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  • « Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 4/6

    Ce quatriĂšme Ă©pisode de la saga Clearstream nous emmĂšne sur les ventes d’armes françaises, notamment Ă  TaĂŻwan avec le dĂ©sormais trĂšs fameux contrat dit des « frĂ©gates de TaĂŻwan Â» menĂ© par Thomson CSF, entreprise d’électronique de dĂ©fense, nationalisĂ©e en 1981, et son patron Alain Gomez, dans les annĂ©es 1990’. Ce contrat engage Ă©galement d’autres fournisseurs comme la DCN (Direction des constructions navales, sociĂ©tĂ© publique) et LagardĂšre (missiles, groupe privĂ©). Grand patron « de gauche Â», Gomez s’oppose en tout Ă  Jean-Luc LagardĂšre, dont le groupe est Ă©galement partie Ă  ce contrat pour la partie des missiles devant Ă©quiper les navires de combat et dont les amitiĂ©s sont plutĂŽt Ă  droite. Le premier n’hĂ©site pas Ă  corrompre les acheteurs pour emporter les marchĂ©s, le second a plus de prĂ©venance sur le principe. Dans le contrat taĂŻwanais c’est Gomez qui va l’emporter et le montant exceptionnel de plus d’un demi-milliard d’euros est budgĂ©tĂ© pour les commissions Ă  payer aux intermĂ©diaires et aigrefins de tous genre qui rĂŽdent autour de l’affaire d’une quinzaine de milliards au total. Le versement de commission est Ă  l’époque lĂ©gal. Ce qui l‘est beaucoup moins c’est le concept de rĂ©trocommission qui apparaĂźt Ă  cette occasion, c’est-Ă -dire qu’une partie des commissions versĂ©es aux intermĂ©diaires Ă©trangers sont ensuite repayĂ©es en France Ă  d’autres aigrefins. Il s’agit sans doute d’une nouvelle maniĂšre de financer les partis politiques qui n’ont plus la possibilitĂ© d’utiliser le systĂšme simpliste de la fausse facture utilisĂ© durant des dĂ©cennies mais la justice française ne parvint jamais Ă  identifier qui encaissa ces rĂ©trocommissions.

    Et le lien avec Clearstream ? Eh bien il n’y en a pas sinon que le fonctionnaire Gergorin aimerait en voir un et que le repris de justice Lahoud (employĂ© par le premier) va introduire le nom de Gomez dans les listings. Il n’en faut pas de plus pour rendre Gergorin dĂ©finitivement fĂ©brile Ă  l’idĂ©e de pouvoir compromettre l’ennemi intime de son ex-patron dĂ©ifiĂ© : Jean-Luc LagardĂšre, dĂ©cĂ©dĂ© depuis. Il va alors faire jouer tout son carnet d’adresses pour faire cheminer ses dĂ©lires Ă  travers ce qu’il lui reste de correspondants dans la haute administration et les ministĂšres. Son employĂ©, le voyou Lahoud, lui sert sur un plateau tout ce qu’il attend pour renforcer sa tactique de pied nickelĂ©.

    Lire aussi : « Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 1/6
    « Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6

  • « Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6

    Les Ă©pisodes 2 et 3 de l’affaire Clearstream font apparaĂźtre la Justice et le Parlement français qui, intĂ©ressĂ©s par les reportages du journaliste Denis Robert sur le fonctionnement de l’organisme de compensation bancaire Clearstream, vont mener informations judiciaires et commission d’enquĂȘte sur ce sujet techniquement complexe donc propice aux phantasmes des uns et des autres.  Chambre de compensation classique entre banques et Ă©tablissements financiers, dont l’utilitĂ© a Ă©tĂ© renforcĂ©e dans le contexte de mondialisation financiĂšre, le journaliste soupçonne Clearstream d’abriter en plus des comptes d’entreprises et de particuliers « non publiĂ©s Â» permettant de procĂ©der Ă  des opĂ©rations frauduleuses et opaques.

    Cela donnera lieu Ă  « L’Appel de GenĂšve Â» Ă©mis en 1996 par les grands juges europĂ©ens anti-corruption (dont le français Renaud Van Ruymbeke) plus ou moins initiĂ© par Denis Robert et qui fera le sujet de l’un de ses livres « La justice ou le chaos Â». Il est question de lutte contre les paradis fiscaux, les opĂ©rations financiĂšres opaques et autres dĂ©rives de la finance en voie de mondialisation qui aboutiront Ă  l’apothĂ©ose de la crise financiĂšre des « subprimes Â» en 2008. Un rapport d’information parlementaire « sur les obstacles au contrĂŽle et Ă  la rĂ©pression de la dĂ©linquance financiĂšre et du blanchiment des capitaux en Europe Â» est Ă©galement publiĂ© par les dĂ©putĂ©s socialiste Peillon et Montebourg qui semblent dĂ©couvrir (avec une naĂŻvetĂ© sans doute simulĂ©e) que les arcanes de la finance mondialisĂ©e peuvent aussi abriter de la fraude et du blanchiment
 Ils entendent Denis Robert qui, entre temps, est l’objet de multiples procĂ©dures judiciaires initiĂ©es par Clearstream qui n’apprĂ©cie sans doute pas d’ĂȘtre mise en pleine lumiĂšre !

    Le fil du documentaire quitte ensuite dans l’épisode 3 le cours ordinaire de Clearstream pour en venir au « complexe militaro-industriel Â» français. Le point d’entrĂ©e est Jean-Luc LagardĂšre, ingĂ©nieur flamboyant et visionnaire, qui est Ă  l’origine du groupe portant son nom qui va rĂ©ussir dans la production et la vente d’armes, et les mĂ©dias, jusqu’à devenir l’un des actionnaires de rĂ©fĂ©rence du groupe europĂ©en EADS regroupant les activitĂ©s aĂ©ronautiques (Airbus), militaires et spatiales de certains grands pays europĂ©ens dont la France et l’Allemagne. C’est lĂ  qu’apparaĂźt l’un des personnages clĂ©s de l’affaire : le fonctionnaire Jean-Louis Gergorin, ancien diplomate recyclĂ© dans la vente d’armes, dĂ©bauchĂ© du Quai d’Orsay par le groupe LagardĂšre puis recyclĂ© chez EADS, et dĂ©veloppant une espĂšce d’admiration amoureuse envers Jean-Luc LagardĂšre lequel va dĂ©cĂ©der en 2003 d’une infection nosocomiale Ă  la suite d’une intervention chirurgicale bĂ©nigne Ă  l’hĂŽpital.

    Il n’en faut pas plus Ă  Gergorin pour thĂ©oriser l’assassinat de LagardĂšre. Dans le mĂȘme temps le repris de justice Lahoud continue Ă  vendre ses rĂȘves aux services plus ou moins secrets de la RĂ©publique et Ă  Gergorin qui l’emploie chez EADS ce qu’il veut entendre, il prĂ©sente des listings de comptes tenus chez Clearstream obtenus par Denis Robert qui les avait lui-mĂȘme reçus d’anciens employĂ©s de cette sociĂ©tĂ© dans le cadre de son enquĂȘte journalistique. Gergorin qui a priori n’est pas suremployĂ© chez EADS monte des histoires abracadabrantesques sur ces comptes et les informations fantasmagoriques de Lahoud auxquelles il va donner une impulsion politique qui va dĂ©boucher sur l’une des plus incroyables affaires de la RĂ©publique.

    Il reste encore trois épisodes


    Lire aussi : « Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 1/6

  • La France Ă©ternelle

    De tous temps les citoyens français ont marquĂ© une certaine dĂ©fiance Ă  l’encontre du vaccin, soutenus par quelques « vedettes Â» du calibre d’Isabelle Adjani expliquant sur les ondes qu’elle n’a jamais vaccinĂ© ses enfants qui s’en portent trĂšs bien, ou le professeur Joyeux qui a mĂȘme eu des problĂšmes avec l’ordre des mĂ©decins pour ses positions contre vaccins. Vouloir convaincre un antivaccin de devenir pro-vaccin est juste inutile, c’est un peu comme essayer de faire admettre Ă  un israĂ©lien membre du Likoud qu’une solution Ă  « deux Etats Â» amĂšnera la rĂ©conciliation entre IsraĂ«l et les palestiniens
 autant dire que c’est sans espoir !

    On a le droit en France d’ĂȘtre contre le vaccin. En principe la loi en prĂ©voit 11 obligatoires pour les enfants. On peut aussi contrevenir Ă  cette loi et, probablement, ne pas risquer grand-chose sinon le refus par certaines crĂšches ou Ă©coles d’accueillir vos enfants s’ils ne sont pas vaccinĂ©s, Ă  moins que vous puissiez bĂ©nĂ©ficier de faux certificats de vaccination ce qui ne doit pas ĂȘtre trĂšs compliquĂ© Ă  obtenir.

    Alors que des vaccins contre le coronavirus commencent Ă  ĂȘtre mis sur le marchĂ©, le plus notable en ce moment est que la population française, Ă  la diffĂ©rence de nombre de pays voisins, continue Ă  afficher dans les sondages sa volontĂ© majoritaire de ne pas se faire injecter ces vaccins
 tout en critiquant le gouvernement pour dĂ©faillance dans sa politique vaccinale qui ne vaccine pas assez vite les citoyens. Certes, ce ne sont sans doute pas toujours les mĂȘmes mais on peut ĂȘtre sĂ»rs qu’il y a des recouvrements entre les citoyens qui refusent le principe du vaccin et qui, dans le mĂȘme temps, accusent leurs dirigeants d’incompĂ©tence dans la distribution du vaccin.

    On se fait ainsi doublement plaisir : on marque sa rĂ©bellion antivaccin et on critique le pouvoir exĂ©cutif qui n’est pas capable de vous vacciner dans les temps car c’est tellement jouissif ! La France ne change pas


  • Bon plan

    Une rĂ©forme politique est passĂ©e un peu inaperçue en 2020, celle de la rĂ©activation d’un Haut-commissariat au Plan. Le dernier datait du premier gouvernement Mauroy en 1981 sous la prĂ©sidence Mitterrand. Michel Rocard avait Ă©tĂ© nommĂ© ministre d’État, ministre du Plan et de l’AmĂ©nagement du territoire.

    Le texte fondateur du prĂ©sent Haut-commissariat stipule :

    [qu’il est] chargĂ© d’animer et de coordonner les travaux de planification et de rĂ©flexion prospective conduits pour le compte de l’Etat et d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux dĂ©mographiques, Ă©conomiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels.

    Décret n° 2020-1101 du 1er septembre 2020 instituant un haut-commissaire au plan.

    Le poste a Ă©tĂ© confiĂ© Ă  François Bayrou (70 ans) « Ă  titre gratuit Â».

    La simple Ă©vocation d’un « plan Â» fait gĂ©nĂ©ralement immĂ©diatement dĂ©faillir les idĂ©ologues du libĂ©ralisme qui, en principe, font immĂ©diatement rĂ©fĂ©rence Ă  l’Union soviĂ©tique et Ă  son « Gosplan Â» aux rĂ©sultats mitigĂ©s. Pendant longtemps l’idĂ©e de planification Ă©tait associĂ©e Ă  la bureaucratie d’Etat, lourde et inutile, dictatoriale et invasive, inefficace et couteuse. Bref, un dĂ©sastre Ă  leurs yeux !

    La mauvaise foi qui caractĂ©risent ces vendeurs de libĂ©ralisme et ces chantres de l’économie privĂ©e les amenaient Ă  passer sous le tapis le fait que les entreprises privĂ©es qu’ils dĂ©ifiaient passent une bonne partie de leur temps à
 planifier parce que la bourse le demande, parce que les banques veulent anticiper le futur de leurs emprunteurs, parce que les nĂ©cessitĂ©s du management l’exigent, parce que les investissements engagent les entreprises pour des annĂ©es, parce que tout simplement c’est une question de bon sens que d’essayer de prĂ©voir l’avenir quand on y investit des ressources !

    Aujourd’hui, en temps de pandĂ©mie, ces parangons de la libertĂ© Ă©conomique sont plutĂŽt aux abonnĂ©s absents et ont ravalĂ© leurs certitudes. Nos Etats, donc nous les contribuables, subventionnent l’économie et les entreprises privĂ©es Ă  coups de dizaines de milliards d’euros et pas grand monde n’y trouve Ă  redire ! La thĂ©orie est balayĂ©e par la rĂ©alitĂ© et l’économie privĂ©e est bien heureuse de se reposer sur les contribuables.

    Alors, la rĂ©activation d’un commissariat au plan n’est que bien peu de choses au regard des rĂ©visions dĂ©chirantes que doit mener la thĂ©orie libĂ©rale qui n’a pas fini d’avaler des couleuvres. Le cĂ©lĂšbre slogan lancĂ© par Ronald Reagan : « l’Etat n’est pas la solution mais le problĂšme » atteint aujourd’hui ses limites. Il serait bon de s’en souvenir. Comme souvent la vraie vie Ă©conomique demande modĂ©ration et rĂ©flexion quand beaucoup ne savent nous servir qu’excĂšs et idĂ©es toutes faites.

  • Retour Ă  la violence en Nouvelle CalĂ©donie

    Le nickel en Nouvelle CalĂ©donie c’est un peu comme le pĂ©trole en Ecosse : lorsque les cours sont Ă©levĂ©s, l’idĂ©e d’indĂ©pendance est majoritaire, Ă  l’inverse, lorsqu’ils baissent, on apprĂ©cie la dĂ©pendance Ă  un Etat central qui compense les pertes de revenus
 Il y a trois usines d’extraction du nickel dans ce territoire, celle du sud est dĂ©tenue trĂšs majoritairement par le groupe brĂ©silien Vale et Ă  10% par administrations locales. Elle exploite le nickel et le cobalt et elle est Ă  vendre. Une nĂ©gociation exclusive est en cours avec le consortium Prony Ressources composĂ© notamment de l’actuel management et du personnel, mais aussi du groupe suisse Trafigura, spĂ©cialisĂ© dans les matiĂšres premiĂšres, pour 25%.

    Les partis indĂ©pendantistes s’opposent Ă  cette vente, qui contrevient Ă  leur objectif de contrĂŽler les ressources miniĂšres locales, et le manifestent violemment depuis plusieurs semaines, s’en prenant directement Ă  l’usine dans laquelle ils ont commis des dĂ©gĂąts importants, obligeant les forces de l’ordre Ă  ouvrir le feu Ă  balles rĂ©elles, sans toutefois faire de blessĂ©s. Comme les indĂ©pendantistes n’ont pas de solutions alternatives Ă  proposer Ă  cette vente qu’ils n’aiment pas, ils en appellent
 Ă  l’Etat français pour une nationalisation de l’usine du sud. On croit rĂȘver !

    En parallĂšle, le volet politique de l’indĂ©pendance calĂ©donienne est au point mort et alors que les parties impliquĂ©es pour l’organisation du troisiĂšme rĂ©fĂ©rendum s’étaient coordonnĂ©s Ă  peu prĂšs calmement en octobre dernier sous l’égide du ministre français de l’outre-mer, ils ne se parlent dĂ©sormais plus et l’organisation du rĂ©fĂ©rendum qui doit se tenir au plus tard en octobre 2022 a du plomb dans l’aile. Une solution serait peut-ĂȘtre effectivement de nationaliser l’usine puis de la cĂ©der immĂ©diatement aux partis indĂ©pendantistes pour l’euro symbolique afin qu’ils l’administrent selon leur bon vouloir. Ce serait Ă©videment couteux pour les contribuables français mais cela montrerait la bonne volontĂ© de la RĂ©publique pour accompagner ce territoire vers son indĂ©pendance mĂ©ritĂ©e et attendue.

    Lire aussi : La dĂ©pendance de la Nouvelle-CalĂ©donie reste lĂ©gĂšrement majoritaire Ă  l’issue du rĂ©fĂ©rendum du 4 octobre

  • La Centrafrique toujours Ă  la pointe de la dĂ©vastation

    Alors que se profilent des Ă©lections prĂ©sidentielles en RĂ©publique centrafricaine demain 27 dĂ©cembre, cette perspective dĂ©mocratique a rĂ©ussi Ă  liguer contre elle tous les mouvements d’opposition, ce qui est une performance jamais vue auparavant. MĂȘme les mouvements qui se sont massacrĂ©s ces derniĂšres annĂ©es comme les « Balaka » (musulmans) et « anti-Balaka » (non-musulmans) sont maintenant dans le mĂȘme camp pour refuser l’élection. Opposition dans ce pays veut dire « kalachnikovs plus pillages », et elle s’en donne Ă  cƓur joie depuis quelques semaines, d’oĂč un sĂ©rieux regain de violence. Trois casques bleus de la force des Nations Unies viennent de le payer de leur vie au centre du pays.

    L’opposition accuse le prĂ©sident actuel de se prĂ©parer Ă  frauder l’élection pour ĂȘtre réélu au premier tour. C’est sans doute vrai tant la notion mĂȘme d’élection est surrĂ©aliste dans un pays qui est si loin de valeurs que l’on appelle « dĂ©mocratiques Â». HĂ©las, la communautĂ© internationale qui porte Ă  bout de bras la Centrafrique ne sait pas proposer autre chose. Une simple tentative d’accĂšs aux sites Internet de la prĂ©sidence et de la primature suffit Ă  comprendre l’ambition dĂ©mesurĂ©e de vouloir instaurer la « dĂ©mocratie Â» : ils ne sont plus actualisĂ©s depuis 2016


    La seule alternative serait de laisser parler les armes mais chaque fois que cette solution a commencĂ© Ă  ĂȘtre mise en Ɠuvre par les « forces vives Â» du pays, elle a Ă©tĂ© interrompue par l’extĂ©rieur : la France, la Russie, l’ONU, les ONG ou toutes sortes d’organisations voulant prĂ©server les populations civiles. On ne sait donc pas ce qu’elle pourrait donner Ă  long terme, sans doute un pays sans plus d’Etat, comme la Somalie aujourd’hui ou le Liban lors de la guerre civile dans les annĂ©es 1970’.

    Alors, Ă  dĂ©faut, on pousse le pays Ă  organiser des Ă©lections, pour singer l’occident, dans un pays dĂ©sertique habitĂ© d’une population grandement analphabĂšte, ballotĂ©e entre des chefs de guerre qui mettent le pays Ă  sac depuis des dĂ©cennies et oĂč des troupes Ă©trangĂšres essayent de faire rĂ©gner l’ordre avec un succĂšs trĂšs limitĂ©. On ne sait pas faire autre chose malgrĂ© les Ă©checs rĂ©pĂ©tĂ©s. L’évolution rĂ©cente est l’apparition de mercenaires russes sur le terrain en soutien Ă  l’actuel prĂ©sident. Au moins Moscou n’a pas Ă  porter le poids et la responsabilitĂ© de l’ancienne puissance colonisatrice comme Paris. Une solution serait de laisser la Russie appliquer ses propres mĂ©thodes qui ne sont que modĂ©rĂ©ment dĂ©mocratiques mais pourquoi ne pas essayer, pour une fois ? Que la France ou l’ONU ne sache promouvoir que de la dĂ©mocratie on peut le comprendre, mais alors laissons faire la Russie ou la Chine et faisons le bilan dans dix ans.

    Lire aussi : Les russes en Centrafrique

  • Ça y est, c’est fait, passons maintenant Ă  autre chose

    Foolz/Charlie Hebdo (23/10/2019

    Ça y est : l’Union europĂ©enne et le Royaume-Uni se sont entendus sur 1 500 pages d’un traitĂ© de sĂ©paration qui va entrer en vigueur plus ou moins au 1er janvier 2021. C’est bien, c’était attendu, chacun va dĂ©sormais vivre sa vie et assumer ses propres responsabilitĂ©s. Il fallait en finir ! Nous y sommes.

    Il arrive un moment oĂč lorsque qu’un individu ou un pays ne peut plus s’intĂ©grer dans une organisation, il convient de l’en extraire sous peine de mettre Ă  terre ladite organisation. Les conditions des relations futures sont encadrĂ©es par cet accord qu’il faudra maintenant dĂ©cliner dans les dĂ©tails ce qui ne manquera pas de provoquer encore nombre de difficultĂ©s que l’on rĂ©soudra entre gens intelligents et de bonne compagnie, par la nĂ©gociation. On peut entrer dans l’Union europĂ©enne, on peut aussi en sortir, Londres vient de le dĂ©montrer. Rendez-vous dans dix ans pour tenter de mesurer les premiers effets de cette sĂ©paration dont personne ne peut aujourd’hui raisonnablement anticiper s’ils seront positifs, nĂ©gatifs ou neutres.

    Le Royaume-Uni quitte le navire pour, globalement, « take back control Â», recouvrer sa souverainetĂ©. C’est un mot Ă  la mode et nombre de dĂ©mocraties occidentales sont tentĂ©es par le repli sur elles-mĂȘmes, Ă  commencer par les Etats-Unis qui ont quittĂ© plusieurs d’accord multilatĂ©raux et affichent leur souverain mĂ©pris vis-Ă -vis des diffĂ©rentes organisations des Nations- Unies. C’est une tentation rampante des citoyens et de leurs dirigeants : toutes les mauvaises choses sont le fait de l’étranger, revenons dans nos frontiĂšres et tout ira mieux. Ce discours est largement relayĂ© en France par les courants intellectuels et politiques souverainistes, et commentĂ© favorablement par Mme. Michu au CafĂ© du Commerce.

    Le XXĂšme siĂšcle aura Ă©tĂ© marquĂ© pour la multilatĂ©ralisation de la politique et la mondialisation de l’économie, avec tout de mĂȘme quelques rĂ©alisations. Peut-ĂȘtre le XXIĂšme sera celui de la dĂ©multilatĂ©ralisation et de la dĂ©mondialisation ? Il suffit d’en dĂ©cider. Londres et l’Union europĂ©enne viennent de montrer qu’on peut se sĂ©parer en faisant preuve d’un peu de constance et de beaucoup de courage face Ă  l’incertitude de l’avenir. Ce n’est pas la premiĂšre fois dans l’Histoire que Londres affiche de la dĂ©termination
 A bon entendeur, salut !

  • Liquidation totale avant fermeture

    Sans avoir admis officiellement sa dĂ©faite en tĂ©lĂ©phonant Ă  son concurrent Ă©lu pour le fĂ©liciter, le toujours prĂ©sident rĂ©publicain des Etats-Unis d’AmĂ©rique « liquide son stock Â» avant fermeture ! Il est en train de gracier Ă  tours de bras tous ses proches, politiquement et familialement, qui ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour diffĂ©rentes affaires durant son mandat, voire mĂȘme avant. On voit notamment graciĂ©s un grand nombre de condamnĂ©s de l’affaire des implications russes dans la campagne prĂ©sidentielle de 2016. On met ainsi Ă  l’abri les copains et les coquins qui seront toujours redevables de quelque chose envers leur bienfaiteur qui n’a sans doute pas dit son dernier mot.

    Par ailleurs, le prĂ©sident en exercice accĂ©lĂšre les exĂ©cutions de prisonniers fĂ©dĂ©raux et continue Ă  licencier ses ministres sur Twitter. AprĂšs le ministre de la dĂ©fense, dĂ©barquĂ© dĂ©but novembre, c’est tour de son collĂšgue de la justice d’ĂȘtre renvoyĂ© dans ses pĂ©nates avec un bonnet d’ñne, semble-t-il pour avoir entĂ©rinĂ© le fait qu’il n’y a pas eu de fraudes Ă©lectorales dans le processus qui a conduit Ă  la victoire du camp dĂ©mocrate.

    Le mandat Trump se termine comme il avait commencĂ©, celui d’un prĂ©sident mufle, dĂ©sordonnĂ©, Ă©gocentrique et provocateur, qui a gouvernĂ© son pays comme le CafĂ© du Commerce. Il n’a pas fait que de mauvaises choses et a notamment respectĂ© une partie des objectifs fixĂ©s par ses Ă©lecteurs « red neck Â» mais la maniĂšre avec laquelle il les a rĂ©alisĂ©es fut pour le moins hĂ©tĂ©rodoxe
 AprĂšs tout c’est ce que voulaient ses soutiens qui continuent Ă  l’en remercier. Il fut un temps oĂč les dirigeants de grandes nations dĂ©mocratiques cherchaient Ă  tirer leurs populations vers le haut mais cette mĂ©thode a Ă©tĂ© en partie dĂ©savouĂ©e par les « masses populaires Â» et le retour Ă  la rĂ©alitĂ© est sĂ©vĂšre, aux Etats-Unis comme ailleurs.

    Lire aussi : Le crĂ©puscule des bobos, l’envol des ploucs !

  • « Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 1/6

    Jean-Louis Gergorin

    L’affaire Clearstream est le sujet de cette sĂ©rie documentaire en six Ă©pisodes. Ce scandale politique du dĂ©but des annĂ©es 2000 a impliquĂ©, entre autres, les ministres Sarkozy et Galouzeau de Villepin ainsi que l’établissement financier Clearstream. Il a surtout Ă©tĂ© Ă  l’origine de phantasmes sans fin, de Madame Michu au personnel politique, en passant par des journalistes, des hauts fonctionnaires et des aigrefins.

    Ce premier Ă©pisode commence fort en posant la personnalitĂ© des exĂ©cutants de cette triste affaire, Ă  commencer par Iman Lahoud et Jean-Louis Gergorin. Le premier est un repris de justice, ex-trader dans une banque amĂ©ricaine Ă  Londres, qui, immĂ©diatement Ă  sa sortie de la prison de la SantĂ©, va se faire recruter par les services secrets français avec une couverture fournie par EADS (prĂ©dĂ©cesseur d’Airbus, fabricant d’armes, d’avions et de spatial) en faisant valoir sa connaissance (hypothĂ©tique) des circuits financiers du groupe Ben Laden. Gergorin, ancien diplomate, plus ou moins en liaison avec le renseignement français, nommĂ© vice-prĂ©sident d’EADS aprĂšs ĂȘtre passĂ© chez Matra (ancĂȘtre du groupe LagardĂšre, fabricant d’armes), et qui consacre une partie de ses fonctions Ă  grenouiller avec d’anciennes relations dans les services secrets. On ne sait pas s’il le fait de sa propre initiative ou s’il est investi d’une mission officieuse, toujours est-il qu’au lieu de faire le boulot pour lequel il est payĂ©, il rĂ©seaute, grenouille, magouille et il va croire sans le moindre doute le galimatias servi par le repris de justice Lahoud dont le frĂšre, Marwan, travaille sous ses ordres chez EADS. Bien sĂ»r apparaĂźt Ă©galement dans ce tableau le gĂ©nĂ©ral Rondeau, le « maĂźtre espion Â» français dont les carnets allaient devenir fameux.

    On a du mal Ă  croire que ces corneculs incompĂ©tents et haut placĂ©s aient pu Ă  ce point mener les organisations rĂ©galiennes dans lesquelles ils exerçaient un pouvoir immĂ©ritĂ© dans les dĂ©rives que les Ă©pisodes suivants vont nous dĂ©tailler. C’est un dysfonctionnement majeur de la RĂ©publique des copains et des coquins dont on espĂšre qu’elle s’est depuis corrigĂ©e !

  • « Chambre 2806 : l’affaire DSK » de Jalil Lespert

    Un documentaire de quatre Ă©pisodes (3h30) sur la sexualitĂ© de Dominique Strauss-Kahn (DSK), centrĂ© sur « l’affaire Â» du Sofitel qui dĂ©fraya la chronique en mai 2011 et empĂȘcha l’impĂ©trant de se prĂ©senter Ă  l’élection prĂ©sidentielle française en 2012.

    Le spectateur bien informĂ© n’y apprend pas grand-chose de nouveau mais recharge son effarement en revoyant combien cet homme, dominĂ© par ses pulsions sexuelles, pouvait ĂȘtre malfaisant. Tout y passe (si l’on ose dire) : ses maĂźtresses lorsqu’il dirigeait le Fonds monĂ©taire international (FMI, il se faisait prendre en photo avec elles dans le bureau prĂ©sidentiel), ses agressions parisiennes, ses soirĂ©es Ă©changistes Ă  Lille, ses habitudes new-yorkaises (il a fait monter une femme dans sa chambre la nuit prĂ©cĂ©dant son agression matinale contre la femme de chambre, Nafissatou Diallo), etc.

    L’exploit judiciaire de ses avocats amĂ©ricains, de trĂšs grosses pointures du barreau local, fut d’arriver Ă  faire annuler les poursuites Ă  son encontre dans l’affaire Diallo Ă  la suite des contradictions de celles-ci (il s’est avĂ©rĂ©, notamment, qu’elle avait menti pour pouvoir obtenir un statut de rĂ©fugiĂ© aux Etats-Unis d’AmĂ©rique). Dans l’affaire des soirĂ©es Ă©changistes de Lille oĂč il Ă©tait accusĂ© de proxĂ©nĂ©tisme, sa dĂ©fense a arguĂ© du fait qu’il n’était pas au courant que les femmes participantes Ă©taient rĂ©munĂ©rĂ©es par des entreprises pour le prix de leurs faveurs


    Le visionnage d’interviews de ses « amis Â» du parti socialiste est Ă©galement Ă©difiant. Certaines datent de l’époque, d’autres du tournage du documentaire. Et tous (l’inĂ©narrable Jack Lang [81 ans aujourd’hui, les cheveux dĂ©goulinant de teinture], Elisabeth Guigou, Jean-Christophe CambadĂ©lis, 
) de vanter le pouvoir de sĂ©duction, d’intelligence et de compĂ©tence du personnage !

    La bonne nouvelle c’est que ces « Ă©vĂšnements Â» ont empĂȘchĂ© la France d’élire un prĂ©sident dĂ©viant. La moins bonne c’est qu’une classe politique de gauche, quasi unanime, et dont il est Ă  peu prĂšs acquis que « tout le monde savait Â», soutenait sans vergogne un candidat pervers. La droite, elle, aurait peut-ĂȘtre Ă©bruitĂ© les habitudes du candidat si celui-ci s’était approchĂ© du pouvoir de trop prĂšs, ou Ă©changĂ© son silence contre autre chose. Qui sait ! Quant Ă  l’image de la France donnĂ©e par un directeur du FMI tout autant prĂ©occupĂ© par des aventures avec ses employĂ©es que par la dette du SĂ©nĂ©gal, pas grand monde ne semble en avoir cure. Triste Ă©poque !

    DSK, 71 ans et remariĂ©, vit dĂ©sormais au Maroc de la profession de consultant financier pour les dirigeants de nombre de pays qui font appel Ă  lui. Il ne culpabilise pas excessivement de ce qui s’est passĂ© et comprend difficilement ce qu’on lui reproche. Il a publiĂ© un tweet le 4 dĂ©cembre annonçant pour 2021 un documentaire dans lequel il a acceptĂ© de « revenir sur l’ensemble de [son] histoire personnelle et professionnelle de la politique française aux sphĂšres internationales. Â»

  • La fiction de l’internet « gratuit »

    Dans leur grande mansuĂ©tude et leur infinie bontĂ© les propriĂ©taires de sites web vous proposent, parfois, de paramĂ©trer les cookies qu’ils vont implanter dans votre ordinateur. La plupart de ceux-ci sont destinĂ©s Ă  pister votre comportement de consommateur pour revendre ensuite ces donnĂ©es Ă  des marchands. Il y a encore quelques annĂ©es cette introduction subreptice de cookies Ă©tait faĂźte sans en informer la propriĂ©taire de l’ordinateur. DĂ©sormais il est proposĂ© aux visiteurs de sites sur Internet de choisir d’accepter ou non cette invasion de cookies. Bien entendu, le choix de refuser est bien plus long Ă  exprimer que celui de tout accepter.

    Lorsque malgrĂ© tout le consommateur exprime son refus en cliquant sur une multitude de boutons « Refuser Â», les sites arrivent gĂ©nĂ©ralement Ă  lui compliquer la vie en bloquant son accĂšs Ă  certains contenus ou en barrant la moitiĂ© de son Ă©cran par une annonce rendant le reste peu lisible.

    Le journal Le Monde colle le message suivant sur votre Ă©cran, tant que vous n’avez pas acceptĂ© les cookies ou souscrit un abonnement :

    Cette communication a au moins le mĂ©rite de la transparence. Oui, l’invasion de cookies commerciaux sur votre machine a une valeur marchande et permet au propriĂ©taire du site d’en tirer des revenus, en l’occurrence, participer au financement de la rĂ©daction du journal. Pour ceux qui avaient encore quelques doutes sur la fiction de la « gratuitĂ© du net Â»â€Š

  • GROSSMAN David, ‘TombĂ© hors du temps – rĂ©cit pour voix’.

    Sortie : 2012, Chez : Editions du Seuil.

    Un livre Ă©trange centrĂ© sur le traumatisme vĂ©cu par David Grossman dĂ» Ă  la mort de son fils, Uri, soldat dans l’armĂ©e israĂ©lienne, tuĂ© Ă  20 ans lors de la guerre contre le Liban en 2006. Une grand partie de son Ɠuvre tourne autour de ce drame. Son engagement pour la paix entre IsraĂ«l et la Palestine a probablement Ă©tĂ© renforcĂ© par cette perte.

    « TombĂ© hors du temps » est Ă©crit dans un style entre théùtre, poĂ©sie et rĂ©cit. Un pĂšre quitte son domicile un jour sur les traces de son fils absent. Il rencontre sur la route d’autres personnages souffrant Ă©galement du deuil d’un enfant et chacun chemine en dĂ©veloppant son propre monologue retranscrit sur les pages sous forme de simili vers, ou plus exactement de phrases comme coupĂ©es par des renvois Ă  la ligne alĂ©atoires.

    Et tous reviennent sur la souffrance de parents Ă  la suite de la mort d’un enfant, jusqu’Ă  s’enfouir dans la terre qui accueillit leur progĂ©niture, pour la retrouver et lui demander son agrĂ©ment pour continuer Ă  vivre. Grossman place dans les pensĂ©es de ses personnages toutes celles qui l’assaillent depuis 2006 et la mort de son fils. C’est irrĂ©el et diffus, sans doute une sorte de tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e de thĂ©rapie face Ă  un mal dont il ne se remettra jamais. Roman, théùtre, poĂ©sie, engagement politique
 toute sa vie et son Ɠuvre tournent autour de l’absence, qu’il partage avec ses lecteurs sans espoir d’en guĂ©rir mais peut-ĂȘtre juste avec la tentative d’y survivre.

  • Les Etats-Unis d’AmĂ©rique dirigĂ©s par des personnes ĂągĂ©es

    Donald Trump

    A l’issue d’une Ă©lection prĂ©sidentielle mouvementĂ©e, il se dessine que le trio au pouvoir dans ce pays sera trĂšs ĂągĂ©. Joe Biden, prĂ©sident, 78 ans, Nancy Pelosi, prĂ©sidente de la chambre de reprĂ©sentants, 80 ans, Mitch McConnell, chef de la majoritĂ© au sĂ©nat, 78 ans. Si l’on compte bien cela doit faire une moyenne de 78,6 annĂ©es. Tout ça n’est guĂšre brillant pour ce pays leader du monde occidental et de l’innovation planĂ©taire qui nous avait habituĂ© Ă  mieux. Si le prĂ©sident sortant avait Ă©tĂ© réélu la situation n’aurait guĂšre Ă©tĂ© diffĂ©rente puisque Donald Trump affiche 74 ans au compteur.

    C’est Ă©tonnant que ce pays si actif et Ă©nergique n’arrive pas Ă  renouveler son personnel politique. Peut-ĂȘtre est-ce le rĂ©sultat du blocage de ceux qui sont en place qui ne veulent pas cĂ©der leurs maroquins ou le dĂ©sintĂ©rĂȘt des nouvelles gĂ©nĂ©rations pour l’engagement politique ? Gageons que le gel actuel n’empĂȘchera pas ce pays de manifester son habituelle dynamisme.

  • Moins d’effusions ne nuira pas

    Le coronavirus qui circule sur la planĂšte pousse aux « gestes barriĂšres Â» pour l’éviter, notamment mettre fin aux embrassades qui, ces derniĂšres annĂ©es, devenaient de plus en plus envahissantes. Il fut un temps oĂč les hommes adultes ne s’embrassaient pas entre eux pour se saluer, du moins en France au nord de Valence. Mais progressivement depuis la fin du XXĂšme siĂšcle les hommes se sont mis Ă  embrasser les hommes pour dire bonjour ou aurevoir.

    On ne sait pas bien pourquoi cette coutume mĂ©diterranĂ©enne est remontĂ©e vers le nord de l’hexagone jusqu’à s’y gĂ©nĂ©raliser de façon indĂ©cente. Ne plus embrasser un homme pour dire bonjour lorsqu’on arrive dans un dĂźner en ville Ă©tait considĂ©rĂ© au mieux comme une originalitĂ©, au pire comme une hĂ©rĂ©sie jusqu’à
 l’arrivĂ©e providentielle du virus.

    Alors pour Ă©viter sa transmission maintenant on ne se serre mĂȘme plus la main. C’est une grande avancĂ©e dans la qualitĂ© des relations humaines. EspĂ©rons que la rĂ©cente dĂ©couverte d’un vaccin ne va pas pousser les citoyens (au nord de Valence) Ă  replonger dans ces effusions inutiles.

  • « Don’t stop the music » de Catherine Ulmer Lopez (2019)

    « Don’t stop the music » de Catherine Ulmer Lopez (2019)

    Un joli documentaire Arte sur Bryan Ferry qui retrace les grandes Ă©tapes d’une vie dĂ©diĂ©e Ă  la musique, et quelle musique. Issu d’une famille modeste du nord du Royaume-Uni (Washington dans la banlieue de Newcastle), nĂ© en 1945, Ă©tudiant en art, crĂ©ateur du groupe Roxy Music, initiateur du glamrock avec David Bowie puis crooner inĂ©galĂ©, auteur-compositeur-interprĂšte de quelques-uns des tubes les plus romantiques du rock britannique, il nous charme et nous enchante depuis si longtemps !

    Ferry commente les images en off, de sa voix un peu brumeuse et lassĂ©e, celle d’aujourd’hui, d’une voix un peu plus ferme, celle d’y a vingt ans, mais toujours avec le regard so british d’un homme Ă©levĂ© dans le froid glacial d’un rivage de la mer du nord.

  • La revanche des minoritĂ©s

    On voit ces derniĂšres annĂ©es un renforcement considĂ©rable des actions et pressions menĂ©es par des communautĂ©s autrefois maltraitĂ©es qui veulent prendre leur revanche sur leur passĂ© et leurs oppresseurs. Les fĂ©ministes, les LGBTI+ (lesbiennes-gays-bisexuels-transsexuels-intersexe + [d’autres catĂ©gories Ă  dĂ©finir ultĂ©rieurement]), les « dĂ©colonialistes Â», les racialistes, les « diffĂ©rentialistes Â», les « intersectionnalistes Â»â€Š tout un petit monde assis sur des passĂ©s parfois tragiques, parfois folkloriques, s’est mis en tĂȘte de faire ravaler Ă  la population mainstream ce dont elle est dĂ©clarĂ©e coupable, consciemment ou non, que l’oppression soit contemporaine ou le fait de gĂ©nĂ©rations plus anciennes. Dans tous les cas les oppresseurs ou leurs descendants doivent payer et, accessoirement, changer les modes de fonctionnement de leur sociĂ©tĂ©.

    Cela est plutĂŽt anecdotique lorsqu’il s’agit de minoritĂ©s sexuelles qui acquiĂšrent progressivement, au moins dans les dĂ©mocraties occidentales, des droits Ă©quivalents Ă  la majoritĂ© : mariage, adoption d’enfants, procrĂ©ation mĂ©dicalement assistĂ©e, gestation pour autrui, etc. Ă  force de militantisme, parfois violent, et d’agitprop habilement menĂ©e.

    C’est autre chose s’agissant de la colonisation et de l’esclavage qui furent de vrais flĂ©aux commis par les pays occidentaux Ă  l’encontre de continents entiers comme l’Afrique ou l’AmĂ©rique du sud, parfois accompagnĂ©s de vĂ©ritables entreprises de destruction de populations entiĂšres. La question de la reconnaissance, voire de rĂ©parations, tourne en boucle depuis des siĂšcles sans vraiment trouver de solution satisfaisante. Il n’est d’ailleurs pas sĂ»r qu’il y en ait, mais qu’importe, la revendication est vive !

    La France coche toutes cases. Ancien empire colonial, sis majoritairement en Afrique, ses commerçants ont largement participĂ© Ă  la traite nĂ©griĂšre atlantique jusqu’à l’abolition dĂ©finitive de l’esclavage en 1848, ses territoires ultramarins ont employĂ© sans compter des esclaves dans les plantations de cannes Ă  sucre, elle n’a commencĂ© Ă  dĂ©coloniser qu’au dĂ©but des annĂ©es 1960’ parfois en perdant des guerres (Indochine, AlgĂ©rie), elle a accueilli des flux importants originaires de ces pays pour peupler ses armĂ©es durant les deux guerres mondiales, puis ses usines durant les trente glorieuses. Souvent ces populations ont fait souche charriant avec elles un cortĂšge de traumatismes familiaux, raciaux ou historiques, utilisĂ©s avec bonne ou mauvaise foi pour accuser, exiger ou justifier.

    La France est donc le terreau idĂ©al sur lequel prospĂšrent toutes sortes de mouvements qui utilisent les outils dĂ©mocratiques de la RĂ©publique pour se retourner contre elle, souvent Ă  force d’excĂšs et de provocations, mais parfois avec de bons sentiments. Les partis politiques se croient obligĂ©s de prendre position et chacun le fait Ă  l’aune de son idĂ©ologie. La sociĂ©tĂ© civile est plutĂŽt passive et lassĂ©e. La dĂ©mocratie, vilipendĂ©e par certains, permet Ă  tous de s’exprimer et de lutter pour faire reconnaĂźtre des droits, fussent-ils phantasmagoriques. Il est Ă©videmment plus facile de vouloir faire valoir les droits de minoritĂ©s en France qu’en Turquie 
 Il en ressort du bon, parfois, et du moins bon, souvent. Il faut faire avec, ce sont les consĂ©quences de l’Histoire et d’un peuple de rĂąleurs. C’est la revanche des minoritĂ©s.

  • GALLO Max, ‘Dictionnaire amoureux de l’Histoire de France’.

    Sortie : 2011, Chez : Plon

    Max Gallo (1932-2017), historien-journaliste-homme politique, survole dans cet ouvrage des hommes et des lieux de l’Histoire de France : AlĂ©sia, Austerlitz, Bir Hakeim
 François 1er, Jean JaurĂšs, Charles PĂ©guy, Simone Weil
 C’est lĂ©ger, un peu superficiel, parfois lyrique; bref, c’est la loi du genre de ces « Dictionnaires amoureux » dont la rĂ©daction est confiĂ©e Ă  des personnalitĂ©s plus ou moins connues : ils sont lĂ  pour attiser l’attention et l’intĂ©rĂȘt du lecteur sur des sujets donnĂ©s, cela ressemble un peu Ă  l’Ă©preuve de composition du baccalaurĂ©at dont Gallo conclut la rubrique Ă©ponyme par :

    Le baccalaurĂ©at ou le miroir de la France. Elle s’y regarde sans illusion mais avec une complaisance amoureuse. Malheur Ă  celui qui brise le miroir !

  • Restons calmes

    A peine quelques laboratoires pharmaceutiques ont-ils annoncĂ© de bons rĂ©sultats mĂ©dicaux sur leurs candidats vaccins que tout le monde, et d’abord les marchĂ©s financiers, respire et croit la crise terminĂ©e. Ces vaccins il va falloir maintenant les approuver, les produire, les payer, les transporter, les stocker et les injecter pour quelques milliards d’individus. On n’en a pas fini
 sans parler d’éventuels effets secondaires qui ne manqueront pas d’apparaĂźtre, voire d’ĂȘtre fantasmĂ©s, ce qui promet d’animer encore longtemps les plateaux mĂ©diatiques de commentateurs mondains.

  • Mort de Giscard

    La mort de l’ex-prĂ©sident de la RĂ©publique ValĂ©ry Giscard d’Estaing le 2 dĂ©cembre a Ă©tĂ© annoncĂ©e. Il avait 94 ans et est dĂ©cĂ©dĂ© des suites du covid-19. AussitĂŽt, et suivant une ancestrale et mauvaise habitude, l’ensemble des commentateurs le couvre de louanges, oubliant les torrents de boue dans lequel certains essayĂšrent de le noyer du temps de sa splendeur.

    Giscard n’a pas Ă©tĂ© un mauvais bougre. Durant son septennat 1974-1981 il a tentĂ© de secouer une France post-soixantuitarde engourdie par quinze annĂ©es de gaullisme puis de pompidolisme. Sous son empire les finances publiques de l’Etat ont Ă©tĂ© gĂ©rĂ©es avant les graves dĂ©rives entamĂ©es sous la prĂ©sidence Mitterrand qui suivit et qui sont allĂ©es s’aggravant depuis. Plus notable, cette prĂ©sidence de sept ans aura Ă©tĂ© marquĂ©e par la bataille fĂ©roce et les haines recuites entre la droite conservatrice (reprĂ©sentĂ©e par le clan Chirac) et le centre droit (reprĂ©sentĂ© par le clan Giscard). Chirac, premier ministre de Giscard dĂ©missionna avec fracas en 1976 aprĂšs deux ans d’exercice, avant d’utiliser son parti UDR, futur RPR, pour abattre Giscard d’Estaing et lui bloquer l’accĂšs Ă  un deuxiĂšme mandat prĂ©sidentiel.

    Il est maintenant acquis que Chirac a appelĂ© discrĂštement ses partisans Ă  voter et faire voter pour Mitterrand en mai 1981 en pensant que ce dernier n’arriverait pas Ă  faire plus d’un mandat et que Chirac serait Ă©lu triomphalement en 1988 pour relever la France de la « faillite socialo-communiste Â». L’Histoire, et les Ă©lecteurs, en ont dĂ©cidĂ© autrement
 et Chirac dut attendre quatorze ans aprĂšs son infamie pour s’installer Ă  l’ElysĂ©e.

    Mais Giscard est malin et tint son Ă©clatante revanche en l’an 2000 en imposant une modification de la constitution pour passer du septennat prĂ©sidentiel au quinquennat, contre la volontĂ© du prĂ©sident Chirac, celle-ci Ă©tant plutĂŽt molle et affaiblie Ă  l’époque par la cohabitation avec le parti socialiste. Ce quinquennat a durablement dĂ©rĂ©glĂ© le fonctionnement de la RĂ©publique comme rĂ©sultat d’une vendetta personnelle.

    La politique française a montrĂ© Ă  cette occasion son nombrilisme dĂ©vastateur quand un responsable de droite prĂ©fĂ©ra favoriser l’élection d’un prĂ©sident de gauche par haine d’un prĂ©sident de centre-droit. La droite française ne s’est d’ailleurs toujours pas remise de cette hĂ©rĂ©sie. Ainsi va la vie politique hexagonale
 pas joli-joli tout ça.

  • SIMMONS Sylvie, ‘I’m your Man – La vie de Leonard Cohen’.

    Sortie : 2018, Chez : Editions L’EchappĂ©e.

    Une biographie de 500 pages, sensible et documentĂ©e, de Sylvie Simmons, une admiratrice de la premiĂšre heure, journaliste musicale, dont la vie et l’Ăąme ont Ă©tĂ© influencĂ©es par les mots du grand poĂšte canadien nĂ© en 1934.

    Jeune homme sĂ©duisant issu d’une famille juive d’ascendance polonaise Ă©migrĂ©e Ă  Toronto, d’un milieu plutĂŽt favorisĂ©, Leonard se rĂ©vĂšle rapidement un poĂšte un peu brumeux, grand sĂ©ducteur Ă  la personnalitĂ© mesurĂ©e et bienveillante, travailleur acharnĂ©, perfectionniste obsessionnel ; il gardera ce profil sa vie durant manifestant une empathie Ă  l’Ă©gard de tous et rĂ©coltant une admiration sans borne de ses fans tout au long de sa longue carriĂšre artistique. Ses Ɠuvres littĂ©raires ayant un faible succĂšs commercial, il s’oriente vers la musique oĂč il rencontrera beaucoup plus de reconnaissance.

    Alors on suit le parcours exceptionnel de Leonard Cohen Ă  travers le milieu artistique nord-amĂ©ricain pendant une pĂ©riode qui fut particuliĂšrement fĂ©conde et marquante. Habitant du monde il rĂ©side Ă  Hydra en GrĂšce, Ă  Toronto au Canada, Ă  New-York aux Etats-Unis puis Los Angeles, et dans les avions qui le mĂšnent constamment d’un lieu Ă  l’autre. Amoureux compulsif, ses plus belles chansons sont inspirĂ©es par cette Ă©trange objet qu’est l’amour. DĂ©pressif cyclothymique, il soigne ses Ă©tats d’Ăąme Ă  force d’addictions et de mĂ©ditations. PoĂšte convaincu, il travaille des annĂ©es sur ses textes et ses musiques pour en sortir de pures joyaux. Mystique impĂ©nitent, il suit les enseignements de sages zen, bouddhistes, sans jamais abandonner son attachement Ă  sa religion juive dont il Ă©tudie les textes sans relĂąche.

    RuinĂ© par une manageuse indĂ©licate Ă  la fin des annĂ©es 2000, il bouscule un peu ses projets et repart sur la route, pour se refaire, Ă  plus de 70 ans pour trois annĂ©es de tournĂ©es mondiales qui dĂ©clenchĂšrent une critique enthousiaste dans le monde entier et un succĂšs d’estime et commercial majeur. Dans le mĂȘme temps il continue Ă  produire des disques et des livres de poĂ©sie jusqu’Ă  son dernier souffle en 2016.

    Ces derniĂšres annĂ©es de crĂ©ation ont Ă©tĂ© particuliĂšrement fĂ©condes et ont Ă©levĂ© ce « juif errant » au statut de lĂ©gende. Sylvie Simmons a pu interviewer une grande partie de son entourage et mener de longues conversations avec Leonard pour aboutir Ă  ce portrait amoureux d’un homme au profil simple et au mental tellement complexe, pĂ©tri d’humour et de sens de l’autodĂ©rision, crĂ©ateur inlassable qui laisse une Ɠuvre monulentale du XXĂšme siĂšcle.

    Lire aussi : Leonard Cohen – 2012/09/29et30 – Paris l’Olympia, Leonard Cohen – 2009/07/07 – Paris Bercy, Leonard Cohen – 2008/11/26 – Paris l’Olympia