RONDEAU Emmanuel, ‘Les Frères d’Astier de La Vigerie, Français libres’.

Sortie : 2025, Chez : Tallandier

Les d’Astier de La Vigerie, famille anoblie sous la monarchie de juillet, ont vu le Baron Raoul d’Astier de la Vigerie (1850-1922) épouser Jeanne de Motalivet issue d’une noblesse plus ancienne, dont un ancêtre servit Napoléon comme ministre de l’intérieur. Bref, du beau monde dont trois héritiers, François (1886-1970), Henri (1897-1952) et Emmanuel (1900-1969) firent preuve d’un comportement exemplaire durant les deux guerres mondiales du XXe siècle. Le récit d’Emmanuel Rondeau raconte cette épopée.

François, l’aîné qui hérita du tire de baron, s’engagea dans la carrière militaire, combattit en 1914-1918 et rejoint de Gaule à Londres en 1940 dont il fut l’adjoint. Il portait 5 étoiles quand l’homme du 18 juin n’en affichait que 3. Henri mena des affaires peu brillantes en temps de paix, défendit l’Action française d’inspiration monarchiste et nationaliste, mais s’illustra durant les deux guerres, notamment en structurant les mouvements de résistance en Afrique du nord durant la seconde, qu’il termine à la tête des « commandos de France » qui précédèrent les troupes alliées progressant vers l’Alsace. Il fit partie du complot qui fomenta l’exécution de Darlan à Ager. Emmanuel, trop jeune pour avoir combattu lors de la première guerre mondiale se rattrapa dans la seconde durant laquelle il fédéra les courants de la résistance au Sud de la France avant d’être ministre de l’intérieur du Gouvernement provisoire dirigé par de Gaulle en 1944. Il mena ensuite une carrière d’écrivain en restant engagé dans la politique comme gaulliste « de gauche ». Compagnon de route du parti communiste français, son aveuglement pour Staline lui fut longtemps reproché.

Outre le parcours de cette famille d’exception (la génération suivante fut également engagée dans les combats de la résistance) le récit plonge le lecteur dans l’effroi que constitua la défaite de la France face aux Allemands, encore une fois… C’était le chaos militaire matérialisé par l’armistice et la poignée de mains de Pétain à Hitler à Montoire en 1940, mais aussi idéologique tant la France était désemparée devant un tel désastre. Chacun réagit comme il le sentait, ceux qui ont rejoint Londres en 1940, d’autres un peu plus tard. Ceux qui ont ouvertement collaboré, ceux qui ont attendu de savoir dans quel sens tournait le vent. Les militaires qui obéissaient à Pétain, le « vainqueur de Verdun », par sens de la discipline ou par ambition, ceux qui ont joué du conflit apparent entre les Etats-Unis de Roosevelt et de Gaulle pour essayer de se placer. Et puis les résistants qui ont pris les armes, au début dans une totale désorganisation où les conflits de pouvoir et d’égos étaient prégnants, puis, progressivement en se réunissant jusqu’à la victoire. Beaucoup sont morts, souvent dans des conditions effroyables. Les trois frères étaient sous une bonne étoile. Ils ont survécu.

Sans hésiter les D’Astier choisirent la résistance, sans même se consulter. Ils se sont d’ailleurs très peu croisés durant cette guerre, chacun œuvrant de son côté. Ils furent tous les trois nommés « Compagnons de la Libération » par le Général de Gaulle, au terme de ces évènements fondateurs de la France de la deuxième moitié du XXe siècle. Ce livre se dévore comme un roman policier tant les parcours différenciés, mais tournés vers le même but, la libération de la France du joug ennemi, animés de la même certitude, celle de la victoire, sont fascinants. Différence de taille pour les lecteurs sexa-septuagénaires : ce n’est pas un roman mais l’histoire que vécut la génération de nos grands-parents !

Une petite rue parisienne rend hommage à cette fratrie dans le XIIIe.