La Messe en si mineur de Bach (1685-1750) est une œuvre gigantesque qui a demandé 20 années d’écriture au Maître qui ne l’a d’ailleurs jamais entendue dans son intégralité. Ce ne sont pas moins de deux chœurs, Agape et La Lyriade, qui sont réunis ce soir sous la direction d’Olivier Cangelosi pour interpréter cette messe majestueuse, accompagnés d’un orchestre et d’un orgue installé à côté des musiciens, sorte de grosse armoire normande avec un côté ouvert par lequel les tuyaux de l’instrument diffusent leurs sons.
Cette messe célèbre le culte catholique alors que Bach était un luthérien convaincu, c’est l’un des mystères qui l’entourent. Elle dure deux heures et nécessite un orchestre complet ce qui la rend plutôt impropre à la célébration d’un office. Après la mort de son père, le fils de Bach, Carl Philippe Emmanuel, coordonna la consolidation des différents éléments composant la partition finale. Elle ne fut créée dans son intégralité qu’en 1834, plus de 80 ans après la mort de son auteur.
L’œuvre interprétée avec talent ce soir est majestueuse, un peu emphatique mais elle a été écrite ainsi. De Bach on préfère la simplicité rigoureuse, parfois mathématique, des pièces pour piano seul (clavecin en fait, mais jouées aujourd’hui sur des pianos modernes), ou pour violoncelle, aux œuvres liturgiques. Les suites pour violoncelle, les variations Goldberg, les partitas, les suites françaises pour piano sont un miracle de perfection dans la pureté. L’émotion vient de l’extrême dépouillement de ces compositions que l’on ne retrouve bien sûr pas dans la Messe en si, écrite pour manifester avec éclat la dévotion des hommes envers leur créateur.

Ce soir, au terme de cette messe un peu interminable, le spectateur reste subjugué par la diversité et la créativité de Bach qui a consacré une vie entière à la composition d’œuvres exceptionnelles et reste le Maître incontesté de la musique classique occidentale.
L’église Saint-Pierre de Chaillot, en plein cœur du XVIe arrondissement parisien, entre l’Etoile et le Trocadéro, construite en XVIIe siècle, renforcée au XVIIIe, agrandie au XIXe, intégralement reconstruite et inaugurée en 1938, offre le cadre grandiose qui s’accorde à cette messe de Bach. L’acoustique de ses volumes importants ne semble pas très satisfaisante pour les choristes. Qu’importe, les spectateurs, manifestement voisins de XVIe, ne comptent pas leurs applaudissements lorsque résonnent les derniers échos du Dona nobis pacem [Donne nous la paix].
Les interprètes
| Julia Marcelli Knecht | Soprano |
| Claire Bournez | Mezzo-Soprano |
| Florian Laconi | Ténor |
| Pierre Bessière | Basse |
| Nicolas Jortie | Orgue |
| Frédéric Daverio | Accordéon |
| Olivier Cangelosi | Direction |

