Un grand débat sociétal est posé par la sortie ces jours-ci du récent livre « Qui est Charlie ? : Sociologie d’une crise religieuse » d’Emmanuel Todd, historien-anthropologue-sociologue, en général plutôt polémique. Le garçon hante depuis les plateaux télévisés où il explique sa théorie. Sans avoir lu son brûlot, on comprend de ses interventions dans les médias qu’il se penche sur les manifestations du 11 janvier 2015 suite aux meurtres des journalistes de Charlie-Hebdo et de clients d’un Hyper Cascher par des extrémistes religieux français. Au même moment des manifestations similaires étaient organisées dans d’autres capitales occidentales.

Dans ses prestations médiatiques Todd développe l’idée que ces manifestations de plusieurs millions de français à travers l’hexagone n’étaient pas tant un soutien aux victimes du terrorisme religieux qu’un cri du cœur nostalgique de la classe moyenne, généralement plutôt chrétienne, voyant disparaître progressivement ses avantages et son mode de vie… Et comme il est obsessionnellement anti-euro, Todd rend aussi responsable la monnaie unique des dérives religieuses de notre société.
Passés les flonflons de la fête il est devenu assez évident que ces manifestations furent loin de l’unanimisme fantasmé par le monde politico-médiatique d’une France unie debout contre la barbarie. Les citoyens ont découvert, effarés, qu’une partie des leurs ne manifestait pas. Ces derniers marquaient ainsi non pas tant leur soutien aux meurtres religieux mais leur rejet de cette France conservatrice qui ne voit pas son environnement changer, et surtout qui refuse ce changement.
Todd dit cette situation qui va un peu à l’encontre du roman politique raconté depuis sur l’esprit du 11 janvier. Son extension à l’effet euro guidant le bras armé des criminels relève sans doute plus du côté provocateur de l’essayiste que de l’analyse sociologique.
Ce que vit Mme. Michu maltraitée par Todd c’est le syndrome du « on n’est plus chez nous », ressentit avec plus ou moins d’appréhension et de transparence par nombre de citoyens français. La mondialisation est passée par là, les frontières se sont ouvertes sous la pression des commerçants et grâce à l’approbation de parlements démocratiquement élus qui n’y ont pas compris grand-chose et en tout cas n’ont rien anticipé. Le monde s’est enrichi, beaucoup. La puissance s’est déplacée et partagée plus équitablement. Les populations se sont entremêlées, les grandes guerres mondiales ne se sont plus renouvelées. Mais malgré la science et l’augmentation du produit intérieur brut mondial, la religion que l’on croyait balayée par le pouvoir d’achat, est redevenue le recours du paumé, ramenant son cortège d’obscurantisme, de déraison et de sang. Et des gamins nés en France, éduqués par l’école de Jules Ferry, débordés par tout un galimatias idéologico-religieux mêlant l’esclavage, la colonisation, Israël, la lutte des classes, le paradis et le deal de shit, ont pris les armes contre leurs compatriotes pour régler dans la poudre ce qu’il n’arrivaient pas à résoudre avec leurs neurones.
Mme. Michu désespérée crie à l’invasion et vote pour l’extrême droite avec Eric Zemmour qui pleure sur « le grand remplacement ». Emmanuel Todd amène sa part à l’édifice et en rajoute dans la provocation, malgré le brio dont il est capable.
Tout ceci est inutile alors que la République a besoin d’intelligence et de sérénité pour affronter la déraison qui s’empare de certains des siens. Il va falloir s’y faire, la France a décolonisé puis mondialisé, elle est donc mélangée, y compris religieusement. Cela ne va pas sans heurt mais il n’y a pas de retour en arrière possible. Les intellectuels feraient mieux d’apporter un peu d’apaisement au débat et de laisser les invectives et les clichés à Laurent Wauquiez et les siens.
Malgré tout, et alors que l’on fête le 70ème anniversaire de la reddition nazie de 1945 avec ses 40 millions de morts (60 millions si on ajoute ceux de la guerre avec le Japon), et sans même parler des morts des décolonisations, des systèmes totalitaires communistes et autres, on peut penser que les guerres de religion en cours sont statistiquement bien moins mortifères que les grands séismes du 20ème siècle. Il faut quand même les traiter et trouver les bonnes idées pour ce faire. On ne peut pas dire que Zemmour ou Todd y aident beaucoup.

Enième réforme de l’enseignement, on s’attaque cette fois-ci au collège unique que tout le monde s’accorde à juger en perdition mais que chacun veut réformer à sa manière. Il en résulte l’habituelle cacophonie dès qu’un pouvoir envisage de vouloir changer quelque chose dans l’éducation nationale. Les responsables et les irresponsables assènent à Mme. Michu un galimatias idéologique où tout et son contraire sont mixés avec du règlement de comptes politique et personnel, de la grève, des vociférations, des menaces… des poules caquetant bêtement dans un poulailler. Bref, la France manifeste son habituel immobilisme doublé d’une panique face au mouvement.



Vafourakis, ministre des finances grec, qui trouve du temps pour prendre la pause pour Paris-Match face au Parthénon, est relégué au second plan des négociations financières menées entre la Grèce et ses créanciers publics, c’est-à-dire majoritairement les contribuables européens. Il se définit lui-même comme « marxiste libertaire ». Il semble que le garçon ait eu du mal à réfréner son penchant naturel à donner des leçons d’économie au reste du monde. Evidemment quand on dépend de ses créanciers il n’est pas toujours très efficace de les critiquer ni de leur expliquer pourquoi ils doivent casser leurs tirelires. Il est donc remplacé à la tête de la délégation grecque négociant avec les européens. C’est une bonne mesure car il est contre-productif de taper en permanence sur la main qui signe le chèque.
Profitons-en pour constater une nouvelle fois avec consternation cette attirance du personnel politique pour les double-pages en papier glacé de Paris-Match. Manuel Valls, premier ministre français y avait cédé avec la photo édifiante ci-contre.
Certains se demanderont : mais pourquoi un instant Laurent Wauqiez ? La réponse est très simple, dans cette société libérale tellement vantée par ce cornecul, la performance individuelle est portée aux nues, souvent au détriment du collectif. Eh bien en matière d’action permanente au profit de l’abrutissement des masses, Laurent Wauquiez est un des plus performants de la classe politique actuelle. Il mérite donc d’être reconnu et récompensé pour ses exploits. C’est l’objet de cette petite chronique.
Exposition Diego Velasquez au Grand-Palais : le peintre du roi Philippe IV. Il n’y avait pas Instagram au XVIIème siècle alors les toiles de Velasquez nous disent ce qu’étaient les grands de l’époque. Les tableaux sont essentiellement des portraits de la famille royale et de ses courtisans, en tenues civiles ou militaires, généralement sur fond sombre ou neutre, on sent toute l’importance de ces personnages posant pour la postérité et la gloire de la couronne.