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  • La « droite la plus bĂȘte du monde »

    Le prĂ©sident du parti conservateur Les RĂ©publicains (LR) semble avoir quelques loisirs pour prendre des engagements stupides qui illustrent l’aveuglement du personnel politique français obnubilĂ© par ses haines recuites et ses Ă©gos surdimensionnĂ©s qui lui font oublier l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. En rĂ©alitĂ©, contrairement Ă  ce qu’assĂšne Christian Jacob la politique actuelle est clairement « de droite Â», et mĂȘme plus vraiment « libĂ©rale Â» quant on voit le recours massif aux financements publics actuellement mis en Ɠuvre pour porter l’économie Ă  bout de bras dans le cadre de la crise sanitaire en cours. On se demande d’ailleurs ce qu’un prĂ©sident LR aurait fait diffĂ©remment depuis 2017 s’il avait Ă©tĂ© Ă©lu.

    Qu’importe, le prĂ©sident Macron a rĂ©ussi Ă  fĂ©dĂ©rer beaucoup de haines contre lui et c’est sans doute l’un de ses Ă©checs. La droite conservatrice privĂ©e du pouvoir exĂ©cutif depuis bientĂŽt dix ans lui reproche tout et son contraire, mais aussi d’avoir rĂ©ussi certaines rĂ©formes qu’elle n’a jamais osĂ© mener Ă  bien, comme celle de la SNCF ou de l’assurance chĂŽmage ou la diminution drastique des emplois aidĂ©s
 N’hĂ©sitant jamais devant une contradiction et pour satisfaire son besoin irrĂ©pressible de tout critiquer on a mĂȘme vu le parti LR pactiser avec les Ă©meutiers ou dĂ©fendre le maintien des emplois aidĂ©s


    Heureusement pour eux, la gauche est dans un tel Ă©tat de dĂ©liquescence, grosso-modo pour les mĂȘmes raisons qu’à droite mais d’une intensitĂ© encore plus autodestructrice, qu’en principe un candidat de droite, Macron ou LR, devrait l’emporter Ă  l’élection prĂ©sidentielle française de 2022.

  • « La Fontaine en 10 leçons, de et par JĂ©rĂŽme Hauser » au Parc Sainte-PĂ©rine

    La Mairie du XVIĂšme arrondissement de Paris cĂ©lĂšbre le 400Ăšme anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine en organisant diffĂ©rents Ă©vĂšnements en l’honneur du poĂšte qui a donnĂ© son nom Ă  nombre de bĂątiments dans cet arrondissement ainsi qu’une rue. Aujourd’hui JĂ©rĂŽme Hauser dit, interprĂšte et commente des poĂšmes de La Fontaine sur dix thĂšmes, l’amour, l’amitiĂ©, la liberté  et rĂ©jouit une petite audience (jauge oblige) attentionnĂ©e et ravie, jeune et moins jeune.

    Cela se passe sur une petite scĂšne Ă©phĂ©mĂšre montĂ©e Ă  l’ombre d’un vaste mĂ»rier dans le parc Sainte-PĂ©rine, aux pieds du centre hospitalier de soins palliatifs du mĂȘme nom. Sur la colline des grands malades s’éteignent, dans le parc sous leurs fenĂȘtres des enfants dĂ©couvrent le fabuliste et de grands enfants s’émerveillent Ă  nouveau devant la clairvoyance de La Fontaine Ă  dĂ©crire nos travers. Le poĂšte joue les passeurs du temps.

  • LULU Annie, ‘La mer Noire dans les Grands lacs’.

    Sortie : 2021, Chez : Editions Julliard.

    Annie Lulu est une jeune auteure qui publie son premier roman. NĂ©e en 1987 en Roumanie d’une mĂšre roumaine et d’un pĂšre congolais (ex-ZaĂŻre devenu RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo « RDC ») elle raconte sans doute aussi une partie de sa vie dans cet ouvrage. Il s’agit de quĂȘte, celle du pĂšre, celle du pays rĂȘvĂ© dans une Afrique violente, celle d’une mĂšre claquemurĂ©e en Europe de l’est et celle du fils Ă  venir au bord du lac Kivu.

    Nili l’hĂ©roĂŻne n’a jamais connu son pĂšre, Ă©tudiant rĂ©volutionnaire assassinĂ© par les sicaires du rĂ©gime zaĂŻrois. Elle va quitter Bucarest, s’arrĂȘter Ă  Paris oĂč elle entame une thĂšse de littĂ©rature africaine puis tout abandonner pour retrouver la famille de son pĂšre, entre Kinshasa et Goma. De la fureur de la rumba congolaise Ă  la brĂ»lure des volcans qui dominent la lac Kivu, elle retrouve les lettres que son pĂšre a Ă©crite Ă  sa mĂšre et que celle-ci lui a cachĂ©es, ou n’a jamais reçues. Elle dĂ©couvre un pĂšre et une famille attentionnĂ©s et elle se laisse embarquer dans le maĂ«lstrom d’un ZaĂŻre Ă  la dĂ©rive pour se rapprocher de ses racines et poursuivre la rĂ©volution qui a guidĂ© son pĂšre.

    Ce premier roman est joliment Ă©crit et montre les dĂ©chirements vĂ©cus par cette jeune femme mĂ©tisse aux origines tellement distendues entre les continents et dont la quĂȘte du pĂšre mystĂ©rieux guide la vie. Du roumain au swahili en passant par le français, la mondialisation est Ă  l’Ɠuvre dans le cƓur de Nili et n’aura pas que des effets positifs. Des dĂ©sastres de Ceausescu aux dĂ©rives de Mobutu ou des gĂ©nocidaires rwandais, il n’est pas facile de trouver son chemin dans une telle dĂ©cadence.

  • « Le Caire confidentiel » de Tarik Saleh

    « Le Caire confidentiel » de Tarik Saleh

    Un film policier Ă©gyptien original, qui serait inspirĂ© d’un fait rĂ©el, dans lequel on suit les enquĂȘtes d’un policier corrompu du Caire, saisi d’une soudaine vague d’honnĂȘtetĂ© lorsqu’il dĂ©couvre des filles Ă©gorgĂ©es membre d’un rĂ©seau de prostitution de luxe impliquant les caciques du pouvoir. Sa rĂ©demption trouvera ses limites quand la sĂ©curitĂ© de l’Etat achĂštera le silence de son commissariat pour qu’il laisse accuser un riche homme d’affaire des crimes.

    TournĂ©es au Maroc, les images du film sont lugubres, toujours la nuit, souvent dans des bidonvilles surpeuplĂ©s habitĂ©s par des immigrĂ©s soudanais. Elles rendent une vision sinistre de la ville du Caire Ă  travers la morgue de ce policier dĂ©sabusĂ©. Nous sommes en 2011, les derniĂšres images portent sur la rĂ©volution en marche Place Tahrir
 Dix ans plus tard, un marĂ©chal a remplacĂ© un gĂ©nĂ©ral aprĂšs un pouvoir religieux en intermĂšde. Pas sĂ»r que grand-chose n’ait changĂ© en Egypte !

  • Macron : les projets !

    Les commentateurs avisĂ©s de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s considĂšrent comme certain que l’actuel prĂ©sident de la RĂ©publique va se prĂ©senter aux suffrages Ă©lectoraux pour un second mandat de cinq ans. Aucun ne semble envisager une hypothĂšse oĂč le prĂ©sident dĂ©ciderait d’aller « planter ses choux ailleurs Â». Ils ont peut-ĂȘtre tort.

    On ne peut pas en effet complĂštement exclure que fatiguĂ© par cinq annĂ©es de critique permanente l’accusant de tout et son contraire, usĂ© par la contestation populaire endĂ©mique Ă©rigĂ©e en mode de fonctionnement, dĂ©primĂ© par l’incroyable rĂ©sistance au changement des « gaulois rĂ©fractaires Â», il ne prĂ©fĂšre finalement partir se recaser dans une banque ou une fondation histoire de se retrouver dans un environnement plus carrĂ©, plus opĂ©rationnel, plus productif, plus valorisant.

    Il est jeune et a la vie devant lui. Il aura fait son possible, ceux qui ne cessent de l’abominer quoi qu’il fasse ou ne dĂ©cide se feront un plaisir de le remplacer et de montrer combien leurs solutions sont meilleures que les siennes. « Les Français sont des veaux Â» aurait dit MonGĂ©nĂ©ral, eh bien qu’ils aient les dirigeants qu’ils mĂ©ritent !

  • Victor-Hugo. Dessins, « Dans l’intimitĂ© du gĂ©nie » au MusĂ©e Maisons de Victor-Hugo

    Victor-Hugo. Dessins, « Dans l’intimitĂ© du gĂ©nie » au MusĂ©e Maisons de Victor-Hugo

    Le musĂ©e des Maisons de Victor-Hugo (celle de Paris Place des Vosges, mais aussi celle de Guernesey Hauteville House) prĂ©sente une collection des dessins de Victor-Hugo. On apprend Ă  cette occasion que l’écrivain avait aussi des talents de dessinateur qu’il rĂ©servait aux siens, ne voulant pas considĂ©rer ses dessins (il en a produit plus de 4 000) comme faisant partie de son Ɠuvre artistique. Nombre d’entre eux sont exposĂ©s ici aprĂšs avoir Ă©tĂ© conservĂ©s par Juliette Drouet, sa maĂźtresse de cƓur qui le suivra sa vie durant.

    Son ami CĂ©lestin Nanteuil, dessinateur-graveur, va accompagner l’apprentissage d’Hugo et l’éclosion d’un vĂ©ritable talent, en plus des autres… Son style est crĂ©pusculaire, sous forme de lavis de couleur sombres et ambrĂ©es, l’inspiration vient souvent de la nature qu’il dessine dans toute sa majestĂ©, mais aussi de son combat pour la justice, son opposition Ă  la peine de mort notamment.

    Les dessins sont exposĂ©s au premier Ă©tage. Au deuxiĂšme on visite l’ancien appartement de l’écrivain-poĂšte oĂč ont Ă©tĂ© reconstituĂ©es certaines piĂšces de diffĂ©rents lieux oĂč vĂ©cut l’artiste. On y voit notamment les meubles et les dĂ©cors rĂ©alisĂ©s Ă©galement par Victor-Hugo. On croise aussi les Ă©tapes de sa vie, les plus joyeuses comme celles qui furent tragiques (la perte de deux de ses enfants dont sa fille LĂ©opoldine dont il Ă©tait trĂšs proche), des photos Ă©mouvante d’Hugo avec ses petits-enfants (c’est l’époque de l’apparition des daguerrĂ©otypes), des Ă©crits originaux exposĂ©s dans des vitrines, bref, tout le monde du crĂ©ateur foisonnant que fut Victor-Hugo.

    Oh ! Ces enfantements et ces créations,
    Ces rencontres de l’ñme avec les visions
    PÚsent sur le génie, et, le courbant à terre,
    Le penchent du cÎté le plus noir du mystÚre.
    Du jour oĂč tout ce monde Ă©trange t’apparut,
    Des passions d’en bas rñlant l’horrible rut,
    T’apportant des douleurs la sublime dĂ©mence,
    Ô sculpteur, à partir de cet instant immense,
    Ta pensĂ©e Ă  jamais fut mĂȘlĂ©e Ă  la nuit !

    « Les Cariatides Â» (Les Quatre Vents de l’Esprit) Victor-Hugo

    Voir aussi : | Maisons de Victor Hugo | Paris – Guernesey

  • MusĂ©e de la LibĂ©ration de Paris – musĂ©e du gĂ©nĂ©ral Leclerc – musĂ©e Jean Moulin

    Un nom un peu long pour un petit musĂ©e trĂšs intĂ©ressant sur la libĂ©ration de Paris en aoĂ»t 1944. ComplĂštement rĂ©novĂ©, il a Ă©tĂ© dĂ©mĂ©nagĂ© en 2019 de la gare Montparnasse Ă  Denfert-Rochereau Ă  l’occasion du 75Ăšme anniversaire de la libĂ©ration de Paris, dans le bĂątiment mĂȘme dont le sous-sol avait Ă©tĂ© transformĂ© en quartier gĂ©nĂ©ral du commandement de la rĂ©sistance parisienne lors des combats d’aoĂ»t 1944 autour de l’entrĂ©e de la 2Ăšme division blindĂ©e commandĂ©e par Leclerc dans la capitale.

    Le musĂ©e est aussi consacrĂ© Ă  Jean Moulin et au gĂ©nĂ©ral Leclerc dont les vies sont retracĂ©es avec de nombreux documents d’époque. Le premier Ă©tait dĂ©jĂ  mort dans les prisons de la Gestapo Ă  la LibĂ©ration de Paris dont le second a Ă©tĂ© un acteur important. On dĂ©couvre leurs parcours entremĂȘlĂ©s avec les heures dĂ©cisives des combats de Paris en 1944. Des vidĂ©os connues, le cĂ©lĂšbre discours de de Gaulle Ă  l’HĂŽtel de Ville « â€Š mais Paris libĂ©ré  Â», le voyage de PĂ©tain en mars 1944 venu dans la capitale pour compatir avec les victimes des bombardements aĂ©riens alliĂ©s, la reddition des nazis le 25 aoĂ»t, les derniers bombardements allemands du 26


    En descendant 100 marches on se retrouve dans les caves qui avaient Ă©tĂ© amĂ©nagĂ©es pour ĂȘtre un abri de dĂ©fense passive et accueillir les personnels de l’administration parisienne qui travaillaient dans le bĂątiment du rez-de-chaussĂ©e donnant sur la place Denfert-Rochereau. Cet abri est devenu le quartier gĂ©nĂ©ral de colonel Rol-Tanguy, chef (communiste) des Forces françaises de l’intĂ©rieur (FFI) de la rĂ©gion parisienne qui participĂšrent Ă  l’insurrection de Paris durant ces heures dĂ©cisives d’aoĂ»t 1944. Le visiteur se promĂšne avec un casque de rĂ©alitĂ© virtuelle sur la tĂȘte en suivant le soldat Jean qui le fait pĂ©nĂ©trer dans les salles reconstituĂ©es numĂ©riquement avec les personnages animĂ©s qui les occupaient : le standard tĂ©lĂ©phonique, les bureaux du colonel Rol et celui de Madame qui lui servait d’assistante


    Un beau musés dédié aux grandes heures des combats pour la Liberté animées par des grands hommes et des anonymes. Quelle époque !

  • HALLIER Jean-Herdern, ‘Fin de siĂšcle’.

    Sortie : 1980, Chez : Albin Michel.

    Jean-Edern Hallier (1936-1997) fut un trublion de la vie littĂ©raire et politique française des annĂ©es 1970-1980, un polĂ©miste fantasque mais flamboyant. Il publie « Fin de siĂšcle » en 1980 alors que la diplomatie de l’humanitaire se dĂ©ploie Ă  travers une planĂšte ravagĂ©e par des conflits dans le tiers monde : Biafra, Vietnam, Cambodge
 et oĂč s’illustrent une nouvelle gĂ©nĂ©ration de hĂ©ros, celle des mĂ©decins sauveteurs partant sur la planĂšte pour y dĂ©verser la culpabilitĂ© de l’Occident au des sacs de riz.

    Ce roman raconte avec un cynisme envoutant le monde interlope de l’humanitaire en Asie. Il dĂ©bute sur la terrifiante image de la collision d’un avion bourrĂ© d’aide humanitaire atterrissant Ă  Bangkok avec un autre aĂ©ronef en dĂ©collant, transportant des enfants adoptĂ©s partant trouver refuge en Occident oĂč ils n’arriveront jamais. Le ton est donné 

    La narrateur, Falchu’un qui est archĂ©ologue dĂ©ambule dans les jungles d’Asie du sud-est et en Ecosse en compagnie de Kohler, patron suisse et adipeux de l’UNICEF, qui roule en Rolls Royce blanche et glose sur l’organisation du monde, ses misĂšres et sa rĂ©demption en cours Ă  travers l’industrie pharmaceutique. Il vit une aventure amoureuse avec Lisa, l’assistante de Kohler, Ă  la sexualitĂ© aussi torride que le soleil qui frappe les tropiques, qui met en Ɠuvre avec brio le marketing de l’humanitaire, et qui s’Ă©teint en Ecosse dans le cataclysme d’un cancer qu’elle refuse de traiter. Et il accompagne la vieillesse de son pĂšre, rĂ©fugiĂ© dans son manoir breton et murĂ© dans le silence, avec un fils simple d’esprit, un autre militant communiste international qui se trouvait par hasard dans l’un des deux avions crashĂ©s Ă  Bangkok et le troisiĂšme qui court aprĂšs ses illusions.

    Ces personnages baroques permettent Ă  Hallier de donner libre cours Ă  son lyrisme sur les maux d’une planĂšte Ă  la dĂ©rive. On se rĂ©jouit du ton hallucinĂ© qu’il met dans leurs dialogues et qui est sans doute assez proche de ses propres pensĂ©es, ou du moins celles qu’il affiche publiquement. Hallier confirme dans ce roman son goĂ»t pour le pamphlet en y Ă©talant son grand talent pour la raillerie, l’humour noir et le cynisme. Un vrai rĂ©gal !

  • Elections rĂ©gionales, un seul perdant : les sondeurs !

    Charlie Hebdo (23/12/2020)

    Cela devient maintenant une habitude : la dĂ©route des sondeurs une fois les rĂ©sultats officiels des Ă©lections publiĂ©s. Les Ă©lections rĂ©gionales dont le deuxiĂšme tour a eu lieu dimanche 27 juin ont confirmĂ© une nouvelle fois cette routine. Les anticipations tablaient sur une avancĂ©e importante du Rassemblement Nationale (RN) qui devait emporter la majoritĂ© dans une voire plusieurs rĂ©gions administratives. Le rĂ©sultat est qu’il n’en a remportĂ© aucune. Ceci n’est pas bien grave et on mesure la difficultĂ© de prĂ©voir les votes de citoyens aux convictions plutĂŽt variables. Cela montre que les prix auxquels sont facturĂ©s ces sondages sont peut-ĂȘtre Ă  revoir Ă  la baisse tant ils sont Ă©loignĂ©s des vrais rĂ©sultats.

    Plus notable est la persĂ©vĂ©rance des organes mĂ©diatiques Ă  continuer Ă  utiliser ces sondages comme sources de leurs dĂ©bats sans mĂȘme Ă©mettre quelques rĂ©serves sur la fiabilitĂ© de ceux-ci. Le soir mĂȘme de la diffusion des rĂ©sultats le 27 juin sur les plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s, les journalistes commentaient dĂ©jĂ  un nouveau sondage sur les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2022 alors mĂȘme qu’ils constataient la dĂ©route des sondeurs sur les Ă©lections rĂ©gionales aboutie le soir mĂȘme


    Le mieux Ă  faire pour les commentateurs serait de commenter les programmes Ă©lectoraux pour les vulgariser auprĂšs de leur public, mais cela nĂ©cessite de les lire et de les comprendre au prĂ©alable, effort semble-t-il hors de portĂ©e de la majoritĂ© d’entre eux. Alors il est plus simple, mais aussi plus onĂ©reux, de gloser sur des prĂ©visions chiffrĂ©es qui se sont avĂ©rĂ©es tant de fois bien Ă©loignĂ©es des rĂ©sultats officiels. Les programmes Ă©lectoraux sont gĂ©nĂ©ralement disponibles gratuitement sur des sites Internet, il suffit de les lire et d’activer un peu ses neurones pour les commenter.

  • Place des Vosges

  • « Henri Cartier-Bresson – Revoir Paris » au MusĂ©e Carnavalet

    Pour sa rĂ©ouverture aprĂšs quatre annĂ©es de travaux, le MusĂ©e Carnavalet prĂ©sente une exposition temporaire Cartier-Bresson (1908-2004) sur Paris. Photographe majeur du XXĂšme siĂšcle, proche des surrĂ©alistes, compagnon de route du Parti communiste français, il voyage trĂšs tĂŽt Ă  travers la planĂšte, il photographie nombre d’évĂšnements clĂ©s de son temps : la guerre d’Espagne, la libĂ©ration de Paris en 1944, la partition des Indes coloniales, la mort de Gandhi, la rĂ©volution cubaine, Mai 68 Ă  Paris
 Photographe il s’essaye aussi au cinĂ©ma, fut assistant de Renoir dans les annĂ©es 1930 et tourne quelques films politiques. Fait prisonnier pendant la guerre, il s’évade et entre dans la rĂ©sistance.

    Alors que le photographe Ă  beaucoup voyagĂ© et travaillĂ© de par le monde il est souvent revenu Ă  Paris retrouver son port d’attache. Il a laissĂ© de trĂšs nombreuses photos de ses pĂ©rĂ©grinations dans la capitale dont celles prĂ©sentĂ©es Ă  Carnavalet. On y trouve des regards Ă©mouvants sur la vie de tous les jours de parisiens de milieux populaires : pique-niques sur les bords de Marne, gamins jouant dans les rues, devantures de magasins
 mais aussi des portraits de sujets qu’il admire : Mauriac, Ezra Pound, les obsĂšques d’Aristide Briand, Sartre
 et d’autres moins connus.

    On est frappĂ© par la justesse des mises en scĂšne oĂč tout semble instantanĂ© mais rĂ©glĂ© au cordeau. C’est sans doute la dĂ©finition du talent. Cela rĂ©vĂšle en tout cas l’incroyable coup d’Ɠil de l’artiste qui fait rentrer sous terre le photographe dĂ©plorable qu’est devenu aujourd’hui n’importe quel possesseur de smartphone ! Le sens de la gĂ©omĂ©trie propre Ă  Cartier-Bresson est aussi rĂ©vĂ©lĂ© de façon Ă©clatante dans nombre des clichĂ©s prĂ©sentĂ©s. Un quai de seine, un alignement de voies ferrĂ©es, un escalier de Montmartre, le photographe repĂšre les figures ainsi formĂ©es pour en faire un dĂ©cor des plus harmonieux sur lequel s’incruste son sujet principal dans une magie de lignes, comme sur un calque d’architecte, mais il s’agit de la rĂ©alitĂ©. Une vraie rĂ©alitĂ© d’ailleurs puisqu’il prĂ©cise ne jamais compromettre avec les tirages : pas de retouche, pas de suppression. Ce qui est sur le nĂ©gatif est agrandit sur le papier.

    A mon sens, la photographie a le pouvoir d’évoquer et ne doit pas simplement documenter. Nous devons ĂȘtre des abstraits d’aprĂšs nature.

    On apprend par ailleurs que l’artiste a appris le dessin au crĂ©puscule de sa vie. Certains d’entre eux sont exposĂ©s, montrant le Parc des Tuileries croquĂ© depuis la fenĂȘtre de son appartement de la rue de Rivoli.

    Une trĂšs belle exposition qui permet aussi de mieux connaĂźtre l’intĂ©ressante personnalitĂ© du photographe.

  • « Un espion ordinaire » de Dominic Cooke

    Ce film raconte comment les services secrets britannique et amĂ©ricain ont embarquĂ© dans les annĂ©es 1960 un reprĂ©sentant de commerce londonien pour servir de porteur de courrier entre un dirigeant de la sĂ©curitĂ© militaire soviĂ©tique (GRU) Ă  Moscou, Oleg Penkovsky, et les services Ă  Londres. Il ne connaĂźt pas le contenu des messages qui portent sur l’installation de missiles nuclĂ©aires Ă  Cuba par Moscou. BasĂ© sur une histoire vraie, le film dĂ©taille ensuite la chute de l’agent-double soviĂ©tique, qui sera exĂ©cutĂ© en 1963, et de son correspondant britannique qui fera deux annĂ©es de prison Ă  Moscou avant de faire l’objet d’un Ă©change d’espions comme il s’en pratiquait rĂ©guliĂšrement Ă  l’époque entre les deux camps.

    Le film est bien menĂ©, les acteurs sont crĂ©dibles et le dĂ©cors « annĂ©e 60 Â» magnifiquement reconstituĂ©, du BolchoĂŻ de Moscou au clubs londoniens.

    On suppose que ce qui a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© de l’affaire Penkovsky et qui sert de base au scĂ©nario est effectivement vrai, mais qui peut savoir ? Evidement, rĂ©duire 40 annĂ©es d’espionnage durant la guerre froide en un film de 90 minutes pousse certainement Ă  quelques simplifications de scĂ©nario mais l’essentiel est sans doute lĂ  : dans la guerre « froide Â» mais fĂ©roce qui opposait deux conceptions du monde, des citoyens, parfois ordinaires, ont pris le risque soit de trahir leur pays soit d’aider la trahison d’agents doubles appartenant Ă  l’autre cĂŽtĂ©. Beaucoup l’ont fait par conviction, certains par intĂ©rĂȘt, nombreux sont ceux qui l’ont payĂ© de leurs vies et de celles de leurs familles. Les trahisons ont eu lieu dans les deux sens mais il convient de rappeler aux plus jeunes qu’à l’époque le goulag Ă©tait Ă  l’Est et les pacifistes Ă  l’Ouest


    Aujourd’hui le combat de blocs continue de façon diffĂ©rente mais tout aussi violente. L’actualitĂ© regorge d’informations sur des assassinats d’ex-agents doubles russes ou soviĂ©tiques rĂ©fugiĂ©s en Europe, de scientifiques iraniens dans leur propre pays ou de chefs de guerre religieux au Moyen-Orient. La situation est plus complexe et les moyens utilisĂ©s plus sophistiquĂ©s mais la lutte pour la suprĂ©matie reste identique.

  • Le retrait se termine

    Les troupes occidentales sont en train d’achever leur retrait d’Afghanistan aprĂšs une guerre qui aura durĂ© 20 ans Ă  la suite des attentats religieux du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center de New-York. Les clĂ©s de l’immense base militaire aĂ©rienne de Bagram ont Ă©tĂ© remises aux autoritĂ©s locales et la population se serait empressĂ©e de la piller sitĂŽt le dernier soldat amĂ©ricain parti. Cette base est emblĂ©matique des invasions Ă©trangĂšres qui ont marquĂ© ce pays. Construite dans les annĂ©es 1950 par les Etats-Unis alors que l’Afghanistan Ă©tait leur alliĂ©e dans la guerre froide, elle est ensuite passĂ©e sous contrĂŽle soviĂ©tique lors de l’invasion communiste de 1979, elle fut l’objet de fĂ©roces combats entre les chefs de guerre afghans aprĂšs le retrait soviĂ©tique en 1989, puis rĂ©cupĂ©rĂ©e par les Etats-Unis et l’OTAN en 2001 aprĂšs leur entrĂ©e dans le pays.

    Il est peu probable que l’armĂ©e nationale afghane n’ait jamais l’utilitĂ© rĂ©elle d’une telle installation. Le mieux aurait sans doute Ă©tĂ© de la dĂ©manteler une bonne fois pour toute et de la transformer en terrain agricole pour y cultiver des cĂ©rĂ©ales
 ou du pavot.

    Dans le mĂȘme temps, l’insurrection religieuse talibane progresse et chacun parie sur la prise de pouvoir rapide de tout le pays par ce groupe qui a dĂ©jĂ  dirigĂ© l’Afghanistan avant d’ĂȘtre dĂ©logĂ© en 2001 par les troupes amĂ©ricaines qui commencĂšrent ainsi le long chemin de croix qui s’achĂšve aujourd’hui. Le retour probable des talibans au pouvoir avec leurs pratiques qui apparaissent d’un autre Ăąge aux occidentaux nous fait revenir en 1996. La roue a tournĂ© et est revenue Ă  son point de dĂ©part. L’avenir sera Ă©videmment diffĂ©rent de ce qu’il fut en 1996 et peut-ĂȘtre pas pire que ce que furent les 20 derniĂšres annĂ©es. Au moins sera-t-il majoritairement afghan avec une baisse des influences Ă©trangĂšres dans le pays. Les principes talibans basĂ©s sur une application stricte du Coran dans la politique, s’ils sont rejetĂ©s par une minoritĂ© formĂ©e Ă  « l’occidentale Â» et intĂ©ressĂ© par la modernitĂ©, sont sans doute plus ou moins validĂ©s par une bonne partie de la population. Le seul point qui vaille est de savoir si l’Afghanistan va redevenir une base de dĂ©part pour le terrorisme religieux international ? Les talibans se sont engagĂ©s Ă  ne pas l’autoriser dans les accords signĂ©s avec les Etats-Unis. S’ils contrevenaient Ă  cet engagement ils prendraient alors un risque de voir une nouvelle invasion de leur pays. Mais l’avenir ne manquera pas de rĂ©server des surprises car il n’est jamais la reproduction Ă  l’identique du passĂ©.

  • « Nous vous aimons, Madame » ‘Simone Veil 1927-2017’ Ă  l’HĂŽtel de Ville de Paris

    La mairie de Paris organise plusieurs Ă©vĂšnements en souvenir de Simone Veil (1927-2017), personnage politique consensuel d’une grande Ă©lĂ©vation, qui a parcouru les drames du XXĂšme siĂšcle sans rien abdiquer de ses principes renforcĂ©s Ă  la terrible expĂ©rience des camps d’extermination nazis.

    La salle d’exposition de la rue de Lobau retrace la vie de Simone Veil avec photos, vidĂ©os et documents historiques, objets marquants dont son Ă©pĂ©e d’acadĂ©micienne marquĂ©e de son numĂ©ro de dĂ©portĂ©e 78651 tatouĂ© sur son bras gauche, du nom du camp de Birkenau, les devises française « LibertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternitĂ© Â» et europĂ©enne « Unie dans la diversitĂ© Â», les flammes symbolisant les fours crĂ©matoires mais aussi deux mains jointes pour rappeler la fraternitĂ©.

    NĂ©e dans une famille juive (Jacob) non pratiquante plutĂŽt bourgeoise, enfance Ă  Nice, vacances Ă  la montagne ou Ă  La Ciotat, entrĂ©e dans la clandestinitĂ© en 1944 pour Ă©chapper aux rafles anti-juives avant d’ĂȘtre arrĂȘtĂ©e avec toute sa famille en mars de cette mĂȘme annĂ©e, le retour en en France en 1945, sans ses deux parents et son frĂšre assassinĂ©s sur place, les Ă©tudes de droit, son mariage avec Antoine Veil (1926-2013) rencontrĂ© Ă  Sciences-Politiques et l’amorce d’un long et brillant parcours dans la magistrature puis la politique. Chaque Ă©tape de cette vie foisonnante est restituĂ©e dans les salles d’exposition jusqu’à son entrĂ©e Ă  l’AcadĂ©mie française oĂč Jean d’Ormesson l’accueillera avec Ă©motion et cette phrase partagĂ©e par beaucoup : « Nous vous aimons, Madame Â», puis son entrĂ©e au PanthĂ©on avec son mari, quelques mois aprĂšs son dĂ©cĂšs en 2017.

    On s’attarde sur sa foi et son expĂ©rience europĂ©ennes, elle fut prĂ©sidente du parlement europĂ©en en 1979, son combat pour faire voter une loi en France sur l’interruption volontaire de grossesse en 1974, et on relit avec consternation les attaques dont elle fut l’objet de la part de parlementaires conservateurs et d’anonymes, allant mĂȘme jusqu’à la traiter de nazie Ă  la tribune de l’assemblĂ©e nationale ou via des lettres anonymes d’insultes
 On s’émeut devant ses tĂ©moignages de l’horreur nazie qu’elle vĂ©cut de l’intĂ©rieur qu’elle rapporte via d’innombrables cĂ©rĂ©monies, souvenirs, visites des camps, interviews, engagements notamment Ă  la prĂ©sidence de la « Fondation pour la mĂ©moire de la Shoah Â»â€Š et dont elle parle inlassablement toujours avec cette indicible tristesse de ceux qui sont revenus de la barbarie et ne s’en sont jamais remis.

    Une intéressante exposition sur une femme politique que « nous aimons » bien sûr, et dont nous regrettons encore plus la stature quand on la compare au niveau des débats politiques actuels.

  • BUBER-NEUMANN Margarete, ‘PrisonniĂšre de Staline et d’Hitler 1 – DĂ©portĂ©e en SibĂ©rie’.

    Sortie : 1949, Chez : Editions du Seuil / POINTS P1191.

    Margarete Buber-Neumann (1901-1989) fut une militante communiste allemande. Vivant avec Heinz Neumann, dirigeant du parti communiste allemand dans les annĂ©es 1930, ils se rĂ©fugient tous les deux en Union soviĂ©tique Ă  l’arrivĂ©e du nazisme en Allemagne avec nombre de membres du Kominterm, l’internationale communiste.

    ArrivĂ©s Ă  Moscou en 1935 ils vont ĂȘtre victimes des procĂšs staliniens et des grandes purges qui s’en suivirent. L’auteure raconte l’incroyable mĂ©canique bureaucratique qui entraĂźna la dĂ©portation et la mort de millions de personnes. Neumann est arrĂȘtĂ© en 1937, dĂ©portĂ© puis portĂ© disparu. Margaret est arrĂȘtĂ©e en 1938, condamnĂ©e Ă  5 ans de camp pour « activitĂ©s contre-rĂ©volutionnaires ». Au bout de deux ans de goulag au Kazakhstan elle est remise par le NKVD (la police politique stalinienne) à
 la gestapo dans le cadre de l’accord germano-soviĂ©tique et elle passera cinq ans dans le camp de concentration de RavensbrĂŒck. Quel sinistre parcours !

    Cette premiĂšre partie raconte l’enferment soviĂ©tique, des interrogatoires en prison au goulag en passant par la condamnation. Car Ă©videmment la dictature stalinienne doit faire « avouer » les « coupables » avant de les emprisonner ou de les exĂ©cuter. Le rĂ©gime nazi ne s’embarrassera pas d’autant de prĂ©ventions pour exterminer ses opposants ou les « races » qui lui dĂ©plaisent. On suit avec Margarete Neumann l’absurditĂ© et la barbarie du monde concentrationnaire soviĂ©tique au cours de ce rĂ©cit qui la mĂšne de Moscou au goulag avant d’ĂȘtre livrĂ©e Ă  la gestapo.

    PubliĂ©e dĂšs 1949, son expĂ©rience du goulag soviĂ©tique sera contestĂ©e par les partis communistes europĂ©ens et elle sera sĂ©vĂšrement attaquĂ©e par tous les intellectuels de la « cause ». On sait qu’il faudra attendre le rapport Kroutchev en 1956, et plus encore l’Ɠuvre de Soljenitsyne Ă  partir des annĂ©es 1960, pour que le monde prenne conscience de l’ampleur de la rĂ©pression soviĂ©tique qui fit des dizaines de millions de morts dans la seconde moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. Margarete Buber-Neumann fut une lanceuse d’alerte, fort peu Ă©coutĂ©e Ă  l’Ă©poque.

  • « NapolĂ©on » Ă  la Grande Halle de La Villette

    « Napoléon »

    A l’occasion du bicentenaire de la mort de NapolĂ©on, dĂ©cĂ©dĂ© Ă  Sainte-HĂ©lĂšne le 05/05/1821, la France du CafĂ© du Commerce a polĂ©miquĂ© pour savoir s’il fallait « cĂ©lĂ©brer », « commĂ©morer » ou « dĂ©boulonner » le souvenir de l’empereur. Au-delĂ  de ces dĂ©bats de peu d’intĂ©rĂȘt, cet anniversaire voit s’organiser diffĂ©rentes expositions historiques sur la vie et l’Ɠuvre du personnage globalement cher au cƓur des Français en ce qu’il leur rappelle un temps rĂ©volu oĂč leur pays Ă©tait puissant et dominateur.

    La Grande Halle de La Villette prĂ©sente la vie de NapolĂ©on rĂ©partie par pĂ©riode chronologiques, de la naissance en Corse en 1769 Ă  l’exil Ă  Sainte-HĂ©lĂšne en 1815. TrĂšs pĂ©dagogique, l’exposition est plutĂŽt tournĂ©e vers le public jeune mais il ne fait pas de mal aux plus seniors de se remĂ©morer dates et rĂ©alisations. Documents Ă©crits, interviews filmĂ©es, cartographies animĂ©es des grandes batailles, costumes et matĂ©riels d’époque, notices explicatives, tous les outils musĂ©aux modernes sont mis en Ɠuvre pour permettre Ă  chacun de connaĂźtre les faits : la conquĂȘte, les guerres, les massacres, le rĂ©tablissement de l’esclavage, le dĂ©clin, l’ambition, les dĂ©faites…

    Mise en place par des historiens l’exposition prĂ©sente l’homme intelligemment et dans son contexte d’époque. On en sort admiratif de l’ambition forcenĂ©e qui anima cet homme sa vie durant, lui permettant de dĂ©cider de l’organisation administrative moderne de la France tout en ravageant l’Europe de guerres qu’il finit par perdre, entraĂźnant le pays qu’il dirigeait dans le chaos. Comme souvent, qu’il s’agisse de monarques, de militaires ou de civils, quand ils exercent un pouvoir absolu sans le risque d’ĂȘtre dĂ©posĂ©s, par les armes ou par un vote dĂ©mocratique, mĂȘme les meilleurs se mettent Ă  dĂ©river vers la tyrannie. NapolĂ©on n’échappa point Ă  ce funeste sort !

    Deux siĂšcles plus tard, cette leçon est toujours d’actualité  Ce n’est pas le moindre intĂ©rĂȘt de cette exposition que de le rappeler aux visiteurs.

  • « L’Heure bleue » de Peter Severin KRØYER au MusĂ©e Marmottan Monet

    L’Heure bleue

    Le MusĂ©e Marmottan expose le grand peintre danois Peter Severin KrĂžyer (1851-1909) dans une symphonie de bleus majoritairement inspirĂ©e par les sĂ©jours de l’artiste Ă  Skagen, Ă  l’époque modeste village de pĂȘcheurs situĂ© le plus au nord du Danemark, aux confins des mers du Nord et Baltique.

    Peter Severin KrĂžyer

    Il est question d’étendues maritimes, de plages infinies, de ciels vertigineux le tout dans des bleus crĂ©pusculaires que KrĂžyer restituent avec une incroyable majestĂ©, sur des toiles monumentales comme sur de petits tableaux.

    La profonde et sereine luminositĂ© existant dans ce bout du monde septentrional a poussĂ© un groupe d’artistes-peintres Ă  former le « groupe de Skagen Â» dont un tableau reprĂ©sente une joyeuse agape : des trognes scandinaves, saines et pleines de santĂ©, le teint burinĂ© aux grands espaces marins, trinquant devant un nombre de bouteilles de vodka impressionnant


    KrĂžyer sut capter cette « heure bleue Â», instant fugace de la nuit tombante avant qu’elle ne gagne la voute cĂ©leste, et expression vulgarisĂ©e par le parfumeur Guerlain qui en baptisa l’un de ses cĂ©lĂšbres parfums en 1912. Peintre naturaliste par excellence il s’essaya Ă©galement aux portraits au dĂ©but de sa carriĂšre, ceux de sa femme Marie, peintre Ă©galement, de ses amis de Skagen, d’enfants sur la plage, mais Ă©galement de personnalitĂ©s du « grand monde Â» de la capitale danoise.

    Au-delĂ  des portraits, dont ceux de son Ă©pouse qui rĂ©vĂšlent une grande tendresse, le visiteur se perd avec dĂ©lice dans les grands paysages de ce peintre d’exception. Toutes ces nuances de bleu et les reflets du soleil couchant sur les vagues ont un effet apaisant et nous plonge dans une mĂ©ditation sans fin sur la beautĂ© du Monde. Les tableaux KrĂžyer pourraient illustrer une confĂ©rence sur les risques que fait courir le rĂ©chauffement climatique !

  • « MĂ©decin de nuit » d’Elie Wajeman

    C’est l’histoire d’un mĂ©decin qui s’est engagĂ© dans un trafic d’ordonnances de Subutex via un mafieux gĂ©orgien pour aider son cousin pharmacien qui doit de l’argent Ă  beaucoup de monde. Pour simplifier l’affaire il trompe sa femme (et leurs deux petites filles) avec la copine dudit cousin. Le garçon est gentil et pataud, mais surtout il n’arrĂȘte pas de se jeter dans des situations inextricables et semble mĂȘme les accumuler. Cela se termine mal mais peut-ĂȘtre pas de façon dĂ©finitive


    Le film se dĂ©roule exclusivement de nuit dans les ambiances glauques des boulevards extĂ©rieurs parisiens oĂč les toxicomanes Ă©changent leurs produits avant d’aller les consommer dans les soirĂ©es mondaines du centre-ville. Le mĂ©decin soigne et bricole les ordonnances, le pharmacien s’endette et manipule son cousin, l’amante (l’actrice Sara Girardeau, portrait crachĂ© de ses parents) volĂšte de l’un Ă  l’autre, les GĂ©orgiens rĂšglent leurs comptes Ă  coups de couteau. Tout ça n’est pas joli-joli mais ce film noir est rĂ©ussi.

    La morale de l’histoire est qu’il vaut mieux ne pas trafiquer le Subutex avec des GĂ©orgiens ni coucher avec la femme des autres si l’on veut mener une vie apaisĂ©e.

  • BIZOT François, ‘Le silence du bourreau’.

    Sortie : 2011, Chez : Gallimard / Folio 5511.

    En 2000 François Bizot, nĂ© en 1940, anthropologue français spĂ©cialiste du bouddhisme dans le sud-est asiatique, publie dans « Le Portail » le rĂ©cit de son incarcĂ©ration en 1971 durant trois mois dans une prison khmer rouge et surtout de son Ă©trange relation avec Douch qui n’Ă©tait pas encore devenu le tortionnaire du camp S21 de Phnom Penh qu’il dirigea et Ă  la direction duquel il fut Ă  l’origine de milliers de morts, torturĂ©s dans le plus pur style des procĂšs staliniens des annĂ©es 1930.

    ArrĂȘtĂ© en 1999 avec les principaux chefs khmers rouges, sauf Pol-Pot probablement mort dans la forĂȘt oĂč il se cachait, Douch va ĂȘtre jugĂ© et condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© en 2000 et ce sera l’occasion pour Bizot de le revoir et reprendre son dialogue avec le criminel. Il sera appelĂ© comme tĂ©moin par la cour et prononcera une dĂ©position annexĂ©e au rĂ©cit.

    Dans un premier chapitre Bizot revient sur cet emprisonnement qui a marquĂ© le reste de sa vie et bouleversĂ© l’amour qu’il portait au Cambodge. Il aborde ensuite le parcours du tortionnaire pour lequel il a du mal Ă  cacher sa fascination, de sa jeunesse « rĂ©volutionnaire » Ă  son rĂŽle de bourreau zĂ©lĂ© du rĂ©gime khmer rouge, jusqu’Ă  son statut d’accusĂ© puis de coupable devant un tribunal de Phnom Penh au sein duquel ont cohabitĂ©s des juges locaux et internationaux.

    Douch a abordĂ© ses crimes, et leur justification idĂ©ologique, avec Bizot en 1971 avant de le libĂ©rer en application d’une dĂ©cision de son organisation. Trente ans plus tard il poursuivra son dialogue avec son ancien prisonnier alors qu’il est lui-mĂȘme devenu dĂ©tenu, d’abord par courrier puis lors d’une visite unique avant de le retrouver face au tribunal. Il lui transmet un exemplaire du « Portail » dans sa prison suite Ă  la lecture duquel Douch lui fera part de ses observations par Ă©crit. Dans une glaçante indiffĂ©rence avec une redoutable prĂ©cision il dĂ©crit la situation politique du mouvement communiste khmer, un Ă©tat-major qui prĂ©parait l’anĂ©antissement complet du peuple exceptĂ©e son avant-garde Ă©clairĂ©e, les exĂ©cutants comme Douch qui approuvaient et mettaient en Ɠuvre le principe de l’oppression pour redresser les masses forcĂ©ment dĂ©viantes et les gens du peuple qui Ă©taient coupables mĂȘme s’ils ne le savaient pas encore.

    Douch, qui cite Alfred de Vigny et la Bible, dĂ©crit son travail d’interrogateur et de bourreau comme un travail de police nĂ©cessaire Ă  la cause qu’il endossait Ă  l’Ă©poque avec zĂšle. Il reconnait devant Bizot, et ensuite devant le tribunal, qu’il a participĂ© Ă  une politique criminelle, en assume l’entiĂšre responsabilitĂ© et Ă©prouve les plus « sincĂšres remords ». Il exprime sa culpabilitĂ© avec la mĂȘme besogneuse prĂ©cision que lorsqu’il expliquait sa participation consciencieuse Ă  l’entreprise gĂ©nocidaire des Khmers rouges. Dans les deux cas il le fait avec une sincĂ©ritĂ© sans doute rĂ©elle, mais sa duplicitĂ© est aussi une option possible.

    Quoi qu’il en soit, par conviction ou par intĂ©rĂȘt, Douch a Ă©tĂ© un rouage important du rĂ©gime gĂ©nocidaire khmer dont il a appliquĂ© strictement l’idĂ©ologie et les mĂ©thodes. C’est l’effroyable mĂ©canique de la terreur communiste qui non seulement terrorise mais veut le faire une fois les « aveux de culpabilité » reconnus, dĂ©posĂ©s et signĂ©s par les « coupables ». C’est le rĂ©cit d’Artur London, « L’Aveu », transposĂ© dans la jungle cambodgienne : tout citoyen est un espion qui doit avouer avant d’ĂȘtre exĂ©cutĂ©. Dans son procĂšs Douch admettra que « ces confessions ne reflĂ©taient pas la rĂ©alité » mais que son « travail » consistait Ă  les obtenir, alors, bon soldat, il faisait le travail demandĂ© avec conscience professionnelle au cƓur de la bureaucratie gĂ©nocidaire.

    Lors du jeu des questions-rĂ©ponses qui suivent sa dĂ©position, Bizot est interrogĂ© sur ses diffĂ©rents Ă©crits et dĂ©clarations dans lesquels il a rĂ©vĂ©lĂ© que derriĂšre le masque du monstre il fallait aussi rĂ©ussir Ă  rĂ©habiliter l’humanitĂ© qui l’habite » :

    «  si nous considĂ©rons qu’il [Douch] est un homme avec les mĂȘmes capacitĂ©s que nous-mĂȘmes, nous sommes effrayĂ©s, au-delĂ  de cette espĂšce de sĂ©grĂ©gation qu’il faudrait faire entre les uns qui seraient capables de tuer et puis nous qui n’en sommes pas capables. Je crains malheureusement qu’on ait une comprĂ©hension plus effrayante du bourreau, quand on prend sa mesure humaine. »

    Et lĂ  est l’insondable vertige de François Bizot face Ă  ce bourreau Ă  qui il doit sa libĂ©ration, et sans doute la vie. Ce livre est incomparablement plus mĂ©ditatif que le prĂ©cĂ©dent remontant jusqu’Ă  certains Ă©vĂšnements vĂ©cus personnellement par l’auteur Ă  son retour de la guerre d’AlgĂ©rie Ă  laquelle il participa. Anthropologue passionnĂ© il pensait pouvoir enfin se consacrer Ă  ses recherches un peu mystiques sur Angkor mais il fut emportĂ© dans la tempĂȘte qui saisit l’ex-Indochine Ă  partir des annĂ©es 1970. Il devint le jouet d’un combat idĂ©ologique et gĂ©opolitique qui le dĂ©passait et sur lequel il tente de se retourner 40 ans plus tard sans ĂȘtre bien sĂ»r de savoir en rassembler les fils. La seule chose certaine est que l’homme est capable du mal absolu avec une indestructible certitude de bien faire.

    CondamnĂ© Ă  la prison Ă  perpĂ©tuitĂ©, Douch meurt en septembre 2020 Ă  l’hĂŽpital de « l’amitiĂ© khmĂšre-soviĂ©tique » Ă  77 ans.

    Lire aussi : « Le Portail ».