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  • Bourses étudiantes et démagogie

    A la suite de la tentative de suicide d’un étudiant voulant lutter contre la précarité dont lui et les siens ont à se plaindre, un mouvement estudiantin a été déclenché pour porter ses revendications avec, notamment, l’arrachage de la grille d’entrée du ministère en charge des universités à Paris. Le mode opératoire n’est pas neutre puisqu’il s’est immolé par le feu devant le CROUS de Lyon, institution en charge du versement des bourses. Cela rappelle les suicides de bonzes au Vietnam pour lutter contre la répression antibouddhiste dans les années 70’ ou la mort dans les mêmes conditions d’un jeune tunisien qui fut le déclencheur en 2010 de ce qu’on appelle depuis les « printemps arabes » et dont les résultats finaux furent mitigés, en tous cas pour ce concerne l’instauration de la démocratie. L’étudiant lyonnais est toujours entre la vie et la mort.

    Si l’on tente de dépasser la légitime émotion provoquée par un tel drame, on peut essayer de faire preuve d’un peu de raison pour analyser la situation. Il semble que le garçon triplait sa deuxième année de licence (on ne sait pas dans quelle spécialité). Les conditions de maintien des bourses étudiantes sur critères sociaux sont aussi soumises à des critères de validation de trimestres ou d’années. Ces conditions sont détaillées sur le site du ministère de l’enseignement supérieur (Modalités d’attribution des bourses d’enseignement supérieur sur critères sociaux, des aides au mérite et des aides à la mobilité internationale pour l’année 2018-2019) et stipulent que pour bénéficier d’une troisième année de bourse l’étudiant doit avoir validé « … au moins 60 crédits, 2 semestres ou 1 année ». Il semble que l’étudiant lyonnais ne remplissait plus cette condition d’où l’arrêt du paiement de sa bourse. Tripler une seconde année de faculté semble indiquer que l’orientation prise n’était peut-être pas la plus adaptée au profil du demandeur d’où, sans doute, le plafond prévu dans le règlement afin d’inciter l’étudiant à passer à autre chose.

    Si l’on veut changer ces règles il suffit d’en débattre quand l’émotion actuelle sera passée ; on peut déplacer la limite de validation, vers le haut ou vers le bas, cela coûtera ou économisera, ou carrément supprimer toute conditionnalité de validation. Nous avons pour ce faire un parlement où des élus sont en train de travailler sur le budget de l’année et classe les priorités par ordre d’importance quand toutes ces priorités devraient être numéro 1 quand on écoute leurs bénéficiaires… Il convient malgré tour de décider des priorités et même des principes généraux : faut-il que l’Etat (donc le contribuable) prenne-t-en charge intégralement ou partiellement tous les étudiants, seulement certains ? Si oui, de quel montant et sur quelles ressources (où et à qui faudra-t-il prendre l’argent nécessaire) ? Faut-il favoriser le travail des étudiants pour qu’ils se constituent un revenu annexe lorsque nécessaire (a priori c’est déjà le cas pour un étudiant sur deux), comment et à quel niveau les familles peuvent/doivent participer à l’aide aux étudiants ? A la fin, et comme toujours c’est une affaire de sous et d’égalité/inégalité. Certains sont plus défavorisés que d’autres même si le système français de redistribution tend à atténuer ces différences.

    Nous sommes encore dans une République où il existe des lieux de débat et de décision démocratiques. Ce sont les voies à privilégier plutôt que les manifestations violentes pour porter des revendications diverses et, bien sûr, les actes désespérés comme celui que nous avons à déplorer.

    Avant de commettre sa tentative de suicide, l’étudiant aurait publié sur Facebook le message ci-dessous rapporté par le syndicat « Solidaires étudiant-e-s » dont il était membre :

    « Aujourd’hui je vais commettre l’irréparable. Si je vise donc le bâtiment du CROUS à Lyon, ce n’est pas par hasard. Je vise un lieu politique, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, et par extension, le gouvernement.
    Cette année, faisant une troisième I2, je n’avais pas de bourse, et même quand j’en avais une, 450 euros par mois, est-ce suffisant pour vivre ?
    J’ai eu de la chance d’avoir des personnes formidables autour de moi, ma famille et mon syndicat, mais doit-on continuer à survivre comme nous le faisons aujourd’hui ?
    Et après les études, combien de temps devons-nous travailler, cotiser pour une retraite décente ? Pourrons-nous cotiser avec un chômage de masse ?
    Je reprends donc une revendication de ma fédération de syndicat aujourd’hui, avec le salaire étudiant, et d’une manière plus générale, le salaire à vie, pour qu’on ne perde pas sa vie à la gagner.
    Passons à 32 heures de travail par semaine, pour ne pas avoir d’incertitude vis-à-vis du chômage, ce qui conduit des centaines de personnes comme moi chaque année à ma situation, et qui meurent dans le silence le plus complet.
    Luttons contre la montée du fascisme, qui ne fait que nous diviser et crée du libéralisme qui crée des inégalités.
    J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué en créant des incertitudes sur l’avenir de tou-te-s. J’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires.
    Mon dernier souhait, c’est aussi que mes camarades continuent de lutter pour en finir définitivement avec tout ça.
    Vive le socialisme, vive l’autogestion, vive la sécu.
    Et désolé pour l’épreuve que c’est.
    Au revoir.»

  • Zazie – 2019/11/14 – Paris l’Olympia

    Zazie – 2019/11/14 – Paris l’Olympia

    Zazie à l’Olympia : un concert agréable, un peu variétoche mais qui essaye d’être rock. Zazie (Isabelle Marie Anne de Truchis de Varennes de son vrai nom, 55 ans) est plutôt en forme et vient de sortir son dixième album : Essentiel, et a entamé la tournée qui va avec. Elle déboule sur scène en pantalon taille-basse-cuir-noir coiffée d’une espèce de chapeau Borsalino également noir. Grande bringue élancée, elle est sympatoche Zazie, même quand elle se dandine un peu trop. Zazie est entourée sur scène de deux guitaristes femmes : l’indestructible Edith Fambuena (ex-Les Valentins, et marraine du rock français pour avoir collaboré avec Daho, Bashung, Higelin et d’autres…) et une jeune femme, Marie Lalonde, déjà sur les traces de son aînée. Il y a également deux claviéristes et une rythmique bass/batterie classique.

    Tout ceci est bien sympathique, les spectateurs sont en places assises et plutôt ravis. Zazie est trop bavarde et ne peut s’empêcher de les faire battre la mesure en tapant dans leurs mains, cela doit lui donner de l’énergie. Elle est bien plus séduisante et efficace lorsqu’elle chante plutôt que lorsqu’elle minaude. Quelques « fayots » quittent leurs sièges pour aller danser dans les couloirs, l’ambiance est populaire et familiale.

    Le chroniqueur essaye de se souvenir à quand remonte le dernier concert de Zazie auquel il a assisté… ce devait être le « Tour des anges » (qui a donné le disque « Made in Live ») au début des années 2000, déjà à l’Olympia, elle chantait sous de grandes éoliennes tournoyantes, habillée en tenue légère d’un blanc immaculé. C’était plus… rock.

    Aujourd’hui la voilà recyclée en noir mais dans la douceur, l’âge sans doute… D’ailleurs elle ouvre le show sur 20 ans : « D’accord/ J’ai menti/ J’suis pas vip/ Je sors/ Tant pis/ J’ai 20ans jusqu’au bout de la nuit// Et quand le silence est trop lourd/ Je prends mes talons haut et je cours, je cours,/ Je fuis l’ombre qui me suit/ Quand l’étau se resserre je sors/ Changer la poussière en or »

    Elle est sympa Zazie, elle joue avec les mots et les sentiments sur de jolies mélodies, elle est un peu notre Daho féminine.

    Setlist : 20 ans/ Garde la pose/ Waterloo/ I Love You All/ Zen/ Encore heureux/ Tout/ Nos âmes sont/ Larsen/ L’addition/ Je suis un homme/ Veilleurs amis/ J’étais là/ Cyclo/ Des rails/ Rue de la Paix/ Toc toc toc/ Rodéo

    Encore : Va chercher/ Speed/ J’envoie valser

  • Convergence ou coagulation

    Riss – Charlie Hebdo 2018

    Les râleurs continuent de râler, tout le monde réclame des sous, certains en obtiennent (que les autres vont devoir payer), les préavis de grève se multiplient. Rien ne va : les retraites, le pouvoir d’achat, le fonctionnement des hôpitaux, les prix agricoles, les impôts trop hauts, les dépenses trop faibles, les bourses étudiantes insuffisantes, etc.

    Pendant ce temps la presse glose pour savoir si l’on risque une « coagulation des revendications », une « convergence des luttes », une « fédération des colères » ou une « cristallisation des actions » samedi prochain pour le premier anniversaire du déclenchement des émeutes de novembre 2018. Les experts de plateaux télévisés s’échangent des sondages sur les sentiments de Mme. Michu mais toujours aussi peu d’analyse ni de pédagogie pour expliquer à ladite Mme. Michu que ce qui sera donné d’une main sera évidemment repris de l’autre.

    Et comme le président de la République a déjà plus ou moins annoncé l’enterrement de première classe du plafond de déficit des finances publiques fixé à 3% du produit intérieur brut, toutes les corporations se lèchent les babines en se préparant à mordre avec bonheur dans la dépense publique pour arracher la part la plus grosse. On dirait une volée de ménagères guettant l’ouverture des Galeries Lafayette le premier jour des soldes !

  • Aldous Harding – 2019/11/12 – Paris la Cigale

    Aldous Harding – 2019/11/12 – Paris la Cigale

    Aldous Harding à la Cigale ce soir : une folkeuse néo-zélandaise mystique et étrange, d’une minceur diaphane que son ample tenue de Pierrot lunaire rend encore plus impressionnante, jouant de la guitare, effleurant les cordes de ses doigts infinis, chantant assise sur un pouf, ses longues jambes emberlificotées devant elle, comme autour d’un feu de bois dans la nature. Parfois elle pose son front sur le bois de la guitare un long moment durant, comme pour s’évader sur les notes que diffusent doucement ses compagnons de musique. Parfois elle rejoint la claviériste-choriste sur son banc pour jouer avec elle à quatre mains et chanter à deux voix dans un délicieux duo.

    Son dernier disque Designer est produit par John Parish, musicien proche de PJ Harvey, et l’on sent d’ailleurs une proximité musicale diffuse entre ces deux compositrices, et même physique d’ailleurs. Les morceaux de Designer sont entrecoupés d’autres classiques d’Aldous qui déroule son show par petites touches, pleines de subtilité. Ses mots sont aussi délicats et brumeux que ses notes : Honey, your face is folding up/ As the memory kisses you goodby/ Better to live with melody and have an honest time/ Isn’t that rihght?/ There’s a definitive vibe/ You cant’t be pure and in love/ In the corner in blue is my name/ In the corner/ Fixture, Picture/ Iv’e got it. I’m on it.You’re in it. I’m honoured/ Fixture, Picture…

    Une très belle voix éthérée, à l’image du personnage, des textes mystérieux, beaucoup de douceur pour une soirée apaisante.

  • Haine et beufitude

    Le chroniqueur consterné fait manifestement partie d’une des mailing-list de Mme. Michu et reçoit l’email suivant dans sa boîte aux lettre déjà débordante de spams :

    « Anne Hidalgo a eu raison de fermer les voies sur berges de Seine à Paris pour éviter la pollution par les voitures !
    C’est beaucoup mieux maintenant… »

    Cette image, et surtout le commentaire qui l’accompagne, est symptomatique de la haine que déclenche la maire actuelle de Paris, Anne Hidalgo. Elle a été élue par les parisiens et l’aspect démocratique du processus électoral n’a pas été remis en cause par les oppositions qui ont perdu le combat. Le conseil municipal de majorité socialiste-écologique a décidé, notamment, de réduire la place consacrée à la voiture dans la ville et de fermer les voies sur berge ce qui déclenche l’ire des partisans de la bagnole. Evidement ce genre de changement ne se fait jamais dans la bonne humeur et l’harmonie. Chaque camp développe sa propre argumentation, le citoyen est un peu perdu, mais la décision est prise et appliqué, elle est d’ailleurs réversible si une majorité suivante en décidait ainsi.

    Le commentaire ironique de Mme. Michu sur cette photo, « C’est beaucoup mieux maintenant… », rend la mairie responsable de l’incivilité des citoyens alors qu’il s’agit principalement d’un problème de mauvaise éducation des enfants de Mme. Michu qui ont sans doute passé plus de temps à regarder le fouteballe à la télévision plutôt qu’à potasser leur éducation civique.

    La photo est ponctuelle et, évidemment, passe sous silence que les services de propreté de la municipalité, payés par les impôts locaux de Mme. Michu, ont dû nettoyer ces déchets dans les 24 heures de leur apparition comme cela est réalisé, et plutôt bien fait, après chaque évènement rassemblant des citoyens mal-élevés jetant leurs déchets un peu partout.

    Mais surtout, Anne Hidalgo est une femme (aux cheveux teints) et cela passe mal dans l’imaginaire toujours plus ou moins misogyne de l’électorat moyen, même parisien et supposé évolué. Qu’il se rassure cet électorat conservateur, il suffira de voter pour une autre majorité lors des élections municipales programmées début 2020 et il aura de nouvelles têtes pour administrer la commune de Paris. Après trois mandats socialistes à Paris, il est de toute façon temps de passer la main, mais la droite qui se tire dans les pattes est capable de perdre l’affaire encore cette fois-ci. Si elle ne parvient pas à trouver l’unité nécessaire pour emporter la mairie ce sera à désespérer mais on ne peut pas complètement exclure ce cas de figure…

  • Evolution aux forceps

    Luz – Charlie Hebdo 2013

    La conférence des évêques de France a publié sur son site web le discours de clôture de son assemblée plénière. On y trouve des points intéressants :

    Les abus sexuels

    Nous recevons la révélation de ces agressions sexuelles et des abus de pouvoir qui les ont préparées comme un don de la miséricorde de Dieu et une action du Christ qui veut purifier son Église avec une eau pure, voulant se la présenter sainte, sans tache, sans aucune faute.
    Nous avons compris que les personnes victimes ne demandaient pas de compassion, ni de compensation de leurs souffrances. Elles veulent la vérité. … Nous nous engageons à reprendre contact, chacun avec les personnes victimes que nous connaissons, pour leur manifester concrètement que nous reconnaissons la double cause de leurs souffrances, notamment en leur donnant la possibilité de recevoir une somme d’argent forfaitaire et unique, pour les inviter à participer à notre effort pour garder la mémoire de ces faits et pour leur présenter ce que nous mettons en place en matière de prévention et de formation et en matière d’accompagnement des clercs coupables, afin que les faits affreux qu’elles ont subis ne se reproduisent plus.

    Le recrutement

    Déjà, dans nos villes et peut-être nos villages brilleront les décorations de Noël : tant est grand le besoin de vendre et d’acheter. En l’enfant de Bethléem, Dieu renouvelle son alliance avec l’humanité entière. Celui-là, cet Enfant-là, ce Jésus, il vaut la peine de tout quitter pour le suivre. Nous rendons grâce à Dieu pour celles et ceux qui demanderons à devenir chrétiens. Nous rendons grâce à Dieu pour les vocations qu’il suscite et nous prions pour que des jeunes hommes répondent à son appel pour le service des mystères du salut, que des jeunes hommes et des jeunes femmes s’engagent par la consécration de leur vie au Seigneur qui vient jusqu’à nous. Le temps de l’Avent nous promet que la longue histoire de l’humanité débouche dans la communion avec Dieu. Il vient faire toutes choses nouvelles. « Le Royaume de Dieu est tout proche ». C’est la bonne nouvelle que nous avons à porter, avec foi et avec espérance. Elle mérite l’engagement de notre vie entière. C’est notre joie.

    Pendant ce temps, un synode d’évêques tenu en octobre à Rome, constatant l’ordination d’hommes mariés en Amazonie et l’existence d’immenses territoires de cette région non couverts par l’Eglise catholique, envisage l’instauration d’un rite spécifique pour l’Amazonie pour « renforcer la pastorale » (adapter la force de vente au marché). Dans le même esprit, le sujet du diaconat des femmes sera remis sur le dessus de la pile.

    La rigidité ancestrale de l’Eglise catholique arcboutée sur ses dogmes, considérant la femme comme proche du diable et le plaisir comme un remède à la foi, a aboutit à la situation actuelle : une perte considérable de ses parts de marché dans les pays riches et le développement d’une fantaisie certaine dans l’application des textes par ses représentants dans les pays émergents. Il semble que la volonté réformatrice du pape actuel François 1er, lui-même issu d’un pays émergent, se heurte à une sévère résistance du clergé ultraconservateur. François est en principe la voix du Seigneur sur terre qui ne devrait pas être discutée, mais il se heurte à des frondeurs qui font tout pour bloquer ses initiatives progressistes.

    C’est ce que sur terre on appelle la politique ! L’aspect surnaturel de la religion s’atténue fortement et les fidèles votent avec leurs pieds en ne fréquentant presque plus les lieux de culte en Occident ou en le faisant à leurs manières ailleurs. Les dirigeants de l’Eglise doivent convaincre pour séduire, ils n’étaient pas habitués… Il va falloir encore passer quelques générations de cardinaux avant d’arriver à faire évoluer le dogme. Pas sûr que l’Eglise catholique ne survive jusque-là car la concurrence est féroce !

  • Neil Youg veut voter aux Etats-Unis

    Sur son site web Neil Young explique qu’il est en train de demander la nationalité américaine pour pouvoir voter aux prochaines élections présidentielles mais que, signalé comme consommateur de cannabis, il doit passer un entretien supplémentaire. Il est résident américain depuis déjà des décennies.

    I sincerely hope I have exhibited good moral character and will be able to vote my conscience on Donald J. Trump and his fellow American candidates, (as yet un-named).

    Ayant soutenu Bernie Sanders la dernière fois, on peut imaginer qu’il ne votera pas pour Trump à qui l’opposa un litige quand celui-ci utilisait Keep on rockin’ in the free world comme bande-son de ses meetings…

  • FOURNIER Alain, ‘Le Grand Meaulnes’.

    Sortie : 1913, Chez : Emile-Paul frères & Le Livre de Poche 1000.

    C’est le livre du romantisme absolu écrit au début du XXème siècle. Inspiré par une passion folle et non aboutie éprouvée par l’auteur pour une femme, cette histoire est restituée dans l’environnement mystérieux d’un petit village rural de Sologne.

    Des écoliers à l’orée de leur vie d’adulte découvrent l’amitié et l’amour. Meaulnes va vivre une rencontre improbable dans un château de conte de fées. Au milieu d’un bal d’enfants costumés il croise un rêve, Yvonne de Galais, la fille du maître des lieux. Son ami François (le narrateur), éperdu d’admiration devant l’indépendance et l’originlité de Meaulnes va l’aider à réaliser ses rêves et réparer ses péchés.

    Cette quête irréelle est narrée dans un style poétique qui retranscrit magnifiquement l’atmosphère ouatée de brume et d’hiver des collines boisées où elle se déroule. Le romantisme de la situation en fait un des romans qui a marqué des générations successives de jeunes lycéens et étudiants au XXème sièle. Pas sûr que ce ne soit toujours le cas !

  • Les Iles Eparses : chronique de problèmes annoncés

    A l’occasion d’une visite à Madagascar le président de la République française a visité une des cinq Iles Eparses sous souveraineté française et qui sont revendiquées par Madagascar, Maurice et les Comores. Ce sont de minuscules territoires non peuplés, sauf par des équipes scientifiques et militaires sur certaines d’entre elles, perdus dans le canal du Mozambique et dans l’océan indien au nord de la Réunion. Ces iles faisaient partie du territoire colonial de la France de Madagascar et ont été conservées par la métropole lorsque l’indépendance fut octroyée à la grande ile en 1960 et sont, depuis, un sujet de friction diplomatique d’autant plus aigüe que la zone écologiquement fragile serait riche en ressources pétrolières.

    C’est une habitude bien française de ne décoloniser qu’une partie des territoires autrefois colonisés. C’est un peu comme si le jour où l’indépendance sera octroyée à la Guadeloupe, la France gardait l’ile de Marie-Galante… C’est ce qui fut fait dans le cas des Comores et l’on sait aujourd’hui l’inextricable imbroglio humain et financier dans lequel se retrouve Paris avec Mayotte dont on se sait que faire. Il n’y a évidemment aucune justification politique à ce que la France reste souveraine sur ces Iles Eparses. Au-delà il y a des intérêts économiques et il y a des forts et des faibles. Le rapport de forces ne va pas rester indéfiniment en faveur de Paris d’autant plus que l’ONU demande à corps et à cris, mais pour le moment ce rapport est en faveur de la France.

    Des discussions seraient en cours avec les pays locaux sur le principe d’une exploitation commune de ces iles sans remettre en cause la souveraineté française, une espèce d’usufruit donné à ces pays, la nue-propriété restant française. Les Iles Eparses : une mine de problèmes à venir qui viendront s’ajouter à ceux préexistant générés par les confettis de l’Empire…

  • CHOW CHING Lie, ‘Le palanquin des larmes’.

    Le récit de l’incroyable vie de Chow Ching Lie, née en 1936 à Shanghai dans la Chine des seigneurs de guerre et du trafic d’opium. Elle vécut la Chine féodale du début du XXème siècle, la guerre sino-japonaise, la guerre civile entre les soldats de Mao et ceux de Tchang Kaï-chek, l’instauration du régime communiste, les persécutions à l’encontre des « droitistes » auxquels sa famille et sa belle-famille furent assimilés.

    Elle raconte aussi les traditions locales contre lesquelles aucune rébellion ne vainc. Fiancée à 13 ans contre sa volonté, mariée à 14, elle finira par abdiquer devant la pression des familles et même par éprouver un peu d’affection pour ce mari malade qui décèdera relativement jeune en 1962, lui laissant deux enfants. Elle alternera par la suite entre Hong-Kong où sont exilés ses beaux-parents, et Shanghai où est restée sa famille.

    Elevée dans la tradition chinoise mais sur un mode plutôt occidental, elle découvre le piano très jeune et le travaille avec passion au point d’être repérée par les autorités communistes qui, à cette époque, en acceptent encore la pratique. En 1965, poussée par une amie premier violon de l’orchestre symphonique de Hong-Kong, elle rejoint l’école de Marguerite Long à Paris pour parfaire sa formation de soliste. En 1968 elle part chercher ses enfants et la famille s’installe définitivement en France où elle a entamé une carrière de pianiste professionnelle.

    Ce récit recueilli par Georges Walter est frappant par sa description de la Chine pré-maoïste où s’affrontent un monde capitaliste sauvage avec des traditions ancestrales qui placent la femme plus bas que terre. Lie raconte toute la hargne qui fut la sienne pour s’opposer à son sort de gamine « vendue » à 13 ans malgré le niveau d’éducation relativement élevé de sa famille. Le palanquin fleuri est l’espèce de chaise à porteurs empruntée par la fiancée pour rejoindre la demeure de son futur mari. Pour Lie, ce sera le « palanquin des larmes ». Elle reconnaît à Mao d’avoir cherché à faire évoluer le sort de la femme chinoise parmi les premières mesures prises après sa victoire contre Tchang Kaï-chek.

    Avec Lie on plonge au cœur de la vie à Shanghai où cohabitent la plus extrême richesse avec la misère et la maladie, où les affairistes ne sont jamais très éloignés des gangs, où le pouvoir traite avec les comptoirs occidentaux pour se répartir les richesses d’un pays colonisé. C’est un mélange de « Tintin et le lotus bleu » et des récits hallucinés de Lucien Bodard sur son enfance dans le Sichuan où son père était consul de France. L’instauration de la République populaire de Chine en 1949, sous l’égide de Mao Tsé-toung, mettra un terme à l’ouverture de la Chine. Les étrangers retournés chez eux, le pays se recentrera sur lui-même et vivra au rythmes des illusions et des chimères d’une féroce dictature. Relativement préservée pour elle-même et ses enfants, Lie verra des membres de sa famille restés à Shanghai subir arrestations et camps de travail pour affronter la rééducation réservée aux « droitistes ». Même loin de son pays natal, elle garda pour toujours l’amour de ses racines, cherchant sans doute à ne conserver que les bonnes traditions dans ses souvenirs, elle qui vécut de l’intérieur les gigantesques et tragiques soubresauts de la Chine au cours du XXème siècle.

  • La retraite et la fin

    La retraite et la fin

    A la question récurrente « es-tu heureux de cette cessation d’activité ? » je réponds de façon tout aussi récurrente « oui, c’est un grand luxe de pouvoir ainsi profiter de temps libre, mais c’est tout de même un peu le début de la fin ! ». Et à chaque fois je reçois une volée d’exclamations sur le thème « mais non, c’est une nouvelle vie qui débute, des projets enthousiasmants à développer, et bla-bla-bla… ».

    C’est sans doute la manifestation de l’angoisse de la mort qui empêche même de l’évoquer alors que c’est une vérité statistique incontestable. L’excellent rapport Libault sur le Grand Age (mars 2019) énonce bien ce qui nous attend dès son préambule :

    C’est de la statistique bien sûr, mais permet de relativiser le « c’est une nouvelle vie qui débute, des projets enthousiasmants à développer, et bla-bla-bla… » ! Et ce qui ne nous empêchera pas de profiter de ces instants de liberté qui nous sont offerts par nos démocraties, qui savent encore pour le moment, faire jouer une certaine solidarité nationale pour financer l’inactivité des anciens.

  • Les regrets de la RDA…

    L’Allemagne fête (plutôt discrètement d’ailleurs) le trentième anniversaire de sa réunification en 1989 : République fédérale d’Allemagne (RFA) et République démocratique d’Allemagne (RDA). La presse qui aime bien de genre de célébration, surtout lorsqu’elles sont un peu pleurnichardes, repasse en boucle des interviews d’allemands ex-de l’est ânonnant « c’était mieux avant » ou « la RFA n’a pas réunifié mais a prononcé un anschluss contre la RDA », etc. etc.

    Cela fait longtemps que l’illusion de la troisième voie entre capitalisme et socialisme s’est envolée. Le remède a été brutal une fois la décision de réunification prise. C’est début 1990 que les premières élections libres ont eu lieu coté Est et ont porté au pouvoir une majorité composée des partis conservateurs pro-unification. Le processus s’est ensuite déroulé rapidement et fin août le parlement de l’Est votait l’adhésion avec effet au 03/10/1990. On ne parle déjà plus de réunification mais d’adhésion de la RDA à la RFA, cela veut bien dire ce que cela veut dire. Cette première disparaît dans l’instant avec son idéologie, ses attributs de pouvoir, y compris sa monnaie avec une parité de 1 pou 1 entre le Deutsche mark et son équivalent de l’est, ce qui fut déjà un fantastique cadeau monétaire offert à l’est. Mais le plus fort à mangé le plus faible, Darwin toujours…

    L’économie est-allemande fut ensuite privatisée, voire démantelée, à marche forcée et 50% des travailleurs de l’est se retrouvèrent au chômage, notion inexistante dans la République démocratique qui truquait allègrement des statistiques officielles pour cacher la misère. Il n’en reste pas moins que le système était extrêmement redistributif, la notion de profit étant verboten la population active finançait via l’Etat la population improductive, la police politique s’occupant des éventuels opposants.

    Evidemment le choc socio-économique a été dévastateur ; la mise à niveau, toujours incomplètement réalisée d’ailleurs, fut violente mais la liberté occidentale fut offerte en échange. Personne n’ayant eu d’autre programme de transition à proposer, elle fut ainsi appliquée aux forceps ! Et si cela n’a pas plu, eh bien il suffisait de ne pas voter pour… C’est un peu comme les fusions entre entreprises ; celles qui sont présentées comme une « fusion entre égaux » sont des échecs, voire des escroqueries. La seule façon de réussir ces rapprochements c’est que le plus fort prenne le pouvoir rapidement pour imposer sa gestion et ses principes de façon carrée et rapide. Une fois la machine relancée sur de nouvelles bases, il est toujours temps d’être un peu plus flexible, ou pas. Mais si l’on commence à prendre la main des uns et des autres pour connaître leurs états d’âme, la fusion se termine en enterrement du tout, et donc des parties qui le composent.

    Aujourd’hui les allemands mécontents, de l’est comme de l’ouest, votent pour les partis d’extrême droite, triste retour vers le passé. Sur les plateaux télévisés en cette année anniversaire, on se lamente sur les inconvénients de la réunification, on passe les avantages sous le tapis et personne n’a de meilleures idées sur comment le processus aurait dû être mené ! Mais l’Allemagne a été rétablie dans ses frontières d’avant la guerre, juste un peu rognées à l’est (la ligne Oder-Neisse) et au sud (les Sudètes en Tchécoslovaquie), le Reichstag est réinvesti à Berlin, les armées fusionnées, les dettes partagées, la monnaie unifiée… et tout ceci en un ou deux ans. Personne n’aurait cru un instant une telle action possible, et pourtant elle fut, grâce entre autres à la volonté du chancelier de RFA, Helmut Kohl (1930-2017) qui a su insuffler l’énergie et la vision nécessaires à un tel chef d’œuvre politique et économique.

  • « Le Père tranquille » de René Clément (1946)

    Un film classique sorti juste après la fin de la IIème guerre mondiale (après visa de l’armée) : un bon père de famille vendeur de contrats d’assurance cache aux siens qu’il est un chef de la résistance locale. Arrêté par « les boches » puis blessé, il est libéré par son fils maquisard qui ignorait l’engagement de son père en lui reprochant son inaction. Inspiré de faits véridiques, le film est un peu angélique, alternant entre bons résistants et mauvais collaborateurs. En 1946 il fallait sans doute cela pour remettre le pays au travail après en évitant que la guerre civile ne succède à la guerre mondiale. Il fallut des décennies pour que la France revienne sur son passé, hélas bien plus tragique que l’image donné par ce film.

  • La Turquie occupe la Syrie, cela devait bien arriver un jour !

    La Turquie occupe militairement depuis quelques semaines, une bande territoriale du nord de la Syrie, frontalière avec elle. C’est le départ des troupes américaines qui a provoqué cette invasion, justifiée officiellement par la nécessité d’avoir un territoire syrien où réinstaller les deux ou trois millions de réfugiés syriens installés sur le sol turc. Il y a également des motifs de guerre de religion, la Turquie portant le drapeau sunnite et soutenant plus ou moins les rebelles inspirés par ce courant alors que le régime officiel syrien alaouite est plutôt du côté chiite d’où le soutien iranien à son combat pour le retour à sa souveraineté territoriale. Les buts moins avoués concernent la hantise turque de voir sa minorité kurdes (25 à 30% de sa population) s’émanciper et l’on sait que la partie militaire des mouvements kurdes prospère dans le nord de la Syrie où elle a participé avec les armées occidentales à la réduction des mouvements terroristes religieux sunnites (les groupes Etat islamiste, Al Qaeda et assimilés).

    L’armée turque s’appuie également sur des milices syriennes pro turques et antikurdes : « l’Armée nationale syrienne » !

    Le tweet du président turc

    Immanquablement cette occupation turque en Syrie va créer des confrontations plus ou moins chaudes avec le régime syrien en place qui n’est pas composé que d’enfants de chœur… Rappelons que la Turquie occupe militairement et illégalement un territoire de l’Union européenne depuis 1973 : Chypre. Cela devient une habitude…

  • Les terroristes de Notre-Dame condamnées par la Justice

    On se souvient qu’en septembre 2016, deux femmes terroristes ont tenté vainement de faire exploser une voiture chargée de six bombonnes de gaz près de Notre-Dame. Devant l’échec de cette tentative, elles rentrèrent tranquillement chez elles où, l’aînée des deux retrouva son mari et ses trois enfants. La plus jeune et la plus déterminée, procédera à une attaque aux couteaux de policiers avec deux nouvelles complices quelques jours plus tard. Tout ce petit monde a ensuite été arrêté assez rapidement et est passé en procès ces derniers jours. L’inspirateur soupçonné de ces actes est un français installé dans la zone syro-irakienne et qui aurait été tué lors d’un bombardement ciblé de la coalition internationale, mais sa mort n’est pas totalement sûre.

    Les deux principales accusées avaient 19 et 39 lors des faits, la seconde, mariée et mère de trois enfants, étant « tombée amoureuse » de la première sur Internet, celle-ci s’étant donné un profil de djihadiste masculin pour mener son entreprise de séduction… La révélation de sa vraie personne n’a pas découragé son « amoureuse » de mener l’attentat avec celle qui s’était convertie à l’islam quelques années auparavant. Si la voiture avait explosé le carnage était assuré dans l’une de ces petites rues qui cernent Notre-Dame. La plus jeune disait à l’époque : « Je vous attaque dans vos terres afin de marquer vos esprits et vous terroriser ». Il semble qu’elles aient voulu déclencher l’explosion en tentant d’enflammer du gas-oil, beaucoup moins inflammable que l’essence ordinaire, ce qu’elles ignoraient.

    A la barre les deux femmes ont fait amende honorable, demandant pardon et affichant leur honte, déclarant notamment pour la plus jeune : « Je n’avais que des projets de morts à l’époque. Aujourd’hui, j’ai des projets de vie ». Evidemment personne ne peut affirmer si ces remords sont réels ou de circonstance. On sait ce qu’elles ont fomenté, on ignore si elles ont véritablement tourné la page. Lorsque l’on considère le niveau d’embrigadement intellectuel qu’elles ont subi et intégré pour commettre de tels actes, le doute est légitime. Elles ont été condamnées à 25 et 30 (pour la plus jeunes) années de prison. Les comparses ont été condamnées entre 10 et 20 ans.

    Ainsi se clôt provisoirement cet épisode de terrorisme religieux purement féminin, mené à Paris par des femmes françaises converties ou séduites par l’islamisme. Provisoirement, car des appels ont été interjetés et, une fois les condamnations rendues définitives, elles auront bien un terme et les coupables sortiront de prison. Personne ne peut anticiper ni ce qui se passera durant leur emprisonnement ni ce qu’il adviendra à leur sortie. Tout reste possible, le pire comme le meilleur !

  • WEST Morris, ‘L’ambassadeur’.

    WEST Morris, ‘L’ambassadeur’.

    Sortie : 1965, Chez : Librairie Plon.

    L’histoire à peine romancée d’un ambassadeur des Etats-Unis au Vietnam à l’époque du président Diem (chrétien, il porte le nom de Cung dans le roman) que ses généraux (bouddhistes), appuyés semble-t-il par les forces américaines obscures, vont déposer et tuer. Il sera remplacé par une junte militaire qui n’évitera pas la reconquête du Vietnam du Sud par les troupes communistes du Nord, ni la retraite politique et militaire américaine. L’ambassadeur ainsi peint est Henry Cabot Lodge.

    Outre les sales histoires de barbouzes et de supplétifs, inévitables dans ce genre de situation néocoloniale, M. West dresse la tableau des états d’âme d’un diplomate poussé à recommander et appliquer des solutions politiques avec lesquelles il n’est pas forcément d’accord et qui peuvent déclencher des cataclysmes et des morts. On peut imaginer que, comme dans le roman, la main de M. Cabot Lodge ait tremblé au moment de prendre les décisions, ou peut-être pas…

    En quelques chapitres bien sentis il ébauche aussi l’impossible réconciliation entre l’Orient et l’Occident et l’inanité à vouloir imposer de l’extérieur des principes et des stratégies à des peuples qui n’en veulent pas, ou qui ne les comprennent pas forcément.

    Diem a été assassiné en 1963, le roman a été publié en 1965, évidemment le lecteur d’aujourd’hui connaît la suite de l’histoire qui ne fut pas en faveur des Etats-Unis obligés de se retirer du pays en 1973 après y avoir laissé 50 000 morts dans une guerre qui en fit probablement 1,5 millions chez les vietnamiens. La partition du pays en Nord communiste et Sud libéral ne tint que jusqu’en 1975 date à laquelle le Vietnam fut réunifié par la force sous la bannière communiste.

    Malgré tout, l’engagement occidental (majoritairement américain) a endigué la progression du communisme en Asie, puis, plus tard, sur le reste de la planète. Quelque-part, dans les coulisses du pouvoir américain, des présidents se sont succédés à la Maison-Blanche et ont décidé ce que devait être la raison d’Etat, même au prix de guerres dévastatrices. Aujourd’hui, le Vietnam et la Chine n’ont plus de communiste que le patronyme de leur parti unique. De façon inattendue, la retraite politique et militaire des Etats-Unis n’a pas empêché les pays vainqueurs, le Vietnam mais aussi la Chine et la Russie, d’adopter rapidement et sans vergogne les grandes lignes du système capitaliste mais sous leur propre souveraineté. C’est la morale de cette triste histoire.

  • Un chef terroriste-religieux tué en Syrie par l’armée américaine

    Honoré (Charlie Hebdo – 2015)

    Les Etats-Unis, par la voix de leur président ont annoncé avoir tué le chef du groupe terroriste Etat islamique M. Al Bagdhadi, calife auto-proclamé de ce proto-état, au nord-est de la Syrie où il se cachait. L’information reste à être documentée mais elle est probablement vraie. L’évènement est de taille compte tenu de la responsabilité de l’impétrant mais ne va sans doute pas changer la diffusion de l’idéologie religieuse mortifère de ce groupe.

    M. Ben Laden chef du groupe Al Qaïda fut un précurseur dans les meurtres de masse avec le premier attentat « mondialisé » en septembre 2001. Il a dirigé des avions de ligne qui se sont écrasés contre les tours jumelles à New-York et le pentagone à Washington, il y eut plus de 3 000 morts et la prise de conscience en occident de la puissance de ces mouvements religieux capables de susciter un tel acte qui a provoqué la sidération dans les pays occidentaux et, parfois, quelques soutiens dans certains pays orientaux. Ben Laden fut également tué par l’armée américaine en 2011.

    Bagdhadi a surmonté Ben Laden au niveau de l’idéologie en réussissant à lancer ses troupes dans des actions d’une barbarie rarement égalée : égorgements de prisonniers, d’autres brûlés vifs, tortures diverses, attentats aveugles en Orient comme en Occident, rétablissement de l’esclavage (voir le sort des yézidis), négoce d’êtres humains (on vend les femmes), implication des enfants (les « lionceaux du califat ») dans des actions terroristes et même des meurtres ; toutes ces joyeusetés au nom de Dieu et en direct sur Youtube et les réseaux dits sociaux.

    Bagdhadi a également « enrichi » le recrutement de son mouvement avec un flux significatif de terroristes venus des pays occidentaux pour participer, parfois de façon très active, à ces actions meurtrières mondialisées. La France n’est pas en reste dans l’alimentation de ces flux avec une population de jeunes issus de l’immigration, ressassant un mélange de frustrations en lien avec le racisme dont ils sont victimes, la colonisation affrontée par leurs ancêtres, la précarité de leurs situations économiques et la religion qui les anime, croyant se réaliser en allant en famille s’associer à un environnement religieux et terroriste. Encore plus étonnant, le groupe Etat islamique a su attirer dans ses rets des jeunes français de bonnes familles catholiques, pas particulièrement défavorisées, dont les enfants se sont convertis à l’islam puis ont émigré vers la Syrie ou l’Iraq, parfois avec femmes, enfants et parents. Ce fut un des grands « succès » de la stratégie de ce mouvement dont Bagdhadi fut le chef (le calife) et, sans doute, le guide.

    Encore pire, Bagdhadi a inoculé de virus du terrorisme religieux au sein même des sociétés occidentales, d’où les attentats réguliers menés par ces fameuses « cellules dormantes » comme celui contre la préfecture de police de Paris au début du mois (5 morts dont le terroriste français). Et il y en aura sûrement d’autres.

    Le groupe Etat islamique a été forcé de rendre les territoires en Syrie et en Iraq sur lesquels il régnait. Beaucoup de ses combattants sont morts. Les pays occidentaux doivent maintenant se dépatouiller avec leurs citoyens survivants et leurs familles qui, souvent, au moins pour les français, ont l’air de vouloir revenir en France ce qui ne déclenche pas vraiment l’enthousiasme ni des dirigeants ni de l’opinion publique.

    La mort du « calife » est une victoire militaire des forces anti-Etat islamique mais qui ne va certainement pas stopper pour autant ce terrorisme religieux qui ronge le Proche et Moyen-Orient ainsi que les pays occidentaux. C’est un mouvement profondément ancré qui prendra des générations avant de s’arrêter. Le temps de faire comprendre à tous ces enfants perdus qu’ils ont aussi à gagner en investissant, non seulement dans le dogme, mais aussi dans la raison et l’intelligence…

  • HUREAUX Yanny, ‘Le pain de suie’.

    Sortie : 1999, Chez : Editions Jean-Claude Lattès.

    Inspiré de faits réels, ce roman raconte l’histoire d’une famille d’agriculteurs des Ardennes en 1915, alors que les « verts de gris », autrement dit l’armée allemande, occupent de nouveau ce territoire français. Après la guerre de 1870 et sa défaite de Sedan c’est la deuxième fois que le grand voisin prend ses aises dans l’Est de la France et cela fait un peu beaucoup pour le bon sens paysan de cette famille Titeux dans son hameau des Emouchet…

    Les jeunes ont été mobilisés, il ne reste sur place que les seniors, les femmes et les enfants qui doivent continuer à faire tourner la ferme. Les allemands réquisitionnent à tour de bras : le matériel, les bêtes, les grains… et veulent « civiliser » ces paysans avec les lois de la « Grande Allemagne ». Il faut survivre. C’est alors que deux militaires français sont déposés par aéroplane derrière les lignes. Ils seront cachés par les Titeux qui les aideront dans leur mission d’espionnage. L’affaire se terminera mal pour le patriarche et sa fille Jeanne-Marie.

    80 ans plus tard, le journal de cette dernière sera publié, y inclus les lettres écrites à son fiancé au front qui, lui, survivra au massacre de cette première guerre industrielle mondialisée. Ces lignes écrites par un journaliste-écrivain du cru sont émouvantes en ce qu’elles font partager la vie, les sentiments et les réactions de ces paysans du début du Xxème siècle confrontés, une nouvelle fois, à la barbarie européenne. Hélas, ce ne sera pas la dernière !

  • SEPULVEDA Luis, ‘Yacaré – Hot Line’.

    Sortie : 1998, Chez : Editions Métailié.

    Deux courtes nouvelles de l’écrivain chilien Luis Sepulveda qui a connu les geôles du régime Pinochet après une condamnation à 28 ans commuée en une peine d’exil suite à l’intervention de différentes organisations de défense des droits de l’Homme.

    Depuis cette sombre période, Sepulveda a consacré son œuvre à ses combats pour la démocratie, l’écologie et les droits des populations d’origine indienne. Il est question de ces luttes dans ces deux nouvelles et le militantisme. L’une se déroule à Santiago dans une société post-Pinochet où une partie de la population n’a pas complètement tourné la page de l’ère Pinochet. L’autre se déroule à Milan et aborde le trafic d’animaux sauvages qui alimente la consommation occidentale en produits de luxe.

    Plus que des nouvelles ce sont des fables, menées tambour battant par des personnages hauts en couleurs. Ou comment un écrivain de talent peut diffuser ses idées en quelques pages !