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  • L’Ukraine en train « d’acheter » un droit d’entrée en Europe

    Foltz/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Avec pas mal d’habileté, mais aussi le sang de son peuple, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est en train de gagner le droit d’entrée de son pays dans l’Union européenne (UE). Faisant preuve d’un courage certain en refusant les propositions d’exfiltration de certaines puissances occidentales, il marque ainsi la différence avec l’un de ses prédécesseurs Viktor Yanukovych qui s’était exilé en Russie 2014 pour fuir son pays en proie à la « révolution orange ».

    Le président ukrainien toujours présent à Kiev diffuse plusieurs fois par jour des messages vidéo sur les réseaux dits « sociaux » et a même aujourd’hui réalisé une intervention devant le parlement européen dans laquelle il exhorte l’UE à entamer une procédure d’adhésion exceptionnelle pour son pays qu’il qualifie de « juste et possible ».

    « Prouvez que vous êtes avec nous. Prouvez que vous ne nous laisserez pas tomber. Prouvez que vous êtes effectivement des Européens et alors la vie vaincra la mort et la lumière vaincra l’obscurité »

    Il fait jouer la corde sensible avec relativement d’efficacité. Qui osera se prononcer aujourd’hui contre l’adhésion de l’Ukraine qui est sous les bombes russes, et alors que l’on a déjà accepté des pays comme la Croatie ou Chypre (occupée par la Turquie) ? En réalité : personne même si l’on sait bien que l’élargissement de l’Union à l’Ukraine à l’ensemble européen ne pourra que rendre un peu plus chaotique le fonctionnement de l’UE et nécessitera des budgets considérables à régler par les contribuables communautaires. De plus, la Russie ne l’acceptera pas plus que la Serbie n’admettra jamais « l’indépendance » du Kosovo… L’adhésion de l’Ukraine n’est pas dans l’intérêt raisonnable des pays déjà membres mais nous sommes sans doute déjà au-delà du raisonnable et probablement, à défaut de prendre les armes aux côtés de Kiev, l’Europe devra s’engager à quelque chose en faveur de ce pays qui ne doit respecter à ce stade que fort peu des critères économiques, sociaux, juridiques et politiques préalables à l’adhésion dans un contexte normal, et qui n’est pas près de les respecter dans leur entièreté.

    Lorsque l’heure de la diplomatie reviendra l’UE sera peut-être sauvée par le gong car il faudra bien compromettre quelque chose avec Moscou ; probablement une certaine neutralité de l’Ukraine serait une demande minimum pour stopper le conflit. A moins que l’Occident n’ait l’intention de demander une reddition sans conditions ce qui n’est probablement ni techniquement faisable car il faudrait qu’il entre en guerre, ni politiquement souhaitable, souvenons-nous des effets délétères du Traité de Versailles. Dans tous les cas une adhésion de l’Ukraine à l’UE ou à l’OTAN, même dans une perspective lointaine sera toujours très mal vécue par la Russie, susceptible d’attiser le jusqu’auboutisme de Moscou, et très indigeste pour l’Occident.

  • Le président russe et l’Histoire

    Le président russe et l’Histoire

    Le président russe a signé un long article (15 pages) en juillet 2021 sur l’histoire commune de son pays et de l’Ukraine.

    Un peu soporifique et confus, cet article insiste sur le fait que les peuples russe et ukrainien ne font qu’un et que leurs divisions actuelles sont provoquées « par des forces qui ont toujours cherché à torpiller notre unité. »

    Les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses sont les héritiers de l’ancienne Russie qui a été le plus grand pays d’Europe.

    Le trône de Kiev bénéficiait d’une position dominante dans l’ancien État russe.

    S’en suivent dix siècles d’histoire brossée à grands traits mentionnant que « l’Ukraine moderne est entièrement le fruit de l’ère soviétique » et donc n’existait pas vraiment comme Etat avant cette période. Puis, sous influence extérieure depuis la fin de l’URSS, elle fut mal gérée par des autorités qui ont « dilapidé les acquis de plusieurs générations. » pendant que les Etats-Unis d’Amérique et l’Union européenne « ont poussé systématiquement et avec persévérance l’Ukraine à réduire et à limiter sa coopération économique avec la Russie. »

    Pas à pas, l’Ukraine a été entraînée dans un jeu géopolitique dangereux, dont le but était d’en faire une barrière entre l’Europe et la Russie, une tête de pont contre la Russie. Inévitablement, le moment est venu où le concept de « l’Ukraine n’est pas la Russie » n’était pas suffisant. Il a fallu « l’anti-Russie », ce que nous n’accepterons jamais.

    Bref, les forces extérieures maléfiques s’évertuent à diviser l’Ukraine et la Russie alors que l’histoire n’aurait jamais dû les séparer.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les coeurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

    Tout ceci est entendable mais la seule analyse qui manque est de savoir pourquoi les peuples des anciennes Républiques soviétiques regardent vers l’Ouest plutôt que vers Moscou ? Peut-être est-ce aussi une question de gouvernance, voire de conception de la liberté ? Et comment fait-on pour faire revenir vers soi un pays qui, majoritairement, ne le souhaite plus ? On utilise la force et c’est ce qu’est en train de faire la Russie, comme l’Union soviétique l’a fait autrefois à Berlin, à Bucarest, à Prague.

    En fait, le pouvoir russe considère que l’Ukraine est une province de la Russie et il entend y mener ses opérations de maintien de l’ordre comme il les mène à l’intérieur de ses propres frontières, et avec les méthodes vigoureuses qui sont les siennes. Le problème auquel il se heurte est que l’Ukraine est devenue un pays souverain reconnu par la communauté internationale, dont la Fédération de Russie, et que ladite communauté n’aime pas que les frontières soient revues, sauf si c’est le fait de communauté elle-même, comme ce fut le cas avec la scission du Soudan par exemple.

    Un jour, le moment de la diplomatie reviendra et ce long texte poutinien sera de nouveau sur la table. Il faudra bien céder quelque chose à la Russie et prendre en compte ses peurs, ou même une partie de son interprétation parfois fantasmagorique de l’Histoire. La guerre déclenchée par la Russie une fois terminée devrait au moins permettre de redéfinir les rapports entre ce pays et l’Europe. Demain la Russie sera toujours là, peut-être dirigée par une autre équipe, et il faudra bien trouver un moyen de cohabitation qui risque de se faire au détriment de l’Ukraine qui pourrait être partitionnée ou rendue neutre comme prix à payer pour la paix, au moins pour quelques décennies.

  • L’ex-président Trump s’exprime sur le conflit ukrainien

    Donald Trump est interdit de comptes Twitter ou Facebook depuis ses appels à la sédition suit à sa défaite électorale qu’il continue à contester. Il serait en train de monter son propre réseau dit « social » et, en attendant, s’exprime toujours avec la même verve sur son site web Save America.

    Ses dernières communications permettent de prendre connaissance de ses « réflexions » sur la crise Russie-Ukraine :

    On ne peut pas dire que cette pensée nombriliste fasse beaucoup avancer le sujet !

  • Les avoirs des dirigeants russes

    Un certain nombre de dirigeants russes, dont le président et son ministre des affaires étrangères, font l’objet de sanctions occidentales par gel de leurs avoirs. Ces annonces sont diffusées haut et fort par différents Etats européens mais personne ne précise le montant de ces avoirs saisis ! Le citoyen ignore donc complètement l’effet de telles mesures. On peut imaginer que MM. Poutine ou Lavrov, entre autres, ne sont pas stupides au point d’avoir laissé des comptes bancaires ou des actifs à leurs noms dans des pays occidentaux. S’ils ont des fortunes à cacher en dehors de la Russie, il existe suffisamment de paradis fiscaux ou, tout simplement, de pays amis disposés à les accueillir pour ne pas courir le risque de se les faire saisir en Occident. Il est étonnant que les médias français passant en boucle cette information sur le gel des avoirs ne se posent pas la question de quelles valeurs il est question ?

    Ce n’est cependant pas le cas de nombre d’oligarques russes qui paradent dans de luxueuses demeures à Londres, sur la Côte d’azur et ailleurs, sans parler de ceux qui achètent des clubs de fouteballe. On se demande bien pourquoi ils préfèrent Nice à la mer Noire pour passer leurs vacances, mais c’est ainsi, ils ont beaucoup investi en Europe. Rappelons que la fortune de la plupart d’entre eux a été constituée lors de la privatisation des entreprises d’Etat soviétiques dans les années 1990, qui fut l’une des plus gigantesques opérations de spoliation de biens publics réalisée dans le monde à l’époque contemporaine.

    Leur cas est plus complexe car on peut leur faire confiance pour avoir mis en place des montages juridiques complexes et multinationaux pour cacher leurs titres de propriété occidentaux et rendre juridiquement difficile leur saisie. Même les Balkany, bien moins riches et avisés, ont réussi à cacher leurs véritables avoirs au fisc français durant des décennies… Par ailleurs, saisir les avoirs des oligarques pose également des questions politiques : sont-ils responsables de la guerre en Ukraine ? Que se passera-t-il avec les avoirs occidentaux en Russie qui subiront probablement le même sort ?

  • Les alliés indéfectibles de la Russie

    Alors que les pays occidentaux protestent contre la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine et essayent d’aider Kiev comme ils le peuvent et sans engager de troupes sur place, les habituels amis de Moscou marquent leur « indéfectible amitié à la Russie ».

    Le site Facebook de la présidence syrienne mentionne un entretien téléphonique ce 25 févier entre MM. Poutine et Al Assad dont le compte-rendu est même traduit en français (avec un peu d’approximation) :

    Le président Assad a déclaré : les pays occidentaux assument la responsabilité du chaos et du sang à cause de leurs politiques visant à contrôler les populations, alors que ces pays utilisent leurs sales méthodes pour soutenir les terroristes en #Syrie et les nazis en Ukraine et en diff des parties érentes du monde.

    Le président Assad considère que l’ennemi auquel sont confrontés les soldats syriens et russes est un ennemi, en Syrie il est extrémiste et en Ukraine il est nazie, faisant remarquer que la Russie fédérale donnera au monde une leçon que les grands pays ne sont pas seulement grands avec leur pouvoir militaire mais en ce qui concerne le droit et la haute éthique Oui et les principes de l’humanité.

    https://www.facebook.com/SyrianPresidency/posts/321674126665574

    La Biélorussie est partie au conflit puisqu’une partie des troupes russes sont parties de ce pays pour envahir l’Ukraine qui partage une longue frontière avec ce pays. C’est un peu le retour d’ascenseur après que la Russie avait soutenu son président dont la réélection en 2020 était fortement contestée par la rue.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/11/la-russie-aux-avant-postes-du-soutien-a-la-bielorussie/
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    La Chine a déclaré « Nous comprenons les préoccupations de sécurité légitimes de la Russie » sans toutefois soutenir l’intervention militaire en cours. Sans doute Pékin observe de près les suites qu’aura cette affaire dans l’hypothèse où elle souhaiterait faire de même, un jour, avec Taïwan.

    Ce 25 février, une résolution préparée par les Etats-Unis d’Amérique et l’Albanie a été rejeté par le veto russe. Trois pays : Chine, Inde et Emirats arabes unis, se sont abstenus et onze ont voté pour. Le texte rejeté décidait que

    « la Fédération de Russie cessera immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine » et « retirera immédiatement, complètement et sans condition ses forces militaires du territoire de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues ».

    Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/02/1115192
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    La position de neutralité de l’Inde et des Emirats arabes unis est prudente et un peu acrobatique, mais ces deux pays rejettent également de toutes leurs force le concept même de démocratie. C’est sans doute une des raisons expliquant leur position à l’ONU.

    Bien entendu, la Corée du Nord et l’Iran ont marqué leur soutien à la Russie, ainsi que l’inénarrable Francis Lalanne.

    La Tchétchénie, République du Caucase, de religion musulmane, La Tchétchénie, République du Caucase, de religion musulmane, appartenant à la Fédération de Russie, dont l’opposition et ses revendications indépendantistes avaient été très violemment éteintes par les troupes de Moscou lors des guerres de 1994 (Eltsine étant président russe) et 2000 (sous la présidence Poutine). A la suite de ces violences, l’Europe a accueilli des réfugiés Tchétchènes dont certains se sont illustrés, notamment en France, dans des actions terroristes et de délinquance. Cette République est maintenant dirigée d’une main de fer par un dictateur prorusse qui a proposé d’envoyer 10 000 « combattants » en Ukraine pour soutenir la politique russe. On peut souhaiter à l’Ukraine que cette option ne soit pas déclenchée par Moscou car ces « combattants » sont plutôt du genre sauvage.

  • Le risque nucléaire

    Alors que le président russe rappelle régulièrement que son pays dispose de l’arme nucléaire et que si quelque pays que ce soit intervient dans le conflit en cours il devra affronter une réaction immédiate et d’une ampleur « jamais vue ». Le ministre français des affaires étrangères a répondu sur un plateau télévisé hier soir que l’OTAN était également une alliance nucléaire.

    Ces échanges explicites font comprendre que l’option de l’arme nucléaire est sur la table. Evidemment on joue aussi à se faire peur mais cela fait longtemps qu’une telle hypothèse n’avait pas été aussi précisément évoquée en Europe. Une Russie « jusqu’auboutiste » pourrait-elle appuyer sur le bouton ? On ne sait pas mais on croit ceci possible.

    On remarque que les invasions soviétiques chez les « pays frères » à Berlin-Est en 1953, à Budapest en 1956 ou Prague en 1968 n’avaient pas déclenché de guerre aussi totale que celle qui est en cours en Ukraine. Certes le sang avait coulé mais « l’ordre communiste » avait été rétabli semble-t-il avec moins de batailles, ou en tout cas des combats moins violents. Il faut dire qu’à ces époques une partie des populations et élites locales des pays envahis étaient favorables à l’arrivée du « grand frère » soviétique avec lequel elles partageaient l’idéologie communiste. Cela semble être beaucoup moins le cas aujourd’hui en Ukraine où la guerre déclenchée par Moscou a choqué et surpris nombre d’Ukrainiens tant leur histoire, leur culture et leur langue sont mélangées avec celles des Russes.

    Quand la guerre actuelle entre la Russie et l’Ukraine s’atténuera et que l’heure de la diplomatie reviendra, l’Ukraine sera sans doute renforcée dans sa volonté de regarder vers l’Ouest et elle rejoindra le groupe des pays qui eurent à souffrir dans leur chair de l’Union soviétique puis de la Fédération de Russie et ne sera sans doute pas prête avant longtemps à regarder vers Moscou. Il est à craindre que la Russie n’occupe l’Ukraine où n’y installe des dirigeants à sa botte, ou, plus probablement, les deux lorsque l’intensité du conflit s’atténuera. La situation sera donc sans doute gelée pour quelques années mais le ressentiment des Ukrainiens contre les Russes risque de perdurer pour de longues années.

    Quant à la Russie elle s’est sans doute mise au ban de la société occidentale pour encore plus longtemps. Elle se retournera vers l’Asie d’où l’on n’aurait jamais dû la sortir. Le monde est en train de remplacer l’opposition capitalisme/socialisme de la guerre froide par une compétition démocraties/dictatures, qui recouvre plus ou moins la répartition géographie Occident/Asie, la première zone intégrant également quelques pays asiatiques comme le Japon, l’Australie. Le gagnant de ce nouveau conflit n’est pas écrit d’avance

    Cette nouvelle guerre idéologique était plutôt du genre tiède mais Moscou vient de marquer qu’elle peut aussi se réchauffer comme moyen de force pour éviter la « contagion démocratique », pour le moment sans déclencher de l’option nucléaire.

  • La Russie passe du côté obscur de la force

    Il y avait un risque sur deux que la Russie déclenche une guerre ouverte contre l’Ukraine au lieu de se contenter d’un simple soutien aux Républiques autoproclamées du Donbass dans lesquelles les « forces de paix » russes étaient déjà à la manœuvre depuis le début de la semaine. Eh bien nous y sommes, une campagne de bombardement significative a été lancée dans la nuit touchant toutes les villes du pays.

    Un message du président russe a été diffusé dans la nuit pour annoncer l’attaque dans lequel il parle de son objectif de « démilitariser et dénazifier l’Ukraine » ainsi que d’arrêter le « génocide » en cours mené par Kiev contre les populations russophones du Donbass. Il a également affirmé que toute partie qui aiderait l’Ukraine aurait à en supporter les conséquences.

    On reconnaît là toute la subtilité russe sans vraiment savoir ce que cela veut dire, ni jusqu’où ce conflit sera mené tant l’hypothèse d’une guerre totale contre l’Ukraine semblait improbable. L’Occident libéral fait preuve de faiblesse et a du mal à anticiper les comportements agressifs des dictateurs. Engourdi dans des problèmes de riches et de cholestérol, l’Ouest renonce à menacer de faire la guerre si ses intérêts vitaux ne sont pas en jeu et l’Ukraine, a priori, ne fait pas partie desdits intérêts. Il n’est pas facile pour un dirigeant démocratique de décider d’envoyer (ou même seulement d’envisager) son pays et ses citoyens à la guerre !

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/ruse-et-retors-le-president-russe-met-la-main-sur-le-donbass/
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    Étrange retour aux années 1930-1940, qui, quand même, se sont terminées par la défaite des nazis et de leurs alliés avec l’aide incontestable de… l’Union soviétique, mais après une guerre mondiale et des millions de morts des deux côtés. La reddition sans condition allemande n’a pu être obtenue que suite à un engagement total des forces alliées. Les pays européens de l’Est qui ont déjà été occupés par les Soviétiques durant la guerre froide s’inquiètent de voir les ambitions de l’ours russe ne pas se satisfaire de la simple Ukraine. On pressent aujourd’hui que cela serait possible.

    En fait nous assistons en ce moment à un « concours de bites » et pour l’instant c’est manifestement Poutine qui a la plus grosse !

  • Rusé et retors, le président russe met la main sur le Donbass

    Félix/Charlie Hebdo (26/01/2022)

    Après avoir menacé sans vergogne l’Occident d’envahir l’Ukraine coupable de tendresse envers l’Ouest, massé des troupes considérables à sa frontière avec ce pays, baladé et menti effrontément à tous les représentants occidentaux passés à Moscou pour essayer de régler le litige diplomatiquement (dont le président français), la Russie vient de reconnaître « l’indépendance » de deux Républiques autoproclamées de l’est de l’Ukraine, habitées par une majorité russophile et russophone, en guérilla depuis 2014 contre le pouvoir central de Kiev. Dans la foulée des accords de coopération et de défense ont été signés entre la Russie et ces deux territoires, autorisant l’entrée des « troupes de paix » russes ce qui fut aussitôt fait. On ne connait d’ailleurs pas exactement les « frontières » reconnues par Moscou, celles des deux Républiques autoproclamées ne correspondant pas exactement à celles de la région du Donbass !

    L’Occident vocifère sur tous les tons mais se retrouve devant le fait accompli en préparant quelques sanctions économiques après avoir bien expliqué qu’il n’y aurait pas d’engagements militaires contre la Russie sur le thème « personne chez nous ne veut mourir pour l’Ukraine ». Le message n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd !

    Le résultat des courses est que la Russie est bien rentrée en Ukraine sans formellement entrer en guerre mais en envoyant des « soldats pour la paix » censés aider leurs nouveaux amis de Donbass. C’est bien joué. Les habitants de cette région devraient majoritairement accueillir les Russes à bras ouverts alors qui va s’inquiéter pour eux ? Après la Transitrie créée contre la Moldavie en 1992, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud crée en 2014 contre la Géorgie puis la Crimée annexée par la Russie la même année, c’est chaque fois plus ou moins la même méthode par création par les rebelles sécessionnistes locaux de républiques autoproclamées, où résident de fortes communautés russes ou d’origine russe, qui déclarent leur indépendance puis sont reconnues par Moscou et quelques-uns de ses affidés. Une fois ces indépendances reconnues par la Russie le pays d’où ces territoires ont été arrachés n’ose plus vraiment essayer de les récupérer par peur de se heurter à Moscou. C’est ce qui se passe en Géorgie, en Transnitrie et, probablement, à partir d’aujourd’hui dans le Donbass.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/a-lest-rien-de-nouveau-la-russie-naime-pas-loccident/

    Après son intervention pour aider à rétablir l’ordre au Kazakhstan l’an passé, Moscou continue à rétablir des Etats tampons autour de ses frontières, bref remettre sur pieds une sorte d’Union soviétique du XXIème siècle. Le problème insoluble pour la Russie est que la majorité des anciennes Républiques soviétiques qui ont goûté aux charmes de l’Ouest après l’effondrement de l’URSS, la Pologne, les pays Baltes, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie… ne souhaitent pas, mais vraiment pas, revenir vers le passé. Toute la ruse et la mauvaise foi des négociateurs russes n’arrivent pas à inverser ce sentiment et c’est là leur problème insoluble à ce stade.

    Evidemment, si l’Ukraine restait amie avec la Russie et ne regardait pas vers l’Occident avec les yeux de Chimène ce serait plus simple pour tout le monde, et surtout pour l’Ouest. Faire adhérer l’Ukraine à l’Union européenne comme le président ukrainien l’exige actuellement serait tout simplement un cauchemar bureaucratique, une charge budgétaire sans précédent pour les contribuables communautaires et une source de conflits sans fin. Et sans doute un échec in fine. Ainsi vont les relations internationales, la Russie est entrée en Ukraine et il est peu probable que personne ne l’en chasse avant longtemps même s’il y aura certainement de nouvelles étapes à affronter.

  • Des communiqués de circonstance

    Le retrait annoncé de l’armée française du Mali a été accompagné d’un communiqué officiel signé ce 17/02/2022, en plus de la France, par certains pays européens et africains, ainsi que par l’Union africaine. L’idée était sans doute de marquer un caractère multilatéral à cette décision bien qu’il s’agisse essentiellement d’un problème entre le Mali et son ancienne puissance coloniale. Sans doute Paris se sent moins seul ainsi et la conférence de presse organisée à la suite de la publication de ce communiqué a associé différents dirigeants africains qui entouraient le président français. Ceci ne fit guère illusion tant le pouvoir de la force est dans les mains du seul Macron en tant que chef des armées françaises, mais cela ne fait pas de mal non plus.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/une-decision-porteuse-davenir-levacuation-du-mali-par-larmee-francaise/

    Le communiqué est un pur objet de diplomatie, on y parle de paix, de stabilité, de soutien à la population malienne, de droits humains et d’aide humanitaire et blablabla. Bref, le projet a dû être rédigé par un stagiaire de l’ENA au ministère des affaires étrangères, revu et corrigé par un vieux diplomate de la Françafrique, madré aux arcanes des cocktails diplomatiques tropicaux. C’est ce qui se fait en de telles circonstances.

    Les autorités maliennes ont réagi dès le 18/02/2022 par un intéressant document signé du porte-parole du gouvernement qui commence par rappeler que le retrait français « unilatéral » viole les accords de défense avec la France, ce qui est formellement exact mais ne manque pas d’ironie dans ces circonstances où les autorités maliennes ont tout fait pour décourager la France de poursuivre ses opérations au Mali. Paris aurait dû commencer par dénoncer formellement son accord de défense avec le Mali, qui avait bien pris garde de ne pas le faire même s’il en avait demandé la révision.

    La partie malienne rappelle ensuite que le terrorisme dans son pays a été renforcé notamment par suite de la déstabilisation de la Libye en 2011 par… les forces de l’OTAN et tout particulièrement la France. La encore, ceci est formellement vrai. Il est ensuite précisé que les objectifs sécuritaires n’ont pas été atteint au Mali qui est désormais au bord de la partition et sur le territoire duquel le terrorisme a pu étendre ses actions.

    Ce communiqué est un véritable bijou de juridisme et de mauvaise foi mais il est très malin, bien plus que celui auquel il répond. Il a sans doute du mal à passer auprès des autorités françaises qui vont bien devoir avaler leur chapeau. C’est ainsi, ce n’est pas agréable mais l’essentiel est de sortir au plus vite de ce pays avec le moins de dégâts possible pour l’armée françaises et ses quelques partenaires européens. Paris va devoir boire le calice jusqu’à la lie mais pourrait envoyer ses stagiaires diplomates énarques prendre des cours de rédaction à Bamako !


    Déclaration conjointe sur la lutte contre la menace terroriste et le soutien à la paix et à la sécurité au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

    Publié sur le site de l’Elysée le 17/02/2022

    A la veille du Sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine, nous, les pays sahéliens et voisins ainsi que les partenaires internationaux, nous sommes réunis pour échanger sur la situation au Sahel. Nous restons déterminés à soutenir le Mali et sa population dans leurs efforts pour obtenir une paix durable et la stabilité, ainsi que pour combattre les menaces terroristes au Sahel.

    Nous réaffirmons tous notre forte volonté de poursuivre notre partenariat avec et notre engagement pour le peuple malien dans la durée, pour faire face à tous les défis posés par l’activité des groupes armés terroristes au Sahel.

    Nous constatons et regrettons que les autorités maliennes de transition n’aient pas tenu leurs engagements envers la CEDEAO, soutenue par l’Union africaine, d’organiser des élections présidentielles et législatives avant le 27 février 2022. Nous exhortons les autorités maliennes à achever la période de transition et à organiser des élections libres, équitables et crédibles. Nous soutenons pleinement les efforts en cours de la CEDEAO et de l’UA pour le retour du Mali à l’ordre constitutionnel dans les meilleurs délais.

    Nous exhortons les autorités maliennes à réengager un dialogue constructif avec la CEDEAO et l’Union africaine, au plus haut niveau, afin de trouver une solution en faveur de la stabilité et du développement du Mali et de toute la région.

    En raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes, le Canada et les Etats Européens opérant aux côtés de l’opération Barkhane et au sein de la Task Force Takuba estiment que les conditions politiques, opérationnelles et juridiques ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel dans la lutte contre le terrorisme au Mali et ont donc décidé d’entamer le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations. En étroite coordination avec les Etats voisins, ils ont également exprimé leur volonté de rester engagés dans la région, dans le respect de leurs procédures constitutionnelles respectives.

    A la demande de leurs partenaires africains, et sur la base de discussions sur les futures modalités de leur action conjointe, ils sont néanmoins convenus de poursuivre leur action conjointe contre le terrorisme dans la région du Sahel, notamment au Niger et dans le Golfe de Guinée, et ont engagé des consultations politiques et militaires avec eux dans l’objectif d’arrêter les paramètres de cette action commune d’ici juin 2022.

    Nous soulignons la contribution essentielle de la MINUSMA à la stabilisation au Mali, à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, à la protection du peuple malien, notamment des droits humains, et à la création d’un environnement sûr pour l’aide humanitaire. Nous reconnaissons également l’engagement et le prix payé en termes de vies humaines par les pays contributeurs de troupes et de policiers.

    De même, nous rappelons la contribution substantielle de l’Union européenne et de ses missions à la paix et la sécurité au Sahel. Nous réaffirmons l’objectif crucial de renforcer les moyens et capacités des forces de sécurité des pays de la région et d’accroître ainsi la sécurité des populations locales là où, et si, les conditions nécessaires sont réunies.

    Compte tenu des impacts de la situation sur la population malienne, nous soulignons collectivement notre engagement de longue date envers le peuple malien, ainsi que notre volonté de continuer à nous attaquer aux causes profondes de l’insécurité en mobilisant l’aide pour répondre aux besoins immédiats et à plus long terme de la population, en particulier des personnes les plus vulnérables. Nous réaffirmons aussi notre disponibilité à poursuivre le dialogue avec les autorités de transition maliennes.

    Afin de contenir la potentielle extension géographique des actions des groupes armés terroristes en direction du Sud et de l’Ouest de la région, les partenaires internationaux indiquent leur volonté d’envisager activement d’étendre leur soutien aux pays voisins du Golfe de Guinée et d’Afrique de l’Ouest, sur la base de leurs demandes. Ces actions viendraient soutenir les initiatives et organisations régionales pertinentes telles que l’UA, la CEDEAO, le G5 Sahel et l’Initiative d’Accra et renforcer les stratégies nationales visant à améliorer la résilience ainsi que les conditions de vie et de sécurité dans les régions les plus vulnérables.

    Nous demandons au Haut-représentant de la Coalition pour le Sahel d’organiser rapidement une réunion ministérielle de la Coalition, qui aura pour objet d’établir un bilan de la feuille de route adoptée en mars 2021 et de prendre en compte ces nouvelles orientations.

    Signataires : Allemagne ; Belgique ; Bénin ; Canada ; Côte d’Ivoire ; Danemark ; Estonie ; France ; Ghana ; Hongrie ; Italie ; Lituanie ; Mauritanie ; Niger ; Norvège ; Pays-Bas ; Portugal ; République Tchèque ; Roumanie ; Sénégal ; Slovaquie ; Slovénie ; Suède ; Tchad ; Togo ; Conseil européen ; Commission européenne ; Haut représentant de la Coalition pour le Sahel ; Commission de l’Union Africaine.

  • Une décision porteuse d’avenir : l’évacuation du Mali par l’armée française

    C’était une décision attendue tant elle était devenue inévitable : le gouvernement français a annoncé l’évacuation du Mali par son armée après neuf années de présence et de combats contre les rebelles religieux et les séditieux Touaregs, souvent mêlés d’ailleurs et réunis par une communauté d’intérêt pour lutter contre la France et forcer le pouvoir de Bamako à négocier avec eux. Ils obtiennent donc satisfaction et vont pouvoir désormais se développer plus librement et discuter avec un gouvernement militaire qui a d’ailleurs déjà commencé à le faire contre l’avis de Paris, notamment à l’occasion de la libération en 2020 de Mariam Pétronin, citoyenne franco-suisse enlevée par un groupe djihadiste local durant quatre ans et convertie à l’islam durant sa captivité.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2020/11/une-otage-francaise-retournee/

    Le divorce est prononcé de façon nette. Il reste maintenant à l’exécuter en organisant le repli des troupes hexagonales avec le minimum de dégâts. On se souvient qu’en Afghanistan une négociation aurait été conclue en 2020 avec les rebelles religieux Talibans pour que ceux-ci n’attaquent pas les troupes occidentales qui ont fini d’être évacuées le 25/08/2021. Il se murmure qu’un accord du même ordre avait été convenu avec le chef de guerre Massoud, dit « commandant Massoud », lors de l’évacuation de l’armée rouge soviétique du même Afghanistan en 1989. Il ne serait pas incongru de procéder de la même façon au Mali afin d’éviter d’accroître encore la liste déjà longue des morts (53 militaires tués à ce jour) et des blessés français dans ces combats qui durent depuis 2013. Le pouvoir militaire malien semble suffisamment malin pour le comprendre. Il a obtenu avec adresse ce qu’il souhaitait, le départ de la France de son territoire, en procédant par petites touches et sans jamais formellement demander ni la révocation des accords de défense entre la France et le Mali, ni formellement le départ des troupes étrangères sur son territoire. Une habilité diplomatique inattendue de la part de Bamako et son gouvernement de galonnés dépenaillés.

    Notons au passage que les accords de défense avec le Mali sont toujours d’actualité. Il conviendra donc que le gouvernement français prenne bien soin de les dénoncer rapidement afin d’éviter que Bamako ne puisse y faire appel un jour s’il retourne ses alliances.

    Voici maintenant le Mali face à son destin et c’est bien ainsi. Il pourra choisir ses nouveaux amis : la Russie, l’Algérie, la Chine ou qui que ce soit d’autre. Comme pour l’Afghanistan aujourd’hui, le problème du financement de l’économie de ce pays en voie de développement va se poser dès demain. Gageons qu’après quelques mouvements d’humeur bien compréhensibles des occidentaux qui vont les pousser à fermer les robinets de leur aide financière au Mali, celle-ci reprendra sans doute assez rapidement, plutôt via les canaux multilatéraux, et les contribuables français continueront à payer pour le Mali, ce qui n’est pas un drame.

    La France quant à elle va pouvoir rapatrier une partie de ses forces et réaliser ainsi des économies budgétaires bienvenues. Ces neuf années dans le désert malien auront finalement été, aussi, un formidable terrain d’entraînement permettant d’aguerrir cette armée à la guerre asymétrique dans les rudes conditions du Sahara, ce qu’elle fit avec un relatif succès opérationnel d’un point d’un point de vue strictement militaire.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/le-mali-expulse-lambassadeur-de-france/

    Nous suivrons avec intérêt les prochaines étapes de ce destin malien !

  • Poutine tout en délicatesse et subtilité

    Lors d’une conférence de presse commune à Moscou le 7 février avec le président français Macron, le président de la Fédération de Russie Poutine, pour essayer de faire retomber les bruits de bottes entendus de l’armée russe massée aux frontières de l’Ukraine, le Russe interpelle son ennemi ukrainien en assénant :

    Que ça te plaise ou non, ma jolie, faudra supporter.

    Il semble que cela rime en russe, bel effort !

    Les commentateurs ont parlé d’une phrase qui ferait allusion au viol. Le porte-parole du Kremlin a expliqué le lendemain que M. Poutine voulait dire que lorsqu’un Etat a pris des engagements, il doit les respecter. Dans tous les cas, cette sortie démontre le sentiment de supériorité affiché par Moscou à l’égard des anciennes possessions de l’Union soviétique. Si la rime en russe est riche, elle indique que le président russe est aussi poète à ses heures perdues…

  • A l’Est, rien de nouveau : la Russie n’aime pas l’Occident !

    Riss/Charlie Hebdo (26/08/2020)

    Alors que Moscou fait résonner des bruits de bottes à sa frontière ouest avec l’Ukraine, sa capacité de nuisance et sa détestation de l’Occident se confirment. L’Ukraine est tiraillée entre sa partie est, le Donbass, russophone et russophile, et ses trois-quarts ouest plutôt attirés par l’Occident. La Russie a déjà annexé la Crimée (également russophone et russophile) en 2014 qui avait été bien imprudemment rattachée à l’Ukraine en 1954 sur décision de l’Union soviétique. Moscou se verrait bien croquer le reste de l’Ukraine…

    Après la fin de l’URSS, quelques esprits ignorants ou mal intentionnés ont laissé entendre à ce pays qu’il pourrait intégrer l’alliance militaire de l’Atlantique nord (OTAN) et l’Union européenne (UE), afin de l’ancrer loin de l’influence russe. Moscou ne l’entend pas de cette oreille et agit actuellement en plein jour en massant son armée à la frontière, en sous-main via ses habituelles attaques cyber et autres actions de déstabilisation, une spécialité de ce pays depuis des décennies.

    Evidemment la frontière géographique entre l’Europe et l’Asie est difficile à situer précisément. Si l’on regarde le massif de l’Oural, traditionnellement évoqué comme frontière géographique entre ces deux continents, l’Ukraine est plutôt située côté ouest. Mais si l’on se penche sur l’histoire politique et culturelle de la région, l’Ukraine fait plutôt partie du monde slave de l’est bien que les relations entre l’Ukraine et l’Empire russe, puis l’URSS, puis de la Fédération de Russie de nouveau après 1989, n’ont jamais été vraiment apaisées dans l’époque contemporaine et plutôt ponctuées de conflits, de déportations, d’empoisonnements, de rébellions, d’exécutions, de famines, de goulags, de spoliations et de vengeances…

    Ce qui est sûr c’est que l’intégration de l’Ukraine dans l’UE ne serait qu’une mine de problèmes pour tout le monde et pour très longtemps, sans parler des coûts gigantesques qu’il faudrait investir dans ce pays pour ne pas arriver à le mettre à niveau des exigences occidentales, économiques comme démocratiques. Malgré un passé industriel et agricole solide, ravagé par une corruption endémique le pays reste dans les mains d’oligarques qui se sont partagés les dépouilles de l’Ukraine soviétique et gèrent depuis le pays comme s’il en allait de leur propre patrimoine. Les quelques tentatives d’aller vers plus de démocratie et d’Etat de droit ont toutes plus ou moins échoué, la dernière ayant porté au pouvoir en 2019 un ancien comédien de télévision qui semble rencontrer quelques difficultés à s’imposer. A la tête d’un pays dont la Crimée a été annexée par Moscou en 2014 et la partie orientale est en sécession avec l’aide de la Russie, il faut admettre que sa tâche n’est pas aisée.

    La perspective d’un élargissement occidental à l’Ukraine a le don d’énerver considérablement Moscou qui verrait ainsi, s’il se réalisait, le système démocratique tant honni se rapprocher de ses frontières. La Russie, comme d’autres pays autoritaires, considère la démocratie comme décadente et nuisible à son propre pouvoir. C’est une vieille histoire. Depuis Catherine II (1729-1796) l’Empire russe s’étend vers l’ouest et vers le sud. Moscou a défait Napoléon et Hitler dans des batailles homériques devenues mythiques. Il s’étend même à l’est au début du XXème siècle contre les empires perse et ottoman. La Russie est une puissance qui a les ambitions de la puissance, hier comme aujourd’hui. La Révolution bolchévique a poursuivi cette internationalisation sous le drapeau de l’URSS puis a cédé la place à la Fédération de Russie avec un peu moins d’idéologie mais toujours la même volonté de s’occuper plus de ce qui se passe à l’extérieur de ses frontières qu’à l’intérieur. Et les Russes ne s’encombrent pas de subtilités diplomatiques pour le faire savoir. Avec la discrétion d’un ours dans un magasin de porcelaine, ils déploient leur armée et menacent l’Ukraine tout en expliquant qu’ils se sentent agressés par la volonté de l’Occident d’accueillir l’Ukraine en son sein.

    En réalité, tout le monde a intérêt au statuquo, l’Occident comme la Russie. Peut-être que les menaces russes sont la meilleure façon de l’obtenir. Pour autant qu’elles ne soient pas mises en œuvre, faut-il s’en plaindre ?

  • Le bal des traîtres en surchauffe

    Dominic Cummings – Kiro/Le Canard Enchaîné (02/02/2022)

    Comme à chaque période électorale le ralliement des uns aux autres bat son plein. La création du nouveau parti politique « Reconquête ! » par le journaliste Éric Zemmour attise les convoitises avec à l’horizon des maroquins et des prébendes. Comme en 2017 lors de la création du parti « En Marche ! », une organisation partie de rien a besoin d’attirer à elle des militants qui soit viennent d’autres organisations qu’ils quittent, soit entrent dans l’action militante. « Reconquête ! » a aussi, et surtout, besoin d’attirer dans ses filets des dirigeants politiques connus qui, par définition s’ils sont déjà connus, appartiennent à d’autres partis ou organisations. C’est ce que l’on appelle pudiquement une « recomposition politique », en français dans le texte : le bal des traîtres !

    Ainsi va la vie politique, de convictions élastiques en comportements opportunistes, de fidélités à géométrie variable en amitiés de circonstance… C’est un rude et permanent combat.

    Dans un genre encore un peu plus extrême apparaît le cas du britannique Dominic Cummings qui explose tous les records de la fourberie politique. Il fut l’âme damnée de l’actuel premier ministre Boris Johnson dans sa campagne pour le Brexit, l’alimentant en désinformations diverses et mensonges variés avec un relatif succès puisque finalement le Royaume-Uni décida de quitter l’Union européenne par le fameux référendum de 2016. Parvenu quelques mois plus tard au pouvoir dans l’ombre de son prince il est son conseiller principal de juillet 2019 à novembre 2020 date à laquelle il est poussé vers la sortie pour avoir délivré des tombereaux d’outrances et d’avanies sur le monde politique londonien où il s’est créé tellement d’ennemis que son maintien auprès du premier ministre causait plus d’inconvénients que d’avantages.

    Débarqué du pouvoir officiel il continue de déverser son fiel sur la nomenklatura et particulièrement contre son ancien patron Boris Johnson. Il a quitté son bureau avec, a priori, une volumineuse documentation et il passe l’essentiel de ses journées à mettre le premier ministre dans la difficulté en feuilletonnant des révélations venant contredire les versions officielles de nombre d’évènements et décisions privées et politiques du premier ministre. La presse se rengorge de ce « Deep Throat » aux petits pieds dont le cas semble relever plus de la psychiatrie que de la science politique. Le garçon est malin et sait où il met les pieds, ce qu’il peut dévoiler et ce qu’il ne fait qu’évoquer. On peut être tranquille qu’il doit diffuser sous la table quantités d’autres délations qu’il n’a pas le droit de révéler officiellement.

    La France a connu le cas Patrick Buisson, ancien journaliste recyclé dans le conseil politique de l’ex-président Sarkozy entre 2007 et 2012 qui enregistrait en lousdé les conversations qu’il échangeait avec le président de la République. Des extraits de ces enregistrements ont été publiés par la presse, sans doute communiqués aimablement par M. Buisson. Le couple Bruni-Sarkozy a porté plainte contre lui pour « atteinte à la vie privée », Buisson a été condamné de ce chef d’accusation.

    Dans les deux cas, MM. Cummings et Buisson sont des gens intelligents et cultivés mais malfaisants, des forbans mettant leurs neurones au service de causes dont on ne sait d’ailleurs pas vraiment s’ils les endossent ou non, mais leur permettant de nuire dans l’ombre du pouvoir. C’est sans doute leur façon d’exister.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2017/03/le-bal-des-judas/

  • Le Mali expulse l’ambassadeur de France

    Dans le cas où les messages délivrés ces dernières semaines par Bamako n’auraient été suffisamment clairs, le Mali y apporte une touche finale et vient d’expulser l’ambassadeur de France au motif de déclarations de ministres français qui critiquaient le gouvernement local. Après l’expulsion des militaires danois de la force multinationale en place dans le Sahel pour lutter contre le terrorisme, la demande malienne de renégociation des accords de coopération militaire avec Paris et les manifestations anti-françaises, la France (et certains de ses alliés européens) se retrouve dans une position intenable où elle mène des opérations de combat dans un pays qui ne veut pas d’elle.

    Il faut admettre que le gouvernement de satrapes galonnés maliens est plutôt habile à la manœuvre et va probablement obtenir satisfaction avec un retrait probable, sinon souhaitable, des forces étrangères agissant sur son territoire. Il applique des mesures qui montent progressivement en puissance et de façon plutôt discrète et efficace, pas de grands discours vengeurs, peu de communication agressive mais des actes. La prochaine mesure pourrait être l’expulsion des citoyens français résidant sur son territoire, mais nous n’en sommes pas encore là. Paris n’a guère de mesures de réciprocité à appliquer, l’ambassadeur du Mali ayant déjà déserté la France il y a plusieurs mois. Et si jamais une mesure d’expulsion des Français du Mali était décidée, Paris serait techniquement incapable de faire de même avec les citoyens maliens résidant en France. C’est ce qu’on appelle un conflit asymétrique, le plus fort n’est pas forcément celui que l’on croit.

    Ça y est, la France est significativement embourbée au Mali, et même dans les pays avoisinants qui, certes, manifestent un peu moins d’hostilité pour le moment, mais la situation pourrait rapidement changer si l’on en juge par l’épidémie de coups d’Etat militaires qui se répand dans la région. La situation est quasi-inextricable. Paris a annoncé vouloir réfléchir deux semaines avant d’arrêter une position avec ses partenaires européens sur la poursuite ou non d’opérations militaires dans les pays du Sahel et, si par malheur la réponse était positive, dans quelles conditions et à partir de quelles bases.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/01/lespace-aerien-malien-viole-par-larmee-de-lair-francaise/

    Devant le mur des réalités, l’heure de la retraite va bientôt sonner pour la France et le Mali prendra la route de son destin avec des Russes, des Chinois, des djihadistes, des Touaregs ou qui que ce soient d’autres, mais en tout cas sans la présence embarrassante de l’ancienne puissance coloniale. Il était temps…

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/12/lincomprehensible-et-dommageable-entetement-politique-francais-au-mali/

  • L’espace aérien malien violé par l’armée de l’air française

    L’armée française continue à mener ses opérations aériennes au Mali et dans les pays avoisinants ce qui a tendance légèrement agacer Bamako qui qualifie ce vol de « manœuvre frauduleuse » et « décline toute responsabilité » si les auteurs (la France) renouvelaient ces violations… Le communiqué fait référence au fait que l’espace aérien malien est fermé par suite des sanctions prises par la CEDEAO avec le soutien de Paris et les sanctions réciproques prises par Bamako. L’argumentation est évidemment de mauvaise foi mais elle est recevable. Paris a répondu que les vols militaires ne seraient pas concernés par les sanctions régionales… On peut imaginer que l’armée malienne n’a pas vraiment les moyens d’abattre des avions militaires français mais qui sait ? Leur coopération en cours avec l’armée russe pourrait la voir dotée de matériel plus sophistiqué.

    C’est une nouvelle alerte qui confirme que la présence française au Mali est rejetée par les autorités de ce pays qui sont ulcérées de voir une armée étrangère agir comme si elle était chez elle. Même si à l’origine c’est un gouvernement malien qui a appelé la France à la rescousse il y a dix ans, le gouvernement actuel n’en veut plus. De toute façon, une intervention armée extérieure qui dure plus de douze mois s’appelle une occupation.

    Alors qu’un nouveau soldat français vient d’être tué (le 53ème) lors d’une attaque terroriste religieuse à Gao le 22/01/2022, il faut mettre fin rapidement aux opérations militaires françaises et européennes au Sahel et rapatrier nos militaires. Le plus tôt sera le mieux !

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/02/la-retraite-retardee/

  • « Finding Fella » d’Alex Gibney

    C’est un film documentaire de 2014 sur l’une des légendes de la musique africaine, Fela Kuti (1938-1997), né au Nigeria, dont l’action et l’influence ont largement dépassé le domaine culturel et débordé sur la sphère politique d’un pays malmené par des dictatures militaires et civiles, dévasté par la guerre civile du Biafra (1967-1970).

    Fela a créé le genre Afrobeat, sorte de fusion entre le jazz, de funk, pimenté d’inspiration africaine désordonnée. Ses chansons durent 30 minutes en moyenne, il joue du saxophone, chante et soliloque avec 20 danseuses sur scène et nombre de musiciens, fume des quantités astronomiques de cannabis et soulève l’enthousiasme des foules, d’abord au Nigeria, puis au travers de tournées mondiales.

    L’homme revendique haut et fort son africanité. Il ne quittera jamais Lagos, la capitale économique tentaculaire du Nigeria, où il fonde la « République de Kalakuta », une espèce de communauté débridée où vit son harem, ses enfants et toute une population dont il pourvoie aux besoins alimentaires et médicaux. Déjà affublé de deux ou trois épouses, il décide de se marier en grandes pompes avec ses 27 danseuses… Il s’entoure également d’un gourou ghanéen qui le fera pas mal dériver des sentiers de la raison. Il fait de nombreux séjours en prison où il est sérieusement malmené par les forces de sécurité des régimes successifs du pays, parmi les pires de l’Afrique du XXème siècle qui a été plutôt performante dans ce domaine. Il meurt du SIDA en 1997, maladie dont il contestait l’existence, comme une partie du continent.

    L’inspiration musicale et politique de Fela est sans doute plus intéressante que son mode de vie. Il laisse une discographie impressionnante et fut une personnalité marquante du continent africain.

    Le cinéma d’art et essai L’Escurial dans le XIIIème arrondissement parisien a ressorti ce documentaire des cartons où il dormait et produit un groupe amateur d’Ivry en prologue du film :

  • Coup d’Etat au Burkina-Faso

    Le capitaine Sidsoré Kader Ouedraogo, porte-parole de la junte et des soldats, annonce qu’ils ont pris le pouvoir, le 24 janvier 2022 depuis la Radio Télévision du Burkina (RTB). – / AFP

    Eh voilà, un de plus, un coup d’état a été mené par des galonnés, cette fois-ci au Burkina-Faso qui s’installent donc au pouvoir à Ouagadougou. Le président est arrêté, la télévision nationale occupée, les pays occidentaux et les organisations internationales appellent à « respecter la constitution » et le peuple manifeste sa joie dans la rue, pour le moment… Les satrapes galonnés ont créé le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) qui s’engage à présenter « dans un délai raisonnable après consultation des forces vives de la nation, un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel », autant dire que ce n’est sans doute pas pour demain, mais d’ailleurs, est-ce si grave si l’ordre « constitutionnel » tarde à être remis en route ?

    L’ampleur et la permanence des attaques terroristes religieuses contre ce pays auraient précipité la révolte militaire. Les nouveaux dirigeants vont maintenant s’y frotter directement. Peut-être suivront-ils l’exemple de leurs collègues militaires maliens au pouvoir qui tendent à négocier avec les terroristes ? En tout cas voilà une nouvelle épine dans la botte de l’armée française qui opère dans la région dans une lutte sans fin et sans espoir contre les mouvements rebelles religieux.

  • EPSTEIN Fabrice, ‘Un génocide pour l’exemple’.

    Sortie : 2019, Chez : Les Editions du Cerf.

    Fabrice Epstein, jeune avocat branché, spécialisé en fusion-acquisition, style propre sur lui mais détendu, chroniqueur du magazine « Rock & Folk » et acteur au palais de justice, petit-fils d’immigrés juifs-russes exterminés à Auschwitz, a été commis d’office, en tant que membre de la conférence des avocats du bureau de Paris (une espèce de confrérie pour beaux-parleurs ayant passé avec succès un concours d’éloquence), à la défense de Pascal Simbikangwa, militaire rwandais, ancien responsable du service de renseignement (la police politique) sous le régime génocidaire du président Habyarimana dont l’assassinat (toujours non attribué à ce jour) déclencha le génocide contre l’ethnie tutsi. Simbikangwa est paraplégique par suite d’un accident de la route au Rwanda et cloué depuis sur chaise roulante.

    Après avoir fui son pays en 1994 et erré dans différents pays, il ne trouve rien de mieux que de rejoindre Mayotte, territoire français, en 2005 où il dépose une demande d’asile utilisant pour se faire l’un de ses nombreux patronymes. L’asile lui est refusé et le garçon est arrêté pour trafic de faux papiers. Il est ensuite emprisonné puis jugé par la cour d’appel de Paris où il est condamné en 2014 pour génocide et complicité de crime contre l’humanité à 25 ans de prison par un jury populaire composé de six citoyens et de trois magistrats, bien que ses avocats aient plaidé l’acquittement, peine confirmée en appel. Il est toujours embastillé à ce jour.

    Il aurait été préférable que Simbikangwa cherche à se réfugier ailleurs qu’en France ce qui aurait évité d’avoir à le juger à Paris, mais, hélas, il choisit de rejoindre Mayotte. La France refusa son extradition au Rwanda où il aurait pu être condamné à des peines non compatibles avec le droit français.

    Epstein est l’avocat de l’accusé en faveur duquel il prend évidemment partie. Son récit est centré sur toutes les incohérences d’une procédure qui se déroule vingt ans après les faits au titre de la compétence universelle que s’est octroyée la France pour juger des crimes de génocide quel que soit le lieu où ils ont été commis. Les témoins produits par l’accusation témoignent par vidéo depuis le Rwanda, beaucoup sont analphabètes, se contredisent, sont probablement sous la coupe du nouveau régime tutsi qu’Epstein qualifie au passage de dictatorial.

    Bien sûr qu’il s’agit d’un procès « politique », comment en serait-il autrement dans un contexte où la France a mené une coopération, notamment militaire, avec le régime précédent et cherche à se racheter ? Bien sûr que les doutes n’ont pas profité à l’accusé, bien sûr que le régime actuel est dictatorial comme l’était le précédent (au moins celui-ci n’est-il pas génocidaire)… Epstein s’émeut que les fondamentaux de la justice française ne soient pas appliqués dans le cas d’espèce. Il n’arrivera à convaincre personne que le chef de la police politique du régime Habyarimana n’ait point participé à la préparation du dernier génocide du XXème siècle. Tout ceci est vrai et la France a fait ce qu’elle a pu, refusant l’extradition de l’accusé ce qui aurait été une solution facile pour se débarrasser du problème, acceptant quelques raccourcis avec son droit pour laisser condamner un probable génocidaire.

    L’auteur lui-même admet quand même au début de son chapitre « D’une identité à l’autre » que :

    « Si Simbikangwa avait été acquitté, pleinement et entièrement, j’aurais été gêné. »

    Au moins l’emprisonnement de Simbikangwa en France lui aura évité, jusqu’ici, d’être assassiné par les sicaires du régime Kagamé comme ce fut le cas pour nombre d’autres accusés s’étant réfugiés à l’étranger.

    A la fin de son récit, Epstein rapproche ce que le génocide rwandais évoque à sa mémoire de petit-fils de victimes de la Shoah, et raconte le voyage qu’il effectua en Biélorussie, avec son père, après le procès, à la recherche du passé de ses grands-parents. Il avance un peu dans la connaissance de cette histoire familiale en s’interrogeant pour savoir s’il est du côté des victimes ou des bourreaux, si le petit-fils d’une victime (lui-même) est en droit de défendre un bourreau supposé ? A cette dernière question il répond un OUI franc, comme l’a prouvé sa défense de Pascal Simbikangwa, même au prix d’arguments auxquels il ne devait pas vraiment croire lui-même, d’attaques un peu basses contre les experts, l’avocat général, les parties civiles ou même contre la France.

    Sa plaidoirie est intégralement publiée en annexe, elle sera vaine car malgré ses supplications, le jury populaire condamnera l’accusé.

  • La Chine montre le chemin

    Le ministère chinois des sports vient d’interdire formellement aux fouteballers de son équipe nationale d’avoir de nouveaux tatouages et prie ceux qui en ont déjà de les faire enlever. La télévision publique chinoise a déjà l’habitude de flouter les joueurs occidentaux tatoués, c’est-à-dire la très grande majorité de ceux-ci. Le parti communiste chinois est parti en chasse contre la vulgarité. C’est un bon objectif mais ta tâche est vaste !

  • Les facilités accordées à l’immigration des citoyens algériens en France

    Les facilités accordées à l’immigration des citoyens algériens en France

    La proximité des élections présidentielles françaises en avril 2022 relance les débats sur l’immigration en France de personnes issues d’un certain nombre de pays tiers, dont l’Algérie.

    Les accords de cessez-le-feu en Algérie du 18/03/1962

    Il est régulièrement fait référence aux accords de cessez-le-feu de 1962 dits « d’Evian » comme ayant octroyé un statut spécifique à l’immigration algérienne, hors du droit commun. Une relecture rapide de ces accords, qui comportent onze articles et des déclarations annexes permet de relever la mention suivante dans le chapitre « Déclaration de garantie », 1ère partie, 2ème paragraphe :

    Sauf décision de justice, tout Algérien muni d’une carte d’identité est libre de circuler entre l’Algérie et la France. Les Algériens sortant du territoire algérien dans l’intention de s’établir dans un autre pays pourront transporter leurs biens mobiliers hors d’Algérie. Ils pourront liquider sans restrictions leurs biens immobiliers et transférer les capitaux provenant de cette opération dans les conditions prévues par la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière. Leurs droits à pension seront respectés dans les conditions prévues dans cette même déclaration.

    Un statut similaire est également prévu pour les Français résidant en Algérie en qualité d’étrangers, 3ème partie, 1er paragraphe :

    Les ressortissants français pourront entrer en Algérie et en sortir sous le couvert, soit de leur carte d’identité nationale française, soit d’un passeport français en cours de validité. Ils pourront circuler librement en Algérie et fixer leur résidence au lieu de leur choix. Les ressortissants français résidant en Algérie, qui sortiront du territoire algérien en vue de s’établir dans un autre pays, pourront transporter leurs biens mobiliers, liquider leurs biens immobiliers, transférer leurs capitaux, dans les conditions prévues au titre III de la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière et conserver le bénéfice des droits à pension acquis en Algérie, dans les conditions qui sont prévues dans la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière.

    Mais la complication extrême de ces accords fut de régir le statut des Français « pieds noirs » résidant en Algérie avant mars 1962, qu’ils souhaitent rester sur place (une minorité) ou s’exiler (la grande majorité).

    En outre, des articles stipulent également l’établissement d’une amnistie pour tous (qui ne fut pas respectée pour les « harkis » qui n’ont pas pu embarquer pour la France et dont beaucoup ont été exécutés), d’une coopération économique et culturelle, la location par la France du port militaire de Mers-el-Kébir pour quinze années, le maintien d’une préférence accordée à la France pour l’exploitation pétrolière dans le Sahara. On sait maintenant qu’existait aussi un protocole annexe secret pour la poursuite des essais nucléaires français dans ce même Sahara.

    Le pouvoir des vainqueurs, mais pas toujours…

    Nombre de ces engagements n’ont pas été respectés par les parties, chacun devait d’ailleurs le savoir en signant les accords, mais il s’agissait de sortir impérativement du bourbier de cette guerre coloniale. Le Traité de Versailles mettant fin à la première guerre mondiale, les Accords de Paris signés entre le Vietnam et les Etats-Unis d’Amérique, ne l’ont pas plus été. Dans ces contextes de fin de guerre, bien entendu, le vainqueur militaire a bien plus tendance que le vaincu à prendre des libertés avec les engagements qu’il a signés, mais dans le cas du Traité de Versailles c’est pourtant le vaincu qui a violé les accords…

    Dans une situation plus pacifique et récente, on voit que le Royaume-Uni n’aura pas mis plus de quelques mois à refuser d’appliquer le volet irlandais des accords de sortie de l’Union européenne qu’il avait pourtant signés peu auparavant.

    Ainsi va la vie dans le monde des traités internationaux !

    Le décret français de 1969 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles 

    Pris six années après la fin de la guerre d’Algérie, un décret du 18/03/1969 signé de MonGénéral, du premier ministre Maurice Couve de Murville et de son ministre des affaires étrangères Michel Debré précise les conditions du statut spécifique accordé aux migrants algériens en France.

    Ce texte relatif à « la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles » institue un contingent pluriannuel de travailleurs algériens entrant en France « en vue d’y occuper un emploi fixe ». Ils disposent d’une période de neuf mois pour trouver un emploi, période à l’issue de laquelle leur est délivré un titre de séjour (certificat de résidence) renouvelé gratuitement et automatiquement. Le regroupement familial est également autorisé par ce décret. Les détenteurs de titre de séjour sont ensuite dispensés de visas d’entrée en France.

    Evidemment, ce texte datant de 1968 a été amendé au cours du temps mais les citoyens algériens continuent à bénéficier à ce jour de conditions dérogatoires, et plus favorables, au droit commun comme le mentionne le site internet du ministère français des affaires étrangères :

    L’entrée des Algériens en France est facilitée (condition d’entrée régulière, et non de visa de long séjour, pour la délivrance de certains titres de séjour). ;

    Les Algériens bénéficient de la liberté d’établissement pour exercer une activité de commerçant ou une profession indépendante ;

    Les ressortissants algériens peuvent accéder plus rapidement que les ressortissants d’autres États à la délivrance d’un titre de séjour valable 10 ans.

    https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Europe-et-International/Les-accords-bilateraux/Les-accords-bilateraux-en-matiere-de-circulation-de-sejour-et-d-emploi/L-accord-franco-algerien

    Il semble que certains dirigeants français, y compris l’ex-président Sarkozy, aient envisagés de rouvrir la négociation sur ce statut privilégié accordé aux citoyens algériens. Le faire reviendrait à remettre en cause les accords de cessez-le-feu de 1962 et, finalement, personne n’a osé s’y frotter. Eh oui, Alger a aussi des moyens de pression sur Paris et la crise actuelle déclenchée, entre autres, par la liaison faite entre la délivrance de visas (ne pas confondre visa et titre de séjour) et la bonne volonté des pays d’origine à réadmettre leurs ressortissants en situation illégale en France est là pour le rappeler.

    Nous verrons sous peu si le prochain pouvoir français issu des élections d’avril 2022, s’il était issu de la « droite dure et décomplexée » osera s’attaquer à ce statut mais il est plus probable que personne ne le fera, préférant laisser le sujet sous le tapis tant il y a de coups à prendre à le sortir de l’oubli. D’ailleurs aucun des candidats ne parle vraiment des accords d’Evian, au-delà des slogans de circonstance sur le « 0 immigration ».

    Ce qui ne manque pas d’ironie c’est que l’immigration algérienne est aussi l’un des produits de la guerre coloniale perdue par la France. Il a bien fallu consentir des faveurs pour mettre fin « aux évènements » comme on disait à l’époque. Outre le droit à l’autodétermination accordé en 1962 au « département français » qu’était l’Algérie, les négociateurs français, sous l’autorité de MonGénéral, ont facilité l’accès des ressortissants du pays vainqueur au territoire du pays vaincu ! L’histoire ne dit pas si la demande en avait été faîte par la partie algérienne, mais c’est probable, ce qui accentuerait encore le paradoxe de la situation : le vainqueur veut continuer à pouvoir accéder librement au pays qu’il a défait.

    La relecture des accords « d’Evian » permet de penser qu’ils constitueraient un excellent modèle de négociation pour un accord d’accès à d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, évidemment sans le volet « cessez-le-feu » puisque la France n’est pas à proprement parlé en guerre avec Nouméa, mais tous les autres chapitres seraient quasiment duplicables en l’état pour une relation future entre la France et une Nouvelle-Calédonie indépendante.