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  • Six mois d’émeute à Paris

    Ce 1er mai a vu se réaliser la convergence des râleurs, le traditionnel défilé syndical a dû partager la rue avec les émeutiers qui l’occupent tous les samedis depuis six mois, y compris leur courant ultraviolent d’extrême gauche. Celui-ci s’est distingué à Paris notamment en attaquant ses habituelles cibles capitalistes ainsi que le commissariat de police du XIIIème arrondissement.

    La CGT qui a l’habitude de la tête de ce genre de cortège a dû en rabattre un peu sur ses ambitions et, alors que son secrétaire général, l’ineffable moustachu Philippe Martinez, se préparait à asséner un « point-presse », des échauffourées entre la police et les émeutiers ont forcé le moustachu à reculer quelque peu et repousser son « point-presse ». Aussitôt la CGT s’est répandue contre les attaques « inouïes » des forces de police contre la liberté syndicale. La situation est assez risible et le citoyen se demande légitiment : « à quoi peut donc bien servir un point-presse de la CGT au milieu d’une manifestation du 1er mai ? ». La démocratie se remettra du report du « point-presse » de la CGT !

    Moins drôle, un groupe d’émeutiers a envahi l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière en forçant les grilles d’entrée et tentant d’envahir un service de réanimation dont le personnel a réussi à bloquer l’entrée. S’en est suivi une polémique franchouillarde comme celles dans lesquelles notre personnel politique adore se vautrer plutôt que de s’attaquer à la résolution des vrais problèmes du pays, tâche pour laquelle ils sont rémunérés par les fonds prélevés sur les contribuables ! Le soir de cet évènement le ministre de l’intérieur l’a qualifié d’attaque, le lendemain la ministre de la santé a parlé d’intrusion et le monde politicard est immédiatement entré en ébullition appelant à la démission du ministre trop bavard, et bla-bla-bla, et bla-bla-bla. Les « envahisseurs » quant à eux clament leur innocence et le fait qu’ils fuyaient la « l’ultra-violence policière ». Ils ont fondé le collectif « les 34 de la Pitié » pour communiquer sur leur aventure et tout ce petit monde va sans doute porter plainte contre l’Etat… à suivre.

    Les râleurs de tous ordres ne sont pas à l’abri d’une contradiction pour nourrir les polémiques sans fin qui leur tiennent lieu de succédané de politique. Quand l’Etat ordonne à ses forces de sécurité de rester statiques pour éviter trop d’affrontements directs : il laisse les casseurs dévaster les villes. Quand l’Etat organise ses forces vers plus de mobilité pour empêcher les casseurs d’agir, il est accusé « d’ultra-violence » ou de « répression inouïe », et bla-bla-bla, et bla-bla-bla. Ce qui est sûr c’est qu’après chaque manifestation la puissance publique engage les sous des contribuables pour nettoyer les rues, reconstruire ce qui a été détruit, et là, tout le monde trouve ceci normal. Personne n’a demandé à la République de laisser les rues en l’état avec des carcasses de voiture brûlées, des façades détruites ou simplement tagués, des boutiques dévastées, etc. Ce serait peut-être une solution pour qu’au moins sur ce sujet la France retrouve une certaine unité : oui le contribuable doit payer tous les weekends pour nettoyer les dégâts des émeutes.

    Si une petite partie seulement de toute cette énergie verbeuse était consacrée sur comment financer intelligemment la vingtaine de milliards annuels qui vont être dépensés pour atténuer quelque peu les inégalités sociales qui ont déclenché ces émeutes depuis six mois, la France s’en porterait mieux. Hélas, comme toujours, la préférence est donnée à la polémique plutôt qu’à l’action, au débat futile plutôt qu’à la raison, à la querelle politicienne plutôt qu’à l’intérêt général. Ainsi va la vie publique de notre vieux pays.

  • Christine Boutin, 75 ans, le retour

    L’un des dommages collatéraux significatifs de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris est le retour de Christine Boutin, 75 ans, dans l’actualité nationale. Elle a publié un tweet dans lequel elle s’est emmêlée dans la manipulation de ses smileys. Au lieu de terminer son message avec des logos de tristesse ☹, elle a ajouté des smileys de joie 😊. Il s’agit juste d’une méprise dans le sens de la parenthèse. Evidemment une bonne partie des réseaux dits sociaux en rigole encore…, évidemment les mal-élevés qui hantent ces réseaux se sont déchaînés :

    La remarque de Gunther Love fait référence au fait que Mme. Boutin est mariée avec l’un de ses cousins. Elle lui répond dans des termes fleuris. Compte tenu des torrents de haine et d’extrémisme que déclenchent les tweets racoleurs de Christine Boutin, le mieux serait qu’elle déconnecte la possibilité de déposer des commentaires. Elle éviterait ainsi de se faire insulter. L’Intelligence et la Raison y gagneraient en attendant qu’elle se consacre plutôt à sa foi qu’à la communication.

  • SCHUMPETER Joseph, ‘Le capitalisme peut-il survivre ?’.

    Sortie : 1947, Chez PAYOT (2011)

    Joseph Schumpeter fut un économiste autrichien (puis naturalisé américain) dont la pensée fut marquante au mitan du XXème siècle. Il est notamment le concepteur du principe de la « destruction créatrice » qui veut que l’innovation pousse à la destruction d’emploi des activités économiques périmées qui sont remplacées par de nouvelles, créatrices d’encore plus d’emploi. Les crises seraient dans l’essence même de l’économie capitaliste de cycles, l’innovation et l’entreprise permettant de les dépasser.

    « Le capitalisme peut-il survivre ? » est la deuxième partie d’une des œuvres majeures de l’auteur : « Capitalisme, socialisme et démocratie » publié en 1942. Dans son prologue Schumpeter répond par la négative à la question posée dans le tire tout en précisant qu’il s’agit de son opinion personnelle, qui n’a guère d’importance, et ne l’empêche pas de développer une analyse qui, si elle est scientifique, se fonde sur ce que serait la tendance si elle continuait à agir comme observé actuellement, mais n’est en aucun cas une prophétie qui prévoirait l’avenir si d’autres facteurs intervenaient. Cette mise au point n’empêche pas les pronostics.

    L’accroissement considérable de la production au cours des siècles grâce à la mise à disposition de biens de consommation à des masses toujours croissantes n’a pas permis d’endiguer le fléau du chômage, par contre, la création de richesses par le système capitaliste a permis une redistribution d’une partie de celles-ci en faveur des chômeurs et sans remettre en cause l’économie du système (nous sommes en 1942, rappelons-le).

    Le capitalisme serait fondamentalement une « méthode de transformation économique » et en aucun cas un système stationnaire. Ce mouvement est guidé principalement par l’innovation : celle des nouveaux objets de consommation, des nouvelles méthodes de production, de transport, les nouveaux marchés, tous éléments créés par l’initiative capitaliste !

    S’en suivent les développements plutôt complexes de la pensée de l’auteur sur la libre concurrence versus les oligopoles, la protection versus le maintien en vie de filières désuètes, la rigidité des prix de court terme versus l’évolution de la production sur le long terme, le progrès « destructeur » versus la conservation des valeurs capitalisées, le monopole versus le mécanisme concurrentiel, la démographie versus les occasions d’investissement, le libéralisme versus l’art de vie capitaliste…

    Le dernier chapitres est intitulé « Décomposition » rappelant que l’évolution capitaliste détruit son propre cadre institutionnel avec sa tendance naturelle à l’autodestruction mais aussi à la création d’une évolution nouvelle. Et ce n’est pas pour autant que la vision de Marx sur l’avènement inévitable du socialisme sera autoréalisatrice car, à l’époque (les années 30), les théoriciens ne savent pas encore si ce socialisme est viable ni dans quelles conditions il pourrait être mis en œuvre.

    Schumpeter laisse le lecteur face à des questions de société vitales, après les avoir sérieusement défrichées. La lecture de ce livre en 2019, après les guerres mondiales, les conflits impérialistes, les crises économiques majeures, l’effondrement des économies socialistes, la mondialisation, la croissance économique et démographique mondiale effrénée, permet d’admirer la puissance de pensée de son auteur. Car c’est aussi l’un des attraits de ce « système capitaliste » : celui d’avoir généré une autoanalyse de multiples chercheurs basant leurs analyses sur les faits scientifiques plutôt que sur l’idéologie.

  • Visite à la Sainte-Chapelle

    La Sainte-Chapelle a été édifiée entre 1242 et 1248 selon la volonté de Louis IX, futur Saint-Louis, pour y conserver les reliques de la passion du Christ, dont la couronne d’épines acquise en 1239 pour une somme largement supérieure au coût de la construction de l’édifice.

    L’ensemble des quinze verrières du XIIIème siècle de la chapelle haute ont été restaurées entre 2008 et 2014, et la restauration de la rose occidentale, consistaient en un nettoyage des verres, des plombs et des structures métalliques des verrières, et la restauration des façades de l’édifice et de ses sculptures.

    La vision de ces vitraux est éblouissante !

  • Michel Jonasz – 2019/04/27 – Mairie de Montrouge

    Michel Jonasz, chanteur populaire des années 80’ passe en concert dans la salle de spectacle de mairie de Montrouge, accompagné d’un pianiste, au demeurant excellent. Evidemment, il a vieilli, mais nous aussi sans doute. L’âge moyen de l’assistance est plus proche de celui d’une maison de retraite que d’un collège… Il en rit et tente de nous en faire sourire.

    Il a gardé une belle voix grave au trémolo si particulier, un joli sens du rythme mêlant jazz, blues et chanson de variété en un cocktail toujours sympathique. Son pianiste joue aussi de la guitare avec brio et le duo affiche sa complicité. Le duo pourrait sans doute faire un peu moins les clowns que le spectacle n’en pâtirait point. Ses textes sont emprunts d’une certaine mélancolie, sur la vie qui passe et les amoureuses qui nous quittent.

    Au temps de sa gloire Jonasz surnageait largement au-dessus du lot des chanteurs de variété de son époque. Il est selon auteur, compositeur ou interprète et continue à sortir des disques, le dernier date de 2011. A 72 ans, il va bien falloir qu’il s’arrête un jour.

  • Nos enfants vont payer


    Nous nous demandions récemment qui allait devoir payer pour que les émeutiers cessent d’imposer leur chaos à la majorité. Le président de la République a donné la réponse hier soir à l’occasion d’une conférence de presse : ce sont nos enfants qui paieront pour maintenir notre niveau de vie d’aujourd’hui. Différentes mesures de baisses des dépenses publiques prises depuis deux ans sont annulées, de nouvelles dépenses sont annoncées et des impôts doivent baisser. C’est le cocktail classique en France depuis des décennies pour les sorties de crises sociales (le dernier budget de la nation voté en équilibre remonte à 1974) qui explique la situation tendue des finances publiques : on augmente les dépenses et on baisse les recettes, le résultat est explosif. C’est comme à la maison : la dette augmente.

    Les bonnes résolutions sur la réduction des déficits et du niveau de dette sont jetées aux oubliettes, il est fort peu probable que les engagements électoraux du président vis-à-vis de ses électeurs comme de nos partenaires financiers de la zone euro puissent être tenus. Et comme il va bien falloir payer, et bien la République va emprunter des sous et nos enfants les rembourseront…

    La première série d’annonces en décembre pesaient déjà une dizaine de milliards d’euros en année pleine, celles dévoilées hier ajoutent une autre dizaine, on en est donc maintenant à 20 milliards d’euros à distribuer pour arrêter les émeutes et acheter le calme social. Il n’est d’ailleurs pas sûr que l’objectif soit atteint tant les revendications des émeutiers sont irrationnelles. Une revue des « niches fiscales » dont bénéficient les entreprises devraient être lancées mais en excluant les deux principales que sont le crédit impôt recherche (CIR) et le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Il y a sans doute assez peu de chance qu’une révision à la baisse des niches résiduelles permette de financer 20 milliards. Les méthodes habituelles devraient donner les résultats attendus : la dette publique va augmenter.

    Les discours lénifiants sur les effets bénéfiques de cette injection de fonds publics sur la croissance sont évidemment servis, Keynes expliqué à Mme. Michu, mais on connaît maintenant les limites de cette tactique qui consiste à dépenser d’abord puis réformer ensuite, et la seconde étape passe toujours aux oubliettes bien entendu. C’est le drame financier de la France, qui continue !

  • Sophie Hunger – 2019/04/25 – Paris la Gaîté Lyrique

    Sophie Hunger revient à Paris au cœur d’une large tournée qui suit la sortie de son dernier CD : Molecules. L’une et l’autre débordent de l’enthousiasme dont ne dépare jamais cette artiste helvétique.

    Habillée de noir, elle est accompagnée d’une bassiste manipulant aussi de l’électronique, d’un batteur, d’un claviériste (parisien et fidèle au groupe) et d’un choriste intermittent également second guitariste.

    Le concert débute sur I opened a bar, parfait résumé de cette nouvelle direction musicale plus techno, des paroles chantées-parlées mais toujours pleines de bienveillance et d’une douce nostalgie à peine couverte par ces rythmes plus entraînants : I opened a bar for my boyfriend/ The one who always held my hand/ in publics places where we drank/ To him to wonderfully spend the night/ with his new lover…

    Lorsqu’elle prend la parole après avoir joué quelques-unes de ses nouvelles compositions, elle rappelle, dans son français souriant à l’accent alémanique, que nous nous fréquentons depuis 12 ans maintenant ce qui est une période bien plus longue que celle des couples d’aujourd’hui qui sont généralement déjà en thérapie à ce stade, alors qu’entre nous, tout va de mieux en mieux… Elle s’en réjouit et nous avec.

    Le concert se déroule dans l’harmonie de compositions fluides et agréables à entendre. Les passages électriques à deux guitares se font dansants et fébriles. Les chœurs chantés par les musiciens encadrent délicieusement la voix de Sophie tout en lui maintenant son côté brumeux, élégant et enfantin.

    Sophie Hunger : une musicienne originale qui ne se prend pas au sérieux. La couverture de son disque la montre tout habillée dans une baignoire remplie d’eau. Sur scène, alors que ses coreligionnaires guitaristes utilisent des pédales pour gérer leurs effets sonores, elle a placé celles-ci sur une tablette devant elle et tape dessus avec le poing pour faire ses réglages.

    Un sourire, une guitare (électrique ou acoustique), une voix, de l’inspiration et de l’enthousiasme, sans oublier un groupe de potes d’excellent niveau, et voilà de quoi remplir une soirée folk-pop pleine de charme et de grande qualité.

    Setlist : I Opened a Bar/ The Actress/ Let It Come Down/ Supermoon/ Die ganze Welt/ Sliver Lane/ Liquid Air/ Tricks/ There Is Still Pain Left/ Coucou/ Das Neue/ Freiheitsstatue/ Hanghanghang/

    Encore : That Man/ Le vent nous portera (Noir Désir cover)

    Encore 2 : Speech (Fisher song)/ Train People

  • 320 morts au Sri-Lanka dans un attentat religieux

    Le groupe Etat islamique a revendiqué l’attentat terroriste qui a fait plus de 320 morts et encore plus de blessés dans des hôtels et des églises de cette île-Etat. Il s’agit d’une attaque coordonnée de plusieurs kamikazes qui ont ciblé tout particulièrement des églises où se pressaient des foules de fidèles à l’occasion de la célébration des fêtes catholiques de Pâques. La cible des hôtels a « permis » d’atteindre une population non-sri-lankaise nombreuse.

    C’est un Dieu contre un autre, et la guerre continue ! Elle a même tendance à s’élargir à des pays d’Asie qui étaient jusqu’ici plutôt épargnés par cette barbarie religieuse.

  • Démesure et rapacité

    Le prochain départ du chef de la société Airbus déclenche les mêmes réactions étonnées sur le montant extravagant des sommes cumulées que l’impétrant devrait percevoir jusqu’à son décès. On parle d’une trentaine de millions d’euros. Evidement il y a là-dedans des actions dont les cours de vente ne peuvent pas être connus à l’heure d’aujourd’hui, mais que l’on peut néanmoins les évaluer et qui font partie de la somme. Ensuite, il y a ce fumeux concept de « retraite chapeau » qui consiste pour l’entreprise à verser une retraite additionnelle à son ancien dirigeant jusqu’à sa mort. Dans le cas de ce patron, il percevra un petit million d’euros annuel pour une vingtaine d’années compte tenue de la durée de vie moyenne d’un homme allemand (il est de cette nationalité) soit 80 ans. Comme le grand chef n’est pas le seul à bénéficier de tels avantages dans la compagnie et qu’à un moment donné il y a un dirigeant en poste mais au moins deux ou trois retraités encore en vie, on peut craindre que la société soit non seulement une industrie de construction aéronautique mais également une caisse de retraite pour VIP.

    Comme toujours, le citoyen, ébahi, redécouvre ces avantages financiers extraordinaires. Comme souvent l’employeur explique que ces conditions sont celles « du marché », qu’elles sont largement supérieures aux Etats-Unis, qu’elles sont transparentes et contractuelle, que le dirigeant bénéficiaire a atteint ses objectifs, et bla-bla-bla, et bla-bla-bla.

    La vraie question que doit se poser l’économie libérale serait : est-ce qu’un dirigeant payé moins cher pourrait faire le même travail avec des résultats équivalents ? La réponse est très certainement « oui » tant ces grands patrons sont interchangeables, mais le système ne veut pas tenter l’expérience, préférant garder ces avantages faramineux pour un petit groupe de happy-few au sommet de l’échelle. La mise en concurrence c’est bien pour faire baisser les prix des fournisseurs mais pas les salaires des dirigeants… Les actionnaires n’ont que peu d’états d’âme du moment que leurs dividendes sont au rendez-vous et, finalement, les rémunérations abracadabrantesques versées à leurs mandataires est importante rapportée à un individu mais peu de chose rapportée au chiffre d’affaires et aux profits des grands groupes mondialisés qui les versent. En réalité, rien ne justifie de pareilles rémunérations, ni l’intelligence, ni la compétence, ni les résultats de leurs bénéficiaires. Certains s’émeuvent de ce marqueur de l’incroyable augmentation des inégalités générée par la société capitaliste ces dernières décennies. Le chef de la société agro-industrielle Danone vient d’annoncer qu’il renonçait à sa retraite chapeau (1,2 millions d’euros/an) en ajoutant : « l’argent qu’on a ne nous appartient pas, il ne m’appartient pas. C’est l’argent de nos agriculteurs, c’est l’argent de nos consommateurs, c’est l’argent de nos salariés, c’est l’argent de la planète et c’est pour ça que cet argent restera là ». Certains patrons, français et américains notamment, ont lancé des appels pour être plus imposés. Ils restent largement minoritaires et Wall-Street ne s’est pas encore transformée en organisme humanitaire, mais ces prises de conscience sont bonnes à prendre, surtout lorsqu’elles sont suivies d’actes concrets comme dans le cas Danone. On espère que M. Danone ne va pas se rattraper autrement.

  • Lambchop – 2019/04/23 – Paris la Maroquinerie

    Lambchop est de retour à la Maroquinerie avec un nouveau disque This is what I wanted to tell you, et une équipe de musiciens renouvelée autour des historiques de la bande. Kurt Wagner, le leader et inspirateur de cette musique joue et chante toujours avec son éternelle casquette rouge vissée sur la tête. Clin d’œil à cette habitude vestimentaire, la couverture du dernier disque est une photo-portrait de lui… sans casquette et l’on découvre enfin ce qu’il y a sous celle-ci : une sévère calvitie.

    Blanchi sous le harnais des disques et des tournées depuis les années 90’, ce groupe de Nashville développe sa country alternative avec bonhommie et créativité. Un peu d’électronique vient enrichir leur inspiration cette années, deux jeunes ont été recrutés dont le batteur-saxophoniste-guitariste (qui assure également la première partie) et le percussionniste noyé derrière une masse de fils qui sortent et se connectent à d’étranges machines. Sur le disque récent et une bonne partie du show de ce soir, la voix de Kurt est traitée comme avec un chœur en léger décalé sur le chant principal, il n’est pas sûr que ce bidouillage soit indispensable.

    Wagner et ses deux jeunes sont entourés d’un guitariste du genre free (qui passe à la steel de temps à autre) et d’un claviériste, qui ont son âge et jouent avec lui depuis la nuit des temps. Le bassiste vient compléter ce combo. Tout le monde est souriant et appliqué autour du Maître qui décline cette musique « de chambre » avec douceur et mélancolie. Ni virtuosité ni effets de manche, seulement ce folk qui vient de ce Tennesse profond dont l’atmosphère et l’histoire tragique ont inspirées tellement de musiciens.

    Tout dans la musique de Lamchop transpire cette quiétude tropicale propice à la créativité. Alors on se laisse bercer par les mots et les notes, comme emportés par cette lenteur : There’s no rules to this disorder/ I cup my hands, I drink the water/ The news was fake, the drugs were real/ The dream was gone, not its appeal (Everything for You).

    Habitué de cette petite salle de la Maroquinerie, Lambchop y a rassemblé ce soir encore un public fidèle et amateur de cette musique ciselée comme le cristal. C’est la qualité plutôt que les décibels et une sérénité comme ancestrale au cœur d’un monde tellement agité : le deep-south monté à Paris, l’âme du Tennesse qui plane sur Belleville. Quelle élégance !

  • KENNEDY Douglas, ‘La Symphonie du hasard – Livre 3’.

    Sortie : 2017, Chez : POCKET 17431.

    Alice est revenue de Dublin avec ses traumatismes, dont la mort de son chéri dans un attentat terroriste, spécialité locale à l’époque (années 80′). Elle a retrouvé les siens aux Etats-Unis, avec leurs névroses, leurs trahisons et un amour familial intense et complexe. Il lui faut revivre malgré la douleur et le souvenir, elle s’exile dans une université de la côte Est puis une école où elle enseigne quelques années. A l’abri des tourments de la ville, loin des affres de l’amour, protégée de la complexité des rapports humains, elle se reconstruit fragilement avant de retourner s’installer à New-York où elle brille dans un job d’éditrice et… replonge dans cette famille impossible : la sienne ! Une mère juive, un père ancien marines à Okinawa, un petit frère spéculateur compulsif et un autre idéaliste se prenant à écrire, tout ce petit monde se déchire allègrement et se retrouve malgré tout, souvent dans le drame, parfois dans l’affection.

    Avec ce troisième volume de la Symphonie du hasard, Douglas Kennedy continue son parcours (partiellement autobiographique) à travers le monde occidental agité par les soubresauts de la fin du Xxème siècle. Mais il nous parle surtout de la famille, cette organisation si compliquée où se mêlent émotion et raison, attachement indestructible à la tribu et haine définitive de ses membres, amoncellement de petits et souvent hideux secrets. Alice est le vecteur de ce voyage à travers une vie américaine au cœur d’une symphonie où le hasard fait tant de bonnes choses, et de moins bonne.

    Plus léger que Jim Harrisson ou Pat Conroy autres experts américains en féroces histoires d’auto-destruction familiale, Kennedy nous emmène tout de même, à sa manière, dans les tréfonds de nos sentiments. C’est palpitant. Heureusement, ce livre 3 se termine sur un « A suivre… »

  • De Gaulle au musée de l’Armée

    Le musée de l’Armée consacre une exposition permanente au Général de Gaulle. Après tout, l’Armée a mené l’un des siens au pouvoir suprême en France, et de quelle manière, c’est bien le moins que son musée honore ce personnage devenu l’un des pères de na nation.

    On y retrouve tout ce que les citoyens ayant vécu sous son règne et s’intéressant un tant soit peu à l’Histoire connaissent déjà : beaucoup de photos et de vidéos, la grandeur du tribun, la vision du politique, l’anticipation du militaire. Et quel plaisir de replonger dans ses fameuses conférences de presse où l’humour accompagnait la clairvoyance. Quelle époque !

  • La cathédrale brûle et la nation perd la raison : le sabre au secours du goupillon !

    La cathédrale catholique Notre-Dame de Paris a été fortement endommagée ce lundi 14 avril par un incendie de sa charpente en bois. Une émotion démesurée s’empare de la France face à cet incident immobilier touchant un bien de l’Etat, donc des contribuables. Le président de la République reporte une déclaration économique qui était programmée sur les ondes, Stéphane Bern (présentateur télévisé) pleure devant les caméras, tout ce qui compte d’élus en recherche de suffrages se déchaîne en messages inutiles sur Twitter, l’ineffable Christine Boutin sort de sa retraite pour nous asséner quelques bondieuseries larmoyantes, les grosses entreprises se battent pour annoncer le plus gros don pour les réparations futures, les télévisions organisent des émissions spéciales sur le sujet où siègent dire cardinaux et experts qui lancent immédiatement des polémiques franchouillardes si chères à la presse : faut-il reconstruire à l’identique, ou pas, les donateurs privés vont-ils bénéficier de niches fiscales, ou pas, les pompiers avaient-ils des lances à incendie suffisamment puissantes, ou pas, etc. etc.

    Le monument religieux est important et magnifique, il sera donc réparé et c’est très bien ainsi. Les financements plus ou moins privés abondent, les travaux sont déjà surfinancés. On parle à ce stade d’un milliard d’euros et personne ne semble percuter sur le fait qu’un milliard pour réparer un toit est juste une somme absurdement excessive. Malgré cela, le président de la République annonce une souscription publique et la création d’un établissement public dédié à ce chantier (comme s’il n’y avait pas assez d’agences gouvernementales existant pour ce genre de tâches) qui sera présidé par un général, rien de moins. Le sabre va organiser le goupillon. On est en plein délire communicant, en excès de surenchères populeuses, en racolage politico-religieux de bas étage.

    Il faudrait revenir à la raison : le financement est assuré, le principe des travaux de réparation du toit est décidé, la République possède les compétences nécessaires et les architectes des monuments historiques nationaux vont coordonner le chantier comme ils l’ont déjà fait par le passé pour nombre de bâtiments. Donc, on y va et on passe au sujet suivant !

  • Le Royaume-Uni encalminé

    Charlie Hebdo – Riss

    La première ministre britannique continue à défendre contre vents et marées son projet d’accord de brexit « raisonné ». Le vent et la marée sont en l’occurrence l’inconstance et l’irresponsabilité de son parlement. Après avoir exigé de valider tout accord de sortie de l’Union européenne (UE), ils n’y arrivent finalement pas. Comme leur a fait remarquer Theresa May ils ont voté :

    • Contre l’accord avec l’UE proposé par elle
    • Contre une sortie sans accord
    • Contre un report à long terme de la date limite de sortie
    • Contre un rétablissement d’une frontière en Irlande du Nord
    • Contre l’octroi d’un statut spécial à l’Irlande du Nord
    • Contre différentes propositions alternatives qui ont été mises sur la table

    Et ils n’ont voté « pour » à rien !

    Finalement le Royaume-Uni a obtenu un nouveau report au 30 octobre de sa date de sortie soumis à différente conditionnalité. Personne ne veut lâcher prise et composer pour constituer une majorité de décision. La situation est relativement ubuesque et ne permet à aucune des parties d’avancer. Ironie suprême, il est désormais probable que le Royaume devra participer aux élections du parlement européen de mai prochain s’il est toujours membre de l’Union.

    La fébrilité commence à saisir l’Union européenne qui craint l’incertitude d’un brexit brutal. En fait personne ne sait bien quelles seront les conséquences de ce divorce, qu’il soit amiable ou conflictuel. Il arrive un moment où il faut y aller et advienne que pourra, mais tout le monde fuit ses responsabilités à Westminster, terrifié d’avoir à endosser une responsabilité en cas d’échec. Le courage politique est une denrée qui se fait plutôt rare en nos temps d’opulence… Au pied du mur, gageons que nous nous en sortirons, mais il serait bienvenu que les électeurs britanniques renvoient leurs parlementaires nationaux dans leurs cottages compte tenu de leur piètre efficacité, et élisent un personnel politique neuf capable de gérer ce changement à venir.

    Dans son Histoire, le Royaume-Uni a vu pire, et, souvent, fait mieux !

  • L’Algérie vire son président

    Finalement, devant l’insistance des manifestations de rue en Algérie, le pouvoir algérien en place se rend à l’évidence : le président Bouteflika est incapable de mener un cinquième mandat. Après avoir nié ce fait purement médical, il avait été annoncé dans un premier temps que M. Bouteflika se ferait élire puis démissionnerait avant la fin de son cinquième mandat. La rue n’était pas contente. Il a ensuite été décidé que le mandat en cours serait prolongé jusqu’à une révision de la constitution avant l’organisation de l’élection présidentielle à laquelle le président actuel ne se présenterait pas. La rue a continué de gronder. Puis il a été acté que M. Bouteflika démissionnerait sous peu, puis le président Bouteflika a démissionné avant la fin de son mandat et s’en est remis, enfin, à la constitution du pays.

    Un président par intérim est en place et les élections se dérouleront dans les prochaines semaines. La rue est encore mécontente, redoutant que le « clan » Bouteflika n’arrive à rester au pouvoir malgré l’absence de son leader, une crainte pas tout à fait infondée. Nous sommes en Algérie alors les critiques contre la France, ancienne puissance coloniale, ne sont jamais loin. Elles fleurissent dans les manifestations, parfois avec humour, même si Paris prend bien soin de ne surtout pas se même de ce qui se passe dans son grand voisin du Sud.

    Bientôt la fête va s’achever et il va falloir retourner au boulot. Gageons que l’Algérie n’est pas au bout de ses peines même si une étape importante a été franchie de façon relativement pacifique avec la mise à la retraite de son président, impotent depuis plusieurs années. Le pire n’étant pas toujours sûr on peut espérer une prise de conscience de la caste dirigeante qui pourrait se consacrer à l’intérêt général de façon un peu plus intense que par le passé… La stabilité de l’Algérie représente également un sujet important pour la sécurité des pays riverains du Nord de la Méditerranée. Il va falloir jouer finement avec ce sujet potentiellement explosif de la réforme et la mise à niveau de ce pays exigeant.