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  • « Vivre » d’Oliver Hermanus

    « Vivre » d’Oliver Hermanus

    Un film intimiste, doux et un peu triste dont le scĂ©nario est tirĂ© du livre « Vivre Â» (1952) d’Akira Kurosawa. C’est l’histoire d’un fonctionnaire britannique de la mairie de Londres (chef du bureau des travaux publics) au dĂ©but des annĂ©es 1950, magnifiquement jouĂ© par Bill Nighy, qui mĂšne sa vie professionnelle comme personnelle, de façon morne et bien rĂ©glĂ©e. Apprenant que la maladie va rĂ©trĂ©cir son futur, il dĂ©cide alors de sortir de sa routine. Il le fait avec succĂšs et bouleverse ses habitudes et celles de son environnement.

    La description du petit monde de ces fonctionnaires en chapeau melon est dĂ©sopilante. Leur froideur toute britannique est sans doute un peu caricaturale mais si proche des idĂ©es reçues que la vision de leurs discussions dans le train de banlieue tous les matins et tous les soirs est rĂ©jouissante. Mais l’espoir a ses limites et une fois leur chef enterrĂ©, les rigiditĂ©s de l’administration et de ses fonctionnaires reprennent le dessus, jeunes et vieux du bureau des travaux publics replongent dans un quotidien sans aspĂ©ritĂ©.

    Une fable triste sur les bonnes rĂ©solutions que l’on ne tient pas malgrĂ© leur Ă©vidence et sur l’habitude qui ronge crĂ©ativitĂ© et originalitĂ©.

  • « FĂŒssli, entre rĂȘve et fantastique » au MusĂ©e Jacquemart-AndrĂ©

    « FĂŒssli, entre rĂȘve et fantastique » au MusĂ©e Jacquemart-AndrĂ©

    Johann Heidrich FĂŒssli (1741-1825) est un peintre suisse prĂ©sentĂ© par le MusĂ©e Jacquemart-AndrĂ©, auteur de tableaux et dessins inspirĂ©s par les lĂ©gendes antiques, les tragĂ©dies shakespeariennes et le fantastique. Le rĂ©sultat est assez sombre et rĂ©vĂšle un imaginaire torturĂ©. Freud fut d’ailleurs un grand admirateur du tableau « Le Cauchemar » et de tout l’inconscient trouble et mystĂ©rieux qu’il Ă©voque. L’artiste est manifestement imprĂ©gnĂ© de toute la culture europĂ©enne qu’il relate dans son imagerie trĂšs variĂ©e. Le visiteur en ressort troublĂ© plus qu’ému.

  • « Les huit montagnes » de Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen

    « Les huit montagnes » de Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen

    Un joli film sur l’amitiĂ© entre deux gamins qui se retrouvent Ă  l’ñge adulte, l’un toujours accrochĂ© Ă  sa montagne et son mode de vie paysan, l’autre plutĂŽt urbain et attirĂ© par le grand large. On dĂ©couvre que le pĂšre de l’urbain est restĂ© en contact avec le montagnard pendant que son propre fils volait de ses propres ailes. AprĂšs le dĂ©cĂšs du pĂšre, les deux vont se retrouver pour rĂ©aliser le rĂȘve de ce pĂšre et ami. Et puis la vie continue autour de ce chalet perdu dans les alpages, avec ses alĂ©as, les deux jeunes en quĂȘte d’absolu connaĂźtront des destins diffĂ©rents et leur amitiĂ© ne leur permettra d’éviter les drames.

  • Le martyr de Moscou

    Le martyr de Moscou

    Le prĂ©sident russe a prĂ©sentĂ© ses vƓux Ă  son pays devant un parterre de militaires sous la forme d’une litanie auto-justificatrice de la guerre d’Ukraine entamĂ©e par la Russie le 24/02/2022. Il s’étend sur l’agression dont la Russie serait victime de la part de l’Occident qui « encourage les nĂ©o-nazis ukrainiens Â» et rend hommage Ă  l’hĂ©roĂŻsme des combattants russes qui aurait la morale de leur cĂŽtĂ© :

    L’essentiel est le sort de la Russie. La dĂ©fense de la patrie est notre devoir sacrĂ© envers nos ancĂȘtres et nos descendants. La droiture morale et historique est de notre cĂŽtĂ©.

    Cette envolĂ©e venant du premier dirigeant du plus grand pays de la planĂšte Terre qui a dĂ©clarĂ© une guerre pour envahir son voisin, a dĂ©jĂ  annexĂ© unilatĂ©ralement une partie du territoire de ce dernier et dont l’armĂ©e et ses supplĂ©tifs se distinguent depuis lors par ses actes de violence et de barbarie dans les territoires qu’ils occupent et via les bombardements rĂ©guliers sur des infrastructures du reste de l’Ukraine, ne manque pas d’ironie.

    Probablement croit-il sincĂšrement Ă  ce qu’il assĂšne. Sans doute le peuple russe qui n’a guĂšre de considĂ©ration pour ses « frĂšres Â» ukrainiens est tout prĂȘt Ă  avaler cette fable de la « droiture morale Â». Le mieux aurait Ă©tĂ© sans aucun doute pour la Russie, l’Ukraine et le reste de la planĂšte, que Moscou reste tranquillement Ă  l’intĂ©rieur de ses frontiĂšres reconnues par le droit international et consacre toute sa belle Ă©nergie Ă  dĂ©velopper son pays plutĂŽt que d’aller chercher noise Ă  ses voisins.

    TRADUCTION Microsoft

    Poutine a prononcĂ© un discours du Nouvel An :

    ‱ « Ce fut une annĂ©e de dĂ©cisions difficiles et nĂ©cessaires, les Ă©tapes les plus importantes vers l’acquisition de la pleine souverainetĂ© de la Russie et la puissante consolidation de notre sociĂ©tĂ©. Ce fut une annĂ©e qui a beaucoup mis Ă  sa place, sĂ©parant clairement le courage et l’hĂ©roĂŻsme de la trahison et de la lĂąchetĂ©. Il a montrĂ© qu’il n’y a pas de pouvoir plus Ă©levĂ© que l’amour pour ses parents et amis, la loyautĂ© envers les amis et les compagnons d’armes, le dĂ©vouement Ă  sa patrie.

    ‱ « Ce fut une annĂ©e d’évĂ©nements vraiment cruciaux et fatidiques. Ils sont devenus la frontiĂšre qui jette les bases de notre avenir commun, de notre vĂ©ritable indĂ©pendance. C’est ce pour quoi nous nous battons aujourd’hui, en protĂ©geant notre peuple dans nos propres territoires historiques, les nouvelles rĂ©gions de la FĂ©dĂ©ration de Russie.

    ‱ « L’essentiel est le sort de la Russie. La dĂ©fense de la patrie est notre devoir sacrĂ© envers nos ancĂȘtres et nos descendants. La droiture morale et historique est de notre cĂŽtĂ©. »

    Pendant des annĂ©es, les Ă©lites occidentales nous ont hypocritement assurĂ©s de leurs intentions pacifiques, y compris la rĂ©solution du grave conflit dans le Donbass. En fait, ils ont encouragĂ© les nĂ©o-nazis de toutes les maniĂšres possibles, qui ont continuĂ© Ă  mener des actions militaires ouvertement terroristes contre des citoyens pacifiques des rĂ©publiques populaires du Donbass. L’Occident a menti sur la paix et se prĂ©parait Ă  l’agression. »

    « Ils [les combattants morts] ont donnĂ© leur vie pour protĂ©ger la vie des autres. Je comprends Ă  quel point il est difficile maintenant le soir du Nouvel An pour leurs femmes, leurs fils, leurs filles, leurs parents, qui ont Ă©levĂ© de vrais hĂ©ros. Nous ferons tout notre possible pour aider les familles de nos camarades tombĂ©s au combat, Ă©lever leurs enfants, leur donner une Ă©ducation dĂ©cente, trouver un mĂ©tier. De tout mon cƓur, je partage votre douleur et je vous demande d’accepter des paroles sincĂšres de soutien. »

    ‱ « Ensemble, nous surmonterons toutes les difficultĂ©s et garderons notre pays grand et indĂ©pendant, nous n’irons qu’à l’avant, Ă  gagner pour le bien de nos familles et pour le bien de la Russie, pour le bien de l’avenir de notre seule patrie bien-aimĂ©e. Bonne annĂ©e, chers amis. »

  • La derniĂšre mode prĂ©sidentielle

    La derniÚre mode présidentielle

    C’est la derniĂšre mode des prĂ©sidents « populistes Â» : ne pas assister Ă  la passation de services en faveur de leurs successeurs. DĂ©jĂ  en 2020 le prĂ©sident Trump avait sĂ©chĂ© la cĂ©rĂ©monie d’intronisation de Joe Biden qu’il estimait lui avoir « volĂ© Â» l’élection et s’était rĂ©fugiĂ© dans son palace de Floride avec des archives classifiĂ©es de la prĂ©sidence que les services amĂ©ricains ont dĂ» aller rĂ©cupĂ©rer de force. Demain c’est le prĂ©sident brĂ©silien Bolsonaro qui, parti aux Etats-Unis, fuira l’investiture de son successeur qu’il aurait dĂ» ceindre de l’écharpe aux couleurs nationales.

    Ces manifestations d’humeur n’ont guĂšre d’importance lĂ©gale et n’ont pas empĂȘchĂ© les prĂ©sidents Biden et Lula de prendre leurs postes prĂ©sidentiels mais marquent le caractĂšre irrĂ©mĂ©diablement anti-dĂ©mocratique et « plouc Â» des sortants. La bonne nouvelle est qu’ils n’ont pas rĂ©ussi Ă  dĂ©molir les institutions qu’ils combattaient. La moins bonne est qu’il n’est pas exclu qu’ils reviennent un jour puisqu’ils disposent toujours de solides bataillons d’électeurs !

  • « FELA ANIKULAPO-KUTI – RĂ©bellion afrobeat » Ă  la CitĂ© de la Musique

    « FELA ANIKULAPO-KUTI – RĂ©bellion afrobeat » Ă  la CitĂ© de la Musique

    La CitĂ© de la Musique consacre une exposition au musicien nigĂ©rian, d’ethnie yoruba, Fela-Kuti (1938-1997). Fils d’une militante des droits de la femme Ă  une Ă©poque oĂč l’Afrique n’était pas vraiment Ă©veillĂ©e au fĂ©minisme, et d’un pasteur, il se forme Ă  la musique Ă  Londres et Ă©veille sa conscience politique au contact des militants des droits civiques aux Etats-Unis. Il revient au pays armĂ© de ce double cursus pour y mener son combat politique contre une dictature galonnĂ©e qui ne lui fait pas de cadeaux. Ses concerts sont des messes qui durent des heures dans un chaos organisĂ© oĂč il s’affuble de costumes sophistiquĂ©s et bariolĂ©s au milieu de nombreux musiciens et danseuses. Il chante, joue du saxophone et dirige sa bande en fumant sans cesse des joints XXL. Sa maison et son club Ă  Lagos sont des colonies oĂč se retrouve toute une faune d’artistes, de militants, de pique-assiettes et oĂč l’armĂ©e nigĂ©riane aime venir faire des descentes plutĂŽt violentes.

    Les slips de Fela…

    L’exposition dĂ©taille l’environnement créé par ce personnage un peu ubuesque avec photos, coupures de presse, vidĂ©os d’interviews, rĂ©fĂ©rences Ă  ses guides (Kwame Nkrumah, Sandra Izsadore, Malcom X
), ses costumes flamboyants, les slips multicolores dans lesquels il aimait parader au milieu des siens, les messages politiques qu’il assĂ©nait avec pas de mal de simplisme. Il a créé des mouvements politiques aussi fumeux qu’éphĂ©mĂšres : Movement of the People (MOP), Young African Pionneers (YOP).  De ses rĂ©voltes il n’est d’ailleurs pas restĂ© grand-chose tant le Nigeria demeure un pays hors de contrĂŽle et la pensĂ©e politique de Fela Ă©taient idĂ©aliste et peu structurĂ©e. On dirait aujourd’hui qu’il Ă©tait un homme « dĂ©construit » 


    Mais Fela Ă©tait avant tout un musicien et c’est dans ce domaine qu’il s’est le mieux exprimĂ© en crĂ©ant le mouvement « afrobeat Â», sorte de mix entre jazz et musique africaine, aux rythmes hallucinĂ©s marquĂ©s des cuivres et des percussions. C’est encore par ce mĂ©dia que l’artiste nigĂ©rian a Ă©tĂ© le plus performant. La CitĂ© de la Musique offre aux visiteurs de longs extraits des incroyables concerts que dirigeait ce joyeux trublion.

    Lire aussi : « Finding Fella Â» d’Alex Gibney

  • A Madrid

    A Madrid

    Les ors de la monarchie espagnole, le Palais Royal de Madrid. Ah, la vieille Europe !

  • « Forces spĂ©ciales » au MusĂ©e de l’ArmĂ©e

    « Forces spĂ©ciales » au MusĂ©e de l’ArmĂ©e

    Le musĂ©e de l’ArmĂ©e aux Invalides prĂ©sente une exposition dĂ©diĂ©e aux forces spĂ©ciales. Le visiteur espĂšre en savoir plus sur ces mystĂ©rieuses opĂ©rations « spĂ©ciales Â» menĂ©es par des supermen adeptes de technologies modernes et de conditions de vie rudimentaires aux quatre coins de la planĂšte. HĂ©las, tout ceci est un peu confidentiel et l’on dĂ©file devant des matĂ©riels divers et des tĂ©moignages vidĂ©o des membres de ces unitĂ©s depuis les commandos Kieffer de la seconde guerre mondiale jusqu’à la guerre au Sahel. Les militaires toujours en service tĂ©moignent anonymement et prennent bien soin de ne divulguer aucune information sur leurs activitĂ©s.

    En revanche, de nombreux dĂ©tails sont donnĂ©s sur les modes de recrutement et de formation, plutĂŽt exigeants et rudes, des Ă©lĂ©ments de ces forces spĂ©ciales. En fait, cette exposition ressemble un peu Ă  un bureau de recrutement. Depuis sa professionnalisation l’armĂ©e a besoin de convaincre pour recruter, c’est ce qu’elle tente de faire Ă  travers cette exposition. D’ailleurs, nous sommes mercredi, c’est le jour des enfants qui se bousculent avec gourmandise devant les costumes et les images de ces robocop, peut-ĂȘtre quelques futures recrues parmi eux !

  • Terry Hall du groupe The Specials est mort

    Terry Hall du groupe The Specials est mort

    Terry au milieu sur le devant

    Terry Hall, le chanteur blanc leader du groupe multicolore de ska The Specials est mort ce 18 dĂ©cembre. La musique militante de ce groupe a marquĂ© l’Angleterre post-punk des annĂ©es 1980. Ces artistes ont mixĂ© des influences musicales reggae, ska et new-wave pour donner une musique riche et dansante partagĂ©e avec d’autres groupes comme Madness, The Beat, UB40, Dexys Midnight Runners. Les Specials, habillĂ©s mods, Ă©taient sans doute un plus engagĂ©s que les autres en faveur des droits sociaux et contre le racisme dans un pays secouĂ© par la politique dure menĂ©e par Mme. Thatcher Ă  la tĂȘte d’un gouvernement conservateur.

    Le groupe s’était reformĂ© ponctuellement en 2014 pour une tournĂ©e de concerts dont un Ă  Paris, bien sĂ»r.

    Lire aussi : The Specials – Paris Bataclan – 30 novembre 2014

    Toute une Ă©poque !

  • SMITH Patti, ‘L’annĂ©e du singe’.

    SMITH Patti, ‘L’annĂ©e du singe’.

    Sortie : 2020, Chez : Editions Gallimard

    L’annĂ©e du singe (2016) est celle durant laquelle Patti Smith a 70 ans, celle aussi oĂč Donald Trump est Ă©lu prĂ©sident des Etats-Unis d’AmĂ©rique. Mais c’est encore l’annĂ©e oĂč ses amis Sandy Pearlman (poĂšte et producteur/manager des groupes Blue Oyster Cult, The Clash, Black Sabbath
) et Sam Shepard (acteur, scĂ©nariste, rĂ©alisateur, dramaturge, Ă©crivain, musicien, n’en jetez plus
) ont rejoint le cortĂšge des ombres oĂč se pressent dĂ©jĂ  le mari de Patti, son frĂšre, ses parents et tant d’autres


    Alors Patti Smith raconte ses pĂ©rĂ©grinations entre les cĂŽtes Est et Ouest de son vaste pays, au hasard de ses rĂȘves, de ses amitiĂ©s, de ses souvenirs. Dans un style poĂ©tique elle parle des Ă©preuves de sa vie qui n’en a pas manquĂ©, de l’Ă©criture, de la musique, de ses enfants, de ses amis. Elle se promĂšne dans cette annĂ©e particuliĂšre, toujours avec son Polaroid dont les photos parsĂšment les chapitres de son livre, toujours des images dĂ©calĂ©es façon nature morte. Il n’y a personne sur ces photos, juste des objets rencontrĂ©s au hasard de ses voyages d’une cĂŽte Ă  l’autre, ponctuĂ©s de nuits dans de simples motels.

    Souriante et mĂ©lancolique, Patti Smith mĂšne sa route et nous fait partager sa sĂ©rĂ©nitĂ©, celle d’une artiste de 70 ans, apaisĂ©e mais toujours enthousiaste, inquiĂšte mais pas rĂ©signĂ©e. Quelle belle façon de vieillir et quelle noble attitude d’accompagner ainsi la fin de ses amis : pour les obsĂšques de Sandy, elle a chantĂ© avec Lenny Kaye, son insĂ©parable guitariste, « Pale blue eyes » (Lou Reed) et « Eight Miles High » (The Byrds) !

  • « Frida Kahlo, au-delĂ  des apparences » au Palais Galliera

    « Frida Kahlo, au-delà des apparences » au Palais Galliera

    Frida Kahlo (1907-1954), artiste-peintre mexicaine, crĂ©atrice inspirĂ©e, amie des surrĂ©alistes français (mais pas de Breton sur lequel elle Ă©crit des mots amers), ayant partagĂ© une liaison avec Trotski lors de l’exil de celui-ci Ă  Mexico, elle est dĂ©cĂ©dĂ©e en 1954 dans sa « Maison bleue [Casa azul] Â» Ă  47 ans aprĂšs moulte traumatismes mĂ©dicaux. AprĂšs sa mort, son mari, l’artiste en peintures murales Diego Riviera, a dĂ©cidĂ© de sceller la salle de bains et les placards de son Ă©pouse dĂ©cĂ©dĂ©e. Il faudra attendre 2004, 50 ans aprĂšs sa mort, pour que soit libĂ©rĂ©s ces biens, dĂ©voilant 6 000 photos et 300 objets dont certaines des magnifiques robes portĂ©es par Frida, inspirĂ©es de la rĂ©gion de Oaxaca dont Ă©taient originaires certains de ses ancĂȘtres et oĂč elle ne s’est jamais rendue.

    La Palais Galliera expose cette intĂ©ressante collection en commençant, au sous-sol, par les photos retraçant la vie de l’artiste, son enfance, ses voyages, on voit mĂȘme une courte vidĂ©o avec Trotski et on mesure l’engagement artistique et politique de Frida Kahlo Ă  travers ses idĂ©es, ses rencontres, ses expositions. Et une vie toujours Ă  l’ombre de la souffrance physique dues la poliomyĂ©lite attrapĂ©e Ă  6 ans et, surtout, le grave accident automobile qu’elle subit Ă  18 ans qui lui laissera des traces indĂ©lĂ©biles sa vie durant, forgeant sans doute sa pugnacitĂ© et sa volontĂ© de vivre.

    Dans la vaste salle du rez-de-chaussĂ©e sont exposĂ©es les robes portĂ©es par l’artiste et d’autres de couturiers plus contemporains, Jean-Paul Gaultier notamment, qui ont Ă©tĂ© inspirĂ©s par elle. On voit aussi la collection de corsets mĂ©dicaux que son accident l’obligeĂąt Ă  porter toute sa vie et qu’elle a peints et dĂ©corĂ©s, l’un avec une faucille et un marteau.

    Cette exposition est centrĂ©e sur la vie de l’artiste plus que sur son Ɠuvre, mais elle donne furieusement envie de revenir sur celle-ci tant la personnalitĂ© de Frida Kahlo prĂ©sentĂ©e par le Palais Galliera paraĂźt exceptionnelle et flamboyante. En cela l’exposition est une rĂ©ussite !

    Les commentaires et explications musĂ©ales sont trĂšs « progressistes Â», comme par exemple :

    Adolescente, Frida Kahlo a soigneusement construit et exprimĂ© diffĂ©rentes identitĂ©s de genre devant la camĂ©ra. Le 7 fĂ©vrier 1926, Guillermo Kahlo a photographiĂ© sa fille vĂȘtue d’un costume trois piĂšces pour homme, arborant une canne ornĂ©e.
    

    Dans la terminologie moderne, nous pourrions dire qu’elle a rejetĂ© les catĂ©gories binaires cisgenres, embrassant la fluiditĂ© des genres et une identitĂ© queer.

    TrĂšs Palais Galliera, plus intersectionnel, tu meures !

  • Des coiffures aux rĂ©miniscences troubles

    Des coiffures aux réminiscences troubles

    Avez-vous remarquĂ© cette mode capillaire des joueurs de fouteballe rasĂ©s de prĂšs sur les tempes et avec des touffes de cheveux sur le haut du crĂąne, parfois teints, parfois naturels ? Cette tonsure inversĂ©e par rapport Ă  celle des moines, qui rasaient au contraire la partie supĂ©rieure du crĂąne, doit sans doute ĂȘtre plus aĂ©rodynamique pour nos coureurs. Tous ces pousseurs de baballe frĂ©quentent sans doute le mĂȘme coiffeur.

    Que onze sportifs sur un terrain de foute se coiffent Ă  l’identique des skinheads et leurs ancĂȘtres du XXĂšme siĂšcle rasĂ©s de prĂšs derriĂšre les oreilles n’est pas vĂ©ritablement un problĂšme en soi, mais le drame est qu’ils sont suivis dans cette mauvaise habitude par des millions de supporters Ă  travers la planĂšte donnant aux tribunes des stades et aux cours d’école une allure martiale parfois un peu troublante


  • CHALAMOV Varlam, ‘RĂ©cits de la Kolyma’.

    CHALAMOV Varlam, ‘RĂ©cits de la Kolyma’.

    Sortie : 2003, Chez : Editions Verdier.

    Un classique de la littĂ©rature du goulag dans lequel Varlam Chalamov (1907-1982) fut enfermĂ© Ă  deux reprises sous Staline pour « activitĂ© trotskiste contre-rĂ©volutionnaire » pour une durĂ©e totale de plus d’une quinzaine d’annĂ©es. Il ne doit sans doute son salut qu’Ă  la mort du dictateur en 1953. AprĂšs sa libĂ©ration il doit rester sur place dans l’attente de sa rĂ©habilitation avant d’ĂȘtre autorisĂ© Ă  revenir Ă  Moscou en 1956. Il dĂ©couvre que sa femme a Ă©tĂ© poussĂ©e Ă  divorcer pour pouvoir rester Ă  Moscou


    Journaliste et Ă©crivain il va s’employer Ă  son retour Ă  dĂ©crire dans ses « RĂ©cits de la Kolyma » ce qu’il vĂ©cut dans cet univers concentrationnaire oĂč lui Ă©taient appliquĂ©s les traitements les plus rudes compte-tenu de ses « crimes ». L’Ă©dition de 2003 n’est composĂ©e que d’un choix de nouvelles qui sont bien plus nombreuses dans l’Ă©dition originale complĂšte. Bien sĂ»r, l’ouvrage fut censurĂ© sous le rĂ©gime de l’Union soviĂ©tique et n’a commencĂ© Ă  paraĂźtre localement que lors de la « perestroĂŻka » Ă  la fin des annĂ©es 1980 aprĂšs ĂȘtre dĂ©jĂ  paru en Occident dĂšs les annĂ©es 1960.

    La Kolyma est une rĂ©gion de l’ExtrĂȘme-Orient russe arctique, une zone d’extraction miniĂšre importante (particuliĂšrement pour l’or) Ă  laquelle Ă©taient employĂ©s les prisonniers envoyĂ©s en nombre dans le goulag local dans des conditions climatiques dantesques. Les « RĂ©cits » sont une succession de nouvelles inspirĂ©es par ce qu’a vĂ©cu l’auteur qui rĂ©ussit Ă  survivre Ă  ce si long enfer.

    Ces textes illustrent l’inhumanitĂ© des conditions de vie rĂ©servĂ©es aux dĂ©tenus-travailleurs, destinĂ©s Ă  mourir pour la plupart, surtout les prisonniers qualifiĂ©s de « politiques ». L’environnement n’est que froid, famine et mort par Ă©puisement. Il n’y est finalement assez peu question de politique mais seulement de la maniĂšre dont la politique traite les hommes lorsqu’elle est menĂ©e par des dictateurs cyniques que rien n’arrĂȘte. MĂȘme si l’on sait aujourd’hui l’essentiel de ce qui s’est passĂ© dans le Goulag, le relire sous la plume d’un de ceux qui en sont revenus et qui a trouvĂ© le courage de l’Ă©crire reste toujours un choc. Le style de Chalamov est parfois un peu ironique, malgrĂ© les circonstances et plutĂŽt dĂ©sabusĂ© face Ă  la machine concentrationnaire. Ses descriptions des sĂ©vices infligĂ©s aux travailleurs-prisonniers est effrayante et, en refermant l’ouvrage, le lecteur reste stupĂ©fait de la capacitĂ© de rĂ©sistance, de l’instinct de survie, de ceux qui en sont revenus. Pour certains, leur calvaire a durĂ© plusieurs dĂ©cennies, bien plus longtemps que celui des prisonniers des camps de concentration allemands durant la seconde guerre mondiale. La lecture de ces Ă©vĂšnements terribles permet aussi de se rassurer sur les mĂ©rites de la dĂ©mocratie contemporaine, pour ceux qui en douteraient.

    Chalamov est mort tristement en 1982, pauvre et malade, la santĂ© brisĂ©e par sa longue dĂ©tention, dans un hĂŽpital psychiatrique de Moscou oĂč il avait Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© aprĂšs avoir passĂ© trois annĂ©es dans une maison de retraite pour Ă©crivains ĂągĂ©s oĂč il Ă©crivait toujours des poĂšmes.

    La destruction de l’homme avec l’aide de l’État n’est-elle pas la question principale de notre temps, de notre moralitĂ©, incluse dans la psychologie de chaque famille ?

    Chalamov
  • La Russie s’enfonce dans une logique guerriĂšre sans retour

    La Russie s’enfonce dans une logique guerriùre sans retour

    Pendant qu’une compĂ©tition mondiale de fouteballe bat son plein dans le Golfe Persique au point que le prĂ©sident de la RĂ©publique française estime nĂ©cessaire de se dĂ©placer Ă  Doha mercredi prochain aux frais des contribuables (n’a-t-il rien de mieux Ă  faire Ă  Paris ?), la guerre d’Ukraine dĂ©rive vers une nouvelle tactique russe visant Ă  dĂ©truire les infrastructures publiques pour nuire Ă  la vie quotidienne des civils en espĂ©rant qu’ils pousseront leur gouvernement Ă  compromettre avec l’ennemi russe. A dĂ©faut de victoires militaires nettes sur le terrain, le conflit se transforme en guerre de tranchĂ©es sans issue nette prĂ©visible Ă  court terme. Les destructions causĂ©es par Moscou rendent difficiles la vie des civils ukrainiens, souvent privĂ©s d’alimentation Ă©lectrique et d’eau potable alors que l’hiver, plutĂŽt rude dans ces contrĂ©es, arrive. L’armĂ©e ukrainienne commence de son cĂŽtĂ© Ă  bombarder le territoire russe, se limitant pour le moment aux cibles militaires, mais pour combien de temps ?

    A chaque fois que l’armĂ©e russe est poussĂ©e en dehors des territoires qu’elle a occupĂ©s depuis le dĂ©clenchement de cette « opĂ©ration militaire spĂ©ciale Â» on dĂ©couvre l’ampleur des exactions qu’elle a commises contre les populations civiles antirusses : salles de torture, viols, dĂ©placements de populations
 bref tous les sĂ©vices qui sont le lot habituel des armĂ©es de forbans dirigĂ©s par des dirigeants politiques sans Ă©tats d’ñme. Le prĂ©sident russe a mĂȘme poussĂ© le bouchon jusqu’à dĂ©corer les unitĂ©s a priori exĂ©cutantes des crimes de guerre dĂ©couverts Ă  Boutcha qui fut la premiĂšre ville reconquise par l’armĂ©e ukrainienne oĂč fut rĂ©vĂ©lĂ© au grand jour le niveau de sauvagerie de l’occupation.

    Alors se pose toujours la lancinante question de savoir comment et pourquoi la Russie a pu en arriver Ă  s’enferrer dans une situation guerriĂšre dĂ©sormais inextricable ? Les deux pays sont soi-disant « frĂšres Â» mais Kiev lorgnait vers l’Ouest en voulant manifestement s’émanciper de Moscou et de ses pratiques soviĂ©tiques d’un autre Ăąge. C’en Ă©tait trop pour la Russie. L’Occident a Ă©videmment sous-estimĂ© la puissance de la haine et du rejet qu’il inspirait au plus grand pays de la planĂšte. MalgrĂ© les exemples soviĂ©tiques d’invasions des « pays frĂšres Â» au cours de la seconde moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle : Allemagne de l’est (1953), Hongrie (1956), TchĂ©coslovaquie (1968), Afghanistan (1979), l’aide Ă  la rĂ©pression en Pologne lors de la contestation menĂ©e par Solidarnosc (1981) ; malgrĂ© les exemples d’invasion de la FĂ©dĂ©ration de Russie : Transnistrie (1990), GĂ©orgie (2008), CrimĂ©e (2014), l’aide Ă  la rĂ©pression en Syrie depuis le dĂ©clenchement de la guerre civile en 2011, sans parler des guerres civiles de TchĂ©tchĂ©nie interne Ă  la FĂ©dĂ©ration en 1994 et 1999
 malgrĂ© tous ces Ă©vĂšnements violents et mortifĂšres l’Occident a toujours espĂ©rĂ© convaincre la Russie d’adopter le droit international et le mode de vie de ses dĂ©mocraties, amadouer l’ours russe pour qu’il se concentre sur son dĂ©veloppement intĂ©rieur plutĂŽt que de vouloir encore agrandir son territoire qui est dĂ©jĂ  le plus vaste de la planĂšte. C’est un Ă©chec, incomprĂ©hensible vu de l’Ouest, mais un dĂ©sastre bien rĂ©el.

    On s’est souvent demandĂ© comment la patrie de Goethe et de Brahms a pu engendrer la barbarie nazie. On s’interroge de mĂȘme aujourd’hui sur le pays de DostoĂŻevski et de Chostakovitch qui prĂ©fĂšre envahir ses voisins Ă  la recherche d’un illusoire retour Ă  la puissance, plutĂŽt que de gĂ©rer sa population rĂ©partie sur son vaste territoire en bon pĂšre de famille. L’affrontement militaire plutĂŽt que la lutte par le dĂ©veloppement Ă©conomique et culturel, c’est un combat de gĂ©ants dont l’issue est encore improbable mais qui, quelle qu’elle soit, laissera les combattants et leurs soutiens sur le flanc, face Ă  des gĂ©nĂ©rations pĂ©tries de haines respectives qui devront payer pour reconstruire ce qui a Ă©tĂ© dĂ©truit par le fait de la bĂȘtise des hommes et qui ne rĂ©soudra pas la question existentielle de la Russie : pourquoi la trĂšs grande majoritĂ© des « pays frĂšres Â» cherche Ă  s’éloigner d’elle pour se rapprocher de l’Occident ? Un peu d’introspection sur ce sujet serait probablement bienvenu Ă  Moscou


  • « Alice Neel. Un regard engagĂ©. » au Centre Pompidou

    « Alice Neel. Un regard engagé. » au Centre Pompidou

    Alice Neel (1900-1984) est une artiste-peintre amĂ©ricaine engagĂ©e, sympathisante du parti communiste, amie de nombre de ses « compagnons de route Â», habituĂ©e de la « Factory Â» d’Andy Warhol, fĂ©ministe convaincue, en lutte pour les droits civiques… Elle fut mĂȘme fichĂ©e par le FBI pour tendance gauchisante.

    Elle est prĂ©sentĂ©e au centre Pompidou comme l’une des reprĂ©sentantes importantes du courant figuratif amĂ©ricain. 75 tableaux sont exposĂ©s qui montrent la vie ordinaire d’AmĂ©ricains d’origines et d’ñges divers. Ce sont majoritairement des portraits de personnages dans leur environnement familier. Des vues de manifestations font parfois allusion Ă  la crise de 1929 ou Ă  la lutte contre l’antisĂ©mitisme, mais le plus grand nombre de ces personnages sont peints dans leurs salons ou sur le fauteuil rayĂ© offert par Alice Ă  ses modĂšles. La misĂšre sociale n’est qu’évoquĂ©e sur les traits de certains, elle n’est pas frappante dans les peintures alors que l’artiste a menĂ© un combat contre ce flĂ©au sa vie durant. Certains tableaux assez crus se rĂ©fĂšrent Ă  la sexualitĂ©, voire la bisexualitĂ© et l’homosexualitĂ©, qui est sans doute un thĂšme portĂ© par l’artiste.

    L’ensemble donne une impression du temps figĂ© sur des personnages prenant la pose. A travers eux Alice Neel retrace les chemins tortueux d’une AmĂ©rique en proie Ă  la lutte des classes. Par son Ɠuvre et son engagement personnel elle voulut sans doute secouer le conservatisme social et moral d’une partie de cette sociĂ©tĂ©. Elle y a plutĂŽt bien rĂ©ussi.

  • Buffon toujours en place

    Buffon toujours en place

    Buffon dans son nouvel environnement. au Jardin des Plantes.

    Voir aussi : Buffon

  • Fouteballe et Salle Pleyel

    Fouteballe et Salle Pleyel

    Un samedi ordinaire Ă  Paris que le bobo-rive-gauche met Ă  profit pour aller assister Ă  un concert de rock Ă  la Salle Pleyel dans le VIIIĂšme arrondissement. HĂ©las, trois fois hĂ©las ! ce n’est pas un samedi tout Ă  fait ordinaire car nous sommes en plein championnat du monde de fouteballe au Qatar (tout de mĂȘme assez loin de Paris) et, ce samedi, se dĂ©roule un premier match impliquant le Maroc (ancien protectorat franco-espagnol jusqu’en 1956) Ă  16h et un second avec la France Ă  20h.

    Il apparait que le Maroc a gagnĂ© son match et, immĂ©diatement, la communautĂ© française d’origine marocaine, dĂ©tenant la double nationalitĂ© ou simplement marocaine, nombreuse en France, spĂ©cialement Ă  Paris, sort dans les rues en braillant, drapĂ©e dans des drapeaux marocains. Dans la capitale, les Champs ElysĂ©es sont le point de ralliement habituel pour les festivitĂ©s sportives, malheureusement pour notre bobo qui, venant de la rive gauche, doit les traverser pour rejoindre la Salle Pleyel. L’avenue est dĂ©jĂ  envahie par des hordes de supporters criant leur joie et bloquant la circulation des citoyens ordinaires. On dirait que les Ă©meutiers ne supportent pas vraiment l’équipe de France


    Une longue file de camions de forces de sĂ©curitĂ© stationne au milieu des Champs, tous gyrophares clignotants, entre la place de l’Etoile et la place Franklin D. Roosevelt. Dans toutes les rues adjacentes des brigades Ă  moto dont prĂ©-positionnĂ©es pour parer aux Ă©meutes qui ne vont pas manquer de se produire. Le dispositif sĂ©curitaire est impressionnant et on a du mal Ă  croire qu’il ne s’agit que de sport.

    A 23 heures, Ă  la sortie de la Salle Pleyel, le bobo enchantĂ© par son concert se retrouve tristement confrontĂ© Ă  la dĂ©plorable rĂ©alitĂ© de la baballe. Il comprend rapidement que la France a elle-aussi gagnĂ© son match : des voitures tous avertisseurs dĂ©clenchĂ©s convergent vers les Champs ElysĂ©es au milieu des hurlements de fans dĂ©jĂ  avinĂ©s drapĂ©s dans des drapeaux français. Il est temps de fuir le VIIIĂšme arrondissement.

    Le plus inquiĂ©tant dans cette affaire est que le Maroc doit affronter la France dans un nouveau match mercredi prochain ! Quelle que soit l’issue de cette confrontation de la baballe, l’effet va ĂȘtre dĂ©tonnant pour la libertĂ© de circuler des citoyens ordinaires et la dĂ©vastation du mobilier urbain et autres incivilitĂ©s qui devraient en rĂ©sulter.

    Une nouvelle fois on constate l’état de dĂ©labrement mental accĂ©lĂ©rĂ© dans lequel le fouteballe plonge ses amateurs et l’emprise dans laquelle il maintient mĂȘme les plus raisonnables d’entre eux. Dans le cas d’espĂšce, le statut du Maroc qui fut un protectorat français explique la prĂ©sence d’une nombreuse communautĂ© marocaine ou d’origine marocaine dans l’hexagone, plus ou moins influencĂ©e par le gloubi-boulga « dĂ©colonialiste Â» servi par une intelligentsia en mal de pĂ©nitence. Un match Maroc-France mercredi prochain dans un tel contexte est la plus mauvaise nouvelle qui puisse advenir en ce qu’elle va charrier revendications et dĂ©vastation, qui que soit le vainqueur. Les contribuables qui dĂ©jĂ  finance l’équipe de France de foute et ses frais annexes, les forces de l’ordre qu’il est maintenant indispensable de dĂ©ployer Ă  chaque compĂ©tition fouteballistique, vont Ă©galement payer pour la remise en Ă©tat aprĂšs les Ă©meutes gĂ©nĂ©rĂ©s par des matchs de baballe se dĂ©roulant Ă  3 000 km de chez eux. C’est la mondialisation du fouteballe !

    Aux derniĂšres nouvelles il n’y a pas eu d’émeutes ni au Qatar ni au Maroc Ă  la suite de ces matchs.

  • Pete Doherty & FrĂ©dĂ©ric Lo – 2022/12/10 – Paris, Salle Pleyel

    Pete Doherty & FrĂ©dĂ©ric Lo – 2022/12/10 – Paris, Salle Pleyel

    Deux musiciens se retrouvent en Normandie. L’un, Pete Doherty, enfant terrible du rock britannique (The Libertines, Babyshambles) est venu s’y apaiser auprĂšs de son Ă©pouse française qui y habite, l’autre, FrĂ©dĂ©ric Lo, français, est moins connu mais a collaborĂ© comme compositeur-arrangeur-producteur avec diffĂ©rents rockers français, dont Daniel Darc, ex-Taxi Girl qui mena ensuite une carriĂšre solo guidĂ©e par Lo.

    Ces deux-lĂ  se rencontrent un peu par hasard car Lo dĂ©sire faire participer Doherty Ă  un hommage Ă  Darc dĂ©cĂ©dĂ© en 2013 au terme d’une vie trĂšs bousculĂ©e de 53 courtes annĂ©es. Du coup nos deux larrons vont se plaire et poursuivre une fructueuse collaboration ; les textes pour Pete qui retrouve le plaisir d’écrire et FrĂ©dĂ©ric Ă  qui on ne la fait pas pour crĂ©er des mĂ©lodies poppy-mĂ©lancoliques pleines de douceur et de subtilitĂ©. Et les voici embarquĂ©s dans la magnifique maison normande figurant sur la couverture de l’album pour quelques semaines de crĂ©ation qui aboutiront Ă  la sortie du CD The Fantasy Life of Poetry & Crime (voir le trĂšs joli documentaire tournĂ© par Arte sur l’enregistrement : Peter Doherty & FrĂ©dĂ©ric Lo – The Fantasy Life of Poetry and Crime – @arteconcert disponible sur Youtube). C’est la touchante surprise de cette annĂ©e 2022 qui se termine par une tournĂ©e du duo Ă©paulĂ© aux claviers par Mme. Doherty ainsi que par une violoniste et
 les deux chiens de Pete.

    AprĂšs un premier show au Trianon, les revoici Salle Pleyel pour cette fin d’annĂ©e ! Doherty a pris beaucoup de poids, il se dit que la lutte contre ses addictions se dĂ©roule difficilement ce qui laisse quelques traces sur son physique. DĂ©braillĂ© dans un costume avachi, il promĂšne sa bonne bouille au bout de son micro. Voix enfantine sous une chevelure Ă©bouriffĂ©e, il n’a rien perdu de sa capacitĂ© Ă  Ă©mouvoir d’autant plus qu’il s’exprime dans une ambiance folk et non plus couvert par le feu de l’électricitĂ©. Lo est Ă©lĂ©gant et tout en noir, sous un chapeau de mĂȘme couleur qu’il ne quittera pas de la soirĂ©e, accrochĂ© Ă  une guitare folk qui accompagne si bien la voix poĂ©tique de son comparse. Les deux chiens jouent tranquillement sur la scĂšne, pas impressionnĂ©s du tout par la sono qui reste malgrĂ© tout d’un volume modĂ©rĂ©. Lors des shows prĂ©cĂ©dents de Doherty c’étaient deux ou trois danseuses qui faisaient une apparition, c’est ainsi, Pete a besoin de compagnie et aussi de montrer qu’il continue, un peu, Ă  s’affranchir des rĂšgles.

    En tout cas, s’il y a des rĂšgles qui sont magnifiquement respectĂ©es ce sont celles de l’harmonie et de la poĂ©sie qui insufflent Ă  ce concert un romantisme dĂ©sarmant. Les thĂšmes sont les sujets familiers qui hantent Doherty, la perte des siens, la drogue, la vie qui passe


    Sur Abe Wassenstein un hommage Ă  un ami disparu :

    He lived on a rock and you know he died upon a road
    You know he died upon a roll
    I sit and stare I say a prayer
    It’s a kind of, it’s a kind of prayer for a friend of mine
    He was a friend you know he was a friend
    He was a friend, friend of mine

    Sur The Monster, une rĂ©fĂ©rence Ă  sa lutte contre les drogues :

    But the monster’s there for me
    And I have no doubt that when I go out lad the monster adores me
    Stand and deliver it felt so right
    The Lord knows
    « La vie est tendre, belle et violente »

    Sur la rĂ©demption aprĂšs tant d’errements, Yes I wear a Mask

    I sing the sweetest saddest song
    The sweetest saddest song
    To cloud all of my wrongs
    Confuse all of my wrongs

    It’s lovely to be free my friend in-style
    Sometimes to right all of my wrongs
    Occcasionally
    Occasionnally
    I scale the highest peak
    I find the peace I seek

    Yes I wear a mask my friend inside
    Outside to hide all of my crimes
    The sweetest saddest song
    I sing thĐ” sweetest saddest song

    La roue qui tourne avec The Glassblower :

    Wine like a siren threads
    Between the lives I’ve led
    Wind swims in my naked hДad
    With my legs in the air
    My veil is two cДnturies long
    I sing forgotten songs amongst the sarees and sarongs
    There in is my lair

    La musique est douce et enveloppe tous ces titres introspectifs exactement comme il le faut, transformant en mĂ©lodie la mĂ©lancolie d’une vie brĂ»lĂ©e par les deux bouts. Pour la premiĂšre fois ce n’est pas lui qui l’a Ă©crite et il s’est laissĂ© guidĂ© dans cette collaboration douce avec FrĂ©dĂ©ric Lo. Quelle chance que Pete Doherty puisse mener ce parcours solo dans lequel il semble retrouver une once de sĂ©rĂ©nitĂ©, un soupçon d’apaisement, et qui l’oriente vers une nouvelle voie musicale qui berce notre esprit et nos Ăąmes.

    Au bout d’une heure, tout le nouveau rĂ©pertoire est jouĂ© alors le groupe revient sur quelques morceaux du premier et merveilleux album solo Grace/Wastelands, ainsi que sur une reprise de Daniel Darc : Inutile et hors d’usage, et une chanson Ă©crite par Lo : Cet obscur objet du dĂ©sir chantĂ©e par lui et dont le refrain est repris en français par eux deux. Superbe et majestueux !

    Setist : Rock & Roll Alchemy/ The Epidemiologist/ You Can’t Keep It From Me Forever/ Yes I Wear a Mask/ The Fantasy Life of Poetry & Crime/ The Monster/ Invictus/ The Glassblower/ Keeping Me on File/ Abe Wassenstein/ Far From the Madding Crowd/ Half a Person/ Inutile et hors d’usage/ Cet obscur objet du dĂ©sir/ Arcady/ Salome

    Lire aussi : Pete Doherty – 2016/11/17 – Paris le Bataclan & Pete Doherty – 2010/07/07 – Paris la CitĂ© de la Musique
  • « Nouveaux chefs d’Ɠuvre. La dation Maya Ruiz-Picasso » et « Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo » au musĂ©e musĂ©e Picasso – Paris

    « Nouveaux chefs d’Ɠuvre. La dation Maya Ruiz-Picasso » et « Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo » au musĂ©e musĂ©e Picasso – Paris

    Maya est la fille que Picasso eut en 1935 avec Marie-ThĂ©rĂšse Walker. AbordĂ©e par hasard Ă  la sortie d’un grand magasin il lui annonce : « Bonjour, je suis Picasso, nous allons faire de grandes choses ensemble. Â» Durant dix annĂ©es elle deviendra la muse et le modĂšle du MaĂźtre, avant que Dora Maar ne vienne jeter le trouble dans ce couple crĂ©atif. Ils auront une fille, Maya, que Picasso a reprĂ©sentĂ©e enfant sur des peintures et des dessins Ă  de trĂšs nombreuses reprises.

    Certains de ces tableaux font partie d’une dation acceptĂ©e par l’Etat en paiement des droits de succession de Maya et sont exposĂ©s ici avec d’autres piĂšces de la collection personnelle de Picasso. Maya sous toutes ses formes au rez-de-chaussĂ©e, la relation de Maya avec son pĂšre au premier et une plongĂ©e dans la rĂ©sidence de l’artiste sur les hauts de Cannes au troisiĂšme.

    Le premier Ă©tage est intĂ©ressant et dĂ©taille la relation fusionnelle entretenue par l’artiste avec sa fille durant sa jeunesse. Ses cahiers d’écoliĂšres sont exposĂ©s dans lesquels Pablo dessinait pour lui enseigner les bases, ainsi que les multiples photos de l’enfant en famille, des extraits de Clouzot tournant le film « Le mystĂšre Picasso Â» en 1955 pour lequel Picasso exigea que Maya, 20 ans, soit l’assistante du rĂ©alisateur. Et puis la rupture alors que Maya veut prendre son indĂ©pendance. Ils ne se reverront plus jusqu’à la mort de l’artiste. Ce que ne dit pas l’exposition c’est que Marie-ThĂ©rĂšse, la mĂšre de Maya se suicidera par pendaison quatre annĂ©es aprĂšs la mort de l’artiste. Pas facile de vivre dans l’environnement d’un gĂ©nie.

    Les combles restaurĂ©s du musĂ©e sont consacrĂ©s Ă  « La Californie Â», la somptueuse demeure acquise par l’artiste au-dessus de Cannes oĂč il s’installe en 1955 dans une frĂ©nĂ©sie crĂ©atrice en compagnie de sa derniĂšre femme, Jaqueline Roque, avant de migrer en 1961 Ă  Mougins oĂč il finira ses jours en 1973. Cette pĂ©riode est trĂšs documentĂ©e avec nombre films et photographies qui sont exposĂ©s dans ce musĂ©e parisien et plonge le visiteur dans l’environnement crĂ©atif de Pablo Picasso.

    Un dĂ©tour par le musĂ©e Picasso s’impose avant que l’exposition « Maya » ne prenne fin le 31 dĂ©cembre de cette annĂ©e.

    Le deuxiĂšme Ă©tage expose les Ɠuvres de Farah Atassi, inspirĂ©e par le cubisme picassien rendu ici sur de grandes toiles aux dessins gĂ©omĂ©triques de joyeux paysages de bords de mer aux couleurs pastel.

  • Une soirĂ©e sur TĂ©lĂ©-BollorĂ©

    Une soirée sur Télé-Bolloré

    Un petit zapping en soirĂ©e sur les chaĂźnes dĂ©tenues par l’homme d’affaires Vincent BollorĂ© permet de constater que la « ligne Ă©ditoriale Â» ne varie guĂšre.

    Sur CNEWS on regarde la Messe de l’ImmaculĂ©e conception de la Vierge Marie Ă  Cotignac, dite par un prĂȘtre « issu de la diversitĂ© Â», ce qui ne manque pas de sel s’agissant d’une chaĂźne dont une bonne part du fonds de commerce est basĂ©e sur la critique de l’immigration. Sans doute considĂšre-t-elle que l’Eglise est un « secteur en tension Â» nĂ©cessitant l’assouplissement de son dogme « immigration 0 Â».

    Sur C8 on voit dans l’émission menĂ©e par Cyril Hanouna une gamine, qui commence toutes ses phrases par « genre
 Â» ou « j’étais en mode
 Â» (ou encore « genre, j’étais en mode
 Â»), expliquer comment Ă  14 ans elle envoyait des photos d’elle nue avec un « Youtuber Â» qu’elle accuse dĂ©sormais de l’avoir mise sous emprise. Pour ceux qui l’ignore, rappelons qu’un « Youtuber Â», encore appelĂ© « influenceur Â», est une personne qui diffuse des vidĂ©os d’elle-mĂȘme sur la plate-forme Youtube pour vanter les mĂ©rites d’une marque de vernis Ă  ongles ou de shampoing. Elle est gĂ©nĂ©ralement rĂ©munĂ©rĂ©e par lesdites marques et, pour les plus riches, installĂ©e Ă  DubaĂŻ, centre mondial du clinquant.

    On se souvient de la lĂ©gendaire intervention de Nabilla qui assurait la promotion de la cryptomonnaie bitcoin : Nabilla et le bitcoin.

    Afin de poursuivre sa progression, M.  Hanouna a enrichi son Ă©quipe de commentateurs avec Jean-Marie Bigard, humoriste scatologique qui s’est illustrĂ© avec ses positions antivax durant la crise sanitaire de la Covid.

    On se demande comment la famille BollorĂ© qui a dĂ©montrĂ© son intelligence et son efficacitĂ© dans le dĂ©veloppement de ses affaires peut faire preuve d’une telle compromission dans des mĂ©dias d’un si dĂ©plorable niveau ? Ce n’est sans doute pas par intĂ©rĂȘt Ă©conomique car ces mĂ©dias sont gĂ©nĂ©ralement des gouffres financiers. Il s’agit probablement plus d’une question d’hubris pour la famille bretonne comme celui d’autres familles capitalistes françaises qui ont toutes acquis, ou pris des participations dans des mĂ©dias : les Arnault (notamment Les Echos et Le Parisien), Pinault (Le Point et Point de vue), Dassault (Le Figaro), Drahi (LibĂ©ration, BFM, RMC, L’Express), Niel (TĂ©lĂ©rama, La Vie, Nice Matin, Le Monde), Bouygues (TF1), etc. Alors que beaucoup ont investi dans les mĂ©dias pour disposer d’un vecteur diffusant leur vision politique du monde (par exemple Dassault a achetĂ© Le Figaro, journal « de droite », pas LibĂ©ration, quotidien « de gauche »), la spĂ©cificitĂ© des BollorĂ© est d’avoir misĂ© sur des mĂ©dias abrutissant les masses. Elles sont effectivement un marchĂ© d’avenir mais quel plaisir cette famille peut-elle avoir de savoir que les animateurs qu’elle rĂ©munĂšre se vautrent dans la fange sans la moindre retenue ? C’est un mystĂšre propre aux BollorĂ©. Un premier Ă©lĂ©ment de rĂ©ponse serait de savoir s’ils laissent leurs jeunes enfants regarder Hanouna le soir ?

    Lire aussi : La pollution des neurones par les mĂ©dias « populaires Â»