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  • La droite française Ă  la peine face aux dĂ©ficits publics

    La droite française à la peine face aux déficits publics

    On se souvient que Laurent Wauquiez, l’éternel candidat malheureux de la droite, rejetĂ© systĂ©matiquement par les militants de son parti, avait pris fait et cause pour les Ă©meutiers lors de la rĂ©volte dite des « gilets jaunes Â» en 2018, n’hĂ©sitant pas Ă  contredire au passage ses dĂ©clarations prĂ©cĂ©dentes sur le « cancer de l’assistanat Â». Le voici aujourd’hui qui se transforme en soutien des chauffeurs de taxi dans leur combat contre l’Etat. On apprend d’ailleurs Ă  cette occasion que la majoritĂ© du chiffre d’affaires de cette corporation est constituĂ©e de fonds publics de la sĂ©curitĂ© sociale qui les rĂ©munĂšre ainsi de leurs prestations de transports mĂ©dicaux. Les nĂ©gociations en cours entre l’Etat et les taxieurs portent sur des Ă©conomies Ă  faire sur le coĂ»t de ces prestations, Ă©conomies dont bien entendu ne veulent pas entendre parler les chauffeurs arguant que c’est la fin de leur corporation si on baisse d’un centime leur rĂ©munĂ©ration. Nous sommes en France


    Les chauffeurs de taxi ont une capacitĂ© de nuisance significative puisqu’ils peuvent bloquer la circulation en dĂ©filant au ralenti en cortĂšge aux volants de leurs voitures, et ne s’en privent d’ailleurs pas. Ils sont une corporation privĂ©e vivant majoritairement sur les fonds publics issus des cotisations sociales payĂ©es par les citoyens et les entreprises. Il ne devrait pas ĂȘtre impossible d’envisager une amĂ©lioration de leur productivitĂ© comme n’importe quelle entreprise ou organisation le fait tous les jours. On ne sait d’ailleurs plus vraiment oĂč en sont les nĂ©gociations mais on sait que la corporation est soutenue par Laurent Wauquiez grĂące Ă  une vidĂ©o qu’il a commise et publiĂ©e sur Facebook.

    Son contenu n’est pas d’un grand intĂ©rĂȘt. L’élu de droite endosse l’argumentaire de la corporation. Il est instructif de lire les justifications avancĂ©es par celui qui aspire Ă  ĂȘtre prĂ©sident de la RĂ©publique. FlorilĂšge :

    Aujourd’hui les taxis sont colùre [sic]

    C’est une profession qui bosse et dans notre pays il y a suffisamment d’économies Ă  faire sur ceux qui travaillent pas (sic) pour pas aller (sic) taper (sic) ceux qui travaillent

    DeuxiĂšme chose
 pour faire des Ă©conomies de bout de chandelle alors qu’il y a plein de gaspillages on va dĂ©stabiliser tout le parcours d’accompagnement de santĂ©, aussi bien dans nos territoires ruraux que dans nos territoires urbains.

    https://www.facebook.com/watch/?v=3911641555814533&surface_type=vod&referral_source=vod_deeplink_unit

    Comme tout le monde en France, on est toujours d’accord pour faire des Ă©conomies, mais chez le voisin !

    Il n’est pas sĂ»r que ce genre de soutien soit trĂšs porteur d’avenir pour Laurent Wauquiez qui vient de se faire doubler par Bruno Retailleau pour la prĂ©sidence de Les RĂ©publicains qui a ainsi pris un peu d’avance pour la candidature de ce parti Ă  l’élection prĂ©sidentielle de 2027. Wauquiez, comme nombre d’élus français, n’existe que par ses annonces de nouvelles dĂ©penses publiques ou la dĂ©fense de dĂ©penses actuelles. On se souvient qu’il eut une attitude plus qu’ambigĂŒe lors de la rĂ©forme des retraites visant Ă  mettre fin Ă  la croissance continue des dĂ©ficits de financement du systĂšme français. Sa position, et celle de son parti, plutĂŽt tiĂšde Ă  l’égard de la rĂ©forme a probablement fortement contribuĂ© Ă  la chute du gouvernement Barnier en 2024 et au chaos institutionnel qui en a rĂ©sultĂ©.

    Les Ă©lecteurs et les militants « de droite Â» attendent sans doute des positions plus ambitieuses de ceux qu’ils portent Ă  la tĂȘte de leur parti (leur « famille politique Â» comme on dit dĂ©sormais). On peut imaginer que cette clientĂšle serait plutĂŽt favorable Ă  une maĂźtrise de la dĂ©pense publique, en tout cas moins dĂ©favorable que les Ă©lecteurs « de gauche Â». Mais mĂȘme dans ce contexte favorable les Ă©lus de droite comme Laurent Wauquiez n’osent pas prendre leurs responsabilitĂ©s et annoncer Ă  leurs Ă©lecteurs qu’il va bien falloir baisser les dĂ©penses publiques !

    C’est aussi l’une des marques de la dĂ©responsabilisation gĂ©nĂ©rale du pays.

  • « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Weronika Chodakowska, piano)

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Weronika Chodakowska, piano)

    C’est le dernier concert parisien du festival « Chopin au Jardin – 2025 Â» qui poursuit sa route cette fois-ci Ă  Varsovie pour le mois de juillet avant de revenir en Franc, nous l’espĂ©rons tous, l’annĂ©e prochaine. La programmation est aujourd’hui moins axĂ©e sur la virtuositĂ© des prĂ©cĂ©dents dimanches que sur la douceur et le romantisme. Tellement Chopin ! Weronika excelle dans cet exercice et ses trilles s’envolent dans les tilleuls du parc et le cƓur des spectateurs.

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Weronika Chodakowska, piano)

    Quelle merveilleuse initiative que ce festival, qui de mieux pour reprĂ©senter la Pologne que Chopin, ce gĂ©nie qui a vĂ©cu une bonne partie de sa vie Ă  Paris oĂč il est d’ailleurs enterrĂ©. Parfois la musique rĂ©unit les peuples, aussi !

    Programme

    • Polonaise n° 1 en ut diĂšse mineur, op. 26
    • Nocturne n° 1 en mi mineur, op. 72 posth.
    • PrĂ©lude n° 7 en la majeur, op. 28
    • PrĂ©lude n° 15 en rĂ© bĂ©mol majeur, op. 28
    • PrĂ©lude n° 20 en do mineur, op. 28
    • Valse en mi bĂ©mol majeur (Sostenuto), WN 53
    • Ballade n° 2 en fa majeur, op. 38
    • Mazurka n° 1 en si bĂ©mol majeur, op. 7
    • Mazurka n° 4 en la mineur, op. 17 Mazurka n° 4 en fa mineur, op. 68

    Voir aussi

    Institut polonais de Paris

  • Ayo – 2025/06/25 – Paris L’Olympia

    Ayo – 2025/06/25 – Paris L’Olympia

    Ayo c’est la coolitude totale, et encore plus depuis la crise sanitaire de la covid oĂč elle s’est retrouvĂ©e confinĂ©e Ă  Tahiti. Elle a aimĂ© les charmes de la PolynĂ©sie alors elle y a posĂ© son sac et y vit depuis 2020. Elle fait du surf et a adoptĂ© les tatouages tribaux, dont deux bandes noires sur ses omoplates qui apparaissent ce soir au-dessus du dĂ©colletĂ© de la longue robe moulante beige qu’elle porte pour ce concert.

    Comme elle le raconte elle a commencĂ© sa carriĂšre il y a vingt ans avec sa guitare dans le mĂ©tro parisien, en sautant les portillons car elle n’avait pas de sous pour acheter des tickets. Aujourd’hui elle remplit rĂ©guliĂšrement l’Olympia, a sorti sept albums studio et continue Ă  sĂ©duire avec une musique soul-jazz-reggae aux intonations tropicales et une personnalitĂ© attachante.

    Elle est cool Ayo lorsqu’elle entre en scĂšne avec ses deux musiciens (contrebasse et claviers) et son grand et dĂ©sarmant sourire. Elle dĂ©marre le show en frappant un djembĂ©, histoire de rappeler ses origines nigĂ©rianes, pour Mami wata. Grande tige, elle ondule sur les rythmes doux et tropicaux et dĂ©jĂ  sa voix stylĂ©e, un peu fluette dans les aigues, nous envoute de son vibrato dĂ©licieux.

    Elle est trop cool Ayo quand elle dĂ©die Beautiful Ă  Nina, une jeune femme de Tahiti dont on comprend qu’elle affronte une maladie mentale et qu’elle nous explique dans son français joyeux que « nous sommes parfaits de nos imperfections, nous sommes beaux Â», qu’il ne faut pas se laisser pervertir par le show des apparences. Et de nous expliquer qu’elle-mĂȘme, cĂ©dant Ă  une mode africaine, a cherchĂ© Ă  faire dĂ©friser ses cheveux Ă  force de produits chimiques avant de revenir Ă  une coupe naturelle afro, qu’elle porte en chignon ce soir


    Elle est coolisisme Ayo quand elle entame Ghandi, une nouvelle chanson sur la paix, et rend hommage au sage indien qui fut raciste Ă  ses dĂ©buts lorsqu’il travailla en Afrique du Sud avant de devenir l’homme de paix que tout le monde connaĂźt ! Elle chante cette chanson en s’aidant d’un papier pour se souvenir des mots en prĂ©cisant qu’à « 44 ans on a plus sa mĂ©moire d’antan
 Â» Et Ă  la fin de cette longue ode Ă  Ghandi, Ayo descend au milieu des spectateurs, en continuant Ă  chanter, pour Ă©changer de long hugs avec certains d’entre eux.

    Un peu trop bavarde, un peu trop naïve, Ayo enchante un public familial et bon enfant. Mais un peu d’innocence ne peut pas faire de mal dans un monde de brutes.

    Warmup : Badie, un auteur-compositeur-interprĂšte français au look rasta qui chante un folk-assurĂ©, en jouant de la guitare et un peu d’électronique.

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    Ayo – 2012/06/13 – Paris le CafĂ© de la Danse

  • « Bouquet final ! » par le ChƓur et l’Orchestre philharmonique de Radio-France

    « Bouquet final ! » par le ChƓur et l’Orchestre philharmonique de Radio-France

    C’est la derniĂšre prestation du chef d’orchestre finlandais Mikko Franck Ă  la tĂȘte de l’Orchestre philharmonique de Radio-France dont il assure la direction musicale depuis 2015. Alors il y a de l’émotion ce soir, du brio et une surprise. La prĂ©sidente de la radio publique vient mĂȘme prononcer un discours d’adieu avant le concert. Petite faute de goĂ»t elle lit celui-ci sur un papier. Pour un discours de trois minutes avec quatre dates Ă  mĂ©moriser on aurait ou s’attendre Ă  un peu plus de naturel de sa part.

    La premiĂšre partie commence avec un choral de Gustav Holst (1874-1934), compositeur britannique peu connu, puissamment chantĂ© par un chƓur de 80 chanteurs. Cette Ɠuvre « Choral Hymns from the Rig Veda Â» est inspirĂ© par la tradition hindoue et son texte fondateur le Rig Veda. La musique est moderne, inhabituelle, un peu dĂ©rangeante, Ă©crite pour mettre en valeur la trĂšs belle partie chantĂ©e.

    Le concerto pour piano n°5 « L’Egyptien Â» de Saint-SaĂ«ns (1835-1921) est interprĂ©tĂ© ensuite par Jean-Yves Thibaudet qui entre en scĂšne vĂȘtue d’une veste noire scintillante dont on apprend dans le programme qu’elle a Ă©tĂ© créée par Viviane Westwood, styliste Ă©gĂ©rie du mouvement punk-rock dans les annĂ©es 1970, dĂ©cĂ©dĂ©e en 2022. C’est elle notamment qui a habillĂ© les Sex Pistols avec ces fameux T-shirts dĂ©chirĂ©s, parfois bariolĂ©s de croix gammĂ©es
 Bref, les costumes de cette crĂ©atrice sont assez inhabituels dans le milieu de la musique classique.

    Cette tenue flamboyante inspire le soliste qui interprĂšte le concerto avec virtuositĂ©. Ce joyau de la musique française est un enchantement. Le public en redemande et le pianiste revient pour interprĂ©ter « Pavane pour une Infante dĂ©funte Â». De Saint-SaĂ«ns Ă  Ravel, la transition est sublime.

    La seconde partie dĂ©marre par une piĂšce non mentionnĂ©e au programme. Mikko annonce et accueille une violoncelliste « amie Â» qui interprĂšte avec l’orchestre « ElĂ©gie Â» de Gabriel FaurĂ©. C’est un sommet d’émotion et de dĂ©chirement. La composition et son interprĂ©tation brisent le cƓur de l’assistance.

    C’est ensuite « Inlandsis Â» qui est interprĂ©tĂ© par l’orchestre. Ecrit par Camille PĂ©pin (nĂ©e en 1990), cette Ɠuvre rĂ©vĂšle la jeune compositrice française qui dĂ©die son inspiration Ă  la sauvegarde de la terre et de la nature. Ainsi, « Inlandsis Â» (terme qui dĂ©signe les immenses Ă©tendues de glace pouvant atteindre des milliers de mĂštres d’épaisseur) est inspirĂ© par la fonte prĂ©occupante des glaces. La piĂšce est Ă  la hauteur de l’enjeu : tragique et glaçante. Avec cette sonoritĂ© moderne et ses accents liquides, « Inlandsis Â» est l’archĂ©type de ce que la puissance du sentiment musical peut Ă©voquer dans l’ñme des auditeurs. Une remarquable composition. Camille PĂ©pin est dans la salle, bien sĂ»r, et est appelĂ©e sur la scĂšne par Mikko pour partager le triomphe.

    Voir aussi Camille Pépin

    La derniĂšre Ɠuvre est le « Don Juan Â» de Richard Strauss (1864-1949). Cette composition, plus classique, retrace la vie du sĂ©ducteur, de la frĂ©nĂ©sie de sa pĂ©riode conquĂ©rante Ă  l’angoisse de sa fin qui approche. Elle est menĂ©e tambour battant par un orchestre joyeux qui se surpasse sous la baguette de son chef inspirĂ©.

    Cette belle programmation dans le trĂšs agrĂ©able auditorium de Radio-France Ă  taille humaine rencontre un triomphe. Mikko Franck est acclamĂ© pour cette soirĂ©e et ses dix ans de direction de l’orchestre. Alors qu’il revient sur scĂšne pour la Ă©niĂšme fois sous le tonnerre des applaudissements il fait signe aux musiciens de se lever pour partager ceux-ci, ils refusent, restent assis pour eux aussi applaudir le MaĂźtre et le laisser ainsi seul au firmament. Bel hommage.

    Le chef finlandais, petite taille, cheveux blonds coupĂ©s courts et coiffĂ©s en brosse, grosses lunettes, toujours un t-shirt noir sous son smoking, un peu rondouillard, qui dirige le plus souvent assis, va donc aller poursuivre sa carriĂšre sous d’autres cieux tout en revenant certainement Ă  Paris comme chef invitĂ© de temps en temps. Il est rĂ©putĂ© pour accorder une grande importance au fait de pouvoir se ressourcer dans la nature pour y forger sa crĂ©ativitĂ©. Sans doute les prochains mois lui offriront cette opportunitĂ©.

    L’auditorium de Radio-France, une espĂšce d’igloo de bord de Seine, Ă  taille humaine, va continuer Ă  nous ravir, cette fois-ci sous la baguette du chef nĂ©erlandais Jaap van Zweden pour l’Orchestre symphonique de Radio-France. Rappelons que Radio-France entretient un deuxiĂšme orchestre : l’Orchestre National de France. Pas sĂ»r que les budgets publics de cette maison lui permettent encore longtemps de maintenir ce luxe


  • SOLIGNY JĂ©rĂŽme, ‘David Bowie – Rainbow+’.

    SOLIGNY JĂ©rĂŽme, ‘David Bowie – Rainbow+’.

    Sortie : 2024, Chez : GM Editions.

    JĂ©rĂŽme Soligny, journaliste musical, fan français numĂ©ro 1 de David Bowie, recycle ici des articles et interviews majoritairement publiĂ©s dans Rock & Folk dont il fut l’une des plumes de talent. Rainbow+ est la suite de deux volumes « Rainbowman » parus en 2019 et 2020. Il a par ailleurs publiĂ© des poĂšmes et des romans. Il a aussi Ă©crit de la musique et sorti quelques disques.

    Ce livre est destinĂ© exclusivement aux fans-spĂ©cialistes de Bowie qui n’apprennent pas grand-chose Ă  sa lecture mais qui se font toujours plaisir en revenant sur la carriĂšre, la personnalitĂ© et les pensĂ©es de l’artiste britannique dĂ©cĂ©dĂ© en 2016 qui a marquĂ© son Ă©poque.

    Le seul problĂšme aprĂšs avoir fermĂ© la derniĂšre page est qu’il faut maintenant se prĂ©cipiter pour acquĂ©rir les deux premiers volumes « Rainbowman » qui couvrent les pĂ©riodes 1967-1980 et 1983-2016.

  • SĂ©mantique guerriĂšre, toujours

    Sémantique guerriÚre, toujours

    On ne dit plus une guerre « prĂ©ventive Â» mais on parle maintenant de guerre « prĂ©emptive Â». LĂ  on touche vraiment Ă  la querelle de mots pour noyer le gogo.

    Dans les deux cas il s’agit de lancer une guerre pour Ă©viter un Ă©vĂšnement qui ne s’est pas encore produit et dont on veut justement Ă©viter qu’il ne se produise. Le « prĂ©emptif Â» concerne surtout le champ juridique ou fiscal. Lors d’une transaction immobiliĂšre par exemple l’Etat peut « prĂ©empter Â» le bien vendu et se substituer Ă  l’acheteur dans certaines conditions.

    Lorsqu’il s’agit de guerre, la logique suivie est d’attaquer le premier pour Ă©viter d’ĂȘtre attaquĂ© soi-mĂȘme. D’aprĂšs les « spĂ©cialistes Â» de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s il semble que si l’attaque redoutĂ©e est vraiment imminente et documentĂ©e le droit international serait plus conciliant avec l’attaque « prĂ©emptive Â» que la guerre « prĂ©ventive Â» qui est, elle, se rĂ©fĂšrerait Ă  une menace plus gĂ©nĂ©rale et moins prĂ©cise.

    Dans tous les cas on se fait plaisir en jouant sur les mots dans les enceintes mĂ©diatiques. Dans les deux cas on lance une guerre le premier, on plonge dans l’incertitude et advienne que pourra ! Les exemples rĂ©cents de guerres « prĂ©ventives » ou « prĂ©emptives » menĂ©es par l’Occident n’ont pas Ă©tĂ© couronnĂ©es de succĂšs et l’aprĂšs-guerre a rĂ©servĂ© de trĂšs mauvaises surprises.

  • « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Mateusz Dubiel, piano)

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Mateusz Dubiel, piano)

    21 ans, filiforme, cheveux noirs bouclés, des chaussures noires vernies qui brillent sous le soleil du Parc Montsouris, Mateusz Dubiel a interprété Chopin ce soir avec toute la fougue de ses jeunes années. Il est déjà lauréat de moulte concours internationaux, dont deux fois le concours Frédéric Chopin à Varsovie. Le programme était plus enlevé que celui de dimanche dernier aux nuances plus romantiques.

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Mateusz Dubiel, piano)

    Mais quel bonheur d’entendre ces kyrielles de notes qui s’échappent du piano Ă  queue comme une pluie de diamants, quelle fascination de suivre les doigts du pianiste qui remontent et descendent le clavier avec une stupĂ©fiante dextĂ©ritĂ©, fruit d’annĂ©es de travail. Un compositeur de gĂ©nie, lui-mĂȘme pianiste virtuose, interprĂ©tĂ© par un jeune artiste nĂ© 200 ans aprĂšs son maĂźtre. Bravo et longue carriĂšre Ă  Mateusz ! Merci Chopin !!

    Programme

    • Grande valse brillante en la bĂ©mol majeur, op. 34 n° 1
    • Nocturne n° 2 en mi bĂ©mol majeur, op. 55
    • Quatre mazurkas, op. 41
      • n° 1 en do diĂšse mineur
      • n° 2 en mi mineur
      • n° 3 en si majeur
      • n° 4 en la bĂ©mol majeur
    • Scherzo n° 4 en mi majeur, op. 54
    • Étude n° 11 en la mineur, op. 25
    • Berceuse en rĂ© bĂ©mol majeur, op.57
    • Polonaise-Fantaisie en la bĂ©mol majeur op. 61

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  • Le Hamas et ses affidĂ©s sont toujours là !

    Le Hamas et ses affidés sont toujours là !

    Alors que la guerre entre IsraĂ«l et le Hamas qui gouverne la bande de Gaza, continue de faire rage, ce dernier est toujours actif malgrĂ© la lutte Ă  mort engagĂ©e par Tel Aviv dont l’un des objectifs de guerre est la « destruction du Hamas ». Ces derniers jours des soldats israĂ©liens sont encore morts au combat, des roquettes Ă©taient encore tirĂ©es depuis Gaza contre IsraĂ«l le jour « anniversaire » de l’attaque du 7 octobre 2023 et, surtout, les otages israĂ©liens sont toujours dĂ©tenus dans les fameux tunnels creusĂ©s depuis des annĂ©es par les forces du Hamas sous le territoire de la bande de Gaza sans que l’armĂ©e israĂ©lienne pourtant prĂ©sente sur le terrain n’arrivent Ă  les localiser et encore moins Ă  les libĂ©rer.

    Certes le Hamas est sans doute considĂ©rablement affaibli au niveau militaire mais ses dirigeants sont remplacĂ©s les uns aprĂšs les autres au fur et Ă  mesure de leur Ă©limination par IsraĂ«l et l’idĂ©ologie du Hamas semble survivre Ă  tout ce chaos. MalgrĂ© toute sa force brute et sa technologie de pointe IsraĂ«l n’arrive pas pour le moment Ă  vaincre cette idĂ©ologie. Et d’ailleurs, encore aujourd’hui, les Etats-Unis et IsraĂ«l nĂ©gocient avec
 le Hamas pour obtenir la libĂ©ration des otages dĂ©tenus par celui-ci lui reconnaissant une certaine lĂ©gitimitĂ©.

    Depuis le dĂ©clenchement de la guerre de Gaza au lendemain de l’attaque contre IsraĂ«l des mouvements palestiniens terroristes en octobre 2023 qui a causĂ© la mort de plus 1 200 israĂ©liens, souvent dans des conditions effroyables, les forces armĂ©es israĂ©liennes ont considĂ©rablement dĂ©truit les bĂątiments et infrastructures de Gaza, Ă©liminĂ©s sans doute une bonne partie des forces palestiniennes mais au prix de dizaines de milliers de morts gazaouis, de dĂ©placements de populations civiles importants et de l’émergence d’une crise humanitaire sans prĂ©cĂ©dent sur ce territoire minuscule sous blocus israĂ©lien et Ă©gyptien depuis des annĂ©es.

    En tentant de faire abstraction de considĂ©rations morales on peut se demander si la politique israĂ©lienne actuelle envers Gaza (et la Cisjordanie) est efficace, en d’autres termes, met-elle fin Ă  la menace palestinienne contre IsraĂ«l ? La rĂ©ponse est probablement nĂ©gative. Elle ne fait que repousser le problĂšme Ă  plus tard. L’affaiblissement du Hamas n’implique pas son Ă©limination et mĂȘme si celle-ci Ă©tait effective, les idĂ©es qu’il porte pourront aisĂ©ment se rĂ©incarner sous une autre forme mais ne semble pas en voie de disparaĂźtre. L’ampleur des destructions constatĂ©es Ă  Gaza et les violences silencieuses en cours dans les colonies de Cisjordanie ne devraient pas affaiblir les revendications palestiniennes.

    Les Etats-Unis proposent « d’évacuer Â» sans espoir de retour le peuple gazaoui (2 millions de personnes tout de mĂȘme) et de transformer la bande de Gaza en « riviera mĂ©diterranĂ©enne Â». Les ministres israĂ©liens religieux extrĂ©mistes veulent eux-aussi un « transfert dĂ©finitif Â» des palestiniens vers un « Etat musulman Â» pour recoloniser Gaza. Pour le moment il y a assez peu de pays arabes qui se soient montrĂ©s volontaires pour accueillir cette population, c’est le moins que l’on puisse dire


    La France et quelques pays raisonnables continuent Ă  promouvoir la solution des Nations-Unies prĂ©voyant de crĂ©er un Etat palestinien Ă  cĂŽtĂ© de celui d’IsraĂ«l. La faisabilitĂ© d’une telle restructuration s’éloigne de jour en jour tant que parlent les armes.

    On ne sait pas ce qu’IsraĂ«l et la communautĂ© internationale compte faire de cette bande de gaza dans les mois Ă  venir. Il n’y reste plus grand-chose Ă  dĂ©truire mais plus de 2 millions de personnes Ă  nourrir. Il est des problĂšmes pour lesquels il faut se rĂ©soudre Ă  ce qu’il n’y ait pas de solution, ni Ă  court ni Ă  moyen terme. AprĂšs tout ce conflit dure militairement depuis 1948, et religieusement depuis 4000 ans, depuis que « le peuple Ă©lu » est sorti d’Egypte pour traverser la Mer Rouge derriĂšre les bras tendus de MoĂŻse qui sĂ©paraient les eaux de la mer.

    La loi du plus fort va continuer de prĂ©valoir au moins pour quelques gĂ©nĂ©rations mais sur la durĂ©e, la force peut aussi changer de camp, un jour, c’est l’inconvĂ©nient des conflits non rĂ©solus politiquement.

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  • SĂ©mantique guerriĂšre

    Sémantique guerriÚre

    On ne dit plus « mener une attaque militaire contre un pays tiers en violation du droit international » mais on assĂšne « mener une guerre existentielle ». C’est grosso-modo le mĂȘme concept mais la deuxiĂšme formulation est moins culpabilisante pour l’attaquant.

  • Massive Attack – 2025/06/09 – Paris Le ZĂ©nith

    Massive Attack – 2025/06/09 – Paris Le ZĂ©nith

    On ne se lassera jamais des concerts de Massive Attack qui provoquent toujours un embrasement de tous nos sens, mais il va falloir commencer Ă  faire Ă©voluer le format et renouveler la musique. Le groupe trip-hop semble un peu nĂ©gliger la nouveautĂ© et se transforme progressivement en groupe politique, privilĂ©giant ses engagements Ă  la musique, ou transformant celle-lĂ  en vĂ©hicule de celle-ci. Leur dernier CD, Heligoland, date de 2010, quelques rares EP sont venus meubler le vide depuis, le site web est inaccessible, leurs pages Facebook et Instagram sont converties en organes de soutien Ă  la cause propalestinienne et de lutte pour la transition Ă©cologique. Toutes ces convictions du groupe ne sont pas vraiment inĂ©dites mais seraient d’autant mieux dĂ©fendues avec une inspiration musicale renouvelĂ©e.

    Qu’importe, laissons Ă  ces sombres crĂ©ateurs la sĂ©lection de leurs choix artistiques et politiques. Leurs shows restent un brasier sur lequel s’enflamment nos sens depuis des annĂ©es, mĂȘme sur une musique et des mots que nous connaissons par cƓur. Leurs messages politiques, eux, Ă©voluent au grĂ© des tristes Ă©vĂšnements qui agitent notre monde. Cette annĂ©e ils sont tournĂ©s contre les effets nausĂ©abonds des outils numĂ©riques utilisĂ©s pour contrĂŽler les individus et, bien sĂ»r, vers l’insoluble et mortifĂšre conflit au Proche-Orient.

    C’est d’ailleurs un groupe palestinien qui assure la premiĂšre partie : 47SOUL ; un trio composĂ© d’un guitariste, un claviĂ©riste (sur un instrument petit modĂšle), un batteur jouant sur un kit Ă©lectronique. Mi-rap mi-rock, le groupe chauffe la salle plus que correctement !

    Le show des Massive Attack dĂ©bute ensuite sur un mode classique aprĂšs que les Ă©crans ont fait dĂ©filer un dĂ©luge de fakenews qui dĂ©goulinent sur l’immense Ă©cran en courtes lignes comme les annonces des avions dans un hall d’aĂ©roport, dĂ©nonçant ainsi l’insondable ocĂ©an de cochonneries dans lequel se noient les gogos avec dĂ©lices. Elles sont sans doute en partie prĂ©levĂ©es sur les rĂ©seaux dits « sociaux Â» mais aussi « créées Â» pour l’occasion pour illustrer l’absurditĂ© de ce monde de la connaissance qui allie la rĂ©flexion la plus Ă©laborĂ©e avec la bĂȘtise la plus crasse.

    DĂ©filent Ă©galement des slogans de circonstances : Am I real? Can I know? Do I matter? Can I feel? Is choice real? certains en français : Puis-je craindre l’inexistence ? Tous un peu simplistes.

    Alors que les musiciens s’installent la vidĂ©o d’intro montre et commente un singe Ă  qui la sociĂ©tĂ© Neuralink (dĂ©tenue et dirigĂ©e par Elon Musk) a greffĂ© deux puces dans le cerveau, connectĂ©es Ă  un ordinateur. En manipulant un joystick le singe accĂšde Ă  un smoothie Ă  la banane. Son activitĂ© neuronale est alors enregistrĂ©e, dĂ©codĂ©e, puis l’ordinateur est dĂ©branchĂ© et le code est diffusĂ© sans fil vers les puces Neuralink du singe qui continue Ă  actionner le joystick comme si l’ordre venait toujours de l’ordinateur, laissant imaginer sans trop de difficultĂ©s ce que pourrait donner cette technologie si elle aboutissait dans des mains malveillantes


    Deux batteries, un claviĂ©riste Ă©pisodique, le bassiste d’anthologie, deux guitaristes qui remplacent feu Angelo Bruschini, 3D (Robert del Naja) et Daddy G (Grant Marshall), les deux chanteurs-compositeurs historiques du groupe, Horace Andy le rasta au grand cƓur et, en appui, Elisabeth Fraser et Deborah Miller pour les morceaux Ă  composantes fĂ©minies. 3D porte un t-shirt siglĂ© PRESS sous sa veste noire avec son habituel brassard au bras gauche. Daddy G, longiligne, dĂ©gingandĂ© sous son blouson de cuir noir, affiche une dĂ©marche chaloupĂ©e. Horace, 74 ans, intĂ©gralement vĂȘtu de cuir noir, ses dreadlocks gris dĂ©goulinant sur les Ă©paules et une croix autour du cou, toujours chĂ©ri par le public, est acclamĂ© sur Angel.

    Le concert dĂ©marre (et se clot), sur In My Mind, une reprise du DJ italien Gigi D’Agostino dont il n’est jouĂ© ici que le premier couplet chantĂ© par 3D avec une voix traitĂ©e qui la fait ressembler Ă  celle d’un petit chanteur Ă  la croix de bois


    And in my mind, in my head
    This is where we all came from
    The dreams we have, the love we share
    This is what we’re waiting for
    In my mind, in my head

    In My Mind (Gigi D’Agostino)

    S’en suivent Risingson et un concert qui est grosso-modo le mĂȘme que celui que nous avons eu l’étĂ© dernier au festival Rock en Seine 2024. A dĂ©faut de surprises, la musique urbaine des Massive Attack reste fascinante et tĂ©nĂ©breuse. C’est le son de l’underground, le rythme hallucinĂ© de la ville et la noirceur des temps de ce XXIe siĂšcle qui voit monter les angoisses, revenir les peurs et enfler les pĂ©rils.

    Les mots prĂȘtent Ă  toutes interprĂ©tations, les Ă©crans flashent de lumiĂšres aveuglantes, des vidĂ©os guerriĂšres dĂ©noncent les violences. Sur Black Milk les Ă©crans montrent les rues de Gaza, les champs de bataille ukrainiens, des chaĂźnes d’usines d’armement
 La « cĂ©lĂšbre Â» sĂ©quence oĂč l’on voit Yahya Sinouar cheminer avec des enfants dans les tunnels de Gaza est acclamĂ©e, l’apparition de Netanyahou sur les Ă©crans est sifflĂ©e, celle de Staline laisse froid
 et la musique obsĂ©dante continue Ă  marteler les esprits, sans rĂ©pit ni espoir et Ă  dĂ©verser son mĂ©tal en fusion sur nos Ăąmes.

    Rockwrock, reprise d’Ultravox est un dĂ©chaĂźnement de pur rock. Mais les Massive Attack savent aussi revenir vers une mĂ©lancolique douceur avec la simplicitĂ© instrumentale et la voix sublime d’Elisabeth Fraser (ex-Cocteau Twins) sur Teardrop et ses mots d’amour dont on ne sait pas s’ils sont rĂȘve, dĂ©sir ou cauchemar.

    Love, love is a verb
    Love is a doing word
    Feathers on my breath
    Gentle impulsion
    Shakes me, makes me lighter
    Feathers on my breath

    Teardrop on the fire
    Feathers on my breath

    Night, night of matter
    Black flowers blossom
    Feathers on my breath
    Black flowers blossom
    Feathers on my breath

    Teardrop on the fire


    Teardrop

    Sur Karmacoma, 3D et Daddy G se passent la parole, leurs voix surnagent dans le beat de bass et de la double batterie, leurs silhouettes se dessinent en contre-jour sur un Ă©clairage tournoyant d’un blanc des plus froids. L’audience est muette de plaisir ou inquiĂ©tĂ©e par le tempo lent et sauvage. Et c’est avec ce dĂ©sormais classique du trip-hop qu’ils nous emmĂšnent vers un In My Mind, susurrĂ© dans les vocodeurs qui termine le concert. Il n’y aura pas de rappel, les musiciens applaudissent le public et se retirent discrĂštement laissant les spectateurs abasourdis.

    La fin d’un concert de Massive Attack c’est comme refermer la derniĂšre page de La Route de McCarty, nous savons maintenant que nous ne nous en sortirons pas !

    Setlist

    In My Mind (Gigi D’Agostino cover)/ Risingson/ Girl I Love You (with Horace Andy)/ Black Milk (with Elizabeth Fraser)/ Take It There/ Future Proof/ Song to the Siren (Tim Buckley cover) (with Elizabeth Fraser)/ Inertia Creeps/ Rockwrok (Ultravox cover)/ Angel (with Horace Andy)/ Safe From Harm (with Deborah Miller)/ Unfinished Sympathy (with Deborah Miller)/ Karmacoma/ Teardrop (with Elizabeth Fraser)/ Levels (Avicii cover)/ Group Four (with Elizabeth Fraser)/ In My Mind (Gigi D’Agostino cover)

    Warmup : 47Soul

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  • SCHULMANN Florence, ‘L’oiseau de Bergen-Belsen’.

    SCHULMANN Florence, ‘L’oiseau de Bergen-Belsen’.

    Sortie : 2025, Chez : Grasset.

    Florence Schulmann est nĂ©e le 24 mars 1945 dans le camp de concentration de Bergen-Belsen oĂč sa mĂšre avait Ă©tĂ© dĂ©portĂ©e, enceinte. La famille Schulmann est originaire de Brzeziny, prĂšs de Lodz en Pologne. De confession juive elle Ă©tĂ© largement massacrĂ©e durant la IIe guerre mondiale et peu de ses membres ont survĂ©cu Ă  l’extermination. Son jeune frĂšre Yaakov a Ă©tĂ© arrachĂ© des bras de sa mĂšre par un soldat nazi alors qu’ils Ă©taient encore dans le ghetto de Brzeziny. Personne n’eut plus jamais de nouvelles de cet enfant, mĂȘme le lieu de son assassinat reste ignorĂ©. Il avait trois mois. Son pĂšre a Ă©tĂ© dĂ©portĂ© au camp d’Auschwitz. De façon un peu miraculeuse, Florence et ses deux parents ont pu revenir vivants en France aprĂšs la guerre. Vivants mais pas indemnes bien sĂ»r.

    Comme dans beaucoup de familles de rescapĂ©s de la Shoah, les parents Schulmann restent muets devant leur fille, dĂ©sormais unique, sur les Ă©preuves qu’ils ont traversĂ©es et auxquelles elle a participĂ© « involontairement ». Sur son passeport Ă©tait Ă©crit qu’elle Ă©tait nĂ©e Ă  « Bergen-Belsen », autour d’elle, enfant, elle disait qu’elle Ă©tait de « Bergen »  en NorvĂšge. Elle percevait la souffrance de ses parents et respectait leur besoin de silence. Ce n’est que sur son lit de mort en 1996 que sa mĂšre lui a narrĂ© leur vraie histoire.

    Elle avait dĂ©jĂ  entrepris une plongĂ©e dans la mĂ©moire juive de cette Ă©poque, voyagĂ© en IsraĂ«l Ă  17 ans, visitĂ© Yad Vashem. Elle raconte la stupeur du douanier de l’aĂ©roport Ben Gourion lorsqu’il dĂ©couvre son lieu de naissance sur son passeport. GrĂące au rĂ©cit de sa mĂšre et Ă  ses propres recherches elle a reconstituĂ© la vie de ses parents et leur longue descente aux enfers concentrationnaires du ghetto de Brzeziny Ă  celui de Lodz, puis Auschwitz, puis Bergen-Belsen oĂč sa mĂšre fait tout pour cacher sa grossesse de peur d’ĂȘtre assassinĂ©e par les Nazis qui ne voulaient pas s’embarrasser de nonourrissons, puis sa naissance au milieu du charnier quelques semaines avant la libĂ©ration du camp par les troupes britanniques. Des annĂ©es aprĂšs, lors d’une cĂ©rĂ©monie commĂ©morative, elle rencontre un des officiers britanniques qui a libĂ©rĂ© le camp, apprenant qui elle Ă©tait il la prit dans ses bras et la « souleva de terre ».

    Toute son enfance elle fait face au silence de ses parents, ne comprenant pas le douloureux dialogue, murmurĂ© par eux, qui s’Ă©chappait la nuit de leur chambre alors que toujours et toujours ils revenaient vers l’enfer de cette barbarie, Ă  Yaakov (dont elle n’apprit l’existence qu’Ă  7 ans), mais en prĂ©servait Florence qu’ils choyaient la journĂ©e.

    Alors quand sa fille Karine est nĂ©e, les parents de Florence l’ont accueillie dans un torrent d’Ă©motion. MalgrĂ© tout, la vie reprenait
 Et, plus tard, Karine eut trois enfants en IsraĂ«l oĂč elle rĂ©side et il est sans doute plus facile de vivre, voire de partager, un tel fardeau mĂ©moriel.

    Toute sa vie Florence a suivi le long chemin pour aboutir Ă  ce livre Ă©mouvant qu’elle a finalement Ă©crit Ă  80 ans. AprĂšs des rencontres en IsraĂ«l avec d’anciens dĂ©portĂ©s, des visites Ă  Bergen-Belsen, des recherches Ă  Yad Vashem, au MĂ©morial de la Shoah, des dialogues avec des historiens, des partages avec des familles touchĂ©es par la Shoah, l’alya de sa fille Karine et, tout simplement, le temps passĂ©, elle a rĂ©digĂ© cet ouvrage avec la journaliste GĂ©raldine Meignan qui l’a aidĂ©e Ă  « clarifier et traduire des Ă©motions longtemps restĂ©es sous silence ».

    Le prĂ©nom juif de Florence donnĂ© par sa mĂšre Ă©tait « Feiga » qui veut dire oiseau en yiddish. AprĂšs une vie de recherches et de rĂ©flexions sur l’impact de la barbarie europĂ©enne du XXe siĂšcle sur sa vie, « l’oiseau » s’est lancĂ© du nid pour laisser une trace derriĂšre lui.

    Il lui aura fallu 80 ans pour murir ce projet. Ce livre est un cri, celui d’une femme qui a approchĂ© le pire sans vraiment le vivre directement, mais qui sa vie durant eut Ă  porter le poids mortifĂšre du souvenir de cette terrible histoire. Elle a dĂ©cidĂ© de rompre le silence et d’Ă©crire pour sa communautĂ©, pour sa famille, pour ses parents, pour sa fille et ses petits-enfants et, certainement, pour elle et son mari. Elle a bien fait !

  • « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Kamila Sacharzewska, piano)

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Kamila Sacharzewska, piano)

    La jeune pianiste polonaise Kamila Sacharzewska a Ă©bloui le parc Montsouris pour le deuxiĂšme concert du festival « Chopin au Jardin Â» de cette annĂ©e 2025. D’une radieuse jeunesse (elle est nĂ©e en 2001) et d’un talent affirmĂ© elle a interprĂ©tĂ© son programme Ă  la perfection. HabillĂ©e d’une robe longue bleue nuit sur laquelle se dĂ©roulent ses longs cheveux chĂątain-clair, un fin bracelet d’or au poignet gauche, elle s’assoit devant son piano Ă  17h prĂ©cises aprĂšs une courte prĂ©sentation du festival par la reprĂ©sentante de l’Institut polonais de Paris.

    Elle marque une dizaine de secondes de mĂ©ditation silencieuse avant chaque piĂšce, le visage fermĂ© tournĂ© vers le clavier blanc et noir. On se demande oĂč la mĂšnent ces instants solitaires, peut-ĂȘtre demande-t-elle la force Ă  Chopin ? Ou alors se rĂ©cite-t-elle en accĂ©lĂ©rĂ© les partitions qu’elle n’a pas sur son piano, tout sa prestation est bien entendu servie par cƓur ? Kamila joue et vit sa musique avec son Ăąme. Ses yeux bleus fermĂ©s elle affiche l’amorce d’un sourire sur les moments romantiques (la Valse brillante), dure et crispĂ©e sur les piĂšces plus Ă©nergiques (les Mazurkas) elle joue merveilleusement les compositions Ă©ternelles de son compatriote FrĂ©dĂ©ric Chopin. L’inspiration sans limite du compositeur polonais interprĂ©tĂ©e avec la grĂące et le brio de cette jeune artiste de 24 ans suffisent Ă  remplir de bonheur les spectateurs du Parc Montsouris.

    Programme

    • Grande valse brillante en mi bĂ©mol majeur, op. 18
    • Polonaise en fa diĂšse mineur, op.44
    • Quatre mazurkas, op. 24
      • n°1 en sol mineur
      • n°2 en ut majeur
      • n°3 en la bĂ©mol majeur
      • n°4 en si bĂ©mol mineur
    • Sonate pour piano n°2 en si bĂ©mol mineur, op. 35
    • Polonaise en la bĂ©mol majeur, op. 53 (HĂ©roĂŻque)

    Cette annĂ©e le rose est la couleur choisie par le festival pour illustrer le programme et les affiches. Oui, dĂ©finitivement oui, avec l’Ɠuvre gigantesque de Chopin et des interprĂštes de cet acabit, on peut voir la vie en rose.

    Les grilles du parc sont dĂ©corĂ©es d’un parcours photographique retraçant la vie d’une autre hĂ©roĂŻne polonaise : Maria Sktodowska Curie. Deux promenades seront organisĂ©es dans Paris sur les traces de Chopin le 15 juin et de Marie Curie le 22. Elles se termineront toutes deux devant le kiosque du parc Montsouris juste pour le dĂ©marrage du concert du dimanche.

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    Institut polonais de Paris

  • « EugĂšne Boudin le pĂšre de l’impressionnisme » : une collection particuliĂšre » au musĂ©e Marmottan

    « EugĂšne Boudin le pĂšre de l’impressionnisme » : une collection particuliĂšre » au musĂ©e Marmottan

    EugĂšne Boudin (1824-1898) est natif de Honfleur, c’est dire s’il fut baignĂ© dans la splendeur des couleurs normandes qu’il sut si magnifiquement restituer dans ses tableaux. Inspirateur de Clause Monet (1840-1924) de vingt ans son cadet, le musĂ©e Marmottan-Monet prĂ©sente trĂšs Ă -propos 80 Ɠuvres de l’artiste rĂ©parties en 8 sections faisant chacune rĂ©fĂ©rence Ă  une localisation gĂ©ographique oĂč Boudin frotta son talent.

    La cĂŽte Ouest est privilĂ©giĂ©e par le peintre qui rendit ses lumiĂšres de façon unique. Des scĂšnes de plage sur des plages paresseuses sous un ciel bleu cru seulement mouchetĂ© de quelques nuages, aux atmosphĂšres plus inquiĂ©tantes des gris-verts d’une marĂ©e basse avec au loin une mer formĂ©e et moutonneuse, on reste dĂ©finitivement en extase devant l’Ɠil du peintre et sa maĂźtrise des couleurs, d’autant plus que l’on apprend qu’il ne restait que quelques jours sur site, le temps de croquer des esquisses, et que le tableau Ă©tait ensuite finalisĂ© en atelier selon sa mĂ©moire chromatique.

    EugĂšne Boudin (Trouville)

    MariĂ© Ă  une Bretonne des CĂŽtes d’Armor, il fit aussi de frĂ©quents sĂ©jours en Bretagne d’oĂč il rapporta de belles marines mais aussi de la vie paysanne locale qui l’intĂ©ressa. Il visita et peint Ă©galement dans le Sud, Venise, Bordeaux, aux Pays-Bas. L’exposition Marmottan nous permet de suivre ces pĂ©rĂ©grinations artistiques avec un grand bonheur.

    EugĂšne Boudin (Baie de Saint-Brieuc)

    La vogue des bains de mer lancĂ©e sous NapolĂ©on III lui fait frĂ©quenter Deauville oĂč il acquiert une maison oĂč il vivra jusqu’à son dĂ©cĂšs en 1898. Il rencontra un grand succĂšs Ă  partir des annĂ©es 1870, participa Ă  la premiĂšre exposition des peintres impressionnistes en 1874 et fut qualifiĂ© de « pĂšre de l’impressionnisme Â».

    AprĂšs un premier malaise subit Ă  Paris en 1898 il se fit transporter Ă  Deauville. Il voulait mourir face Ă  cette mer Ă  laquelle il avait consacrĂ© la majoritĂ© de son inspiration et de son Ɠuvre. Son vƓu fut exaucĂ©.

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    https://rehve2.fr/2013/05/exposition-boudin-au-musee-jacquemart-andre/

  • Dans les allĂ©es arborĂ©es du XVIe arrondissement parisien

    Dans les allées arborées du XVIe arrondissement parisien

    Avenue RaphaĂ«l, sĂ©parĂ©e de la Muette par un agrĂ©able parc ombragĂ©, les hĂŽtels particuliers d’ambassades de pays improbables (RĂ©publique islamique d’Afghanistan, RĂ©publique du Surinam
) succĂšdent aux immeubles cossus de la bourgeoisie parisienne. Tous les bĂątiments sont en retrait par rapport Ă  la rue dont ils sont sĂ©parĂ©s par de larges trottoirs vĂ©gĂ©talisĂ©s sur lesquels cohabitent des rubans bitumĂ©s, l’un dĂ©diĂ© aux « mobilitĂ©s douces », l’autre aux piĂ©tons. Tout le monde a largement la place de circuler.

    Les bonnes philippines surveillent des enfants blondinets qui s’amusent sur les Ă©quipements urbains de jeux installĂ©s dans la verdure. Des jeunes filles font leur jogging en baskets Dior avant de rejoindre leurs amis pour un brunch avenue Mozart. Les arbres Ă©tendent leurs branches centenaires sur l’ensemble, lui donnant un caractĂšre Ă©ternel et apaisĂ©.

    Des immeubles modernes cassent un peu le style haussmannien qui reste majoritaire. Non seulement le trottoir est immense, mais les bĂątiments ont aussi leurs propres espaces verts derriĂšre des grilles en fer forgĂ©. Tous, les anciens comme le plus rĂ©cents, prĂ©sentent une entrĂ©e de service sur le cĂŽtĂ© pour les fournisseurs ou le personnel de maison. Alors que les halls principaux d’entrĂ©e sont vastes et lumineux, gĂ©nĂ©ralement revĂȘtus de marbre, les entrĂ©es de service sont Ă©troites et modestes, donnant probablement sur des escaliers dĂ©diĂ©s, eux-aussi « de service ».

    Les traditions perdurent : dans les immeubles haussmanniens comme dans ceux construits il y a 20 ans, on prend soin de ne pas mĂ©langer les torchons et les serviettes.

  • Des hommes et des bijoux

    Des hommes et des bijoux

    Dans les dĂźners en ville et sur les plateaux mĂ©diatiques de plus en plus d’hommes affichent des bracelets multicolores et multiples Ă  un ou deux poignets, gĂ©nĂ©ralement en tissu ou en cuir. Ici, un candidat conservateur Ă  l’élection prĂ©sidentielle de 2027, Edouard Philippe, porte de tels bracelets Ă  son bras droit, avec mĂȘme l’un d’entre eux qui a glissĂ© dans son poignet de chemise. Ce politicien encore relativement jeune, 54 ans, cĂšde Ă  cette nouvelle mode masculine, peut-ĂȘtre par conviction, sans doute pour sĂ©duire une clientĂšle Ă©lectorale. A moins que ce ne soit Ă  la demande de son Ă©pouse et de ses enfants ?

    Lorsque l’occasion s’est prĂ©sentĂ©e il nous est arrivĂ© de demander aux intĂ©ressĂ©s si ces nouveaux bijoux avaient une signification particuliĂšre. La rĂ©ponse est gĂ©nĂ©ralement vague faisant juste rĂ©fĂ©rence Ă  l’esthĂ©tique. Dans des temps anciens des hommes portaient des gourmettes, plus lourdes et prĂ©cieuses. La mode change, et cette nouvelle tendance a au moins le mĂ©rite d’ĂȘtre moins clinquante.

  • GREENE Graham, ‘Le rocher de Brighton’.

    GREENE Graham, ‘Le rocher de Brighton’.

    Sortie : 1947, Chez : Robert Laffont (Le Livre de Poche n°661/662)

    C’est un roman policier complexe se dĂ©roulant sur la cĂŽte de Brighton, le Deauville de Londres, qu’a Ă©crit Graham Green (1904-1991) en 1947. Une histoire de gangs qui rackettent la ville pour mener leurs petites affaires qui passent par des meurtres en tant que de besoin. Le personnage principal, dit « le gamin », dirige l’un de ces gangs en perte de vitesse. Il a 17 ans et est Ă©pris d’une sorte d’absolu, de recherche de puretĂ© malgrĂ© son mode de vie.

    Ses « affaires » le conduisent Ă  croiser la route d’une femme, encore plus jeune que lui, qui tombe follement amoureuse de ce dur qu’elle croit capable de lui offrir le bonheur et de la sortir du milieu sordide auquel elle appartient. Le « gamin », encore vierge, consomme physiquement ce mariage avec dĂ©goĂ»t. Devant les trahisons des siens et des batailles perdues contre une autre bande de voyous, le pĂ©chĂ© de chair qu’il a commis Ă  l’occasion de ce mariage incongru, il pense que seule la mort peut l’amener Ă  rĂ©demption. D’autant plus qu’il est poursuivi et harcelĂ© par une tierce personne, Ă©prise de justice, qui cherche Ă  percer sa culpabilitĂ©. Il persuade Rose d’un suicide commun sur une falaise de Brighton. Cela ne se termine pas tout Ă  fait comme prĂ©vu mais la morale est Ă  peu prĂšs sauvegardĂ©e.

    Ce roman policier mĂȘle les sujets favoris de Greene, le bien et le mal, sous l’ombre du catholicisme. Pas sĂ»r que dans la vraie vie les gangsters soient autant Ă©pris de rĂ©demption que « le gamin » 

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  • Un jour de tristesse pour l’intelligence

    Un jour de tristesse pour l’intelligence

    A l’occasion de la victoire d’un club de fouteballe français dans une compĂ©tition internationale la France a fĂȘtĂ© l’évĂšnement comme l’armistice de la guerre de 1914-1918 : dĂ©chaĂźnement de joie par des centaines de milliers de supporters dans de nombreuses villes, descente des Champs-ElysĂ©es par les hĂ©ros de la baballe reçus ensuite Ă  l’ElysĂ©e sous les ors de la RĂ©publique, Ă©missions spĂ©ciales des chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision des heures durant, des millions de tĂ©lĂ©spectateurs abimĂ©s devant leurs Ă©crans, bref, la France entiĂšre s’est mise entre parenthĂšses, plus rien n’a existĂ© durant trois jours. OubliĂ©e le retour de l’ñge lĂ©gal de la retraite Ă  60 ans, envolĂ©s les dĂ©ficits abyssaux des finances publiques, passĂ© sous silence l’endettement colossal du pays nĂ©cessaire pour financer son fonctionnement ou la guerre d’Ukraine faisant rage pas si loin de Paris, discussions enflammĂ©es dans les dĂźners en ville
 le fouteballe Ă©tait le centre du monde de la vie des Français pour cette courte pĂ©riode.

    Des dizaines de milliers de maillots aux couleurs de l’équipe française ont Ă©tĂ© vendus Ă  149,99 EUR l’unitĂ©.

    Boutique du PSG (05/2025)

    Des hectolitres de biĂšres ont Ă©tĂ© ingĂ©rĂ©s, des milliers de supporters se sont payĂ© le dĂ©placement en Allemagne oĂč se dĂ©roulait la compĂ©tition, tous ont braillĂ©, hurlĂ©, Ă©ructĂ© Ă  la gloire de leurs fouteballeurs sous une tour Eiffel illuminĂ©e aux couleurs de l’équipe gagnante.

    Et bien entendu, des dĂ©linquants ont profitĂ© de cette liesse populaire pour saccager tout ce qu’ils pouvaient. Le bilan de deux nuits d’émeute est Ă©difiant : deux morts, des dizaines de policiers blessĂ©s, du mobilier urbain et des voitures incendiĂ©es, des magasins pillĂ©s, des rues dĂ©vastĂ©es, des centaines d’arrestations d’émeutiers. Comme c’est devenu la rĂšgle dans ces Ă©meutes urbaines quelques drapeaux algĂ©riens et palestiniens sont venus apporter un peu de couleurs Ă  l’ensemble.

    Cette compĂ©tition a une nouvelle fois dĂ©montrĂ© combien le fouteballe dĂ©clenche un consternant abrutissement des populations. Les neurones des citoyens se dĂ©connectent dĂšs que le ballon rond roule sur le gazon entre les mollets musclĂ©s et tatouĂ©s de joueurs surpayĂ©s. MĂȘme le prĂ©sident de la RĂ©publique a oubliĂ© sa brillante intelligence en signant un consternant message de fĂ©licitations commençant par « Champion mon frĂšre ! Â».

    Victoire du PSG, message d’Emmanuel Macron sur « X »

    Ce 31 mai, un jour de tristesse pour la pensĂ©e, un drame de la bĂȘtise !

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  • L’illusion d’une Ă©cologie sans contrainte

    L’illusion d’une Ă©cologie sans contrainte

    Le monde politique français est en train de dĂ©monter les aspects Ă©cologiques de lois qu’il avait lui-mĂȘme votĂ©es avec une mise en Ɠuvre Ă©loignĂ©e du moment du vote. A mesure que se rapprochent les Ă©chĂ©ances d’application de ces aspects on commence Ă  rĂ©aliser qu’ils sont potentiellement contraignants et qu’ils vont donc obliger certaines corporations et mĂȘme des citoyens Ă  modifier leurs habitudes. Bien entendu ceux-ci se lĂšvent contre ces nouvelles obligations dont le respect entraĂźnerait des coĂ»ts supplĂ©mentaires, ou, dans certains cas, seulement des modifications de leurs modes de vie. Bien Ă©videmment, la situation « des plus prĂ©caires Â» est mise en avant pour contester la justification de ces mesures « d’écologie punitive Â». Alors chacun utilise ses capacitĂ©s de nuisance pour faire reculer le gouvernement et le parlement français est en train de dĂ©monter ce qu’il avait mis en place.

    On se souvient de la rĂ©volte dite des « bonnets rouge Â» en Bretagne en 2013 qui avait rĂ©ussi Ă  faire abroger le principe d’une « Ă©cotaxe Â», votĂ©e en 2008 dans le cadre d’un Ă©niĂšme « Grenelle Â», celui de l’environnement. L’application de cette taxe avait Ă©tĂ© repoussĂ©e Ă  plusieurs reprises avant d’ĂȘtre dĂ©finitivement annulĂ©e devant la violence des agriculteurs et transporteurs bretons, largement soutenus par les autres rĂ©gions.

    Aujourd’hui, dix ans plus tard, les Ă©lus sont en train d’abroger les ZFE (zones Ă  faible Ă©mission) consistant Ă  interdire les vĂ©hicules les plus polluants dans les centres de certaines villes, ou de rĂ©introduire l’usage de certains pesticides dans l’agriculture. Une candidate aux Ă©lections municipales de Paris en 2026 (Rachida Dati) a annoncĂ© qu’elle voulait rĂ©tablir la circulation automobile sur les voies sur berge transformĂ©es en espaces piĂ©tonniers depuis les annĂ©es 2010. Et il en est de mĂȘme pour toute une sĂ©rie de mesures lĂ©gislatives ou rĂ©glementaires de nature Ă©cologique.

    Ces revirements marquent le manque de constance de parlementaires qui votent des lois le lundi, s’aperçoivent le mercredi qu’elles vont provoquer du mĂ©contentement chez certains de leurs Ă©lecteurs Ă  forte capacitĂ© de nuisance, puis votent leur abrogation le vendredi. Comme souvent en France, les intĂ©rĂȘts particuliers priment sur l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, un concept qui a Ă  peu prĂšs disparu de la pensĂ©e des citoyens et de leurs reprĂ©sentants.

    Surtout, ils font dĂ©finitivement tomber la fiction qu’évoluer vers une sociĂ©tĂ© plus Ă©cologique pourrait se faire sans contrainte. C’est le mensonge qui a Ă©tĂ© vendu par la politique : « non Ă  l’écologie punitive, vous allez pouvoir continuer Ă  vivre comme avant, rien ne changera et nous allons quand mĂȘme sauver la planĂšre. Â» Au pied du mur la France s’aperçoit que ce n’est tout simplement pas possible. Pour le moment on privilĂ©gie la facilitĂ© plutĂŽt que l’effort. C’est un peu la mĂȘme histoire avec les dĂ©ficits des finances publiques


  • 4Ăšme enquĂȘte annuelle sur les atteintes sexistes et sexuelles au sein de la communautĂ© Ă©tudiante de l’École polytechnique

    4Ăšme enquĂȘte annuelle sur les atteintes sexistes et sexuelles au sein de la communautĂ© Ă©tudiante de l’École polytechnique

    L’école polytechnique publie pour la quatriĂšme annĂ©e consĂ©cutive un curieux document au sujet des HDVS (situations de harcĂšlement, de discriminations et de violences Ă  caractĂšre sexuel ou sexiste). Un questionnaire a Ă©tĂ© envoyĂ© Ă  3 167 Ă©lĂšves. 2 068 rĂ©ponses partielles et 1 520 rĂ©ponses complĂštes ont Ă©tĂ© reçues, ce qui fait un total de 3 588 rĂ©ponses, soit plus que le nombre de questionnaires
 Sans doute certains questionnaires ont circulĂ© auprĂšs de plusieurs Ă©lĂšves. Les rĂ©ponses ont Ă©tĂ© apportĂ©es Ă  25% par des femmes, 74% par des hommes et 1% par des non-binaires.

    Il y a eu 1 039 HDVS dĂ©clarĂ©es (contre 788 en 2023) dont 16 viols (contre 24 en 2023). La surprise vient du fait que 54% des personnes dĂ©clarant avoir fait l’objet d’atteintes sexuelles en 2024 sont des hommes et que 70% des auteurs dĂ©signĂ©s sont des hommes. Si l’on compte correctement : 562 hommes ont donc Ă©tĂ© agressĂ©s de façon « sexuelle ou sexiste Â» et, en moyenne, 70% de leurs agresseurs seraient des hommes, les 30% restant se rĂ©partissant entre femmes et non-binaires.

    On ne sait pas bien ce que recouvrent les « atteintes Â» Ă  caractĂšre sexiste ou sexuel ? Des insultes, de l’ironie, des frĂŽlements, des attouchements ? On n’apprend guĂšre plus sur la rĂ©alitĂ© et la gravitĂ© de ces incidents. On croyait les Ă©lĂšves de cette Ă©cole militaire, de jeunes adultes, plus prĂ©occupĂ©s par les algorithmes et le drapeau de la RĂ©publique que par la gaudriole. EspĂ©rons qu’en cas de nĂ©cessitĂ© ils se montreront plus aptes Ă  repousser les envahisseurs qu’ils ne le sont aujourd’hui pour Ă©conduire leurs agresseurs « sexistes ou sexuels Â»

    On reste quand mĂȘme un peu Ă©tonnĂ© par la transparence donnĂ©e Ă  cet exercice d’autoflagellation, surtout venant d’une institution militaire, et dubitatifs sur sa nĂ©cessitĂ©.

  • KIEJMAN Claude-Catherine, ‘Svetlana, la fille de Staline’.

    KIEJMAN Claude-Catherine, ‘Svetlana, la fille de Staline’.

    Sortie : 2018, Chez : Editions Tallandier & Texto

    Il n’est sans doute pas facile d’ĂȘtre un enfant de Staline. Il en eut trois : Iakov issu d’un premier mariage avec Ekaterina SvanidzĂ©, soldat de l’ArmĂ©e Rouge, fait prisonnier par les Allemands durant le IIe guerre mondiale et que son pĂšre refusa d’Ă©changer avec le marĂ©chal von Paulus qui perdit la bataille de Stalingrad. Il se serait suicidĂ© en se jetant contre les barbelĂ©s Ă©lectrifiĂ©s du camp de concentration oĂč il Ă©tait dĂ©tenu.

    Deux autres enfants issus de son second mariage avec Nadejda Alliloueva : Vassili, mort alcoolique dans les années 1960 aprÚs une vie tumultueuse, et Svetlana, sujet de cette intéressant biographie.

    Ekaterina est morte du typhus quatre ans aprĂšs son mariage avec le dictateur. Nadejda s’est suicidĂ©e en 1932 probablement en raison de ses dĂ©saccords politiques avec son mari. Les belles-familles de Staline ont soit Ă©tĂ© liquidĂ©es soit enfermĂ©es de longues annĂ©es dans les goulags du rĂ©gime.

    Svetlana (1926-2011) Ă©tait l’enfant prĂ©fĂ©rĂ© de son pĂšre et la traversĂ©e de tous les drames de son pays l’a durablement perturbĂ©e. Elle a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e jusqu’Ă  l’adolescence dans le douillet confort d’un appartement au Kremlin et des datchas de la nomenklatura, situation Ă  peine dĂ©gradĂ©e par la guerre contre l’Allemagne. Elle ignorait tout des purges sanguinaires menĂ©es par son pĂšre contre ses opposants et une grande partie du peuple soviĂ©tique, ni de la barbarie de la guerre mondiale.

    Elle dĂ©couvre progressivement la tyrannie du rĂ©gime soviĂ©tique menĂ© d’une main de fer par son pĂšre en sortant de son cocon protĂ©gĂ© et en arrivant Ă  l’universitĂ© pour y mener des Ă©tudes d’histoire sur « recommandation » de Staline qui refuse qu’elle suive une filiĂšre de lettres. Elle s’oppose Ă  lui sur le choix de ses maris successifs. Son premier fiancĂ©, bien plus ĂągĂ© qu’elle, a Ă©tĂ© envoyĂ© au goulag aprĂšs que Staline ait forcĂ© Ă  leur rupture. Son premier mari Ă©tait juif ce qui poussa Staline Ă  refuser de le voir. Ils eurent un fils, Iossif, avant de divorcer rapidement. Un second mariage avec le fils d’un militaire de haut rang dans l’entourage direct du « petit pĂšre des peuples » dura Ă  peine plus de temps et leur donna une fille, Ekaterina. Un troisiĂšme mariage en URSS fut anecdotique.

    1953 : Staline meurt au mois de fĂ©vrier, le monde est troublĂ©, le communisme mondial bouleversĂ© et Svetlana se retrouve seule avec cette terrible hĂ©rĂ©ditĂ©. Des changements politiques apparaissent en URSS mais la nature profonde du rĂ©gime ne varie guĂšre. La fille du tyran reste sous la surveillance Ă©troite du parti compte tenu du symbole qu’elle reprĂ©sente, surtout Ă  l’extĂ©rieur du pays. Elle n’est pas vraiment libre de ses faits et gestes et doit se colleter avec les survivants de la rĂ©pression ou les familles de ceux qui n’ont pas survĂ©cu. Le nom de « Staline » est tout de mĂȘme lourd Ă  porter, ce n’Ă©tait d’ailleurs pas le vrai nom de son pĂšre. Elle obtient de reprendre celui de sa mĂšre, « AllilouĂŻeva », dont elle dĂ©couvre d’ailleurs le suicide qui lui avait Ă©tĂ© cachĂ© au moment des faits.

    Elle poursuit des quĂȘtes amoureuses sans lendemain jusqu’Ă  ce qu’elle rencontre un communiste indien soignĂ© en URSS qui meurt Ă  Moscou quelques annĂ©es plus tard. Elle est autorisĂ©s avec un visa « de sortie » de quelques mois Ă  accompagner le rapatriement des cendres dans son village en Inde en 1967. C’est lors de ce voyage qu’elle demande l’asile politique aux Etats-Unis d’AmĂ©rique, ennemis jurĂ©s de l’URSS. C’est la stupeur, d’autant qu’elle laisse ses deux enfants Ă  Moscou
 Quelques mois aprĂšs son transfuge Ă  l’Ouest le premier ministre soviĂ©tique dira Ă  l’occasion de son intervention Ă  la tribune des Nations Unies :

    Svetlana est une personne moralement instable, une malade et nous ne pouvons avoir que de la pitiĂ© pour ceux qui l’utilisent pour discrĂ©diter l’Union SoviĂ©tique.

    AlexeĂŻ Kossyguine

    Elle publie alors une autobiographie « Vingt lettres Ă  un ami » centrĂ©e sur la vie familiale avec son pĂšre qui crĂ©e quelques remous en pleine guerre froide, puis deux autres livres dont les droits d’auteur l’enrichissent avant qu’un nouveau mari amĂ©ricain et endettĂ© ne la ruine. Ils ont une fille, Olga, et divorcent. Elle continue une vie d’errance dans diffĂ©rents Etats amĂ©ricains, assaillie par la nostalgie de la Russie et le souvenir de ses enfants restĂ©s sur place avec qui les liens sont quasiment coupĂ©s. Elle est aussi ballotĂ©e, voire manipulĂ©e, entre les intĂ©rĂȘts gĂ©opolitiques de Moscou et de Washington. Elle n’arrive plus Ă  Ă©crire et voit ses rĂȘves de devenir Ă©crivaine s’envoler, comme d’ailleurs le reste de ses illusions.

    Elle est Ă  la dĂ©rive lorsqu’en 1982 elle dĂ©cide de revenir en URSS avec sa fille amĂ©ricaine, tant ses enfants russes lui manquent. Le rĂ©gime est ravi de cette dĂ©cision, lui rĂ©attribue la nationalitĂ© soviĂ©tique en lui faisant renoncer Ă  l’amĂ©ricaine. Le retour est rude. Son fils, mĂ©decin, sombre dans l’alcool. Sa fille refuse de la rencontrer. En 1986 elle obtient l’autorisation (dĂ©livrĂ©e par Gorbatchev) de revenir aux Etats-Unis oĂč elle meurt en 2011 aprĂšs ses derniĂšres annĂ©es durant lesquelles elle vivait de l’aide sociale.

    Svetlana n’a pas rĂ©ussi Ă  s’extraire de sa terrible paternitĂ© ni de la dĂ©vastation qui l’entourait. Enfant elle a sautĂ© sur les genoux de Beria, adolescente elle a assistĂ© Ă  des dĂźners-beuveries rĂ©unissant Staline, Molotov, Kroutchev, Boulganine et toute la fine-fleur de la barbarie soviĂ©tique. De multiples mariages, des enfants avec nombre de ces maris dont certains l’ont exploitĂ©e, d’autres l’ont quittĂ©e et, sans doute le seul avec lequel elle a pu partager un peu de sĂ©rĂ©nitĂ©, l’Indien, est mort de maladie. D’ailleurs le rĂ©gime soviĂ©tique lui avait interdit de se marier avec lui. Fille adorĂ©e de Staline, sans doute le seul ĂȘtre humain pour lequel le tyran savait manifester de la tendresse, elle a Ă©tĂ© sa vie durant le jouet d’intĂ©rĂȘts qui la dĂ©passaient et dont elle n’a pas su se libĂ©rer. Comment l’aurait-elle pu d’ailleurs face Ă  un pĂšre dont l’action et l’ambition l’ont amenĂ© Ă  diriger la mort de vingt millions de personnes ? Comment ne pas se sentir plus ou moins complice d’un pĂšre Ă  qui elle a Ă©tĂ© attachĂ©e dans sa tendre enfance ?

    Elle a cherchĂ© toute sa vie Ă  devenir une russe « ordinaire » puis une amĂ©ricaine « comme tout le monde » et elle a Ă©chouĂ©. C’Ă©tait juste impossible lorsqu’on s’appelle Staline ! Elle mena Ă  la place une vie d’errance sentimentale, gĂ©ographique, familiale et politique. Un destin Ă©mouvant face au tumulte du monde dans lequel elle fut embarquĂ©e bien contre son grĂ©. Il est dĂ©finitivement difficile d’Ă©chapper Ă  son hĂ©rĂ©ditĂ© !