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  • « MĂ©decin de nuit » d’Elie Wajeman

    C’est l’histoire d’un mĂ©decin qui s’est engagĂ© dans un trafic d’ordonnances de Subutex via un mafieux gĂ©orgien pour aider son cousin pharmacien qui doit de l’argent Ă  beaucoup de monde. Pour simplifier l’affaire il trompe sa femme (et leurs deux petites filles) avec la copine dudit cousin. Le garçon est gentil et pataud, mais surtout il n’arrĂȘte pas de se jeter dans des situations inextricables et semble mĂȘme les accumuler. Cela se termine mal mais peut-ĂȘtre pas de façon dĂ©finitive


    Le film se dĂ©roule exclusivement de nuit dans les ambiances glauques des boulevards extĂ©rieurs parisiens oĂč les toxicomanes Ă©changent leurs produits avant d’aller les consommer dans les soirĂ©es mondaines du centre-ville. Le mĂ©decin soigne et bricole les ordonnances, le pharmacien s’endette et manipule son cousin, l’amante (l’actrice Sara Girardeau, portrait crachĂ© de ses parents) volĂšte de l’un Ă  l’autre, les GĂ©orgiens rĂšglent leurs comptes Ă  coups de couteau. Tout ça n’est pas joli-joli mais ce film noir est rĂ©ussi.

    La morale de l’histoire est qu’il vaut mieux ne pas trafiquer le Subutex avec des GĂ©orgiens ni coucher avec la femme des autres si l’on veut mener une vie apaisĂ©e.

  • BIZOT François, ‘Le silence du bourreau’.

    Sortie : 2011, Chez : Gallimard / Folio 5511.

    En 2000 François Bizot, nĂ© en 1940, anthropologue français spĂ©cialiste du bouddhisme dans le sud-est asiatique, publie dans « Le Portail » le rĂ©cit de son incarcĂ©ration en 1971 durant trois mois dans une prison khmer rouge et surtout de son Ă©trange relation avec Douch qui n’Ă©tait pas encore devenu le tortionnaire du camp S21 de Phnom Penh qu’il dirigea et Ă  la direction duquel il fut Ă  l’origine de milliers de morts, torturĂ©s dans le plus pur style des procĂšs staliniens des annĂ©es 1930.

    ArrĂȘtĂ© en 1999 avec les principaux chefs khmers rouges, sauf Pol-Pot probablement mort dans la forĂȘt oĂč il se cachait, Douch va ĂȘtre jugĂ© et condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© en 2000 et ce sera l’occasion pour Bizot de le revoir et reprendre son dialogue avec le criminel. Il sera appelĂ© comme tĂ©moin par la cour et prononcera une dĂ©position annexĂ©e au rĂ©cit.

    Dans un premier chapitre Bizot revient sur cet emprisonnement qui a marquĂ© le reste de sa vie et bouleversĂ© l’amour qu’il portait au Cambodge. Il aborde ensuite le parcours du tortionnaire pour lequel il a du mal Ă  cacher sa fascination, de sa jeunesse « rĂ©volutionnaire » Ă  son rĂŽle de bourreau zĂ©lĂ© du rĂ©gime khmer rouge, jusqu’Ă  son statut d’accusĂ© puis de coupable devant un tribunal de Phnom Penh au sein duquel ont cohabitĂ©s des juges locaux et internationaux.

    Douch a abordĂ© ses crimes, et leur justification idĂ©ologique, avec Bizot en 1971 avant de le libĂ©rer en application d’une dĂ©cision de son organisation. Trente ans plus tard il poursuivra son dialogue avec son ancien prisonnier alors qu’il est lui-mĂȘme devenu dĂ©tenu, d’abord par courrier puis lors d’une visite unique avant de le retrouver face au tribunal. Il lui transmet un exemplaire du « Portail » dans sa prison suite Ă  la lecture duquel Douch lui fera part de ses observations par Ă©crit. Dans une glaçante indiffĂ©rence avec une redoutable prĂ©cision il dĂ©crit la situation politique du mouvement communiste khmer, un Ă©tat-major qui prĂ©parait l’anĂ©antissement complet du peuple exceptĂ©e son avant-garde Ă©clairĂ©e, les exĂ©cutants comme Douch qui approuvaient et mettaient en Ɠuvre le principe de l’oppression pour redresser les masses forcĂ©ment dĂ©viantes et les gens du peuple qui Ă©taient coupables mĂȘme s’ils ne le savaient pas encore.

    Douch, qui cite Alfred de Vigny et la Bible, dĂ©crit son travail d’interrogateur et de bourreau comme un travail de police nĂ©cessaire Ă  la cause qu’il endossait Ă  l’Ă©poque avec zĂšle. Il reconnait devant Bizot, et ensuite devant le tribunal, qu’il a participĂ© Ă  une politique criminelle, en assume l’entiĂšre responsabilitĂ© et Ă©prouve les plus « sincĂšres remords ». Il exprime sa culpabilitĂ© avec la mĂȘme besogneuse prĂ©cision que lorsqu’il expliquait sa participation consciencieuse Ă  l’entreprise gĂ©nocidaire des Khmers rouges. Dans les deux cas il le fait avec une sincĂ©ritĂ© sans doute rĂ©elle, mais sa duplicitĂ© est aussi une option possible.

    Quoi qu’il en soit, par conviction ou par intĂ©rĂȘt, Douch a Ă©tĂ© un rouage important du rĂ©gime gĂ©nocidaire khmer dont il a appliquĂ© strictement l’idĂ©ologie et les mĂ©thodes. C’est l’effroyable mĂ©canique de la terreur communiste qui non seulement terrorise mais veut le faire une fois les « aveux de culpabilité » reconnus, dĂ©posĂ©s et signĂ©s par les « coupables ». C’est le rĂ©cit d’Artur London, « L’Aveu », transposĂ© dans la jungle cambodgienne : tout citoyen est un espion qui doit avouer avant d’ĂȘtre exĂ©cutĂ©. Dans son procĂšs Douch admettra que « ces confessions ne reflĂ©taient pas la rĂ©alité » mais que son « travail » consistait Ă  les obtenir, alors, bon soldat, il faisait le travail demandĂ© avec conscience professionnelle au cƓur de la bureaucratie gĂ©nocidaire.

    Lors du jeu des questions-rĂ©ponses qui suivent sa dĂ©position, Bizot est interrogĂ© sur ses diffĂ©rents Ă©crits et dĂ©clarations dans lesquels il a rĂ©vĂ©lĂ© que derriĂšre le masque du monstre il fallait aussi rĂ©ussir Ă  rĂ©habiliter l’humanitĂ© qui l’habite » :

    «  si nous considĂ©rons qu’il [Douch] est un homme avec les mĂȘmes capacitĂ©s que nous-mĂȘmes, nous sommes effrayĂ©s, au-delĂ  de cette espĂšce de sĂ©grĂ©gation qu’il faudrait faire entre les uns qui seraient capables de tuer et puis nous qui n’en sommes pas capables. Je crains malheureusement qu’on ait une comprĂ©hension plus effrayante du bourreau, quand on prend sa mesure humaine. »

    Et lĂ  est l’insondable vertige de François Bizot face Ă  ce bourreau Ă  qui il doit sa libĂ©ration, et sans doute la vie. Ce livre est incomparablement plus mĂ©ditatif que le prĂ©cĂ©dent remontant jusqu’Ă  certains Ă©vĂšnements vĂ©cus personnellement par l’auteur Ă  son retour de la guerre d’AlgĂ©rie Ă  laquelle il participa. Anthropologue passionnĂ© il pensait pouvoir enfin se consacrer Ă  ses recherches un peu mystiques sur Angkor mais il fut emportĂ© dans la tempĂȘte qui saisit l’ex-Indochine Ă  partir des annĂ©es 1970. Il devint le jouet d’un combat idĂ©ologique et gĂ©opolitique qui le dĂ©passait et sur lequel il tente de se retourner 40 ans plus tard sans ĂȘtre bien sĂ»r de savoir en rassembler les fils. La seule chose certaine est que l’homme est capable du mal absolu avec une indestructible certitude de bien faire.

    CondamnĂ© Ă  la prison Ă  perpĂ©tuitĂ©, Douch meurt en septembre 2020 Ă  l’hĂŽpital de « l’amitiĂ© khmĂšre-soviĂ©tique » Ă  77 ans.

    Lire aussi : « Le Portail ».

  • WEIL Simone, ‘L’enracinement – PrĂ©lude Ă  une dĂ©claration des devoirs envers l’ĂȘtre humain’.

    Sortie : 1949, Chez : Gallimard.

    Simone Weil (1909-1943) fut une brillante philosophe de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. Bien que dĂ©cĂ©dĂ©e dans la fleur de l’Ăąge elle a laissĂ© une Ɠuvre majeure forgĂ©e aux contacts de l’anarchisme et de l’extrĂȘme gauche dont elle frĂ©quenta les penseurs et partagea les actions (notamment lors de la guerre d’Espagne), ainsi que du monde ouvrier dont elle endura le labeur en 1934 pĂ©riode au cours de laquelle elle interrompt sa carriĂšre de professeur de philosophie pour travailler en usine. EngagĂ©e dans la rĂ©sistance contre l’occupant allemand Ă  partir de juin 1940, elle fuit ensuite le nazisme avec sa famille aux Etats-Unis en 1942 avant de revenir au Royaume-Uni oĂč elle dĂ©cĂšde d’une crise cardiaque le 24/08/1943. Elle Ă©tait tuberculeuse et s’Ă©tait Ă©puisĂ©e au travail.

    « L’enracinement » est selon ses biographes une bonne synthĂšse de la pensĂ©e de Simone Weil qui sera publiĂ©e six annĂ©es aprĂšs sa mort. Le lecteur nĂ©ophyte est rapidement saisi par la puissance de la pensĂ©e de la philosophe, si jeune, qui se rĂ©fĂšre Ă  une monumentale culture philosophique, littĂ©raire, politique, socioĂ©conomique
 pour dĂ©velopper ses propres concepts. ElĂšve d’Alain, elle croise Simone de Beauvoir dans les couloirs de la Sorbonne, elle cite Aristote, Platon, Corneille, Lamartine comme PĂ©guy, Bernanos, Maurras, Marx ou l’Evangile.

    Dans une premiĂšre partie intitulĂ©e « Les besoins de l’Ăąme » elle dĂ©cline ce qu’elle pense nĂ©cessaire Ă  l’Ăąme humaine. Ce sont des droits mais aussi des devoirs des individus face Ă  la collectivitĂ© et Ă  eux-mĂȘmes : l’ordre, la libertĂ©, l’obĂ©issance, la responsabilitĂ©, l’Ă©galitĂ©, l’honneur, le chĂątiment, la libertĂ© d’opinion, la propriĂ©tĂ© (collective comme individuelle), etc
 C’est toute une sĂ©rie de principes de pensĂ©e forgĂ©s Ă  l’aune d’une expĂ©rience ouvriĂšre et de son parcours thĂ©orique, des principes qui aujourd’hui peuvent paraĂźtre quelque peu « rĂ©actionnaires » mais auxquels finalement incline souvent l’HumanitĂ© quels que soient les rĂ©gimes politiques au pouvoir.

    La deuxiĂšme partie, « Le dĂ©racinement », explore les mĂ©canismes de la confusion qui saisit les hommes et femmes lorsque du fait d’un Ă©vĂšnement, subi ou choisi, ils se retrouvent coupĂ©s des liens « naturels » moraux, spirituels, intellectuels, propres aux communautĂ©s auxquelles ils appartiennent. C’est le dĂ©racinement de la condition ouvriĂšre (salariat, chĂŽmage, industrialisation, mĂ©canisation), le dĂ©racinement paysan Ă©galement, parfois provoquĂ© par l’oubli dans lequel est laissĂ©e cette corporation quand tonne la contestation ouvriĂšre ou lorsque l’une se construit en opposition Ă  l’autre, mais aussi le dĂ©racinement du paysan provoquĂ©, notamment, si ce dernier est privĂ© de la propriĂ©tĂ© de la terre qu’il cultive, ou lorsqu’il reçoit un enseignement « urbain » basĂ© sur des certitudes scientifiques bien Ă©loignĂ©es des connaissances naturelles millĂ©naires du monde paysan.

    Mais il y a aussi le dĂ©racinement gĂ©ographique apparĂ»t lorsque la nation, c’est-Ă -dire l’Etat, s’est construite sur un territoire qui n’avait plus Ă  voir avec celui des collectivitĂ©s humaines qui y rĂ©sidaient. La Nation s’est substituĂ©e Ă  ces ensembles cohĂ©rents, remplaçant mĂȘme la notion de patrie qui a nĂ©anmoins repris le dessus lors des circonstances tragiques en 1914 et en 1940. Le dĂ©racinement de la Bretagne ou de la Corse lorsqu’elles furent rattachĂ©es Ă  la France provoqua le dĂ©sespoir des populations et les rĂ©actions parfois violentes de leurs minoritĂ©s. MalgrĂ© tout, l’Etat, « une chose froide qui ne peut pas ĂȘtre aimĂ©e », a pu, progressivement au cours des siĂšcle depuis Richelieu, gĂ©nĂ©rer un sentiment de fidĂ©litĂ© de ses citoyens jusqu’au sacrifice suprĂȘme de masse lors des guerres, et qui a dĂ©passĂ© toute attente de 1914 Ă  1918 alors que l’Etat n’Ă©tait qu’objet de haine et de rĂ©pulsion !

    La troisiĂšme partie porte sur « L’Enracinement », ou comment insuffler l’inspiration Ă  un « peuple tout neuf » ? Hitler s’est essayĂ© Ă  la propagande mais celle-ci est la nĂ©gation de l’inspiration. L’Ă©ducation, la suggestion, l’exemple restent des mĂ©thodes les plus efficaces pour atteindre ce but. Le GĂ©nĂ©ral de Gaulle a su les incarner depuis Londres en un moment exceptionnel de l’Histoire alors que ne dĂ©tenant aucune autoritĂ© officielle sur les français, ni responsabilitĂ© directe dans leur dĂ©bĂącle, il n’en Ă©tait que plus libre pour exercer un « pouvoir spirituel » sur eux (rappelons que Simone Weil, elle-mĂȘme installĂ©e Ă  Londres, y est dĂ©cĂ©dĂ©e en 1943 donc sans connaĂźtre l’aboutissement heureux du mouvement des français libres). Le choix mĂ©ticuleux des mots utilisĂ©s, sa seule arme, a permis au gĂ©nĂ©ral rebelle « d’inspirer » les français.

    Cette derniĂšre partie rĂ©digĂ©e d’un seul trait, non divisĂ©e en chapitres, est l’objet d’une longue et riche rĂ©flexion sur les vertus de l’action, ce qui transforme la rĂ©flexion en acte, sur la transcendance du malheur (de 1940) pour revenir au gĂ©nie de la France, sur la faim et la soif de justice indispensables pour le gouvernement des hommes, sur le pouvoir, la perfection humaine, sur les effets dĂ©lĂ©tĂšres du besoin de « grandeur » (Hitler encore, mais aussi NapolĂ©on ou CĂ©sar), sur le gĂ©nie, la puretĂ© dans la crĂ©ation, l’exercice de la force dans les relations humaines


    Et puis, alors que nĂ©e juive mais restĂ©e agnostique Simone Weil s’est rapprochĂ©e du christianisme Ă  partir des annĂ©es 1930, elle aborde dans les derniĂšres pages de « L’Enracinement » les sujets de Dieu et de la Providence, depuis l’Empire romain jusqu’Ă  nos jours, avant de conclure cet ouvrage par un court et plutĂŽt inattendu dĂ©roulement sur le travail physique comme centre spirituel d’une « vie sociale bien ordonnĂ©e ».

    On sort un peu vertigineux de la lecture de ces 400 pages de pensĂ©e complexe dont il faut parfois reprendre quelques passages pour ĂȘtre sĂ»rs de bien les apprĂ©hender. C’est un dĂ©luge de mots et de concepts mais on termine fascinĂ©s devant la richesse des raisonnements de l’auteure qui dĂ©clenchent un vĂ©ritable bonheur de l’esprit du lecteur mĂȘme non philosophe.

  • « Bowie OdyssĂ©e » au Palace

    Une vraie exposition pour fans de Bowie est proposĂ©e par le théùtre parisien Le Palace, autrefois haut lieu des nuits parisiennes et scĂšne de concerts de lĂ©gende dans les annĂ©es 1970/1980. Il y a les photos, cĂ©lĂšbres, de Mick Rock sur la pĂ©riode Ziggy Stardust, celles moins connues de Pierre Terrasson dans les annĂ©es 1980, et tout un bric-Ă -brac d’objets plus ou moins cultes que seuls les amoureux transis de la vedette ont pu accumuler au cours de leurs vies. ClassĂ©s chronologiquement dans des bacs vitrĂ©s, chacun consacrĂ© Ă  un disque, c’est un amoncellement de collectors : billets de concert, pins, photos de journaux et magazines, articles de presse, quelques partitions, parfois des lignes Ă©crites de « la main de Dieu Â» sur un papier Ă  lettres d’hĂŽtel, etc.

    Un Ă©cran de tĂ©lĂ©vision diffuse quelques courtes interviews de Bowie menĂ©es par Yves Mourousi et Michel Drucker, sans grand intĂ©rĂȘt. Radio-France a ouvert sa discothĂšque en exposant les pochettes des 33 tours de Bowie dans leurs multiples versions avec des indications sur les influences musicales reçues par l’artiste, ses disques live, ses collaborations avec d’autres musiciens (Mick Jagger, Steve Ray Vaughan, Bing Crosby
), ses bandes originales pour le cinĂ©ma, ses participations au théùtre, ses reprises
 Un juke-box joue les morceaux cĂ©lĂšbres, et moins.

    Une exposition indispensable pour tout fan de Bowie qui se respecte, dispensable pour le reste de la population, mais il ne sera pas dit qu’un Ă©vĂšnement Bowie se dĂ©roule Ă  Paris sans que votre serviteur y participe.

    Sans doute le vĂ©ritable instant d’émotion de cette visite est ressenti par les seniors lorsqu’ils remettent le pied dans ce théùtre oĂč ils assistĂšrent Ă  tant de concerts inoubliables : Iggy Pop, Magazine, Devo, UB40, Robert Fripp (leader de King Crimson qui joua ses frippertronics dans la petite salle du sous-sol), et bien d’autres. On ne se souvenait plus que cette salle Ă©tait de dimensions si modestes mais que de fantastiques souvenirs musicaux remontent Ă  la surface dĂšs que l’on foule le bitume de la rue du Faubourg Montmartre !

  • L’offre et la demande
 Ă  l’Ɠuvre

    Un effet collatĂ©ral imprĂ©vu de la crise sanitaire est en train d’apparaĂźtre et pose une intĂ©ressante question Ă  l’économie de marchĂ©. Depuis la fermeture des restaurants, bars et autres lieux accueillant des consommateurs. Depuis la rĂ©ouverture de ces sites, leurs patrons peinent Ă  recruter de nouveau le personnel nĂ©cessaire Ă  leur pleine activitĂ©. Il manquerait 100 000 personnes Ă  l’appel pour reconstituer les effectifs d’avant la crise sanitaire d’environ 500 000 en Ă©quivalent temps plein.

    Il semble qu’une partie des manquants ayant Ă©tĂ© mis au chĂŽmage partiel durant de long mois a goĂ»tĂ© les joies d’une vie moins contrainte par les horaires trĂšs lourds imposĂ©s au personnel de la restauration pour des salaires plutĂŽt faibles. S’ils ne veulent pas retourner Ă  leur activitĂ© d’origine il leur faudra trouver une activitĂ© de substitution lorsque le chĂŽmage partiel subventionnĂ© sera arrĂȘtĂ©. Pas sĂ»r qu’ils y parviennent tous auquel cas il n’est pas exclu qu’ils reviennent Ă  la restauration pour subsister…

    Du cĂŽtĂ© des employeurs, s’ils veulent recruter Ă  hauteur de leurs besoins et si le refus de revenir d’une partie de leurs anciens employĂ©s persistent, il faudra peut-ĂȘtre augmenter les salaires pour attirer les rĂ©calcitrants, c’est en tout cas ce que dit la thĂ©orie Ă©conomique. Et si les coĂ»ts salariaux s’accroissent dans ce secteur oĂč le niveau faible des marges est faible, l’addition elle-aussi augmentera pour les consommateurs. Si l’addition augmente il y aura mĂ©caniquement moins de consommateurs.

    Les mois Ă  venir permettront de voir comment l’équilibre va se rĂ©tablir entre des entreprises qui manquent de personnel, des employĂ©s qui veulent une amĂ©lioration de leur situation et des consommateurs qui souhaitent optimiser leurs dĂ©penses de restauration. Car un niveau d’équilibre va Ă©videmment ĂȘtre atteint mais ce ne sera pas forcĂ©ment celui anticipĂ© ni attendu. Relisez « Salaire, prix et profit Â» de Marx si vous voulez en savoir plus. Ainsi va la loi du marchĂ© !

  • Le goĂ»t de la polĂ©mique

    AprĂšs les polĂ©miques liĂ©es au traitement par la France de la crise sanitaire : les masques, les vaccins, les lits de rĂ©animation, le couvre-feu, etc. les citoyens et les plateaux mĂ©diatiques commençaient Ă  manquer de sujets d’affrontement et le pays en ressentait une grande frustration sans rien Ă  se mettre sous la dent !

    Affaire rĂ©glĂ©e grĂące Ă  l’ineffable StĂ©phane Bern, diplĂŽmĂ© d’une Ă©cole de commerce, chargĂ© d’une mission de prĂ©servation du Patrimoine par le pouvoir actuel. Avec sa tĂȘte de ravi de la crĂšche il vient de lancer une attaque en rĂšgle contre les Ă©oliennes qu’il qualifie de « supercherie », dont l’énergie produite ne serait ni « écologique ni renouvelable » et qui seraient « responsables d’un drame Ă©cologique en ruinant la diversité ».

    AussitĂŽt reprise par le chƓur des pleureuses de l’opposition systĂ©matique, la complainte anti-Ă©nergie Ă©olienne a animĂ© pour quelques jours les conversations du CafĂ© du Commerce. En rĂ©alitĂ©, comme toujours, les gens aiment bien le principe les Ă©oliennes du moment qu’elles sont installĂ©es loin de chez eux. Il en est de mĂȘme pour les centrales nuclĂ©aires : c’est une Ă©nergie qui n’émet pas de gaz Ă  effet de serre, tout le monde apprĂ©cie mais pourvu que l’on ne construise pas une centrale nuclĂ©aire dans leur jardin et que l’on ne stocke pas les dĂ©chets dans leur village.

    Il est probable que la transition Ă©nergĂ©tique en cours basera la production française future sur un savant mĂ©lange entre les diffĂ©rentes sources que sont le nuclĂ©aire, le gaz, l’hydraulique, le solaire, l’éolien et d’autres Ă  venir. Chacune a ses avantages et inconvĂ©nients et la dĂ©finition du mix relĂšve des programmes politiques et du choix des Ă©lecteurs pour l’un de ces programmes. Les saillies mĂ©diatiques d’un StĂ©phane Bern sont inutiles et polĂ©miques ; elles ne servent qu’à satisfaire, peut-ĂȘtre, la soif de reconnaissance de l’impĂ©trant. C’est un problĂšme d’égo « bernien » et non un dĂ©bat Ă©nergĂ©tique. Le mieux Ă  faire serait qu’il se consacre Ă  ses Ă©missions de tĂ©lĂ©vision et laisse les sujets techniques aux spĂ©cialistes encadrĂ©s par le gouvernement.

  • « Salgado AmazĂŽnia » de SebastiĂŁo et LĂ©lia Salgado Ă  la Philharmonie de Paris

    Salgado AmazĂŽnia

    C’est une impressionnante exposition de photos de SebastiĂŁo Salgado prĂ©sentĂ©e Ă  la Philharmonie de Paris sur une illustration sonore de Jean-Michel Jarre : plus de 200 clichĂ©s en noir et blanc, tirĂ©s en grand format et issus des pĂ©rĂ©grinations de Salgado durant sept annĂ©es, Ă  pied ou en hĂ©licoptĂšre, au cƓur de la forĂȘt amazonienne pour la sauvegarde de laquelle le photographe brĂ©silien consacre une grande partie de son Ɠuvre et da vie.

    On apprend tout sur l’incroyable systĂšme climatologique de cet ensemble forestier grand comme l’Europe, composĂ© de 300 Ă  400 milliards d’arbres, s’étendant sur plusieurs pays d’AmĂ©rique latine bien que majoritairement situĂ©e au BrĂ©sil. La forĂȘt tropicale humide pompe elle-mĂȘme l’eau de la terre par les racines des arbres, qui s’évapore ensuite pour constituer les « riviĂšres volantes Â» qui, enfin, se dĂ©versent Ă  nouveau sur les arbres. Le tout est auto-suffisant mais mis en risque par dĂ©forestation qui elle-mĂȘme alimenterait le rĂ©chauffement climatique.

    SebastiĂŁo Salgado

    Les photos de paysages sont majestueuses et plongent le visiteur dans un abyme de mĂ©ditation sur ce monde primaire que l’humain n’a pas encore perverti. C’est sans doute l’un des derniers endroits de la planĂšte Terre qui est encore dans l’état dans lequel nous l’avons « reçu Â» et cela rend la contemplation du travail de Salgado Ă©mouvante. Les clichĂ©s aĂ©riens sont tous pris avec de grands angles et l’option du noir et blanc fait parfois confondre la canopĂ©e avec un sol volcanique ou lunaire. L’eau est partout, dans les nuages comme au sol. Les fleuves dĂ©bordent et peuvent monter 20 mĂštres au-dessus de leur cours normal en saison des pluies, modelant d’éphĂ©mĂšres archipels d’eau douce.

    Quelques tribus subsistent encore dans cette immensitĂ© et Salgado rĂ©alise aussi des clichĂ©s de ces humains survivants si loin du modernisme, veillant Ă  maintenir leurs pratiques culturelles traditionnalistes. Leurs photos montrent des personnes plutĂŽt trapues, taillĂ©es pour survivre dans cet improbable environnement fait d’arbres et d’eau. Les SurawahĂĄ par exemple, spĂ©cialistes de poisons, dont le taux de mortalitĂ© est important car beaucoup des adultes en bonne santĂ© ĂągĂ©s de 14 Ă  28 ans ingĂšrent un poison puissant qui provoque leur mort. Il existe dans leur cosmologie trois cieux oĂč se rendent les Ăąmes aprĂšs le dĂ©cĂšs. Le plus dĂ©sirable est celui oĂč se retrouvent les personnes qui meurent en bonne santĂ© quand les deux autres rassemblent celles qui ont Ă©tĂ© mordues par un serpent, et celles qui meurent de vieillesse. On dirait un texte de loi sur le suicide assistĂ© !

    Quel espace, quel mystĂšre !

    La musique sur laquelle est posĂ©e cette exposition est la porte d’entrĂ©e de la Philharmonie de Paris pour aborder les questions Ă©cologiques. Jean-Michel Jarre a composĂ© ses habituelles nappes de clavier sur lesquelles ont Ă©tĂ© greffĂ©s des Ă©chantillons des bruits de la forĂȘt : pĂ©piements d’oiseaux ; bruissements du vent, Ă©clats d’eau, etc. qui sont diffusĂ©es dans les salles de l’exposition des photos. Dans les deux petites salles de projection on Ă©coute des compositions de musiciens brĂ©siliens : Heitor Villa-Lobas (1887-1959) et Rodolfo Stroeter, bassiste-compositeur contemporain. La Philharmonie organise par ailleurs un week-end de concerts de musiciens brĂ©siliens et des communautĂ©s d’Amazonie.

    J’ai conçu [cette musique] comme une dĂ©ambulation Ă  travers des Ă©lĂ©ments naturels, ethniques, orchestraux, Ă©lectroniques, figures passagĂšres d’une forĂȘt que l’on traverse  et qu’on laisserait derriĂšre soi, vestiges d’un temps et d’un espace infinis.

    Jean-Michel Jarre

  • « Des Hommes » de Lucas Belvaux

    BasĂ© sur le roman « Des Hommes Â» de Laurent MauvigniĂ© sorti en 2009, le film de Lucas Belvaux retrace le traumatisme de deux cousins anciens appelĂ©s de la guerre d’AlgĂ©rie qui, revenus dans leur village familial, gĂšrent diffĂ©remment les suites d’un drame dont ils furent les acteurs durant cette guerre. Le film colle au roman et transmets le syndrome de ces hommes qui, encore adolescents, sont allĂ©s guerroyer pour tenter de maintenir ce fantasme politique que fut le concept d’une AlgĂ©rie « française Â».

    GĂ©rard Depardieu, Ă  l’état physique dĂ©gradĂ©, incarne Ă  merveille le personnage le plus violent du duo qui ne s’est jamais vraiment remis de son expĂ©rience algĂ©rienne, comme tant d’autres. Le film se termine sur la question de son avenir, le pire est Ă  craindre !

    Lire aussi : MAUVIGNIER Laurent, ‘Des hommes’. – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

  • Le Royaume-Uni procrastine

    Chappatte/Le Canard Enchaßné (30/12/2020)

    Comme cela Ă©tait prĂ©visible, le Royaume-Uni rechigne Ă  respecter ses engagements pris lors de sa sortie de l’Union europĂ©enne (le brexit) qui stipulaient l’établissement d’une frontiĂšre commerciale en mer d’Irlande pour Ă©viter d’avoir Ă  rĂ©tablir une frontiĂšre formelle entre l’Irlande du nord (province britannique) et la RĂ©publique d’Irlande laissant ainsi sans contrĂŽle l’importation en Irlande du nord de produits britanniques, donc en provenance d’un pays tiers, qui peuvent ainsi accĂ©der, toujours sans contrĂŽle, en RĂ©publique d’Irlande, donc au marchĂ© intĂ©rieur de l’Union europĂ©enne, et vice-versa.

    Le « protocole nord-irlandais Â» devait permettre de rĂ©soudre, au moins provisoirement, l’insoluble question de la prĂ©sence britannique sur l’ile d’Irlande. Le non-respect de certains Ă©lĂ©ments de l’accord du brexit fait partie du jeu, des procĂ©dures existent pour le rĂ©gler et/ou le sanctionner. Il suffit de les appliquer, ou de changer les textes du brexit. Entre gens intelligents et de bonne compagnie on devrait bien trouver un arrangement, au moins temporaire.

    A plus long terme, la question ne se rĂ©soudra que par la rĂ©unification irlandaise. Peut-ĂȘtre le brexit la prĂ©cipitera-t-elle ? Il faudra alors rĂ©gler le cas des unionistes protestants qui tiennent au maintien de leur statut britannique ce qui s’annonce complexe mais arrivera bien
 un jour. Ces confettis de l’Empire coĂ»tent et empoisonnent la vie de nombre d’Etats : la France avec la Nouvelle-CalĂ©donie, Mayotte et d’autres, l’Espagne avec Ceuta et Melilla, le Royaume-Uni avec Gibraltar, etc. Ils se rĂ©soudront avec le temps et l’indĂ©pendance de ces confettis ou leur rattachement aux territoires gĂ©ographiques auxquels ils appartiennent. C’est la logique, elle demande de l’intelligence et des dirigeants visionnaires pour ĂȘtre mise en Ɠuvre. Cela viendra.

  • « Follement drĂŽle – Wahnsinnig komisch » au MusĂ©e d’Art et d’Histoire de l’hĂŽpital Sainte-Anne

    ProlongĂ©e jusqu’en juin 2021 pour cause de confinement, l’exposition « Follement drĂŽle Â» est prĂ©sentĂ©e dans le petit musĂ©e de l’hĂŽpital psychiatrique Sainte-Anne Ă  Paris. MontĂ©e en association avec un autre hĂŽpital psychiatrique, allemand, elle rassemble des Ɠuvres rĂ©alisĂ©es par des patients dont on ne connaĂźt pas exactement les pathologies, sinon qu’ils rĂ©sidaient dans ces lieux spĂ©cialisĂ©s dans les maladies mentales. Ces Ɠuvres ont aussi fait l’objet de travaux de recherche scientifique entre art et psychiatrie.

    ClassĂ©s par thĂšmes (la critique sociale, la critique de la psychiatrie, la grivoiserie, etc.) plutĂŽt que par ordre chronologique, nombre de ces tableaux traduisent l’humour de leurs auteurs sur leur environnement, y compris psychiatrique. Il y a Ă©galement des dessins, des illustrations, des portraits gigantesques de Danton ou du Dr Guillotin. On a du mal Ă  oublier la maladie des crĂ©ateurs et l’on se demande si leur inspiration artistique est le produit de la pathologie ou un traitement de celle-ci. En se promenant dans les allĂ©es de l’hĂŽpital qui portent les noms de gĂ©ants (Verlaine, Artaud, Camille Claudel, etc.) aux crĂ©ations aussi complexes que leurs neurones on mĂ©dite sur les liens Ă©tranges entre l’art et la folie !

    Mais on ne sait toujours pas quelle est la cause ni quel est l’effet


  • La fin de l’opĂ©ration militaire française Barkhane au Sahel

    Le prĂ©sident de la RĂ©publique française a annoncĂ© cette aprĂšs-midi dans une confĂ©rence de presse la fin de l’opĂ©ration militaire Barkhane au Sahel. C’est un bon dĂ©but. On ne connaĂźt pas bien encore la forme que prendra l’opĂ©ration suivante, car il y en a dĂ©jĂ  une annoncĂ©e. On a seulement appris qu’elle impliquerait une baisse significative des effectifs de l’armĂ©e française dans ces territoires Ă©trangers. L’option d’un retrait total des troupes françaises du Sahel, comme c’est actuellement le cas pour les troupes de l’OTAN d’Afghanistan, n’a pas Ă©tĂ© retenue. Peut-ĂȘtre a-t-elle Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e ?

    Pour le retrait occidental de l’Afghanistan une nĂ©gociation a Ă©tĂ© menĂ©e entre les Etats-Unis et les rebelles religieux. On ne sait pas s’il en est ainsi pour le Mali et les pays avoisinants. A-t-on demandĂ© leur avis aux gouvernements locaux sur les contours de la nouvelle opĂ©ration et la fin de l’ancienne ? Il est peu probable que la France puisse maintenir des troupes dans des pays Ă©trangers sans un accord des pays d’accueil et on se dit que si l’on demande son avis au gouvernement malien actuel celui-ci pourrait ĂȘtre nĂ©gatif.

    Les quelques Ă©lĂ©ments donnĂ©s sur la nouvelle opĂ©ration mentionnent plus de formation et d’encadrement des troupes locales et moins d’interventions directes de l’armĂ©e française. C’est une petite musique dĂ©jĂ  rĂ©guliĂšrement entendue (dans le cas du Rwanda par exemple, ou du Vietnam du sud pour les Etats-Unis) et l’on sait bien que lorsque les armĂ©es africaines seront en danger elles demanderont un appui militaire français tant que des militaires hexagonaux seront postĂ©s dans leur pays. Et l’on devine qu’en de pareilles circonstance les dirigeants politiques françaises trouveront toujours de bonnes raisons pour « y aller une derniĂšre fois Â»â€Š L’avantage du retrait total est qu’il n’y a plus d’intervention directe facilitĂ©e par le positionnement de personnels et de matĂ©riels sur place. Elle est donc beaucoup plus complexe Ă  mettre en branle, le cas Ă©chĂ©ant.

    Bref, cette affaire est sans doute loin d’ĂȘtre terminĂ©e puisque l’option du complet retrait n’a pas Ă©tĂ© choisie, comme elle l’a Ă©tĂ© pour l’Afghanistan.

    Lire aussi : Un dĂ©part de l’armĂ©e française du Mali pour bientĂŽt ? – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

  • La France s’enrichit

    Dans un dĂźner en ville, les convives notent un rĂ©cent article paru dans le journal Le Monde ce 8 juin sur « La France heureuse, la France qui va bien, et si c’était elle, la majoritĂ© silencieuse ? Â» qui dĂ©tonnerait dans le pessimisme ambiant d’un pays passant beaucoup de temps Ă  se lamenter sur son sort et Ă  critiquer ceux qui le gouvernent. Le reportage est centrĂ© sur une ville de Mayenne, ChĂąteau-Gontier, qui a l’air en pleine forme Ă©conomique et morale. Excellente nouvelle !

    Comme souvent, le discours pessimiste, rabĂąchĂ© par un systĂšme mĂ©diatique plus concernĂ© par le scoop que par l’information, pĂ©nĂštre les esprits qui en oublient de s’informer Ă  la source. Les chiffres de l’INSEE montrent que le produit intĂ©rieur brut (PIB) de la France est passĂ© de 363 milliards d’euros en 2000 Ă  593 en 2018.

    Source INSEE

    Le pays s’est donc enrichi de plus de 60% en 18 ans. MĂȘme retraitĂ©s de l’inflation, des marges d’erreur statistiques et de l’ñge du capitaine, ces chiffres confirment une augmentation de la richesse nationale créée par le travail et la production de tous. Bien sĂ»r il y a des inĂ©galitĂ©s en France et tout le monde n’a certainement pas profitĂ© dans la mĂȘme proportion de cet enrichissement mais il n’est pas intĂ©gralement tombĂ© dans les poches des grands capitaines du CAC40 qui ne sont que
 40, il a aussi diffusĂ© dans le pays, et dans la ville de ChĂąteau-Gontier, entre autres. La France est malgrĂ© tout un des pays oĂč la redistribution entre « riches Â» et « pauvres Â» est la plus importante par le biais des dĂ©penses sociales financĂ©es par l’impĂŽt. Si l’on veut encore augmenter cette redistribution, il suffit de le dĂ©cider. Le budget votĂ© annuellement par le parlement est lĂ  pour ça.

    La sĂ©rie ci-dessus s’arrĂȘte Ă  fin 2018 et il est probable que la crise sanitaire actuelle marquera un freinage en 2020 comme elle fait apparaĂźtre un recul aprĂšs la crise financiĂšre de 2008, recul qui a Ă©tĂ© absorbĂ© en deux ans. La nature sanitaire de la crise de 2020 devrait permettre une reprise encore plus rapide une fois l’orage passĂ©. Mais cette fois-ci encore cette crise a profitĂ© Ă  de nombreux secteurs, et pas qu’aux entreprises du numĂ©rique. Demandez-donc son avis Ă  votre boucher ou votre poissonnier
 On entend beaucoup les secteurs dĂ©favorisĂ©s par la crise, ceux de la culture par exemple, mais leur prĂ©sence mĂ©diatique est souvent largement supĂ©rieure Ă  leur importance dans l’économie. Ceux qui se portent bien restent silencieux et font le dos rond. C’est l’habituelle comĂ©die humaine rĂ©gie plus par les rapports de force que par la rĂ©flexion.

    Il y a une « France qui va bien Â» mais dans le domaine Ă©conomique comme dans celui des idĂ©es sociĂ©tales la « majoritĂ© silencieuse Â» est
 silencieuse. Les commentateurs seraient donc bien avisĂ©s d’aller consulter les statistiques Ă©conomiques de l’INSEE pour illustrer leurs analyses et enrichir les radiotrottoirs dans lesquels Mme. Michu dĂ©taille son mal de vivre et celui de sa « minoritĂ© agissante Â».

  • Un dĂ©part de l’armĂ©e française du Mali pour bientĂŽt ?

    Colonel Assimi GoĂŻta – prĂ©sident de la RĂ©publique du Mali

    A la suite du deuxiĂšme coup d’Etat galonnĂ© au Mali en quelques mois, les dĂ©saccords entre la France et ce pays du Sahel s’accentuent. Toujours ravagĂ© par le terrorisme religieux malgrĂ© plus de 5 000 militaires français, avec armes et bagages, dans la rĂ©gion, le Mali prend ses distances avec Paris. Le premier, qui est chez lui, prĂŽne un rapprochement avec les terroristes religieux qui sont au cƓur de sa population quand le second les combat.

    La France vient de « suspendre sa coopĂ©ration militaire Â» avec le Mali sans que l’on sache exactement ce que cela veut dire mais l’armĂ©e française, lĂ©gĂšrement aidĂ©e par d’autres armĂ©es europĂ©ennes, continue Ă  agir militairement dans ce territoire Ă©tranger sur lequel elle a Ă©tĂ© « appelĂ©e Â» Ă  la rescousse en 2012 par le prĂ©sident de l’époque. C’était il y a dix ans et il va falloir tourner la page. Outre les changements politiques en cours, les populations commencent Ă  se demander Ă  quoi sert ce dĂ©ploiement d’armĂ©es Ă©trangĂšres sur son sol.

    Comme les armĂ©es occidentales sont en train de finir l’évacuation de leurs troupes de l’Afghanistan aprĂšs 20 annĂ©es de guerre, les militaires français vont devoir quitter le Mali. Dans les deux cas, un pouvoir religieux plus ou moins violent va reprendre les rennes, marquant ainsi la dĂ©faite stratĂ©gique des occidentaux qui combattaient sur place justement pour Ă©viter une telle hypothĂšse. L’Histoire contemporaine l’a montrĂ© Ă  de nombreuses reprises : il est difficile de maintenir longtemps une armĂ©e Ă©trangĂšre sur un territoire, quelle que soit la raison de son intervention, contre la volontĂ© de son peuple et de ses autoritĂ©s. Les Russes et les Turques vont aussi le ressentir un jour en Syrie


    Une fois les troupes françaises et europĂ©ennes Ă©vacuĂ©es du Sahel, il adviendra ce qui doit advenir. Si les peuples veulent ĂȘtre gouvernĂ©s par la religion, qu’il en soit selon leur volontĂ©. Les Ă©conomies ainsi rĂ©alisĂ©es par la France pourront ĂȘtre utilement redĂ©ployĂ©es, soit pour rembourser partiellement les dettes abyssales de l’Etat, soit pour renforcer les frontiĂšres europĂ©ennes qui deviendront des points sensibles si des gouvernements religieux extrĂȘmes prennent le pouvoir dans les pays du Sahel.

  • Un bon projet pour la Nouvelle CalĂ©donie

    Libérons la Nouvelle Calédonie

    Les partis calĂ©doniens rĂ©unis Ă  Paris avec le gouvernement français viennent d’arrĂȘter la date du troisiĂšme rĂ©fĂ©rendum d’indĂ©pendance qui se tiendra en dĂ©cembre 2021. Il semble que les participants pro-indĂ©pendance craignaient une date aprĂšs les Ă©lections prĂ©sidentielles de mai 2022 avec le risque que si Marine Le Pen Ă©tait Ă©lue, la perspective d’une indĂ©pendance, et donc du rĂ©fĂ©rendum, ne soit repoussĂ©e aux calendes grecques. VoilĂ  qui est fait.

    Il est Ă©galement prĂ©vu une pĂ©riode de transition de deux annĂ©es qui sera nĂ©cessaire quel que soit le rĂ©sultat. Si l’indĂ©pendance l’emporte il faudra transfĂ©rer les pouvoirs et rĂ©gler le sort de ceux qui voudront Ă©migrer, si c’est le Non qui vainc, il faudra dĂ©finir de nouveaux accords sur un mode de fonctionnement entre la mĂ©tropole et ce territoire pacifique lointain.

    Si indĂ©pendance il y a, le Front de libĂ©ration kanak nationale et socialiste (FLNKS) et ses diffĂ©rentes composantes ont dĂ©jĂ  leur programme prĂȘt. C’est un bon programme.

    Au niveau institutionnel on ne peut pas dire que le schĂ©ma envisagĂ© soit trĂšs original. Un parlement Ă  deux composantes : l’assemblĂ©e nationale Ă©lue par les provinces elles-mĂȘmes soumises au suffrage des Ă©lecteurs, une chambre des reprĂ©sentants Ă©lus par les conseils coutumiers ; un prĂ©sident de la RĂ©publique Ă©lu par le parlement ; un gouvernement dirigĂ© par un premier ministre ; une armĂ©e nationale ; une force de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure (FSI) pour assurer l’ordre ; une monnaie propre arrimĂ©e Ă  un panier de monnaie mais l’adoption d’une monnaie tierce n’est pas exclue, etc.

    Quant au financement de la dĂ©pense publique le schĂ©ma envisagĂ© est le mĂȘme que celui de la situation actuelle sauf que la source « Participation de l’Etat français Â» est remplacĂ©e par « Revenu de l’Etat [calĂ©donien] actionnaire Â».

    Si l’indĂ©pendance l’emporte, il suffira donc d’appliquer ce programme et de laisser voguer la Nouvelle CalĂ©donie vers son destin. Il faudra certainement que les contribuables français continuent Ă  aider ce nouvel Etat. Nous pouvons le faire comme nous l’avons dĂ©jĂ  fait, et continuons Ă  le faire dans une certaine mesure, pour les anciennes colonies françaises qui ont accĂ©dĂ© Ă  l’indĂ©pendance.

    Lire le programme du FLNKS : ici

  • L’OTAN Ă  livres ouverts

    A l’occasion du dĂ©tournement d’un avion civil organisĂ© par le satrape biĂ©lorusse dans l’espace aĂ©rien de son pays, on apprend que l’Organisation du traitĂ© de l’Atlantique nord (OTAN) va rĂ©duire les habilitations de l’ambassadeur biĂ©lorusse auprĂšs de cette organisation. Pardon ? Il y a une « ambassade biĂ©lorusse Â» auprĂšs de l’OTAN, une alliance militaire occidentale crĂ©e au temps de la guerre froide pour endiguer le communisme ?

    Une visite sur le site web institutionnel de l’OTAN permet de le confirmer. La BiĂ©lorussie fait partie de la quarantaine de pays « partenaires » de l’organisation comme la Russie, l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan ou la Mongolie. La dĂ©finition du pays « partenaire » est donnĂ©e comme :

    L’OTAN s’attache Ă  promouvoir la sĂ©curitĂ© et Ă  projeter la stabilitĂ© au moyen d’un vaste rĂ©seau de partenaires, qui compte plus de quarante pays non-membres de l’Organisation et qui s’Ă©tend de l’Europe centrale et orientale Ă  des rĂ©gions aussi Ă©loignĂ©es que la rĂ©gion Asie-Pacifique.

    Les pays partenaires Ă©tablissent individuellement des relations avec l’OTAN, qui couvrent diffĂ©rents aspects de la coopĂ©ration pratique et du dialogue. De nombreux partenaires participent activement aux opĂ©rations et aux missions dirigĂ©es par l’OTAN. Certains d’entre eux aspirent Ă  devenir membres de l’Alliance.

    L’Alliance travaille aussi avec les autres organisations internationales, telles que l’Union europĂ©enne (UE) et l’Organisation des Nations Unies (ONU).

    Certes ces objectifs sont sympathiques et on se dit que discuter est toujours mieux que de s’envoyer des missiles mais quand on voit la volontĂ© affichĂ©e de nuire Ă  l’occident dĂ©clinĂ©e par la Russie et ses affidĂ©s on peut raisonnablement se demander si le partenariat de ces deux pays, entre autres, avec l’alliance militaire occidentale sert Ă  quelque chose d’autre qu’à affaiblir l’Ouest ? Il est peu probable que les pays de l’Est ouvrent de tels partenariats. RĂ©duire les accĂšs de l’ambassadeur biĂ©lorusse Ă  l’OTAN semble bien ĂȘtre une rĂ©action a minima. N’était-ce pas LĂ©nine qui dit « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons » ? On en est toujours lĂ  !

    Lire aussi : La mauvaise foi comme stratĂ©gie – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

  • La mauvaise foi comme stratĂ©gie

    Alors que la communautĂ© occidentale s’émeut du fait que la BiĂ©lorussie ait pu dĂ©tourner un avion civil qui survolait son territoire pour le faire atterrir de force sur l’aĂ©roport de sa capitale et arrĂȘter un de ses opposants qui s’y trouvait, Roman Protassevitch, ainsi que sa femme de nationalitĂ© russe, les autoritĂ©s de cet Etat expliquent doctement que l’avion avait demandĂ© Ă  atterrir d’urgence car menacĂ© d’un attentat Ă  la bombe par le mouvement palestinien Hamas mais en aucun cas « dĂ©tournĂ© Â» par la BiĂ©lorussie. Ce sont les autoritĂ©s biĂ©lorusses qui avait informĂ© l’avion des menaces qui planaient sur lui


    L’ambassadeur en France de cette sympathique RĂ©publique a d’ailleurs expliquĂ© sur son compte Twitter que l’équipage avait demandĂ© un aĂ©roport de dĂ©tournement alors qu’il assurait la ligne AthĂšnes-Vilnius, et que le plus proche Ă©tait celui de Minsk
 Le fait que la police en ait profitĂ© pour arrĂȘter son opposant et sa fiancĂ©e n’est pas mentionnĂ©.

    Plus c’est gros plus ça passe. On se souvient que lorsque des militaires russes avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s en Ukraine dans les combats qui opposaient les forces officielles contre les sĂ©paratistes soutenus par Moscou, le prĂ©sident russe avait affirmĂ©, sans rire, « je ne peux pas empĂȘcher mes citoyens d’aller passer des vacances en Ukraine. Â»

    Nos dĂ©mocraties sont bien faibles face aux comportements des satrapes de l’ex-URSS qui ne risquent pas grand-chose. La colĂšre de leurs populations est sous contrĂŽle et, dans le cas de la Russie, semble ne pas mĂȘme se manifester tant le peuple russe apparaĂźt majoritairement satisfait de faire la nique Ă  l’Occident qui ne dĂ©ploie que des effets de manche face Ă  ces comportements de voyous. L’OTAN ne va probablement pas dĂ©clarer la guerre Ă  la BiĂ©lorussie pour son comportement violent mais les appels du ministre français des affaires Ă©trangĂšres Ă  « une rĂ©ponse ferme et unie des EuropĂ©ens Â» est juste inutile. Comme toujours, lorsqu’on ne sait pas employer les mĂȘmes mĂ©thodes que les adversaires, le mieux est de rester discret et d’activer les quelques leviers qui restent disponibles aux mains des dĂ©mocraties, ceux des visas et du commerce par exemple. En attendant, l’espace aĂ©rien de l’Union europĂ©enne a Ă©tĂ© interdit aux avions biĂ©lorusses et les compagnies europĂ©ennes ont Ă©tĂ© priĂ©es de ne plus survoler la BiĂ©lorussie. On peut craindre que ces mesures ne durent pas trĂšs longtemps.

    Un accord a Ă©tĂ© conclu entre l’Union europĂ©enne et la BiĂ©lorussie en mai 2020 visant Ă  faciliter la dĂ©livrance rĂ©ciproque des visas et facilitant la rĂ©admission des personnes en sĂ©jour irrĂ©gulier. Est-il bien nĂ©cessaire de faciliter l’octroi respectif des visas ? En revanche l’aspect rĂ©admission est intĂ©ressant. Mais quand on voit la facilitĂ© avec laquelle la BiĂ©lorussie ne respecte pas les accords internationaux qu’elle a signĂ©, on se dit que la rĂ©siliation de celui-ci pourrait ĂȘtre envisagĂ©e facilement ?

    Lire aussi : DĂ©tournements d’avion par des Etats – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

  • AGHION Philippe au CollĂšge de France, leçon donnĂ©e le 20/10/2020 : « Destruction crĂ©atrice et richesse des nations / Expliquer le dĂ©clin de la croissance et la montĂ©e des rentes » 3/6

    AGHION Philippe au CollÚge de France, leçon donnée le 20/10/2020 : « Destruction créatrice et richesse des nations / Expliquer le déclin de la croissance et la montée des rentes » 3/6

    Chaire : Ă‰conomie des institutions, de l’innovation et de la croissance

    Cours : Destruction crĂ©atrice et richesse des nations

    Leçon : Expliquer le dĂ©clin de la croissance et la montĂ©e des rentes – Économie des institutions, de l’innovation et de la croissance – Philippe Aghion – CollĂšge de France – 20 octobre 2020 14:00 (college-de-france.fr)

    Le dĂ©bat sur les inĂ©galitĂ©s a Ă©tĂ© relancĂ© ces derniĂšres annĂ©es, notamment par les travaux de Thomas Piketty. Les revenus qui reviennent au Top1% aprĂšs avoir dĂ©cru depuis le dĂ©but du XXĂšme siĂšcle se sont accrus significativement depuis les annĂ©es 1980 jusqu’aux annĂ©e 2010. Qu’est ce qu’il a derriĂšre cette Ă©volution ?

    Comment mesurer les inégalités

    3 façons :

    1. Le coefficient GINI > courbe de Lorenz, on regard les dĂ©ciles des revenus par mĂ©nage des plus pauvres au plus riches et on regarde les % des mĂ©nages. Par exemple les 20% les moins riches gagnent moins que 20% des revenus du fait des inĂ©galitĂ©s. Le GINI mesure l’écart global de la sociĂ©tĂ© Ă  l’égalitĂ© parfaite (diffĂ©rence entre la courbe de Lorenz et la droite de l’égalitĂ© parfaite). Nombre entre 0 et 1, plus le GINI est proche de 0 plus l’égalitĂ© est parfaite.
    2. Part du Top1% > on totalise le revenu de 1% le plus riche que l’on divise par le revenu total. On mesure l’inĂ©galitĂ© au niveau des riches, le 1% (ou 0,1% si l’on veut affiner).
    3. InĂ©galitĂ© dynamique > corrĂ©lation entre revenu des parents et revenus des enfants. Si Ă©levĂ©e, cela signifie que le revenu est fortement dĂ©terminĂ© par celui des parents, Ă  l’inverse, cela veut dire qu’il y a beaucoup de mobilitĂ© sociale.

    Il y a des relations entre ces trois mesures.

    Entre les pays de l’OCDE on s’aperçoit que plus le GINI est Ă©levĂ© plus l’inĂ©galitĂ© dynamique est importante : c’est la courbe de « Gatsby le Magnifique Â». Les scandinaves ont un GINI faible et une inĂ©galitĂ© dynamique rĂ©duite (mobilitĂ© sociale), par contre c’est l’inverse pour les Etats-Unis et le Royaume Uni. La France est plus proche de US-UK que des scandinaves, malgrĂ© un fort taux de prĂ©lĂšvement.

    Si on regarde des zones d’emplois amĂ©ricaines et que l’on suit les revenus des parents puis des enfants 15 ans plus tard, on retrouve la mĂȘme courbe de « Gatsby Â».

    En revanche il n’y aucune relation entre mobilitĂ© sociale et Top1%. En Californie, beaucoup de mobilitĂ© sociale mais le Top1% y est considĂ©rable vs. Alabama ou Mississipi. C’est l’effet de l’innovation, prĂ©sente en Californie mais moins en Alabama.

    Il ne faut pas forcĂ©ment ĂȘtre obsĂ©dĂ© par la richesse du Top1% comme l’est Piketty. Ce qui est aussi important est la mobilitĂ© sociale : en SuĂšde nous avons des individus trĂšs riches mais aussi beaucoup de mobilitĂ© sociale et donc une inĂ©galitĂ© rĂ©duite. Le Top1% ne doit pas ĂȘtre la seule mesure de l’inĂ©galitĂ©.

    L’innovation comme source d’inĂ©galitĂ©s au Top1%

    On constate que la richesse du Top1% croit en mĂȘme temps que la courbe des dĂ©pĂŽts de brevets (mesure de l’innovation). C’est une corrĂ©lation, pas une causalitĂ©. Cette relation s’explique par plusieurs raisons.

    1. L’innovation dĂ©clenche les rentes de l’innovation temporairement (M. Skype est devenu riche car il a inventĂ© Skype) et augmente la probabilitĂ© que les innovateurs vont rentrer dans le Top1% et augmenter la part de celui-ci.
    2. L’innovation entraĂźne la destruction crĂ©atrice et donc la mobilitĂ© sociale (ascenseur social). Les innovateurs deviennent riches en inventant et ils remplacent les anciens qui vont peut-ĂȘtre sortir du Top1%. Sur les Ă©tats amĂ©ricains l’innovation apparaĂźt corrĂ©lĂ©e avec le Top1% mis pas avec le GINI (mesure globale).
    3. On s’aperçoit Ă©galement aux Etats-Unis que les fonds de recherche allouĂ©s par les comitĂ©s d’appropriation aux Etats gĂ©nĂšrent un accroissement des brevets universitaires puis industriels et la consĂ©quence est une augmentation de la part du Top1%. C’est une causalitĂ©, plus une simple corrĂ©lation.                                                                

    Quand on regarde la part du Top1% on doit prendre en compte l’effet de l’innovation, ce ne sont pas uniquement des hĂ©ritiers
 L’innovation n’a pas d’effet sur l’inĂ©galitĂ© globale mesurĂ©e par le GINI car d’un cĂŽtĂ© elle augmente la part du Top1% mais de l’autre elle accroĂźt la mobilitĂ© sociale. L’innovation est une source « sympathique Â» du Top1% car elle favorise aussi la croissance et la mobilitĂ©, Ă  la diffĂ©rence du lobbying qui a des effets nĂ©gatifs (voir supra).

    L’innovation comme source de mobilitĂ© sociale

    2 raisons

    1. Destruction crĂ©atrice > les innovateurs « montent Â», les autres « descendent Â». Dans les zones d’emploi oĂč il y a le plus d’innovation il y a le plus de mobilitĂ© sociale c’est-Ă -dire que les revenus sont moins corrĂ©lĂ©s Ă  ceux des parents. On constate Ă©galement que l’innovation par les « entrants Â» (les nouveaux, ceux qui n’ont pas brevetĂ© au cours des cinq derniĂšres annĂ©es) est plus corrĂ©lĂ©e avec la mobilitĂ© sociale.
    2. Les entreprises innovantes procurent les « bons Â» emplois, ceux oĂč on progresse (perspectives de carriĂšre, augmentations de salaire) et oĂč on reçoit de la formation.

    Il y a peu de mobilitĂ© sociale en France donc il faut tout faire pour favoriser les entreprises innovantes qui crĂ©ent des « bons Â» emplois. Il faut inciter Ă  l’innovation (subventionner l’apprentissage, s’ouvrir aux entreprises innovantes, etc.)

    L’innovation est une source du Top1%, certes, mais elle est Ă  prĂ©server car elle n’augmente pas l’inĂ©galitĂ© globale.

    Les limites de l’outil fiscal

    Voyons les effets des augmentations d’impĂŽt, on regarde la mobilitĂ© des revenus sur les mĂȘmes personnes (et non plus entre parents et enfants) en les classant par percentile, entre l’annĂ©e de dĂ©part et l’annĂ©e de fin de pĂ©riode. Plus les revenus d’aujourd’hui sont proches de ceux d’hier, plus l’échelle des revenus est rigide comme c’est le cas en France : faible mobilitĂ© des revenus. On remarque la mĂȘme chose mĂȘme pendant la pĂ©riode 2011/2013 oĂč il y eut de fortes augmentations d’impĂŽts. L’outil fiscal a Ă©tĂ© sans effet sur la mobilitĂ© sociale car la France Ă©tait dĂ©jĂ  Ă  un niveau Ă©levĂ© de fiscalitĂ©. Il faut donc chercher d’autres sources de mobilitĂ© : Ă©ducation, formation, « bons Â» emplois, qui sont complĂ©mentaires du levier fiscal.

    L’effet de l’outil fiscal sur l’innovation > on constate que plus le taux de rĂ©tention fiscale (1 – taux d’imposition) est Ă©levĂ© pour les innovateurs de qualitĂ© plus ils restent dans leurs pays d’origine. Il a Ă©tĂ© aussi analysĂ© les consĂ©quences de la chute de l’URSS sur la fuite de ses innovateurs russes : le choix d’émigration portait sur les pays les moins taxĂ©s. On a vu Ă©galement que la baisse des impĂŽts dĂ©cidĂ©e en 1986 par Reagan aux Etats-Unis a entraĂźnĂ© une forte augmentation de l’arrivĂ©e de chercheurs Ă©trangers « de qualitĂ© Â». Par ailleurs la baisse de l’imposition des sociĂ©tĂ©s comme des individus gĂ©nĂšrent une augmentation des dĂ©pĂŽts de brevets.

    Les mesures fiscales ont un effet sur l’innovation et la croissance, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas taxer car l’Etat est un investisseur et un assureur et doit donc ĂȘtre financĂ©. On a besoin d’impĂŽts mais Ă  partir d’un certain seuil trop d’impĂŽt tue l’impĂŽt !

    L’exemple de la SuĂšde > en 1991 ce pays procĂšde Ă  une rĂ©forme fiscale majeur avec l’instauration d’une taxation duale du capital et du travail avec la rĂ©duction du taux d’imposition marginal de 88 Ă  55% une taxation fixe des revenus du capital Ă  30%. Dans le mĂȘme temps il y eut une rĂ©forme de l’Etat et une dĂ©valuation de la monnaie. On assiste alors Ă  une augmentation significative des dĂ©pĂŽts de brevets (c’est une corrĂ©lation pas une causalitĂ©). Le Top1% a un peu augmentĂ© de mĂȘme que le GINI mais la SuĂšde restant tout de mĂȘme un des pays les plus Ă©galitaires en Europe.

    Lobbying

    On a dit que le Top1% n’est pas si important du moment qu’il y a de la mobilitĂ© sociale. Il faut nĂ©anmoins prĂ©ciser que ce Top1% a son importance dans la mesure oĂč ses membres peuvent faire des actions de lobbying pour y rester ou pour empĂȘcher d’autres d’y entrer ou pour retarder des rĂ©formes qui favoriseraient la concurrence par exemple. Le lobbying peut avoir un cĂŽtĂ© vertueux qui est d’informer mais il peut aussi se rĂ©vĂ©ler dangereux lorsqu’il tente de rĂ©duire la concurrence. Le paradoxe schumpetĂ©rien est qu’il faut des rentes pour inciter l’innovation mais qu’ensuite leurs bĂ©nĂ©ficiaires peuvent les utiliser pour faire pression afin d’empĂȘcher l’arrivĂ©e de nouveaux innovateurs. C’est toute la difficultĂ© de la rĂ©gulation du capitalisme.

    L’exemple des GAFAM aux Etats-Unis est trĂšs parlant, ces innovateurs de l’économie numĂ©rique ont maintenant investi tous les secteurs profitant du fait que la rĂ©glementation amĂ©ricaine n’est pas formatĂ©e pour les technologies de l’information, notamment il n’y a aucune limite aux fusions-acquisitions et certains GAFAM sont devenus hĂ©gĂ©moniques, dĂ©courageant les innovations des autres d’oĂč la stagnation sĂ©culaire constatĂ©e.

    Le lobbying comprend les communications orales ou Ă©crites avec un titulaire de charge publique en vue d’influencer la prise de dĂ©cisions. Dans la plupart des pays le lobbying est maintenant rĂ©glementĂ©. Les dĂ©penses de lobbying se chiffrent en milliards d’USD/EUR.

    GĂ©nĂ©ralement il y a plus de lobbying dans les secteurs peu concurrentiels et Ă  fortes marges (typiquement des entreprises moins productives qui veulent garder leurs marges). En Italie plus la part de marchĂ© d’une entreprise est Ă©levĂ©e plus elle « investit Â» dans les politiciens.

    Il existe aux Etats-Unis une corrĂ©lation entre le lobbying et l’accroissement de la part du Top1%, de mĂȘme qu’avec l’augmentation de l’inĂ©galitĂ© globale (GINI). Le lobbying rĂ©duit la mobilitĂ© sociale en bloquant les entrants. Souvent les innovateurs d’hier constituent les lobbyistes d’aujourd’hui, qui vont investir dans le lobbying plus que dans l’innovation.

    Le lobbying a un double coĂ»t : les entreprises lobbyistes innovent moins et empĂȘchent les innovateurs d’émerger.

  • Il faut restituer les confettis de l’Empire

    Quelques milliers de migrants marocains ont envahi l’enclave espagnol de Ceuta en territoire marocain. Il semble que les autoritĂ©s marocaines reprochent Ă  l’Espagne d’avoir accueilli pour raisons sanitaires le chef du front POLISARION, le mouvement indĂ©pendantiste du Sahara dit « espagnol Â» sur lequel le Maroc affirme sa souverainetĂ©. L’impĂ©trant aurait la Covid.

    On connaĂźt le cynisme de certains Etats qui n’hĂ©site pas Ă  utiliser les flux migratoires pour des raisons politiques. La Turquie Ă  cet Ă©gard a montrĂ© de quoi elle Ă©tait capable en incitant les rĂ©fugiĂ©s syriens sur son territoire Ă  entrer en GrĂšce par la frontiĂšre terrestre. Dans le cas du Maroc on franchit une Ă©tape supplĂ©mentaire puisque ce pays envoie sa propre population comme immigrĂ©s illĂ©gaux Ă  Ceuta. L’Espagne a dĂ©ployĂ© son armĂ©e sur place et aurait expulsĂ© immĂ©diatement la moitiĂ© des 8 000 migrants ayant pris d’assaut Ceuta.

    La manipulation des flux de migrants est devenue une arme Ă  la disposition des Etats les plus cyniques, il faut s’y faire. Les Etats agressĂ©s de la sorte, gĂ©nĂ©ralement plus « occidentaux Â», hĂ©sitent Ă  employer des armes similaires en retour, comme celle des visas par exemple. C’est la comĂ©die humaine rapportĂ©e Ă  la gĂ©opolitique !

    Plus important, ces incidents de Ceuta soulignent une nouvelle fois l’aberration de ces confettis d’empires rĂ©partis un peu partout sur la planĂšte. Citons Ă©galement Melilla, toujours espagnole, au Maroc, mais aussi le britannique Gibraltar en Espagne, les territoires français Ă  JĂ©rusalem-est, la française Mayotte dans l’archipel des Comores, etc. A l’exemple de Hong-Kong qui a Ă©tĂ© restituĂ© par le Royaume-Uni Ă  la Chine, la raison voudrait que l’on profite de ces Ă©vĂšnements pour lancer les nĂ©gociations de rĂ©trocession des enclaves de Ceuta et Melilla au Maroc. Ces verrues espagnoles en territoire Ă©tranger n’ont plus aucun sens et sont source de problĂšmes sans fin. Les populations sont estimĂ©es Ă  78 000 pour la premiĂšre et 72 000 pour la seconde. MĂȘme si la totalitĂ© de cette population souhaitait ĂȘtre rapatriĂ©e, l’Espagne devrait pouvoir le faire sans trop de difficultĂ©s en regard des bienfaits que reprĂ©senteraient la restitution de ces territoires qui semble une Ă©vidence gĂ©ographique lorsqu’on regarde une carte de la rĂ©gion.

  • On avance

    La presse quotidienne nationale fait Ă©tat d’un sondage commanditĂ© fin avril 2021 par le ministĂšre des outre-mer Ă  la l’Institut Harris Interactive fait Ă©tat que 66% des Français estiment que l’indĂ©pendance de la Nouvelle-CalĂ©donie serait une bonne chose. C’est un bon rĂ©sultat qui montre que les choses avancent favorablement pour cette colonie française qui doit voter une troisiĂšme fois dans les mois Ă  venir pour ou contre son indĂ©pendance.

    Une partie des acteurs de cet archipel est actuellement rĂ©unie Ă  Paris pour envisager le « jour d’aprĂšs Â» car que la rĂ©ponse soit oui ou non Ă  l’issue de ce troisiĂšme rĂ©fĂ©rendum il faudra bien gĂ©rer la suite, les accords de NoumĂ©a encadrant le processus en cours devant s’éteindre avec ce rĂ©fĂ©rendum devront bien ĂȘtre remplacĂ©s par quelque chose si l’on veut Ă©viter un malheureusement probable chaos.

    Une autre partie des acteurs (de sensibilité indépendantiste) a refusé de venir à discuter à Paris.

    Lire aussi : La dĂ©pendance de la Nouvelle-CalĂ©donie reste lĂ©gĂšrement majoritaire Ă  l’issue du rĂ©fĂ©rendum du 4 octobre – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)