabrent sur les plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s en racolant Mme Michu Ă  qui ils n’ont rien Ă  dire si ce n’est ressasser en boucle des non-informations qu’ils crĂ©ent comme ils respirent. On se demande toujours si ce genre de racolage gĂ©nĂšre vĂ©ritablement une hausse des audiences des chaĂźnes qui s’y compromettent ? Et que se passerait-il si, Ă  la place, les journalistes effectuaient le travail pour lequel ils sont rĂ©munĂ©rĂ©s (et qui bĂ©nĂ©ficient par ailleurs d’une niche fiscale spĂ©cifique Ă  leur profession), c’est-Ă -dire l’information et l’analyse ? Pas sĂ»r qu’ils y perdraient, en revanche le niveau intellectuel moyen ne pourrait que progresser mais ça c’est du long terme et de l’hypothĂ©tique alors que les supputations sur l’assassin du « petit Emile Â» c’est de la rĂ©jouissance immĂ©diate.

  • Le voile tombe sur la fiction du statut dĂ©partemental de Mayotte

    Le voile tombe sur la fiction du statut départemental de Mayotte

    Le dĂ©partement d’outre-mer français de Mayotte, sis dans l’archipel des Comores, au bout du monde dans le canal de Mozambique, entre Madagascar et le Mozambique, a subi en dĂ©cembre 2024 les effets dĂ©vastateurs d’un cyclone baptisĂ© Chido. Ce petit bout de territoire n’avait vraiment pas besoin de ça alors qu’il est dĂ©jĂ  l’objet d’un sous-dĂ©veloppement endĂ©mique et soumis Ă  l’hostilitĂ© des Comores dont il fait gĂ©ographiquement partie. E effet, celles-ci n’ont jamais admis que Mayotte n’ait pas Ă©tĂ© juridiquement incluse dans l’archipel des Comores lorsque celui-ci obtint son indĂ©pendance de la France dans les annĂ©es 1970. Le contentieux entre la France et ces Comores est donc lourd et ancien, aggravĂ© par les agissements de mercenaires de pacotille (Bob Denard et sa bande) que Paris a laissĂ© plus ou moins fomenter des coups d’Etat dans ce micro-pays oĂč il agit comme un proconsul avant que l’armĂ©e française ne mette fin Ă  ces dĂ©rives en 1995.

    Les deux iles qui composent Mayotte sont dans un Ă©tat de pauvretĂ© avancĂ© et devenues la destination favorite d’émigrĂ©s comoriens qui, en traversant le bras de mer qui les sĂ©pare de Mayotte, espĂšrent se rapprocher des mirages de la richesse française, supĂ©rieure Ă  celle de leur pays. Cette immigration hors de contrĂŽle dĂ©sorganise durablement le territoire de Mayotte et gĂ©nĂšre une dĂ©linquance soutenue. La situation de ces confettis se dĂ©grade d’annĂ©e en annĂ©e et personne ne voit bien comment endiguer cette descente aux enfers.

    La population de Mayotte serait de 330 mille habitants dont la moitiĂ© d’étrangers venant des Comores, une majoritĂ© d’entre eux Ă©tant en situation irrĂ©guliĂšre. Mayotte n’a Ă©videmment pas les moyens d’accueillir de tels flux de population, pas plus qu’elle n’est en mesure de les contrĂŽler. L’hostilitĂ© historique, et comprĂ©hensible, des Comores rend par ailleurs difficile toute coopĂ©ration en ce sens. La situation de Mayotte, et d’ailleurs de l’ensemble de l’archipel, rend vain tout espoir de dĂ©veloppement Ă©conomique.

    Le cyclone Chido est dons arrivĂ© sur une situation dĂ©jĂ  explosive. Il semble qu’il eut finalement beaucoup moins de morts qu’initialement craint, au point que certaines rumeurs ont circulĂ© comme quoi les immigrĂ©s illĂ©gaux, par nature peu ou pas rĂ©pertoriĂ©s, auraient enterrĂ© leurs morts trĂšs rapidement, selon la tradition musulmane, et sans en informer les autoritĂ©s d’oĂč un bilan sous-Ă©valuĂ©. Peut-ĂȘtre, en tout cas le bilan officiel fait Ă©tat d’une quarantaine de morts. Une bonne partie de l’habitat local est composĂ©e de cabanes en tĂŽles ondulĂ©es, façon bidonvilles, qui n’ont Ă©videmment pas rĂ©sistĂ© aux vents cycloniques. Les habitats et infrastructures en dur ont aussi Ă©tĂ© sĂ©rieusement endommagĂ©e. Des Ă©coles, des centres de santĂ©, des routes, des ponts, l’aĂ©roport ont Ă©tĂ© endommagĂ©s et il faudra des annĂ©es pour tout remettre en Ă©tat.

    Les bidonvilles dĂ©truits Ă©taient principalement occupĂ©s par des Comoriens immigrĂ©s, lĂ©galement ou pas. Les images de leur destruction sont impressionnantes. Le personnel politique français qui dĂ©file sur l’üle dĂ©vastĂ©e explique que la France va reconstruire ceci, Ă©liminer ceci, favoriser le dĂ©veloppement Ă©conomique pour que, enfin, Mayotte « soit traitĂ©e comme un vĂ©ritable dĂ©partement français Â» et de prendre des engagements qui ne seront Ă©videments pas intĂ©gralement tenus car ils ne peuvent tout simplement pas l’ĂȘtre.

    Qui peut croire une seconde que les bidonvilles vont ĂȘtre remplacĂ©s par des logements sociaux en dur ? Envisage-t-on la moindre chance pour ce territoire de connaĂźtre mĂȘme un ersatz de dĂ©veloppement Ă©conomique ? Qui va aller investir dans ce dĂ©partement sous perfusion financiĂšre de la mĂ©tropole ? Peut-on penser que les flux migratoires en provenance des Comores Ă©loignĂ©es de 50 km pourront ĂȘtre contrĂŽlĂ©s tant que Mayotte sera française ? Et dans l’hypothĂšse improbable oĂč la situation Ă©conomique de Mayotte s’amĂ©liorerait cela ne ferait que renforcer son attractivitĂ© pour l’immigration comorienne.

    La situation est inextricable et peu nombreux sont ceux qui osent le dire. La seule solution qui parait cohĂ©rente, et qui n’a jamais Ă©tĂ© testĂ©e serait l’ouverture de nĂ©gociations avec les Comores sur la rĂ©trocession de Mayotte Ă  l’archipel. C’est d’ailleurs la solution prĂ©conisĂ©e par les Nations Unies qui maintient Mayotte sur sa liste des « territoires non autonomes Â». Une telle hypothĂšse entraĂźnerait un grave traumatisme pour la population française de l’üle Ă  qui il faudrait proposer de pouvoir rester français et la possibilitĂ© de s’installer en France mĂ©tropolitaine si ses membres ne veulent pas rester sur place Ă  l’issue d’une Ă©ventuelle rĂ©unification des Comores. C’est faisable, on parle de 200 mille personnes, mais cela demanderait une initiative de Paris que l’on voit mal menĂ©e par le personnel politique français actuel.

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    En attendant, Mayotte continue Ă  revendiquer son statut de « dĂ©partement français de plein exercice Â» que la mĂ©tropole continue Ă  ĂȘtre incapable de lui assurer, non seulement pour des raisons financiĂšres, mais surtout aussi pour des motifs culturels et de positionnement gĂ©ographique dans un environnement qui rend trĂšs improbable tout espoir de dĂ©veloppement Ă©conomique. Toutes les lois « de programme sur le dĂ©veloppement de Mayotte Â» comme celle en cours d’examen par le parlement français se heurteront aux mĂȘmes obstacles que personne n’a rĂ©ussi Ă  abattre depuis les annĂ©es 1970 et qui, au contraire, deviennent de plus en plus infranchissables.

  • « Vermiglio ou La MariĂ©e des Montagnes » de Maura Delpero

    « Vermiglio ou La Mariée des Montagnes » de Maura Delpero

    Nous sommes dans un petit village de la montagne italienne, Vermiglio, Ă  la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale. Le film se passe entre l’église, le bistrot, l’étable et la demeure du maĂźtre d’école qui a huit enfants. C’est sans doute le personnage le plus touchant du scĂ©nario, il dĂ©ploie toute son Ă©nergie pour faire sortir les enfants, dont les siens, de l’état de paysans illettrĂ©s auquel ils sont promis. Et puis il aime la musique, « la nourriture de l’esprit Â», et consacre une partie des maigres ressources de la famille Ă  acheter des disques de Chopin qu’il passe sur son gramophone 78 tours pour inspirer des rĂ©flexions solitaires.

    Sa fille tombe amoureuse d’un sicilien qui s’est rĂ©fugiĂ© dans le hameau. La fin du conflit arrive, certains soldats reviennent dans le village, d’autres sont morts au combat, on ne sait pas bien de quel cĂŽtĂ© ils se battaient d’ailleurs, mais qu’importe la joie ou la douleur d’une mĂšre est toujours la mĂȘme lorsque son fils revient de la guerre
 ou est dĂ©clarĂ© mort. Le sicilien qui s’est mariĂ© entre temps avec la fille de l’instituteur dĂ©cide de retourner dans son village pour y donner de ses nouvelles avant de revenir auprĂšs de sa femme qui est enceinte de lui. Mais il ne reviendra pas.

    Le film va au rythme des saisons de la montagne et marque la lenteur et l’éternitĂ© de ce monde minĂ©ral dans lequel Ă©volue le petit microcosme de ce village perdu dans les hauteurs et ses traditions. L’instituteur fait de son mieux pour pousser ses enfants dans l’échelle sociale mais il doit faire des choix douloureux par manque de moyens. Sa fille dĂ©laissĂ©e fait le voyage vers la Sicile pour dĂ©couvrir la double vie de son mari


    Il ne se passe rien dans ce film, seulement la vie qui dĂ©roule les petits Ă©vĂšnements d’une communautĂ© de montagnards durs Ă  la souffrance, touchants dans leur dĂ©nuement, confrontĂ©s aux Ă©motions ordinaires Ă  une Ă©poque qui nous semble hors du temps. C’était simplement le mitan du XXe siĂšcle.

    Vermiglio, un Ă©loge de la lenteur !

  • Mali, Burkina Faso et Niger quittent l’organisation de la Francophonie

    Mali, Burkina Faso et Niger quittent l’organisation de la Francophonie

    Les trois pays sahĂ©liens membres de la ConfĂ©dĂ©ration des Etats du Sahel (AES) annoncent leur sortie de la l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Il s’agit du Mali, du Burkina Faso et du Niger, trois pays qui ont pour caractĂ©ristique commune d’avoir rompu leur coopĂ©ration civile et militaire avec la France pour se tourner vers la Russie. C’est une bonne dĂ©cision de leur part et le maintien de leur prĂ©sence dans la Francophonie n’avait plus beaucoup de sens dans le contexte des relations sĂ©vĂšrement dĂ©tĂ©riorĂ©es entre Paris et ses trois anciennes colonies. Il vaut mieux laisser les choses dĂ©canter et en reparler dans 150 ans. Notons que le communiquĂ© de l’AES est rĂ©digĂ© en
 français !

    D’ailleurs il n’est pas sĂ»r que ce « machin Â» multilatĂ©ral soit trĂšs utile ni pour la France ni pour les autres pays membres. L’organisation accueille maintenant des pays non-francophones comme la Bulgarie, le Cap Vert, Chypre, l’Egypte, la GrĂšce, le Ghana, etc. Certains Etats membres comme le Togo et le Ghana adhĂšrent en parallĂšle au Commonwealth, entre l’anglais et le français leur cƓur balance !

    Certes, on doit bien trouver quelques universitaires qui parlent encore français au Caire ou Ă  Nicosie mais la trĂšs grande majoritĂ© de ces populations ne parlent pas un mot de français et il fort peu probable qu’elles s’intĂ©ressent un jour Ă  la langue de MoliĂšre dans un avenir prĂ©visible.

    Le budget de l’OIF 2025 est de 69 millions d’euros. Il est Ă  craindre que la France ne soit le premier contributeur.

  • Les lubies du pouvoir amĂ©ricain

    Les lubies du pouvoir américain

    On va de surprise en surprise dans la rĂ©volution trumpiste en cours aux Etats-Unis d’AmĂ©rique. Certaines sont assez fondamentales et bouleversent l’ordre du monde, d’autres sont plutĂŽt anecdotiques comme la volontĂ© du nouveau prĂ©sident de rebaptiser le Golfe du Mexique en Golfe d’AmĂ©rique. Il y a d’ailleurs dans le bureau ovale de la Maison Blanche Ă  Washington une carte d’AmĂ©rique du Nord mentionnant cette nouvelle appellation.

    Certains organes de presse amĂ©ricains se refusant Ă  cette gymnastique sĂ©mantique et se sont vu du coup interdire l’accĂšs au pool de presse prĂ©sidentiel. On ne sait pas bien qui dĂ©termine les noms gĂ©ographiques ni s’il existe une organisation internationale en charge d’enregistrer ces dĂ©nominations. Des pays riverains de l’ocĂ©an pacifique peuvent-ils librement le rebaptiser « ocĂ©an agressif Â» ?  Le prĂ©sident Trump ne s’embarrasse pas de ces dĂ©tails juridiques et on va voir Ă  court terme qui le suit, ou pas. En attendant, Google Map est prudent et affiche dĂ©jĂ  les deux dĂ©nominations


    Google Maps – Golfe d’AmĂ©rique