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  • Dialogue sur une aire de repos

    Dialogue sur une aire de repos

    Une grosse berline est arrĂȘtĂ©e Ă  l’ombre des arbres d’un parking de station essence au bord d’une route bretonne Ă  quatre voies. A l’arriĂšre une vieille femme, voilĂ©e et ĂągĂ©e, somnole, devant, une jeune maman donne le biberon un nourrisson et Ă  l’extĂ©rieur un papa jovial s’occupe de sa petite fille. Ils sont en route pour des vacances Ă  Perros-Guirec.

    Le chroniqueur est Ă©galement au repos pas loin de la berline, la petite fille vient lui rendre visite et le voilĂ  qui entame la conversation avec le papa jovial et sympathique, jeune quarantenaire avec un peu d’embonpoint et la barbe de quatre jours de rigueur, ingĂ©nieur informaticien, autrefois freelance mais dĂ©sormais salariĂ© depuis qu’il a deux enfants « pour la sĂ©curitĂ© financiĂšre Â».

    Et puis la conversation tourne vers la rĂ©forme des retraites françaises. Le papa goguenard ne semble pas traumatisĂ© par l’allongement du nombre d’annĂ©es Ă  travailler pour sa gĂ©nĂ©ration avant de pouvoir prendre une retraite Ă  taux plein :

    – Moi j’ai fait Bac+5, donc j’ai commencĂ© Ă  travailler Ă  25 ans, 25 + 43 cela une retraite Ă  68 ans !
    – Oui, c’est assez logique, mais vous n’avez jamais travaillĂ© durant vos cinq annĂ©es d’études, vous n’avez pas accumulĂ© quelques trimestres Ă  l’assurance vieillesse ?
    – Ah non, je n’ai pas travaillĂ© durant mes Ă©tudes.
    – Ce n’était pas interdit pourtant et puis c’est plutĂŽt intĂ©ressant mĂȘme s’il s’agit de « petits boulots Â», ça forme le caractĂšre et
 ça rapporte des trimestres pour la future retraite.
    – Ah oui, c’est vrai, eh bien je le dirai Ă  mes enfants pour plus tard !

    Et la petite famille repart dans sa confortable berline, probablement une voiture de fonction, vers un repos breton sans doute bien mĂ©ritĂ©. Encore un citoyen qui devait ĂȘtre opposĂ© Ă  la rĂ©forme des retraites et qui, manifestement, ignorait la fable de La Fontaine « La cigale et la fourmi Â». Tant pis pour lui, il travaillera un peu plus longtemps que ses aĂźnĂ©s et il n’en mourra pas.

    SégolÚne Royal, toujours à propos
  • WEIL Simone, ‘L’Enracinement – prĂ©lude Ă  une dĂ©claration des devoirs envers l’ĂȘtre humain’.

    WEIL Simone, ‘L’Enracinement – prĂ©lude Ă  une dĂ©claration des devoirs envers l’ĂȘtre humain’.

    Sortie : 1943, Chez : Editions Gallimard.

    Simone Weil (1909-1943) est une philosophe française « humaniste » qui a cherchĂ© Ă  expliquer la condition ouvriĂšre Ă  l’aune de l’analyse marxiste mais sans ĂȘtre vĂ©ritablement « rĂ©volutionnaire ». NĂ©e juive, elle adhĂšre (sans se convertir) Ă  la spiritualitĂ© chrĂ©tienne. Normalienne, agrĂ©gĂ©e de philosophie Ă  22 ans, elle enseigne puis travaille en usine, frĂ©quente l’Espagne aux temps de la guerre contre le franquisme, compagnonne un temps avec l’anarchisme, le trotskisme, visite l’Allemagne pour mieux comprendre l’hitlĂ©risme dans les annĂ©es 1930, elle se plonge dans les textes grecs, chrĂ©tiens, hindouistes, bouddhistes
 Elle Ă©crit le fruit de toutes ces multiples rĂ©flexions. La majoritĂ© de ses Ă©crits sera publiĂ©e aprĂšs sa mort. Elle s’exile Ă  Londres en 1942 oĂč elle Ă©crit son Ɠuvre majeure : « l’Enracinement ». D’une santĂ© fragile, elle est tuberculeuse, Ă©puisĂ©e physiquement et psychiquement, elle meurt d’une crise cardiaque Ă  l’Ăąge de 34 ans.

    C’est Ă©videment son jeune Ăąge qui frappe en premier lieu Ă  la lecture de L’Enracinement, on reste stupĂ©fait devant l’accumulation de lecture et de savoir sur laquelle elle forge ses analyses, ainsi que par la puissance de sa pensĂ©e. Comment Ă  seulement 34 ans a-t-elle pu incorporer toute cette connaissance de la philosophie et de l’Histoire ? Par quelle intelligence supĂ©rieure arrive-t-elle Ă  ordonner sa pensĂ©e et restituer ses analyses de façon aussi claire pour un lecteur non initiĂ© Ă  la philosophie ?

    Dans la premiĂšre partie intitulĂ©e « Les besoins de l’Ăąme », Mme. Weil diffĂ©rencie la notion d’obligation de celle de droit qui lui est « subordonnĂ©e et relative », puis liste les « besoins de l’Ăąme » Ă  ne pas confondre avec « les dĂ©sirs, les caprices, les fantaisies ou les vices » et de dĂ©finir l’ordre, la libertĂ©, l’obĂ©issance, la responsabilitĂ©, l’Ă©galitĂ©, la libertĂ© d’opinion, la vĂ©rité  Bref, une sorte de vade-mecum de ce qui devrait ĂȘtre la ligne de conduite des dĂ©mocraties.

    Dans la seconde partie « Le dĂ©racinement » elle dĂ©plore la « maladie du dĂ©racinement » lorsqu’un peuple ou une classe sociale n’a plus accĂšs Ă  ses racines morales, intellectuelles, spirituelles. Ces racines viennent soit de son milieu soit elles infusent par Ă©changes entre les classes. Il y a dĂ©racinement, notamment, lors des conquĂȘtes militaires : les Celtes en Gaulle, les Maures en Espagne, les Allemands en Europe ou la France en OcĂ©anie, les conquĂ©rants cherchant systĂ©matiquement Ă  effacer l’histoire des nations conquises, Ă  les dĂ©raciner. De ce fait, la conquĂȘte militaire est assimilĂ©e au mal.

    L’argent est aussi un puissant facteur de dĂ©racinement au sein d’une mĂȘme sociĂ©tĂ©. Pour Ă©viter celui-ci, Weil expose sa conception d’une organisation idĂ©ale du travail, ouvrier comme paysan, qui « serait Ă©clairĂ© de poĂ©sie », un systĂšme ni capitaliste ni socialiste qui abolirait la condition prolĂ©tarienne et dont l’orientation serait non pas « l’intĂ©rĂȘt du consommateur » mais « la dignitĂ© de l’homme dans le travail, ce qui est une valeur spirituelle ».

    Elle explique aussi l’apparition de ce dĂ©racinement nuisible par la disparition du sens des collectivitĂ©s qui correspondaient Ă  des territoires, aujourd’hui balayĂ© par celui de la nation « c’est-Ă -dire l’Etat » qui s’est substituĂ© Ă  tout pour « assurer Ă  travers le prĂ©sent une liaison entre le passĂ© et l’avenir ». Et d’illustrer dans une vaste fresque historique, de l’empire romain Ă  l’Europe de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle les notions de patrie, de nation, d’obĂ©issante et de dĂ©sobĂ©issante, des contradictions insolubles du concept de patriotisme, de la brutalitĂ© des conquĂ©rants en relativisant leurs cruautĂ©s respectives.

    La troisiĂšme partie, L’Enracinement, dĂ©bute par une analyse de l’effondrement de la France en 1870 malgrĂ© le fait que c’est elle qui ouvrit les hostilitĂ©s contre la Prusse, jusqu’Ă  la rĂ©demption initiĂ©e par le mouvement gaulliste susceptible de restaurer le gĂ©nie du pays au-dessus du chaos (rappelons que le livre est Ă©crit entre 1940 et 1942, Ă©poque oĂč la guerre est loin d’ĂȘtre terminĂ©e) :

    La vraie mission du mouvement français de Londres est, en raison mĂȘme des circonstances politiques et militaires, une mission spirituelle avant d’ĂȘtre une mission politique et militaire.
    Elle pourrait ĂȘtre dĂ©finie comme Ă©tant la direction de conscience Ă  l’Ă©chelle d’un pays.

    S’en suivent de complexes dĂ©roulements sur la force, l’histoire, la poĂ©sie, la tradition, la spiritualitĂ© qui enracinent la puissance d’une nation. Si l’univers entier est rĂ©gi par la force, comment l’homme pourrait-il s’en soustraire ? Elle constate ensuite l’incompatibilitĂ© entre religiositĂ© et science et ramĂšne le christianisme Ă  « une convenance relative aux intĂ©rĂȘts de ceux qui exploitent le peuple » oĂč l’esprit de vĂ©ritĂ© est absent.

    La philosophe Ă©crit fiĂ©vreusement sur les voies Ă  emprunter pour Ă©lever l’inspiration de la nation et la spiritualitĂ© de son peuple en Ă©vitant les dĂ©rives constatĂ©es dans l’histoire, dont le cas Hitler n’est pas des moindres. Nombre de sujets rĂ©sonnent encore aujourd’hui d’une brulante actualitĂ© : la spiritualitĂ© des nations, la science et la religion, la dĂ©vastation gĂ©nĂ©rĂ©e par les conquĂȘtes militaires
 Il faut faire quelques efforts pour pĂ©nĂ©trer la pensĂ©e de la philosophe mais ceux-ci sont trĂšs largement rĂ©compensĂ©s par l’impression d’en partager la saveur.

    NB : le livre a été publié par Albert Camus.

    Lire aussi : La Corse déracinée

  • « Vers un avenir radieux » de Nanni Moretti

    « Vers un avenir radieux » de Nanni Moretti

    Un joli film de Nanni Moretti qui se met en scĂšne lui-mĂȘme dans « Vers un avenir radieux Â» dont il est l’acteur principal, Giovanni, rĂ©alisateur. Le film raconte le tournage d’un film par Giovanni au sujet d’une cellule du parti communiste italien en 1956 (cellule « Antonio Gramsci Â») alors que les grands-frĂšres soviĂ©tiques envahissent le « peuple frĂšre Â» de Hongrie.

    Dans le mĂȘme temps le rĂ©alisateur se montre embourbĂ© dans les problĂšmes financiers de sa production, la psychanalyse de sa femme qui n’arrive pas Ă  se sĂ©parer de lui, sa fille qui lui annonce son projet de mariage avec l’ambassadeur de Pologne de trois fois son Ăąge, le monde du cinĂ©ma qui Ă©volue au-delĂ  de ce que Giovanni peut comprendre avec notamment un moment hilarant oĂč une productrice Netflix lui annonce que son film est bon mais manque de moments « what the fuck! Â». Les yeux ronds dĂ©sespĂ©rĂ©s qu’ouvre Giovanni devant cette remarque attestent de son dĂ©calage avec le monde moderne dont il commence Ă  prendre conscience.

    A dĂ©faut de se satisfaire du prĂ©sent, il se jette Ă  corps perdu dans le passĂ© Ă©voquĂ© par son film dont il reprend la fin pour la rendre heureuse : le chef de la cellule « Antonio Gramsci Â» au lieu de se suicider devant la fĂ©lonie du grand frĂšre soviĂ©tique va prendre la tĂȘte d’une rĂ©bellion communiste pour forcer le PCI Ă  prendre position contre l’invasion soviĂ©tique de la Hongrie de 1956. La vraie vie fut toute autre


    Le film est dĂ©licieux et amĂšre. L’humour de Moretti est toujours dĂ©sopilant pour aborder les sujets lĂ©gers comme tragiques. C’est le portait d’un septuagĂ©naire et le tableau d’une Ă©poque qui s’effacent doucement, sans drame, avec l’Ă©lĂ©gance italienne.

  • « La Musique dans les camps nazis » au MĂ©morial de la Shoah

    « La Musique dans les camps nazis » au Mémorial de la Shoah

    Le MĂ©morial de la Shoah revient sur l’utilisation qui a Ă©tĂ© faite de la musique dans les camps de concentration et d’extermination allemands durant la dĂ©cennie du pouvoir nazi. Pour la patrie de Brahms et de Beethoven la musique Ă©tait, bien sĂ»r, un Ă©lĂ©ment fondateur de la culture aryenne, partie prenante de l’éducation de ses enfants et de son environnement militariste. Elle a accompagnĂ© la logique des camps et a Ă©tĂ© utilisĂ©e par leurs dirigeants pour ponctuer les entrĂ©es et sorties des camps, mais aussi des sĂ©ances de tortures ou d’exĂ©cutions publiques, voire des fĂȘtes organisĂ©es par les soldats « SS Â» pour un anniversaire ou une cĂ©lĂ©bration quelconque.

    Les prisonniers devaient aussi apprendre des chants de guerre allemands pour marcher au pas et en rythme. Une vidĂ©o hallucinante extraite du film « Shoah Â» de Jacques Lanzmann (tournĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1970) montre l’adjoint d’un camp de la mort chantonner l’hymne du camp Ă©crit par son supĂ©rieur et dans lequel il est question de discipline, de bonheur par le travail et de lendemains enchanteurs


    Les dĂ©portĂ©s musiciens bĂ©nĂ©ficiaient d’un statut lĂ©gĂšrement favorisĂ© par rapport aux autres. Du fait de leur faible nombre, les Allemands voulaient les garder en vie afin qu’ils assurent cette fonction orchestrale, Ă  la fois « divertissante » mais aussi marquant la discipline qu’ils voulaient imposer Ă  leurs prisonniers. Les nazis dĂ©ifiaient Wagner, Beethoven, Strauss (dĂ©cĂ©dĂ© en 1949, son hymne olympique est jouĂ© aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936, il est acquittĂ© en 1948 par le tribunal de dĂ©nazification) qu’ils interdisent de jouer aux musiciens juifs de ces orchestres des camps !

    Manquant d’instruments et de partitions, les nazis en commandent Ă  l’extĂ©rieur aux frais des dĂ©portĂ©s. Une contrebasse fabriquĂ©e Ă  Mauthausen avec les moyens du bord est exposĂ©e.

    Immuablement, nous jouons matin er soir, par n’importe quel temps, qu’il gĂšle, qu’il neige ou qu’il vente ; il semble impossible aux Allemands d’envisager la sortie ou la rentrĂ©e des commandos sans notre concours. Lorsqu’il y a du brouillard, les commandos ne sortent pas avant qu’il ne soit dissipĂ© : le brouillard favorise les Ă©vasions. Nous devons alors rester de longues heures Ă  jouer des airs divertissants jusqu’à ce que l’ordre d’attaquer nos marches soit donnĂ©.

    Simon Laks, RenĂ© Coudy, Musiques d’un autre monde, 1948

    Mais la musique est aussi un moyen de rĂ©confort pour les dĂ©portĂ©s qui s’organisent pour en jouer et en composer Ă  l’abri des regards et des oreilles allemands, dans l’intimitĂ© de leurs baraquements sinistres. Certains des poĂšmes mis en musique Ă  l’époque sont exposĂ©s et des bandes-son sont proposĂ©es. Une des chansons bouleversantes a Ă©tĂ© Ă©crite par un des membres du commando en charge d’incinĂ©rer les corps des prisonniers assassinĂ©s et qui reconnait celui de son fils.

    Qui a visitĂ© le camp d’Auschwitz-Birkenau se souvient de cette dalle, tout juste Ă  droite aprĂšs le portique d’entrĂ©e « Arbeit mach free Â» sur laquelle se tenaient les « musiciens Â» lorsque les dĂ©portĂ©s entraient ou sortaient, et se pose toujours la mĂȘme question sans rĂ©ponse de savoir comment la patrie de Brahms a-t-elle pu engendrer une telle horreur ?

  • Dans un bistrot du VĂšme

    Dans un bistrot du VĂšme

    Street Art

    Un philosophe a décoré les toilettes de ce bistrot.

  • Chris Isaak – 2023/07/07 – Paris l’Olympia

    Chris Isaak – 2023/07/07 – Paris l’Olympia

    Chris Isaak nous revient cette annĂ©e l’Olympia sans que le temps ne semble faire effet sur lui. A peine quelques rides viennent marquer le beau gosse de Stockton (Californie), il a 67 ans tout de mĂȘme, habillĂ© d’un costume rockabilly, plutĂŽt moins flashy que d’habitude, noir Ă  parements verticaux argentĂ©s, bottes cloutĂ©es et petit mĂ©daillon fermant son col de chemise blanche. Ses quatre musiciens sont en costumes noirs et chemises blanches de rigueur.

    Pas de production discographique rĂ©cente sinon un Ă©niĂšme Christmas record sans doute de peu d’intĂ©rĂȘt. Chris et son groupe tournent pour le plaisir et, peut-ĂȘtre un peu, pour remplir les caisses. AprĂšs tout la musique c’est aussi leur job.

    Le show dĂ©marre sur un dynamique American boy suivi d’un enchaĂźnement romantique Somebody’s Crying/ Waiting dans lequel Chris joue de sa voix en or pour nous enjĂŽler et de ses mots mĂ©lancoliques pour serrer nos cƓurs :

    I know somebody and they cry for you
    They lie awake at night and dream of you
    I bet you never even know they do, but
    Somebody’s crying

    A peine remis de ses Ă©motions, le public entend Chris dĂ©marrer Don’t Leave Me on My Own en descendant sans sa guitare dans l’une des allĂ©es de l’Olympia qu’il remonte doucement en chantant avant de monter dans la mezzanine en poursuivant sur I Want Your Love puis de revenir sur la scĂšne. Les spectateurs sont attendris oubliant que l’artiste est coutumier du fait, un petit truc qui rĂ©ussit toujours bien pour se mettre le public dans sa poche.

    PlutĂŽt bavard ce soir, il prend le temps de nous remercier de soutenir la musique live par notre prĂ©sence. La salle est pleine et disposĂ©e en format « senior Â» avec places assises dans l’orchestre dont les quinquas/sexas vont rĂ©guliĂšrement se lever, parfois sur instruction de l’artiste, pour suivre le rythme.

    Une fois Chris revenu sur scĂšne son guitariste historique, James Calvin Wilsey, embonpoint sous costume croisĂ©, entame la mĂ©lodie lancinante de Wicked Game, devenu un hit mondial aprĂšs avoir Ă©tĂ© utilisĂ© par le rĂ©alisateur David Lynch dans Sailor and Lula. C’est encore une histoire d’amour sombre, de sentiments trop violents, de ruptures inĂ©vitables, de renoncement face au monde qui ne fait que briser les cƓurs :

    Nobody loves no one

    Une partie du show se joue ensuite avec les cinq musiciens assis sur des tabourets sur le devant de la scĂšne. Viennent les reprises de Roy Orbison : Oh, Pretty Woman et Only the Lonely, et le souvenir de la rencontre d’Isaak avec Orbison dont il assurait la premiĂšre partie et qui insistĂąt pour que tous deux figurent sur la photo de presse. Sa guitare acoustique est siglĂ©e CHRIS ISAAK sur la table lĂ  oĂč celle de Woody Guthrie affichait THIS MACHINE KILLS FASCISTS.

    Il laisse ensuite cette guitare Ă  son bassiste Rowland Salley, costume noir et chaussures rouges, pour interprĂ©ter une de ses propres compositions, Killing the Blues, rendue cĂ©lĂšbre car reprise par un autre guitariste dont il feint d’oublier le nom, Robert Plant qui l’interprĂ©ta dans son duo avec Alison Krauss.

    Help Falling in Love reprise d’Elvis, Blue Hotel et San Francisco Days nous enchantent. Le final Notice the Ring est l’occasion de derniers dĂ©hanchements de Chris derriĂšre sa guitare et d’une chorĂ©graphie des trois guitaristes en ligne mimant des mitrailleurs montant au front.

    Nous sommes Ă  Paris alors Isaak nous raconte avoir jouĂ© avec Johnny Halliday un immense rocker qui
 lui faisait peur et avoir enregistrĂ©, il y a des annĂ©es, Don’t leave me this way avec Etienne Daho dans un hĂŽtel dĂ©sert de Nashville dont il joue les premiĂšres mesures sur sa guitare. Le public adore.

    Pour le rappel il revient comme Ă  son habitude dans son habit de lumiĂšre, pantalon-veste recouverts de petits miroirs, pour entamer Baby Did a Bad Bad Thing avec une voix grave, menaçante et contenue qu’il libĂšre en criant sur le refrain, et ponctue le final avec gourmandise de la ritournelle musicale de James Bond. Le dernier rappel est une reprise de James Brown avant laquelle nous avons droit une nouvelle histoire de Chris jeune chanteur attendant devant la loge de Brown aprĂšs l’un de ses concerts pour se prĂ©senter : « bonjour je suis auteur-compositeur-interprĂšte Ă  la Warner Bros compagnie Â» et son interlocuteur de lui rĂ©pondre d’un borborygme « Hhhngnn Â» que Chris cherche encore Ă  interprĂ©ter aujourd’hui.

    La musique d’Isaak est toujours un dĂ©licieux mĂ©lange entre rockabilly et pop mĂ©lancolique. Sa voix de velours lui permet de tout interprĂ©ter avec ses dĂ©crochements caractĂ©ristiques et sa montĂ©e en « voix de tĂȘte Â» dont il est capable de garder les notes trĂšs longtemps. Rien ne change vraiment dans l’ordonnancement de ses concerts sinon la couleur de ses costumes Ă  motifs imprimĂ©s. L’homme est sĂ©duisant (Ă©lu en 1990 dans les 50 hommes les plus sexy par un magazine pipole amĂ©ricain, il est toujours cĂ©libataire), le musicien accompli, l’artiste Ă©mouvant
 laissez agir, le plaisir des spectateurs est toujours aussi intense.

    Setlist : American Boy/ Somebody’s Crying/ Waiting/ Don’t Leave Me on My Own/ I Want Your Love/ Wicked Game/ Go Walking Down There/ Speak of the Devil/ Oh, Pretty Woman (Roy Orbison cover)/ Forever Blue/ Two Hearts/ My Happiness (Elvis Presley cover) (first verse only)/ Only the Lonely (Roy Orbison cover)/ Dancin’/ Killing the Blues (Rowland Salley cover)/ Can’t Help Falling in Love (Elvis Presley cover)/ Blue Hotel/ San Francisco Days/ Big Wide Wonderful World/ Notice the Ring

    Encore : Baby Did a Bad Bad Thing / Bye, Bye Baby / James Bond Theme/ Can’t Do a Thing (To Stop Me)/ The Way Things Really Are

    Encore 2 : I’ll Go Crazy (James Brown & The Famous Flames cover)

    Lire aussi : Chris Isaak – 2012/10/12 – Paris le Grand Rex

    Warmup : Haylen et son guitariste « DiogĂšne Â».

  • « Promenade Ă  Cracovie » de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer

    « Promenade à Cracovie » de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer

    Roman Polanski (89 ans), rĂ©alisateur cĂ©lĂšbre, rescapĂ© du ghetto de Cracovie Ă  l’ñge de 7 ans, se promĂšne dans cette ville avec son ami d’enfance Ryszard Horowitz (84 ans), photographe de renom, rescapĂ© d’Auschwitz Ă  l’ñge de 5 ans. Tous deux sont originaires de Cracovie et s’y trouvaient lorsque les Allemands ont envahi la Pologne en 1940.

    FilmĂ©s par Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer, on les voit dĂ©ambuler dans la Cracovie d’aujourd’hui, retrouver leurs appartements familiaux, la synagogue qu’ils frĂ©quentaient, sans ĂȘtre particuliĂšrement croyants, les anciennes traces des murs et barbelĂ©s qui cernaient le ghetto. Pour la premiĂšre fois de leur longue amitiĂ© ils Ă©voquent ensemble cette tragique tranche de vie vĂ©cue dans ce pays dĂ©vastĂ© par les annĂ©es de guerre et d’antisĂ©mitisme.

    La mĂšre et la grand-mĂšre de Polanski sont assassinĂ©es Ă  Auschwitz en 1943. Juste avant la liquidation du ghetto en mars 1943, son pĂšre lui fait fuir Cracovie et il va se retrouver seul Ă  errer entre des familles rurales voulant bien cacher un enfant juif. Miraculeusement son pĂšre rentre vivant de Mauthausen. Polanski raconte ceci devant sa tombe au cimetiĂšre juif de Cracovie, y compris l’épisode burlesque de sa mise en terre pour laquelle l’aidait son ami Andrzej Wajda. Mais aussi de sa solitude de gamin se battant pour sa survie.

    Horowitz et sa famille furent dĂ©portĂ©s Ă  Auschwitz. Ils Ă©chappĂšrent aux chambres Ă  gaz car faisant partie de la cĂ©lĂšbre « liste Â» de l’industriel allemand Oskar Schindler qui fit travailler des prisonniers dans ses fabriques. A la libĂ©ration, alors que la famille Ă©clatĂ©e n’est pas encore rĂ©unie, sa mĂšre voit son fils apparaĂźtre sur un film sur la libĂ©ration du camp d’Auschwitz, elle sait qu’il est vivant et ils vont se retrouver.

    Dans l’appartement de sa sƓur de 90 ans, qui vit toujours Ă  Cracovie, Polanski mime la scĂšne oĂč il retrouva son pĂšre de retour du camp, attablĂ© Ă  la table de cuisine, avant de le prendre sur ses genoux. Ces deux personnages martyrisĂ©s par la vie reviennent sur ces Ă©pisodes douloureux en adoptant un ton plutĂŽt rigolard oĂč parfois perce l’émotion quand ils Ă©voquent ceux qui ne sont pas revenus.

    Un documentaire Ă©mouvant sur ces deux survivants. Quels destins !

    Le documentaire est prĂ©sentĂ© dans un nombre limitĂ© de salles « art & essai » dont cette bonne vieille salle de « L’Arlequin » rue de Rennes, opĂ©rĂ©e par la sympathique chaĂźne des cinĂ©mas indĂ©pendants « Dulac ».

  • « Love Life » de KĂŽji Fukada

    « Love Life » de KÎji Fukada

    Un charmant film du rĂ©alisateur japonais KĂŽji Fukada, plein de douceur et de longueur, qui raconte les alĂ©as vĂ©cus par un couple du fait d’une tragĂ©die familiale et du retour des « ex » qui rodent sur les lieux et dans les Ăąmes des acteurs de ce drame. Dans ce monde asiatique oĂč chacun veille Ă  surtout ne pas exprimer ses Ă©motions et Ă  afficher toujours la mĂȘme froideur face aux Ă©vĂšnements, le rĂ©alisateur fait apparaĂźtre les failles que ses personnages ne vont pas rĂ©ussir Ă  masquer. Entre trois courbettes on voit se confronter l’amour passĂ© entre le Soleil levant et le Matin calme, les difficultĂ©s de communication entre les ĂȘtres, la trahison Ă©voquĂ©e et la solitude de chacun face Ă  son destin. La fin est laissĂ©e Ă  l’apprĂ©ciation des spectateurs qui voient ce couple douloureux marcher, ensemble mais chacun sur sa ligne, vers un futur Ă  dĂ©finir sur le fond musical de la chanson japonaise, un peu dĂ©goulinante de bons sentiments, Love Life :

    Quelle que soit la distance qui nous sĂ©pare, rien ne m’empĂȘchera de t’aimer,

  • DĂ©rive religieuse en Inde

    Dérive religieuse en Inde

    Comme l’ont fait certains Etas amĂ©ricains, notamment sous l’impulsion du vice-prĂ©sident de Donald Trump entre 2017 et 2021, Mike Pence, l’Inde est en train de retirer de certains programmes scolaires la thĂ©orie de l’évolution de Darwin, aprĂšs avoir dĂ©jĂ  expurgĂ©s des manuels de nombre d’autres thĂ©ories scientifiques qui ne correspondent pas aux vues obscurantistes du parti hindouiste actuellement au pouvoir.

    EmportĂ© par leur religiositĂ© et une lecture Ă  la lettre de textes millĂ©naires, des pays importants rĂ©visent leurs manuels scolaires pour en retirer le savoir scientifique. Dans le cas de l’Inde, cela se double d’un sentiment antioccidental puisque globalement les grandes dĂ©couvertes scientifiques et technologiques sont « blanches Â». Religion plus idĂ©ologie, ou comment des pays qui sortaient progressivement de la masse du sous-dĂ©veloppement et participaient Ă  leur tour Ă  la progression du savoir humain sont en train de s’en Ă©loigner. La communautĂ© scientifique indienne s’émeut de cette rĂ©gression mais n’y peut pas grand-chose sinon opposer la rationalitĂ© Ă  une politique religieuse, c’est dire si le combat est perdu d’avance.

    Lorsque l’on dĂ©ambule sur l’üle d’Elephanta dans la mer d’Arabie, au large de Bombay, on visite de fascinantes grottes millĂ©naires dĂ©diĂ©es Ă  Shiva et que l’on aperçoit au loin les dĂŽmes des centrales nuclĂ©aires qui alimentent Bombay, on se dit que ce pays a su assimiler la science tout en respectant ses traditions. C’était l’hĂ©ritage de Nehru.

    Lire aussi : https://breakthroughindia.org/seminar-on-darwins-theory-of-evolution-indian-knowledge-system/

    Narendra Modi – Kiro / Charlie Hebdo (10/05/2023)

    Aujourd’hui son lointain successeur Modi revient sur ces avancĂ©es et privilĂ©gie Ganesh Ă  Darwin. Pas sĂ»r que cela mĂšne le pays Ă  un futur radieux mais seul l’avenir le dira. Modi est un prĂ©sident nationaliste Ă©lu Ă  peu prĂšs dĂ©mocratiquement, son peuple l’a donc choisi et réélu, lui et ses idĂ©es. Si jamais le rĂ©sultat ne satisfait pas les Ă©lecteurs ils pourront toujours s’en prendre Ă  eux-mĂȘmes !

    Lire aussi : L’inde : sa citoyennetĂ©, son immigration et ses religions

    La philosophe Simone Weil Ă©crivait en 1943 :

    Chez les chrĂ©tiens, l’incompatibilitĂ© absolue entre l’esprit de la religion et l’esprit de la science, qui ont l’un et l’autre leur adhĂ©sion, loge dans l’ñme en permanence un malaise sourd et inavouĂ©.
    

    Il empĂȘche la cohĂ©sion intĂ©rieure. Il s’oppose Ă  ce que la lumiĂšre chrĂ©tienne imprĂšgne toutes les pensĂ©es. Par un effet direct de sa prĂ©sence continuelle, les chrĂ©tiens les plus fervents portent Ă  chaque heure de leur vie des jugements, des opinions, oĂč se trouvent appliquĂ©s Ă  leur insu des critĂšres contraires Ă  l’esprit de christianisme. Mais la consĂ©quence la plus funeste de ce malaise est de rendre impossible que s’exerce dans sa plĂ©nitude la vertu de probitĂ© intellectuelle.

    Simone Weil – « L’enracinement » (1943)

    Cette analyse s’applique, hĂ©las, Ă  toute religion ou idĂ©ologie. Remplacez « chrĂ©tiens Â» par « hindous Â» ou « musulmans Â» et la « consĂ©quence funeste Â» est la mĂȘme !

  • Le clan Assad reprend du poil de la bĂȘte

    Le clan Assad reprend du poil de la bĂȘte

    La RĂ©publique arabe syrienne, et le clan Assad qui la dirige depuis 1970, a tenu bon depuis le dĂ©clenchement de la rĂ©volte populaire dite du « printemps arabe Â» en 2011. AprĂšs une rĂ©pression fĂ©roce des contestataires par le rĂ©gime, cette rĂ©bellion s’est transformĂ©e en lutte armĂ©e faisant intervenir des mouvements religieux comme le groupe Etat islamique (EI), Al Qaeda et diffĂ©rents autres mouvements islamistes faisant dans l’ensemble assez peu dans la poĂ©sie.

    C’est ainsi que la Syrie a Ă©tĂ© transformĂ©e en un terrain de guerre civile oĂč s’est exercĂ© une cruautĂ© d’un niveau encore rarement atteint. Des groupes islamistes contre un gouvernement dictatorial avec au milieu un peuple Ă©clatĂ© en une multitude d’ethnies et de pratiques religieuses, il n’en fallait pas plus pour dĂ©clencher un cataclysme et on a vu ce malheureux pays devenir la proie de toutes les barbaries. Cerise sur le gĂąteau, la situation s’est internationalisĂ©e avec les interventions d’une coalition internationale (plutĂŽt occidentale) pour dĂ©truire les mouvements islamistes, de la Russie pour soutenir le rĂ©gime Assad et de la Turquie qui veut protĂ©ger sa frontiĂšre sud des mouvements kurdes.

    Le rĂ©sultat est effrayant : des millions de dĂ©placĂ©s (y compris en Europe), des massacres de populations civiles, des crimes de guerre et contre l’humanitĂ©, des tortures et meurtres en tous genres, le plus souvent largement filmĂ©s et relayĂ©s sur les rĂ©seaux dits « sociaux Â», un pays dĂ©truit, une population Ă©clatĂ©e, etc. La Syrie qui n’était dĂ©jĂ  pas particuliĂšrement gĂątĂ©e par la gouvernance de la famille Assad depuis 50 ans, est devenue le banc d’essai de tout ce que peuvent produire des esprits dĂ©rangĂ©s et malĂ©fiques. On dirait que chaque camp s’y est mis pour essayer d’enfoncer le pays le plus profond possible dans le gouffre.

    MalgrĂ© cette situation, le clan Assad a rĂ©ussi Ă  se maintenir au pouvoir, profitant habilement de l’internationalisation du conflit, manipulant les opposants les uns contre les autres. AccusĂ© de crimes de guerre et de crimes contre l’humanitĂ©, Bachar el Assad (fils de Hafez el Assad) a d’abord Ă©tĂ© mis Ă  l’index de la Ligue arabe, le garçon n’était vraiment pas frĂ©quentable, mĂȘme pour les thĂ©ocraties moyen-orientales. Mais le temps a passĂ©, Assad est toujours au pouvoir, la coalition occidentale a dĂ©truit au moins provisoirement l’EI et s’est retirĂ©e, la Russie alliĂ©e de la Syrie lui fait partager son message anti-occidental ; alors la Ligue arabe a rĂ©intĂ©grĂ© la Syrie en mai dernier.

    Le retour de l’enfant prodigue a Ă©tĂ© entĂ©rinĂ© lors d’un sommet de la Ligue arabe le 19 mai auquel Ă©tait Ă©galement invitĂ© le prĂ©sident ukrainien Zelenski venu essayer d’obtenir un peu de soutien des pays arabes contre l’invasion russe de son pays. Il a Ă©tĂ© rapportĂ© que lorsque Zelinsky s’est exprimĂ© en ukrainien devant les chefs d’Etat arabes, le prĂ©sident syrien a ostensiblement laissĂ© tombĂ© son casque de traduction, ne souhaitant sans doute pas connaĂźtre le fond de la pensĂ©e de l’ennemi de son alliĂ© russe.

    Cette rĂ©intĂ©gration marque aussi la poursuite du dĂ©clin du sentiment dĂ©mocratique. Les pays membres de cette Ligue ne voient sans doute plus pourquoi ils iraient sanctionner l’un des leurs pour des raisons liĂ©es Ă  la dĂ©mocratie, concept assez creux pour la majoritĂ© d’entre eux et en voie de dĂ©clin dans le reste du monde. Pour le moment, les pays occidentaux considĂšrent toujours le clan Assad, et donc la Syrie, comme infrĂ©quentable, au moins officiellement.

    Lire aussi :
    > « Les Ăąmes perdues Â» de StĂ©phane Malterre et Garance Le Caisne
    > « Pour Sama » de Waad Al-Kateab & Edward Watts

  • La Corse dĂ©racinĂ©e

    La Corse déracinée

    Dans son Ɠuvre majeure “Enracinement Â» Ă©crite en 1943, quelques mois avant son dĂ©cĂšs Ă  34 ans, la philosophe française Simone Weil Ă©crivait :

    Paoli, le dernier hĂ©ros corse, dĂ©pensa son hĂ©roĂŻsme pour empĂȘcher son pays de tomber aux mains de la France. Il y a un monument en son honneur dans une Ă©glise de Florence ; en France on ne parle guĂšre de lui. La Corse est un exemple du danger de contagion impliquĂ© par le dĂ©racinement. AprĂšs avoir conquis, colonisĂ©, corrompu et pourri les gens de cette Ăźle, nous les avons subis [soumis ? NDLR] sous forme de prĂ©fets de police, policiers, adjudants, pions et autres fonctions de cette espĂšce, Ă  la faveur desquelles ils traitaient Ă  leur tous les Français comme une population plus ou moins conquise. Ils ont aussi contribuĂ© Ă  donner Ă  la France auprĂšs de beaucoup d’indigĂšnes des colonies, une rĂ©putation de brutalitĂ© et de cruautĂ©.

    80 ans plus tard, il n’y a rien à ajouter ou retirer.

  • Depeche Mode – 2023/06/24 – Paris le Stade de France

    Depeche Mode – 2023/06/24 – Paris le Stade de France

    Ils ne sont plus que deux, les deux derniers membres historiques du groupe britannique d’électro-pop Depeche Mode fondĂ© en 1980 : Dave Gahan, le chanteur charismatique et Martin Gore guitariste et principal compositeur. Vince Clark et Alain Wider (qui l’a remplacĂ©) sont partis depuis longtemps, Andrew Fletcher est mort l’an passĂ© mais le duo rĂ©siduel est toujours actif. Martin et Dave ont tous les deux 61 ans. Leur dernier disque, Memento Mori, est sorti au printemps et Fletcher a participĂ© Ă  son Ă©criture.

    Lire aussi : Mort d’Andy Fletcher, membre fondateur de Depeche Mode

    Lorsque les roadies descendent le rideau noir qui cache le fond de la scÚne, un M gigantesque en relief apparait, comme collé sur un immense écran, les branches du M servant également de rampes de lumiÚre. Deux autres vastes écrans entourent la scÚne. Les derniers rayons du soleil dardent les tribunes est quand les quatre musiciens apparaissent et que résonnent les premiÚres notes de My Cosmos Is Mine, premier titre de Memento Mori.

    La formation est rĂ©duite, Fletcher n’a pas Ă©tĂ© remplacĂ© numĂ©riquement. Les deux musiciens additionnels pour la tournĂ©e sont Christian Eigner Ă  la batterie et Peter Gordeno aux claviers. Dave Gahan est habillĂ© en noir avec des santiag blanches et un gilet au dos est jaune canari. Martin Gore est toujours vĂȘtu d’habits noirs Ă  mi-chemin entre un Ă©quipement de motard et une tenue sadomasochiste, il y a des chaĂźnes et des sangles qui pendouillent, dont l’une lui reliant les deux mollets. Il alterne entre sa guitare et ses claviers.

    Le concert dĂ©marre avec deux morceaux du dernier disque Memento Mori, sorti rĂ©cemment, envahi de noirceur, dont le titre signifie « Souviens-toi que tu vas mourir ». Il mĂ©rite certainement une Ă©coute plus attentive pour l’apprĂ©cier Ă  sa juste valeur mais le Stade de France attend pour l’instant les hits lĂ©gendaires du groupe. Et ceux-ci arrivent avec Walking in my Shoes accompagnĂ© des premiers dĂ©hanchements torrides de Dave.

    Les morceaux se succĂšdent, entrecoupĂ©s des nouveautĂ©s de Memento Mori. Comme c’est la tradition, Gahan laisse la scĂšne Ă  Gore pour une interprĂ©tation solitaire de Home et Soul with me. Sa voix plus fluette et aigue que celle de son compĂšre, grave et puissante, apaise le stade. Il a l’air un peu perdu seul au milieu de cette immense scĂšne. Autant Dave tourne dans tous les sens, emplissant l’espace dĂ©mesurĂ©, agitant les bras en moulinets, alternant Ă  droite de la scĂšne, Ă  gauche, et sur l’avancĂ©e au milieu des spectateurs, autant Martin est avare de ses gestes, statique derriĂšre son micro. Des cheveux blonds-gris coiffĂ©s en brosse, des rides qu’il ne cherche plus Ă  cacher, une dĂ©marche hĂ©sitante avec un costume compliquĂ© qui de toute façon contraint ses mouvements, on est tout de mĂȘme face Ă  l’une des plus grands crĂ©ateurs de hits Ă©lectroniques de ces quatre derniĂšres dĂ©cennies. Sur Enjoy the silence il termine le premier set avec un solo de guitare sur le manche de laquelle il prĂ©fĂšre en gĂ©nĂ©ral dĂ©ployer des arpĂšges en mode mineur, quand il n’est pas derriĂšre ses synthĂ©tiseurs. Lorsqu’il chante avec Gahan, il l’accompagne Ă  l’octave supĂ©rieure mĂȘlant leur voix en un superbe duo affichant une complicitĂ© vocale reposant sur des annĂ©es de partage, de disques et de tournĂ©es.

    Sur Word in my Eyes, les Ă©crans affichent une image fixe en noir-et-blanc d’Andy Fletcher, encore jeune et le groupe lui rend ainsi hommage :

    Let me put you on a ship
    On a long, long trip
    Your lips close to my lips
    All the islands in the ocean
    All the heavens in motion
    Let me show you the world in my eyes

    Le show se termine sur un redoutable enchaünement, dansant et dynamique : Wrong/ Stripped/ John the Revelator et l’ultime Enjoy the Silence.

    Pour le rappel, Dave revient avec un gilet Ă  dos rose
 pour entamer un Ă©mouvant Waiting for the Night en duo avec Martin, tous deux sur l’avancĂ©e de la scĂšne. Leurs deux voix sont parfaitement posĂ©es sur un fond de piano mĂ©lancolique :

    I’m waiting for the night to fall
    I know that it will save us all
    When everything’s dark
    Keeps us from the stark reality
    I’m waiting for the night to fall
    When everything is bearable
    And there in the still
    All that you feel is tranquillity

    La nuit est tombĂ©e maintenant sur Saint-Denis et les Depeche Mode vont bientĂŽt nous rendre Ă  notre tranquillitĂ© non sans nous avoir menĂ©s une derniĂšre fois sur les grandes cavalcades de leurs tubes Ă©lectro lĂ©gendaires avec Just Can’t Get Enough/ Never Let Me Down Again/ Personal Jesus pour un feu d’artifice final.

    Un joli concert prĂ©sentant la musique du groupe sous un jour un peu nouveau. Le non-remplacement de Fletcher donne plus de place aux voix qu’aux instruments, cette situation est encore accentuĂ©e par le dĂ©pouillement de la scĂšne et du light-show. On s’y fait d’autant plus rapidement que le chant de Dave Gahan se bonifie avec le temps et sa voix puissante remplit sans effort l’enceinte du Stade de France. Il n’a pas perdu une once de technique, l’émotion ou le rythme affleurent Ă  chaque couplet avec toujours autant d’énergie. Sa prĂ©sence monopolise l’attention et ses pirouettes sont menĂ©es avec l’élĂ©gance d’un danseur classique. Les compositions de Martin Gore sont le rĂ©ceptacle parfait pour les performances de ce personnage hors du commun. La scĂšne semble lui faire oublier les phases troubles par lesquelles il est passĂ© au long de sa carriĂšre, de sa vie. Quarante ans aprĂšs leurs dĂ©buts le groupe manifeste toujours un mĂȘme enthousiasme, continue Ă  composer et Ă  remplir les stades. Ces Anglais ont la joie et la musique communicatives, c’est admirable et permanent.

    Setlist : Speak to Me (Outro)/ My Cosmos Is Mine/ Wagging Tongue/ Walking in My Shoes/ It’s No Good/ Sister of Night/ In Your Room (Zephyr Mix)/ Everything Counts/ Precious/ Speak to Me/ Home/ Soul With Me/Ghosts Again/ I Feel You/ A Pain That I’m Used To (Jacques Lu Cont Remix)/ World in My Eyes (Dedicated to Andrew Fletcher)/ Wrong/ Stripped/ John the Revelator/ Enjoy the Silence

    Encore : Waiting for the Night (Peter and Christian on keyboards)/ Just Can’t Get Enough/ Never Let Me Down Again/ Personal Jesus/ Happy Birthday to You (Mildred J. Hill & Patty Hill cover) (Dedicated to « Paris » after a spectator asked DM via a sign to sing « Happy Birthday » for a friend.)

    Warmup : Jehnny Beth, ex-chanteuse française du groupe britannique fĂ©minin Savages

    Lire aussi :
    > Depeche Mode – 2013/06/15 – Paris le Stade de France
    > Depeche Mode – 2010/01/19 – Paris Bercy

  • Jack Lang (83 ans) reconduit Ă  l’IMA

    Jack Lang (83 ans) reconduit à l’IMA

    A l’occasion du renouvellement de son prĂ©sident en 2020 l’Institut du monde arabe (IMA) avait communiquĂ© sur son site :

    L’ancien ministre socialiste de la Culture Jack Lang a Ă©tĂ© reconduit pour trois ans Ă  la tĂȘte de l’Institut du monde arabe (IMA), a annoncĂ© vendredi l’institution, dans un communiquĂ©.

    Le Haut conseil de l’IMA qui rassemble tous les ambassadeurs des pays arabes, puis le Conseil d’administration se sont rĂ©unis dans la matinĂ©e Ă  Paris.

    « Jack Lang a Ă©tĂ© reconduit Ă  l’unanimitĂ© par le Conseil d’administration », a prĂ©cisĂ© le communiquĂ©. Le Conseil, dans lequel un plus grand nombre de femmes font leur entrĂ©e, a aussi nommĂ© un nouveau bureau comprenant six membres.

    https://www.imarabe.org/fr/actualites/l-ima-au-jour-le-jour/2020/jack-lang-reconduit-comme-president-de-l-institut-du-monde
    06/03/2020

    M.Lang s’agite depuis plusieurs mois pour bĂ©nĂ©ficier d’un autre renouvellement et il semble que l’Etat français a cĂ©dĂ© devant l’insistance indĂ©cente de cette personne ĂągĂ©e de 83 ans, les cheveux noirs de teinture (sauf le bout de ses pattes oĂč il laisse apparaĂźtre un peu de blanc
), qui s’estimait indispensable Ă  l’avenir de l’IMA qu’il prĂ©side dĂ©jĂ  depuis dĂ©jĂ  plus de dix ans, sans avoir dĂ©mĂ©ritĂ© d’ailleurs. De quels moyens de persuasion, voire de pression, peut disposer un cacique socialiste de 83 ans, sur le retour, pour imposer sa personne Ă  l’Etat ? C’est un mystĂšre ! La RĂ©publique ne peut-elle imposer un nĂ©cessaire renouvĂšlement et rajeunissement pour nommer les titulaires Ă  ce genre de maroquins ?

    A priori non, et c’est lĂ  un des drames français, pas le plus grave, bien sĂ»r, des multiples maux qui font rĂ©gresser le pays, mais symbolique de l’inertie et de l’immobilisme qui rongent la RĂ©publique. Le plus troublant dans cette affaire est que ce type de problĂšme est facile Ă  rĂ©gler, il suffit de shooter sur un marronnier du VĂšme arrondissement pour qu’en tombent une multitude de candidats tout aussi compĂ©tents, sortis des meilleurs Ă©coles, arabisants, acceptables pour les administrateurs de l’Institut, et avec 40 annĂ©es de moins. Eh bien non, on prĂ©fĂšre renouveler un vieillard qui a dĂ©jĂ  servi plus de 10 ans Ă  ce poste pour d’obscures raisons de copinage ou de crainte de polĂ©miques en une pĂ©riode qui n’en manque pas.

    DĂ©primant !

    Lire aussi :

  • Le Mali face Ă  lui-mĂȘme

    Le Mali face Ă  lui-mĂȘme

    Le Mali vient de faire approuver par rĂ©fĂ©rendum, adoptĂ© par 97% des 39% des votes exprimĂ©s, une nouvelle constitution qui viserait Ă  faire le lit du colonel GoĂŻta, actuel chef de l’Etat depuis le coup de 2020, pour son maintien au pouvoir aprĂšs la pĂ©riode en cours qui devait s’achever par des Ă©lections prĂ©sidentielles en 2024. Ce projet renforce Ă©galement le pouvoir de l’armĂ©e dont GoĂŻta est l’un des chefs.

    Dans le mĂȘme temps, aprĂšs avoir priĂ© l’armĂ©e française d’évacuer le pays en 2021, le Mali demande maintenant la mĂȘme chose aux forces des Nations Unis censĂ©s maintenir la paix. La France et l’ONU ayant Ă©chouĂ©, la tendance Ă©tait donc Ă  leur dĂ©part, c’est comprĂ©hensible pour un pays en quĂȘte de « souverainetĂ© Â».

    Le Mali se retrouve maintenant face Ă  lui-mĂȘme. Enfin, pas tout Ă  fait puisque la Russie est de nouveau prĂ©sente au Mali, aprĂšs l’avoir Ă©tĂ© fortement pour les quelques annĂ©es postindĂ©pendance, et les relations entre les deux prĂ©sidents semblent au beau fixe.

    Ce renversement d’alliances va dans le bon sens, mĂȘme si le Mali risque de se transformer en Etat-mafieux. La France a maintenant redĂ©ployĂ© ses forces militaires (et ses Ă©conomies budgĂ©taires) sur des terrains oĂč elles seront mieux utilisĂ©es. Dans dix ans il sera temps de faire honnĂȘtement le bilan de tout ceci pour conclure si ce qui se passe est dans l’intĂ©rĂȘt de ce pays sahĂ©lien, ou pas


  • « Forever Sixties, l’esprit des annĂ©es 1960 dans la Collection Pinault » au Couvent des Jacobins Ă  Rennes

    « Forever Sixties, l’esprit des annĂ©es 1960 dans la Collection Pinault » au Couvent des Jacobins Ă  Rennes

    François Pinault, citoyen breton, capitaine d’industrie, collectionneur d’art contemporain compulsif, a ressorti de ses innombrables collections ce qui se rapprochait des annĂ©es 1960 pour les exposer au Couvent des Jacobins de Rennes, par ailleurs magnifiquement rĂ©novĂ©. L’exposition s’organise autour d’un cloĂźtre extĂ©rieur transformĂ© pour l’occasion en salle de musique dans laquelle passe la bande son des annĂ©es 1960 dont les visiteurs peuvent profiter bien installĂ©s au fond de transats multicolores. La setlist est composĂ©e par Etienne Daho, rennais d’adoption et enfant de ces annĂ©es.

    Les salles prĂ©sentent une classique succession des artistes de l’époque du Pop art, connus et moins connus : Andy Warhol, Gilbert & George, Richard Avedon, Richard Prince, Niki de Saint Phalle, mais aussi des artistes français, dont Martial Raysse. Toute ce petit monde surfe sur le consumĂ©risme et ses couleurs vives, l’image des femmes vĂ©hiculĂ©es par la publicitĂ©, l’association de la photo publicitaire, de collages, de la sĂ©rigraphie
 et, surtout, de la diffusion en masse Ă  travers les magazines, le cinĂ©ma, la tĂ©lĂ©vision. Raysse dira :

    Les Prisunic sont les nouveaux musĂ©es de l’art moderne.

    Sur fond du festival de Woodstock, de la conquĂȘte de la Lune et de la libĂ©ration sexuelle, c’est l’explosion de ces nouvelles images mises parfois aussi au service des luttes pour la dĂ©colonisation, pour les droits civiques aux Etats-Unis, contre la guerre du Vietnam. Ce sont aussi les images qui marquent le dĂ©but de la fin de l’American dream et un atterrissage parfois rude sur la rĂ©alitĂ©.

    « Belles des nuages » – Martial Raysse

    Un beau moment Ă  passer au Couvent des Jacobins.

    Dans la boutique de l’exposition trĂŽne toute la littĂ©rature underground : Guy Debord (« La SociĂ©tĂ© du Spectacle Â» – 1967), Edgard Morin (« Journal de Californie Â» – 1970), James Balwin et bien d’autres.

  • La nationalitĂ© française du prĂ©sident de Madagascar

    La nationalité française du président de Madagascar

    A nouveau une ancienne colonie française, Madagascar, se trouve engagĂ©e dans un improbable imbroglio juridique du fait de la politique gĂ©nĂ©reuse de Paris dans l’octroi de la nationalitĂ© française Ă  des Ă©trangers. AprĂšs avoir appris la nationalitĂ© française de plusieurs ministres de l’actuel gouvernement des Comores, en pleine discussion avec le gouvernement français sur l’avenir de Mayotte, on apprend aujourd’hui que le prĂ©sident de la RĂ©publique de Madagascar, Andry Rajoelina, a obtenu la nationalitĂ© française en 2014. Cette situation dĂ©clenche une sĂ©rieuse polĂ©mique localement.

    L’opposition malgache s’interroge pour savoir si du fait de cette nationalitĂ© française, M. Rajoelina peut toujours ĂȘtre considĂ©rĂ© comme malgache et donc lĂ©gitime Ă  la tĂȘte de l’Etat ? Il semble que le code local de la nationalitĂ© permette de discuter ce point ce dont ne se prive pas l’opposition.

    Le plus Ă©tonnant dans cette affaire est non pas tant que la France distribue sa nationalitĂ© comme des mĂ©dailles, mais que de hauts dirigeants d’anciens pays dĂ©colonisĂ©s prennent soin d’acquĂ©rir la nationalitĂ© de l’ex-puissance coloniale alors mĂȘme qu’ils dirigent leur propre pays. Comment dans ces conditions peuvent-ils dĂ©montrer un engagement sincĂšre au peuple qui les a Ă©lus ? C’est bien le problĂšme qu’affronte aujourd’hui M. Rajoelina.

    A titre personnel il se sent certainement plus rassurĂ© de bĂ©nĂ©ficier de la nationalitĂ© française et du cortĂšge de protections qui va avec, plutĂŽt que d’ĂȘtre « simplement Â» malgache, mais son sens de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral de Madagascar peur ĂȘtre mis en doute. A-t-il pensĂ© une seconde que si les Malgaches dĂ©couvraient cette situation ils pourraient se poser de lĂ©gitimes questions sur sa sincĂ©ritĂ© ? Pour avoir nĂ©gligĂ© ce point il risque d’ĂȘtre rapidement confrontĂ© Ă  une procĂ©dure de destitution.

    Lire aussi : L’éternel syndrome des citoyens d’anciennes colonies françaises

    On ne sait pas encore si lĂ©galement parlant M. Rajoelina a la double nationalitĂ© ou, finalement, uniquement la française. L’avenir le dira rapidement mais c’est l’occasion de revenir sur ce concept de double-nationalitĂ©, pour le moins ambigĂŒe. La France a eu un premier ministre, Manuel Valls, qui a la double nationalitĂ© franco-espagnole. On l’a ainsi vu hĂ©siter sur le pays dans lequel il voulait s’engager. Réélu dĂ©putĂ© français en 2017, il a dĂ©missionnĂ© rapidement de ce mandat, sans doute car il aspirait Ă  mieux, pour aller se prĂ©senter Ă  la mairie de Barcelone. Il n’a gagnĂ© qu’un modeste poste de conseiller municipal Ă  Barcelone, dont il a de nouveau dĂ©missionnĂ© quelques mois plus tard pour venir montrer de nouveau sa frimousse sur les plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s politiques parisiens, marquant ainsi sa « disponibilitĂ© Â» pour la RĂ©publique française. Il va mĂȘme jusqu’à se prĂ©senter aux Ă©lections lĂ©gislatives françaises de 2022 mais n’est pas Ă©lu. Il semble qu’il a maintenant compris que ses dĂ©missions compulsives ont fatiguĂ© les Ă©lecteurs. Mais ses atermoiements politiques et son indĂ©cision ont justement Ă©tĂ© rendus possibles par son statut de double nationalitĂ© franco-espagnole.

    La question majeure posĂ©e par ce concept, reconnu en France : si un jour il y a la guerre entre la France et l’Espagne, dans quel camp Manuel Valls ira se battre ?

    Lire aussi : Manuel Valls : la déroute

  • de SAINT-PHALLE Niki, ‘ Mon secret’.

    de SAINT-PHALLE Niki, ‘ Mon secret’.

    Sortie : 1994, Chez : des Femmes / le rayon blanc (réédition 2023)

    Niki de Saint-Phalle (1930-2002) est une artiste franco-américaine, plasticienne-peintre-graveuse-sculptrice-réalisatrice, rendue célÚbre, notamment, par ses sculptures « Nanas », sorte de poupées géantes aux couleurs chamarrées et aux représentations naïves.

    Lorsqu’elle avait une dizaine d’annĂ©es, donc dans les annĂ©es 1940, elle a Ă©tĂ© violĂ©e par son pĂšre et ne s’est jamais vraiment remise de ce drame intime qu’elle a gardĂ© pour elle, malgrĂ© nombre de cures psychiatriques et de dĂ©pressions profondes. En 1992 elle se rĂ©sout Ă  Ă©crire (et publier) cette lettre Ă  sa fille Laura pour lui rĂ©vĂ©ler ce crime commis par son grand-pĂšre.

    Le texte manuscrit est imprimĂ© comme tel, en grandes lettres rondes avec des ratures et des fins de phrases dĂ©bordant verticalement sur les cĂŽtĂ©s. C’Ă©tait un Ă©tĂ© en Nouvelle Angleterre prĂšs de New York. Il y avait des serpents dans le jardin auxquels il fallait faire attention. Et il y avait surtout ce pĂšre sĂ©ducteur, citoyen respectable et moraliste, qui commit l’irrĂ©parable. Niki s’est soudain retrouvĂ©e ballotĂ©e entre l’amour pour son pĂšre et la haine qu’elle Ă©prouvait pour cet acte. Elle ne voulait pas le dĂ©noncer pour ne pas le perdre
 MĂȘme le psychiatre qu’elle visitĂąt aprĂšs sa premiĂšre dĂ©pression Ă  20 ans ne voulut pas la croire.

    Bien plus tard en 1973 elle a rĂ©alisĂ© le film « Daddy » Ă©voquant ce traumatisme. Dans la mĂȘme pĂ©riode elle eut l’occasion d’aborder ce sujet avec sa mĂšre pour dĂ©couvrir qu’elle Ă©tait au courant car son mari lui avait avouĂ©. Elle demanda Ă  sa mĂšre de ne jamais voir le film et cette derniĂšre respecta son vƓux.

    C’est une histoire d’inceste au cƓur d’une famille bourgeoise et cultivĂ©e, tragiquement banale, comme il doit en exister tous les jours et que Niki de Saint-Phalle a su narrer Ă  sa fille avec des mots simples et touchants, lui permettant ainsi de mieux comprendre le parcours de sa mĂšre dont cet inceste subi dans sa plus tendre enfance est certainement l’un des fils conducteurs, hĂ©las ! Dans ses dernires lignes elle regrette de n’avoir pas pu lui en parler alors qu’elle Ă©tait adolescente, pour la protĂ©ger.

    NB : elle ne parle pas de son patronyme si Ă©tonnant et sans doute difficile Ă  porter. Certainement ses psychiatres y auront vu des liens avec l’Ă©vĂšnement.

  • Le baiser de la babouche russe

    Le baiser de la babouche russe

    Le prĂ©sident de la RĂ©publique algĂ©rienne dĂ©mocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, fait parler de lui. A l’occasion d’une vite en Russie, il a participĂ© au forum Ă©conomique de Saint-PĂ©tersbourg oĂč il a qualifiĂ©, en arabe, son homologue russe « d’ami de l’Humanité ». A la tĂ©lĂ©vision on voit son homologue accuser le coup, vaciller sous l’hommage, l’air de ne pas y croire, puis dĂ©livrer l’un de ses rares sourires Ă  son interlocuteur. Par les temps qui courent il fallait tout de mĂȘme oser qualifier M. Poutine « d’ami de l’Humanité » mais son homologue algĂ©rien n’a pas Ă©tĂ© effrayĂ© par cette saillie.

    AprĂšs tout, la RĂ©publique algĂ©rienne dĂ©mocratique et populaire et l’Union soviĂ©tique furent effectivement de bons amis mais c’est surtout le rejet dĂ©finitif de la France qui motive le comportement algĂ©rien. La conquĂȘte française et, surtout, la guerre de dĂ©colonisation ont laissĂ© de trĂšs mauvais souvenirs qui continuent Ă  infuser l’imaginaire populaire mĂȘme si dans les faits, la majoritĂ© des AlgĂ©riens d’aujourd’hui n’étaient pas nĂ©s au moment de la guerre et de sa conclusion par l’indĂ©pendance. La blessure morale est indĂ©lĂ©bile.

    Evidemment, dans son discours de bienvenue, le prĂ©sident russe a mentionnĂ© l’aide apportĂ©e par l’Union soviĂ©tique pour la libĂ©ration de l’AlgĂ©rie de la colonisation française.

    As a reminder, our country helped our Algerian friends fight colonialism and was among the first to recognise the independence of Algeria. It contributed to the development of Algerian statehood and the strengthening of the young republic’s position in the international arena.

    http://en.kremlin.ru/events/president/news/71437

    La dĂ©lĂ©gation de l’AlgĂ©rie aime Ă  s’entendre rappeler sa victoire contre le colonialisme et la Russie cultive cette histoire qui lui permet de sĂ©duire aujourd’hui Alger et, hier, la dĂ©lĂ©gation africaine venue proposer un plan de paix entre l’Ukraine et la Russie. Il n’est pas sĂ»r qu’ils puissent vĂ©ritablement aider Moscou dans ses guerres de conquĂȘtes, ni militairement ni, encore moins, financiĂšrement mais ils remontent le moral du prĂ©sident russe qui, manifestement, nageait dans un bain de jouvence ces derniers jours Ă  Saint-PĂ©tersbourg.

    Le prĂ©sident Tebboune a poursuivi ses hommages dĂ©fĂ©rents Ă  son « ami Â» Poutine tout au long de son sĂ©jour :

    We have almost agreed – even before we started the talks – on all items related to the international situation, a very tense situation, as you know. It is necessary to accelerate the process of Algeria joining the BRICS group so that we no longer accept dollars and euros. This will be to Algeria’s benefit. God grant!

    Where the Sahel region is concerned, we support relations between Mali and the Russian Federation. Mali neighbours our country. We should negotiate and discuss all issues under any circumstances. We have an instrument known as the Algiers Agreement.

    http://en.kremlin.ru/events/president/news/71436

    La prise de position des dirigeants africains en faveur de Moscou, mĂȘme symbolique, laissera des traces. Reste Ă  savoir maintenant si les flux migratoires se rĂ©orienteront vers la Russie plutĂŽt que vers l’Europe ou les Etats-Unis. Les peuples voteront ainsi avec leurs pieds et soutiendront, ou pas, les manifestations d’effusion de leurs dirigeants. L’avenir dira aussi sous peu si les exportations algĂ©riennes seront dĂ©sormais libellĂ©es en monnaie russe ou chinoise. C’est techniquement possible, il suffit de le dĂ©cider. Ce qui est sĂ»r c’est qu’elles ne pourront pas l’ĂȘtre en dinars algĂ©riens, cette devise n’Ă©tant ni convertible ni transfĂ©rable pour le moment.

    Lire aussi : Les pays africains en dĂ©lĂ©gation pour la paix en Ukraine

  • Les pays africains en dĂ©lĂ©gation pour la paix en Ukraine

    Les pays africains en délégation pour la paix en Ukraine

    La Chine qui a effectuĂ© une navette entre Kiev, Moscou et quelques pays europĂ©ens sur la base de son initiative pour un « rĂšglement politique de la crise ukrainienne Â» de fĂ©vrier 2023. Il a Ă©tĂ© aimablement reçu par tout le monde. Alors qu’il sĂ©journait dans la capitale ukrainienne une salve de missiles russes s’est abattue sur la ville dans la nuit du 17 au 18 mai, lui faisant vivre de prĂšs les affres de la guerre. On n’a pas connaissance de conclusions Ă©crites de ce voyage diplomatique sinon une intervention tĂ©lĂ©visĂ©e dans laquelle il se prononce pour un arrĂȘt des fournitures d’armes aux belligĂ©rants, ce qui revient bien sĂ»r Ă  la victoire de la Russie puisque l’Ukraine est trĂšs majoritairement dĂ©pendante pour ses armes des livraisons occidentales. On ne prĂ©cise d’ailleurs jamais si ces matĂ©riels sont donnĂ©s ou vendus Ă  l’Ukraine.

    Lire aussi : La Chine a proposĂ© un plan de paix pour la guerre d’Ukraine

    C’est aujourd’hui une dĂ©lĂ©gation de responsables africains, menĂ©e par le prĂ©sident sud-africain Cyril Ramaphosa qui essaye de faire bouger les lignes. Outre le Sud-africain, elle est composĂ©e des prĂ©sidents du SĂ©nĂ©gal, de la Zambie et des Comores (en tant que prĂ©sident de l’Union africaine), du premier ministre Ă©gyptien et de reprĂ©sentants du Congo et de l’Ouganda. De passage Ă  Kiev, ils ont proposĂ©, notamment, de lever les poursuites lancĂ©es contre le prĂ©sident russe, ce qui a Ă©tĂ© mal perçu
 A Moscou oĂč ils ont Ă©tĂ© reçus en majestĂ©, ils ont rappelĂ© le principe de « souverainetĂ© telle que reconnue par l’ONU Â». Outre leur volontĂ© de dĂ©sescalade, partagĂ©e par tout le monde sauf par les belligĂ©rants, ils ont surtout en ligne de mire les effets nĂ©fastes de la guerre sur le marchĂ© des cĂ©rĂ©ales, dont ils souffrent en tout premier lieu.

    Dans son discours d’introduction, le prĂ©sident russe a prĂ©cisĂ© :

    Let me stress once again that we are open to constructive dialogue with everyone who wants peace to be achieved based on the principles of justice and consideration of the legitimate interests of the parties.

    http://en.kremlin.ru/events/president/news/71451

    A la diffĂ©rence de la Chine, peut-ĂȘtre produiront-ils un document qui permettra d’en savoir plus sur leurs propositions, au-delĂ  de ces Ă©changes de salon. MalgrĂ© la gravitĂ© de la situation, les dirigeants de ces anciennes colonies du Royaume-Uni, de la France, de la Belgique, des Pays-Bas
 ont du mal Ă  cacher une certaine forme de jubilation Ă  paraĂźtre aider l’Occident Ă  se sortir du mauvais pas dans lequel le met l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

    Ils s’en remettent pour l’instant Ă  la Russie et nombre d’entre eux ont dĂ©jĂ  renforcĂ© leur coopĂ©ration militaire et civile avec Moscou et mis fin Ă  leurs anciennes et historiques coopĂ©rations, parfois avec perte et fracas comme pour la France au Mali. Les pays africains sont lĂ©gitimes Ă  faire ainsi, d’autant plus que la coopĂ©ration avec leurs anciennes puissances colonisatrices n’a pas toujours donnĂ© tous les rĂ©sultats attendus, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans quelques annĂ©es ils seront ainsi en mesure de pouvoir comparer les avantages et inconvĂ©nients de chaque partenariat.

    Le rejet de l’ancien colon par les pays africains a souvent Ă©tĂ© sous-estimĂ©. Il se rĂ©vĂšle aujourd’hui en pleine lumiĂšre et voit d’anciens pays colonisĂ©s opter clairement pour une puissance dont les comportements en termes de domination d’autres pays n’est pas exempt de reproches mais c’est aussi un retour vers le successeur de l’Union soviĂ©tique qui a soutenu dans les annĂ©es 1960-1970 les combats « rĂ©volutionnaires Â» de certains pays africains, le tout dans la fiction du « non-alignement ». La roue tourne et cette guerre d’Ukraine dĂ©clenche un bouleversement des alliances et un isolement de l’Occident. Est-ce que le ralliement de l’Afrique Ă  Moscou est un vĂ©ritable problĂšme pour l’Occident ? Sans doute pas mais l’avenir le dira !

  • JĂ©GOU ValĂ©rie, ‘ Le Yaudet – Autobiographie d’un village du TrĂ©gor (1914-1945)’.

    JĂ©GOU ValĂ©rie, ‘ Le Yaudet – Autobiographie d’un village du TrĂ©gor (1914-1945)’.

    Sortie : 2014

    ValĂ©rie JĂ©gou est l’arriĂšre petite-fille d’Alexandre Le Tourneur dit « Zanté », pĂȘcheur Ă  la fin du XIXĂšme siĂšcle dans un petit village breton des CĂŽtes du Nord, Le Yaudet, donnant sur la baie de Lannion, Ă  l’entrĂ©e de l’estuaire du LĂ©guer. Voyant la roue tourner, elle dĂ©cide d’interroger les anciens sur la vie « d’avant » dans ce petit coin de l’Ouest. Cela donne ce charmant livre dans lequel sont restituĂ©s les interviews de ces personnages truculents, illustrĂ© de photos et cartes postales d’Ă©poque.

    Ce sont les thĂšmes de la vie courante qui sont abordĂ©s sur la pĂ©riode 1914-1945 : l’habitat extrĂȘmement modeste, l’Ă©cole, la langue bretonne dĂ©fendue par le curĂ©, l’agriculture, la pĂȘche, l’embarquement au long cour des hommes pour gagner de l’argent, les bistrot-hĂŽtels, l’arrivĂ©e du tourisme avec les congĂ©s payĂ©s de 1936, la religion et les injonctions du curĂ©, l’arrivĂ©e de l’Ă©lectricitĂ© en 1930, celle de deux lignes de tĂ©lĂ©phone pour le village Ă  la mĂȘme Ă©poque, etc.

    Et puis bien sĂ»r, la mer est prĂ©sente Ă  toutes les pages. Le Yaudet contrĂŽle l’entrĂ©e vers le port de commerce de Lannion et dispose d’un poste de douane. Les bateaux anglais s’y arrĂȘtent avant de remonter le LĂ©guer et, en attendant la marĂ©e, les marins montent au bistrot du Yaudet pour boire un coup.

    Voir aussi : Le Yaudet

    Le livre montre un petit peuple pugnace, accrochĂ© Ă  ses traditions et ses rochers bretons, menant une vie austĂšre mais joyeuse. Avant la seconde guerre mondiale la Bretagne Ă©tait une rĂ©gion dĂ©laissĂ©e par Paris, Ă  la limite du sous-dĂ©veloppement. Les choses ont bien changĂ© aujourd’hui, la pĂ©ninsule a rattrapĂ© son retard Ă  marche forcĂ©e mais ses natifs restent un peuple attachant, forgĂ© par la mer et ses paysages Ă©blouissants.