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  • FOGEL Benjamin, ‘Le renoncement de Howard Devoto’.

    FOGEL Benjamin, ‘Le renoncement de Howard Devoto’.

    Sortie : 2015, Chez : Le mot et le reste.

    Benjamin Fogel, né en 1981, est un écrivain auteur de nombreux ouvrages sur la pop-culture. « Le renoncement de Howard Devoto » est une biographie fictionnelle sur Howard Trafford, de son vrai nom, né en 1952 à Manchester dans une famille bourgeoise moyenne. Gamin peu intéressé par les études mais bien plus par la montée en puissance du mouvement punk au Royaume-Uni, il écoute les Stooges et Brian Eno, admire David Bowie, et convainc son pote Pete Shelley d’aller assister à un concert des Sex Pistols à Londres en 1976. C’est une nouvelle vie qui commence pour eux qui savent à peine jouer quelques notes, lui sur un clavier, Pete sur une guitare.

    Ensemble ils créent le groupe Buzzcoks qui deviendra l’un des phares du mouvement punk. Howard est au chant et compose les chansons avec son compère. Garçon introverti et épris d’absolu, pas de compromission avec l’industrie de la musique, pas de promotion de leurs œuvres, il quitte les Buzzcoks au bout d’un an alors le succès s’annonce comme éclatant. Il le restera d’ailleurs longtemps puisque le groupe tournait encore dans les années 2010 avant le décès de Shelley en 2018.

    Devoto fonde un nouveau groupe : Magazine, avec d’autres musiciens dont notamment John McGeoch, guitariste d’exception et Dave Formula, claviériste. Ensemble ils inaugurent une sorte d’avant-garde punk. McGeoch quittera Magazine, un peu lassé du manque de succès commercial, pour rejoindre Siouxsie and the Banshees menée par l’icône punk Siouxsie Sioux, puis de rejoindre Public Image Ltd, le groupe fondé par Johnny Rotten après la dissolution des Sex Pistols. Il est mort en 2004 à 48 ans.

    Après quatre albums plutôt réussis, Howard Devoto, toujours effrayé par le succès et à la recherche d’autre chose, dissout Magazine, se lance dans quelques expériences musicales solo puis devient… archiviste dans une agence de presse durant 20 ans. Le temps d’une courte reformation en 2009, Magazine publie ce qui sera sans doute leur dernier album : No Thyself.

    Fogel se penche avec intérêt sur le curieux parcours de Devoto, passé du statut de rock-star à celui d’archiviste, du monde punk un peu dévasté à la vie tranquille de salarié dans une agence de presse. Sa quête d’absolu ne lui a pas permis de poursuivre la voie de la musique de façon durable mais au moins a-t-il créé quelques albums de légende dont des groupes célèbres ont revendiqué l’influence, de Radiohead à Simple Minds en passant par Johnny Marr (guitariste compositeur au sein de The Smiths) ou Jarvis Cocker (Pulp). Un personnage créatif, novateur et égaré, comme seul le Royaume-Uni sait en créer dans le monde du rock.

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  • MONTHERLANT Henry, de, ‘Les Célibataires’.

    MONTHERLANT Henry, de, ‘Les Célibataires’.

    Sortie : 1954, Chez : Librairie Gallimard.

    Henry de Montherlant (1895-1972) fut un écrivain prolifique du XXe siècle, auteur de romans, d’essais et de pièces de théâtre, issu d’une famille de la bourgeoisie de l’Ancien Régime, anoblie au XVIIe. Sa vocation d’écrivain lui est apparue à l’adolescence. Blessé durant la première guerre mondiale il s’élève contre le défaitisme qui s’empare de certains dirigeants français alors que la seconde se profile à l’horizon pour laquelle il est réformé par suite de ses blessures de 1918. Il suit la bataille de France de mai-juin 1940 comme journaliste. Après la Libération il est accusé de collaboration pour avoir commis quelques textes un peu métaphoriques sur « l’amitié chevaleresque entre vainqueur et vaincu ». Son dossier sera classé sans suite par les tribunaux d’épuration. Porté par son admiration pour le monde antique il se consacre ensuite à sa vocation d’écrivain et une œuvre tournée vers le bien et le mal. Il se suicide en 1972 alors qu’il devenait progressivement aveugle et sans doute perturbé dans sa vie affective du fait de son homosexualité, pas facile à assumer à l’époque.

    « Les Célibataires » raconte la vie de deux aristocrates, l’oncle et le neveu, tout entier centrés sur eux-mêmes et leurs petits tracas. Nous sommes dans l’entre-deux guerres à Paris, boulevard Arago. Ils ne travaillent pas et se débattent dans des soucis d’argent, la fortune familiale ayant été consommée depuis longtemps. Heureusement un frère de l’oncle a réussi dans les affaires et comble les trous béants laissés dans le budget des deux premiers, amplifiés par leur refus de mener toute activité rémunératrice que ce soit. Ils ne vont quand même pas se mettre à travailler pour vivre comme les roturiers ! Alors Montherlant décrit par le menu détail l’ordinaire inintéressant et répétitif de cette noblesse désargentée qui ne se remettrait en cause pour rien au monde.

    La narration de ce monde à la dérive est minutieuse et jouissive. Montherlant prend à malin plaisir à insister sur les petits riens des vies et des pensées de ces deux aristocrates sur le retour. Ils sont acerbes entre eux deux, insignifiants par dessus tout et, bien sûr, venimeux contre l’oncle qui les supporte financièrement. Il n’y a rien de bon dans le cœur de ces célibataires sinon la méchanceté qui les fait survivre. Le narrateur est habile dans la cruauté avec laquelle il écrit sur ce monde qui se dissout. Nous sommes dans la littérature du début du XXe siècle, un temps où le style était fin et soigné. Montherlant fut un des maîtres de cette époque.

  • BRMC – 2025/12/09 – Paris L’Olympia

    BRMC – 2025/12/09 – Paris L’Olympia

    Les Black Rebel Motorcycle Club (BRMC) organisent une tournée pour célébrer le 20e anniversaire de leur troisième album Howl, dont le titre se référait au long poème d’Allan Ginsberg, écrit en 1956, texte fondateur de la beat generation, longtemps censuré aux Etats-Unis ; un texte abstrait de révolte contre l’Amérique matérialiste, plein de colère et de folie, mais qui conclut sur une rédemption possible. Le disque sorti 50 ans après le poème avait surpris lors de sa parution par son caractère plutôt introspectif.

    C’est Peter Hayes (chant, guitare) qui chante en solo le morceau d’ouverture Devil’s Wantin’ en s’accompagnant à la guitare acoustique. Il porte un sweat à capuche qui lui descend sur les yeux qu’il ne quittera pas de tout le show, un jean noir et de gros godillots de même couleur façon bottes de motard. Ne seraient-ce sa voix et son jeu de guitare, on pourrait ne même pas savoir si c’est bien lui qui est sur la scène…

    Robert Levon Been (chant, bass et guitare) et Leah Shapiro (batterie, ex-The Raveonettes.) le rejoignent pour Shuffle Your Feet et sa curieuse intro vocale « Time won’t save our souls » répétée plusieurs fois a cappella. Robert joue de la guitare et porte une espèce de manteau gabardine long dont on se demande comment il peut le supporter dans la chaleur qui règne déjà dans l’Olympia au complet. Il le jette en coulisse après quelques chansons. Peter est toujours sous sa capuche et tire de longues plaintes blues et métalliques de sa guitare. Leah a pris du poids mais n’a pas perdu le rythme. Tout est en place, vous êtes au concert des Black Rebel Motorcycle Club, laissons-nous aller dans cette musique sombre et brute.

    Le disque Howl est presque joué en totalité nous ramenant deux décennies en arrière de cette musique intemporelle inspirée par l’histoire d’une Amérique souvent ambivalente mais dont la noirceur électrique nous évoque les cabarets enfumés où ces trois-là ont traîné leurs bottes. Leur musique exsude le blues, celui des champs de coton tristement récoltés par les esclaves noirs, mais aussi le folk de Guthrie et Dylan lorsque que les deux guitaristes chantent en duo sur le devant de la scène, et le rock psychédélique quand après avoir servi les chansons de Howl ils terminent le concert avec des classiques énergiques qui mettent l’assistance en joie.

    Howl est un album à part dans la discographie des BRMC avec de longs passages nostalgiques accompagnés seulement par des rythmes lents des guitares acoustiques sur lesquelles se posent la voix de Pete un peu nasillarde et torturée et celle plus grave et profonde de Robert. Tous deux éprouvent manifestement du plaisir à emmener leur public sur le chemin plus doux de ces longues complaintes harmonieuses. Pete joue aussi régulièrement de l’harmonica et même du trombone sur un des morceaux. On le découvre à l’aise avec cet instrument à vent qui s’applique bien à l’atmosphère ambiante.

    Il est bon aussi de voir nos rockers américains mettre en pause leur habituelle énergie démesurée pour un instant musical hors du temps et de la furie.

    You try so hard to be cold
    You try so hard to not show
    I give you nothing to doubt, and you doubt me
    I give you all that I have, but you don’t see

    (Howl)

    Les fans savent aussi apprécier ce changement de pied d’autant plus que la fin du concert est dédiée aux morceaux plus classiques, séquence entamée à partir de la chanson Berlin. On retrouve alors le climat surchauffé d’un rock bluesy où parle l’électricité des guitares et le beat métronomique sourd de Leah. Pete part dans de longues glissades réverbérées sur ses cordes qui rebondissent sur les murs de la salle pour percuter nos tympans. Dans la fosse la foule ondule et transpire, la sécurité évacue les pogotteurs vers les coulisses en les portant par-dessus les barrières aux pieds de la scène. Pete, à genoux devant ses pédales torture sa guitare à grandes embardées de larsen et d’effets hurlants pendant que Robert tente une descente dans la fosse tenant sa bass sous le bras droit comme une kalachnikov dont chaque note serait une balle qui vient percuter nos sens.

    Spread your love like a fever
    And don’t you ever come down
    Spread your love like a fever
    And don’t you ever come down
    I spread my love like a fever
    I ain’t ever coming down

    She gave me love like a big fire
    I only saw it once
    She spread her love like a fever
    She’s bad, but not enough

    (Spread your Love)

    Le nom du groupe Black Rebel Motorcycle Club et sa référence au film L’Equipée Sauvage résonne aux oreilles de l’assistance en transe : cuir, vrombissements et cambouis, on se croirait dans une attaque du gang de motards mené par Marlon Brando…

    Robert descend la capuche de son compère et ébouriffe ses cheveux bouclés gris avant qu’il ne recoiffe rapidement celle-ci. Le concert se termine après deux heures-et-demie et ce final de feu, il n’y aura pas de rappel, le dernier morceau, Open Invitation, fait redescendre la tension en douceur après un très beau concert de ce groupe original.

    On and on
    I’ve been waiting on the open invitation
    You’re silent show me no relation
    In the rising cold
    Don’t you feel alone
    I’ll be standing with your sorrow
    All you left me’s gone away tomorrow
    And we may never be here again
    And we may never be here again

    (Open Invitation)

    Setlist

    Devil’s Waitin’/ Shuffle Your Feet/ Howl/ Ain’t No Easy Way/ Still Suspicion Holds You Tight/ Promise/ Weight of the World/ Fault Line/ Complicated Situation/ Mercy/ Restless Sinner/ Sympathetic Noose/ Gospel Song/ The Line/ Red Eyes and Tears/ Red Eyes and Tears/ (reprise)/ White Palms/ Beat the Devil’s Tattoo/ Berlin/ Conscience Killer/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Spread Your Love (with Nuutti Kataja) (from Dead Combo)/ Shadow’s Keeper/ Open Invitation

    Warmup

    Night Beats (Robert vient jouer le dernier morceau avec le groupe).

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    Les photos de Roberto

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  • Une tragédie de la bêtise humaine

    Une tragédie de la bêtise humaine

    Il a suffi de passer quelques minutes devant la cérémonie d’élection de Miss France 2026 ce samedi 6 décembre pour prendre conscience une nouvelle fois de l’abîme de stupidité au bord duquel le pays est en train de se pencher. Présentée par Jean-Pierre Foucault « animateur » de télévision de 78 ans engoncé dans son smoking, vieilli et grossi, il continue à son âge avancé à se compromettre dans cette cérémonie d’un autre âge.

    Une Miss d’on ne sait plus quelle région a été élue et le lendemain on apprenait que Miss Aquitaine et Miss Provence avaient été « destituées » par leurs comités régionaux respectifs.

    Cette décision fait suite à la diffusion d’une vidéo tournée dans les loges de l’élection de Miss France 2026 dans laquelle les deux candidates tiennent et relayent des propos injurieux à l’égard des douze demi-finalistes. Ces paroles et cette attitude sont en total contradiction avec les valeurs que nos comités s’efforcent de défendre.

    Signé comités Miss Provence côte d’Azur et Miss Aquitaine

    D’après la presse, populaire et pas, les propos injurieux seraient « C’est toutes des grosses putes » aurait dit l’une, modérée par l’autre qui ajoute « Ouais, pas toutes, mais beaucoup ». Le plus fascinant dans cette histoire est que ces deux grâces se sont sans doute filmées elles-mêmes et la vidéo « poétique » a dû être publiée sur les réseaux dits « sociaux » sans même qu’elles ne s’en aperçoivent, tant le narcissisme de cette génération la pousse à filmer tous ses faits et geste et à les diffuser.

    Bien entendu, la diffusion des ces insultes entre Miss a déclenché un tsunami d’insultes et de menaces en retour sur les réseaux dits sociaux de nos brillantes donzelles. La bêtise attise la crétinerie.

    On cherche en vain les « valeurs » du comité Miss France qui sont mentionnées dans le communiqué de destitution. Au moins on imagine aisément celles qui ne font partie de ce référentiel mystérieux. Cette cérémonie annuelle de l’élection d’une Miss nationale est un business, affligeant certes, mais un business dont le marché est basé sur l’abrutissement des masses auquel lui-même participe, un gage de croissance.

    Comment voulez-vous qu’un pays où Nabilla affiche 10 millions de suiveurs sur Instagram et où des millions de spectateurs regardent les élections de Miss France chaque année sur TF1 soit un pays d’avenir ?

  • « My name is Orson Welles » à la Cinémathèque

    « My name is Orson Welles » à la Cinémathèque

    La Cinémathèque française expose l’œuvre et le personnage d’Orson Welles (1915-1985), artiste américain aux multiples talents : acteur, réalisateur, producteur, scénariste, écrivain, qui est resté l’une des légendes sacrées du cinéma et du théâtre en Occident. Son premier fait d’armes est sa lecture à la radio en 1938 de La Guerre des Mondes de H.G. Wells, une lecture faite avec tant de réalisme que nombre de citoyens américains ont plus ou moins cru que des martiens débarquaient réellement sur la terre pour la dévaster.

    Son premier long métrage : Citizen Kane (1941) a longtemps été qualifié de Meilleur film de tous les temps. Il retrace de façon très reconnaissable la vie du magnat américain de la presse William Randolph Hearst (1863-1951) aux idées et aux méthodes très conservatrices. Il fera d’ailleurs tout pour nuire au film à sa sortie qui connut de ce fait une diffusion limitée, avant de ressortir en grandes pompes en 1959.

    Cela ne découragea point Orson Welles toujours lancé de multiples projets au cinéma, au théâtre ou à la radio, comme acteur ou comme metteur en scène, aux Etats-Unis ou en Europe. Enfant précoce du monde du spectacle il a sa vie durant développé une énergie et une créativité sans bornes au service de ce monde et de ses ambitions personnelles. Il connait des succès et des échecs, s’affronte au business d’Hollywood, échoue à monter une adaptation du roman de Conrad Au cœur des ténèbres (qui donnera finalement Apocalypse Now de Francis Ford Coppola), monte La Dame de Shangaï (avec Rita Hayworth qu’il épouse avant de divorcer quelques années plus tard), Le Troisième Homme (adapté du roman éponyme de Graham Green), Othello, Le Procès (avec Jeanne Moreau)…, tourne pour la télévision en France, épouse ou séduit nombre d’actrices, reçoit un Oscar d’honneur au Festival de Cannes en 1971, publie des romans, etc. Une vie à l’hyperactivité délirante au service de la civilisation du spectacle, avec un talent et une originalité remarquables.

    Table de montage d’Orson Welles

    Avec photos, vidéos, textes et sons, la Cinémathèque rend compte de la personnalité foisonnante de cet artiste talentueux au physique de géant affublé de sa célèbre barbe, qui a tant marqué le cinéma de son temps et au-delà.

    Le visiteur de la Cinémathèque apprend que les salles de cinéma de l’établissement sont fermées pour une désinfection suit à une invasion de puces de lits qui polluent les sièges de ces salles, en espérant que les espaces d’exposition ont été préservés de ces nuisibles…

  • « Eugeny Kissin joue Scriabine » à l’auditorium de Radio France

    « Eugeny Kissin joue Scriabine » à l’auditorium de Radio France

    L’Orchestre philharmonique de Radio-France s’est tourné vers l’est ce soir. Le chef polonais Krysztof Urbanski dirige la « Petite suite » du compositeur polonais Witold Lutostawski (1913-1994), une pièce moderne sortie en pleine période « idéologique » soviétique quand il fallait que la musique reflète « le réalisme socialiste » (Staline a fait récrire des symphonies à Chostakovitch car elles ne correspondaient pas à la doxa du parti communiste). La Petite suite se sort bien de ce carcan culturel en s’inspirant des musiques folkloriques polonaises. L’utilisation renforcée du piccolo marque ce tropisme.

    Le célèbre pianiste russe Eugeny Kissin, né en 1971, vient ensuite interpréter le concerto en fa dièse mineur, op. 20, d’Alexandre Scriabine (1871-1915), toujours sous la baguette du chef polonais. Créé en 1897 (l’année du décès de Brahms) ce concerto se révèle assez classique dans son romantisme, le soliste est glorieux. A douze ans il interprétait déjà les deux concertos pour piano de Chopin… On a parfois l’impression que le piano est un peu noyé sous l’orchestre, sans vraiment identifier si c’est une question de placement de certains spectateurs ou alors prévu dans la composition ?

    En deuxième partie l’orchestre joue la Symphonie n°6 en si mineur, op. 74 de Tchaïkovski, crée en 1893. Baptisé « Symphonie Pathétique » on comprend mieux cette appellation lorsque le chef reste un long moment silencieux après avoir replié sa baguette à l’issue du quatrième et dernier mouvement, l’Adagio lamentoso, dont l’inspiration tragique serre les cœurs. Tchaïkovski est mort quelques jours après la création de cette œuvre qui fut son chant du cygne. On a parlé du choléra ou d’un empoisonnement pour expliquer sa mort à seulement 53 ans. On a aussi évoqué un suicide pour avoir dévoyé un jeune officier.

    Cette musique russe, Scriabine et Tchaïkovsy, comme Kissin, sont russes, dirigée par un Polonais, démontrent quand même l’attachement culturel de la Russie à l’Occident, au moins à cette époque. Malgré Chostakovitch, les événements géopolitiques récents révèlent que ce pays est en train de changer de camp. C’est aussi pathétique que la symphonie éponyme de Tchaïkovski. Après de tels apports à la musique, c’est d’une grande tristesse, mais ne n’est pas avec des concertos que la planète est gouvernée ! Et la musique est loin d’être universelle, hélas, pas plus que les droits de l’homme.

  • La Géorgie regarde vers l’Est

    La Géorgie regarde vers l’Est

    La Géorgie, ex-république Soviétique (Staline est d’ailleurs né en Géorgie), à qui l’Union européenne a bien imprudemment délivré le statut de candidat à l’adhésion à l’UE, est confrontée à une contestation interne entre les proeuropéens et les prorusses. À la suite de la guerre de Géorgie en 2008, la Russie occupe deux régions géorgiennes et ne compte pas les rendre. Celles-ci, russophones et russophiles, ne semblent d’ailleurs pas très intéressées par quitter le parapluie russe.

    Lire aussi : La Géorgie et la Moldavie tiraillées entre l’Est et l’Ouest

    Pour le reste de la Géorgie toujours souveraine, le gouvernement en place affiche ses tendances prorusses et les sondages locaux, pour autant que ceux-ci soient fiables, montrent que seule une petite moitié de la population regarde vers l’ouest et serait intéressée par une adhésion à l’Union européenne (UE) qui impliquerait leur éloignement du monde russe.

    Ce pays, instable et pauvre, de 4 millions d’habitants, toujours entre un coup d’Etat et une invasion russe n’est clairement pas en mesure de remplir les conditions d’adhésion à l’UE. Il ne représente pas vraiment d’intérêt pour l’Union elle-même mais plutôt une source potentielle d’ennuis assez considérable si son adhésion devenait effective un jour. La motivation de sa population pour une adhésion semblant plus que modérée le mieux serait de ne pas insister et de laisser ce pays vivre sa vie, sans bien sûr s’empêcher de coopérer avec lui. Mais en faire un membre à part entière de l’UE est un défi hors de portée des deux parties. Quel besoin avait alors l’UE de délivrer un statut de candidat à l’adhésion à la Géorgie ? Il va être difficile de s’en défaire comme on n’a pas su l’annuler dans le cas de la Turquie même si plus grand monde ne pense que ce pays pourrait un jour devenir membre de l’UE. Juridiquement la candidature à l’adhésion tient toujours, comme pour l’Ukraine d’ailleurs.

    Lire aussi : Le syndrome de l’adhésion

  • Baxter Dury – 2025/12/04 – Paris salle Pleyel

    Baxter Dury – 2025/12/04 – Paris salle Pleyel

    On avait quitté Baxter Dury en 2018 en concert au Casino de Paris avec son album Prince of Tears, l’eau a coulé depuis sous les ponts de la Tamise, trois CD sont sortis dont le dernier Allbarone présenté ce soir, et l’on retrouve Baxter en pleine fièvre électro avec un groupe de choc sur l’agréable scène de la salle Pleyel.

    Trois petites estrades accueillent un bassiste, un batteur, qui forment tous deux une redoutable rythmique, et l’extraordinaire claviériste-chanteuse française Fabienne Débarre (du groupe Evergreen, basée à Londres) dont la voix assure bien plus que les chœurs, mais un duo parfait avec le meneur de jeu. Elle est créditée sur différents albums de Dury. Elle porte ce soir un court body sous un ensemble pantalon-tailleur noir à paillettes qui brillent sous les lumières, des cheveux longs et affiche un petit sourire discret.

    Les trois musiciens se mettent en place alors que la sono diffuse une musique africaine de Fela Kuti juste après Ashes to Ashes de Bowie. Les lumières s’éteignent au premier coup de batterie et entre alors Baxter Dury, élégant, les cheveux bouclés grisonnants, il a 53 ans et belle allure, une barbe de trois jours de la même teinte. Il est vêtu d’un costume croisé beige clair porté sur sa chemise jaune pâle largement ouverte sur de lourdes chaînes en or qui pendent à son cou, un peu façon gangsta-rap, et des baskets noires. Sa veste passe plus de temps descendue sur ses coudes que bien en place sur ses épaules, il en joue tout en parcourant la scène largement libérée pour lui devant les trois estrades. Comme un lion en cage il va, vient et prend la pose devant le public affichant quelques singeries corporelles à la façon de la célèbre flèche du sprinter jamaïcain Usain Bolt.

    Mais quand il reprend le micro on retrouve sa voix sourde et profonde à l’accent cockney, chanté-parlé, crié-scandé, plutôt incompréhensible dans le charivari musical qui s’empare du groupe ce soir, mais qu’importe tant on est pris par les rythmes, pulsionnels mais jamais agressifs car toujours adoucis par le chant et les ritournelles électroniques de Fabienne. La voix de cette choriste de luxe est le plus souvent traitée par les machines et en sort transformée, en chœur nombreux alors qu’elle est seule, en voix de dessin animée ou carrément en voix masculine robotisée (Mr W4). Elle se tient devant trois petits claviers et un ordinateur sur lequel elle lance chaque morceau d’un petit click pour que tout s’enclenche et cela fonctionne merveilleusement, on entend parfois des riffs de guitare alors qu’il n’y a pas de guitare en action sur la scène, des aboiements de chien sur The Night Chancers, des boums et des cracs, tout un inventaire de bruits électroniques rigolos. C’est un peu elle qui mène la danse en lançant ses machines qui déclenchent cette folie musicale. L’ensemble est admirablement synchronisé et on se demande bien comment la technique arrive à assurer ce résultat probant avec seulement quatre humains sur la scène dont Baxter qui ne touche à aucun instrument ou machine à aucun moment. On vit vraiment une époque formidable !

    Les morceaux s’enchaînent, le beat bass/batterie martèle nos cerveaux, les séquences électroniques se succèdent, les rengaines synthétiques se superposent, Fabienne bat la mesure avec ses épaules sous son costume brillant et « ses » voix nous font fondre, le tout sur une cadence à rendre jaloux un rappeur de banlieue. Baxter chante avec conviction en continuant d’arpenter la scène mais il semble physiquement un peu décalé par rapport aux rythmes urbains et saccadés furieusement délivrés par ses musiciens. Il est le flux arpentant la scène quand le trio, plus statique, déclenche rythmes hypnotiques et machines déchaînées.

    Le disque Allbarone est presque servi intégralement avec quelques incursions dans le passé : It’s a Pleasure, Miami, Palm Trees transfigurées à la mode électro. L’enchaînement final est explosif sur Allbarone/ Shadenfreude. Des histoires un peu glauques. Celle d’Allbarone fait référence à la chaîne de bars en Grande-Bretagne (All Bar One prononcé pour l’occasion ‘alboroni’) où erre le narrateur au chœur de Piccadilly sous la pluie…

    There’s a bitter light on the Piccadilly line
    Everyone can see where I was crying
    I told you I was a writer, you smuggled a grin
    You left me hanging an empty horizon

    That night in Albarone, I sat in the rain
    Thought about all those promises made
    There’s a fragment of love left in a tattooed soul
    Before I’d even met you
    I booked a hotel

    That night in Albarone, I sat in the rain
    Thought about all those promises made

    Le rythme est éblouissant ponctué par les textes désabusés de Baxter et le chant suraiguë de Fabienne implorant une réponse à ses messages suggérant de se retrouver à Allbarone. Le clip de ce morceau se passe à Venise où l’on voit Dury un bouquet de roses à la main dans une gondole sur les canaux. Le climat tristoune de Londres sous la pluie nocturne délocalisé vers le romantisme de Venise, Baxter Dury cultive les contrastes, musicaux et visuels.

    Sur Shadenfreude (« joie mauvaise » en allemand), le narrateur déambule dans des hôtels entre Stockholm et la Lituanie, son amoureuse joue ou chante dans un groupe qui récolte de mauvaises critiques, elle le délaisse et rit de lui dans son dos, il est amer, vit de mauvaises « descentes » de MDMA et se vautre dans la shadenfreude. Ambiance !

    Pour le rappel Baxter revient avec un costume marron droit et des chaussures de ville de même couleur. Démarré avec les nappes de mellotron du superbe Mr W4 qui clôt le dernier album, il se termine sur un retour à la veine romantique avec Prince of Tears, titre qui donna son nom à l’album sorti en 2017.

    Prince of tears, prince of tears
    No one’s gonna love you more than us

    And the prince of tears
    Stood on his driveway
    Washing his hands of all the guilt
    And bad things

    Everybody loves to say goodbye
    Prince of tears, don’t leave me like this laughing at you

    Tout le monde salue les artistes et cette magnifique reconversion électro de Baxter Dury, sans doute sous l’influence de Paul Epworth, musicien britannique qui a produit des artistes comme Bloc Party, Primal Scream, The Rapture, Babyshambles… Il a co-écrit et produit Allbarone et certainement inspiré cette atmosphère musicale revigorante et jouissive.

    Les lumières se rallument et Bowie revient avec Ashes to Ashes sur la sono. En quittant son rang, le spectateur jette un dernier regard sur le fond de la scène où s’affiche le logo de la tournée : la silhouette d’un homme sur fond pastel avec une jambe droite hypertrophiée faisant peut-être référence à son père Ian Dury (1942-2000), prince du punk (sophistiqué) et auteur, entre autres, du célèbre hymne Sex & Drug & Rock’n’Roll. Il avait souffert de la poliomyélite dans son enfance et avait gardé sa vie durant une démarche claudicante du fait d’une jambe atrophiée. Baxter a un fils, peut-être fera-t-il vivre une troisième génération de rockers Dury !

    Setlist

    Zombie (Fela Kuti song)/ Alpha Dog/ Hapsburg/ I’m Not Your Dog/ The Night Chancers/ Mockingjay/ Almond Milk/ Oi/ Aylesbury Boy/ Return of the Sharp Heads/ Kubla Khan/ Pleasure/ Palm Trees/ Miami/ Cocaine Man/ Allbarone/ Schadenfreude

    Encore : Mr W4/ Celebrate Me/ Prince of Tears/ Baxter (these are my friends) (Fred again.. cover)

    Warmup 

    Le rappeur nigérian Joshua Idehen, accompagné d’un DJ suédois, détaille sa philosophie avec bonhommie entre deux pas de danse, The pressure cannot hit a moving target ou Rytme is the weapon. Le garçon est bienveillant, après nous avoir rappelé qu’il a été élevé dans la religion chrétienne et qu’il n’est plus croyant aujourd’hui, il demande aux spectateurs, comme à la messe, de serrer la main de leurs voisins en leur disant « You are good! ». On s’exécute dans la bonne humeur.

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  • Pekka Halonen – Un hymne à la Finlande

    Pekka Halonen – Un hymne à la Finlande

    Le Petit Palais poursuit ses expositions de peintres nordiques. Aujourd’hui c’est le finlandais Pekka Halonen (1865-1933) qui est à l’honneur. Cette rétrospective montre notamment ses peintures de paysages enneigés dont il était passionné. Il avait construit sa maison-atelier à Tuusula sur les bords d’un lac à une trentaine de kilomètres d’Helsinki. Il disait qu’il lui suffisait de sortir de chez lui pour plonger au cœur de son inspiration. Fasciné par la nature de ce pays rude il a peint la neige dans tous ses aspects, sur les forêts de bouleaux, sur les lacs gelés, sur les bourgeons des arbres ou sur les toits de maisons en bois. Cela donne des tableaux majestueux et apaisants, comme doivent l’être les grands espaces de ce pays nordique. Il a aussi peint avec talent des personnages, sa femme d’abord, et des enfants au bord de l’eau tellement blonds qu’ils ne peuvent venir que de Scandinavie, des pêcheurs, son frère violoniste, des paysans, des autoportraits… Tous ses tableaux sont empreints d’une grande simplicité, dégageant une douce sérénité.

    Il a enrichi sa formation à l’occasion de plusieurs séjours à Paris où il fut notamment l’élève de Gauguin de retour de Tahiti en 1893. Il fut aussi un patriote finlandais qui s’est engagé pour défendre la culture et la souveraineté finnoises souvent mises à mal au cours de l’histoire.

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    Rappel historique

    Placée au bord de la mer Baltique, la Finlande a été envahie à de multiples reprises par des voisins guerriers peu soucieux de sa souveraineté. Dans l’histoire contemporaine, elle fut d’abord rattachée au royaume de Suède jusqu’au début du XIXe siècle. Puis en 1908 le tsar Alexandre 1er conquiert la Finlande à l’issue de la guerre russo-suédoise et lui donne le statut de Grand-duché rattaché à la Russie mais avec une autonomie limitée, puis les tsars suivants révoquèrent progressivement cette autonomie.

    La Finlande obtient son indépendance durant la révolution bolchévique en 1917 ce qui n’empêchera pas l’Union soviétique d’attaquer le pays en 1939 (la guerre d’Hiver). Ce petit pays résiste vaillamment face à l’ogre communiste mais doit finalement céder des territoires contre l’engagement soviétique de ne pas envahir la Finlande résiduelle. Après quelques péripéties durant la seconde guerre mondiale où la Finlande a d’abord été assimilée aux forces de l’Axe alors que l’URSS avait signé un pacte avec l’Allemagne nazie, la Finlande se retrouve ensuite en guerre contre la Russie après que celle-ci a été envahie par l’Allemagne en 1941 (opération Barbarossa), avant de signer une paix séparée avec l’URSS qui la plaça du côté des Alliés, à la suite de quoi elle attaqua l’Allemagne qui occupait toujours son territoire. Le pays sort dévasté par ce conflit mondial et doit payer de lourdes indemnités de guerre à l’URSS.

    Après la guerre et en application du traité de paix avec l’URSS, la Finlande est soumise à une stricte neutralité et l’interdiction d’adhérer à l’OTAN et autres mesures limitant sérieusement sa souveraineté. L’expression « finlandisation » vient de cette époque. Ce n’est qu’en 1995 après la fin de l’URSS qu’elle adhère à l’Union européenne et seulement en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie qu’elle rejoint l’OTAN.

  • La Russie constante dans sa volonté de nuire à l’Occident

    La Russie constante dans sa volonté de nuire à l’Occident

    En juillet 2021 le président russe a signé un long article de 15 pages qui justifiait comment l’Ukraine et la Russie ne formeraient qu’un seul et même pays que seules les forces maléfiques de « l’Occident collectif » s’évertuent à vouloir diviser pour monter la première contre la seconde.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

    Huit mois plus tard, en février 2022, les troupes russes envahissaient le voisin ukrainien et, presque quatre années plus tard la guerre fait toujours rage. Une partie de l’Ukraine est détruite ; on parle de centaines de milliers de morts et blessés des deux côtés ; on déplore les centaines de milliards d’euros déjà partis en fumée dans les chars et les canons ; on envisage avec crainte les centaines de milliards qu’il faudra dépenser pour reconstruire ce qui a été pulvérisé par les bombes et les obus.

    Lire aussi : Le président russe et l’Histoire

    Contre toutes attentes les troupes russes n’ont pas réussi à progresser en Ukraine au-delà de la partie est du pays, le Donbass frontalier avec la Russie. Elles occupent environ 20% du territoire, y compris la Crimée qui elle a été envahie en 2014. Depuis le déclenchement du conflit par Moscou le discours officiel russe consiste à asséner que c’est la Russie qui est attaquée et qu’elle est bien obligée de se défendre contre « l’Occident collectif », bien que ce soient des militaires russes qui stationnent sur le territoire ukrainien et non l’inverse.

    Un certain nombre d’idéologues nationalistes, voire slavophiles, appuient largement ce discours en l’assortissant de menaces pas du tout voilées contre cet Occident qui les obsèdent. L’hebdomadaire Le Point a publié en mars 2025 une interview de Vladislav Sourkov, l’inspirateur des premières années de la stratégie déroulée par le président Poutine. Son personnage avait été repris dans le roman de Giulano da Empoli « Le Mage du Kremlin » sorti en 2022. Dans son interview Sourkov explique qu’une victoire pour la Russie serait :

    L’écrasement militaire ou militaro-diplomatique de l’Ukraine. Le partage de ce quasi-Etat artificiel en ses fragments naturels. Il pourra y avoir, en cours de route, des manœuvres, des ralentissements ou des pauses. Mais cet objectif sera atteint.

    Plus inquiétant il développe l’idée que « Le monde russe est partout où l’on trouve une influence russe, sous une forme ou une autre : culturelle, informationnelle, militaire, économique, idéologique ou humanitaire… C’est-à-dire qu’il est partout. […] Nous nous étendrons donc dans toutes les directions, aussi loin que Dieu le voudra et que nous en aurons la force. » C’est en termes plus sophistiqués le slogan russe que M. Poutine a repris à de nombreuses reprises : « La Russie n’a pas de frontières, c’est là où des soldats russes ont posé leurs bottes. »

    Pour M. Sourkov l’Ukraine a été entraînée dans sa rébellion contre la Russie par les deux coups d’Etats soutenus par l’Occident en 2005 et 2014. La partie antirusse de sa population est minoritaire selon lui. Il prédit par ailleurs que la culture du Grand Nord unissant la Russie, l’Europe et les Etats-Unis s’affirmera comme seul gage de survie face au développement démographique insoutenable du Sud, mais cette unité sera faite au prix de conflits et de tragédies.

    Sinon, pour vous faire une idée de l’avenir de la France et des autres, vous n’avez qu’à lire Soumission, de Michel Houellebecq.

    Aujourd’hui ce sont trois diplomates russes qui publient un article intitulé « Brûler jusqu’à la Manche ? Quelles garanties de sécurité efficaces à l’heure d’un affrontement historique entre la Russie et l’Occident ». Le « Brûler jusqu’à la Manche » fait référence au refrain d’une chanson écrite par un groupe de rock pro-régime. L’article se réfère à l’histoire de la Russie et des multiples conflits dans lesquels elle fut impliquée. Le ton retenu par les rédacteurs est celui de la victimisation de la Russie sous les coups de l’Occident. De Napoléon à Hitler, les ennemis historiques de la Russie restent les mêmes et sont à l’œuvre aujourd’hui pour tenter de détacher l’Ukraine de la Russie et, plus généralement, de coloniser la Russie et de « déslaviser » la région. Alors la seule façon pour la Russie de négocier sa survie est d’abord de vaincre militairement l’Occident.

    Les expériences passées montrent que les pays occidentaux sont toujours mieux disposés à écouter nos propositions de refonte de l’architecture de sécurité (ou de simples garanties de sécurité) lorsque les troupes russes mettent le pied à Paris ou à Berlin.

    Les rappels historiques de ce papier passent sous silence les conquêtes territoriales russes obtenues par les armes sous la dynastie des Romanov (1613-1917) période durant laquelle le territoire russe s’est significativement agrandi gagnant des accès à la mer Baltique et à la mer Noire, et vers le sud. L’Union soviétique qui lui succéda ne fut pas en reste non plus et, au-delà des conquêtes territoriales, son impérialisme fut aussi idéologique en tentant d’élargir le champ d’action du communisme et de son « avenir radieux ». Alors tous ces conflits ont opposé la Russie à l’Occident (mais aussi au Japon) se sont terminés par des victoires ou des défaites, militaires ou idéologiques, des uns et des autres. Les Russes en concluent qu’ils ont été la victime permanente de ces tragédies de l’Histoire, c’est leur vision des choses et elle semble justifier pour eux à « redoubler d’agressivité ».

    Nous n’oublierons pas les leçons du passé. L’Occident n’a jamais voulu de la Russie en qualité de partenaire puissant et indépendant ; s’il la tolère, c’est comme victime ou comme trophée. L’heure est venue d’agir avec fermeté, assurance et détermination : c’est seulement alors que nous parviendrons à garantir notre sécurité et obtenir une paix durable à des conditions avantageuses pour nous. Toute hésitation et tout signe de compromis seront interprétés par nos ennemis comme une invitation à redoubler d’agressivité.

    On voit que l’invasion en cours de l’Ukraine n’est qu’un élément de la stratégie russe de lutte contre l’Occident, sans doute pas le dernier. Il est probable que la Russie va faire reparler d’elle tant elle affiche une volonté « d’agir avec fermeté, assurance et détermination ». Ces « actions » seront très certainement dirigées majoritairement contre l’Occident collectif qui doit s’y préparer et, pour ce faire, accepter de sortir du confort douillet dans lequel s’endorment les nations qui le composent. L’avenir risque de secouer un peu le cocotier de son immobilisme. Les pays voisins de l’ogre russe seront sans doute les plus « secoués ».

    Les sources

    L’article « Brûler jusqu’à la Manche ? Quelles garanties de sécurité efficaces à l’heure d’un affrontement historique entre la Russie et l’Occident » (décembre 2025)

    L’interview de Vladislav Sourkov (mars 2025)

  • WEST Morris L., ‘L’Avocat du Diable’.

    WEST Morris L., ‘L’Avocat du Diable’.

    Sortie : 1959, Chez : PLON.

    L’écrivain australien Morris L. West (1916-1999) commet ici un roman où se mêlent le mal et la rédemption. Nous sommes dans un petit village de Calabre après la 2e guerre mondiale, où un enquêteur du Vatican, Mgr Meredith, vient préparer un éventuel procès en canonisation de Giacomo Nerone, étrange personnage arrivé dans le village au milieu du conflit, puis exécuté par la résistance communiste à l’issue de celui-ci.

    « L’Avocat du Diable » est en fin de vie, atteint d’un cancer qui le ronge, « Ma volonté est un roseau battu par les vents du désespoir. » Alors que l’échéance approche, il est confronté au doute qui fait tomber nombre de ses certitudes. Loin de Rome il rencontre au cours de son enquête l’humanité au cœur de ce village calabrais sous-développé où se heurtent des convictions religieuses fortes avec des rites païens ancestraux. Et où les hommes sont menés par leurs passions, bonnes ou mauvaises. Certains se repentiront, d’autres pas.

    Mgr Meredith remonte la courte histoire de Giacomo qui semble avoir rencontré Dieu, entre sa désertion de l’armée britannique pour laquelle il commit un crime bien contre sa volonté, le parti communiste local qui cherche à l’embrigader et l’amour pour une paysanne analphabète et volontaire qui sut mener sa vie selon des principes et des valeurs tellement humaines.

    Avant de mourir dans ces montagnes du bout du monde, Meredith découvre que « L’homme qui fait le bien tout en étant dans le doute doit avoir tellement plus de mérite que celui qui le fait dans l’éclatante certitude de la croyance. »

    West décrit admirablement les doutes que provoque la religion catholique voulant imposer ses dogmes millénaires dans un pays qui ne sait même pas de quoi sera fait le lendemain. Chacun triche un peu avec ces principes et, finalement, l’intelligence et l’humanité prévalent. Les plus mauvais ne sont pas forcément ceux que l’on croit, et, certainement, Dieu y retrouvera ses petits.

    Le lecteur y trouve son compte.

  • « Election » d’un nouveau président en Guinée-Bissau

    « Election » d’un nouveau président en Guinée-Bissau

    En Guinée-Bissau, quelques jours seulement après des élections présidentielles dont on attendait le résultat, un galonné, le général Horta N’Tam, s’est déclaré président de la transition et du « haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public », pour une durée d’un an. Il était auparavant chef d’Etat-major de l’armée de terre. Le président sortant, ancien militaire passé civil, serait assigné à résidence. Ancienne colonie portugaise, indépendante depuis 1973, ce pays de petite taille et d’environ deux millions d’habitants est un habitué des coups d’Etat, surtout depuis que le pays serait devenu une plaque tournante du trafic international de drogue, entre les producteurs d’Amérique latine et les consommateurs européens. C’est plus simple ainsi, pas d’élection mais des coups d’Etat. Les populations semblent assez indifférentes à ce retour aux années postindépendance où les galonnés trustaient le pouvoir sur le continent dans des pays qui découvraient la liberté.

    Plus le temps passe plus les illusions de l’instauration de la démocratie en Afrique s’effondrent avec la montée en puissance des coups d’Etat militaires. Comme il en va un peu de même dans le reste du monde, il est à craindre que l’Europe ne reste sous peu le dernier îlot où survit encore la démocratie alors que même les Etats-Unis semblent évoluer volontairement vers moins de démocratie au profit de plus d’autoritarisme et d’arbitraire.

    Certaines rumeurs indiquent que ce putsch serait en fait une manœuvre politique du président civil qui, se voyant perdre l’élection, aurait ouvert la porte du pouvoir à l’armée pour interrompre le processus électoral et mieux revenir dans un an. Cela reste à confirmer mais le pari serait risqué car de mémoire d’africaniste il est assez rare que des galonnés remettent volontairement le pouvoir à des civils.

  • Boualem Sansal, libéré par l’Algérie, choisit ses médias pour s’exprimer

    Boualem Sansal, libéré par l’Algérie, choisit ses médias pour s’exprimer

    Boualem Sansal, écrivain de langue française disposant de la double nationalité franco-algérienne, vient d’être « gracié » par le président algérien après qu’il eut été arrêté à l’aéroport d’Alger il y a un an et condamné à cinq ans de prison par le système judiciaire local pour « atteinte à l’unité nationale ». Aussitôt gracié il a été rapatrié en Allemagne, pays qui a aidé la France a récupérer son double-national, puis en France.

    Revenu à Paris il a été invité par différents médias nationaux pour raconter ses mésaventures, majoritairement par ceux du « service public » (France TV, France Inter) mais aussi Le Figaro. Sur les médias de la famille Bolloré c’est l’incompréhension. Sa cause avait en effet été défendue par CNEWS, Europe 1 ou le JDD (Journal du Dimanche) mais sans doute plus pour critiquer la politique algérienne du gouvernement que pour la défense de l’écrivain dont la plupart des commentateurs n’ont probablement pas lu les œuvres. L’une des obsessions de ces médias est en effet la critique permanente des chaînes du « service public » accusées pêle-mêle de « gauchisme », de parti-pris et d’incompétence.

    Probablement l’écrivain a un avis différent d’où sa décision de privilégier ces médias publics, mais aussi Le Figaro, au moins dans un premier temps. Probablement M. Sansal ira également répondre plus tard aux questions de Pascal Praud et de sa bande de commentateurs de bistrot pour les remercier de leur engagement en sa faveur. Mais pour son retour il a d’abord choisi le journalisme contre le Café du Commerce.

    Charlie Hebdo (23/12/2020)
  • GARY Romain, ‘Adieu Gary Cooper’.

    GARY Romain, ‘Adieu Gary Cooper’.

    Sortie : 1969, Chez : Gallimard.

    C’est le roman emblématique de nos vingt ans, délivré par Romain Gary (1914-1980), écrivain flamboyant, homme multiple, héros incandescent jusque dans son suicide en 1980. Il raconte ici l’histoire de Lenny, un jeune américain qui a fui le matérialisme et l’impérialisme incarné par son pays (engagé dans la guerre du Vietnam). Il vit dans la montagne en Suisse avec une bande de jeunes « rebelles » qui ont tous dédié leur vie au ski d’altitude, à la recherche d’une espèce de pureté originelle qui les éloigne de la noirceur du monde « d’en bas ». Ils risquent leurs vies pour monter à pieds des parois improbables à des températures glaciaires, skis à l’épaule, et s’offrir quelques minutes de descente, sur la neige immaculée, quelques instants d’absolu qui justifient toute leur existence.

    Lenny s’est isolé avec ses potes dans une bulle de naïveté et, pensent-ils, d’innocence. Lors de la « mauvaise » saison, l’été, ils sont un peu obligés de descendre en-dessous du « niveau de la m… », à Genève qui les répugne, pour y travailler et gagner quelques sous avant de remonter vers leur solitude dans les sommets. Beau et athlétique, il profite de ses séjours au bord du lac pour séduire des femmes en prenant surtout bien soin de les quitter rapidement dès qu’elles s’attachent. Au passage il fréquente quelques révolutionnaires, jeunes et tendance « mondaine », qui s’ingénient à compromettre quelques bourgeois pour les racketter gentiment, avant de remonter dans leur nid d’aigle où ils écrivent des poèmes :

    « Pour changer vraiment le monde
    Faut attendre que ça fonde.
    Fahrenheit, cent mille degrés
    Il sera changé après. »

    Et puis il rencontre Jess, fille du consul américain devenu alcoolique en réaction aux dérives de son pays. Elle s’occupe de son père mais aussi de prendre Lenny en charge, un autre handicapé de la société américaine, qui a tout quitté dans sons pays pour s’exiler bien loin avec une photo de Gary Cooper, l’Américain des bonnes causes, qu’il garde dans son portefeuille, comme seul lien avec la patrie. Ils vont mêler, lui son désespoir et elle son pragmatisme pour poursuivre leur histoire qui se termine bien après quelques ultimes épisodes.

    Sans doute Gary, qui a lui aussi cohabité sa vie durant avec le désespoir, a-t-il placé dans son personnage certaines de ses utopies de jeunesse. Il présente le refus de Lenny des conventions de ce monde barbare dans un style adolescent et avec un humour noir comme l’histoire de parler la même langue ce qui vous confronte à « l’obstacle de la langue » car n’importe qui peut venir vous parler et vous envahir…

    Dans la vraie vie, Romain Gary a exorcisé ses doutes par l’action et la création, sans renoncer à ses utopies : enfant émigré de Russie avec sa mère, naturalisé français en 1934, officier observateur dans l’aviation, résistant Compagnon de la Libération et gaulliste « compulsif » durant la dernière guerre, diplomate en Bulgarie, en Suisse puis aux Etats-Unis, écrivain prolixe récipiendaire de deux Prix Goncourt, le premier pour « Les racines du ciel« , le second sous le pseudonyme d’Emile Ajar, cinéaste… Mais il a toujours refusé de compromettre quitte a sombrer dans l’excès, une attitude qui l’amène à mettre fin à ses jours un an après le probable suicide en 1979 de Jean Seberg, actrice américaine de la Nouvelle vague qui fut sa femme. Le roman a été commencé à Baja en Basse-Californie (Mexique) en novembre 1963, quelques mois après son divorce de Jean.

    Lenny, lui, aura compromis avec ses envies d’absolu en se laissant emporter par l’amour de Jess pour une suite que le lecteur rêve heureuse. Le point final au roman a été porté à Paris en 1968 bien avant les heures sombres traversées par Gary et Seberg dix ans plus tard !

  • LE GOFF Hervé, ‘La Ligue en Bretagne – Guerre civile et conflit international (1588-1598)’.

    LE GOFF Hervé, ‘La Ligue en Bretagne – Guerre civile et conflit international (1588-1598)’.

    Sortie : 2010, Chez : Presses Universitaires de Rennes.

    Hervé Le Goff, né en 1946, est un universitaire qui a écrit de nombreux ouvrages sur l’histoire de la Bretagne. Il narre ici la fin des guerres de religion en France qui se sont poursuivies en Bretagne, après avoir ravagé le pays, jusqu’à la signature de l’Edit de Nantes en 1698.

    On suit dans cet ouvrage universitaire la rébellion du duc de Mercœur (1558-1602), fils du prince Nicolas de Lorraine, régent du duché de Lorraine et cousin des Guise. Il fut nommé gouverneur de Bretagne par Henri III en 1582 et fut le dernier « ligueur » (la Ligie rassemblait les catholiques en lutte contre les protestants) à se rallier à Henri IV, ancien huguenot converti à la religion catholique.

    Avant ce ralliement il était à la tête de la Ligue bretonne qui luttait contre les armées d’Henri IV et réussit à asseoir son pouvoir rebelle sur une partie de la Bretagne avec l’aide de la très catholique Espagne qui avait des vues sur les installations portuaires bretonnes comme points de soutien à sa guerre contre l’Angleterre (d’où la « Pointe des Espagnols » dans la rade de Brest, port que les Espagnols échouèrent toujours à conquérir). Alors que les ligueurs abandonnaient le combat partout ailleurs en France, Mercœur rendit finalement les armes devant Henri IV qui se déplaçât à Nantes pour y signer le fameux Edit d’avril 1598 mettant fin à ces guerres de religion. Les troupes espagnoles rembarquèrent dans la foulée peu après avec la signature de la paix de Vervins.

    Quelques années plus tard le « Bon Roi Henri » sera assassiné en 1610 par un catholique radicalisé, Ravaillac. Le duc de Mercœur était lui décédé en 1602 de fièvre maligne à Nuremberg après être parti combattre les Ottomans qui occupaient la Hongrie ainsi que d’autres pays européns.

  • Le président Trump tout en poésie

    Le président Trump tout en poésie

    On connaissait déjà la célèbre incise du président américain, ressortie à l’occasion de sa première campagne électorale, « les femmes il faut les attraper par la ch… », ce qui ne l’avait pas empêché d’être élu en 2017. On a aujourd’hui une envolée lyrique de ce dirigeant qui marque son goût pour la poésie, particulièrement passionné quand il s’adresse aux femmes, ou parle d’elles.

    Dans son avion de fonction qui transporte également un groupe de journalistes accrédités il aime venir papoter avec eux durant le voyage. Lors d’un de ces déplacements aéroportés récents une journaliste l’a interrogé sur ses liens avec le financier pédo-criminel Epstein (qui s’est suicidé en prison en 2019). Refusant de répondre à la question il a clos le sujet d’un :

    Tais-toi petite truie !

    Si on ne veut pas d’un président mal-élevé, il suffit de ne pas voter pour lui.

  • Le Mali entre djihadistes et galonnés

    Le Mali entre djihadistes et galonnés

    Les nouvelles du Mali ne sont pas excellentes. Les gouvernements occidentaux ont demandé à leurs ressortissants de quitter le pays au plus vite devant les risques de coup d’Etat que font courir les bisbilles entre galonnés et la pression exercée par les groupes religieux et les rebelles Touaregs, ces derniers agissant souvent de concert avec les précédents. L’Etat a dû céder du terrain aux terroristes sur une bonne partie de l’immense territoire malien. Les religieux ont par ailleurs décidé l’instauration d’un blocus de la capitale sur les carburants. Ils incendient la majorité des camions citernes ravitaillant Bamako qui se trouve en pénurie de carburant.

    Publié le 07/11/2025

    Depuis plusieurs semaines, le contexte sécuritaire se dégrade au Mali, y compris à Bamako. Il est recommandé aux ressortissants français de prévoir un départ temporaire du Mali dès que possible par les vols commerciaux encore disponibles.

    Les déplacements par voie terrestre restent déconseillés, car les routes nationales sont actuellement la cible d’attaques de groupes terroristes.

    Pour rappel, il reste formellement déconseillé de se rendre au Mali, quel que soit le motif.


    https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/mali/

    Les terroristes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) viennent de fusiller en place publique dans un village près de Tombouctou, début novembre, une gamine qui s’était rendue « coupable » de diffusion sur ses réseaux dits « sociaux » de vidéos sur lesquelles elle dansait ou marquait son soutien à l’armée malienne. Elle avait plus de 100 000 abonés. Son assassinat a provoqué beaucoup d’émotion dans le pays. Elle n’est, hélas, qu’un mort célèbre parmi une masse de morts anonymes tués lors des attaques du GSIM et de ses affidés sur les casernes ou les villages.

    Dans la capitale, les galonnés au pouvoir à la suite du double coups d’Etat de 2020 et 2021 s’observent en chiens de faïence, s’arrêtent et s’emprisonnent les uns les autres. Les partis politiques ont été dissous et les réunions politiques interdites. A ce jour le Général Goïta est toujours président et les forces russes « Africa Corps » sont toujours sur place pour le protéger.

    Lire aussi : Dissolution des partis politiques au Mali

    Au passage le gouvernement a fait arrêter en août dernier un agent français de la DGSE qui bénéficiait de l’immunité diplomatique et était accrédité sur place pour participer à la coopération anti-terroriste. Aux dernières nouvelles il est toujours en prison. En réponse la France a expulsé deux agents des services de sécurité maliens qui étaient en poste à l’ambassade du Mali à Paris, mais elle ne les a pas arrêtés, respectant ainsi leur immunité diplomatique.

    Le pays continue sa lente dérive vers le chaos. Le départ un peu « forcé » des forces militaires française qui stationnaient au Mali s’avère en fait la meilleure chose qui pouvait arriver, ces forces étant bien plus utiles en Europe, surtout par les temps qui courent. La France n’aurait sans doute jamais dû stationner des forces armées si longtemps, dix ans, au Mali (puis au Sahel) après son intervention de 2013. Cette présence néocoloniale de son armée n’a fait que reporter l’inéluctable arrivée d’un pouvoir religieux et renforcer le rejet de l’ancienne puissance coloniale par les populations locales.

    Il reste maintenant au Mali et à ses voisins que sont le Niger et le Burkina-Faso, également gouvernés par des galonnés à la suite de coups d’Etat militaires, à mener leur destin avec les alliés qu’ils se sont choisis. Comme avec l’Algérie cette dégradation des relations rend plus risquée la situation des citoyens français dans ses pays, dont nombre sont des double-nationaux. Les individus et les entreprises français doivent désormais prendre en compte ce changement lorsqu’ils se rendent dans ces pays et, malheureusement, le traitement des otages d’Etat comme cet agent de la DGSE emprisonné au Mali ou celle d’un journaliste emprisonné à Alger va être plus difficile à résoudre.

    Lire aussi : Le Mali en pleine guéguerre avec l’Algérie

  • La psychanalyse en question

    La psychanalyse en question

    Un amendement au PLFSS (projet de loi de financement de la sécurité sociale) 2026 a été adopté par le Sénat stipulant :

    À compter du 1er janvier 2026, les soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques ne donnent plus lieu à remboursement, ni à participation financière de l’assurance maladie.

    Cet amendement adopté ne sera pas forcément retenu dans la version finale du PLFSS mais il déclenche en attendant les réactions du monde psychanalytique pour le déplorer. Ce soir un débat radiophonique sur France Culture a rassemblé des spécialistes de la spécialité dans un échange plutôt abscond pour le néophyte. Il y a été question de « langage, parole et corps », « reconnaissance du sujet », de l’Œdipe, de la castration, du « sujet de la conscience ou de l’inconscience », de « l’organicité de certains troubles », du « sujet qui ne peut pas se débrouiller pour affronter son propre manque », de « thérapies cognitivo-comportementales », de « clinique du transfert », de « sujet de la conscience ou de l’inconscience », de « ne pas prendre la sujet par le symptôme au risque de manquer le sujet et le symptôme »…

    Bref, il n’est pas facile de se retrouver dans ce jargonnage et, à vrai dire, le citoyen lambda (comme l’interviewer ce soir) n’y comprend rien. C’est peut-être là un des problèmes principaux de la psychanalyse : ses pratiquants n’arrivent pas à la vulgariser. Elle est ainsi la cible rêvée pour ceux qui voudraient l’exclure des financements publics. Encore un problème de « pensée complexe »…

    Des économies sont recherchées du côté de la psychanalyse mais jusqu’ici personne n’a encore remis en cause la ligne budgétaire de 400 millions d’EUR prévue pour le préfinancement des jeux olympiques Alpes Françaises 2030.

    Alors, des sénateurs de rencontre manifestement opposés à la théorie psychanalytique cherchent à l’exlure du PLFSS. Ils se justifient ainsi dans leur préambule :

    Cet amendement vise à garantir la cohérence scientifique et l’efficience des dépenses de l’assurance maladie.

    Les soins fondés sur la psychanalyse, en particulier lorsqu’ils s’appliquent aux troubles du neuro-développement, aux troubles anxieux ou dépressifs et aux affections psychiatriques chroniques, ne disposent aujourd’hui d’aucune validation scientifique ni d’évaluation positive du service médical rendu par la Haute Autorité de santé. Plusieurs rapports publics ont souligné l’absence de preuves d’efficacité et le caractère inadapté, voire contre-productif, de ces approches, qui sont à différencier de psychothérapies.

    Dans un contexte budgétaire contraint, il est légitime que la solidarité nationale concentre son effort sur les prises en charge dont l’efficacité est démontrée et évaluée. Cet amendement ne remet pas en cause la liberté de choix des patients ni la liberté de pratique des professionnels. Il se borne à mettre fin au financement public de la pratique, quels que soient les dispositifs de financement : Mon Soutien Psy, centres médico-psychologiques, etc.

    En recentrant la dépense d’assurance maladie sur les soins ayant un bénéfice médical avéré, il s’agit de favoriser la diffusion de pratiques thérapeutiques recommandées par la Haute Autorité de santé, notamment les approches comportementales, éducatives et de réhabilitation psychosociale.

  • « Les Aigles de la République » de Tarik Saleh

    « Les Aigles de la République » de Tarik Saleh

    Le réalisateur suédois d’origine égyptienne par son père, Tarik Saleh, continue à partager sa plongée dans l’univers trouble des mécanismes de la dictature mortifère de ce pays arabe. L’histoire est celle d’un acteur égyptien, très célèbre, que le pouvoir approche pour interpréter le rôle du dictateur en place, le maréchal al-Sissi. D’images d’actualité en références au passé (l’assassinat de Sadate en 1981 par des militaires), le film développe son intrigue dans laquelle on voit cet acteur habitué aux palaces, aux maîtresses de tous âges et au whisky se faire lentement prendre dans les rets des caciques du pouvoir, pervers et intrigants, mais aussi de ceux d’un groupe rebelle, « Les Aigles de la République », voulant remplacer le dictateur et l’assassiner.

    Plutôt contestataire « de salon » il commence par refuser de faire ce film puis, menacé, lui et sa famille, il finit par accepter, persuadé que son statut d’acteur de légende le mettra l’abri des pressions d’un pouvoir cynique ou d’opposants extrémistes. Mais finalement il deviendra le jouet de tous ces personnages très malveillants et trop ambitieux. De petites compromissions en grandes frayeurs, il va découvrir de l’intérieur ce qu’est un pouvoir militaire dictatorial, bien loin du monde doré des plateaux de cinéma auxquels il était abonné.

    Un beau film qui semble, hélas, assez réaliste concernant l’Egypte et que les partisans des régimes dits « forts » devraient voir.