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  • « Jacques-Louis David » au Louvre

    « Jacques-Louis David » au Louvre

    Le peintre David (1748-1825) est exposĂ© au musĂ©e du Louvre, un cadre qui correspond bien au style monumental de ses toiles et de ses toiles. On connait le cĂ©lĂšbre et gigantesque tableau du couronnement de NapolĂ©on oĂč le « modeste » corse se coiffe lui-mĂȘme de la couronne impĂ©riale devant le pape un peu dĂ©pitĂ© et JosĂ©phine en pamoison, le tout dans la pourpre et les ors de l’Empire en 1804 Ă  Notre-Dame de Paris. Celui de Marat trempotant, mort, dans sa baignoire aprĂšs avoir reçu le coup de couteau mortel de Charlotte Corday en 1993 (l’original et deux copies rĂ©alisĂ©es par les Ă©lĂšves de David avec son autorisation sont prĂ©sentĂ©s, l’original est reconnaissable par sa dĂ©dicace « A Marat » peinte sur la caisse en bois servant d’Ă©critoire). Elle commit ce geste pour protester contre la violence sanguinaire et dĂ©lirante qui avait saisi les rĂ©volutionnaires dont Marat Ă©tait le tribun. Et on retrouve bien sĂ»r Ă©galement la toile « Bonaparte [alors premier consul] franchissant le Grand-Saint-Bernard » sur son fougueux cheval blanc.

    Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard

    D’autres toiles sont plus classiques, tournĂ©es vers l’antiquitĂ©, comme « Les Sabines Â» et « Le serment des Horaces Â», inspirĂ©s par plusieurs sĂ©jours qu’il fit Ă  Rome. Tout ceci est un peu grandiloquent mais rĂ©vĂšle un style flamboyant et un vrai talent de dessinateur hyperrĂ©aliste. Il a aussi utilisĂ© son art pour traverser la politique de son temps. David fut un artiste engagĂ©, pas toujours pour les bonnes causes. Ami de Robespierre et de Marat durant la RĂ©volution aprĂšs avoir frĂ©quentĂ© et peint les aristocrates sous la Monarchie, rĂ©publicain convaincu il se fait Ă©lire Ă  la Convention en 1992 d’oĂč il vote la mort du Roi Louis XVI, puis peint les « martyrs Â» de la RĂ©volution, dont Marat dans la cĂ©lĂšbre toile de la baignoire. Il prend une part active au « travail Â» du « ComitĂ© de la sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale Â» en cosignant nombre de dĂ©crets d’arrestation de « contre-rĂ©volutionnaires Â». Bref, un personnage engagĂ© dans la RĂ©volution ce qui lui valu quelques comptes Ă  rendre Ă  la fin de celle-ci et il put mĂ©diter sur ses compromissions durant les quelques mois passĂ©s en prison avant d’ĂȘtre remis en libertĂ© avec un non-lieu prononcĂ© en 1796.

    Marat Assassiné (David)

    Il rebondit en marquant sa dĂ©fĂ©rence Ă  Bonaparte qu’il rencontre en 1796 et dont il sera le portraitiste officiel, avant de devenir « Premier peintre de l’Empereur Â». A la fin de l’Empire en 1815 David reste fidĂšle Ă  l’Empereur, s’exile en Belgique, y continue son Ɠuvre et meurt en 1825.

    Si les convictions politiques de David ont Ă©tĂ© mouvantes (et pas trĂšs sympathiques), son talent fut permanent et grandiose, celui d’une Ă©poque sanglante.

  • FOGEL Benjamin, ‘Le renoncement de Howard Devoto’.

    FOGEL Benjamin, ‘Le renoncement de Howard Devoto’.

    Sortie : 2015, Chez : Le mot et le reste.

    Benjamin Fogel, nĂ© en 1981, est un Ă©crivain auteur de nombreux ouvrages sur la pop-culture. « Le renoncement de Howard Devoto » est une biographie fictionnelle sur Howard Trafford, de son vrai nom, nĂ© en 1952 Ă  Manchester dans une famille bourgeoise moyenne. Gamin peu intĂ©ressĂ© par les Ă©tudes mais bien plus par la montĂ©e en puissance du mouvement punk au Royaume-Uni, il Ă©coute les Stooges et Brian Eno, admire David Bowie, et convainc son pote Pete Shelley d’aller assister Ă  un concert des Sex Pistols Ă  Londres en 1976. C’est une nouvelle vie qui commence pour eux qui savent Ă  peine jouer quelques notes, lui sur un clavier, Pete sur une guitare.

    Ensemble ils crĂ©ent le groupe Buzzcoks qui deviendra l’un des phares du mouvement punk. Howard est au chant et compose les chansons avec son compĂšre. Garçon introverti et Ă©pris d’absolu, pas de compromission avec l’industrie de la musique, pas de promotion de leurs Ɠuvres, il quitte les Buzzcoks au bout d’un an alors le succĂšs s’annonce comme Ă©clatant. Il le restera d’ailleurs longtemps puisque le groupe tournait encore dans les annĂ©es 2010 avant le dĂ©cĂšs de Shelley en 2018.

    Devoto fonde un nouveau groupe : Magazine, avec d’autres musiciens dont notamment John McGeoch, guitariste d’exception et Dave Formula, claviĂ©riste. Ensemble ils inaugurent une sorte d’avant-garde punk. McGeoch quittera Magazine, un peu lassĂ© du manque de succĂšs commercial, pour rejoindre Siouxsie and the Banshees menĂ©e par l’icĂŽne punk Siouxsie Sioux, puis de rejoindre Public Image Ltd, le groupe fondĂ© par Johnny Rotten aprĂšs la dissolution des Sex Pistols. Il est mort en 2004 Ă  48 ans.

    AprĂšs quatre albums plutĂŽt rĂ©ussis, Howard Devoto, toujours effrayĂ© par le succĂšs et Ă  la recherche d’autre chose, dissout Magazine, se lance dans quelques expĂ©riences musicales solo puis devient
 archiviste dans une agence de presse durant 20 ans. Le temps d’une courte reformation en 2009, Magazine publie ce qui sera sans doute leur dernier album : No Thyself.

    Fogel se penche avec intĂ©rĂȘt sur le curieux parcours de Devoto, passĂ© du statut de rock-star Ă  celui d’archiviste, du monde punk un peu dĂ©vastĂ© Ă  la vie tranquille de salariĂ© dans une agence de presse. Sa quĂȘte d’absolu ne lui a pas permis de poursuivre la voie de la musique de façon durable mais au moins a-t-il créé quelques albums de lĂ©gende dont des groupes cĂ©lĂšbres ont revendiquĂ© l’influence, de Radiohead Ă  Simple Minds en passant par Johnny Marr (guitariste compositeur au sein de The Smiths) ou Jarvis Cocker (Pulp). Un personnage crĂ©atif, novateur et Ă©garĂ©, comme seul le Royaume-Uni sait en crĂ©er dans le monde du rock.

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  • MONTHERLANT Henry, de, ‘Les CĂ©libataires’.

    MONTHERLANT Henry, de, ‘Les CĂ©libataires’.

    Sortie : 1954, Chez : Librairie Gallimard.

    Henry de Montherlant (1895-1972) fut un Ă©crivain prolifique du XXe siĂšcle, auteur de romans, d’essais et de piĂšces de théùtre, issu d’une famille de la bourgeoisie de l’Ancien RĂ©gime, anoblie au XVIIe. Sa vocation d’Ă©crivain lui est apparue Ă  l’adolescence. BlessĂ© durant la premiĂšre guerre mondiale il s’Ă©lĂšve contre le dĂ©faitisme qui s’empare de certains dirigeants français alors que la seconde se profile Ă  l’horizon pour laquelle il est rĂ©formĂ© par suite de ses blessures de 1918. Il suit la bataille de France de mai-juin 1940 comme journaliste. AprĂšs la LibĂ©ration il est accusĂ© de collaboration pour avoir commis quelques textes un peu mĂ©taphoriques sur « l’amitiĂ© chevaleresque entre vainqueur et vaincu ». Son dossier sera classĂ© sans suite par les tribunaux d’Ă©puration. PortĂ© par son admiration pour le monde antique il se consacre ensuite Ă  sa vocation d’Ă©crivain et une Ɠuvre tournĂ©e vers le bien et le mal. Il se suicide en 1972 alors qu’il devenait progressivement aveugle et sans doute perturbĂ© dans sa vie affective du fait de son homosexualitĂ©, pas facile Ă  assumer Ă  l’Ă©poque.

    « Les CĂ©libataires » raconte la vie de deux aristocrates, l’oncle et le neveu, tout entier centrĂ©s sur eux-mĂȘmes et leurs petits tracas. Nous sommes dans l’entre-deux guerres Ă  Paris, boulevard Arago. Ils ne travaillent pas et se dĂ©battent dans des soucis d’argent, la fortune familiale ayant Ă©tĂ© consommĂ©e depuis longtemps. Heureusement un frĂšre de l’oncle a rĂ©ussi dans les affaires et comble les trous bĂ©ants laissĂ©s dans le budget des deux premiers, amplifiĂ©s par leur refus de mener toute activitĂ© rĂ©munĂ©ratrice que ce soit. Ils ne vont quand mĂȘme pas se mettre Ă  travailler pour vivre comme les roturiers ! Alors Montherlant dĂ©crit par le menu dĂ©tail l’ordinaire inintĂ©ressant et rĂ©pĂ©titif de cette noblesse dĂ©sargentĂ©e qui ne se remettrait en cause pour rien au monde.

    La narration de ce monde Ă  la dĂ©rive est minutieuse et jouissive. Montherlant prend Ă  malin plaisir Ă  insister sur les petits riens des vies et des pensĂ©es de ces deux aristocrates sur le retour. Ils sont acerbes entre eux deux, insignifiants par dessus tout et, bien sĂ»r, venimeux contre l’oncle qui les supporte financiĂšrement. Il n’y a rien de bon dans le cƓur de ces cĂ©libataires sinon la mĂ©chancetĂ© qui les fait survivre. Le narrateur est habile dans la cruautĂ© avec laquelle il Ă©crit sur ce monde qui se dissout. Nous sommes dans la littĂ©rature du dĂ©but du XXe siĂšcle, un temps oĂč le style Ă©tait fin et soignĂ©. Montherlant fut un des maĂźtres de cette Ă©poque.

  • BRMC – 2025/12/09 – Paris L’Olympia

    BRMC – 2025/12/09 – Paris L’Olympia

    Les Black Rebel Motorcycle Club (BRMC) organisent une tournĂ©e pour cĂ©lĂ©brer le 20e anniversaire de leur troisiĂšme album Howl, dont le titre se rĂ©fĂ©rait au long poĂšme d’Allan Ginsberg, Ă©crit en 1956, texte fondateur de la beat generation, longtemps censurĂ© aux Etats-Unis ; un texte abstrait de rĂ©volte contre l’AmĂ©rique matĂ©rialiste, plein de colĂšre et de folie, mais qui conclut sur une rĂ©demption possible. Le disque sorti 50 ans aprĂšs le poĂšme avait surpris lors de sa parution par son caractĂšre plutĂŽt introspectif.

    C’est Peter Hayes (chant, guitare) qui chante en solo le morceau d’ouverture Devil’s Wantin’ en s’accompagnant Ă  la guitare acoustique. Il porte un sweat Ă  capuche qui lui descend sur les yeux qu’il ne quittera pas de tout le show, un jean noir et de gros godillots de mĂȘme couleur façon bottes de motard. Ne seraient-ce sa voix et son jeu de guitare, on pourrait ne mĂȘme pas savoir si c’est bien lui qui est sur la scĂšne


    Robert Levon Been (chant, bass et guitare) et Leah Shapiro (batterie, ex-The Raveonettes.) le rejoignent pour Shuffle Your Feet et sa curieuse intro vocale « Time won’t save our souls Â» rĂ©pĂ©tĂ©e plusieurs fois a cappella. Robert joue de la guitare et porte une espĂšce de manteau gabardine long dont on se demande comment il peut le supporter dans la chaleur qui rĂšgne dĂ©jĂ  dans l’Olympia au complet. Il le jette en coulisse aprĂšs quelques chansons. Peter est toujours sous sa capuche et tire de longues plaintes blues et mĂ©talliques de sa guitare. Leah a pris du poids mais n’a pas perdu le rythme. Tout est en place, vous ĂȘtes au concert des Black Rebel Motorcycle Club, laissons-nous aller dans cette musique sombre et brute.

    Le disque Howl est presque jouĂ© en totalitĂ© nous ramenant deux dĂ©cennies en arriĂšre de cette musique intemporelle inspirĂ©e par l’histoire d’une AmĂ©rique souvent ambivalente mais dont la noirceur Ă©lectrique nous Ă©voque les cabarets enfumĂ©s oĂč ces trois-lĂ  ont traĂźnĂ© leurs bottes. Leur musique exsude le blues, celui des champs de coton tristement rĂ©coltĂ©s par les esclaves noirs, mais aussi le folk de Guthrie et Dylan lorsque que les deux guitaristes chantent en duo sur le devant de la scĂšne, et le rock psychĂ©dĂ©lique quand aprĂšs avoir servi les chansons de Howl ils terminent le concert avec des classiques Ă©nergiques qui mettent l’assistance en joie.

    Howl est un album Ă  part dans la discographie des BRMC avec de longs passages nostalgiques accompagnĂ©s seulement par des rythmes lents des guitares acoustiques sur lesquelles se posent la voix de Pete un peu nasillarde et torturĂ©e et celle plus grave et profonde de Robert. Tous deux Ă©prouvent manifestement du plaisir Ă  emmener leur public sur le chemin plus doux de ces longues complaintes harmonieuses. Pete joue aussi rĂ©guliĂšrement de l’harmonica et mĂȘme du trombone sur un des morceaux. On le dĂ©couvre Ă  l’aise avec cet instrument Ă  vent qui s’applique bien Ă  l’atmosphĂšre ambiante.

    Il est bon aussi de voir nos rockers américains mettre en pause leur habituelle énergie démesurée pour un instant musical hors du temps et de la furie.

    You try so hard to be cold
    You try so hard to not show
    I give you nothing to doubt, and you doubt me
    I give you all that I have, but you don’t see

    (Howl)

    Les fans savent aussi apprĂ©cier ce changement de pied d’autant plus que la fin du concert est dĂ©diĂ©e aux morceaux plus classiques, sĂ©quence entamĂ©e Ă  partir de la chanson Berlin. On retrouve alors le climat surchauffĂ© d’un rock bluesy oĂč parle l’électricitĂ© des guitares et le beat mĂ©tronomique sourd de Leah. Pete part dans de longues glissades rĂ©verbĂ©rĂ©es sur ses cordes qui rebondissent sur les murs de la salle pour percuter nos tympans. Dans la fosse la foule ondule et transpire, la sĂ©curitĂ© Ă©vacue les pogotteurs vers les coulisses en les portant par-dessus les barriĂšres aux pieds de la scĂšne. Pete, Ă  genoux devant ses pĂ©dales torture sa guitare Ă  grandes embardĂ©es de larsen et d’effets hurlants pendant que Robert tente une descente dans la fosse tenant sa bass sous le bras droit comme une kalachnikov dont chaque note serait une balle qui vient percuter nos sens.

    Spread your love like a fever
    And don’t you ever come down
    Spread your love like a fever
    And don’t you ever come down
    I spread my love like a fever
    I ain’t ever coming down

    She gave me love like a big fire
    I only saw it once
    She spread her love like a fever
    She’s bad, but not enough

    (Spread your Love)

    Le nom du groupe Black Rebel Motorcycle Club et sa rĂ©fĂ©rence au film L’EquipĂ©e Sauvage rĂ©sonne aux oreilles de l’assistance en transe : cuir, vrombissements et cambouis, on se croirait dans une attaque du gang de motards menĂ© par Marlon Brando


    Robert descend la capuche de son compĂšre et Ă©bouriffe ses cheveux bouclĂ©s gris avant qu’il ne recoiffe rapidement celle-ci. Le concert se termine aprĂšs deux heures-et-demie et ce final de feu, il n’y aura pas de rappel, le dernier morceau, Open Invitation, fait redescendre la tension en douceur aprĂšs un trĂšs beau concert de ce groupe original.

    On and on
    I’ve been waiting on the open invitation
    You’re silent show me no relation
    In the rising cold
    Don’t you feel alone
    I’ll be standing with your sorrow
    All you left me’s gone away tomorrow
    And we may never be here again
    And we may never be here again

    (Open Invitation)

    Setlist

    Devil’s Waitin’/ Shuffle Your Feet/ Howl/ Ain’t No Easy Way/ Still Suspicion Holds You Tight/ Promise/ Weight of the World/ Fault Line/ Complicated Situation/ Mercy/ Restless Sinner/ Sympathetic Noose/ Gospel Song/ The Line/ Red Eyes and Tears/ Red Eyes and Tears/ (reprise)/ White Palms/ Beat the Devil’s Tattoo/ Berlin/ Conscience Killer/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Spread Your Love (with Nuutti Kataja) (from Dead Combo)/ Shadow’s Keeper/ Open Invitation

    Warmup

    Night Beats (Robert vient jouer le dernier morceau avec le groupe).

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    Les photos de Roberto

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  • Une tragĂ©die de la bĂȘtise humaine

    Une tragĂ©die de la bĂȘtise humaine

    Il a suffi de passer quelques minutes devant la cĂ©rĂ©monie d’élection de Miss France 2026 ce samedi 6 dĂ©cembre pour prendre conscience une nouvelle fois de l’abĂźme de stupiditĂ© au bord duquel le pays est en train de se pencher. PrĂ©sentĂ©e par Jean-Pierre Foucault « animateur Â» de tĂ©lĂ©vision de 78 ans engoncĂ© dans son smoking, vieilli et grossi, il continue Ă  son Ăąge avancĂ© Ă  se compromettre dans cette cĂ©rĂ©monie d’un autre Ăąge.

    Une Miss d’on ne sait plus quelle rĂ©gion a Ă©tĂ© Ă©lue et le lendemain on apprenait que Miss Aquitaine et Miss Provence avaient Ă©tĂ© « destituĂ©es Â» par leurs comitĂ©s rĂ©gionaux respectifs.

    Cette dĂ©cision fait suite Ă  la diffusion d’une vidĂ©o tournĂ©e dans les loges de l’élection de Miss France 2026 dans laquelle les deux candidates tiennent et relayent des propos injurieux Ă  l’égard des douze demi-finalistes. Ces paroles et cette attitude sont en total contradiction avec les valeurs que nos comitĂ©s s’efforcent de dĂ©fendre.

    SignĂ© comitĂ©s Miss Provence cĂŽte d’Azur et Miss Aquitaine

    D’aprĂšs la presse, populaire et pas, les propos injurieux seraient « C’est toutes des grosses putes Â» aurait dit l’une, modĂ©rĂ©e par l’autre qui ajoute « Ouais, pas toutes, mais beaucoup Â». Le plus fascinant dans cette histoire est que ces deux grĂąces se sont sans doute filmĂ©es elles-mĂȘmes et la vidĂ©o « poĂ©tique Â» a dĂ» ĂȘtre publiĂ©e sur les rĂ©seaux dits « sociaux Â» sans mĂȘme qu’elles ne s’en aperçoivent, tant le narcissisme de cette gĂ©nĂ©ration la pousse Ă  filmer tous ses faits et geste et Ă  les diffuser.

    Bien entendu, la diffusion des ces insultes entre Miss a dĂ©clenchĂ© un tsunami d’insultes et de menaces en retour sur les rĂ©seaux dits sociaux de nos brillantes donzelles. La bĂȘtise attise la crĂ©tinerie.

    On cherche en vain les « valeurs » du comitĂ© Miss France qui sont mentionnĂ©es dans le communiquĂ© de destitution. Au moins on imagine aisĂ©ment celles qui ne font partie de ce rĂ©fĂ©rentiel mystĂ©rieux. Cette cĂ©rĂ©monie annuelle de l’élection d’une Miss nationale est un business, affligeant certes, mais un business dont le marchĂ© est basĂ© sur l’abrutissement des masses auquel lui-mĂȘme participe, un gage de croissance.

    Comment voulez-vous qu’un pays oĂč Nabilla affiche 10 millions de suiveurs sur Instagram et oĂč des millions de spectateurs regardent les Ă©lections de Miss France chaque annĂ©e sur TF1 soit un pays d’avenir ?

  • « My name is Orson Welles » Ă  la CinĂ©mathĂšque

    « My name is Orson Welles » à la CinémathÚque

    La CinĂ©mathĂšque française expose l’Ɠuvre et le personnage d’Orson Welles (1915-1985), artiste amĂ©ricain aux multiples talents : acteur, rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, Ă©crivain, qui est restĂ© l’une des lĂ©gendes sacrĂ©es du cinĂ©ma et du théùtre en Occident. Son premier fait d’armes est sa lecture Ă  la radio en 1938 de La Guerre des Mondes de H.G. Wells, une lecture faite avec tant de rĂ©alisme que nombre de citoyens amĂ©ricains ont plus ou moins cru que des martiens dĂ©barquaient rĂ©ellement sur la terre pour la dĂ©vaster.

    Son premier long mĂ©trage : Citizen Kane (1941) a longtemps Ă©tĂ© qualifiĂ© de Meilleur film de tous les temps. Il retrace de façon trĂšs reconnaissable la vie du magnat amĂ©ricain de la presse William Randolph Hearst (1863-1951) aux idĂ©es et aux mĂ©thodes trĂšs conservatrices. Il fera d’ailleurs tout pour nuire au film Ă  sa sortie qui connut de ce fait une diffusion limitĂ©e, avant de ressortir en grandes pompes en 1959.

    Cela ne dĂ©couragea point Orson Welles toujours lancĂ© de multiples projets au cinĂ©ma, au théùtre ou Ă  la radio, comme acteur ou comme metteur en scĂšne, aux Etats-Unis ou en Europe. Enfant prĂ©coce du monde du spectacle il a sa vie durant dĂ©veloppĂ© une Ă©nergie et une crĂ©ativitĂ© sans bornes au service de ce monde et de ses ambitions personnelles. Il connait des succĂšs et des Ă©checs, s’affronte au business d’Hollywood, Ă©choue Ă  monter une adaptation du roman de Conrad Au cƓur des tĂ©nĂšbres (qui donnera finalement Apocalypse Now de Francis Ford Coppola), monte La Dame de ShangaĂŻ (avec Rita Hayworth qu’il Ă©pouse avant de divorcer quelques annĂ©es plus tard), Le TroisiĂšme Homme (adaptĂ© du roman Ă©ponyme de Graham Green), Othello, Le ProcĂšs (avec Jeanne Moreau)
, tourne pour la tĂ©lĂ©vision en France, Ă©pouse ou sĂ©duit nombre d’actrices, reçoit un Oscar d’honneur au Festival de Cannes en 1971, publie des romans, etc. Une vie Ă  l’hyperactivitĂ© dĂ©lirante au service de la civilisation du spectacle, avec un talent et une originalitĂ© remarquables.

    Table de montage d’Orson Welles

    Avec photos, vidéos, textes et sons, la CinémathÚque rend compte de la personnalité foisonnante de cet artiste talentueux au physique de géant affublé de sa célÚbre barbe, qui a tant marqué le cinéma de son temps et au-delà.

    Le visiteur de la CinĂ©mathĂšque apprend que les salles de cinĂ©ma de l’établissement sont fermĂ©es pour une dĂ©sinfection suit Ă  une invasion de puces de lits qui polluent les siĂšges de ces salles, en espĂ©rant que les espaces d’exposition ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©s de ces nuisibles


  • « Eugeny Kissin joue Scriabine » Ă  l’auditorium de Radio France

    « Eugeny Kissin joue Scriabine » Ă  l’auditorium de Radio France

    L’Orchestre philharmonique de Radio-France s’est tournĂ© vers l’est ce soir. Le chef polonais Krysztof Urbanski dirige la « Petite suite » du compositeur polonais Witold Lutostawski (1913-1994), une piĂšce moderne sortie en pleine pĂ©riode « idĂ©ologique » soviĂ©tique quand il fallait que la musique reflĂšte « le rĂ©alisme socialiste » (Staline a fait rĂ©crire des symphonies Ă  Chostakovitch car elles ne correspondaient pas Ă  la doxa du parti communiste). La Petite suite se sort bien de ce carcan culturel en s’inspirant des musiques folkloriques polonaises. L’utilisation renforcĂ©e du piccolo marque ce tropisme.

    Le cĂ©lĂšbre pianiste russe Eugeny Kissin, nĂ© en 1971, vient ensuite interprĂ©ter le concerto en fa diĂšse mineur, op. 20, d’Alexandre Scriabine (1871-1915), toujours sous la baguette du chef polonais. Créé en 1897 (l’annĂ©e du dĂ©cĂšs de Brahms) ce concerto se rĂ©vĂšle assez classique dans son romantisme, le soliste est glorieux. A douze ans il interprĂ©tait dĂ©jĂ  les deux concertos pour piano de Chopin
 On a parfois l’impression que le piano est un peu noyĂ© sous l’orchestre, sans vraiment identifier si c’est une question de placement de certains spectateurs ou alors prĂ©vu dans la composition ?

    En deuxiĂšme partie l’orchestre joue la Symphonie n°6 en si mineur, op. 74 de TchaĂŻkovski, crĂ©e en 1893. BaptisĂ© « Symphonie PathĂ©tique Â» on comprend mieux cette appellation lorsque le chef reste un long moment silencieux aprĂšs avoir repliĂ© sa baguette Ă  l’issue du quatriĂšme et dernier mouvement, l’Adagio lamentoso, dont l’inspiration tragique serre les cƓurs. TchaĂŻkovski est mort quelques jours aprĂšs la crĂ©ation de cette Ɠuvre qui fut son chant du cygne. On a parlĂ© du cholĂ©ra ou d’un empoisonnement pour expliquer sa mort Ă  seulement 53 ans. On a aussi Ă©voquĂ© un suicide pour avoir dĂ©voyĂ© un jeune officier.

    Cette musique russe, Scriabine et TchaĂŻkovsy, comme Kissin, sont russes, dirigĂ©e par un Polonais, dĂ©montrent quand mĂȘme l’attachement culturel de la Russie Ă  l’Occident, au moins Ă  cette Ă©poque. MalgrĂ© Chostakovitch, les Ă©vĂ©nements gĂ©opolitiques rĂ©cents rĂ©vĂšlent que ce pays est en train de changer de camp. C’est aussi pathĂ©tique que la symphonie Ă©ponyme de TchaĂŻkovski. AprĂšs de tels apports Ă  la musique, c’est d’une grande tristesse, mais ne n’est pas avec des concertos que la planĂšte est gouvernĂ©e ! Et la musique est loin d’ĂȘtre universelle, hĂ©las, pas plus que les droits de l’homme.

  • La GĂ©orgie regarde vers l’Est

    La GĂ©orgie regarde vers l’Est

    La GĂ©orgie, ex-rĂ©publique SoviĂ©tique (Staline est d’ailleurs nĂ© en GĂ©orgie), Ă  qui l’Union europĂ©enne a bien imprudemment dĂ©livrĂ© le statut de candidat Ă  l’adhĂ©sion Ă  l’UE, est confrontĂ©e Ă  une contestation interne entre les proeuropĂ©ens et les prorusses. À la suite de la guerre de GĂ©orgie en 2008, la Russie occupe deux rĂ©gions gĂ©orgiennes et ne compte pas les rendre. Celles-ci, russophones et russophiles, ne semblent d’ailleurs pas trĂšs intĂ©ressĂ©es par quitter le parapluie russe.

    Lire aussi : La GĂ©orgie et la Moldavie tiraillĂ©es entre l’Est et l’Ouest

    Pour le reste de la GĂ©orgie toujours souveraine, le gouvernement en place affiche ses tendances prorusses et les sondages locaux, pour autant que ceux-ci soient fiables, montrent que seule une petite moitiĂ© de la population regarde vers l’ouest et serait intĂ©ressĂ©e par une adhĂ©sion Ă  l’Union europĂ©enne (UE) qui impliquerait leur Ă©loignement du monde russe.

    Ce pays, instable et pauvre, de 4 millions d’habitants, toujours entre un coup d’Etat et une invasion russe n’est clairement pas en mesure de remplir les conditions d’adhĂ©sion Ă  l’UE. Il ne reprĂ©sente pas vraiment d’intĂ©rĂȘt pour l’Union elle-mĂȘme mais plutĂŽt une source potentielle d’ennuis assez considĂ©rable si son adhĂ©sion devenait effective un jour. La motivation de sa population pour une adhĂ©sion semblant plus que modĂ©rĂ©e le mieux serait de ne pas insister et de laisser ce pays vivre sa vie, sans bien sĂ»r s’empĂȘcher de coopĂ©rer avec lui. Mais en faire un membre Ă  part entiĂšre de l’UE est un dĂ©fi hors de portĂ©e des deux parties. Quel besoin avait alors l’UE de dĂ©livrer un statut de candidat Ă  l’adhĂ©sion Ă  la GĂ©orgie ? Il va ĂȘtre difficile de s’en dĂ©faire comme on n’a pas su l’annuler dans le cas de la Turquie mĂȘme si plus grand monde ne pense que ce pays pourrait un jour devenir membre de l’UE. Juridiquement la candidature Ă  l’adhĂ©sion tient toujours, comme pour l’Ukraine d’ailleurs.

    Lire aussi : Le syndrome de l’adhĂ©sion

  • Baxter Dury – 2025/12/04 – Paris salle Pleyel

    Baxter Dury – 2025/12/04 – Paris salle Pleyel

    On avait quittĂ© Baxter Dury en 2018 en concert au Casino de Paris avec son album Prince of Tears, l’eau a coulĂ© depuis sous les ponts de la Tamise, trois CD sont sortis dont le dernier Allbarone prĂ©sentĂ© ce soir, et l’on retrouve Baxter en pleine fiĂšvre Ă©lectro avec un groupe de choc sur l’agrĂ©able scĂšne de la salle Pleyel.

    Trois petites estrades accueillent un bassiste, un batteur, qui forment tous deux une redoutable rythmique, et l’extraordinaire claviĂ©riste-chanteuse française Fabienne DĂ©barre (du groupe Evergreen, basĂ©e Ă  Londres) dont la voix assure bien plus que les chƓurs, mais un duo parfait avec le meneur de jeu. Elle est crĂ©ditĂ©e sur diffĂ©rents albums de Dury. Elle porte ce soir un court body sous un ensemble pantalon-tailleur noir Ă  paillettes qui brillent sous les lumiĂšres, des cheveux longs et affiche un petit sourire discret.

    Les trois musiciens se mettent en place alors que la sono diffuse une musique africaine de Fela Kuti juste aprĂšs Ashes to Ashes de Bowie. Les lumiĂšres s’éteignent au premier coup de batterie et entre alors Baxter Dury, Ă©lĂ©gant, les cheveux bouclĂ©s grisonnants, il a 53 ans et belle allure, une barbe de trois jours de la mĂȘme teinte. Il est vĂȘtu d’un costume croisĂ© beige clair portĂ© sur sa chemise jaune pĂąle largement ouverte sur de lourdes chaĂźnes en or qui pendent Ă  son cou, un peu façon gangsta-rap, et des baskets noires. Sa veste passe plus de temps descendue sur ses coudes que bien en place sur ses Ă©paules, il en joue tout en parcourant la scĂšne largement libĂ©rĂ©e pour lui devant les trois estrades. Comme un lion en cage il va, vient et prend la pose devant le public affichant quelques singeries corporelles Ă  la façon de la cĂ©lĂšbre flĂšche du sprinter jamaĂŻcain Usain Bolt.

    Mais quand il reprend le micro on retrouve sa voix sourde et profonde Ă  l’accent cockney, chantĂ©-parlĂ©, criĂ©-scandĂ©, plutĂŽt incomprĂ©hensible dans le charivari musical qui s’empare du groupe ce soir, mais qu’importe tant on est pris par les rythmes, pulsionnels mais jamais agressifs car toujours adoucis par le chant et les ritournelles Ă©lectroniques de Fabienne. La voix de cette choriste de luxe est le plus souvent traitĂ©e par les machines et en sort transformĂ©e, en chƓur nombreux alors qu’elle est seule, en voix de dessin animĂ©e ou carrĂ©ment en voix masculine robotisĂ©e (Mr W4). Elle se tient devant trois petits claviers et un ordinateur sur lequel elle lance chaque morceau d’un petit click pour que tout s’enclenche et cela fonctionne merveilleusement, on entend parfois des riffs de guitare alors qu’il n’y a pas de guitare en action sur la scĂšne, des aboiements de chien sur The Night Chancers, des boums et des cracs, tout un inventaire de bruits Ă©lectroniques rigolos. C’est un peu elle qui mĂšne la danse en lançant ses machines qui dĂ©clenchent cette folie musicale. L’ensemble est admirablement synchronisĂ© et on se demande bien comment la technique arrive Ă  assurer ce rĂ©sultat probant avec seulement quatre humains sur la scĂšne dont Baxter qui ne touche Ă  aucun instrument ou machine Ă  aucun moment. On vit vraiment une Ă©poque formidable !

    Les morceaux s’enchaĂźnent, le beat bass/batterie martĂšle nos cerveaux, les sĂ©quences Ă©lectroniques se succĂšdent, les rengaines synthĂ©tiques se superposent, Fabienne bat la mesure avec ses Ă©paules sous son costume brillant et « ses Â» voix nous font fondre, le tout sur une cadence Ă  rendre jaloux un rappeur de banlieue. Baxter chante avec conviction en continuant d’arpenter la scĂšne mais il semble physiquement un peu dĂ©calĂ© par rapport aux rythmes urbains et saccadĂ©s furieusement dĂ©livrĂ©s par ses musiciens. Il est le flux arpentant la scĂšne quand le trio, plus statique, dĂ©clenche rythmes hypnotiques et machines dĂ©chaĂźnĂ©es.

    Le disque Allbarone est presque servi intĂ©gralement avec quelques incursions dans le passĂ© : It’s a Pleasure, Miami, Palm Trees transfigurĂ©es Ă  la mode Ă©lectro. L’enchaĂźnement final est explosif sur Allbarone/ Shadenfreude. Des histoires un peu glauques. Celle d’Allbarone fait rĂ©fĂ©rence Ă  la chaĂźne de bars en Grande-Bretagne (All Bar One prononcĂ© pour l’occasion ‘alboroni’) oĂč erre le narrateur au chƓur de Piccadilly sous la pluie


    There’s a bitter light on the Piccadilly line
    Everyone can see where I was crying
    I told you I was a writer, you smuggled a grin
    You left me hanging an empty horizon

    That night in Albarone, I sat in the rain
    Thought about all those promises made
    There’s a fragment of love left in a tattooed soul
    Before I’d even met you
    I booked a hotel

    That night in Albarone, I sat in the rain
    Thought about all those promises made

    Le rythme est Ă©blouissant ponctuĂ© par les textes dĂ©sabusĂ©s de Baxter et le chant suraiguĂ« de Fabienne implorant une rĂ©ponse Ă  ses messages suggĂ©rant de se retrouver Ă  Allbarone. Le clip de ce morceau se passe Ă  Venise oĂč l’on voit Dury un bouquet de roses Ă  la main dans une gondole sur les canaux. Le climat tristoune de Londres sous la pluie nocturne dĂ©localisĂ© vers le romantisme de Venise, Baxter Dury cultive les contrastes, musicaux et visuels.

    Sur Shadenfreude (« joie mauvaise Â» en allemand), le narrateur dĂ©ambule dans des hĂŽtels entre Stockholm et la Lituanie, son amoureuse joue ou chante dans un groupe qui rĂ©colte de mauvaises critiques, elle le dĂ©laisse et rit de lui dans son dos, il est amer, vit de mauvaises « descentes Â» de MDMA et se vautre dans la shadenfreude. Ambiance !

    Pour le rappel Baxter revient avec un costume marron droit et des chaussures de ville de mĂȘme couleur. DĂ©marrĂ© avec les nappes de mellotron du superbe Mr W4 qui clĂŽt le dernier album, il se termine sur un retour Ă  la veine romantique avec Prince of Tears, titre qui donna son nom Ă  l’album sorti en 2017.

    Prince of tears, prince of tears
    No one’s gonna love you more than us

    And the prince of tears
    Stood on his driveway
    Washing his hands of all the guilt
    And bad things

    Everybody loves to say goodbye
    Prince of tears, don’t leave me like this laughing at you

    Tout le monde salue les artistes et cette magnifique reconversion Ă©lectro de Baxter Dury, sans doute sous l’influence de Paul Epworth, musicien britannique qui a produit des artistes comme Bloc Party, Primal Scream, The Rapture, Babyshambles
 Il a co-Ă©crit et produit Allbarone et certainement inspirĂ© cette atmosphĂšre musicale revigorante et jouissive.

    Les lumiĂšres se rallument et Bowie revient avec Ashes to Ashes sur la sono. En quittant son rang, le spectateur jette un dernier regard sur le fond de la scĂšne oĂč s’affiche le logo de la tournĂ©e : la silhouette d’un homme sur fond pastel avec une jambe droite hypertrophiĂ©e faisant peut-ĂȘtre rĂ©fĂ©rence Ă  son pĂšre Ian Dury (1942-2000), prince du punk (sophistiquĂ©) et auteur, entre autres, du cĂ©lĂšbre hymne Sex & Drug & Rock’n’Roll. Il avait souffert de la poliomyĂ©lite dans son enfance et avait gardĂ© sa vie durant une dĂ©marche claudicante du fait d’une jambe atrophiĂ©e. Baxter a un fils, peut-ĂȘtre fera-t-il vivre une troisiĂšme gĂ©nĂ©ration de rockers Dury !

    Setlist

    Zombie (Fela Kuti song)/ Alpha Dog/ Hapsburg/ I’m Not Your Dog/ The Night Chancers/ Mockingjay/ Almond Milk/ Oi/ Aylesbury Boy/ Return of the Sharp Heads/ Kubla Khan/ Pleasure/ Palm Trees/ Miami/ Cocaine Man/ Allbarone/ Schadenfreude

    Encore : Mr W4/ Celebrate Me/ Prince of Tears/ Baxter (these are my friends) (Fred again.. cover)

    Warmup 

    Le rappeur nigĂ©rian Joshua Idehen, accompagnĂ© d’un DJ suĂ©dois, dĂ©taille sa philosophie avec bonhommie entre deux pas de danse, The pressure cannot hit a moving target ou Rytme is the weapon. Le garçon est bienveillant, aprĂšs nous avoir rappelĂ© qu’il a Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans la religion chrĂ©tienne et qu’il n’est plus croyant aujourd’hui, il demande aux spectateurs, comme Ă  la messe, de serrer la main de leurs voisins en leur disant « You are good! Â». On s’exĂ©cute dans la bonne humeur.

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  • Pekka Halonen – Un hymne Ă  la Finlande

    Pekka Halonen – Un hymne Ă  la Finlande

    Le Petit Palais poursuit ses expositions de peintres nordiques. Aujourd’hui c’est le finlandais Pekka Halonen (1865-1933) qui est Ă  l’honneur. Cette rĂ©trospective montre notamment ses peintures de paysages enneigĂ©s dont il Ă©tait passionnĂ©. Il avait construit sa maison-atelier Ă  Tuusula sur les bords d’un lac Ă  une trentaine de kilomĂštres d’Helsinki. Il disait qu’il lui suffisait de sortir de chez lui pour plonger au cƓur de son inspiration. FascinĂ© par la nature de ce pays rude il a peint la neige dans tous ses aspects, sur les forĂȘts de bouleaux, sur les lacs gelĂ©s, sur les bourgeons des arbres ou sur les toits de maisons en bois. Cela donne des tableaux majestueux et apaisants, comme doivent l’ĂȘtre les grands espaces de ce pays nordique. Il a aussi peint avec talent des personnages, sa femme d’abord, et des enfants au bord de l’eau tellement blonds qu’ils ne peuvent venir que de Scandinavie, des pĂȘcheurs, son frĂšre violoniste, des paysans, des autoportraits… Tous ses tableaux sont empreints d’une grande simplicitĂ©, dĂ©gageant une douce sĂ©rĂ©nitĂ©.

    Il a enrichi sa formation Ă  l’occasion de plusieurs sĂ©jours Ă  Paris oĂč il fut notamment l’élĂšve de Gauguin de retour de Tahiti en 1893. Il fut aussi un patriote finlandais qui s’est engagĂ© pour dĂ©fendre la culture et la souverainetĂ© finnoises souvent mises Ă  mal au cours de l’histoire.

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    Rappel historique

    PlacĂ©e au bord de la mer Baltique, la Finlande a Ă©tĂ© envahie Ă  de multiples reprises par des voisins guerriers peu soucieux de sa souverainetĂ©. Dans l’histoire contemporaine, elle fut d’abord rattachĂ©e au royaume de SuĂšde jusqu’au dĂ©but du XIXe siĂšcle. Puis en 1908 le tsar Alexandre 1er conquiert la Finlande Ă  l’issue de la guerre russo-suĂ©doise et lui donne le statut de Grand-duchĂ© rattachĂ© Ă  la Russie mais avec une autonomie limitĂ©e, puis les tsars suivants rĂ©voquĂšrent progressivement cette autonomie.

    La Finlande obtient son indĂ©pendance durant la rĂ©volution bolchĂ©vique en 1917 ce qui n’empĂȘchera pas l’Union soviĂ©tique d’attaquer le pays en 1939 (la guerre d’Hiver). Ce petit pays rĂ©siste vaillamment face Ă  l’ogre communiste mais doit finalement cĂ©der des territoires contre l’engagement soviĂ©tique de ne pas envahir la Finlande rĂ©siduelle. AprĂšs quelques pĂ©ripĂ©ties durant la seconde guerre mondiale oĂč la Finlande a d’abord Ă©tĂ© assimilĂ©e aux forces de l’Axe alors que l’URSS avait signĂ© un pacte avec l’Allemagne nazie, la Finlande se retrouve ensuite en guerre contre la Russie aprĂšs que celle-ci a Ă©tĂ© envahie par l’Allemagne en 1941 (opĂ©ration Barbarossa), avant de signer une paix sĂ©parĂ©e avec l’URSS qui la plaça du cĂŽtĂ© des AlliĂ©s, Ă  la suite de quoi elle attaqua l’Allemagne qui occupait toujours son territoire. Le pays sort dĂ©vastĂ© par ce conflit mondial et doit payer de lourdes indemnitĂ©s de guerre Ă  l’URSS.

    AprĂšs la guerre et en application du traitĂ© de paix avec l’URSS, la Finlande est soumise Ă  une stricte neutralitĂ© et l’interdiction d’adhĂ©rer Ă  l’OTAN et autres mesures limitant sĂ©rieusement sa souverainetĂ©. L’expression « finlandisation Â» vient de cette Ă©poque. Ce n’est qu’en 1995 aprĂšs la fin de l’URSS qu’elle adhĂšre Ă  l’Union europĂ©enne et seulement en 2022 aprĂšs l’invasion de l’Ukraine par la Russie qu’elle rejoint l’OTAN.

  • La Russie constante dans sa volontĂ© de nuire Ă  l’Occident

    La Russie constante dans sa volontĂ© de nuire Ă  l’Occident

    En juillet 2021 le prĂ©sident russe a signĂ© un long article de 15 pages qui justifiait comment l’Ukraine et la Russie ne formeraient qu’un seul et mĂȘme pays que seules les forces malĂ©fiques de « l’Occident collectif Â» s’évertuent Ă  vouloir diviser pour monter la premiĂšre contre la seconde.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la vĂ©ritable souverainetĂ© de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissĂ©s depuis des siĂšcles, remontent aux mĂȘmes sources, se sont endurcis par les Ă©preuves, les rĂ©alisations et victoires communes. Notre parentĂ© se transmet de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Elle est dans les cƓurs, dans la mĂ©moire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours Ă©tĂ© et serons bien plus forts et performants. AprĂšs tout, nous sommes un seul peuple.

    Huit mois plus tard, en fĂ©vrier 2022, les troupes russes envahissaient le voisin ukrainien et, presque quatre annĂ©es plus tard la guerre fait toujours rage. Une partie de l’Ukraine est dĂ©truite ; on parle de centaines de milliers de morts et blessĂ©s des deux cĂŽtĂ©s ; on dĂ©plore les centaines de milliards d’euros dĂ©jĂ  partis en fumĂ©e dans les chars et les canons ; on envisage avec crainte les centaines de milliards qu’il faudra dĂ©penser pour reconstruire ce qui a Ă©tĂ© pulvĂ©risĂ© par les bombes et les obus.

    Lire aussi : Le prĂ©sident russe et l’Histoire

    Contre toutes attentes les troupes russes n’ont pas rĂ©ussi Ă  progresser en Ukraine au-delĂ  de la partie est du pays, le Donbass frontalier avec la Russie. Elles occupent environ 20% du territoire, y compris la CrimĂ©e qui elle a Ă©tĂ© envahie en 2014. Depuis le dĂ©clenchement du conflit par Moscou le discours officiel russe consiste Ă  assĂ©ner que c’est la Russie qui est attaquĂ©e et qu’elle est bien obligĂ©e de se dĂ©fendre contre « l’Occident collectif Â», bien que ce soient des militaires russes qui stationnent sur le territoire ukrainien et non l’inverse.

    Un certain nombre d’idĂ©ologues nationalistes, voire slavophiles, appuient largement ce discours en l’assortissant de menaces pas du tout voilĂ©es contre cet Occident qui les obsĂšdent. L’hebdomadaire Le Point a publiĂ© en mars 2025 une interview de Vladislav Sourkov, l’inspirateur des premiĂšres annĂ©es de la stratĂ©gie dĂ©roulĂ©e par le prĂ©sident Poutine. Son personnage avait Ă©tĂ© repris dans le roman de Giulano da Empoli « Le Mage du Kremlin Â» sorti en 2022. Dans son interview Sourkov explique qu’une victoire pour la Russie serait :

    L’écrasement militaire ou militaro-diplomatique de l’Ukraine. Le partage de ce quasi-Etat artificiel en ses fragments naturels. Il pourra y avoir, en cours de route, des manƓuvres, des ralentissements ou des pauses. Mais cet objectif sera atteint.

    Plus inquiĂ©tant il dĂ©veloppe l’idĂ©e que « Le monde russe est partout oĂč l’on trouve une influence russe, sous une forme ou une autre : culturelle, informationnelle, militaire, Ă©conomique, idĂ©ologique ou humanitaire
 C’est-Ă -dire qu’il est partout. [
] Nous nous Ă©tendrons donc dans toutes les directions, aussi loin que Dieu le voudra et que nous en aurons la force. » C’est en termes plus sophistiquĂ©s le slogan russe que M. Poutine a repris Ă  de nombreuses reprises : « La Russie n’a pas de frontiĂšres, c’est lĂ  oĂč des soldats russes ont posĂ© leurs bottes. »

    Pour M. Sourkov l’Ukraine a Ă©tĂ© entraĂźnĂ©e dans sa rĂ©bellion contre la Russie par les deux coups d’Etats soutenus par l’Occident en 2005 et 2014. La partie antirusse de sa population est minoritaire selon lui. Il prĂ©dit par ailleurs que la culture du Grand Nord unissant la Russie, l’Europe et les Etats-Unis s’affirmera comme seul gage de survie face au dĂ©veloppement dĂ©mographique insoutenable du Sud, mais cette unitĂ© sera faite au prix de conflits et de tragĂ©dies.

    Sinon, pour vous faire une idĂ©e de l’avenir de la France et des autres, vous n’avez qu’à lire Soumission, de Michel Houellebecq.

    Aujourd’hui ce sont trois diplomates russes qui publient un article intitulĂ© « BrĂ»ler jusqu’à la Manche ? Quelles garanties de sĂ©curitĂ© efficaces Ă  l’heure d’un affrontement historique entre la Russie et l’Occident ». Le « BrĂ»ler jusqu’à la Manche Â» fait rĂ©fĂ©rence au refrain d’une chanson Ă©crite par un groupe de rock pro-rĂ©gime. L’article se rĂ©fĂšre Ă  l’histoire de la Russie et des multiples conflits dans lesquels elle fut impliquĂ©e. Le ton retenu par les rĂ©dacteurs est celui de la victimisation de la Russie sous les coups de l’Occident. De NapolĂ©on Ă  Hitler, les ennemis historiques de la Russie restent les mĂȘmes et sont Ă  l’Ɠuvre aujourd’hui pour tenter de dĂ©tacher l’Ukraine de la Russie et, plus gĂ©nĂ©ralement, de coloniser la Russie et de « dĂ©slaviser Â» la rĂ©gion. Alors la seule façon pour la Russie de nĂ©gocier sa survie est d’abord de vaincre militairement l’Occident.

    Les expĂ©riences passĂ©es montrent que les pays occidentaux sont toujours mieux disposĂ©s Ă  Ă©couter nos propositions de refonte de l’architecture de sĂ©curitĂ© (ou de simples garanties de sĂ©curitĂ©) lorsque les troupes russes mettent le pied Ă  Paris ou Ă  Berlin.

    Les rappels historiques de ce papier passent sous silence les conquĂȘtes territoriales russes obtenues par les armes sous la dynastie des Romanov (1613-1917) pĂ©riode durant laquelle le territoire russe s’est significativement agrandi gagnant des accĂšs Ă  la mer Baltique et Ă  la mer Noire, et vers le sud. L’Union soviĂ©tique qui lui succĂ©da ne fut pas en reste non plus et, au-delĂ  des conquĂȘtes territoriales, son impĂ©rialisme fut aussi idĂ©ologique en tentant d’élargir le champ d’action du communisme et de son « avenir radieux Â». Alors tous ces conflits ont opposĂ© la Russie Ă  l’Occident (mais aussi au Japon) se sont terminĂ©s par des victoires ou des dĂ©faites, militaires ou idĂ©ologiques, des uns et des autres. Les Russes en concluent qu’ils ont Ă©tĂ© la victime permanente de ces tragĂ©dies de l’Histoire, c’est leur vision des choses et elle semble justifier pour eux Ă  « redoubler d’agressivitĂ© Â».

    Nous n’oublierons pas les leçons du passĂ©. L’Occident n’a jamais voulu de la Russie en qualitĂ© de partenaire puissant et indĂ©pendant ; s’il la tolĂšre, c’est comme victime ou comme trophĂ©e. L’heure est venue d’agir avec fermetĂ©, assurance et dĂ©termination : c’est seulement alors que nous parviendrons Ă  garantir notre sĂ©curitĂ© et obtenir une paix durable Ă  des conditions avantageuses pour nous. Toute hĂ©sitation et tout signe de compromis seront interprĂ©tĂ©s par nos ennemis comme une invitation Ă  redoubler d’agressivitĂ©.

    On voit que l’invasion en cours de l’Ukraine n’est qu’un Ă©lĂ©ment de la stratĂ©gie russe de lutte contre l’Occident, sans doute pas le dernier. Il est probable que la Russie va faire reparler d’elle tant elle affiche une volontĂ© « d’agir avec fermetĂ©, assurance et dĂ©termination Â». Ces « actions Â» seront trĂšs certainement dirigĂ©es majoritairement contre l’Occident collectif qui doit s’y prĂ©parer et, pour ce faire, accepter de sortir du confort douillet dans lequel s’endorment les nations qui le composent. L’avenir risque de secouer un peu le cocotier de son immobilisme. Les pays voisins de l’ogre russe seront sans doute les plus « secouĂ©s Â».

    Les sources

    L’article « BrĂ»ler jusqu’à la Manche ? Quelles garanties de sĂ©curitĂ© efficaces Ă  l’heure d’un affrontement historique entre la Russie et l’Occident » (dĂ©cembre 2025)

    L’interview de Vladislav Sourkov (mars 2025)

  • WEST Morris L., ‘L’Avocat du Diable’.

    WEST Morris L., ‘L’Avocat du Diable’.

    Sortie : 1959, Chez : PLON.

    L’Ă©crivain australien Morris L. West (1916-1999) commet ici un roman oĂč se mĂȘlent le mal et la rĂ©demption. Nous sommes dans un petit village de Calabre aprĂšs la 2e guerre mondiale, oĂč un enquĂȘteur du Vatican, Mgr Meredith, vient prĂ©parer un Ă©ventuel procĂšs en canonisation de Giacomo Nerone, Ă©trange personnage arrivĂ© dans le village au milieu du conflit, puis exĂ©cutĂ© par la rĂ©sistance communiste Ă  l’issue de celui-ci.

    « L’Avocat du Diable » est en fin de vie, atteint d’un cancer qui le ronge, « Ma volontĂ© est un roseau battu par les vents du dĂ©sespoir. » Alors que l’Ă©chĂ©ance approche, il est confrontĂ© au doute qui fait tomber nombre de ses certitudes. Loin de Rome il rencontre au cours de son enquĂȘte l’humanitĂ© au cƓur de ce village calabrais sous-dĂ©veloppĂ© oĂč se heurtent des convictions religieuses fortes avec des rites paĂŻens ancestraux. Et oĂč les hommes sont menĂ©s par leurs passions, bonnes ou mauvaises. Certains se repentiront, d’autres pas.

    Mgr Meredith remonte la courte histoire de Giacomo qui semble avoir rencontrĂ© Dieu, entre sa dĂ©sertion de l’armĂ©e britannique pour laquelle il commit un crime bien contre sa volontĂ©, le parti communiste local qui cherche Ă  l’embrigader et l’amour pour une paysanne analphabĂšte et volontaire qui sut mener sa vie selon des principes et des valeurs tellement humaines.

    Avant de mourir dans ces montagnes du bout du monde, Meredith dĂ©couvre que « L’homme qui fait le bien tout en Ă©tant dans le doute doit avoir tellement plus de mĂ©rite que celui qui le fait dans l’Ă©clatante certitude de la croyance. »

    West dĂ©crit admirablement les doutes que provoque la religion catholique voulant imposer ses dogmes millĂ©naires dans un pays qui ne sait mĂȘme pas de quoi sera fait le lendemain. Chacun triche un peu avec ces principes et, finalement, l’intelligence et l’humanitĂ© prĂ©valent. Les plus mauvais ne sont pas forcĂ©ment ceux que l’on croit, et, certainement, Dieu y retrouvera ses petits.

    Le lecteur y trouve son compte.

  • « Election » d’un nouveau prĂ©sident en GuinĂ©e-Bissau

    « Election » d’un nouveau prĂ©sident en GuinĂ©e-Bissau

    En GuinĂ©e-Bissau, quelques jours seulement aprĂšs des Ă©lections prĂ©sidentielles dont on attendait le rĂ©sultat, un galonnĂ©, le gĂ©nĂ©ral Horta N’Tam, s’est dĂ©clarĂ© prĂ©sident de la transition et du « haut commandement militaire pour la restauration de la sĂ©curitĂ© nationale et de l’ordre public », pour une durĂ©e d’un an. Il Ă©tait auparavant chef d’Etat-major de l’armĂ©e de terre. Le prĂ©sident sortant, ancien militaire passĂ© civil, serait assignĂ© Ă  rĂ©sidence. Ancienne colonie portugaise, indĂ©pendante depuis 1973, ce pays de petite taille et d’environ deux millions d’habitants est un habituĂ© des coups d’Etat, surtout depuis que le pays serait devenu une plaque tournante du trafic international de drogue, entre les producteurs d’AmĂ©rique latine et les consommateurs europĂ©ens. C’est plus simple ainsi, pas d’élection mais des coups d’Etat. Les populations semblent assez indiffĂ©rentes Ă  ce retour aux annĂ©es postindĂ©pendance oĂč les galonnĂ©s trustaient le pouvoir sur le continent dans des pays qui dĂ©couvraient la libertĂ©.

    Plus le temps passe plus les illusions de l’instauration de la dĂ©mocratie en Afrique s’effondrent avec la montĂ©e en puissance des coups d’Etat militaires. Comme il en va un peu de mĂȘme dans le reste du monde, il est Ă  craindre que l’Europe ne reste sous peu le dernier Ăźlot oĂč survit encore la dĂ©mocratie alors que mĂȘme les Etats-Unis semblent Ă©voluer volontairement vers moins de dĂ©mocratie au profit de plus d’autoritarisme et d’arbitraire.

    Certaines rumeurs indiquent que ce putsch serait en fait une manƓuvre politique du prĂ©sident civil qui, se voyant perdre l’élection, aurait ouvert la porte du pouvoir Ă  l’armĂ©e pour interrompre le processus Ă©lectoral et mieux revenir dans un an. Cela reste Ă  confirmer mais le pari serait risquĂ© car de mĂ©moire d’africaniste il est assez rare que des galonnĂ©s remettent volontairement le pouvoir Ă  des civils.

  • Boualem Sansal, libĂ©rĂ© par l’AlgĂ©rie, choisit ses mĂ©dias pour s’exprimer

    Boualem Sansal, libĂ©rĂ© par l’AlgĂ©rie, choisit ses mĂ©dias pour s’exprimer

    Boualem Sansal, Ă©crivain de langue française disposant de la double nationalitĂ© franco-algĂ©rienne, vient d’ĂȘtre « graciĂ© Â» par le prĂ©sident algĂ©rien aprĂšs qu’il eut Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  l’aĂ©roport d’Alger il y a un an et condamnĂ© Ă  cinq ans de prison par le systĂšme judiciaire local pour « atteinte Ă  l’unitĂ© nationale Â». AussitĂŽt graciĂ© il a Ă©tĂ© rapatriĂ© en Allemagne, pays qui a aidĂ© la France a rĂ©cupĂ©rer son double-national, puis en France.

    Revenu Ă  Paris il a Ă©tĂ© invitĂ© par diffĂ©rents mĂ©dias nationaux pour raconter ses mĂ©saventures, majoritairement par ceux du « service public Â» (France TV, France Inter) mais aussi Le Figaro. Sur les mĂ©dias de la famille BollorĂ© c’est l’incomprĂ©hension. Sa cause avait en effet Ă©tĂ© dĂ©fendue par CNEWS, Europe 1 ou le JDD (Journal du Dimanche) mais sans doute plus pour critiquer la politique algĂ©rienne du gouvernement que pour la dĂ©fense de l’écrivain dont la plupart des commentateurs n’ont probablement pas lu les Ɠuvres. L’une des obsessions de ces mĂ©dias est en effet la critique permanente des chaĂźnes du « service public Â» accusĂ©es pĂȘle-mĂȘle de « gauchisme Â», de parti-pris et d’incompĂ©tence.

    Probablement l’écrivain a un avis diffĂ©rent d’oĂč sa dĂ©cision de privilĂ©gier ces mĂ©dias publics, mais aussi Le Figaro, au moins dans un premier temps. Probablement M. Sansal ira Ă©galement rĂ©pondre plus tard aux questions de Pascal Praud et de sa bande de commentateurs de bistrot pour les remercier de leur engagement en sa faveur. Mais pour son retour il a d’abord choisi le journalisme contre le CafĂ© du Commerce.

    Charlie Hebdo (23/12/2020)
  • GARY Romain, ‘Adieu Gary Cooper’.

    GARY Romain, ‘Adieu Gary Cooper’.

    Sortie : 1969, Chez : Gallimard.

    C’est le roman emblĂ©matique de nos vingt ans, dĂ©livrĂ© par Romain Gary (1914-1980), Ă©crivain flamboyant, homme multiple, hĂ©ros incandescent jusque dans son suicide en 1980. Il raconte ici l’histoire de Lenny, un jeune amĂ©ricain qui a fui le matĂ©rialisme et l’impĂ©rialisme incarnĂ© par son pays (engagĂ© dans la guerre du Vietnam). Il vit dans la montagne en Suisse avec une bande de jeunes « rebelles » qui ont tous dĂ©diĂ© leur vie au ski d’altitude, Ă  la recherche d’une espĂšce de puretĂ© originelle qui les Ă©loigne de la noirceur du monde « d’en bas ». Ils risquent leurs vies pour monter Ă  pieds des parois improbables Ă  des tempĂ©ratures glaciaires, skis Ă  l’Ă©paule, et s’offrir quelques minutes de descente, sur la neige immaculĂ©e, quelques instants d’absolu qui justifient toute leur existence.

    Lenny s’est isolĂ© avec ses potes dans une bulle de naĂŻvetĂ© et, pensent-ils, d’innocence. Lors de la « mauvaise » saison, l’Ă©tĂ©, ils sont un peu obligĂ©s de descendre en-dessous du « niveau de la m  », Ă  GenĂšve qui les rĂ©pugne, pour y travailler et gagner quelques sous avant de remonter vers leur solitude dans les sommets. Beau et athlĂ©tique, il profite de ses sĂ©jours au bord du lac pour sĂ©duire des femmes en prenant surtout bien soin de les quitter rapidement dĂšs qu’elles s’attachent. Au passage il frĂ©quente quelques rĂ©volutionnaires, jeunes et tendance « mondaine », qui s’ingĂ©nient Ă  compromettre quelques bourgeois pour les racketter gentiment, avant de remonter dans leur nid d’aigle oĂč ils Ă©crivent des poĂšmes :

    « Pour changer vraiment le monde
    Faut attendre que ça fonde.
    Fahrenheit, cent mille degrés
    Il sera changé aprÚs. »

    Et puis il rencontre Jess, fille du consul amĂ©ricain devenu alcoolique en rĂ©action aux dĂ©rives de son pays. Elle s’occupe de son pĂšre mais aussi de prendre Lenny en charge, un autre handicapĂ© de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine, qui a tout quittĂ© dans sons pays pour s’exiler bien loin avec une photo de Gary Cooper, l’AmĂ©ricain des bonnes causes, qu’il garde dans son portefeuille, comme seul lien avec la patrie. Ils vont mĂȘler, lui son dĂ©sespoir et elle son pragmatisme pour poursuivre leur histoire qui se termine bien aprĂšs quelques ultimes Ă©pisodes.

    Sans doute Gary, qui a lui aussi cohabitĂ© sa vie durant avec le dĂ©sespoir, a-t-il placĂ© dans son personnage certaines de ses utopies de jeunesse. Il prĂ©sente le refus de Lenny des conventions de ce monde barbare dans un style adolescent et avec un humour noir comme l’histoire de parler la mĂȘme langue ce qui vous confronte Ă  « l’obstacle de la langue » car n’importe qui peut venir vous parler et vous envahir


    Dans la vraie vie, Romain Gary a exorcisĂ© ses doutes par l’action et la crĂ©ation, sans renoncer Ă  ses utopies : enfant Ă©migrĂ© de Russie avec sa mĂšre, naturalisĂ© français en 1934, officier observateur dans l’aviation, rĂ©sistant Compagnon de la LibĂ©ration et gaulliste « compulsif » durant la derniĂšre guerre, diplomate en Bulgarie, en Suisse puis aux Etats-Unis, Ă©crivain prolixe rĂ©cipiendaire de deux Prix Goncourt, le premier pour « Les racines du ciel« , le second sous le pseudonyme d’Emile Ajar, cinĂ©aste
 Mais il a toujours refusĂ© de compromettre quitte a sombrer dans l’excĂšs, une attitude qui l’amĂšne Ă  mettre fin Ă  ses jours un an aprĂšs le probable suicide en 1979 de Jean Seberg, actrice amĂ©ricaine de la Nouvelle vague qui fut sa femme. Le roman a Ă©tĂ© commencĂ© Ă  Baja en Basse-Californie (Mexique) en novembre 1963, quelques mois aprĂšs son divorce de Jean.

    Lenny, lui, aura compromis avec ses envies d’absolu en se laissant emporter par l’amour de Jess pour une suite que le lecteur rĂȘve heureuse. Le point final au roman a Ă©tĂ© portĂ© Ă  Paris en 1968 bien avant les heures sombres traversĂ©es par Gary et Seberg dix ans plus tard !

  • LE GOFF HervĂ©, ‘La Ligue en Bretagne – Guerre civile et conflit international (1588-1598)’.

    LE GOFF HervĂ©, ‘La Ligue en Bretagne – Guerre civile et conflit international (1588-1598)’.

    Sortie : 2010, Chez : Presses Universitaires de Rennes.

    HervĂ© Le Goff, nĂ© en 1946, est un universitaire qui a Ă©crit de nombreux ouvrages sur l’histoire de la Bretagne. Il narre ici la fin des guerres de religion en France qui se sont poursuivies en Bretagne, aprĂšs avoir ravagĂ© le pays, jusqu’Ă  la signature de l’Edit de Nantes en 1698.

    On suit dans cet ouvrage universitaire la rĂ©bellion du duc de MercƓur (1558-1602), fils du prince Nicolas de Lorraine, rĂ©gent du duchĂ© de Lorraine et cousin des Guise. Il fut nommĂ© gouverneur de Bretagne par Henri III en 1582 et fut le dernier « ligueur » (la Ligie rassemblait les catholiques en lutte contre les protestants) Ă  se rallier Ă  Henri IV, ancien huguenot converti Ă  la religion catholique.

    Avant ce ralliement il Ă©tait Ă  la tĂȘte de la Ligue bretonne qui luttait contre les armĂ©es d’Henri IV et rĂ©ussit Ă  asseoir son pouvoir rebelle sur une partie de la Bretagne avec l’aide de la trĂšs catholique Espagne qui avait des vues sur les installations portuaires bretonnes comme points de soutien Ă  sa guerre contre l’Angleterre (d’oĂč la « Pointe des Espagnols » dans la rade de Brest, port que les Espagnols Ă©chouĂšrent toujours Ă  conquĂ©rir). Alors que les ligueurs abandonnaient le combat partout ailleurs en France, MercƓur rendit finalement les armes devant Henri IV qui se dĂ©plaçùt Ă  Nantes pour y signer le fameux Edit d’avril 1598 mettant fin Ă  ces guerres de religion. Les troupes espagnoles rembarquĂšrent dans la foulĂ©e peu aprĂšs avec la signature de la paix de Vervins.

    Quelques annĂ©es plus tard le « Bon Roi Henri » sera assassinĂ© en 1610 par un catholique radicalisĂ©, Ravaillac. Le duc de MercƓur Ă©tait lui dĂ©cĂ©dĂ© en 1602 de fiĂšvre maligne Ă  Nuremberg aprĂšs ĂȘtre parti combattre les Ottomans qui occupaient la Hongrie ainsi que d’autres pays europĂ©ns.

  • Le prĂ©sident Trump tout en poĂ©sie

    Le président Trump tout en poésie

    On connaissait dĂ©jĂ  la cĂ©lĂšbre incise du prĂ©sident amĂ©ricain, ressortie Ă  l’occasion de sa premiĂšre campagne Ă©lectorale, « les femmes il faut les attraper par la ch
 Â», ce qui ne l’avait pas empĂȘchĂ© d’ĂȘtre Ă©lu en 2017. On a aujourd’hui une envolĂ©e lyrique de ce dirigeant qui marque son goĂ»t pour la poĂ©sie, particuliĂšrement passionnĂ© quand il s’adresse aux femmes, ou parle d’elles.

    Dans son avion de fonction qui transporte Ă©galement un groupe de journalistes accrĂ©ditĂ©s il aime venir papoter avec eux durant le voyage. Lors d’un de ces dĂ©placements aĂ©roportĂ©s rĂ©cents une journaliste l’a interrogĂ© sur ses liens avec le financier pĂ©do-criminel Epstein (qui s’est suicidĂ© en prison en 2019). Refusant de rĂ©pondre Ă  la question il a clos le sujet d’un :

    Tais-toi petite truie !

    Si on ne veut pas d’un prĂ©sident mal-Ă©levĂ©, il suffit de ne pas voter pour lui.

  • Le Mali entre djihadistes et galonnĂ©s

    Le Mali entre djihadistes et galonnés

    Les nouvelles du Mali ne sont pas excellentes. Les gouvernements occidentaux ont demandĂ© Ă  leurs ressortissants de quitter le pays au plus vite devant les risques de coup d’Etat que font courir les bisbilles entre galonnĂ©s et la pression exercĂ©e par les groupes religieux et les rebelles Touaregs, ces derniers agissant souvent de concert avec les prĂ©cĂ©dents. L’Etat a dĂ» cĂ©der du terrain aux terroristes sur une bonne partie de l’immense territoire malien. Les religieux ont par ailleurs dĂ©cidĂ© l’instauration d’un blocus de la capitale sur les carburants. Ils incendient la majoritĂ© des camions citernes ravitaillant Bamako qui se trouve en pĂ©nurie de carburant.

    Publié le 07/11/2025

    Depuis plusieurs semaines, le contexte sécuritaire se dégrade au Mali, y compris à Bamako. Il est recommandé aux ressortissants français de prévoir un départ temporaire du Mali dÚs que possible par les vols commerciaux encore disponibles.

    Les dĂ©placements par voie terrestre restent dĂ©conseillĂ©s, car les routes nationales sont actuellement la cible d’attaques de groupes terroristes.

    Pour rappel, il reste formellement déconseillé de se rendre au Mali, quel que soit le motif.


    https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/mali/

    Les terroristes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) viennent de fusiller en place publique dans un village prĂšs de Tombouctou, dĂ©but novembre, une gamine qui s’était rendue « coupable Â» de diffusion sur ses rĂ©seaux dits « sociaux Â» de vidĂ©os sur lesquelles elle dansait ou marquait son soutien Ă  l’armĂ©e malienne. Elle avait plus de 100 000 abonĂ©s. Son assassinat a provoquĂ© beaucoup d’émotion dans le pays. Elle n’est, hĂ©las, qu’un mort cĂ©lĂšbre parmi une masse de morts anonymes tuĂ©s lors des attaques du GSIM et de ses affidĂ©s sur les casernes ou les villages.

    Dans la capitale, les galonnĂ©s au pouvoir Ă  la suite du double coups d’Etat de 2020 et 2021 s’observent en chiens de faĂŻence, s’arrĂȘtent et s’emprisonnent les uns les autres. Les partis politiques ont Ă©tĂ© dissous et les rĂ©unions politiques interdites. A ce jour le GĂ©nĂ©ral GoĂŻta est toujours prĂ©sident et les forces russes « Africa Corps Â» sont toujours sur place pour le protĂ©ger.

    Lire aussi : Dissolution des partis politiques au Mali

    Au passage le gouvernement a fait arrĂȘter en aoĂ»t dernier un agent français de la DGSE qui bĂ©nĂ©ficiait de l’immunitĂ© diplomatique et Ă©tait accrĂ©ditĂ© sur place pour participer Ă  la coopĂ©ration anti-terroriste. Aux derniĂšres nouvelles il est toujours en prison. En rĂ©ponse la France a expulsĂ© deux agents des services de sĂ©curitĂ© maliens qui Ă©taient en poste Ă  l’ambassade du Mali Ă  Paris, mais elle ne les a pas arrĂȘtĂ©s, respectant ainsi leur immunitĂ© diplomatique.

    Le pays continue sa lente dĂ©rive vers le chaos. Le dĂ©part un peu « forcĂ© Â» des forces militaires française qui stationnaient au Mali s’avĂšre en fait la meilleure chose qui pouvait arriver, ces forces Ă©tant bien plus utiles en Europe, surtout par les temps qui courent. La France n’aurait sans doute jamais dĂ» stationner des forces armĂ©es si longtemps, dix ans, au Mali (puis au Sahel) aprĂšs son intervention de 2013. Cette prĂ©sence nĂ©ocoloniale de son armĂ©e n’a fait que reporter l’inĂ©luctable arrivĂ©e d’un pouvoir religieux et renforcer le rejet de l’ancienne puissance coloniale par les populations locales.

    Il reste maintenant au Mali et Ă  ses voisins que sont le Niger et le Burkina-Faso, Ă©galement gouvernĂ©s par des galonnĂ©s Ă  la suite de coups d’Etat militaires, Ă  mener leur destin avec les alliĂ©s qu’ils se sont choisis. Comme avec l’AlgĂ©rie cette dĂ©gradation des relations rend plus risquĂ©e la situation des citoyens français dans ses pays, dont nombre sont des double-nationaux. Les individus et les entreprises français doivent dĂ©sormais prendre en compte ce changement lorsqu’ils se rendent dans ces pays et, malheureusement, le traitement des otages d’Etat comme cet agent de la DGSE emprisonnĂ© au Mali ou celle d’un journaliste emprisonnĂ© Ă  Alger va ĂȘtre plus difficile Ă  rĂ©soudre.

    Lire aussi : Le Mali en pleine guĂ©guerre avec l’AlgĂ©rie

  • La psychanalyse en question

    La psychanalyse en question

    Un amendement au PLFSS (projet de loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale) 2026 a Ă©tĂ© adoptĂ© par le SĂ©nat stipulant :

    À compter du 1er janvier 2026, les soins, actes et prestations se rĂ©clamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements thĂ©oriques psychanalytiques ne donnent plus lieu Ă  remboursement, ni Ă  participation financiĂšre de l’assurance maladie.

    Cet amendement adoptĂ© ne sera pas forcĂ©ment retenu dans la version finale du PLFSS mais il dĂ©clenche en attendant les rĂ©actions du monde psychanalytique pour le dĂ©plorer. Ce soir un dĂ©bat radiophonique sur France Culture a rassemblĂ© des spĂ©cialistes de la spĂ©cialitĂ© dans un Ă©change plutĂŽt abscond pour le nĂ©ophyte. Il y a Ă©tĂ© question de « langage, parole et corps Â», « reconnaissance du sujet Â», de l’ƒdipe, de la castration, du « sujet de la conscience ou de l’inconscience Â», de « l’organicitĂ© de certains troubles Â», du « sujet qui ne peut pas se dĂ©brouiller pour affronter son propre manque Â», de « thĂ©rapies cognitivo-comportementales Â», de « clinique du transfert Â», de « sujet de la conscience ou de l’inconscience Â», de « ne pas prendre la sujet par le symptĂŽme au risque de manquer le sujet et le symptĂŽme Â»â€Š

    Bref, il n’est pas facile de se retrouver dans ce jargonnage et, Ă  vrai dire, le citoyen lambda (comme l’interviewer ce soir) n’y comprend rien. C’est peut-ĂȘtre lĂ  un des problĂšmes principaux de la psychanalyse : ses pratiquants n’arrivent pas Ă  la vulgariser. Elle est ainsi la cible rĂȘvĂ©e pour ceux qui voudraient l’exclure des financements publics. Encore un problĂšme de « pensĂ©e complexe Â»â€Š

    Des Ă©conomies sont recherchĂ©es du cĂŽtĂ© de la psychanalyse mais jusqu’ici personne n’a encore remis en cause la ligne budgĂ©taire de 400 millions d’EUR prĂ©vue pour le prĂ©financement des jeux olympiques Alpes Françaises 2030.

    Alors, des sĂ©nateurs de rencontre manifestement opposĂ©s Ă  la thĂ©orie psychanalytique cherchent Ă  l’exlure du PLFSS. Ils se justifient ainsi dans leur prĂ©ambule :

    Cet amendement vise Ă  garantir la cohĂ©rence scientifique et l’efficience des dĂ©penses de l’assurance maladie.

    Les soins fondĂ©s sur la psychanalyse, en particulier lorsqu’ils s’appliquent aux troubles du neuro-dĂ©veloppement, aux troubles anxieux ou dĂ©pressifs et aux affections psychiatriques chroniques, ne disposent aujourd’hui d’aucune validation scientifique ni d’évaluation positive du service mĂ©dical rendu par la Haute AutoritĂ© de santĂ©. Plusieurs rapports publics ont soulignĂ© l’absence de preuves d’efficacitĂ© et le caractĂšre inadaptĂ©, voire contre-productif, de ces approches, qui sont Ă  diffĂ©rencier de psychothĂ©rapies.

    Dans un contexte budgĂ©taire contraint, il est lĂ©gitime que la solidaritĂ© nationale concentre son effort sur les prises en charge dont l’efficacitĂ© est dĂ©montrĂ©e et Ă©valuĂ©e. Cet amendement ne remet pas en cause la libertĂ© de choix des patients ni la libertĂ© de pratique des professionnels. Il se borne Ă  mettre fin au financement public de la pratique, quels que soient les dispositifs de financement : Mon Soutien Psy, centres mĂ©dico-psychologiques, etc.

    En recentrant la dĂ©pense d’assurance maladie sur les soins ayant un bĂ©nĂ©fice mĂ©dical avĂ©rĂ©, il s’agit de favoriser la diffusion de pratiques thĂ©rapeutiques recommandĂ©es par la Haute AutoritĂ© de santĂ©, notamment les approches comportementales, Ă©ducatives et de rĂ©habilitation psychosociale.

  • « Les Aigles de la RĂ©publique » de Tarik Saleh

    « Les Aigles de la République » de Tarik Saleh

    Le rĂ©alisateur suĂ©dois d’origine Ă©gyptienne par son pĂšre, Tarik Saleh, continue Ă  partager sa plongĂ©e dans l’univers trouble des mĂ©canismes de la dictature mortifĂšre de ce pays arabe. L’histoire est celle d’un acteur Ă©gyptien, trĂšs cĂ©lĂšbre, que le pouvoir approche pour interprĂ©ter le rĂŽle du dictateur en place, le marĂ©chal al-Sissi. D’images d’actualitĂ© en rĂ©fĂ©rences au passĂ© (l’assassinat de Sadate en 1981 par des militaires), le film dĂ©veloppe son intrigue dans laquelle on voit cet acteur habituĂ© aux palaces, aux maĂźtresses de tous Ăąges et au whisky se faire lentement prendre dans les rets des caciques du pouvoir, pervers et intrigants, mais aussi de ceux d’un groupe rebelle, « Les Aigles de la RĂ©publique Â», voulant remplacer le dictateur et l’assassiner.

    PlutĂŽt contestataire « de salon Â» il commence par refuser de faire ce film puis, menacĂ©, lui et sa famille, il finit par accepter, persuadĂ© que son statut d’acteur de lĂ©gende le mettra l’abri des pressions d’un pouvoir cynique ou d’opposants extrĂ©mistes. Mais finalement il deviendra le jouet de tous ces personnages trĂšs malveillants et trop ambitieux. De petites compromissions en grandes frayeurs, il va dĂ©couvrir de l’intĂ©rieur ce qu’est un pouvoir militaire dictatorial, bien loin du monde dorĂ© des plateaux de cinĂ©ma auxquels il Ă©tait abonnĂ©.

    Un beau film qui semble, hĂ©las, assez rĂ©aliste concernant l’Egypte et que les partisans des rĂ©gimes dits « forts » devraient voir.