Bertrand Russel (1872-1970) fut un scientifique-philosophe britannique qui marqua la pensée du XXème siècle. Il déploya beaucoup d’énergie pour tenter de vulgariser son savoir et produisit un nombre important d’ouvrages, dont des romans. Il fut couronné du prix Nobel de littérature en 1950. Libre-penseur socialisant il prit des engagements politiques sa vie durant, dont le célèbre « Tribunal Russell » qui visait à organiser une justice contre les crimes de guerre américains au Vietnam. Il a même fait de la prison pour défendre ses idées !
Cet ouvrage est un petit livre d’entretiens dans lequel le philosophe de 90 ans expose sa vision du monde sur les grands thèmes que sont : la religion, la guerre et le pacifisme, le communisme et le capitalisme, la morale, le nationalisme, la bombe atomique, le fanatisme et la tolérance… bref, un résummé des réponses (ou des non-réponses) qu’il apporta aux grandes questions de notre temps.
C’est de la vulgarisation d’une vie de réflexion et une volonté de mettre ses idées à portée de tous. Au crépuscule de sa vie, le vieux philosophe se retourne sur ces concepts qui ont guidé sa vie et sur lesquels il travailla tant. Il y a beaucoup de simplicité et de bon sens dans ses réponses sur les questions de notre temps. L’âge de la sagesse n’a pas entammé l’intensité et l’acuité de sa vision philosophique. Les sujets sont abyssaux et Russell n’hésite pas à nous laisser dans l’incertitude sur certains d’entre eux tout en donnant les clés pour les analyser.
Le Quatuor Hermès et Geffroy Couteau (piano) enchantent le festival avec un programme Schubert et Brahms. Le quatuor ouvre le concert avec Schubert (quatuor n°13), Geffroy Couteau joue ensuite les Klavierstücke (op. 76) de Brahms, puis ils se réunissent sur le quintette pour piano et cordes op. 34 de Brahms. Jeunesse, grâce et talent caractérisent ces musiciens venus bercer l’âme de vacanciers à la recherche d’un peu de spiritualité.
Sortie : 1931, Chez : LE LIVRE DE POCHE 560 (1961).
Somerset Maugham (1875-1965), écrivain britannique, né et décédé en France, a commis sa vie durant nombre de nouvelles, romans et pièces de théâtre. « Amours singulières » retrace des unions amoureuses condamnées par la bonne société anglaise du début du XXème siècle, et il n’en fallait alors pas beaucoup à cette bourgeoisie guindée pour s’émouvoir.
Maugham lui-même, qui affichait son homosexualité décomplexée, a sans doute du affronter cette réprobation qu’il sait si bien peindre dans ce court recueil de nouvelles. Dans un style élégant et léger il détaille avec délectation les habitudes de cette vieille bourgeoisie britannique engoncée dans ses clubs et ses principes, bouleversée par le moindre écart avec la norme.
Alors lorsque l’épouse parfaite s’envole avec un jeune administrateur des colonies, lorsque l’actrice flamboyante retirée à Rhodes préfère sa liaison avec son chauffeur-mécanicien italien plutôt que les propositions de mariage renouvelées d’un dinosaure de la diplomatie britannique, ou le mari attentionné d’une écrivaine réputée part avec la cuisinière…, ce sont autant de pieds de nez à cette bonne et rigide société qui réjouissent Maugham et ses lecteurs.
Et, toujours dans ces nouvelles de Maugham, l’amour triomphe sur la rigidité sociétale. C’est une bonne nouvelle.
Avec le culot qui la
caractérise, la France se permet de faire la leçon à la Chine qui traite avec
une relative mollesse (par rapport à ses habitudes) les émeutes se déroulant
actuellement sur son territoire de Hong Kong. Que n’aurait-on dit si Pékin
s’était ingérée dans les émeutes qui ont agité la France tout au long du
premier semestre 2019 !
Hong Kong – Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (14 août 2019).
Les manifestations à Hong Kong se poursuivent dans un climat de plus en plus tendu. Cette situation fait l’objet d’un suivi très attentif de la part de la France, en lien avec ses partenaires, notamment européens. J’appelle toutes les parties, en particulier les autorités hongkongaises, à renouer le fil du dialogue afin de trouver une issue pacifique à cette crise et de mettre fin à l’escalade de la violence.
La Loi fondamentale de Hong Kong et le principe « un pays, deux systèmes » garantissent l’Etat de droit, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ainsi que l’autonomie du système judiciaire, qui sont essentiels à la population et à la prospérité économique de Hong Kong.
La France est profondément attachée au respect intégral de l’ensemble de ces principes.
www.diplomatie.gouv.fr
Le territoire et les citoyens
de Hong Kong, ex-colonie britannique rendue à l’Empire du Milieu en 1997,
bénéficient d’un statut particulier qui leur donne plus d’autonomie que le reste
des régions chinoises. Ce statut est provisoire et doit durer jusqu’en 2047
suivant l’accord de décolonisation signé entre le Royaume-Uni et la Chine. Il
est probable qu’à l’issue de ce délai, le territoire de Hong Kong retournera au
droit commun de la Chine. Qui sait d’ailleurs ce que sera le régime chinois en
2047 ?
Les citoyens hong-kongais craignent en tout cas que leurs libertés seront alors restreintes. C’est probable compte tenu de ce que l’on sait aujourd’hui du régime chinois. Toutefois, le pragmatisme de Pékin fait que peut-être un air de liberté au moins économique continuera de souffler sur le territoire compte tenu de son importance comme place financière, à moins que d’ici-là Shangaï ne se soit substituée à Hong Kong ? C’est sans doute la meilleure tactique à mener par la Chine : rendre Hong Kong moins indispensable pour Pékin afin de pouvoir normaliser cette région.
Hélas pour les citoyens locaux, il est peu probable que personne au sein de la communauté internationale ne parte « en guerre » pour préserver leur liberté « spéciale ». De même que l’annexion de la Crimée par Moscou n’a pas déclenché une grande émotion au-delà de quelques sanctions économiques, le retour de Hong Kong dans le droit commun chinois ne sera probablement empêché par personne, d’autant plus qu’il est prévu dans le traité de décolonisation entre Londres et Pékin.
Sortie : 1897, Chez : Le Livre de Poche 2148 (1967)
Maurice Barrès (1862-1923) fut un écrivain et homme politique français chantre du nationalisme à une époque où celui-ci avait un peu de profondeur. Fervent défenseur du concept de patrie française, son engagement politique le poussa dans quelques dérives intellectuelles qui n’enlevèrent rien à ses qualités d’écrivain flamboyant dont « Les Déracinés » sont une édifiante démonstration.
C’est l’histoire d’une bande d’étudiants nancéens (comme l’auteur), fascinés par leur professeur de philosophie qui leur enseigne les principes de la pensée et les fondements de la République. Après leur Bac, les voici partis à l’assaut de Paris et de la vie. Nous sommes en 1879, l’Alsace et la Moselle sont prussiennes, Napoléon III est en exil et la Troisième République est née sur les ruines de la Commune mais reste fragile.
Nos sept compères découvrent avec frénésie la politique, la révolution, l’influence, les affaires (bonnes ou louches), la presse, les salons et les bas-fonds, l’amour et les trahisons… Bref, ils plongent avec délices dans le chaos de la capitale où tout se passe. Napoléon 1er n’est jamais loin et c’est sur sa tombe que les sept ambitieux vont s’engager dans leurs folies parisiennes. Barrès mêle l’aventure de ces jeunes (où il y a certainement beaucoup de vécu) et les grandes étapes de cette fin de XIXème siècle, dont l’influence de Victor Hugo sur l’élite et le peuple de France, sa mort et ses funérailles (elles aussi nationales).
Deux d’entre eux se lancent dans l’aventure de la direction d’un journal, La Vraie République, qui se terminera plutôt mal, sur l’échafaud, pour l’un d’eux.
Le style de Barrès est d’une incroyable énergie et d’une précision d’orfèvre. Les mots valsent avec les idées, il y a de la grandeur dans ces phrases ciselées. Qu’il est bon de se replonger dans les écrivains classiques, une époque où le maniement des mots relevait d’un art digne de la construction des cathédrales : l’ensemble est monumental et les détails sont fascinants.
Pour ceux qui avaient encore des illusions sur ce que pense la Russie officielle de l’Occident, ils auront été éclairés par les récentes déclarations du président russe dans différents médias. Depuis une dizaine d’années que Moscou a réaffirmé sa puissance, ses représentants pointent la décadence de l’Occident qui « marie ses homosexuels », M. Poutine revient sur ces changements sociétaux qu’il désapprouve. Il déclare dans une interview au Financial Time du 27 juin que « l’idée libérale est morte » :
The ruling élites have broken away from the people [in the US as in Europe]. There is also the so-called liberal idea, which has outlived its purpose. Our Western partners have admitted that some elements of the liberal idea, such as multiculturalism, are no more tenable.
Interrogé sur cette déclaration au sommet du G20 d’Osaka le 29 juin il illustre ce qu’il a voulu dire en précisant qu’il se revendique libéral lui-même mais qu’il existerait à ce jour « cinq ou six genres de personnes… je ne comprends même pas ce que c’est » ! Il développe sa pensée en précisant qu’une minorité ne peut pas imposer sa volonté à la majorité, en tout cas ce n’est pas ainsi que cela se passe en Russie. Il élargit le sujet aux flux d’immigration qui arrivent en Europe.
Quand on détaille la politique économique russe et la façon dont elle a été privatisée après l’effondrement de l’Union soviétique, on peut avoir quelques doutes sur son aspect « libéral », mais qu’importe, tous les goûts (et les politiques) sont dans la nature et les résultats de cette politique économique feront œuvre de juge de paix le moment venu. Plus déprimant sont ce que ces déclarations racontent de l’état de la relation entre la Russie et le monde occidental, en tout cas européen : Moscou méprise profondément tout ce qui est à l’Ouest de l’Oural et, sans doute, matérialise ce mépris par des actions d’agit-prop afin de nuire à cet Occident honni qui lui, en retour, manifeste indécision et division dans l’attitude à opposer. C’est une sorte de nouvelle guerre froide dont l’issue, comme la précédente, reposera sur la capacité de la Russie à suivre économiquement l’Occident.
Malgré les envolées
lyriques occidentales régulières sur l’amitié avec la Russie, l’Histoire montre
que la relation a toujours été houleuse entre l’Ouest et Moscou, sous les tsars
comme sous les soviétiques, les déclarations du président actuel ne sont que la
continuation de cette situation : on a toujours préféré s’opposer que
coopérer, à l’exception notable de la deuxième mondiale mais l’éclaircie fut de
courte durée… C’est ainsi, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde mais il
faut arriver à maintenir l’affrontement dans les limites du raisonnable. Le
reste est l’affaire du peuple russe qui, peut-être un jour, préfèrera que son Etat
dépense un peu moins d’énergie et d’argent pour nuire à l’extérieur et un peu
plus à développer son économie intérieure.
Les Etats-Unis mènent des négociations plus ou moins officielles au Qatar avec la rébellion talibane d’Afghanistan. L’objectif est de sortir l’armée américaine des terrains de combat afghans où elle tente avec assez peu de succès d’endiguer le retour des talibans au pouvoir à Kaboul, et avec eux leur cortège de pratiques religieuses d’un autre âge.
Les militaires américains
sévissent sur place depuis 2001 et l’attentat terroriste du 11 septembre contre
du World Trade Center. Il s’agissait
alors de « casser la gueule » aux talibans qui avaient inspiré cet
attentat (3 000 morts et 6 000 blessés) et qui abritaient Ben Laden,
cerveau saoudien de l’opération. Le problème est qu’une fois cette tâche
accomplie, l’Occident s’est mis en tête d’occidentaliser l’Afghanistan en lui
indiquant le chemin de… la démocratie. C’était la théorie des néo-conservateurs
américains : répandre la démocratie par l’exemple, et au besoin par la
force militaire. Les forces de l’OTAN ont alors été mises à contribution et,
près de 20 ans plus tard, le dossier n’a pas avancé. Les talibans sont repartis
dans leurs montagnes à l’abri desquelles ils mènent leurs actions terroristes
pour chasser les forces impies, le business d’opium a explosé, le gouvernement
officiel ne gouverne pas grand-chose au-delà de la capitale, et encore, la
plupart des forces de l’OTAN sont rentrées dans leurs pénates après avoir
encouru des pertes significatives, les attentats terroristes sont légion, les
contribuables occidentaux ont dépensé des dizaines de milliards d’euros dans ce
pays en vain et les talibans sont aux portes du pouvoir. Seule éclaircie dans
ce désastre, il semble que les attentats terroristes menés en Occident ces
dernières années ne soient plus fomentés en Afghanistan mais plutôt au Proche et
Moyen-Orient.
La constance avec
laquelle l’Histoire se répète est parfois confondante. On se souvient qu’en
1962 la France coloniale signait avec l’Algérie des accords de paix et d’indépendance
qui prévoyaient explicitement que les harkis (supplétifs locaux de l’armée française) ne
feraient l’objet d’aucune mesure de discrimination après l’indépendance. Il ne
fallut pas trois mois après la signature de l’accord pour qu’environ 100 000
harkis ne soient massacrés !
En 1973 les Etats-Unis négocient avec le Vietnam du Nord (communiste) un accord
de paix qui prévoit le maintien de la République du Vietnam (du Sud). Il ne
faudra pas trois années aux nordistes pour réunifier militairement le Vietnam
et instaurer un régime communiste sur la totalité du pays.
La négociation en cours avec
les talibans d’Afghanistan suivra probablement la même voie : promesses
écrites de ces derniers contre engagement américain du retrait des troupes ;
les premières ne seront pas réalisées une fois que ce dernier sera effectif et
les talibans reprendront le pouvoir avec les méthodes qui leur sont propres
afin de gouverner un pays qui, finalement, n’est sans doute pas vraiment
contre.
Vouloir « casser la gueule » des talibans après les attentats américains de 2001 était somme toute compréhensible mais il aurait fallu évacuer ce pays une fois la tâche réalisée. Penser y instaurer la démocratie par les armes fut une illusion qui coûta très cher, à tout le monde. Croire aujourd’hui à des engagements talibans quels qu’ils soient serait une faute. Comme à Alger en 1962, comme à Saïgon en 1973, une fois la puissance colonisatrice ou occupante partie, les nouveaux dirigeants de ces pays « libérés » iront vers où les portent leurs sentiments, sans ne se soucier ni de leurs engagements pris ni des états d’âme de leurs anciens occupants. Mais il faut bien que les « envahisseurs » s’en aillent un jour de façon plus ou moins honorable car ils ont encore une capacité de nuisance. Alors on négocie le départ contre un traité de papier sur lequel sans doute personne ne se fait beaucoup d’illusions. Le plus étonnant réside dans le fait que se renouvelle encore si régulièrement ce genre de situation !
Ainsi va l’Histoire et il est fort probable qu’elle ne se répète sous peu en Afghanistan.
Un match de fouteballe a opposé en Egypte les équipes nationales d’Algérie et du Sénégal. La première a gagné et c’est un non-évènement pour la France mais des supporters de l’équipe gagnante d’Evreux, tout à leur joie, en ont profité pour sortir dans la rue et dégrader une statue de MonGénéral sur la place du Général de Gaulle, déclenchant un peu d’émotion dans cette municipalité. Outre la confirmation que le fouteballe additionné à la bière dissout les neurones, se confirme également la tolérance parfois suicidaire de la démocratie car on peut facilement imaginer la réaction des autorités égyptiennes si les supporters s’en étaient pris sur place à une statue de Nasser ou de Sadate…
Christine Lebon est une psychothérapeute belge qui a mené une recherche approfondie sur le statut des survivants du génocide rwandais de 1994 et leur capacité à transmettre/expliquer l’indicible aux générations suivantes. Basé sur un grand nombre d’interviews de rescapés et de leurs enfants, au Rwanda et en Belgique, dans des demeures comme sur les lieux des massacres (église de Nyamata par exemple) ce travail minutieux mené avec tact nous fait plonger au cœur de l’horreur et de l’incompréhensible.
Bien entendu, à la question « pourquoi ce génocide ? », il n’y a pas de réponse et c’est bien là toute la difficulté qu’affrontent les survivants et leurs descendants. Christine Lebon écoute et tente de qualifier cette inextricable situation dans laquelle se retrouvent les survivants qui désormais cohabitent avec les assassins sur les mêmes collines. Le mélange entre les ethnies Tutsi et Hutu aggrave encore le positionnement des uns et des autres : une survivante qui a eu un enfant avec un hutu ignore le rôle de celui-ci dans le génocide même s’il les a protégés, leur fils reste en pleine confusion, que lui dire ?
A la phrase maintes fois entendue : « les enfants ne savent rien », elle constate que les enfants sentent tout et posent des constats pleins de sens. Comment en serait-il d’ailleurs autrement alors qu’ils sont élevés dans cette atmosphère post-génocide si morbide ? La présence de la chercheuse est d’ailleurs parfois utilisée comme vecteur de la transmission de cette réalité complexe où vivent les survivants et les tueurs dans le même espace, national et villageois.
L’observateur occidental a tendance à « racialiser » son analyse : hutus contre tutsi. L’auteure tente de rationaliser cette haine entre deux parties de la population plutôt opposées par des critères dominants/dominés que par des différences ethniques même si leurs cartes d’identité mentionnaient à l’époque formellement la « race » : Hutu, Tutsi ou Twa (Pygmé) ; la lutte des classes plus que le conflit racial.
A la fin de l’ouvrage, modeste, Christine Lebon constate que « rien ne peut être affirmé sur l’avenir, pas plus d’ailleurs que sur l’origine » mais, pour le futur, sa tendance naturelle serait plutôt de suivre le questionnement agité des gamins plutôt que de s’en tenir au « silence fédérateur » pour aider à la reconstruction psychique et sociale de cette population mêlée. Le plus troublant pour le lecteur est d’en déduire que rien ne permet de penser qu’un tel génocide ne se reproduise pas, ici ou ailleurs.
Un prochain projet de loi
sur la bioéthique devrait élargir, s’il est voté en l’état, la procréation
médicalement assistée (PMA) au-delà de la cible actuelle ainsi décrite sur un
site web de l’administration :
L’AMP s’adresse aux couples hétérosexuels (mariés, pacsés ou en concubinage) en âge de procréer et qui se trouvent dans l’une des situations suivantes :
– Le couple ou l’un des membres présente une stérilité (ou infertilité) pathologique médicalement constatée (bilan d’infertilité).
– L’un des membres du couple est porteur d’une maladie grave, susceptible d’être transmise au conjoint ou à l’enfant.
Toutes les femmes
seraient maintenant éligibles à la PMA, qu’elles soient en couple (hétéro ou
homosexuelles) ou célibataires. Le régime précédent présidé par François
Hollande a fait légaliser le mariage homosexuel et avait promis l’étape
suivante de la PMA mais avait procrastiné, occupé par d’autres fronts de lutte.
Le pouvoir actuel va réaliser la promesse du précédent, la PMA ne serait plus
un traitement contre la stérilité des couples hétérosexuels mais un outil pour
procréer par des voies non naturelles.
Malgré les dénégations
des uns et des autres, à l’époque comme aujourd’hui, il était écrit qu’une fois
le mariage homosexuel accordé la PMA suivrait et on peut prédire sans trop de
risques de se tromper que la gestation pour autrui (GPA) sera l’étape suivante.
La GPA pourrait « résoudre l’inégalité » qui apparaîtra après l’adoption
de la PMA entre les couples homosexuels femmes et hommes.
Ainsi va le changement
des mœurs en Occident, le train est lancé !
Une nouvelle polémique est
déclenchée à la suite de l’annonce du déremboursement progressif de
l’homéopathie par l’assurance santé pour manque d’efficacité de ces produits
et, surtout, parce que la sécurité sociale a des dépenses supérieures aux
cotisations qu’elle perçoit et qu’il est nécessaire d’essayer de réduire le
déficit conséquent. Comme il faut bien commencer par quelque chose et que
l’hypothèse d’une augmentation des cotisations ne serait pas vraiment très
populaire, le parlement a voté en faveur d’une proposition de l’administration
pour cesser de rembourser ces produits dont le service rendu est jugé peu
significatif, voire inexistant, par la majorité du corps médical.
Bien entendu cela
déclenche un hourvari de plaintes et lamentations en tous genres comme
l’extrait de cette pétition (www.change.org) permet de le mesurer :
Les professionnels d’arrière gardent défendent surtout leur pré-carré. Ils estiment que ces nouvelles méthodes de soins, détournent les patients de la médecine conventionnelle au risque de retarder des diagnostics et des traitements nécessaires avec parfois des conséquences dramatiques « dans la prise en charge de pathologies lourdes. C’est oublier un peu vite que l’homéopathie est délivrée par leurs confrères. Quelques 5000 médecins homéopathes exercent en France.
www.change.org
Chacun y va de son cas particulier pour contester une décision prise, en principe, en faveur de l’intérêt général. On peut penser que quitte à dérembourser, peut-être vaut-il mieux commencer par l’homéopathie que par l’oncologie. L’avenir dira si le niveau de santé de la population française s’est dégradé à la suite de cette mesure. Si tel était le cas il serait toujours temps de rétablir ce remboursement et de le financer en augmentant les cotisations ou par déremboursement d’autres.
Les industriels qui
fabriquent ces produits annoncent des « menaces sur l’emploi » et des
fermetures d’usine. Mme. Michu se plaint de ne plus pouvoir faire financer
son homéopathie par la communauté des cotisants et tout le monde se lamente sur
le déficit de la sécurité sociale. Bref, comme d’habitude personne n’est
content et tous auraient aimé, bien sûr, que rien ne change ou qu’en tout cas
les « avantages acquis » ne puissent évoluer que dans le sens de l’augmentation
et non point celui de la baisse.
Les produits
d’homéopathie seront toujours disponibles en pharmacie, au besoin importés, simplement
ils ne seront plus remboursés à leurs consommateurs par les cotisants. Sans doute
le déremboursement marquera un petit trou d’air dans la consommation puis
celle-ci repartira s’il y a véritablement un besoin. L’accès aux médicaments
remboursés non-homéopathique restera inchangé.
La Turquie et son
tonitruant président, membre actif de l’organisation du traité de l’Atlantique
Nord (OTAN), est en train d’exécuter un contrat d’armement avec la Russie,
prévoyant notamment la livraison de missiles anti-aériens supposés très sophistiqués
qui doivent être opérés avec une assistance russe. Dans le même temps, les entreprises
turques devaient participer au pool de fournisseurs du programme d’avion de combat
américain F35. Les autres membres de l’Alliance, et plus particulièrement les
Etats-Unis s’émeuvent de cette double allégeance et Washington vient de
suspendre la participation turque au programme F35 craignant qu’elle ne
facilité l’acquisition de données sur cet avion du futur par la Russie.
Au-delà de ces considérations
tactiques et techniques bien compréhensible on voit une nouvelle fois les
hésitations de la Turquie à se positionner : entre République et Empire, entre
Europe et Asie, entre laïcité et religion, entre l’Est et l’Ouest, entre
démocratie et dictature. Bref, à la différence de nombre de pays européens,
elle n’a pas abdiqué de sa volonté de puissance et fait feu de tout bois pour
tenter de revenir à un statut d’influence, empruntant toutes les voies qu’elle
pense ouvertes pour ce faire. Cela se fait hélas au détriment de ses
convictions et d’une ligne de politique étrangère claire.
Les alliés de la Turquie
au sein de l’OTAN peuvent légitimement s’inquiéter de cette attitude girouette.
En cas de conflit dur, quel camp choisirait Ankara ? On ne le sait pas
vraiment, sans doute pas plus son tonitruant président d’ailleurs, et on frémit
à l’idée que tout le matériel militaire de l’Alliance stationné en Turquie
puisse être utilisé à mauvais escient. Sans doute des précautions ont été
prises pour tenir compte de la fiabilité limitée de cet allié remuant. Entre la
Pologne définitivement rebelle à tout rapprochement avec la Russie compte tenu
de son histoire récente et la Turquie menant des alliances de circonstance avec
Moscou, ennemi historique de l’OTAN, la voie est étroite pour gérer les intérêts
contradictoires d’une alliance militaire. Pas sûr qu’elle n’y résiste, ou alors
va-t-elle réduire son envergure comme l’Union européenne se séparant du Royaume-Uni,
pour se concentrer sur ses vrais amis.
Un documentaire sur
Daniel Darc, l’ange sombre, chanteur et fondateur du groupe français Taxi
Girl, phare éphémère de la scène
française post punk au début des années 80. Le groupe ne sortit qu’un disque et
se rendit célèbre autant par son inspiration poético-morbide que par les
frasques de ses membres dont plusieurs sont morts tôt, ravagés par les drogues
et des vies sans limite. Darc qui écrivait les textes survécut, un temps, et
poursuivit une carrière solo entrecoupée de drames et de fulgurances dont
l’excellent disque Crèvecoeur, sorti en 2004 qui relança sa carrière.
Un de ses amis proches
l’a filmé tout au long de cette errance, plutôt au cours des dernières années,
et monta ensuite ce matériel après la mort de l’artiste en 2013 pour livrer un
film émouvant sur les tourments créatifs de cet être pour le moins torturé.
Rocker au cœur tendre, il est fasciné par les mots tristes posés sur des notes
innocentes. Son modèle toutes catégories est le Velvet Underground. Il est hanté par les poètes maudits et se pense
l’un d’eux, et lorsqu’il constate que ses cures de désintoxication assèchent
son inspiration il replonge avec conviction dans ses addictions.
Une
des dernières séquences le montre sur la scène des Eurokéennes (en 2008 ?)
chantant… Sad Song de Lou Reed devant une assemblée parsemée. C’est le
résumé tragique de la vie de Darc, né Rozum (famille juive originaire de Russie
et de Lituanie) dont la grand-mère mourut à Auschwitz, la mère vécut une histoire
d’amour avec un officier de la Wehrmacht durant l’occupation et qui se convertit à la
religion protestante pour tenter, en vain, de vaincre ses démons !
Un documentaire sur la
participation britannique à la première guerre mondiale : du recrutement
des soldats au retour des survivants, ces images d’époque, colorisées,
retracent le cauchemar de combattants partis la fleur au fusil et, pour les
survivants, revenus dans l’indifférence du reste de la population sur ce qu’ils
ont vécu dans la misère et la terreur du front.
Les commentaires sont
faits exclusivement par des soldats survivants, sans doute quelques décennies
plus tard si l’on en juge par leurs voix, plutôt âgées, souvent avec humour,
toujours avec réalisme. Les allemands sont traités avec bienveillance, après
tout ils étaient aussi jeunes et impliqués dans ce conflit par hasard. A la
différence de la seconde guerre mondiale, il n’y avait pas d’idéologie dans cette
folie meurtrière, mais juste le besoin de puissance et de conquête ;
finalement une vieille histoire éternellement recommencée.
Au sortir de ce
documentaire émouvant, le spectateur a juste le sentiment d’une guerre qui fut
aussi sordide qu’inutile.
Jean-Baptiste Drouet fut
le maître de poste près de Varennes en 1791 qui reconnut le roi Louis XVI
et sa famille en fuite et fit son possible pour les faire arrêter, avec succès.
On sait comment cela se termina.
Eric Drouet est chauffeur routier et l’un des animateurs principaux des émeutes qui ont agité la France tous les samedis entre novembre 2017 et juin 2018. Il s’est rendu célèbre en appelant à « marcher » vers l’Elysée et y « entrer ». Il a commis d’autres déclarations tonitruantes, parfois délirantes.
Jusqu’ici le Drouet du XXIème siècle a été moins efficace que celui du XVIIIème.
Nafissa Boukerche-Delmotte est psychologue clinicienne, psychanalyste et docteur en psychologie. Elle décortique ici le phénomène de la douleur : « est-elle émotion ou sensation ? » Du statut de signal d’alarme d’une possible maladie, elle est aussi parfois vue aujourd’hui comme une maladie en soi. La psychanalyste va alors plonger dans l’expression de la douleur pour tenter de comprendre ce qu’elle exprime, et l’on est pas à l’abri de quelques surprises lorsque la vérité se révèle.
Freud et Lacan sont mis à contribution pour aborder le concept la douleur, sur lequel ils ont beaucoup écrit, sous différents angles, ceux de la mélancolie, de la création, de la pulsion, de la jouissance, du masochisme, du deuil… La culture est appelée à la rescousse pour partager la vision de la douleur de ses artistes, de Molière (le Malade imaginaire) à Marguerite Duras (« La Douleur », celle de l’attente du retour d’un mari du camp de concentration où il était enfermé) en passant par l’humour décapant de Woody Allen qui s’y connaît en matière psy (« les illusions agissent mieux parfois que les remèdes ») et « le Cri » peint par Munch décliné en de multiples versions toutes exprimant le saisissement de l’horreur dans les mêmes termes.
Si le néophyte est un peu perdu lorsque le vocabulaire de l’auteure se spécialise (sujet, signifiant, réel), il reprend pieds lorsque l’analyse se tourne vers les ambiguïtés de la médecine de plus en plus scientifique qui a tendance à ignorer ce qu’elle ne sait chiffrer. Ou l’illusion apportée par le progrès scientifique qui veut que le « droit à » soit appliqué au « droit de ne plus avoir mal » ou au « droit à la jouissance » et éventuellement vécu comme un droit à la consommation de service médical, la douleur et la société qui transformerait le médecin en exécutant de la logique de marché pour remettre en état de travailler le patient handicapé par la douleur !
Il est rassurant de savoir que notre système de santé et ses professionnels, formés dans les facultés de la République, ont les compétences et les moyens de publier de telles analyses. Le patient potentiel se réjouit qu’un jour sa douleur puisse être prise en charge quelle qu’en soit l’expression.
Nadine Morano, élue député européen le mois dernier sur la liste électorale de Les Républicains s’en donne à cœur joue sur son compte Twitter :
Elle a été élue, elle
représente la France au parlement européen, on a les dirigeants que nous
méritons ! Elle a le droit de ne pas aimer le fait qu’une sénégalaise naturalisée
française soit devenue porte-parole du gouvernement français, elle a même le
droit de l’exprimer avec un langage de poissonnière sous réserve que cela ne
tombe pas sous le coup de la loi contre le racisme.
En revanche si le parti Les Républicains s’interroge sur les raisons de sa baisse de résultats électoraux, il peut peut-être se poser des questions sur le choix qu’il a fait de positionner Nadine Morano en position éligible sur sa liste aux dernières élections parlementaires européennes ! Si ces propos de poissonnière sont certainement appréciés de nombre d’électeurs de droite conservatrice, il n’est sans doute pas le discours fédérateur et visionnaire susceptible de rassembler le « peuple de droite » vers un avenir radieux. On est au cœur de la beaufitudisation de la société, menée ici par le parti politique lointain successeur de celui créé par le Général de Gaulle.
C’est le choix du parti d’avoir
promu ce type de personnages (comme Brice Hortefeux qui a également été élu sur
la même liste). Il y avait sans doute des dettes à payer à ces bons soldats de
la droite qui ont été de tous ses combats, sauf celui des idées. L’avenir dira
s’il fut bon ou pas.
Après Thom Yorke le 7 juillet et l’exposition « ELECTRO
– De Kraftwerk à Daft Punk », la Philharmonie de Paris reçoit ce soir dans sa
grande salle Pierre Boulez l’un des groupes historiques du monde musical
électro : les allemands de Kraftwerk. Créé en 1970 à Düsseldorf par Florian
Schneider et Ralf Hütter le groupe a joué dès les années 70’ sur la proximité,
la fusion, entre homme et machine avec une musique synthétique, des paroles
minimalistes et un visuel robotique. Ils ont développé cette thématique avec
succès jusqu’à la fin des années 80’, puis sorti deux disques au tout début des
années 2000’. Ils organisent depuis des tournées sous différentes formations.
Kraftwerk avait été notamment invité pour le concert inaugural de la salle audio
de la fondation Louis Vuitton au bois de Boulogne en 2014
Leur retour ce soir dans la salle Pierre Boulez de la
Philharmonie de Paris tient un peu de l’évènement mondain. Les vieux fans se
bousculent néanmoins au portillon et le second marché explose pour ceux qui
n’ont pas eu de places officielles pour l’une des trois soirées. Le groupe
allemand qui a vulgarisé la musique électronique il y a 40 ans et
considérablement influencé le rock du XXème siècle. La prestation ce soir est à
leur image : industrielle et technologique, minimaliste et glaçante,
dansante et sereine. Kraftwerk
signifie « centrale électrique », leur label s’appelle « kling-klang » ;
on est au cœur de la modernité vous dit-on !
Parmi les “historiques” seul Ralf Hütter est présent ce
soir. Il est accompagné des trois musiciens : Henning Schmitz, Fritz
Hilpert et Falk Grieffenhagen. Ils sont quatre habillés d’une combinaison sur
laquelle est dessinée une sorte de structure fluorescente en squelette et
installés derrière quatre blocs, style pupitre, disposés en ligne. Seul celui
de Ralf affiche un clavier avec des touches, les autres sont un embrouillamini
de boutons, de fils et de machines.
Nos quatre compères déclinent leur musique devant un vaste
écran sur lequel sont projetés de superbes images numériques, aux formes
modernes et aux couleurs vives, rappelant les thèmes de morceaux joués. Evidement
il n’y a pas vraiment de nouveauté musicale ce soir, la plupart de ces mélodies
ont été crées il y a deux ou trois décennies mais on est pris par l’aspect globalisant
de la performance. Cette musique finalement n’a guère pris de rides avec la
même recette : une rythmique en boîtes à rythmes, des ritournelles-boucles
répétitives et obsédantes et la voix transformée de Ralph, transitant
probablement par moulte filtres et vocodeurs avant d’être déversées dans les
enceintes. Les thématiques sont définitivement industrielles : radioactivity, autobahn, robots, metal…
Sur The Robots les
musiciens repartent en coulisse, un rideau s’ouvre et apparaissent sur une
scène surélevée quatre robots qui dansent de façon saccadée sur la musique et
dont les spectateurs ne sont toujours pas bien sûrs d’avoir identifiés de vrais
robots ou, plus probablement, les quatre membres du groupe singeant les robots ?
Ils semblent plus jeunes que les vrais musiciens mais une simple perruque peut
masquer les calvities naissantes… La fusion hommes-machines est tellement à l’image
du groupe que cette incertitude qui plane sur la vraie réalité des acteurs est
plutôt bienvenue !
We’re charging our battery And now we’re full of energy
We are the robots, we are the robots We are the robots, we are the robots
We’re functioning automatic And we are dancing mechanic
We are the robots, we are the robots We are the robots, we are the robots
Ja tvoi sluga, Ja tvoi rabotnik Ja tvoi sluga, Ja tvoi rabotnik
We are programmed just to do Anything you want us to
Probablement les ordinateurs musicaux et les techniques de
projection utilisées aujourd’hui ne sont plus celles des années 80’ mais le
spectacle n’en est que plus techno et parfait pour aboutir à une œuvre d’art multimédia
totale et sublime. Leur vision de l’avenir n’a guère changé depuis la création
du groupe mais leur capacité d’anticipation à l’époque était certaine : il
n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination pour insuffler un peu d’intelligence
artificielle dans cette construction robotique et en faire l’actualisation de
ce que nous vivons aujourd’hui.
Ce groupe allemand novateur a influencé nombre de musiciens
de la fin de XXème siècle. David Bowie leur a dédié la chanson V-2 Schneider de son album Heroes (faisant aussi probablement
référence aux fusées allemandes V-2 ayant ravagé la capitale britannique durant
la IIème guerre mondiale). Kraftwerk peut
légitimement revendiquer une part de paternité de la musique électronique d’aujourd’hui.
Leur capacité d’innovation, leurs recherches musicales et une inspiration
industrielle leur ont permis de créer une musique assez unique et
exceptionnelle. Quel bonheur de les avoir toujours sur la route.
Sur le final Music Non
Stop, les musiciens, l’un après l’autre, se présentent sur la partie droite
de la scène, saluent et rejoignent la coulisse. Ralph emporte un tonnerre d’applaudissements.
Pendant ce temps, les machines continuent à diffuser. Un rappel n’a pas été programmé.
En sortant les jeunes d’aujourd’hui constatent que Daft Punk n’a finalement rien inventé :
retour à la réalité !
Setlist :
Numbers / Computer World – It’s More Fun to Compute / Home Computer – Computer
Love – The Man-Machine – Spacelab – The Model – Neon Lights – Autobahn – Geiger
Counter / Radioactivity – Electric Café – Tour de France / Prologue / Étape 1 /
Chrono / Étape 2 – Trans-Europe Express / Metal on Metal / Abzug – The Robots –
Metropolis – Aéro Dynamik – Planet of Visions – Boing Boom Tschak / Techno Pop
/ Music Non Stop
A la suite de la victoire
de leur équipe de fouteballe dans une compétition internationale de baballe des
supporters se répandent dans Paris, bloquent le périphérique, détruisent et
pillent des magasins de moto sur l’avenue de la Grande Armée. Cela devient
désormais un rituel, pour exister il faut casser quelque chose chez le voisin,
le piller au passage lorsque cela se présente. L’intérêt particulier des uns
n’est considéré comme comblé que si celui de la majorité des autres est dévasté.
C’est devenu un mode de fonctionnement dans la République.
Elément de contexte, la
compétition de foute en question est une coupe d’Afrique, l’équipe fêtée est
celle d’Algérie et c’est là que les choses s’enveniment. Première (bonne)
nouvelle : un supporter de l’équipe d’Algérie est une personne ni plus ni
moins navrante que son alter-ego de l’équipe de France, un être décérébré dont
la joie ou la peine ne peuvent s’exprimer qu’au détriment de son prochain. Deuxième
nouvelle (moins bonne) : le syndrome franco-algérien toujours présent aggrave
les effets de l’incivisme. Les supporters hooligans se drapent dans… des
drapeaux algériens ce qui a tendance à provoquer un léger agacement chez une
partie de la population, sans parler des partis politiques conservateurs. Ces
comportements communautaires sont à tout le moins maladroits, chaque drapeau
algérien agité provoque à coup sûr des votes supplémentaires en faveur de
l’extrême droite et de ses messages simplistes.
Du bon sens et de la modération
devraient amener ces supporters à un peu plus de discrétion, peut-être en
déployant un peu moins de drapeaux algériens ? Ces qualités sont, hélas,
assez peu partagées dans le monde de la baballe, la relation franco-algérienne à
fleur de peau fait le reste en jetant du sel sur des plaies jamais complètement
cicatrisées de la guerre coloniale qui a opposé ces deux pays. Les descendants
de ces combattants qui ont vaincu leur puissance coloniale se croient beaucoup permis
dans ladite puissance qui, le plus souvent, a octroyé sa nationalité à leurs
parents. Et c’est là toute l’ambiguïté de la relation entre ces deux
nations : des millions de français d’origine algérienne vivent dans le
pays qui a asservi leurs ancêtres. Il y a pour certains la volonté plus ou
moins consciente d’une revanche à prendre, d’une dette à faire payer, même
après tout ce temps passé. La génération qui a fait et vécu cette guerre est en
train de s’éteindre doucement des deux côtés ; gageons qu’une fois
complètement disparue les tensions diminueront peu à peu. Les gouvernements algérien
et français ne réussissent toujours pas à partager une relation politique
apaisée, les prises de bec sont fréquentes, souvent sur des détails de protocole,
même si la coopération sur le fond est excellente. Comment imaginer alors qu’il
puisse en être autrement pour les citoyens ?
Une partie significative
de la population française a des origines au Sud de la Méditerranée alors
chaque évènement dans ces pays riverains d’Afrique du Nord, heureux ou
malheureux, a des répercussions dans l’hexagone. L’enthousiasme méditerranéen ajoute
l’exubérance et l’excès que l’on voit dans les rues ces jours-ci. Une
génération plus tôt, la réconciliation franco-allemande s’est faite sur un mode
plus froid, propre aux pays du Nord. Elle ne s’est pas traduite non plus par l’émigration
significative d’une population vers le pays de l’autre. Après la dernière
guerre chacun a repris son développement de son côté, mené par deux dirigeants
visionnaires : le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer. Peut-être l’Algérie
et la France ont-elles manqué de visionnaires ces dernières décennies ?