Catégorie : Ailleurs

  • Le Palazio Altemps

    Le musée Altemps

    Un magnifique palais du XVIème, occupé par quelques cardinaux successifs, racheté par l’Etat en 1982 pour être restauré et transformé en un petit musée de « quartier ». Aussi intéressant pour le bâtiment lui-même que pour les sculptures exposées.

    Aphrodite

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  • La Basilique Saint-Pierre

    Quel bâtiment ! Quelle puissance historique ! Quel monument culturel ! Quelle richesse incalculable ! La Basilique Saint-Pierre de Rome est un choc pour les visiteurs éblouis qui circulent dans cette magnificence dédiée aux papes, à la religion et à Dieu. Tout est gigantesque et impressionnant, les marbres, les statues, les plafonds et… la Pietà de Michel-Ange bien sûr. On peut préférer le minimalisme des églises romanes mais on ne peut manquer d’être percuté par ce monument.

    Même le défunt président de la Côte d’Ivoire fut impressionné par sa visite à Rome puisqu’il fit construire une réplique exacte de la basilique dans la brousse ivoirienne, à Yamoussoukro, son village natal. Personne n’a pu arrêter ce projet dispendieux et mégalomaniaque dans un pays en développement, et même le pape Jean-Paul II s’est cru obligé d’aller la bénir, en 1990. Déplorable symbole du mauvais développement…

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  • Le Caravage dans les églises de Rome

    Caravage – Saint Agostino
    Saint-Luigi dei Francesi

    Saint-Luigi dei Francesi est l’église fréquentée par les Français chrétiens de Rome et… les touristes venant admirer les œuvres du Caravage. A quelques pas de là, une très belle Vierge à l’enfant du même Caravage trône dans l’église Saint-Agostino.

    Saint-Luigi dei Francesi

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  • Le Château Saint-Ange

    Ancienne forteresse construite par l’empereur Hadrien en 125 pour devenir son mausolée, recyclée en fort de défense puis en résidence papale, en prison et enfin en musée, son statut actuel. On y bénéficie aujourd’hui du haut des murailles d’une vue magnifique sur Rome après un parcours historique dans l’histoire de Rome.

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  • La Villa Médicis

    Possession française à Rome, la Villa Médicis a été achetée par l’Etat en 1803 pour accueillir l’Académie de France à Rome, crée par Louis XIV pour y former chaque année une dizaine d’artistes et qui fut abritée dans différents palais romain avant cette Villa Médicis au cœur de Rome.

    Elle existe toujours aujourd’hui avec la même mission. Des artistes comme les musiciens Berlioz, Bizet, Gounod ou Debussy l’ont fréquentées, mais aussi des écrivains, des peintres, des sculpteurs, des architectes, des restaurateurs d’art, des historiens d’art…

    Le palais est une merveille de style renaissance du XVIème siècle, bâti par un cardinal en 1564, racheté par un autre, Ferdinand de Médicis, en 1576. Ce dernier va enrichir le parc et le bâtiment. Au gré des changement de propriétaires, elle échoit à la France napoléonienne qui en maintient la vocation artistique. Financée depuis par les contribuables français, elle est ouverte à la visite sur réservation et il ne faut se priver d’une délicieuse plongée dans l’amitié culturelle franco-italienne symbolisée par ce lieu exceptionnel au centre de Rome.

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  • Galerie Borghèse

    Galerie Borghèse

    Scipione Caffarelli-Borghèse (1577-1633), cardinal, neveu du pape Paul V (Camille Borghèse), fit construire la villa Borghèse qui deviendra galerie du même nom, réunissant une richissime collection d’œuvres d’art : sculptures helléniques, romaines, de Gian Lorenzo Bernini, peinture du Caravage, de Raphaël, Bruegel, Rubens, Titien…

    La première pièce de ce magnifique musée expose une exceptionnelle sculpture en marbre signée Canova représentant la sœur de Napoléon (1780-1825), Pauline, mariée en secondes noces au prince Camille Borghèse. La subtilité des détails est stupéfiante de réalisme, les plis du matelas sous le poids de la princesse, le galbe du corps… On a du mal à imaginer que tout cette beauté est partie d’un bloc de marbre brut.

    En cheminant dans les vastes salles on découvre aussi comment l’art baroque, né en Italie à la fin du XVIème siècle, a introduit le mouvement, l’exubérance des formes, la couleur et les effets dramatiques dans tous les domaines artistiques. Dans la galerie, de nombreuses sculptures de Bernini (1598-1680) permettent de comprendre cette évolution. Artiste favori de Scipione Borghèse il produit au début du XVIIème des sculptures éblouissantes exposées ici. Il sculpte le marbre comme de la pâte-à-modeler et produit des œuvres sublimes d’une incroyable maturité avant même d’avoir passé ses vingt ans. Il illustre à merveille, dans son domaine, le passage de l’art de la Renaissance au baroque dans la sculpture.

    Les aléas de la famille Borghèse poussèrent Camille, beau-frère de Napoléon, époux de Pauline, à vendre la collection familiale à l’Etat français en 1807. Il en récupèrera une partie après la chute de l’Empereur, avant que l’Etat italien ne rachète l’ensemble en 1902 à une famille en mauvaise santé financière.

    Le bâtiment abritant cette extraordinaire collection est située au faîte d’une colline boisée deminant la Piazza des Polulo. Aujourd’hui, une exposition temporaire de Damien Hirst est mixée dans le musée et vient se heurter aux œuvres baroques qui constituent ce palais d’une incroyable richesse. Les inspirations baroques des époques s’entrechoquent et donne à ce curieux mélange son aspect flamboyant.

    Le dernier Borghèse dont on ait entendu parler fut Junio Valerio Borghèse (1906-1974), officier sous-marinier sous Mussolini, ayant poursuivi le combat aux côtés des Allemands, fut condamné après la dernière guerre. Libéré en 1949, il se recycla dans l’extrême droite et aurait même été impliqué dans une tentative de coup d’Etat en Italie en 1970.

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  • L’Algérie tout en subtilité

    Toujours engluées dans leur conflit sur l’Histoire coloniale, l’Algérie et la France, anciens ennemis d’une guerre de décolonisation sauvage, continuent leur dialogue de sourds par l’intermédiaire de communiqués agressifs et de cérémonies expiatoires, d’un côté et de l’autre de la Méditerranée, sur fond de flux migratoires du sud vers le nord.

    La dernière saillie algérienne vient de la bouche du président algérien qui a appelé le ministre français de l’Intérieur Moussa Darmanin, accusé par ailleurs de restreindre l’octroi de visas français aux citoyens algériens. Gérald Darmanin porte effectivement le second prénom de Moussa, donné par ses parents en hommage à son grand-père paternel, Moussa Ouakid, ex-tirailleur algérien intégré dans l’armée française et résistant durant la seconde guerre mondiale.

    Pas sûr que le climat n’avance vers l’apaisement… Pour paraphraser le président Mitterrand qui, en d’autres temps, avait dit « les pacifistes sont à l’ouest et les SS20 [missiles soviétiques installés en Europe de l’est et tournés vers l’occident] sont à l’est », on peut dire que « l’autoflagellation est au nord, mais l’ironie est au sud ».

    La suite au prochain numéro.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/10/un-ambassadeur-tres-souvent-dans-lavion/

    On a également entendu récemment l’ambassadeur d’Algérie en France appeler la diaspora algérienne dans son pays de résidence à constituer « un levier de commande » pour agir sur la politique française :

    « Il est inadmissible que l’Algérie qui possède la plus grande communauté étrangère en France avec 18 consulats, ne puisse pas constituer un levier de commande pour intervenir non seulement dans la politique algérienne, mais (aussi) au niveau de la politique française », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que « l’Algérie a besoin de tous ses enfants ».

    https://www.aps.dz/algerie/128872-daoud-souligne-l-importance-d-encourager-les-algeriens-etablis-en-france-a-investir-dans-leur-pays#:~:text=%22Il%20est%20inadmissible%20que%20l,sur%20le%20fait%20que%20%22l

    A l’image de la Turquie qui appelle sa diaspora en Europe à faire des enfants pour accroître son influence, l’Algérie cherche à peser sur la politique française. Il faut bien faire avec ce genre de comportements tout en cherchant à en minimiser les effets délétères. C’est également l’une des conséquences de ce concept trouble de la double ou triple nationalité. Quand on a plusieurs passeports, quelle est sa nationalité de préférence ? De quel pouvoir va-t-on suivre les directives ? L’Algérie n’aime pas beaucoup la binationalité et empêche ses binationaux d’accéder à certaines hautes fonctions administratives, mais cela ne l’empêche pas de jouer avec le concept lorsque cela peut servir ses intérêts.

    Ainsi vont les intérêts sacrés des nations.

  • Un ambassadeur très souvent dans l’avion

    Alger vient de rappeler son ambassadeur « pour consultation » comme point d’orgue d’une accumulation de reproches faits à la France ces dernières semaines. Les hostilités avaient déjà démarré dans une époque récente en mai dernier avec, déjà, le rappel de l’ambassadeur algérien, à la suite de la diffusion d’un documentaire sur France 5 sur les mouvements de jeunes anti-pouvoir (le Hirak). En réalité, les hostilités diplomatiques n’ont jamais cessé depuis 1962, année où l’Algérie est devenue indépendante.

    Cette fois-ci deux évènement ont entraîné l’ire du pouvoir algérien : la réduction des visas français à octroyer aux citoyens algériens à titre de sanction du fait que l’Algérie refuse de réadmettre les Algériens faisant l’objet d’une expulsion du territoire français d’une part, et les propos du président français devant un groupe de jeunes de la troisième génération dont les ancêtres ont été concernés par la guerre d’Algérie, d’une façon ou d’une autre : petits-enfants de combattants du FLN, de militaires français, de harkis ou de « pieds-noirs » rapatriés. Français, algériens ou binationaux, ils ont débattu avec Emmanuel Macron sur la tragédie algérienne. Ce groupe de jeunes a été constitué dans la suite du rapport Benjamin Stora sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie et se réunit régulièrement afin de produire des propositions au président en vue de la réconciliation algéro-française. Le déjeuner à l’Elysée du 30 septembre constituait un point d’étape de cette vaste tâche.

    Quelques jours auparavant, le 20 septembre, le président avait officiellement demandé « pardon » et annoncé des compensations financières à verser par les contribuables français aux descendants des harkis :

    « Aux combattants abandonnés, à leurs familles qui ont subi les camps, la prison, le déni, je demande pardon, nous n’oublierons pas »

    Ce « pardon » venait après la reconnaissance par le président Hollande en septembre 2016 de la « responsabilité » française dans le sort des harkis :

    « [des] responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France »

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2016/09/la-republique-reconnait-sa-culpabilite-dans-le-massacre-des-harkis-dans-algerie-post-independance/

    Des journalistes assistaient au déjeuner du 30 et en ont rapporté quelques propos tenus par le président et ce sont justement une partie de ceux-ci qui ont déclenché ce énième incident diplomatique avec Alger avec remise de son ambassadeur dans un avion pour le sud. Au milieu d’échanges qui paraissent plutôt apaisés et intelligents M. Macron a évoqué « l’histoire officielle » réécrite par un « système politico-militaire » basée sur « la haine de la France », une « rente mémorielle ». N’en jetez plus, c’en était trop pour les autorités algériennes !

    La France s’épuise à essayer de se faire pardonner son errance coloniale. Depuis l’élection en 2017 de M. Macron, Paris a reconnu les assassinats par l’armée française d’un certain nombre de combattants et intellectuels algériens après avoir déclaré à Alger lorsqu’il était candidat que la colonisation était un « crime contre l’humanité ». Le rapport de Benjamin Stora qui a eu accès aux archives françaises, déclassifiées pour l’occasion, a été mal reçu de l’autre côté de la Méditerranée. Stora, bien que né en Algérie, est français et considéré dans son pays d’origine comme subjectif et son travail comme une affaire franco-française. Il est disqualifié d’office. A peu près au moment où M. Stora a été mobilisé pour son étude (juillet 2020), un rapport sur le même sujet a été commandé par le gouvernement algérien à l’historien Abdelmadjid Chikhi. Il n’est malheureusement pas encore disponible et l’on ne sait même pas si l’idée de sa production n’aurait pas été abandonnée.

    Devant cette impossible réconciliation on se demande même si la revendication ultime de l’Algérie était consentie par Paris, des excuses officielles et des compensations financières, changerait vraiment les choses.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/04/stora-benjamin-rapport-sur-les-questions-memorielles-portant-sur-la-colonisation-et-la-guerre-dalgerie/

    Communiqué de la Présidence de la République [algérienne] du 02/10/2021

    A la suite des propos non démentis que plusieurs sources françaises ont attribué nommément au Président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos.

    Les propos en question portent une atteinte intolérable à la mémoire des 5.630.000 valeureux martyrs qui ont sacrifié leurs vies dans leur résistance héroïque à l’invasion coloniale française ainsi que dans la Glorieuse Révolution de libération nationale, les crimes de la France coloniale en Algérie sont innombrables et répondent aux définitions les plus exigeantes du génocide contre l’humanité.

    Ces crimes qui ne sont pas prescriptibles, ne sauraient faire l’objet d’une manipulation des faits et d’interprétations atténuantes.

    La propension des nostalgiques de l’Algérie française et des milieux qui se résignent difficilement à l’indépendance pleine que les Algériens ont gagnée de haute lutte, s’exprime à travers de vaines tentatives d’occulter les exactions, massacres, enfûmades, destructions de villages, des centaines de Oradour-Sur-Glane, éradications de tribus de résistants, qui sont des génocides en séries que les acrobaties conceptuelles et les raccourcis politiques ne parviendront jamais à occulter.

    Pour leur part, les appréciations superficielles, approximatives et tendancieuses énoncées en ce qui concerne l’édification de l’Etat national algérien ainsi que sur l’affirmation de l’identité nationale relèvent d’une conception hégémonique éculée des relations entre Etats et ne sauraient, en aucune façon, être compatibles avec le ferme attachement de l’Algérie à l’égalité souveraine des Etats.

    Cette malencontreuse intervention qui heurte fondamentalement les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire, a l’incorrigible défaut de tendre vers la promotion d’une version apologique du colonialisme au détriment de la vision établie par I’Histoire de la légitimité de luttes de la libération nationale, alors que rien ni personne ne peut absoudre les puissances coloniales de leurs crimes, y compris les massacres du 17 octobre à Paris dont l’Algérie et sa communauté établie en France s’apprêtent à commémorer dans la dignité.

    Face à la situation particulièrement inadmissible engendrée par ces propos irresponsables, le président de la République, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, a décidé le rappel immédiat en consultations de l’ambassadeur d’Algérie auprès de la République française.

  • Terrorisme intra-religieux en Afghanistan

    Les attentats meurtriers revendiqués par le groupe « Etat islamique » se multiplient en Afghanistan et font des dizaines de morts civils, généralement aux abords des mosquées, le vendredi jour de prières. Il semble que les cibles soient d’abord les talibans de retour au pouvoir dans ce pays, accusés d’avoir trahi la cause islamiste, et, plus particulièrement, la minorité chiite de la population considérée comme mécréante par l’Etat islamique.

    Rappelons de quoi nous parlons :

    • Les musulmans chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet (mort en 632) est Abou Bakr qui deviendra effectivement calife
    • Les musulmans sunnites chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet est Ali, son gendre et fils spirituel

    Pour ne pas être en reste, précisons que :

    • Les chrétiens pensent que Jésus est leur prophète avec des variantes entre ceux qui croient à la sainte-vierge et ceux qui n’y croient pas
    • Les juifs pensent que Jésus n’est pas leur prophète et attendent toujours leur messie
    • Les yézidistes croient en un Dieu qui façonna le monde comme une grosse perle blanche qu’il brisa et dont les éclats formèrent le ciel, la terre et la mer
    • Les zoroastriens considèrent que leur Dieu n’a pas besoin d’adoration, pas besoin d’intermédiaires
    • Etc. etc…

    Tous croient à la vie éternelle au paradis où chacun rejoindra son Dieu. Mais en attendant, au nom de celui-ci, on sème la mort et la désorganisation sur une bonne partie de la planète.

    L’Etat islamique qui attaque les Talibans en Afghanistan, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité. Cela prêterait à sourire s’il ne s’agissait de massacres d’un autre âge. Le risque est évidemment que ces derniers pactisent avec leurs attaquants et recrée un Etats terroriste comme ce fut le cas entre 1996 à 2001. Si cela survenait et mettait en jeu la sécurité du monde il faudrait de nouveau envisager une application de la stratégie du « cassage de gueule ponctuel avec retour rapide au bercail » et on peut imaginer que la Russie et la Chine qui sont aux premières loges dans la région et directement concernées par les troubles qui pourraient déteindre sur leurs populations de confession musulmane veilleront attentivement à l’évolution de la situation, d’autant plus qu’elles ont marqué leur ouverture à coopérer avec l’Afghanistan taliban après la retraite occidentale.

    Gageons néanmoins que les Talibans vont réagir avec les méthodes de combat efficaces qu’on leur connaît et il n’est pas dit qu’ils ne soient pas en mesure de réduire cette rébellion tous seuls comme des grands !

  • La France s’émeut

    L’amitié russo-malienne : une vague de fond ancienne

    La France s’émeut encore une fois de la montée en puissance politique et militaire de la Russie au Mali ainsi que de la mauvaise humeur de ce pays à l’encontre de Paris. Les coups d’état en 2020 et 2021 ont mis au pouvoir à Bamako une junte de galonnés dont la stratégie semble être de négocier avec les terroristes religieux pour trouver un accord avec eux et de coopérer avec la Russie pour une assistance militaire renforcée. Dans le même temps, la énième brouille algéro-française fait qu’Alger interdit le survol de son territoire aux avions militaires français compliquant ainsi le ravitaillement des forces militaires françaises présentes dans le Sahel.

    La France a déployé son armée au Mali début 2013, à la demande du gouvernement civil malien de l’époque, pour arrêter des colonnes rebelles nordistes, mêlant indépendantistes touaregs et islamistes, qui fondaient sur Bamako et auraient très certainement pris le pouvoir sans l’intervention étrangère de la France compte tenu de la capacité de résistance plutôt limitée des forces locales. Près de dix ans plus tard, 53 militaires français tués (sans compter des otages civils français également assassinés dans la région) et deux coups d’état militaires, Paris a annoncé la réduction de son dispositif armé sans oser prononcer la fin de ses opérations militaires et le retour de ses effectifs au bercail.

    Aujourd’hui les planètes sont alignées pour arrêter cette intervention : le Mali n’en veut plus, l’Algérie interdit le survol de son territoire, très peu d’autres pays européens soutiennent l’action de la France, pas même financièrement, la fiction du « G5 Sahel » censé mettre sur pieds une force africaine multinationale a fait long feu et la Russie se réjouit de prendre la place. Il est temps de laisser Bamako face à ses responsabilités et ses nouveaux amis.

    L’argumentation des interventionnistes français est qu’en luttant contre les terroristes au Sahel, l’armée française évite que ceux-ci ne viennent commettre leurs méfaits sur le territoire national. Ce n’est pas très convaincant, on ne sait pas bien d’ailleurs ce qu’en pense réellement les militaires français qui ne s’expriment pas beaucoup. C’est la rengaine déjà entendue « meurt-on pour la France au Mali ? ». Cependant, ramener les forces d’intervention en France permettra de renforcer le dispositif national avec le même objectif de le préserver d’actions terroristes venant de l’étranger. Il n’est pas sûr que cela soit moins efficace que de maintenir ces troupes sur des territoires dont les populations les rejettent. De toute façon il est peu probable que Paris se maintienne contre la volonté du Mali alors accélérons le mouvement et fermons l’intégralité de l’opération Barkhane et laissons le Mali assumer son retour à une coopération avec Moscou.

    Les autres pays sahéliens associés et bénéficiaires de Barkhane comme le Niger et le Burkina-Faso regretteront peut-être le retrait de la France mais la raison d’Etat oblige à trouver d’autres méthodes, pour aider les pays qui le souhaitent, qu’une présence militaire sur leur sol qui est forcément condamnée à l’échec puis à un retrait piteux.

    Lire aussi : Bienvenue à la Russie de retour au Mali – Hit the road Jack… (rehve.fr)

  • Le temps des désillusions

    Le « tribunal constitutionnel » en Pologne vient de remettre en cause la primauté du droit européen sur le droit national polonais en déclarant que certains articles des traités européens sont contraires à la Constitution de ce pays. C’est l’aboutissement juridique d’une longue bataille de Varsovie contre l’un des principes fondateurs de l’Union européenne (UE). En France, les souverainistes jubilent puisqu’ils voudraient voir Paris suivre ce « bon » exemple et les européanistes dépriment devant ce qu’ils qualifient « d’attaques contre l’UE ».

    Ce n’est hélas qu’une malheureuse histoire où la malveillance s’additionne à l’individualisme. Les traités européens sont ce qu’ils sont, ils ont été, soit élaborés par les pays fondateurs, soit adoptés au fur et à mesure par les pays nouveaux-adhérents, condition sine qua non de leur adhésion. Les procédures d’évolution de ces traités existent et peuvent être appliquées dans les conditions de majorité requises. L’exemple récent de la sortie de l’Union du Royaume-Uni montre que tout est possible dans le cadre des règles élaborées, y compris la créativité comme l’accord nord-irlandais du Brexit.

    Les pays est-européens, comme le Royaume-Uni d’ailleurs, n’ont jamais vraiment endossé les principes politiques de l’UE. Mais la perspective de l’accès au marché communautaire et aux subventions significatives pour la mise à niveau de leurs économies les a poussés à adhérer pour encaisser ces avantages au plus vite, quitte à voir plus tard comment compromettre, ou pas, avec les contraintes politiques qui vont avec et qu’ils ont acceptées.

    Londres a essayé de modifier de l’intérieur l’esprit de l’UE, y a échoué puis est finalement parti. Varsovie est probablement plus réticente à envisager de sortir car les inconvénients socio-économiques seraient plus pénalisants pour ce pays qu’ils sont en train de l’être pour le Royaume-Uni. Elle se rend compte qu’elle n’arrivera pas à obtenir les conditions de majorité nécessaires pour faire adopter ses propres vues dans les traités, alors la Pologne reste dans l’Union, refuse d’appliquer certaines de ses règles et sème la zizanie, espérant peut-être convaincre certains Etats-membres de suivre pour éviter le chaos général.

    Evidemment cela agace un peu les partisans de l’esprit des pères fondateurs qui considèrent que si l’on bénéficie des ressources financières et des avantages commerciaux d’un groupe de pays, il convient de respecter les règles existantes, ou alors de les changer, mais en suivant les procédures élaborées à cet effet. Ce sont finalement des règles de fonctionnement qui sont assez similaires avec celles qui existent dans une copropriété en France.

    Les pays est-européens pensent différemment et ne veulent plus respecter les traités qu’ils ont acceptés au départ puis échoué à faire changer de façon consensuelle. Alors ils essayent de l’intérieur, comme un Cheval de Troie. Leur capacité de nuisance est importante et l’avenir dira s’il valait mieux partir en claquant la porte comme le Royaume-Uni ou rester en semant le chaos comme la Pologne ou la Hongrie. Entre une position claire et une attitude machiavélique, bien malin qui croit savoir qui l’emportera.

    C’est une nouvelle confirmation de l’erreur que fut l’ouverture de l’Union européenne à nombre de pays qui, dès le départ, n’étaient pas en mesure d’en accepter les contraintes ni n’avaient la volonté d’en respecter l’esprit. Une union politique ne peut valablement fonctionner qu’entre vrais amis. Une zone commerciale peut en revanche être étendue à des tiers avec qui l’on n’est pas forcément amis comme pour l’Espace économique européen (EEE) ouvert à la Confédération Helvétique ou la Norvège.

    Vous avez aimé le Brexit ? Vous allez adorer le chaos est-européen. Voici venu le temps des désillusions européennes !

  • Bienvenue à la Russie de retour au Mali

    Junte malienne après le coup d’Etat d’août 2020

    Un dirigeant civil malien s’est lamenté ce 25 septembre contre la France à la tribune de l’ONU à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de cette organisation multilatérale :

    « La nouvelle situation née de la fin de l’opération “Barkhane”, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome ou avec d’autres partenaires »

    Dans les couloirs la délégation russe se frotte les mains puisque « les voies et moyens » qui sont évoqués dans cette déclaration concerneraient la société paramilitaire russe plus ou moins privée Wagner. La roue tourne et revient à son point de départ. Le Mali nouvellement indépendant des années 1960 était l’ami « non aligné » de l’Union soviétique et il revient à ses premières amours.

    Paris, qui vient d’annoncer le 52ème soldat français tué en opération sur le terrain s’émeut de ces accusations qualifiées « d’indécentes » et « d’inacceptables » par sa ministre de la défense, ajoutant qu’elles reviennent à « s’essuyer les pieds sur le sang des soldats français ».

    Oui la ministre a raison d’être choquée mais elle a tort de faire une déclaration de circonstance plutôt que d’agir. Les relations franco-africaines sont d’ailleurs régulièrement marquées par ce genre de saillies et il est vain d’attendre la moindre reconnaissance de ces pays à l’égard de l’ex-puissance coloniale qui est systématiquement rendue responsable de tous les maux de ses anciennes colonies, même 60 ans plus tard. Attitude d’ailleurs relayée dans l’hexagone par le discours « décolonialiste » défendu par une partie de l’intelligentsia germanopratine.

    Si le Mali, comme la Centrafrique, revient dans le giron de Moscou, c’est une bonne nouvelle pour la France qui pourra donc s’en dégager, épargner et rapatrier ses militaires et réaliser des économies budgétaires significatives. Ce sera aussi très certainement un gage d’efficacité car les troupes russes, d’autant plus si elles sont « privées », utilisent des méthodes de guerre plus « directes » que celles des militaires occidentaux.

    En 2012, le président malien a fait appel à la France pour stopper l’avance des militaires religieux en route pour Bamako ce qui a déclenché une opération dont il faut maintenant se dégager au plus vite. En 2021, le Mali fait appel à la Russie, laissons désormais faire les choses comme elles doivent se passer.

  • Rupture des contrats

    2015 : la France annule le contrat de construction et fourniture de bâtiments de projection et de commandement (BPC) à la Russie en rétorsion à l’annexion de la Crimée par Moscou. Le client, la Russie, explique que la non-livraison des PBC n’aura que peu de conséquences sur sa capacité de défense. « Pour nous, ce n’est pas critique. On survivra ! » déclare alors le président Poutine. Les clauses contractuelles de rupture ont été appliquées et la Russie a été indemnisée en conséquence. La France a ensuite revendu les deux bâtiments à l’Egypte sans que l’on ne sache vraiment si et comment ils ont été payés.

    2021 : la France apprend que l’Australie annule le contrat de construction et fourniture d’une dizaine de sous-marins à propulsion non-nucléaire. Cambera a changé d’avis et opté pour l’achat de sous-marins à propulsion nucléaire à fournir par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Immédiatement Paris monte sur ses grands chevaux, rappelle une tripotée d’ambassadeurs, lâche ses ministres sur les médias et transforme cet aléa commercial en affaire politique considérable.

    En réalité ce qui est le plus étonnant dans cette situation c’est que l’Australie ait signé ce contrat de fourniture d’armement en 2012 alors qu’en cas de troubles guerriers dans la zone pacifique, ce n’est pas la France qui viendrait défendre l’Australie mais bien plus probablement les Etats-Unis. Malgré ses dires et la possession de quelques confettis coloniaux dans l’océan Pacifique (dont la Nouvelle Calédonie est d’ailleurs en voie de décolonisation…), la France n’est pas une puissance « Indopacifique ». Elle est très loin d’avoir les sous, les effectifs ou le matériel nécessaires, bref, la puissance qu’il faudrait déployer en cas de conflit pour projeter des forces militaires dans cet océan lointain et immense.

    L’annulation du contrat est évidemment une mauvaise nouvelle industrielle et commerciale pour l’hexagone mais le problème ne se résoudra pas par des aboiements médiatiques ni des rappels temporaires d’ambassadeurs. Il vaudrait mieux, comme la Russie en 2015, appliquer les clauses de rupture prévues au contrat, voire réclamer un peu plus, comme des compensations industrielles, les entreprises françaises pourraient par exemple fabriquer en sous-traitance des matériels dans le nouveau contrat entre l’Australie et les Etats-Unis. Mais il est toujours plus efficace de mener de telles négociations dans la discrétion, exactement comme l’a fait Moscou en 2015 avec Paris.

    Quand la France cessera-t-elle de se prendre pour le centre du Monde ? Mais quand Paris en rabaissera-t-il de son égo surdimensionné ?

  • Une évacuation rondement menée

    Les journalistes et les « experts » de plateaux télévisés continuent à qualifier de « désastre » l’opération d’évacuation d’Afghanistan des derniers militaires occidentaux qui s’y trouvaient et d’une partie des Afghans qui le souhaitaient. En réalité cette opération mériterait plutôt d’être reconnue comme un succès logistique. Ce sont en effet environ 120 000 personnes qui ont été évacuées via des rotations d’avions militaires et civils dans un environnement hostile, tellement hostile d’ailleurs qu’un attentat religieux a fait une centaine de morts sur l’aéroport dont une dizaine de soldats américains chargés du contrôle des foules qui étaient massées la en espérant atteindre un avion pour fuir leur pays.

    Les pleureuses de plateaux télévisés s’émeuvent de la défaite militaire et politique occidentale dans ce pays d’Extrême-Orient qui blesse leur égo de polémistes nombrilistes au point de les aveugler sur la réussite technique de l’opération logistique que fut cette évacuation. Evidement tous les nombreux Afghans qui souhaitaient quitter leur pays après le retour d’un pouvoir religieux fort n’ont pas pu être emmenés mais c’est hélas le lot habituel de ce genre de reddition. Celle des occidentaux en Afghanistan n’a guère différé sur ce point de celles du Vietnam ou d’Algérie.

    On peut bien entendu parler de défaite lorsque l’on voit les occidentaux remettre les clés du pays aux Talibans vingt ans après y être entrés pour les en chasser, de désastre lorsque l’on assiste au retour en force de coutumes d’un autre âge, de tristesse lorsque l’on pense que tous les efforts de promotion de la démocratie auront été probablement vains avec le retour de ce pouvoir religieux… mais l’évacuation de 120 000 personnes militaires et civiles fut une opération couronnée de succès.

  • La fiction des armées locales

    L’Afghanistan rendu à ses démons

    La prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan a été grandement facilitée par la débandade de l’armée nationale qui n’a quasiment mené aucun combat contre la rébellion religieuse qui, du coup, a rapidement conquis l’entièreté du pays avant même le départ complet des forces occidentales achevé aujourd’hui. Cette « armée nationale » avait pourtant bénéficié des soins et des fonds occidentaux mais les milliards investis par les contribuables de ces pays n’ont pu créer la seule arme indispensable qui manquait, celle de la foi en la victoire dans cette guerre civile.

    Cette situation n’est guère surprenante et a été mainte fois constatée aux termes des guerres post-coloniales menées par l’Occident depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à commencer par celle du Vietnam dans le conflit contre le communisme. Au cours de leur soutien au Vietnam du Sud pour barrer la route au communisme porté par le Vietnam du Nord, les Etats-Unis d’Amérique ont lourdement investi pour former l’armée du Sud qui s’est effondrée rapidement après les accords de paix de Paris en 1973. Malgré quelques actions héroïques de garnisons sud-vietnamiennes, l’offensive massive de l’armée du Nord en 1975 aboutit rapidement à la reddition du Sud et à la capture d’un important matériel militaire américain par les communistes.

    En Irak en 2014, les combattants du groupe terroriste religieux Etat islamique se sont emparé sans coup férir de la ville de Mossoul abandonnée en quelques heures par l’armée irakienne face à une troupe de va-nu-pieds mais motivée, avec la récupération d’un matériel militaire considérable qui a ensuite été retourné contre les armées occidentales présentes. Par la suite la ville a été reconquise et, semble-t-il, les forces spéciales irakiennes se seraient plutôt bien défendues avec les soutiens aériens occidentaux qui n’existent plus aujourd’hui.

    En Afrique, malgré des accords de coopération militaires passés et constamment renouvelés entre la France et nombre de ses anciennes colonies depuis les années 1960, les armées locales ont surtout brillé par leurs capacités à mener des coups d’Etat, mais beaucoup moins à défendre leurs nations, concept [celui de nation] d’ailleurs plutôt incompréhensible dans des pays organisés en clans et en ethnies. Depuis son intervention militaire au Sahel en 2013, la France défend vaille que vaille l’idée du « G5 Sahel », une armée multinationale réunissant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad qui remplacerait l’armée française après l’inéluctable départ de celle-ci, et le plus tôt sera le mieux. Ce « G5 Sahel » est formé et équipé par la France avec l’aide d’autres pays de l’Union européenne. Mais il est peu probable qu’il ne soit jamais véritablement opérationnel, ou en tout cas à la hauteur des combats qu’il faudrait mener contre la troupe décidée des rebelles religieux qui veulent s’emparer du pouvoir dans ces pays et avec laquelle déjà certaines capitales sahéliennes mènent des discussions.

    En Afghanistan aujourd’hui, les Talibans ont pu s’emparer de tout le matériel militaire américain donné à « l’armée » nationale et l’on voit ceux-ci parader dans les rues de Kaboul en tenues camouflées bien plus seyantes que leurs djellabas d’antan, et arborant des armes flambant neuves sans doute bien plus destructrices que leurs antiques Kalachnikov. Tout ce matériel vient d’être récupéré dans les stocks laissés sur place après avoir été financés par les contribuables américains. On s’aperçoit maintenant que certaines régions afghanes déclaraient des effectifs militaires fictifs pour recevoir plus de subsides de l’armée américaine qui assurait même la paye de cette « armée » nationale…

    La défaillance de ces « armées » locales est finalement peu surprenante. D’abord car l’Occident attend qu’elles s’engagent dans des guerres civiles contre des rébellions qui sont aussi locales et il est toujours plus difficile de combattre ses propres concitoyens lorsqu’on n’est pas même sûr de mener le bon combat. La décision est plus facile à prendre lorsqu’il s’agit de lutter contre des forces d’invasion étrangères. D’autre part, se battre pour maintenir au pouvoir des pouvoirs corrompus (au Vietnam comme en Afghanistan ou en Afrique) et, généralement, dictatoriaux, est fort peu motivant ! Cerise sur le gâteau : quand vous ajoutez que ces « armées » nationales sont payées et équipées par des pays étrangers car leurs propres Etats n’en ont pas les moyens, on comprend mieux leur manque de motivation.

    L’Occident a échoué dans ses objectifs d’étendre la « démocratie » par la force de ses armes au Vietnam, en Irak ou en Afghanistan, d’abord parce que ces pays n’étaient pas véritablement intéressés, mis à part une élite occidentalisée en accord avec les principes démocratiques, ou très corrompue voulant préserver ses intérêts. Sans doute en sera-t-il aussi de même au Sahel d’où la France a commencé à se retirer et c’est un mouvement raisonnable qu’il faut poursuivre. Avec l’enterrement des illusions occidentales sur les « valeurs universelles » c’est aussi, sans doute, la fin du « droit d’ingérence » sous sa forme actuelle, promu par les tenants de l’humanitaire, comme Bernard Henry-Lévy ou autres Rony Brauman et Bernard Kouchner. Ce droit d’ingérence a tout de même permis d’atteindre quelques-uns de ses objectifs lorsqu’ils étaient purement humanitaires comme d’acheminer des vivres en cas de famine (Biafra, Somalie…) mais il a souvent échoué lorsqu’il était dirigé par des démocraties et que ses buts étaient politiques. Bien évidemment, lorsque la Chine occupe le Tibet elle ne s’en laisse pas compter par les contraintes démocratiques et arrive à y rester plus longtemps…

    L’Afghanistan est maintenant face à son destin, le Sahel le sera bientôt. L’Occident va cesser, au moins pour un temps, de faire du prosélytisme en faveur de son propre mode de gouvernance. C’est aussi bien. L’argent ainsi économisé pourra être investi sans son propre processus de développement économique et ses militaires se consacrer à leurs intérêts nationaux. Nouvelle situation, nouveaux enjeux, le pire n’est jamais sûr et peut-être que l’Occident comme l’Orient s’en porteront aussi bien. Rendez-vous dans dix ans pour en reparler !

  • Sauve qui peut en Afghanistan

    Alors que les opérations d’évacuation des occidentaux et de leurs supplétifs d’Afghanistan se terminent sur l’aéroport de Kaboul, un attentat suicide commis ce 26 août a fait une centaine de morts dont une quinzaine de soldats américains qui en contrôlaient les accès, et de nombreux blessés. Ce massacre a été revendiqué par le groupe religieux Etat islamique qui s’avère un ennemi féroce des occidentaux mécréants, mais aussi des Talibans musulmans, sunnites également. Il existerait quelques subtilités théologiques entre ces deux groupes mais les uns et les autres s’avèrent des habitués des attentats contre leurs populations civiles et les intérêts occidentaux. Les Talibans seraient nationalistes et se contenteraient de gérer leur pays, le groupe Etat islamique serait internationaliste et chercherait à étendre ses croyances au monde entier. Les Talibans ont un drapeau blanc avec des caractères arabes imprimés en noir, l’Etat islamique a un drapeau noir avec des caractères arabes imprimés en blanc. Tout est dit !

    Et là, l’observateur commence à se perdre… Mais pourquoi donc un mouvement religieux sunnite mène des opérations barbares contre un autre mouvement religieux sunnite alors que tous deux respectent les mêmes règles, celles de charia, la loi religieuse du Coran ? Sauf les spécialistes du sujet, personne n’y comprend grand-chose mais l’Etat islamique commettant des attentats suicides contre les Talibans c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité ! Ce serait même risible s’il ne s’agissait de milliers de morts dans une population qui n’en peut mais !

    Le retrait des armées occidentales de l’Afghanistan va laisser les deux idéologies sunnites face-à-face. L’avenir devrait être violent et le trafic international du pavot qui est quasiment la seule ressource du pays risque de flamber.

  • Le jargonnage « woke » envahit même l’Afghanistan

    Les religieux talibans qui ont pris le pouvoir par les armes en Afghanistan cherchent à rassurer leur peuple et la communauté internationale sur leurs intentions pacifiques. Ils se sont engagés à mettre sur pieds un gouvernement « inclusif » ! Il n’est pas sûr que ce terme soit employé avec le même entendement que celui des vedettes occidentales du discours pro-minorités…

    Il reste étonnant de voir la capacité de ce discours « woke » à diffuser, même dans les lieux les plus improbables ! C’est le soft-power de ces minorités agissantes d’arriver à s’imposer partout. Compte tenu des objectifs sociétaux talibans de rétablir la charia en Afghanistan, et du sort que celle-ci réserve aux femmes, il semble peu probable que la partie féministe du discours « woke » ne s’impose véritablement à Kaboul…

  • Exil afghan

    Comme à l’issue de chacune de ces guerres post-coloniales (Vietnam, Angola, plus anciennement Algérie) des mouvements importants de réfugiés fuyant Afghanistan sont en cours une fois annoncé le départ de ou des puissances occupantes. Les supplétifs afghans des armées occidentales craignant les règlements de compte de la part des nouveaux dirigeants essayent d’obtenir des sauf-conduits pour être exfiltrés vers ces pays. Ils ne demandent évidemment pas à partir vers le Qatar ou les pays du Golfe Persique mais vers les pays occidentaux. Bien entendu des personnages peu recommandables vont certainement se faufiler dans ces flux de migrants comme ce fut le cas lors de la crise migratoire syrienne de 2015, c’est inévitable et même les critères de sélection les plus exigeants ne pourraient les identifier quant on voit les conditions dans lesquelles se déroule cette fuite éperdue de certains Afghans de leur pays.

    La vengeance des vainqueurs et l’exil des vaincus sont des conséquences vieilles comme le monde de ce type de conflits. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il ne faut pas les mener. La France, hélas, est passée par ces malheureuses étapes comme vainqueur et comme vaincue. En 1944-1945 après la défaite de l’Allemagne, une épuration extra-judiciaire aurait fait environ 10 000 morts exécutés sommairement, surtout par des résistants dont certains n’avaient de « résistant » que le nom mais songeaient plutôt à régler des comptes personnels ou à s’approprier les biens des fusillés. Pendant ce temps, en septembre 1944, le maréchal Pétain, accompagné de dirigeants vichystes, partait s’exiler à Sigmaringen, une enclave française spécialement crée en Allemagne par les Nazis pour accueillir les derniers « collabos ». En avril 1945, la défaite totale de l’Allemagne mit fin à cette fiction et Pétain se livra aux nouvelles autorités françaises. Condamné à mort par la justice républicaine il fut gracié ce qui n’a pas été le cas de nombre de ses collègues (Déat, Darnan, Luchaire…). Beaucoup d’intellectuels qui avaient pactisés avec l’ennemi choisirent aussi l’exil à la Libération, comme Céline, ou furent condamnés à mort et exécutés (Brasillach, …). Drieu la Rochelle quant à lui s’est suicidé alors qu’il allait être arrêté.

    A peine dix ans plus tard la France perd sa guerre coloniale d’Indochine à la bataille de Diên Biên Phu en mai 1954 et quitte piteusement ses colonies asiatiques. Hélie Denoix de Saint Marc, ancien déporté, officier de la Légion étrangère, racontera comment ses hommes durent repousser durement leurs supplétifs Hmong qui, comprenant que les troupes françaises allaient les abandonner, s’accrochaient désespérément à leurs camions.

    Et encore moins de dix ans plus tard, l’histoire se renouvelait en Algérie où la France, après sa défaite matérialisée dans les « accords d’Evian » laissa sur place une grande partie de ses supplétifs, les « harkis » qui furent massacrés par l’Algérie indépendante souvent après d’atroces tortures. La partie algérienne qui s’était engagé à ne pas mener de représailles physiques contre ces harkis n’a pas bien entendu respecté ses engagements. Les historiens estiment qu’entre 60 et 80 000 furent tués pendant qu’environ 40 000 furent accueillis en France. Ce fut d’ailleurs l’un des motifs pour lesquels des officiers comme Denoix de Saint Marc participèrent au putsch d’Alger en 1961, se refusant à abandonner une nouvelle fois ceux qui avaient combattu à leurs côtés.

    Après la retraite américaine du Vietnam en 1975, les sud-vietnamiens pro-occidentaux qui n’ont pas pu émigrer aux Etats-Unis d’Amérique ont passé quelques années dans les camps de rééducation communistes dont certains n’y ont pas survécu. On se souvient des images des grappes de réfugiés accrochés aux hélicoptères US qui n’arrivaient même plus à se poser sur le toit envahi de l’ambassade américaine. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce sont aujourd’hui plus ou moins des scènes similaires que l’on voit sur l’aéroport de Kaboul.

    Evidement, chacun voit midi à sa porte et est persuadé que la guerre qu’il mène est la bonne. Si peu de monde fut en faveur des puissances de l’Axe défaites en 1945 (mais il y en eut quand même), les guerres de décolonisation et post-coloniales ont entraîné des attitudes très partagées de la communauté internationale. C’est d’ailleurs peut-être la raison principale pour laquelle elles se sont toutes terminées en faveur des pays occupés par des forces étrangères, quelles que soient les raisons de cette occupation. L’expérience en cours de l’OTAN en Afghanistan, après celle des Soviétiques dans les années 1980, montre une fois encore l’inutile et dangereuse prétention qu’il y a à vouloir changer un pays contre l’avis de la majorité de sa population. Cette dernière l’emporte quasiment systématiquement, et malheur alors aux minorités !

    La France doit méditer cette histoire pour son combat militaire en cours au Sahel auquel il va falloir mettre fin un jour, et le plus vite sera le mieux. Il restera ensuite le cas du Tibet occupé par la Chine mais la puissance et les méthodes de cette dernière rendent peu probable sa résolution à court terme. Il n’est toutefois pas exclu que la sinisation de cette région menée à marche forcée par Pékin échoue, un jour, face à la résistance acharnée des Tibétains.

  • Vous avez aimé Saigon, vous adorerez Kaboul ! Une nouvelle défaite de l’occident en Asie.

    Ça y est : le mouvement religieux des « Talibans » (voulant dire « étudiants en religion ») a pris le pouvoir en Afghanistan, quasiment sans combattre, du fait de la peur qu’ils inspirent, de la complète démotivation des forces de sécurité de ce pays aux confins de l’Asie et du soutien d’une partie de la population opposée à l’occupation étrangère du pays depuis des décennies : des anglais aux troupes de l’OTAN en passant par les soviétiques !

    En réalité, l’armée afghane n’a pas vraiment combattu contre les rebelles religieux voulant réinstaurer leur pouvoir sous l’ombrelle de la « charia », la loi du Coran. La dernière occupation étrangère qui vient de se terminer a été menée par les Etats-Unis d’Amérique en 2001 après les attentats terroristes religieux de New-York qui avaient consisté à faire écraser en même temps quatre avions de ligne et leurs passagers sur le territoire américain, un sur chacune des tours jumelles du « World Trade Centrer » de New-York qui se sont effondrées sous le choc, un sur le ministère de la Défense à Washington, le « Pentagone » et le dernier qui était probablement destiné à la Maison Blanche mais qui s’était écrasé dans une forêt, sans doute suite au mouvement de révolte des passagers. Les Etats-Unis avaient alors déclenché la clause de la charte de l’OTAN prévoyant la solidarité des pays membres en cas d’attaque d’un des leurs. Les forces militaires envoyées sur place avaient alors défait assez rapidement le régime taliban qui abritaient le mouvement terroriste religieux Al-Qaïda et son chef, Ben-Laden, qui avaient commis et revendiqué cet attentat d’un nouveau genre qui a fait plus de 3 000 morts.

    Les religieux talibans, outre leur soutien au terrorisme international, avaient instauré entre 1996 et 2001 dans leur pays un strict régime islamique particulièrement contraignant pour les femmes et relevant d’un autre âge : interdiction de la musique, destruction d’œuvres artistiques dont les Bouddhas monumentaux de Bâmiyân, lapidation des femmes adultères, coupages des mains de voleurs, décapitation des criminels en place publique, etc. Ils annoncent leur intention de réinstaurer rapidement ces pratiques.

    Comme souvent en ces circonstances, après sa victoire militaire en 2001 l’Occident s’était alors mis en tête de « démocratiser » ce pays en y instaurant sa vision de l’Etat. Comme toujours à l’est de la ligne Oder-Neisse, cette ambition s’est révélée un fiasco et, à la fin, aboutit au retrait piteux des occidentaux. Le parallèle avec la défaite et le retrait des Etats-Unis au terme de la guerre du Vietnam est troublant.

    Le plus étonnant dans ces affaires n’est pas tant la défaite idéologique mais la constance avec laquelle les pays occidentaux s’ingénient à vouloir « faire le bien » autour d’eux en diffusant leurs conceptions de l’Etat à des populations qui n’en veulent pas vraiment et qui sont à mille lieux d’en accepter les contraintes. Cela n’a pas fonctionné durant la période coloniale, ni la période dé-coloniale, et cela ne semble pas plus adapté de nos jours.

    Cerise sur le gâteau, les talibans qui avaient forgé leur unité à l’aune de la lutte antisoviétique dans les années 1980 auraient informé Moscou que ses diplomates ne seront pas inquiétés après la prise du pouvoir. La Chine les avait déjà reçus en grande pompe à Pékin avant même leur installation à Kaboul. Les autres pays sont en train d’évacuer leurs ressortissants en catastrophe ainsi que leurs affidés locaux pour leur faire échapper à la vengeance talibane.

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    Ce nouvel échec sociétal et militaire occidental en Orient doit véritablement pousser à abandonner cette idée de croisade idéologique pour la promotion de la démocratie partout sur la planète, y compris par la force des armes. Ce qui se passe aujourd’hui à Kaboul, comme hier à Saigon et Bagdad ou en ce moment dans le Sahel, montre que cela ne marche pas, quels que soient le contexte ou le lieu. La démocratie est un mode de gouvernance européen, inventé par les Grecs, enrichi par Rousseau et Tocqueville et pratiqué en occident, majoritairement en Europe et en Amérique du Nord. La plupart des autres continents ne marquent pas un grand intérêt pour la démocratie, les élections, les droits de l’homme et tout ce qui va avec. Et même en occident certaines vieilles démocraties oublient un peu leurs principes fondateurs : partout des partis extrémistes gagnent du terrain.

    Même si des minorités de ces pays, souvent éduquées en occident ou sur des principes occidentaux, marquent un intérêt pour ce système, elles n’arrivent pas à convaincre la majorité de leurs concitoyens de leur point de vue. En Afghanistan l’Union soviétique a tenté d’instaurer le communisme pendant une guerre de 10 ans, l’OTAN a essayé d’insuffler la démocratie avec une guerre de 20 ans et ce sont des religieux qui finalement emportent le morceau pour y installer la Charia. Alors pourquoi ne pas laisser faire les choses comme elles doivent se faire plutôt que de dépenser des ressources humaines et financières considérables pour aboutir à des désastres comme ce qu’il est train de se passer en Afghanistan ?

    Tant que les démocraties existent en occident, qu’elles défendent leurs intérêts et répondent au besoin par les armes à toute agression venant de l’extérieur comme ce fut fait en 2001 en Afghanistan, mais qu’elles cessent de croire résoudre les problèmes des autres en leur imposant une gouvernance dont ils ne veulent pas.

  • Triste Liban

    Après neuf mois de crise politique, le premier ministre Hariri, qui avait été nommé pour former un gouvernement en mesure de tenter de concevoir et d’amorcer le redressement économique du Liban, se montre incapable de mener la tâche à bien. Il faut dire que ce pays soi-disant multiconfessionnel est proprement ingouvernable. Fondée sur la base d’une constitution inspirée par le mandataire français (ou, pour parler plus clair : le colonisateur français) prévoyant la répartition des postes par religion : le président doit être chrétien maronite, le premier ministre est musulman sunnite et le président de l’assemblée nationale est musulman chiite. Une constitution confessionnelle élaborée par le pays de la laïcité, ce n’est pas le moindre paradoxe de ce pays méditerranéen.

    Les guerres contre Israël, les camps palestiniens depuis 1948, la montée en puissance du Hezbollah pro-iranien, moitié milice-moitié parti politique, la corruption endémique qui ravage la société, le trafic de drogue, l’explosion en 2020 du port de Beyrouth, les conseils de la France qui continue à se mêler de ce qui ne la regarde plus, la crise sanitaire en cours font de ce pays un refuge pour des forbans comme Carlos Ghosn ou Ziad Takieddine , mais un désastre pour le reste de la population et l’avenir à court terme de ce sympathique pays.

    Pendant ce temps, une enquête judiciaire est ouverte en France contre le gouverneur de la banque centrale du Liban pour « blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs », beaucoup de gens se demandant comment il a pu accumuler une fortune immobilière qui se chiffre en dizaines de millions d’euros, notamment en France. Et le pays n’a toujours pas de gouvernement officiel, les différents partis religieux ne voulant rien céder de leurs intérêts particuliers pour satisfaire l’intérêt général de leur pays à la dérive en voie de paupérisation accélérée. Les organismes financiers multilatéraux comme nationaux ont sorti leurs carnets de chèques mais ne veulent envoyer des sous que dans le cadre d’un plan de relance économique concocté par un gouvernement officiel ! On en est loin.

    On ne sait pas ce qui va se passer dans le futur proche. Théoriquement il faudrait mettre le pays sous tutelle mais ne n’est évidemment plus possible, pas sûr d’ailleurs que cela serait efficace tant la population divisée se réunirait rapidement pour rejeter tout proconsulat étranger. Et puis qui serait prêt à l’assurer ? Heureusement la Syrie a autre chose à faire pour le moment sinon elle aurait réenvahit le Liban sans barguigner et probablement sans rencontrer vraiment d’opposition.

    Alors il faut attendre et espérer l’élan collectif d’un peuple fatigué pour identifier un sauveur parmi les leurs, capables d’oublier son appartenance communautaire, de ne pas être trop corrompu et avoir une vision de l’avenir du pays partagée par une majorité… Vaste tâche !