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  • « L’ombre du mensonge » de Bouli Lanners

    Phil, un vieux rocker belge se rĂ©fugie en Ecosse, sur une Ăźle dĂ©solĂ©e et magnifique, habitĂ©e par une communautĂ© presbytĂ©rienne d’un genre plutĂŽt rigoriste. Il y traite ses AVC Ă  rĂ©pĂ©tition dont l’un lui fera perdre la mĂ©moire pour un temps dont Millie profitera pour le sĂ©duire au prix d’un stratagĂšme basĂ© sur son absence de souvenirs.

    Dans la beautĂ© infinie et sauvage des paysages Ă©cossais cette Ă©trange histoire d’amour va suivre son cours, mĂȘme une fois la mĂ©moire de Phil recouvrĂ©e et malgrĂ© la culpabilitĂ© de Millie, jusqu’au dernier AVC qui cette fois-ci sera final au terme d’une merveilleuse romance comme l’écrira Phil Ă  Millie dans une lettre posthume.

    Le film questionne sur la mĂ©moire et son influence sur nos actes, celle qui a disparu du fait de la maladie, celle que l’on fuit pour changer de vie, celle qu’on laisse aprĂšs la mort aux ĂȘtres que l’on a aimĂ©s. Une trĂšs belle Ɠuvre.

  • La Corse enterre un « hĂ©ros »

    La dĂ©pouille d’Yvan Colonna a Ă©tĂ© rapatriĂ©e et inhumĂ©e en Corse. Colonna rappelons-le a Ă©tĂ© assassinĂ© par un dĂ©tenu djihadiste franco-camerounais dans la prison d’Arles oĂč il purgeait une peine de prison Ă  perpĂ©tuitĂ© Ă  la suite de l’assassinat du prĂ©fet Erignac en 1998 (3 balles dans la tĂȘte tirĂ©es de dos), crime dont il s’est toujours dĂ©clarĂ© innocent.

    Lire aussi : La Corse en feu
 de nouveau
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    La collectivitĂ© de Corse a dĂ©cidĂ© la mise en berne des drapeaux (français, corse et europĂ©en) et le prĂ©sident de son conseil exĂ©cutif a fait partie de ceux qui ont portĂ© le cercueil recouvert du drapeau corse Ă  son arrivĂ©e dans le territoire. L’üle est couverte de graffitis Ă  la gloire d’Yvan Colonna et contre « l’Etat français assassin Â».

    S’agissant de celui qui a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© coupable de l’assassinat d’un prĂ©fet de la RĂ©publique, cette rĂ©ception en dit long sur le fossĂ© qui sĂ©pare maintenant la Corse de la France, voire la haine qui anime nombre de ses habitants lorsque l’on voit la violence des Ă©meutes qui se sont dĂ©roulĂ©es sur place aprĂšs l’agression contre Colonna. Souhaitons que pour un avenir serein, des nĂ©gociations sĂ©rieuses soient lancĂ©es rapidement avec pour objectif ultime l’indĂ©pendance de la Corse qui est la seule solution vĂ©ritablement efficace pour les deux parties. Et s’il faut garantir la rĂ©ussite de ce processus en maintenant des flux financiers importants de la France vers une Corse souveraine, eh bien faisons-le, ce sera le prix Ă  payer pour avoir colonisĂ© cette Ăźle en 1768 qu’il n’aurait jamais fallu acheter Ă  la RĂ©publique de GĂȘnes. Si cette erreur gĂ©ostratĂ©gique n’avait pas Ă©tĂ© commise sous Louis XV la Corse coulerait sans doute des jours heureux, indĂ©pendant ou italienne. Mais on ne refait pas l’Histoire, cependant on peut essayer de la corriger.

    Le plus important pour un futur statut, en attendant une pleine souverainetĂ©, est que la Corse soit responsable de ses actes, ce qu’elle n’est pas aujourd’hui oĂč, par exemple, chaque fois qu’un centre des finances publiques est dĂ©truit par des furieux, il est immĂ©diatement reconstruit grĂące Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© des contribuables français.

  • L’inĂ©narrable Rokhaya Diallo

    Rokhaya Diallo, fringante journaliste, adepte des thĂ©ories fĂ©ministes-dĂ©colonialistes-genrĂ©es-
 et autres, en vogue dans le nouveau monde « dĂ©construit et non binaire Â», s’est exprimĂ©e dans Le Washington Post, journal amĂ©ricain de rĂ©fĂ©rence, oĂč elle est chroniqueuse, sur le traitement diffĂ©renciĂ© des rĂ©fugiĂ©s selon leur rĂ©gion d’origine et leur rĂ©gion de destination.

    L’article dĂ©plore que les migrants venant de du Moyen-Orient (Afghanistan, Syrie) ou d’Afrique ont Ă©tĂ© moins bien accueillis en Europe que les migrants ukrainiens actuellement chassĂ©s par la guerre menĂ©e par la Russie dans ce pays. Mme. Diallo note que ces derniers bĂ©nĂ©ficient d’une vague de solidaritĂ© unanime parce qu’ils sont « blancs et europĂ©ens Â» et que la mentalitĂ© « colonialiste Â» qui imprĂšgnerait toujours l’Occident lui fait penser que la guerre et la misĂšre sont un « Ă©tat normal Â» pour les populations noires alors qu’elles sont choquantes lorsqu’elles touchent les « Blancs Â». Elle exhorte les dirigeants europĂ©ens Ă  octroyer le mĂȘme traitement Ă  tous les rĂ©fugiĂ©s, quelles que soient leurs origines.

    Les faits dĂ©noncĂ©s semblent rĂ©els : oui les migrants venant d’Ukraine sont mieux traitĂ©s que ceux venant d’Afrique ou du Moyen-Orient. On voit mĂȘme Ă  l’intĂ©rieur des flux venant d’Ukraine des tris effectuĂ©s entre les populations ukrainiennes « Roms Â» ou les Ă©tudiants africains qui faisaient des Ă©tudes en Ukraine et les autres, les premiers Ă©tant moins bien reçus dans les pays d’accueil.

    Ce traitement diffĂ©renciĂ© est-il Ă©quitable ? Non. Est-il Ă©vitable ? Difficilement car il relĂšve surtout de la rĂ©action des populations plutĂŽt que de dĂ©cisions politiques. Rokhaya Diallo dĂ©veloppe un discours sans surprise, un peu naĂŻf et, Ă©videmment, culpabilisateur Ă  l’encontre des Occidentaux. Le passĂ© colonial europĂ©en a certainement laissĂ© des traces dans les esprits et est l’une des explications de ces comportements mais il est loin d’ĂȘtre la seule malgrĂ© ce qu’assĂšnent les « dĂ©colonisalistes Â».

    Ce qui est sĂ»r c’est que quelque soient les pays de dĂ©part des flux migratoires convergent vers l’Europe de l’Ouest (sauf quand ils sont bloquĂ©s dans leur migration par des pays comme la Turquie ou le Maghreb), les populations semblant ainsi voter avec leurs pieds en faveur des rĂ©gimes occidentaux et ĂȘtre moins sensibles au discours « dĂ©colonialiste Â» que Rokhaya Diallo.

  • Les consommateurs face Ă  leurs contradictions

    La compagnie pĂ©troliĂšre multinationale TotalEnergies, dont le siĂšge social est en France, a beaucoup investi en Russie ces derniĂšres dĂ©cennies et fournit une partie de ses clients, multinationaux eux-aussi, Ă  partir de ressources produites et achetĂ©es en Russie. Les bonnes Ăąmes crient au scandale du fait que cette entreprise continue Ă  opĂ©rer en Russie, tout en faisant le plein de leurs automobiles et en se plaignant du prix des carburants. TotalEnergies est accusĂ©e de « crimes de guerre Â» et autres joyeusetĂ©s sur les plateaux mĂ©diatiques et au CafĂ© du Commerce et personne ne se demande comment la cuve de fioul de Mme. Michu sera remplie, ou Ă  quel prix, si Total coupe ses approvisionnements en Russie. La France ne produisant plus d’hydrocarbures il faut bien acheter ceux-ci Ă  l’extĂ©rieur, si ce n’est pas en Russie, il faut les remplacer par une autre source ou alors rĂ©duire la consommation. Le problĂšme est que la plupart des pays exportateurs d’hydrocarbures ne sont pas Ă  proprement parler dirigĂ©s par des rĂ©gimes en accord avec les valeurs dĂ©mocratiques occidentales. C’est le dilemme auxquelles sont confrontĂ©es les compagnies comme TotalEnergies, elles vont le rĂ©soudre progressivement loin des indignations et des simplismes de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s.

    L’Etat français est par ailleurs lancĂ© dans une vaste opĂ©ration de transfert des coĂ»ts de l’énergie des consommateurs sur les contribuables pour attĂ©nuer la hausse des prix sur le pouvoir d’achat de Mme. Michu. L’une des solutions possibles serait de supprimer la niche fiscale dont bĂ©nĂ©ficient les journalistes et d’en rĂ©affecter les effets pour absorber cette hausse des prix de l’énergie, ce ne serait qu’une goutte d’eau dans la mer, bien sĂ»r, mais cela permettrait Ă  la presse d’ĂȘtre plus Ă  l’aise pour critiquer les politiques de l’Etat, sans donner l’impression continuelle de cracher dans la bonne soupe.

  • La Russie continue sa guerre contre l’Ukraine

    Riss/Charlie Hebdo (03/03/2022)

    La guerre bat son plein en Ukraine oĂč les troupes russes grignotent centimĂštre aprĂšs centimĂštre face Ă  la dĂ©fense militaire et civile ukrainienne. Certaines villes sont significativement dĂ©truites, il y aurait 10 millions d’Ukrainiens dĂ©placĂ©s dont prĂšs de 3 millions rĂ©fugiĂ©s en dehors du pays. Le nombre des morts et blessĂ©s des deux cĂŽtĂ©s fait l’objet de propagande mais l’unitĂ© de compte est en milliers de victimes. La guerre insensĂ©e que les gens raisonnables pensaient impossible est Ă  l’Ɠuvre, menĂ©e par un clan de dirigeants sauvages soutenu par une partie de la population russe.

    Les sanctions Ă©conomiques de l’Occident contre Moscou produisent progressivement leurs effets, mais en tout cas pas au point de faire reculer le pouvoir russe qui se barricade dans sa tactique d’invasion et censure toute l’information non locale. Les oligarques font preuve d’inventivitĂ© pour empĂȘcher le gel de leurs actifs clinquants imprudemment localisĂ©s en Occident. Le reste du monde affiche une prudente position de rĂ©serve en attendant sans doute de voir dans quelle direction tourne le vent.

    On ne sait pas dans quelles conditions l’objectif de la Russie de neutraliser l’Ukraine « menĂ©e par une bande de nazis et de droguĂ©s Â» pourra ĂȘtre considĂ©rĂ© comme atteint par Moscou. On imagine mal ce pays occuper durablement l’Ukraine, d’abord parce que l’hostilitĂ© des habitants semblent se renforcer de jour en jour, ensuite parce qu’il faudra payer pour reconstruire et on sait que la Russie est gĂ©nĂ©ralement assez rĂ©ticente Ă  financer ce genre de chose. DĂ©truire, oui, reconstruire beaucoup moins, on prĂ©fĂšre laisser ça Ă  l’Occident
 Et on n’imagine pas plus la Russie accepter d’arrĂȘter le dĂ©sastre sans pouvoir afficher une victoire, au moins partielle.

    Mais c’est encore un raisonnement de gens raisonnables. Il va falloir que les diplomates fassent preuve d’inventivitĂ© pour trouver un accord de sortie de cette guerre honorable pour les deux parties, Ă  moins qu’un cataclysme gĂ©nĂ©ral soit dĂ©clenchĂ© et anĂ©antisse les protagonistes et leurs voisins.

  • L’indĂ©pendantiste corse Colonna est mort

    Yvan Colonna n’a pas survĂ©cu Ă  l’agression par un terroriste religieux dans sa prison d’Arles. Il est dĂ©cĂ©dĂ© hier sans avoir jamais repris conscience depuis son agression le 2 mars.

    Colonna a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  trois reprises pour le meurtre du prĂ©fet Erignac en 1998 (3 balles dans la tĂȘte tirĂ©es de dos) mais il a toujours clamĂ© son innocence. Il avait Ă©tĂ© dĂ©noncĂ© par ses « camarades Â» nationalistes comme Ă©tant le tireur avant que ceux-ci ne reviennent sur leur dĂ©nonciation. Depuis son agression, ses avocats et les partisans d’une Corse Ă©loignĂ©e de la France dĂ©filent sur les plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s pour expliquer que, « sans discuter une dĂ©cision de justice Â» (bien entendu) le processus judiciaire aboutissant Ă  la condamnation a Ă©tĂ© dĂ©faillant. En lisant entre les lignes, ils disent que Colonna est innocent du crime et que la justice a instrumentalisĂ© une vengeance d’Etat.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/03/la-corse-en-feu-de-nouveau/
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    Il semble qu’il y avait tout de mĂȘme quelques indices Ă  charge aboutissant Ă  la culpabilitĂ© de l’impĂ©trant mais on ne peut rien exclure, y compris une erreur judiciaire. Peut-ĂȘtre un vĂ©ritable coupable est-il encore dans le maquis ?

    Quoi qu’il en soit, et avant mĂȘme de mourir, Colonna est devenu un vĂ©ritable hĂ©ros corse ce qui est symbolique de la volontĂ© de ce territoire de se dĂ©tacher de la France. Il faut donc aller soit vers l’indĂ©pendance complĂšte de la Corse, ce qui serait la meilleure solution pour tous, soit vers une autonomie qui Ă©quivaut Ă  l’indĂ©pendance mais en conservant les financements français en faveur de la Corse.

  • Magnolia au Parc

    Magnolia au Parc

  • Raymond Depardon / Kamel Daoud. Son Ɠil dans ma main. AlgĂ©rie 1961-2019.

    Raymond Depardon / Kamel Daoud. Son Ɠil dans ma main. AlgĂ©rie 1961-2019.

    1961, la guerre d’AlgĂ©rie est en train de se terminer, l’indĂ©pendance du pays est en cours de finalisation via les « accords d’Evian Â» qui seront signĂ©s le 18 mars 1962, les extrĂ©mistes pro-AlgĂ©rie française de l’OAS (Organisation de l’ArmĂ©e SecrĂšte) se dĂ©chaĂźnent et ensanglantent le pays comme la mĂ©tropole, le FLN algĂ©rien (Front de LibĂ©ration Nationale) n’est pas en reste, un jeune photographe de 19 ans est envoyĂ© Ă  Alger puis Ă  Evian pour graver sur la pellicule ces instants historiques, il s’appelle Raymond Depardon.

    60 ans plus tard, alors qu’il retrouve ces clichĂ©s, il dĂ©cide les publier dans le cadre d’une exposition partagĂ©e avec l’écrivain algĂ©rien Kamel Daoud (nĂ© en 1970) qui ajoute de trĂšs beaux textes Ă  ces photos marquantes d’une Ă©poque qui s’évapore, celle d’une prĂ©sence française dans ce pays du Maghreb aprĂšs 130 annĂ©es de colonisation dont certaines furent marquĂ©es par une violence insigne. En 2019, Daoud et Depardon reviendront Ă  Alger et Ă  Oran (la ville oĂč rĂ©side Kamel Daoud) pour ajouter quelques photos contemporaines, Ă©galement en noir et blanc, sur lesquelles seuls quelques panneaux publicitaires marquent un vrai changement d’époque.

    Les textes de Kamel Daoud ne sont pas des commentaires des clichĂ©s mais une longue mĂ©ditation, inspirĂ©s par ceux-ci, sur le temps et l’histoire qui ont marquĂ© tragiquement ce pays, ses habitants, ses hĂ©ros et ses dĂ©mons, le poids des pĂšres fondateurs de l’AlgĂ©rie qui ont obtenu l’indĂ©pendance Ă  la force de l’épĂ©e et qui est parfois dur Ă  porter pour la gĂ©nĂ©ration suivante, celle de Daoud.

    A ne pas manquer, un film documentaire Ă  la fin de l’exposition rĂ©unissant les deux protagonistes qui y poursuivent leur dialogue dont la hauteur laisse incrĂ©dule face au niveau tellement dĂ©plorable de la relation politique franco-algĂ©rienne !

  • La Russie, l’Ukraine et l’Histoire

    La Russie, l’Ukraine et l’Histoire

    Les pĂ©riodes de guerre sont assez peu propices aux analyses historiques subtiles, on le voit aujourd’hui avec les bagarres de communiquĂ©s en cours. La Russie annone depuis le dĂ©but que l’un de ses buts de guerre est de « dĂ©nazifier Â» l’Ukraine, faisant ainsi allusion Ă  l’attitude d’une partie de ce pays durant la deuxiĂšme guerre mondiale. En rĂ©alitĂ© le « grand frĂšre Â» russe reproche aussi Ă  l’Ukraine de s’ĂȘtre toujours opposĂ©e Ă  l’Union soviĂ©tique. Face aux tentatives d’autonomie, voire d’indĂ©pendance, l’ArmĂ©e rouge soviĂ©tique a toujours eut Ă  batailler sĂ©vĂšrement en Ukraine pour la maintenir dans l’ordre bolchĂ©vique et s’opposer Ă  toutes tentatives « d’ukrainisation Â».

    L’application forcenĂ©e de la collectivisation des terres par le pouvoir de Staline a dĂ©clenchĂ© de terribles famines au dĂ©but des annĂ©es 1930 qui ont provoquĂ© entre 3 et 5 millions de morts en Ukraine. Lors des grandes purges staliniennes les Ukrainiens n’ont pas Ă©tĂ© les derniers Ă  souffrir des exĂ©cutions et des dĂ©portations de masse qui ont touchĂ© encore quelques millions de citoyens supplĂ©mentaires Ă  la fin des annĂ©es 1930. Ça laisse des souvenirs


    Durant la seconde guerre mondiale, aprĂšs la rupture du pacte germano-soviĂ©tique signĂ© en 1939 par l’Allemagne et l’Union soviĂ©tique, Berlin envoie ses troupes vers Moscou, l’opĂ©ration « Barbarossa Â», en traversant l’Ukraine. L’armĂ©e allemande est alors accueillie comme un sauveur libĂ©rant le pays de l’oppression stalinienne. Le fort antisĂ©mitisme rĂ©gnant alors dans cette RĂ©publique, comme dans toute l’Europe centrale ainsi d’ailleurs qu’en France, va entraĂźner des collaborations nausĂ©abondes entre les Nazis et des groupes locaux. Certains Ukrainiens qui ont Ă©tĂ© utilisĂ©s comme gardiens dans les camps de concentration allemands Ă©taient rĂ©putĂ©s parmi les plus brutaux d’un personnel qui ne faisait gĂ©nĂ©ralement pas dans la poĂ©sie. Il y eut mĂȘme une division SS « Galice Â» crĂ©e avec des volontaires ukrainiens. Les Russes ne sont pas en reste Ă  ce sujet puisque l’un des hĂ©ros de l’ArmĂ©e rouge, soutien indĂ©fectible Ă  Staline dans les annĂ©es 1930, le gĂ©nĂ©ral Vlassov, qui s’illustra du cĂŽtĂ© soviĂ©tique durant la guerre civile mais aussi Ă  l’occasion du siĂšge de LĂ©ningrad oĂč aprĂšs avoir estimĂ© que Staline avait abandonnĂ© l’armĂ©e qu’il dirigeait en rase campagne, capturĂ© par les Allemands, il passa Ă  l’ennemi et fonda « l’ArmĂ©e russe de libĂ©ration Â» qui aida la Wehrmacht Ă  lutter contre l’Union soviĂ©tique. A la fin de la guerre, capturĂ© par les alliĂ©s il fut remis Ă  Moscou puis jugĂ©, torturĂ© et exĂ©cutĂ© avec une dizaine de ses officiers supĂ©rieurs.

    Evidemment, lors du reflux des Allemands, quand l’ArmĂ©e rouge a retraversĂ© l’Ukraine vers l’Ouest pour arriver Ă  Berlin en 1945, les Russes se sont vengĂ©s de la collaboration germano-ukrainienne. Moscou et Kiev n’ont pas su mener une rĂ©conciliation comme l’ont fait en leur temps de Gaulle et Adenauer en France et en Allemagne, l’animositĂ© actuelle entre la Russie et l’Ukraine s’explique aussi par cette histoire.

    Dans un rapprochement osĂ©, le prĂ©sident Poutine a mĂȘme expliquĂ© rĂ©cemment avoir dĂ©clenchĂ© la mise au pas de l’Ukraine en fĂ©vrier dernier pour ne pas renouveler les erreurs du pacte germano-soviĂ©tique.

    Rappelons que ce pacte signĂ© en 1939 entre les Allemands et les SoviĂ©tiques (voir photo) a permis, notamment, aux Nazis et aux SoviĂ©tiques de se partager la Pologne plus quelques autres territoires. Cette signature entre fascistes et bolchĂ©viques a en tout cas fondĂ© l’anticommunisme de plusieurs gĂ©nĂ©rations d’EuropĂ©ens. Poutine affirme que ce pacte Ă©tait destinĂ© Ă  retarder l’agression allemande et permettre ainsi Ă  l’armĂ©e soviĂ©tique de se renforcer car elle n’était pas encore prĂȘte Ă  combattre efficacement en 1939, mais que ce fut un Ă©chec puisque durant les deux annĂ©es que dura ce pacte, de nombreux territoires et des millions de personnes ont Ă©tĂ© perdus. Il ne veut pas renouveler cette « erreur » une deuxiĂšme fois et il lui a donc fallu envahir l’Ukraine avant qu’elle ne soit trop forte. C’est Ă©videmment une interprĂ©tation toute personnelle de l’Histoire et il est plus probable que le pacte germano-soviĂ©tique, idĂ©ologiquement inattendu, n’était qu’un rapprochement entre dictateurs fĂ©lons qui Ă©tait fait pour durer.

    Il reste certainement des groupes d’extrĂȘme droite Ă  tendance pronazi en Ukraine comme il en existe dans tous les pays, y compris d’ailleurs en Russie ou en France, mais il ne semble pas que le pouvoir ukrainien soit significativement influencĂ© par l’idĂ©ologie nazie.

    Aujourd’hui, et quelle que soit l’issue de la guerre en cours, la Russie et l’Ukraine sont sĂ©parĂ©es pour longtemps. Et puis, le temps passera


  • Le prĂ©sident russe n’est certainement pas tout seul

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Les commentateurs bon clients de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s reprennent d’une seule voix que le prĂ©sident russe Vladimir Poutine serait l’unique responsable de la guerre en cours dĂ©clenchĂ©e par la Russie contre l’Ukraine. Certes il est le premier responsable puisqu’il est le grand chef mais il semble assez peu probable que le prĂ©sident ait pu prendre le chemin de la guerre sans l’étroite participation de son entourage, voire sans le soutien d’une bonne partie de la population russe biberonnĂ©e au nationalisme depuis des dĂ©cennies. On se souvient d’ailleurs que lors de l’annexion de la CrimĂ©e par Moscou en 2014 la cote de popularitĂ© de Poutine avait connu un fort regain tant cette reconquĂȘte territoriale a semblĂ© assez naturelle pour nombre de citoyens. Les sondages russes ne sont sans doute pas des modĂšles du genre mais il est probable qu’ils reposent sur une certaine rĂ©alitĂ©. Il n’est pas exclu qu’une partie de la population russe ne soit pas fondamentalement en dĂ©saccord avec l’idĂ©e d’un retour de l’Ukraine sous tutelle russe. Le complexe militaro-industriel doit certainement aussi approuver ce concept.

    Cette guerre ne semble pas la meilleure dĂ©cision prise rĂ©cemment par la Russie mais seule l’Histoire dira si elle aura servi ses intĂ©rĂȘts ou pas. La rĂ©ponse n’est pas aussi Ă©vidente que ce qu’on en dit au CafĂ© du Commerce. Il faut encore attendre pour en connaĂźtre le dĂ©nouement. Et mĂȘme si le prĂ©sident Poutine Ă©tait dĂ©chu de son poste dans la tourmente, il est probable qu’il serait remplacĂ© par un clone. Il faut bien l’admettre, malgrĂ© Chostakovitch, DostoĂŻevski et Soljenitsyne, la Russie n’aime pas l’occident comme elle le confirme dans ses actes depuis des siĂšcles. Il y a assez peu de raisons logiques d’imaginer que cette situation puisse changer un jour, que le Kremlin soit occupĂ© par Poutine ou par un autre. Il faudra en tenir compte une fois cette tragĂ©die guerriĂšre terminĂ©e : nous ne sommes pas amis et nous avons des conceptions opposĂ©es sur quasiment tout : l’organisation de nos sociĂ©tĂ©s, le corpus de valeurs qui les fondent, l’analyse du passĂ©, la vision de l’avenir
 Mais nous pouvons nous parler, faire du business ensemble, simplement la Russie n’a jamais changĂ© sa mĂ©thode qui est plutĂŽt du genre dure et sauvage. L’Occident s’est illusionnĂ© sur la compatibilitĂ© de ce pays avec l’Europe, c’était un leurre. Le mĂ©rite de la guerre en cours sera probablement de remettre les pendules Ă  l’heure en attendant le prochain ramollissement occidental.

  • L’Empire colonisateur

    Dans ses vƓux pour l’annĂ©e 1961, publiĂ©s notamment dans le journal de l’armĂ©e « Bled Â», MonGĂ©nĂ©ral expliquait :

    L’empire soviĂ©tique colonise
    Nous espĂ©rons fermement que, chez tous ces peuples, s’instaureront en dĂ©finitive l’ordre et le progrĂšs, malgrĂ© l’Empire soviĂ©tique, qui, non content de coloniser 40 millions de musulmans asiatiques et caucasiens et d’asservir une bonne douzaine de peuples qui lui sont complĂštement Ă©trangers, encourage et exploite toutes les secousses afin de prendre pieds dans les pays troublĂ©s. Bref, nous ne nous laisserons pas paralyser par cette odieuse agitation.
    

    Aider l’Ouest et l’Est Ă  en venir Ă  la dĂ©tente et au dĂ©sarmement, pour peu que l’Empire soviĂ©tique cesse de manier des torches incendiaires tout en lançant, pour la montre, des vols de colombes Ă©pouvantĂ©es.

    « Bled » 05/01/1961

    En remplaçant « Empire soviĂ©tique Â» par « FĂ©dĂ©ration de Russie Â» on a ici une analyse pas trĂšs Ă©loignĂ©e de la situation actuelle en Europe.

  • La dĂ©pense publique comme programme prĂ©sidentiel

    Les candidats Ă  l’élection prĂ©sidentielle française des 10 et 24 avril dĂ©voilent progressivement les programmes de dĂ©penses publiques (ou de baisses d’impĂŽt, ce qui revient au mĂȘme en termes budgĂ©taires) qui leur tiennent lieu de programmes Ă©lectoraux. Tout est bon pour exciter l’intĂ©rĂȘt de Mme. Michu : on augmente telle prestation, on recrute dans telle corporation de fonctionnaires, on aide telle profession, on baisse tel impĂŽt, on supprime telle redevance
 Seules quelques rares mesures vont plutĂŽt dans le sens d’un minimum de bonne gestion, les candidats de droite rĂ©publicaine annoncent vouloir augmenter l’ñge de dĂ©part Ă  la retraite ce qui est aussitĂŽt en partie absorbĂ© par la volontĂ© de revaloriser le niveau minimum de ladite retraite.

    On sait que ces pĂ©riodes Ă©lectorales sont propices Ă  toutes les annonces dĂ©magogiques mais l’élection actuelle semble battre des records en la matiĂšre. AprĂšs les effets de la crise sanitaire sur les finances publiques on voit les impacts de la guerre en Ukraine peser sur les contribuables avec la prise en charge par les finances publiques de toute une sĂ©rie de dĂ©penses privĂ©es, des consommateurs comme des entreprises.

    Comme souvent, la France dĂ©pense plus par citoyen en ces temps de crise que la plupart des pays occidentaux, l’effet sur les finances de la RĂ©publique est dĂ©vastateur et il faudra des gĂ©nĂ©rations avant de pouvoir apurer la situation.

    La France est en risque, risque d’augmentation des taux d’intĂ©rĂȘt et risque d’accĂšs au financement, mais aucun candidat ne semble vĂ©ritablement s’en prĂ©occuper. Vouloir tendre vers un Ă©quilibre des dĂ©penses et des recettes (comme essaye de le faire tout mĂ©nage) est immĂ©diatement qualifiĂ© de « programme de rigueur Â» et donc inacceptable. Ainsi va la vie politique française. Les contribuables vont devoir le payer un jour, cela ne se dit pas en pĂ©riode Ă©lectorale, mais, en France, on ne le dit pas non plus le reste du temps, c’est ce qui est irresponsable.

  • RĂ©silience et poches profondes

    On ne dit plus un « plan de paiement par les contribuables des charges des entreprises » mais on dit un « plan de résilience » !

  • The Rolling Stones « ’62 ’22 Sixty »

    La prochaine tournĂ©e des Rolling Stones, peut-ĂȘtre la derniĂšre, passera par Paris cet Ă©tĂ© le 23 juillet. Les tarifs des places sont prohibitifs.

    Ils abusent ; on renonce !

    Lire aussi : Charlie Watts est mort
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  • La langue française en Corse

    En attendant l’indĂ©pendance de la Corse et donc l’érection de la langue corse en langue nationale, un mystĂšre linguistique de ce territoire mĂ©riterait d’ĂȘtre Ă©lucidĂ©. Les personnes d’origine corse ne prononcent pas la derniĂšre lettre des patronymes qui est traitĂ©e comme un « e Â» muet.

    On ne dit pas Yvan Colonna mais Yvan ColĂŽnne, on ne dit pas Jean-Guy Talamoni mais Jean-Guy TalamĂŽne, on ne dit pas Gilles SimĂ©oni mais Gilles SiméÎne, et ainsi de suite. On ne connaĂźt pas la raison qui empĂȘche le prononcĂ© de la voyelle finale des patronymes mais cela donne un cĂŽtĂ© chantant au parlĂ© corse quand il est prononcĂ© en français.

    Il ne s’agit pas bien entendu de se rendre coupable de glottophobie mais on note cette spĂ©cificitĂ© locale : on ne prononce pas en Corse les voyelles situĂ©es en fin de patronyme lorsque l’on parle en français.

    Lire aussi : Un pas dans la bonne direction pour la Corse – Hit the road Jack
 (rehve.fr)
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  • Il va falloir payer

    Félix/Charlie Hebdo (26/01/2022)

    La Russie a lancĂ© sa guerre contre l’Ukraine avec des buts pas vraiment clairs. La conquĂȘte en cours amĂšne Ă  des milliers de morts (des deux cĂŽtĂ©s), des millions de rĂ©fugiĂ©s, des siĂšges de villes et des destructions significatives des infrastructures ukrainiennes, y compris des immeubles civils. Les bombardements ne sont pas massifs comme ceux pratiquĂ©s par la Russie en TchĂ©tchĂ©nie ou en Syrie, les villes ne sont pas rasĂ©es, mais les dommages sont importants. Une fois les hostilitĂ©s terminĂ©es il va falloir payer pour la reconstruction. Que la Russie soit perdante ou gagnante de cette guerre, il est peu probable qu’elle sera candidate pour financer la reconstruction de l’Ukraine. C’est sans doute Ă  l’Europe et aux Etats-Unis d’AmĂ©rique que va Ă©choir cette charge, des pays dĂ©jĂ  surendettĂ©s aprĂšs deux annĂ©es de crise sanitaire.

    Le mur de la dette occidentale est Ă  peu prĂšs aussi vertigineux que l’incomprĂ©hension occidentale face aux agissements actuels de la Russie. Les consĂ©quences financiĂšres des dĂ©sordres mondiaux actuels risquent d’ĂȘtre aussi dĂ©vastatrices que la guerre actuelle, l’accumulation gigantesque des dĂ©penses, d’abord sanitaires puis maintenant guerriĂšres, sans recettes en face sinon la crĂ©ation monĂ©taire va Ă©branler le systĂšme financier mondial. On voit mal comment la planĂšte pourra Ă©viter une sĂ©vĂšre restructuration financiĂšre dans les mois Ă  venir qui devrait se traduire, au mieux par une inflation sĂ©vĂšre et durable, ou pire par des dĂ©fauts de paiement publics et privĂ©s, et le cortĂšge de faillites qui ira avec.

  • Un pas dans la bonne direction pour la Corse

    Le ministre de l’intĂ©rieur se rend en Corse aujourd’hui pour tenter de calmer la tempĂȘte dĂ©clenchĂ©e par l’agression en prison d’Yvan Colonna et a dĂ©clarĂ© que le gouvernement est « prĂȘt Ă  aller jusqu’à l’autonomie [de l’Ile] ». C’est bien et c’est un bon objectif mais il est encore insuffisant puisque l’aboutissement doit Ă©videmment ĂȘtre une indĂ©pendance totale de cette Ăźle dont le rattachement Ă  la France est une source continuelle de coĂ»ts et de problĂšmes pour le continent, d’insatisfaction pour les Corses eux-mĂȘmes, depuis qu’elle a Ă©tĂ© conquise par la force en 1769 par le Royaume de France.

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 de nouveau
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    L’autonomie c’est en fait l’indĂ©pendance mais avec la pension alimentaire puisque la Corse ne demande pas l’autonomie financiĂšre semble-t-il. Il n’y a plus d’espoir aujourd’hui que la Corse puisse un jour ĂȘtre compatible avec la RĂ©publique française il faut donc Ă©voluer, « quoi qu’il en coĂ»te Â».

    Le risque est que ce qui sera obtenu par la Corse ne soit ensuite demandĂ© par la Bretagne, le Pays basque ou par d’autres, mais devant le refus de la Corse de s’assimiler aux rĂšgles de la RĂ©publique et l’impossibilitĂ© pour l’Etat de rĂ©duire cette contestation permanente, il faudra bien prendre ce risque, cĂ©der aux exigences corses pour l’accompagner doucement vers une souverainetĂ© apaisĂ©e et financĂ©e.

  • Les armes cliquettent

    La guerre a au moins une consĂ©quence directe : l’Allemagne rĂ©arme
 Cela ranime Ă©videmment quelques souvenirs alentour, pas parmi les meilleurs du continent europĂ©en.

    Depuis la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale notre voisin outre-Rhin a veillĂ© Ă  reconstituer sa puissance Ă©conomique, encore renforcĂ©e aprĂšs la rĂ©unification avec l’Allemagne communiste suite Ă  la chute du Mur. Mais Berlin a toujours veillĂ© Ă  rester Ă  l’écart de la puissance militaire, refusant de participer Ă  toutes opĂ©rations armĂ©es extĂ©rieures et n’investissant que fort peu dans son armĂ©e nationale, prĂ©fĂ©rant rester sous le parapluie nuclĂ©aire des Etats-Unis d’AmĂ©rique, plutĂŽt que de risquer d’ĂȘtre Ă  nouveau entraĂźnĂ©e dans un conflit comme ceux qui l’ont emmenĂ©e si loin au XXĂšme siĂšcle.

    L’un des effets de la dĂ©cision russe d’envahir l’Ukraine est d’avoir provoquĂ© cette situation : l’Allemagne rĂ©arme ! L’avenir dira si c’est une bonne nouvelle.

  • La Corse en feu
 de nouveau

    Le militant indĂ©pendantiste Yvan Colonna a Ă©tĂ© reconnu comme Le militant indĂ©pendantiste Yvan Colonna a Ă©tĂ© reconnu comme ayant Ă©tĂ© le tireur qui a assassinĂ© le prĂ©fet de Corse Erignac en 1998 (de trois balles tirĂ©es dans le dos). Il a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  la prison Ă  perpĂ©tuitĂ© lors de trois procĂšs successifs. Il avait Ă©tĂ© dĂ©noncĂ© par d’autres nationalistes corses comme Ă©tant celui qui tenait l’arme mortelle, certains d’entre eux Ă©tant d’ailleurs revenus sur leur dĂ©nonciation. L’intĂ©ressĂ© a toujours contestĂ© ĂȘtre l’assassin.

    Colonna et ses deux complices purgeaient donc leurs peines dans des prisons françaises avec le statut de « DPS – dĂ©tenu particuliĂšrement signalĂ© Â» qui empĂȘchait qu’ils soient transfĂ©rĂ©s dans une prison corse pour effectuer la fin de celles-ci. A plusieurs reprises les avocats des dĂ©tenus ont demandĂ© la levĂ©e de ce statut DPS et leur transfert dans une prison corse pour se rapprocher de leurs familles et faciliter leurs visites. A chaque fois l’administration de la Justice a refusĂ© et les nationalistes locaux ont criĂ© Ă  « la vengeance d’Etat Â». Ils n’ont pas tout Ă  fait tort et il y a sans doute un peu de ça tant le crime d’assassinat d’un prĂ©fet par un indĂ©pendantiste corse avait marquĂ© la RĂ©publique.

    Il n’y a pas d’automaticitĂ©, ni dans l’inscription ni dans la radiation d’un dĂ©tenu au rĂ©pertoire des DPS. Une circulaire de 2007 rĂ©git les conditions de dĂ©cision d’inscription/radiation au fichier DPS prise par l’administration sur avis d’une commission synthĂ©tisĂ© par le procureur. En gros, un dĂ©tenu peut ĂȘtre sorti de la liste si : 

    « Les dĂ©tenus qui ont Ă©tĂ© inscrits au rĂ©pertoire des DPS doivent ĂȘtre radiĂ©s lorsque les raisons qui avaient motivĂ© leur inscription ont disparu. Â»

    https://rehve2.fr/wp-content/uploads/GOVFR_Circulaite-DPS-2007.pdf

    A priori, Colonna et ses deux complices ne sont pas rentrĂ©s dans cette catĂ©gorie puisque l’administration s’est systĂ©matiquement opposĂ©e Ă  la radiation des trois condamnĂ©s corses du fichier DPS. Bien malheureusement pour le premier qui a Ă©tĂ© agressĂ© ce 2 mars par un dĂ©tenu djihadiste qui l’a laissĂ© moribond. Il est depuis Ă  l’hĂŽpital toujours dans le coma, entre la vie et la mort. L’agresseur dĂ©tient une double nationalitĂ© franco-camerounaise, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par l’armĂ©e amĂ©ricaine en Afghanistan en 2012 et remis aux autoritĂ©s françaises en 2014. Il a alors Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  neuf ans de prison. Il a expliquĂ© son geste contre Colonna parce que celui-ci aurait « insultĂ© Dieu Â». On n’en sait pas plus sinon que Yvan Colonna Ă©tait plutĂŽt qualifiĂ© de dĂ©tenu « modĂšle Â» ce derniĂšres annĂ©es et que la prĂ©sence de ces deux individus laissĂ©s seuls sans surveillance dans une salle de sport est inexplicable. Il aurait fallu 8 minutes avant que des gardiens les sĂ©parent. Le tout a Ă©tĂ© filmĂ© par des camĂ©ras de surveillance et une enquĂȘte pour tentative d’assassinat est en cours.

    Depuis cette regrettable agression la Corse est dans la rue pour manifester sa colĂšre Ă  coup d’assaut contre les bĂątiments publics qui sont incendiĂ©s et saccagĂ©s, les forces de l’ordre sĂ©vĂšrement attaquĂ©es par les manifestants. Les Ă©meutes sont d’une rare intensitĂ© et risquent encore de s’aggraver si jamais Colonna ne s’en sortait pas. Il y a de nombreux blessĂ©s et les slogans habituels contre « l’Etat français assassin Â» (« Statu francese assassinu Â» en langue locale), les « Français de merde ! Â» et autres assimilations de la France au groupe Etat islamique.

    Dans un communiquĂ©, le prĂ©sident « autonomiste Â» de la collectivitĂ© de Corse appelle, notamment, Ă  :

    « Ouvrir un cycle politique nouveau dans les rapports entre l’Etat et la Corse. Â»

    https://rehve2.fr/wp-content/uploads/Corse_20220310_Communique-Simeoni.jpg

    Il a raison. Si cette agression contre le militant indĂ©pendantiste Colonna dans une prison d’Etat française est Ă©videmment regrettable, il faut en tout Ă©tat de cause ouvrir le cycle politique de la dĂ©colonisation de la Corse pour accompagner ce territoire vers sa pleine souverainetĂ© de façon apaisĂ©e et volontaire, « quoi qu’il en coĂ»te Â». C’est la seule solution pour sauver les vies des prĂ©fets et des indĂ©pendantistes.