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  • L’armée russe a ses limites

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Ce sera sans doute l’un des enseignements de cette guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine : la puissance militaire de l’ours russe n’est finalement peut-être pas si invincible qu’on pouvait le craindre. Hier soir, le navire amiral de la flotte russe en mer Noire, un croiseur lance-missiles datant de l’ère soviétique la « Moskva », a été coulé comme l’ont reconnu les autorités de Moscou qui expliquent cet évènement par un incendie qui aurait déclenché une explosion de munitions alors que les Ukrainiens disent avoir tiré deux missiles (de fabrication ex-soviétique) sur le navire. Les personnels du bord auraient pu être évacués et il n’y aurait pas de victimes.

    Les experts semblent privilégier la seconde explication en ajoutant que ce croiseur était non seulement le bateau de commandement, donc avec une forte charge symbolique, mais assurait également la protection électronique de la flotte de la mer Noire, posant ainsi un problème au reste des bâtiments, d’autant plus que le détroit du Bosphore étant fermé par la Turquie au trafic des navires militaires, la Russie ne pourra pas faire venir un nouveau pour remplacer la « Moskva », à moins d’obtenir une dérogation d’Ankara, ou… de passer en force.

    Evidemment la destruction de ce navire amiral ne provoque pas une immense peine côté occidental mais il vaut mieux cacher sa joie et ne pas enterrer trop rapidement la Russie qui dispose encore d’une très forte capacité de nuisance. Cela ne nous aide toujours pas beaucoup pour imaginer comment terminer cette guerre inutile et couteuse qui est plutôt en phase d’escalade que de décrue. Les coqs aux ergots acérés se battent sur leur tas de fumier, comme il est peu probable que l’un arrive à mettre l’autre définitivement à terre, nous en sommes toujours au même point : comment sortir de là ? Ah si, une chose a évolué significativement : le niveau des destructions en Ukraine du fait des bombardements et exactions russes suite auxquelles les contribuables occidentaux vont devoir payer la reconstruction et plus la guerre durera plus le coût sera considérable.

    Alors bien sûr, à l’issue de ce nouvel évènement de guerre révélant une petite faiblesse de Moscou, tout le monde se demande : et si la puissance nucléaire russe était finalement aussi un « ours de papier » ! C’est une hypothèse qu’il vaut mieux ne pas essayer de tester… C’est le principe même de la dissuasion : faites-vous peur mais ne touchez pas !

  • La Russie est loin d’être isolée dans la guerre qu’elle mène contre l’Ukraine

    Les dirigeant européens qui défilent à Kiev se gargarisent du soutien international dont bénéficierait l’Ukraine face à la Russie. Cette vision angélique et occidentalo-centrée est incorrecte et pour s’en convaincre il suffit de regarder les résultats de différents votes qui se sont déroulés à l’assemblée générale des Nations Unies, les débats au conseil de sécurité étant systématiquement bloqués par la Russie qui en est un membre permanent et dispose à ce titre d’un droit de veto qu’elle utilise pour repousser toute condamnation ou décision la concernant.

    Le 02/03/2022 l’assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution « déplorant dans les termes les plus énergiques « l’agression » commise par la Russie contre l’Ukraine et exigeant que la Russie retire immédiatement ses forces militaires du territoire ukrainien. » par 141 voix pour, 5 contre (Biélorussie, Corée du Nord, Erythrée, Fédération de Russie et Syrie) et 35 abstentions dont la Chine.

    Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/03/1115472
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    Le 07/04/2022 l’assemblée générale a adopté une résolution pour suspendre la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. 24 pays ont voté contre : Algérie, Biélorussie, Bolivie, Burundi, République Centrafricaine, Chine, Congo, Cuba, Corée du Nord, Érythrée, Ethiopie, Gabon, Iran, Kazakhstan, Kirghizstan, Laos, Mali, Nicaragua, Fédération de Russie, Syrie, Tadjikistan, Ouzbékistan, Vietnam, Zimbabwe. 93 pays ont approuvé et 58 se sont abstenus dont l’Inde, le Pakistan, le Brésil, nombre de pays du Golfe persique et l’Arabie Saoudite.

    Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/04/1117912
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    Indépendamment de la guerre en Ukraine, le statut de la Russie comme membre d’un comité des « droits de l’homme » laisse pantois, mais après tout de comité qui comprend 47 Etats intègre également l’Arabie-Saoudite, le Bahreïn, Cuba, le Salvador, l’Ethiopie, le Kazakhstan, la Turquie, la Chine… dont le moins que l’on puisse dire est que leur conception des « droits de l’homme » n’est pas vraiment celle partagée par Paris ou Washington. Alors ces conceptions différentes se sont affrontées et il s’en est fallu de peu que Moscou puisse rester dans ce comité des « droits de l’homme » malgré sa guerre déclenchée contre l’Ukraine.

    En vérité, nombre de pays trouvent dans cette guerre l’occasion de marquer leur anti-occidentalisme, fruit d’un XXème siècle de domination et de réussite de l’Ouest face au reste de la planète, et malgré deux guerres mondiales qui ont ravagé plusieurs pays occidentaux et nombre de guerres coloniales qui les ont impliqués, sans parler de conflits postcoloniaux vains et perdus, en Afghanistan, en Irak, au Sahel. Le soutien à la Russie face à l’offensive occidentale est un peu la revanche des non-occidentaux qui, entre temps, se sont musclés économiquement et militairement et pour qui envahir un pays tiers ou bombarder des populations civiles ne représente pas un problème moral significatif.

    C’est le nouveau paradigme et l’Occident doit s’habituer à vivre dans cet environnement où il n’est plus l’instance dominante unique. C’est ainsi. Il n’en reste pas moins que la liberté défendue comme valeur fondamentale de l’Occident continue à attirer : les réfugiés qui en font leur destination ultime, les oligarques russes qui y installent leurs yachts clinquants plutôt que sur la mer Noire, ou les investisseurs chinois qui adorent acheter des grands crus classés à tour de bras. Tout n’est donc pas perdu pour les valeurs occidentales qui ne sont pas si dévalorisées que ça.

  • L’armée malienne va mieux !

    La présidence militaire malienne se félicite de la meilleure santé de son armée avec force photos d’avions gros-porteurs débarquant du matériel militaire, sans doute en provenance de Russie dans le cadre de la coopération entre les deux pays qui est en train de se substituer à celle que Bamako entretenait avec Paris.

    Dans le même temps des opérations sont menées par l’armée malienne et des supplétifs russes, dont on ne sait pas bien s’ils sont des mercenaires privés ou des soldats russes officiels, contre les rebelles religieux dans le pays avec quelques débordements et massacres comme il y en a également en Centrafrique, également dans un cadre de coopération avec la Russie.

    Le gouvernement malien vient de décréter l’interdiction des médias RFI (Radio France Internationale) et France24 sur son territoire et interdit leur rediffusion par les médias locaux. Tout en subtilité, le gouvernement malien compare ces médias français à « Radio Mille Collines » qui, durant le génocide contre les Tutsis au Rwanda en 1994, appelait les citoyens à tuer les « cafards », noms donnés aux Tutsis et aux Hutus modérés.

    Il semble que les autorités maliennes ne rompent pas totalement les relations avec l’Europe, dont l’ancienne puissance coloniale, car elles auraient compris que la Russie ne financera pas leur développement, et selon le précepte éternel « on ne tape pas sur la main qui signe le chèque » il convient de continuer à bénéficier des subsides des contribuables européens pour maintenir l’économie locale la tête hors de l’eau. Evidemment si des exactions de ses forces armées sont mises à jour et documentées cela risque de jeter un petit froid dans le cœur des bailleurs de fonds. Le procureur de la République a donc ouvert une enquête le 06/04/2022 sur les « allégations d’exactions présumées commises sur des civils dans la période du 23 au 31 mars 2022 dans la zone de Moura ». Les conclusions de ce travail seront intéressantes.

    Le retrait de l’armée française du Mali est en cours dans une relative discrétion et c’est bien ainsi. Ce seront sans doute les derniers jours de cette évacuation qui seront les plus cruciaux, on peut supposer que les Maliens comme les Russes ont intérêt à ce qu’elle se passe bien. Seuls les terroristes religieux pourraient vouloir perturber les derniers jours comme ils l’ont fait en Afghanistan sur du retrait occidental sur l’aéroport de Kaboul en 2021.

    Souhaitons maintenant la réussite de la coopération militaire entre le Mali et la Russie. Elle a été librement choisie et unit des gouvernants qui partagent la même conception du pouvoir et de l’organisation de la société. Elle a donc plus de chances d’aboutir que celle avec la France qui, non seulement était marquée du sceau infamant du néo-colonialisme, mais, surtout, s’est épuisée à vouloir faire évoluer le Mali vers un modèle démocratique dont pas grand monde ne voulait dans ce pays sahélien.

  • La haine de l’Occident

    La Chine, comme la Russie, n’aime pas l’Occident et la démocratie, et le fait savoir. Les deux pays cherchent à surmonter la frustration du statut qui fut le leur au cours du XXème siècle durant lequel la démocratie triomphante fit la leçon au reste de la planète et crut avoir emporté le combat idéologique après la chute du communisme soviétique. Trente ans plus tard l’Occident est moins triomphant et doit faire face à la capacité de nuisance de ces deux pays, militaire pour la Russie, économique et militaire pour la Chine. Deux pays dans lesquels la notion de démocratie n’est pas forcément l’objectif de la majorité de la population, mais reste le concept à abattre pour leurs pouvoirs respectifs

    La guerre en cours de la Russie contre l’Ukraine est condamnée par l’Occident, mais pas vraiment par le reste de la planète. Certes la Chine, l’Inde et d’autres n’applaudissent pas l’initiative russe qui perturbe l’ordre du monde, mais ils ne vont pas jusqu’à s’associer aux sanctions économiques prises par l’Occident et ne condamnent pas vraiment le Kremlin. Ils auraient certainement préféré ne pas avoir à affronter ce chaos, mais celui-ci étant là, il présente quelques avantages à court terme puisqu’il ennuie l’Ouest et perturbe son économie.

    Il est de plus assez facile pour eux d’insister sur les incohérences occidentales, voire les propres guerres extérieures menées par l’Occident de façon plus ou moins légale, en Irak, en Lybie, en Serbie, en Afrique… L’ambassade de Chine en France a pris un malin plaisir à publier le message suivant sur son compte Twitter :

    « 10 guerres, 0 sanction » écrit l’ambassade. C’est factuellement vrai mais rien n’empêchait Moscou ou Pékin de prendre alors des sanctions contre les Etats-Unis d’Amérique, ce qui n’a pas été fait, sans doute pas uniquement par sentiment humanitaire. Et il n’est même pas mentionné la célèbre séance du Conseil de sécurité en 2003 quand le ministre américain des affaires étrangères avait brandi une fiole censée contenir des produits chimiques ou biologiques que l’Irak produirait en masse ce qui justifiait l’entrée en guerre du monde sous mandat des Nations Unies. Il y eut guerre mais le mandat fut refusé !

    L’acceptation tacite de la Chine, l’Inde, l’Afrique… de l’intervention russe est une sorte de revanche prise contre l’arrogance de l’Ouest depuis presqu’un siècle. C’est sans doute une position à courte vue car il est probable que cette guerre de la Russie se terminera comme celles, perdues, menées par l’Occident en Irak, en Afghanistan, en Lybie ou en Afrique : la débâcle.

  • Une armée de forbans

    Le retrait des troupes russes des alentours de Kiev, la capitale ukrainienne qu’elles n’ont renoncé semble-t-il à conquérir, dévoile des exactions commises par les occupants sur les populations civiles. Les commentateurs de tous bords s’emparent des grands mots : « crimes de guerre », « crime contre l’humanité » …, la propagande russe explique que les cadavres retrouvés sont le fait d’une mise en scène des autorités ukrainiennes. Le côté ukrainien réactive ses accusations de « génocide » …

    Bref, l’émotion et la mauvaise foi submergent les parties et se déversent sur les plateaux télévisés. Le mieux est de laisser travailler les experts légistes qui vont mettre à jour et documenter ces exactions dont la responsabilité pourra certainement être clairement établie, sans doute assez rapidement. Les troupes russes sont une armée de forbans laissés à eux-mêmes et engagés dans une opération militaire douteuse, épaulés par des supplétifs tchéchènes et, probablement, syriens. Tout ce petit monde ne semble pas animé par des considérations humanitaires très développées ni par les contraintes légales du droit de la guerre alors il est probable que d’autres exactions seront commises par les troupes d’occupation, attisées par le discours de leurs dirigeants sur les « nazis drogués » qui dirigent à Kiev !

    On ne sait pas combien de temps durera cette guerre sordide ni sur quelles bases elle se terminera, mais elle nous fait apprécier tous les jours les avantages de nos systèmes démocratiques d’Europe de l’Ouest face aux errements mortifères des régimes autoritaires. C’est sans doute aussi la raison pour laquelle les oligarques russes (comme ukrainiens d’ailleurs) viennent amarrer leurs yachts clinquants à Nice plutôt que sur la mer Noire.

  • La Russie face aux conséquences de sa guerre

    Biche/Charlie Hebdo (13/03/2022)

    Les experts militaires de plateaux télévisés, officiers en retraite ou journalistes de champs de bataille sur petit écran, affirment unanimes que le Kremlin et son président élu sont surpris de ne pas avoir conquis l’Ukraine, « pays frère », en quelques jours grâce à leur puissante armée qui n’aurait pas été véritablement accueillie en « libératrice » de « l’oppression » du pouvoir ukrainien « génocidaire » dirigé par « une bande de nazis drogués ».

    Ce que l’on peut savoir des faits diffusés par les propagandes respectives de l’Ukraine et de la Russie semble aller dans leur sens. Au-delà, les élucubrations de « spécialistes » de Café du commerce sont à prendre avec des pincettes tant la capacité de nuisance de la Russie éternelle est encore forte et dirigée contre l’Ukraine et l’Occident. Des images diffusées par Kiev montrent des chars russes détruits et laissés à l’abandon sur les bords des routes, un gros navire de transport militaire en flammes après avoir été atteint par un missile qui pourrait être ukrainien dans le port de Berdiansk (mer d’Azov) en principe contrôlé par les troupes russes, un dépôt de pétrole en feu sur le territoire russe suite à une attaque d’hélicoptères, et, depuis quelques jours, le retrait de l’armée russe des environs de Kiev, la capital jamais conquise par Moscou. Il apparaît que la Russie n’a pas réussi à acquérir la domination de l’espace aérien au-dessus de l’Ukraine malgré son armée de l’air bien dotée en avions de combat, que plusieurs de ses généraux ont été tués sur le front, que l’utilisation des fameux missiles « hypersoniques » n’a pas vraiment changé le cours des choses, que son armée est animée d’une motivation limitée, etc. etc.

    Bref, si tout ceci se confirme, la nouvelle est appréciable, l’ours russe serait toujours aussi méchant mais peut-être pas aussi musclé qu’il semblait vouloir le faire croire. En tout cas, pas au point d’être capable d’asservir un pays souverain de grande dimension en quelques jours. L’aide militaire délivrée par l’Ouest et la Turquie à l’Ukraine apparaît quant à elle relativement efficace, comme quoi les démocraties « décadentes » selon le récit de Moscou ne sont pas encore complètement assoupies par le cholestérol et le « wokisme ». L’armée russe a annoncé se concentrer désormais sur l’Est de l’Ukraine, frontalier de son propre territoire, pour, sans doute, essayer d’y pérenniser et renforcer ses conquêtes.

    L’Occident serait toutefois bien avisé d’avoir le triomphe modeste, la Russie n’a pas fini de nuire aux démocraties occidentales, ni à tous ses vassaux s’il leur prenait l’idée saugrenue de vouloir adopter un régime démocratique en renversant les satrapes qui les gouvernent. Et d’abord il va falloir payer pour reconstruire l’Ukraine une fois les hostilités terminées. Les destructions semblent importantes et nombre de villes ont été substantiellement dévastées par les bombardements russes. Il est peu probable que Moscou envisage de financer la reconstruction, tâche qui va donc probablement revenir aux contribuables occidentaux pour les décennies à venir.

    L’urgence est maintenant de finir cette guerre. Des pourparlers directs se déroulent entre ces deux pays et chaque partie communique sur les progrès réalisés. Kiev vient même de préciser qu’une rencontre entre les deux présidents serait possible à court terme. Elle risque d’être intéressante bien qu’un peu réfrigérante…

    Voyons les compromis qui seront entérinés. Quels qu’ils soient, la Russie risque d’être durablement éloignée de l’Occident qui se méfiera de Moscou pour encore quelques générations, au moins jusqu’à ce que les contribuables de l’Ouest aient finis de payer pour reconstruire ce que Moscou a cassé. Mais est-ce vraiment un problème ?

  • MENGISTE Maaza, ‘Sous le regard du lion’.

    Sortie : 2012, Chez : Actes Sud.

    Maaza Mengiste est une écrivaine d’origine éthiopienne, naturalisée américaine. Née à Addis-Abeba en 1971, trois années avant l’instauration d’une dictature militaire communiste à la suite de la déposition de l’Empereur Haïlé Sélassié en 1974, elle garde un souvenir très prégnant de ces premiers mois de la « terreur rouge » qui s’abattaient sur ce pays, avant l’exil de sa famille au Nigeria puis au Kenya et, enfin, aux Etats-Unis d’Amérique.

    Cette période trouble est le cadre de ce premier roman qui narre l’histoire d’une famille plutôt favorisée au cœur de la capitale éthiopienne en proie à la folie du régime. Arrestations, torture, exécutions, nationalisations, défilés à la « gloire de la Révolution » sont le quotidien de la ville et du pays. Dans ce contexte dangereux et idéologisé, les membres de la famille de Hailu, chirurgien, réagissent différemment, puis tous se retrouveront contre la terreur promue par le major Guddu, inspiré de Mengistu Hailé Mariam, militaire qui dirigea le pays durant ces années noires (il est aujourd’hui toujours exilé et protégé au Zimbabwe, il a été condamné à mort pour génocide par la justice éthiopienne en 2008, on estime le nombre de morts durant son régime aux alentour d’un million, de répression, de famines et de mauvaise gestion).

    Ce roman rappelle cette sombre période le l’histoire contemporaine de l’Ethiopie, commencée par la guerre coloniale menée et gagnée par l’Italie dans les années 1930, et dont la violence se poursuit encore aujourd’hui avec la énième reprise de la guerre civile entre Addis-Abeba et la province rebelle du Tigré.

    Il décrypte les comportements de résistance de chacun face à l’oppression, le questionnement intime des uns et des autres sur la meilleure réaction possible, les risques à prendre, et pour quel résultat tangible ? On imagine aisément que ce type de réflexion est mené par tout peuple en proie à la répression ou à l’occupation. Jusqu’où peut-on accepter, à quel moment la contestation doit être violente, quel prix est-on prêt à payer pour la liberté ? De l’occupation allemande de l’Europe en 1939-1945, à celle de l’Ukraine par la Russie en 2022, ce problème est aussi vieux que le monde et bienheureux sont les pays démocratiques qui n’ont pas eu à se la poser depuis près de 70 ans !

  • La Russie continue sa guerre contre l’Ukraine

    Riss/Charlie Hebdo (03/03/2022)

    La guerre bat son plein en Ukraine où les troupes russes grignotent centimètre après centimètre face à la défense militaire et civile ukrainienne. Certaines villes sont significativement détruites, il y aurait 10 millions d’Ukrainiens déplacés dont près de 3 millions réfugiés en dehors du pays. Le nombre des morts et blessés des deux côtés fait l’objet de propagande mais l’unité de compte est en milliers de victimes. La guerre insensée que les gens raisonnables pensaient impossible est à l’œuvre, menée par un clan de dirigeants sauvages soutenu par une partie de la population russe.

    Les sanctions économiques de l’Occident contre Moscou produisent progressivement leurs effets, mais en tout cas pas au point de faire reculer le pouvoir russe qui se barricade dans sa tactique d’invasion et censure toute l’information non locale. Les oligarques font preuve d’inventivité pour empêcher le gel de leurs actifs clinquants imprudemment localisés en Occident. Le reste du monde affiche une prudente position de réserve en attendant sans doute de voir dans quelle direction tourne le vent.

    On ne sait pas dans quelles conditions l’objectif de la Russie de neutraliser l’Ukraine « menée par une bande de nazis et de drogués » pourra être considéré comme atteint par Moscou. On imagine mal ce pays occuper durablement l’Ukraine, d’abord parce que l’hostilité des habitants semblent se renforcer de jour en jour, ensuite parce qu’il faudra payer pour reconstruire et on sait que la Russie est généralement assez réticente à financer ce genre de chose. Détruire, oui, reconstruire beaucoup moins, on préfère laisser ça à l’Occident… Et on n’imagine pas plus la Russie accepter d’arrêter le désastre sans pouvoir afficher une victoire, au moins partielle.

    Mais c’est encore un raisonnement de gens raisonnables. Il va falloir que les diplomates fassent preuve d’inventivité pour trouver un accord de sortie de cette guerre honorable pour les deux parties, à moins qu’un cataclysme général soit déclenché et anéantisse les protagonistes et leurs voisins.

  • La Russie, l’Ukraine et l’Histoire

    La Russie, l’Ukraine et l’Histoire

    Les périodes de guerre sont assez peu propices aux analyses historiques subtiles, on le voit aujourd’hui avec les bagarres de communiqués en cours. La Russie annone depuis le début que l’un de ses buts de guerre est de « dénazifier » l’Ukraine, faisant ainsi allusion à l’attitude d’une partie de ce pays durant la deuxième guerre mondiale. En réalité le « grand frère » russe reproche aussi à l’Ukraine de s’être toujours opposée à l’Union soviétique. Face aux tentatives d’autonomie, voire d’indépendance, l’Armée rouge soviétique a toujours eut à batailler sévèrement en Ukraine pour la maintenir dans l’ordre bolchévique et s’opposer à toutes tentatives « d’ukrainisation ».

    L’application forcenée de la collectivisation des terres par le pouvoir de Staline a déclenché de terribles famines au début des années 1930 qui ont provoqué entre 3 et 5 millions de morts en Ukraine. Lors des grandes purges staliniennes les Ukrainiens n’ont pas été les derniers à souffrir des exécutions et des déportations de masse qui ont touché encore quelques millions de citoyens supplémentaires à la fin des années 1930. Ça laisse des souvenirs…

    Durant la seconde guerre mondiale, après la rupture du pacte germano-soviétique signé en 1939 par l’Allemagne et l’Union soviétique, Berlin envoie ses troupes vers Moscou, l’opération « Barbarossa », en traversant l’Ukraine. L’armée allemande est alors accueillie comme un sauveur libérant le pays de l’oppression stalinienne. Le fort antisémitisme régnant alors dans cette République, comme dans toute l’Europe centrale ainsi d’ailleurs qu’en France, va entraîner des collaborations nauséabondes entre les Nazis et des groupes locaux. Certains Ukrainiens qui ont été utilisés comme gardiens dans les camps de concentration allemands étaient réputés parmi les plus brutaux d’un personnel qui ne faisait généralement pas dans la poésie. Il y eut même une division SS « Galice » crée avec des volontaires ukrainiens. Les Russes ne sont pas en reste à ce sujet puisque l’un des héros de l’Armée rouge, soutien indéfectible à Staline dans les années 1930, le général Vlassov, qui s’illustra du côté soviétique durant la guerre civile mais aussi à l’occasion du siège de Léningrad où après avoir estimé que Staline avait abandonné l’armée qu’il dirigeait en rase campagne, capturé par les Allemands, il passa à l’ennemi et fonda « l’Armée russe de libération » qui aida la Wehrmacht à lutter contre l’Union soviétique. A la fin de la guerre, capturé par les alliés il fut remis à Moscou puis jugé, torturé et exécuté avec une dizaine de ses officiers supérieurs.

    Evidemment, lors du reflux des Allemands, quand l’Armée rouge a retraversé l’Ukraine vers l’Ouest pour arriver à Berlin en 1945, les Russes se sont vengés de la collaboration germano-ukrainienne. Moscou et Kiev n’ont pas su mener une réconciliation comme l’ont fait en leur temps de Gaulle et Adenauer en France et en Allemagne, l’animosité actuelle entre la Russie et l’Ukraine s’explique aussi par cette histoire.

    Dans un rapprochement osé, le président Poutine a même expliqué récemment avoir déclenché la mise au pas de l’Ukraine en février dernier pour ne pas renouveler les erreurs du pacte germano-soviétique.

    Rappelons que ce pacte signé en 1939 entre les Allemands et les Soviétiques (voir photo) a permis, notamment, aux Nazis et aux Soviétiques de se partager la Pologne plus quelques autres territoires. Cette signature entre fascistes et bolchéviques a en tout cas fondé l’anticommunisme de plusieurs générations d’Européens. Poutine affirme que ce pacte était destiné à retarder l’agression allemande et permettre ainsi à l’armée soviétique de se renforcer car elle n’était pas encore prête à combattre efficacement en 1939, mais que ce fut un échec puisque durant les deux années que dura ce pacte, de nombreux territoires et des millions de personnes ont été perdus. Il ne veut pas renouveler cette « erreur » une deuxième fois et il lui a donc fallu envahir l’Ukraine avant qu’elle ne soit trop forte. C’est évidemment une interprétation toute personnelle de l’Histoire et il est plus probable que le pacte germano-soviétique, idéologiquement inattendu, n’était qu’un rapprochement entre dictateurs félons qui était fait pour durer.

    Il reste certainement des groupes d’extrême droite à tendance pronazi en Ukraine comme il en existe dans tous les pays, y compris d’ailleurs en Russie ou en France, mais il ne semble pas que le pouvoir ukrainien soit significativement influencé par l’idéologie nazie.

    Aujourd’hui, et quelle que soit l’issue de la guerre en cours, la Russie et l’Ukraine sont séparées pour longtemps. Et puis, le temps passera…

  • Le président russe n’est certainement pas tout seul

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Les commentateurs bon clients de plateaux télévisés reprennent d’une seule voix que le président russe Vladimir Poutine serait l’unique responsable de la guerre en cours déclenchée par la Russie contre l’Ukraine. Certes il est le premier responsable puisqu’il est le grand chef mais il semble assez peu probable que le président ait pu prendre le chemin de la guerre sans l’étroite participation de son entourage, voire sans le soutien d’une bonne partie de la population russe biberonnée au nationalisme depuis des décennies. On se souvient d’ailleurs que lors de l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014 la cote de popularité de Poutine avait connu un fort regain tant cette reconquête territoriale a semblé assez naturelle pour nombre de citoyens. Les sondages russes ne sont sans doute pas des modèles du genre mais il est probable qu’ils reposent sur une certaine réalité. Il n’est pas exclu qu’une partie de la population russe ne soit pas fondamentalement en désaccord avec l’idée d’un retour de l’Ukraine sous tutelle russe. Le complexe militaro-industriel doit certainement aussi approuver ce concept.

    Cette guerre ne semble pas la meilleure décision prise récemment par la Russie mais seule l’Histoire dira si elle aura servi ses intérêts ou pas. La réponse n’est pas aussi évidente que ce qu’on en dit au Café du Commerce. Il faut encore attendre pour en connaître le dénouement. Et même si le président Poutine était déchu de son poste dans la tourmente, il est probable qu’il serait remplacé par un clone. Il faut bien l’admettre, malgré Chostakovitch, Dostoïevski et Soljenitsyne, la Russie n’aime pas l’occident comme elle le confirme dans ses actes depuis des siècles. Il y a assez peu de raisons logiques d’imaginer que cette situation puisse changer un jour, que le Kremlin soit occupé par Poutine ou par un autre. Il faudra en tenir compte une fois cette tragédie guerrière terminée : nous ne sommes pas amis et nous avons des conceptions opposées sur quasiment tout : l’organisation de nos sociétés, le corpus de valeurs qui les fondent, l’analyse du passé, la vision de l’avenir… Mais nous pouvons nous parler, faire du business ensemble, simplement la Russie n’a jamais changé sa méthode qui est plutôt du genre dure et sauvage. L’Occident s’est illusionné sur la compatibilité de ce pays avec l’Europe, c’était un leurre. Le mérite de la guerre en cours sera probablement de remettre les pendules à l’heure en attendant le prochain ramollissement occidental.

  • L’Empire colonisateur

    Dans ses vœux pour l’année 1961, publiés notamment dans le journal de l’armée « Bled », MonGénéral expliquait :

    L’empire soviétique colonise
    Nous espérons fermement que, chez tous ces peuples, s’instaureront en définitive l’ordre et le progrès, malgré l’Empire soviétique, qui, non content de coloniser 40 millions de musulmans asiatiques et caucasiens et d’asservir une bonne douzaine de peuples qui lui sont complètement étrangers, encourage et exploite toutes les secousses afin de prendre pieds dans les pays troublés. Bref, nous ne nous laisserons pas paralyser par cette odieuse agitation.

    Aider l’Ouest et l’Est à en venir à la détente et au désarmement, pour peu que l’Empire soviétique cesse de manier des torches incendiaires tout en lançant, pour la montre, des vols de colombes épouvantées.

    « Bled » 05/01/1961

    En remplaçant « Empire soviétique » par « Fédération de Russie » on a ici une analyse pas très éloignée de la situation actuelle en Europe.

  • Il va falloir payer

    Félix/Charlie Hebdo (26/01/2022)

    La Russie a lancé sa guerre contre l’Ukraine avec des buts pas vraiment clairs. La conquête en cours amène à des milliers de morts (des deux côtés), des millions de réfugiés, des sièges de villes et des destructions significatives des infrastructures ukrainiennes, y compris des immeubles civils. Les bombardements ne sont pas massifs comme ceux pratiqués par la Russie en Tchétchénie ou en Syrie, les villes ne sont pas rasées, mais les dommages sont importants. Une fois les hostilités terminées il va falloir payer pour la reconstruction. Que la Russie soit perdante ou gagnante de cette guerre, il est peu probable qu’elle sera candidate pour financer la reconstruction de l’Ukraine. C’est sans doute à l’Europe et aux Etats-Unis d’Amérique que va échoir cette charge, des pays déjà surendettés après deux années de crise sanitaire.

    Le mur de la dette occidentale est à peu près aussi vertigineux que l’incompréhension occidentale face aux agissements actuels de la Russie. Les conséquences financières des désordres mondiaux actuels risquent d’être aussi dévastatrices que la guerre actuelle, l’accumulation gigantesque des dépenses, d’abord sanitaires puis maintenant guerrières, sans recettes en face sinon la création monétaire va ébranler le système financier mondial. On voit mal comment la planète pourra éviter une sévère restructuration financière dans les mois à venir qui devrait se traduire, au mieux par une inflation sévère et durable, ou pire par des défauts de paiement publics et privés, et le cortège de faillites qui ira avec.

  • Les armes cliquettent

    La guerre a au moins une conséquence directe : l’Allemagne réarme… Cela ranime évidemment quelques souvenirs alentour, pas parmi les meilleurs du continent européen.

    Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale notre voisin outre-Rhin a veillé à reconstituer sa puissance économique, encore renforcée après la réunification avec l’Allemagne communiste suite à la chute du Mur. Mais Berlin a toujours veillé à rester à l’écart de la puissance militaire, refusant de participer à toutes opérations armées extérieures et n’investissant que fort peu dans son armée nationale, préférant rester sous le parapluie nucléaire des Etats-Unis d’Amérique, plutôt que de risquer d’être à nouveau entraînée dans un conflit comme ceux qui l’ont emmenée si loin au XXème siècle.

    L’un des effets de la décision russe d’envahir l’Ukraine est d’avoir provoqué cette situation : l’Allemagne réarme ! L’avenir dira si c’est une bonne nouvelle.

  • La facture présentée par Moscou à la Syrie

    Riss/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    La présidence russe vient d’annoncer qu’elle lançait le recrutement de mercenaires syriens pour renforcer ses troupes en guerre contre l’Ukraine. On ne sait pas encore bien quel sera le profil de ces supplétifs : djihadistes, rebelles non-djihadistes, miliciens pro-régime Assad, militaires démobilisés… sans doute un peu de tout mais certainement pas des poètes romantiques. Ils viendront appuyer aussi les troupes tchétchènes également appelées à la rescousse par Moscou et connus pour leur sauvagerie.

    Après le sauvetage du régime El-Assad en Syrie par l’armée russe, Moscou présente l’addition et demande l’aide de Damas. Celle-ci devrait lui être octroyée sans trop de difficultés d’autant plus que cela fournit des emplois (et des salaires) à des citoyens syriens vivant dans un pays à l’économie dévastée. Des supplétifs syriens seraient déjà utilisés par la Turquie en Lybie, et même à l’intérieur de la Syrie contre les Kurdes dans la bande territoriale nord occupée par Istanbul. Le mercenariat est en train de devenir une activité économique complémentaire pour la Syrie.

    L’utilisation de mercenaires par les Etats est aussi vieille que la guerre elle-même. Dans l’histoire récente on a vu les Etats-Unis d’Amérique y recourir significativement en Irak et en Afghanistan, il s’agissait de sociétés privées, dont la fameuse compagnie Blackwater, mettant en œuvre des salariés américains. La Françafrique eut aussi recours à des mercenaires dans les années 1960 pour mener ses coups tordus dans son précarré, dont le fameux Bob Denard impliqué dans des coups d’Etat au Bénin, aux Comores, des participations à des guerres au Yémen, au Katanga, au Congo belge et bien d’autres. Denard c’était un mercenariat d’opérette dans les années 1960 qui n’a jamais dû faire beaucoup de victimes sinon de détrôner quelques satrapes locaux. En revanche, comme à leur habitude les Américains ont industrialisé le processus et très largement amélioré sa « productivité » lors des guerres du Proche-Orient. L’arrivée de supplétifs syriens et tchétchènes sur un terrain de guerre est-européen risque de réserver quelques surprises et innovations. L’une des questions qui se posera à la fin des hostilités est de savoir si et comment ces Syriens rentreront chez eux ?

  • Une première victoire de la Russie

    Une première victoire de la Russie

    La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine va être difficile à conclure, militairement comme diplomatiquement, mais Moscou engrange déjà une première victoire : la revue accélérée de la demande d’adhésion à l’Union européenne (UE) de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie. L’UE est déjà très sérieusement bloquée dans son fonctionnement du fait de l’impossibilité de travailler en bonne entente à 27 pays aux niveaux de développement socio-économiques si différents, y ajouter les trois pays précités, plus évidement les pays balkaniques (Serbie, Albanie, Macédoine du nord, entre autres) qui frappent à la porte depuis plusieurs années, est la garantie du blocage complet des institutions politiques de l’UE.

    Au mieux cette Europe se transformera en marché commun sans plus d’ambitions politiques, au pire elle tombera dans cet état de « mort cérébrale » dont le président Macron taxait récemment l’Alliance atlantique. Une telle perspective emportera l’agrément des empires actuels que sont la Russie, les Etats-Unis d’Amérique ou la Chine qui préfèrent évidemment avoir à traiter en direct avec l’Albanie, par exemple, plutôt qu’avec une entité politique établie et opérationnelle comme l’UE.

    Sans doute la Russie aura du mal à sortir grand vainqueur de la confrontation en cours avec l’Ukraine, mais si l’un des effets de cette guerre slave est une paralysie durable de l’UE, Moscou devrait s’en réjouir. A partir du moment où le statut de candidat sera attribué à ces pays, il sera très difficile d’y revenir même si l’adhésion formelle pourrait prendre des années. Le cas de la Turquie est exemplaire : sa « vocation à l’adhésion » a été reconnue dans le Traité de Rome et à l’heure qu’il est, bien que les négociations soient au point mort depuis plusieurs années, cette « vocation à l’adhésion » ne lui a toujours pas été juridiquement reprise. Il en ira de même pour l’Ukraine et les cinq autres pays de l’est dont il est question.

    Ces adhésions ne sont pas techniquement ni financièrement souhaitables pour l’Union. L’attitude russe les rend malheureusement presque inévitables !

  • L’imposture du génocide

    La guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine donne lieu à l’utilisation abusive du terme de génocide porté par l’un contre l’autre et vice-versa.

    L’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide approuvée par l’assemblée générale de Nations unies du 09/12/1948 stipule :

    Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

    a) Meurtre de membres du groupe ;
    b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
    c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
    d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
    e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

    https://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CrimeOfGenocide.aspx

    Depuis quelques années, dès que l’on déplore trois morts assassinés dans un village de brousse à l’autre bout du monde, les parties impliquées crient au « génocide ». C’est évidement incorrect et ne devrait pas tromper n’importe qui capable d’un minimum de réflexion.

    Les Russes accusent les Ukrainiens d’être coupables de génocide dans les provinces russophiles du Donbass à l’est du pays et les Ukrainiens taxent les Russes de génocidaires depuis leur invasion de l’Ukraine. Ces accusations ne sont pas documentées et ressemblent plus à de la communication qu’à de l’information. Il y a la guerre entre ces deux nations. Cette guerre entre deux Etats souverains a une petite saveur de guerre civile tant les peuples sont proches. Il y a évidemment des règlements de comptes entre armées, entre milices, entre citoyens, il y a certainement des forbans des deux côtés mais il n’y a pas à ce stade de preuves flagrante de génocide en cours au sens de la définition de l’ONU.

  • La Russie ferme sur ses exigences

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    L’armée russe continue à avancer en Ukraine par l’est, le sud et le nord. 1,5 million d’Ukrainiens auraient quitté le pays par l’ouest et quelques millions seraient déplacés à l’intérieur du pays pour fuir les combats. Des « négociations » russo-ukrainiennes se déroulent mais a priori sans véritables avancées sinon la mise en place de couloirs d’évacuation humanitaire pour sortir les civils de zones de combat qui ne sont pas véritablement opérationnels. Le président russe maintient ses exigences pour envisager un cessez-le-feu :

    1. Reconnaissance de l’annexion de la Crimée
    2. Démilitarisation de l’Ukraine
    3. « Dénazification » du pays (signifiant probablement mise en place d’un gouvernement pro-russe)

    La Russie veut reprendre le contrôle de l’Ukraine « pays frère » que le président russe considère comme une « création bolchévique » signifiant ainsi que ce pays n’a jamais eu d’existence historique et encore moins de profondeur politique.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/a-lest-rien-de-nouveau-la-russie-naime-pas-loccident/
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    Les réactions et sanctions occidentales ne semblent pas le faire démordre de ses demandes. Il continue à parler aux uns et aux autres : MM. Macron, Erdogan (Turquie), Bennett (Israël)… pour leur répéter la même chose. Les « experts » militaires de plateaux télévisés glosent sur les difficultés rencontrées par l’armée russe face à l’opposition de l’armée ukrainienne et de la défense civile. La Russie n’a pas encore pris de sanctions économiques contre l’Occident en réaction à celles dont elle est victime, le gaz continue à circuler dans les tuyaux de la Sibérie vers l’Europe qui peut ainsi se chauffer ce qui est plus confortable pour manifester son opposition à la guerre. Le président ukrainien continue à faire porter la responsabilité à l’Ouest des morts ukrainiens du fait de son refus de s’engager militairement contre la Russie. L’Alliance atlantique (OTAN) maintient effectivement son refus de confronter ses troupes directement avec celles de la Russie, puissance nucléaire.

    Bref, la guerre continue et personne ne sait bien par quelles compromissions elle pourrait se terminer. Pourtant, les combats vont s’arrêter un jour, il y aura bien un compromis et l’Ukraine risque d’en être la victime.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/le-president-russe-et-lhistoire/
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    Pour le moment c’est toujours Poutine qui a la plus grosse !

  • 90 Wardour Street – London

    Façade de l’ex-Marquee Club – 90 Wardour Str – London

    Il y a 45 ans à l’été 1977, le chroniqueur enfiévré découvrait Londres et la musique rock en pleine explosion punk. Un premier concert à l’Hammersmith Odeon du groupe The Jam met dans l’ambiance. Les trois musiciens mod-revival, à peine sortis de l’adolescence, pantalons et cravates noirs sur chemises blanches, jouent devant un rideau blanc sur lequel est apparaît en lettres noires et coulantes : The Jam.

    The Jam (Paul Weller) / Photo Richard Young

    Ce trio à l’allure proprette déclenche l’enfer sur scène, sautant comme de beaux diables de leur boîte sur des riffs hallucinés. Leurs « vieilles » idoles sont The Who et The Small Faces. Puis, inspirés par le mouvement punk, dont ils restent un peu à l’écart, ils en délivrent l’énergie brute. La jeunesse londonienne adore, des filles aux cheveux bleus et oranges sur leurs T-shirts déchirés se succèdent pour danser dans les allées de cette salle de concerts-rock mythique de la capitale britannique. Leur premier disque In the City vient de sortir au milieu de la tornade musicale punk qui saisit le Royaume-Uni. Il est joué intégralement ce soir-là, In the City est même repris en rappel, sans doute par manque de chansons pour ce groupe qui ne joue ses propres compositions que depuis quelques mois et dont ce premier disque comporte trois reprises.

    The Jam mènera sa route jusqu’au début des années 1980 puis le guitariste-chanteur Paul Weller empruntera le chemin de traverse d’une carrière solo plutôt réussie, créant différents groupes, dont Style Council, ou chantant sous son propre nom. Le mouvement britpop (Oasis, Pulp, Blur) des années 1990 l’éleva au rang de Modfather.

    Eberlué par cette nouvelle expérience le chroniqueur la poursuivra durant son séjour par de fiévreuses soirées au Marquee Club, une petite salle où se produisent des groupes dont beaucoup vont devenir célèbres. La scène est à peine surélevée, entre piste de danse et bar louche, les spectateurs s’y pressent dans la chaleur de l’été et la fumée des cigarettes. Nous sommes en pleine période punk, la mode est de cracher sur le monde, musiciens et spectateurs ne s’en privent pas et il faut parfois jongler pour éviter les glaviots… Tout est plutôt déglingué au Marquee mais quel bonheur d’y suivre en direct le monde en marche du Rock qui va bientôt déboucher sur new wave, cold wave et la suite.

    On ne connait aucun des groupes qui se produisent sinon par la lecture rapide de la presse rock (New Musical Express et Melody Maker). En ce mois d’août 1977 on se souvient notamment des Boomtown Rats, groupe irlandais qui vient de sortir son premier single et dont le chanteur Bob Geldorf s’engagera par la suite dans l’organisation de concerts en soutien à des causes humanitaires comme le Live Aid en 1985 (contre la famine en Ethiopie). Ce soir-là au Marquee, il termine en mini-slip, trempé de sueur comme les spectateurs, après une prestation scénique physique et désordonnée. Il y eut aussi Kingfish, le groupe monté par l’américain Bob Weir, l’un des guitaristes du Grateful Dead. Et tant d’autres soirées rock où le bonheur était de voir l’histoire musicale rock s’écrire sous nos yeux !

    Programme du Marquee Club d’août 1977

    45 ans plus tard plus rien ne subsiste du club au 90 Wardour Street, à deux pas de Piccadilly Circus, sinon une plaque commémorative informant que Keith Moon a joué ici avec les Who dans les années 1960. Pourquoi Moon et pas tous les autres qui se sont produits au Marquee, Hendrix, Bowie, The Rolling Stones, Joy Division, Roxy Music, The Sex Pistols, Ultravox, Dire Straits, The Buzzcocks et tant d’autres ? Qu’importe, après tout, Keith Moon témoigne aussi pour eux : fantasque, brillant et autodestructeur, il meurt en 1978 en pleine gloire à 32 ans d’une surdose de médicaments destinés à lutter contre son alcoolisme…

  • Le syndrome de l’adhésion

    Riss/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Après l’Ukraine qui exige son adhésion à l’Union européenne (UE) comme garantie de sa sécurité, voici hier la Géorgie et aujourd’hui la Moldavie qui réclament de même. C’est sans doute une défaite de la Russie qui voit ses anciennes Républiques soviétiques, lorsqu’elles disposent d’une expression démocratique, affirmer le même choix d’un rattachement à l’Ouest plutôt qu’à Moscou. De même, aujourd’hui les réfugiés ukrainiens quittent plutôt leur pays en se dirigeant vers la Pologne que vers la Biélorussie…

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/03/lukraine-en-train-dacheter-un-droit-dentree-en-europe/
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    En revanche, ce qui pourrait être une victoire à retardement du président Poutine c’est qu’une UE réunissant des pays avec des niveaux de développement aussi éloignés est une quasi garantie de blocage institutionnel de l’organisation dans son fonctionnement journalier. Exceptées les périodes très spécifiques comme aujourd’hui celle où tout le monde se retrouve sous la bannière de la défense de l’Ukraine, l’Union actuelle à 27 membres est déjà face à de très sérieuses difficultés de fonctionnement et les pays s’affrontent de plus en plus sur les valeurs démocratiques dont ils n’ont pas tous la même vision, loin de là.

    Imagine-t-on la pétaudière que pourrait être demain une UE avec les trois pays candidats plus la Serbie, l’Albanie, la Macédoine du nord qui frappent déjà à la porte depuis quelques années ? La caractéristique politique de l’Union se rabougrira et tombera d’elle-même au bout d’un moment, mouvement déjà largement entamé. D’un club de riches tel que conçu au départ, ce groupe de pays deviendra une ONU bis, un « machin » aurait dit MonGénéral, bref, un lieu d’affrontement et de chaos où la seule ambition des pays moins riches sera de soutirer des sous à ceux qui le sont plus. L’UE deviendrait une plateforme de redistribution mais disparaîtrait en tant qu’entité politique.

    Ce peut être une fin en soi mais ce n’était pas l’objectif initial des pères fondateurs. Les dictatures, mais aussi les Etats-Unis et le Royaume Uni, se réjouiraient sans doute d’une telle évolution (régression ?), ainsi d’ailleurs que nombre de partis populistes dans les démocraties européennes. La Russie tiendra peut-être alors sa victoire, à moins qu’elle n’ait aussi demandé son adhésion à l’UE !

  • M Shed Museum – Bristol

    Intéressant musée consacré à l’histoire de la vie à Bristol, ville portuaire du sud-ouest de l’Angleterre, dont l’économie prospéra aux XVIIème et XVIIIème siècles grâce à l’esclavage et de la colonisation, pas joli-joli mais bien relaté dans ce musée moderne et pédagogique. Edward Colston (1636-1721) est représentatif de cette période, il a toujours des rues et monuments à sa gloire dans Bristol mais sa statue a été déboulonnée et jetée dans le port en 2020 bien qu’il fut aussi un bienfaiteur de la ville au développement de laquelle il consacra une partie de ses richesses acquises avec le « commerce triangulaire ». Cette triste histoire explique aussi le caractère divers de sa population qui est particulièrement concernée par ce passé.

    Mais ce musée est aussi riche sur l’époque plus contemporaine de la ville, ses quartiers colorés, son développement industriel, ses innovations culturelles. Bristol est aussi et surtout la ville qui consacra le mouvement Trip-Hop avec les grapheurs (Banksy), les groupes Massive-Attack, Portishead, Tricky… qui ont inventé ce genre musical si spécifique, un tiers DJ, un tiers électronique et un tiers rock plus classique, fusionnant le rap, le jazz, le RnB en des tonalités sombres, des traitements de voix chanté-parlé, des nappes de claviers, des boucles et des samples, des basses surpuissantes sur des textes urbains. Leur présence ne saute pas aux yeux du visiteur lambda, mais leurs âmes planent au-dessus de la ville. En cherchant bien on trouve encore sur les murs de la ville quelques graphes signés de Banksy ou des siens.

    Dans le froid et l’humidité très britanniques des rues de Bristol en hiver, cette visite au M Shed réchauffe les cœurs et les corps.