Franc succès pour le cours d’Henry Laurens ce jour au
collège de France : l’amphithéâtre principal est plein et les derniers
arrivés verront le show en vidéo dans un deuxième amphi.
Il s’agit du Moyen Orient à partir de 1949 : la seconde guerre mondiale est terminée, les puissances mandatrices France et Royaume Uni se font des mauvais coups sur fond d’accord Sykes-Picot, l’Etat d’Israël est créé, la guerre de 1948 a été perdue par les pays arabes créant un traumatisme gigantesque parmi les populations et leurs dirigeants. Aux Etats-Unis un courant mi-universitaire mi-renseignement, entre université américaine à Beyrouth et CIA à Langley, tente d’influencer l’administration et les décideurs politiques vers une direction panarabiste qui a au moins comme avantage d’essayer de retenir dans l’orbite américaine des pays qui lorgnent vers l’Union soviétique.
L’Occident s’agite au Moyen-Orient comme une mouche prise dans bocal, se heurtant aux parois d’une recherche de paix impossible et de la construction illusoire d’Etats sur un modèle inusité dans cette région. Au même moment le plan Marshal soude l’Europe de l’ouest dans un modèle de société libérale, selon différentes déclinaisons, et donne accès au dollar américain à des pays vivant dans un monde de devises non convertibles, permettant ainsi des importations de biens inaccessibles sinon.
De la création du groupe religieux Frères Musulmans en Egypte à la succession des coups d’état au cours de cette année 1949 dans une Syrie indépendante depuis 1946, en passant par les intérêts pétroliers des uns et des autres, Henry Laurens dresse, parfois avec un peu de cynisme, les débuts d’un chaos arabe qui n’a pas vraiment cessé depuis.
Un film documentaire sur l’histoire de la création d’Israël
sur le territoire de Palestine qui rappelle l’histoire depuis ses origines. Après
la première guerre mondiale et le démantèlement de l’empire ottoman, le Royaume-Uni
et la France bénéficient de mandats (un autre mot désignant la colonisation) pour
administrer le Proche et le Moyen Orient et, déjà, l’Europe et la Russie,
globalement antisémites, cherchent une terre d’accueil pour y localiser les
populations juives qu’elles abritent sur leurs territoires. La déclaration Balfour,
du nom du ministre britannique des affaires étrangères britannique de l’époque,
évoque en 1917 le principe d’un « foyer national juif » à situer dans
la Palestine sous mandat. La suite des événements, et notamment le volontarisme
juif parfois localement violent ainsi que la culpabilité occidentale suite à la
Shoah aboutiront à la création de l’Etat d’Israël en 1947 issu d’un « partage »
décidé par l’ONU entre un Etat juif et un Etat arabe… Il s’ensuivra une
première guerre en 1948 avec l’expulsion de 800 000 palestiniens de leurs
terres (la Naqba, la catastrophe en
arabe), puis de nombreuses autres guerres qui permirent à Israël d’étendre son
territoire par la force. Aujourd’hui encore la colonisation israélienne des
terres se poursuit et la question de leur annexion pure et simple se pose. Le
problème est loin d’être résolu, gangrène toute cette région et une bonne
partie de la planète.
Ce documentaire donne une version historique de l’origine du conflit. Les personnes interrogées sont propalestiniennes mais s’expriment avec mesure et sur un mode factuel. La parole n’est pas donnée aux israéliens conservateurs, actuellement au pouvoir dans leur pays, et c’est aussi bien tant le dialogue et la réconciliation sont à ce jour impossibles. Pour les partis israéliens religieux ou en faveur des conquêtes territoriales, leur droit sur ces terres vient de la Genèse de la Bible qui stipule que « Dieu a promis Israël au peuple juif » ! Ben Gourion, le fondateur de l’Etat, disait que la Bible était son titre de propriété. Un titre datant de 4000 ans et rédigé par on ne sait qui…
Pour le moment la conquête israélienne se poursuit en évitant
l’embrasement général grâce à la puissance de cet Etat et aux soutiens dont il
bénéficie, mais les palestiniens n’oublient pas qu’ils ont été expulsés de leur
terre il y a 70 ans. Ce souvenir est d’ailleurs soigneusement diffusé aux
générations suivantes. Le seul espoir d’une résolution de ce conflit serait l’apparition
de leaders intelligents et raisonnables des deux côtés et en même temps. Nous n’y
sommes pas encore même si un fol espoir s’était emparé du monde lors des
accords d’Oslo en 1993 qui fut ensuite soigneusement démonté par la mauvaise
volonté des parties.
Sur son site web Neil Young explique qu’il est en train de demander
la nationalité américaine pour pouvoir voter aux prochaines élections présidentielles
mais que, signalé comme consommateur de cannabis, il doit passer un entretien
supplémentaire. Il est résident américain depuis déjà des décennies.
I sincerely hope I have exhibited good moral character and will be able to vote my conscience on Donald J. Trump and his fellow American candidates, (as yet un-named).
Ayant soutenu Bernie
Sanders la dernière fois, on peut imaginer qu’il ne votera pas pour Trump à qui
l’opposa un litige quand celui-ci utilisait Keep on rockin’ in the free world comme bande-son de ses meetings…
A l’occasion d’une visite à Madagascar le président de la
République française a visité une des cinq Iles Eparses sous souveraineté
française et qui sont revendiquées par Madagascar, Maurice et les Comores. Ce
sont de minuscules territoires non peuplés, sauf par des équipes scientifiques
et militaires sur certaines d’entre elles, perdus dans le canal du Mozambique
et dans l’océan indien au nord de la Réunion. Ces iles faisaient partie du
territoire colonial de la France de Madagascar et ont été conservées par la
métropole lorsque l’indépendance fut octroyée à la grande ile en 1960 et sont,
depuis, un sujet de friction diplomatique d’autant plus aigüe que la zone
écologiquement fragile serait riche en ressources pétrolières.
C’est une habitude bien française de ne décoloniser qu’une
partie des territoires autrefois colonisés. C’est un peu comme si le jour où
l’indépendance sera octroyée à la Guadeloupe, la France gardait l’ile de
Marie-Galante… C’est ce qui fut fait dans le cas des Comores et l’on sait
aujourd’hui l’inextricable imbroglio humain et financier dans lequel se
retrouve Paris avec Mayotte dont on se sait que faire. Il n’y a évidemment
aucune justification politique à ce que la France reste souveraine sur ces Iles
Eparses. Au-delà il y a des intérêts économiques et il y a des forts et des
faibles. Le rapport de forces ne va pas rester indéfiniment en faveur de Paris
d’autant plus que l’ONU demande à corps et à cris, mais pour le moment ce
rapport est en faveur de la France.
Des discussions seraient en cours avec les pays locaux sur le principe d’une exploitation commune de ces iles sans remettre en cause la souveraineté française, une espèce d’usufruit donné à ces pays, la nue-propriété restant française. Les Iles Eparses : une mine de problèmes à venir qui viendront s’ajouter à ceux préexistant générés par les confettis de l’Empire…
L’Allemagne fête (plutôt
discrètement d’ailleurs) le trentième anniversaire de sa réunification en 1989 :
République fédérale d’Allemagne (RFA) et République démocratique d’Allemagne (RDA).
La presse qui aime bien de genre de célébration, surtout lorsqu’elles sont un
peu pleurnichardes, repasse en boucle des interviews d’allemands ex-de l’est ânonnant
« c’était mieux avant » ou « la RFA n’a pas réunifié mais a prononcé
un anschluss contre la RDA »,
etc. etc.
Cela fait longtemps que l’illusion
de la troisième voie entre capitalisme et socialisme s’est envolée. Le remède a
été brutal une fois la décision de réunification prise. C’est début 1990 que
les premières élections libres ont eu lieu coté Est et ont porté au pouvoir une
majorité composée des partis conservateurs pro-unification. Le processus s’est
ensuite déroulé rapidement et fin août le parlement de l’Est votait l’adhésion
avec effet au 03/10/1990. On ne parle déjà plus de réunification mais d’adhésion
de la RDA à la RFA, cela veut bien dire ce que cela veut dire. Cette première
disparaît dans l’instant avec son idéologie, ses attributs de pouvoir, y
compris sa monnaie avec une parité de 1 pou 1 entre le Deutsche mark et son équivalent
de l’est, ce qui fut déjà un fantastique cadeau monétaire offert à l’est. Mais
le plus fort à mangé le plus faible, Darwin toujours…
L’économie est-allemande
fut ensuite privatisée, voire démantelée, à marche forcée et 50% des
travailleurs de l’est se retrouvèrent au chômage, notion inexistante dans la
République démocratique qui truquait allègrement des statistiques officielles
pour cacher la misère. Il n’en reste pas moins que le système était extrêmement
redistributif, la notion de profit étant verboten la population active finançait via l’Etat la population improductive, la police
politique s’occupant des éventuels opposants.
Evidemment le choc
socio-économique a été dévastateur ; la mise à niveau, toujours
incomplètement réalisée d’ailleurs, fut violente mais la liberté occidentale
fut offerte en échange. Personne n’ayant eu d’autre programme de transition à
proposer, elle fut ainsi appliquée aux forceps ! Et si cela n’a pas plu, eh
bien il suffisait de ne pas voter pour… C’est un peu comme les fusions entre
entreprises ; celles qui sont présentées comme une « fusion entre
égaux » sont des échecs, voire des escroqueries. La seule façon de réussir
ces rapprochements c’est que le plus fort prenne le pouvoir rapidement pour
imposer sa gestion et ses principes de façon carrée et rapide. Une fois la
machine relancée sur de nouvelles bases, il est toujours temps d’être un peu
plus flexible, ou pas. Mais si l’on commence à prendre la main des uns et des
autres pour connaître leurs états d’âme, la fusion se termine en enterrement du
tout, et donc des parties qui le composent.
Aujourd’hui les allemands
mécontents, de l’est comme de l’ouest, votent pour les partis d’extrême droite,
triste retour vers le passé. Sur les plateaux télévisés en cette année
anniversaire, on se lamente sur les inconvénients de la réunification, on passe
les avantages sous le tapis et personne n’a de meilleures idées sur comment le
processus aurait dû être mené ! Mais l’Allemagne a été rétablie dans ses
frontières d’avant la guerre, juste un peu rognées à l’est (la ligne Oder-Neisse)
et au sud (les Sudètes en Tchécoslovaquie), le Reichstag est réinvesti à
Berlin, les armées fusionnées, les dettes partagées, la monnaie unifiée… et
tout ceci en un ou deux ans. Personne n’aurait cru un instant une telle action
possible, et pourtant elle fut, grâce entre autres à la volonté du chancelier
de RFA, Helmut Kohl (1930-2017) qui a su insuffler l’énergie et la vision
nécessaires à un tel chef d’œuvre politique et économique.
La Turquie occupe militairement depuis quelques semaines, une
bande territoriale du nord de la Syrie, frontalière avec elle. C’est le départ
des troupes américaines qui a provoqué cette invasion, justifiée officiellement
par la nécessité d’avoir un territoire syrien où réinstaller les deux ou trois
millions de réfugiés syriens installés sur le sol turc. Il y a également des
motifs de guerre de religion, la Turquie portant le drapeau sunnite et
soutenant plus ou moins les rebelles inspirés par ce courant alors que le
régime officiel syrien alaouite est plutôt du côté chiite d’où le soutien
iranien à son combat pour le retour à sa souveraineté territoriale. Les buts
moins avoués concernent la hantise turque de voir sa minorité kurdes (25 à 30%
de sa population) s’émanciper et l’on sait que la partie militaire des
mouvements kurdes prospère dans le nord de la Syrie où elle a participé avec
les armées occidentales à la réduction des mouvements terroristes religieux
sunnites (les groupes Etat islamiste, Al Qaeda et assimilés).
L’armée turque s’appuie également sur des milices syriennes pro turques et antikurdes : « l’Armée nationale syrienne » !
Le tweet du président turc
Immanquablement cette occupation turque en Syrie va créer des confrontations plus ou moins chaudes avec le régime syrien en place qui n’est pas composé que d’enfants de chœur… Rappelons que la Turquie occupe militairement et illégalement un territoire de l’Union européenne depuis 1973 : Chypre. Cela devient une habitude…
Les Etats-Unis, par la
voix de leur président ont annoncé avoir tué le chef du groupe terroriste Etat
islamique M. Al Bagdhadi, calife auto-proclamé de ce proto-état, au
nord-est de la Syrie où il se cachait. L’information reste à être documentée
mais elle est probablement vraie. L’évènement est de taille compte tenu de la
responsabilité de l’impétrant mais ne va sans doute pas changer la diffusion de
l’idéologie religieuse mortifère de ce groupe.
M. Ben Laden
chef du groupe Al Qaïda fut un précurseur dans les meurtres de masse avec
le premier attentat « mondialisé » en septembre 2001. Il a dirigé des
avions de ligne qui se sont écrasés contre les tours jumelles à New-York et le
pentagone à Washington, il y eut plus de 3 000 morts et la prise de
conscience en occident de la puissance de ces mouvements religieux capables de
susciter un tel acte qui a provoqué la sidération dans les pays occidentaux et,
parfois, quelques soutiens dans certains pays orientaux. Ben Laden fut
également tué par l’armée américaine en 2011.
Bagdhadi a surmonté
Ben Laden au niveau de l’idéologie en réussissant à lancer ses troupes
dans des actions d’une barbarie rarement égalée : égorgements de
prisonniers, d’autres brûlés vifs, tortures diverses, attentats aveugles en Orient
comme en Occident, rétablissement de l’esclavage (voir le sort des yézidis),
négoce d’êtres humains (on vend les femmes), implication des enfants (les « lionceaux
du califat ») dans des actions terroristes et même des meurtres ;
toutes ces joyeusetés au nom de Dieu et en direct sur Youtube et les réseaux
dits sociaux.
Bagdhadi a également « enrichi » le recrutement de son mouvement avec un flux significatif de terroristes venus des pays occidentaux pour participer, parfois de façon très active, à ces actions meurtrières mondialisées. La France n’est pas en reste dans l’alimentation de ces flux avec une population de jeunes issus de l’immigration, ressassant un mélange de frustrations en lien avec le racisme dont ils sont victimes, la colonisation affrontée par leurs ancêtres, la précarité de leurs situations économiques et la religion qui les anime, croyant se réaliser en allant en famille s’associer à un environnement religieux et terroriste. Encore plus étonnant, le groupe Etat islamique a su attirer dans ses rets des jeunes français de bonnes familles catholiques, pas particulièrement défavorisées, dont les enfants se sont convertis à l’islam puis ont émigré vers la Syrie ou l’Iraq, parfois avec femmes, enfants et parents. Ce fut un des grands « succès » de la stratégie de ce mouvement dont Bagdhadi fut le chef (le calife) et, sans doute, le guide.
Encore pire, Bagdhadi a inoculé
de virus du terrorisme religieux au sein même des sociétés occidentales, d’où
les attentats réguliers menés par ces fameuses « cellules dormantes »
comme celui contre la préfecture de police de Paris au début du mois (5 morts dont
le terroriste français). Et il y en aura sûrement d’autres.
Le groupe Etat islamique
a été forcé de rendre les territoires en Syrie et en Iraq sur lesquels il
régnait. Beaucoup de ses combattants sont morts. Les pays occidentaux doivent
maintenant se dépatouiller avec leurs citoyens survivants et leurs familles
qui, souvent, au moins pour les français, ont l’air de vouloir revenir en France
ce qui ne déclenche pas vraiment l’enthousiasme ni des dirigeants ni de l’opinion
publique.
La mort du « calife »
est une victoire militaire des forces anti-Etat islamique mais qui ne va
certainement pas stopper pour autant ce terrorisme religieux qui ronge le Proche
et Moyen-Orient ainsi que les pays occidentaux. C’est un mouvement profondément
ancré qui prendra des générations avant de s’arrêter. Le temps de faire
comprendre à tous ces enfants perdus qu’ils ont aussi à gagner en investissant,
non seulement dans le dogme, mais aussi dans la raison et l’intelligence…
Le dernier conseil des
chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays membres de l’Union européenne (UE) qui
s’est tenu à Bruxelles les 17 et 18 octobre a eu à examiner une demande d’ouverture
de négociations d’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord. Oui, vous
avez bien lu : l’Albanie et la Macédoine du Nord souhaitent adhérer à l’UE,
on peut le comprendre, mais la Commission européenne propose d’ouvrir les négociations
et il se trouve que seuls la France et les Pays-Bas se sont opposés à l’approbation
d’une telle ouverture de négociations.
Ce qui veut dire que sur
28 pays membres, 26 envisagent à peu près sereinement de cohabiter au sein d’une
même union politique et économique avec l’Albanie et la Macédoine… Quand on
voit les difficultés qu’il y à marcher ensemble dans la même direction à 28 (ou
même seulement 27 si l’on considère que le Royaume-Uni est déjà sorti) on a du
mal à croire que ces deux pays balkaniques ne seront pas une nouvelle source de
division et de blocage pour une institution qui n’en a vraiment pas besoin.
Comme toujours, les
partisans de l’élargissement à ces deux pays font valoir son côté « stratégique »,
la nécessité « d’accrocher ces nations au train européen » sous peine
de voir d’autres influences (Chine, pays du Golfe persique) prendre la place, l’apaisement
des conflits locaux, etc. Ces arguments sont systématiquement employés pour
justifier de nouvelles adhésions à l’UE et une fois acquises, celles-ci se
transforment en casse-tête institutionnel bloquant progressivement l’action par
impossibilité de décision commune de la part d’un groupe de pays aux intérêts
si divergents.
Nous sommes en Europe
donc les considérations d’efficacité et d’intérêt général sont facilement oubliées,
chaque pays regardant à l’aune de ses propres intérêts ou de sa capacité de
nuisance vis-à-vis des autres. C’est ainsi que l’on voit la Hongrie et Pologne
fervents défenseurs de l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord alors
que Budapest et Varsovie n’arrêtent pas depuis plusieurs années de critiquer l’aspect
multinational de l’UE, refusent d’endosser nombre de ses politiques, sauf celles
en leurs faveurs, conteste la libre circulation des personnes et ont plutôt
tendance à se replier sur eux-mêmes sur le thème favori des directions
populistes : « chez nous c’est bien, nos problèmes viennent de l’étranger,
et tout particulièrement de l’Union européenne ». Qu’importe, en soutenant
l’adhésion des confettis balkaniques qui seront à priori plus proches de l’Europe
centrale que de sa partie occidentale, ils enfoncent un coin dans le pouvoir et
l’influence des pays fondateurs, déjà bien entamé.
On reste curieux d’entendre
et d’analyser les arguments qui seront développés à Berlin, Rome ou Varsovie, pour
expliquer aux citoyens agités par des forces populistes et de d’extrême droite,
l’intérêt qu’ils ont à accueillir l’Albanie et la Macédoine du Nord au sein de
l’Union !
Le combat de la France et
des Pays-Bas est sans doute vain puisque la grande majorité des pays membres
est favorable à cette adhésion et c’est là le point le plus incompréhensible
pour le citoyen lambda qui n’arrête pas d’entendre que l’Europe est bloquée. La
constitution française prévoit en son article 88-5 stipule que toute nouvelle
adhésion d’un Etat à l’UE devra être approuvée par référendum ou par une
majorité trois cinquièmes des deux assemblées du parlement. La France aura
toujours, en principe, la capacité de ne pas ratifier l’adhésion, si la
constitution n’a pas été changée d’ici-là.
Les conclusions du conseil européen sont lapidaires et ne font que reporter à plus tard la décision, le temps de faire céder Paris et La Haye :
ÉLARGISSEMENT Le Conseil européen reviendra sur la question de l’élargissement avant le sommet UE-Balkans occidentaux qui se tiendra à Zagreb en mai 2020.
Conclusions réunion du Conseil européen (17 et 18 octobre 2019) – réf. : EUCO23/19, CO EUR 22, CONCL 7
Le Royaume-Uni fait
toujours partie de l’Union européenne mais avec la volonté renouvelée d’en
sortir. L’un des partis nord irlandais, soutien du gouvernement britannique conservateur
actuel, le Parti unioniste démocrate (DUP), en faveur du maintien de l’Irlande du
nord sous la couronne britannique, est dirigé par Mme. Arlene Isabel
Foster. Dans le cadre des négociations en cours pour la sortie du Royaume-Uni,
elle a marqué sa ferme opposition a tout accord qui atténuerait la force du
lien entre Londres et Belfast et qui pourrait être un premier signal en faveur
d’une réunification de l’île irlandaise.
Lorsqu’elle avait 8 ans son
père a été victime d’un attentat de l’IRA (l’armée catholique irlandaise) et
survécut à une balle dans la tête. Quelques années plus tard, la même IRA fait
exploser une bombe dans un bus scolaire où je trouve la jeune Arelen, la jeune
fille à côté d’elle est grièvement blessée.
Depuis, Mme. Foster
qui est députée DUP au parlement britannique vote systématiquement contre tout
ce qui ressemble à une amorce de détachement de l’Irlande du nord de la
monarchie de Londres et pourrait la rapprocher de la République d’Irlande. On
comprend mieux pourquoi…
Compte tenu de la
sauvagerie de la guerre qui a opposé les terroristes catholiques, favorables à
la réunification, aux unionistes protestants ne voulant pas entendre parler d’une
séparation, il est probable qu’il faille attendre que la génération qui a mené
ces combats soit éteinte pour envisager une inévitable réunification irlandaise.
En attendant, le parti DUP dispose d’une sérieuse capacité de nuisance
démocratique avec les 4 ou 5 députés dont il dispose à Londres.
C’est l’histoire des
turcs sunnites, les enfants de l’ex-Empire ottoman, qui s’allient avec des
milices syriennes arabes sunnites, plus ou moins proches du groupe Etat
islamique, appliquant un islam radical et souvent meurtrier ; ensemble ils
envahissent un territoire appartenant à la Syrie dont le pouvoir alaouite, une
branche du chiisme, réprime férocement (entre 300 et 500 mille morts) une
rébellion politico-religieuse, plutôt sunnite, qui mine le pays depuis 2013.
Pour se faire épauler dans ce combat, la dictature syro-alaouite, soutenue par
sa minorité chrétienne, reçoit l’aide des russes orthodoxes et des iraniens
chiites qui veulent tous deux avoir un accès à la Méditerranée. Dans ce
territoire syrien envahi par les turcs s’étaient rassemblés depuis quelques
années des syriens kurdes, majoritairement musulmans sunnites mais du genre
plutôt flexible (les femmes combattent et ne sont pas voilées) versus les
syriens arabes sunnite (les femmes sont voilées et restent à la maison), mais
aussi alliés des turcs kurdes, eux-aussi musulmans. Les kurdes, syriens comme
turcs, sont pourchassés de façon obsessionnelle et depuis des décennies par le
pouvoir turc non-kurdes.
Comme tout ceci était
finalement un peu trop simple, la dictature syro-alaouite n’ayant pas réussi à
réduire la rébellion interne, cette dernière a prospéré en Syrie dans de
multiples directions politico-religieuses dont celle défendue par des sunnites-salafistes
encartés au groupe Etat islamique. Ce groupe on le sait veut abattre l’Occident
et convertir la planète à ses convictions religieuses. Dans ce but il commet
des massacres terroristes dans les grandes capitales. Les pays occidentaux
touchés, majoritairement chrétiens, se sont donc alliés aux syriens kurdes pour
lutter sur le terrain contre le groupe Etat islamique basé en Syrie. Comme ces
occidentaux ne veulent pas risquer de se retrouver face à face avec l’armée
turque avec laquelle ils sont membres d’une alliance commune, l’OTAN, eh bien
ils ont lâché les syriens kurdes et sont rentrés chez eux. Du coup les syriens
kurdes sunnites flexibles viennent de de réconcilier avec le pouvoir syrien
alaouite inflexible pour limiter les ambitions turques sunnite sur le
territoire syrien !
Vous n’avez pas tout
compris ? C’est normal, reprenez depuis le début mais ne tardez pas trop
car toutes ces alliances incompréhensibles sont éphémères et changent tous les
matins.
Ce que l’on peut affirmer
sans trop de risques de se tromper c’est que si la Turquie maintient son invasion
du territoire syrien elle risque de le regretter. Cela ne sera sans doute pas
aussi tranquille que l’occupation turque illégale d’une partie de Chypre, pays
membre de l’Union européenne depuis 1974. Si aucun pays de l’Union n’a estimé
vraiment opportun de faire la guerre à « l’allié » turc pour un bout
d’île méditerranéenne, on peut prévoir que dans le contexte moyen-oriental tortueux
décrit ci-dessus l’occupation de la Syrie va déclencher du bruit et de la
fureur.
Maintes fois annoncée,
toujours retenue, l’invasion du nord de la Syrie par l’armée turque a débuté
cette semaine, appuyée par des supplétifs locaux, plus ou moins islamistes. Le
motif officiel est de sécuriser sa frontière sud où, coté syrien, existent des
organisations kurdes considérées par Ankara comme ennemi intime depuis des
décennies. Officiellement le gouvernement turc souhaite également réinstaller
au nord de la Syrie les 2 à 3 millions de réfugiés syriens accueillis sur son
sol.
Le chaos syrien s’aggrave, personne ne sait vraiment comment va évoluer la situation que l’Occident a échoué à régler. Ce pays déchiré est maintenant laissé à la dérive avec de nouveaux alliés que sont la Russie et l’Iran. La Turquie s’installe dans sa partie nord et il n’est pas dit que le gouvernement syrien y soit véritablement opposé puisqu’il s’agit de combattre les kurdes, pas vraiment pro-régime syrien.
Les forces kurdes ont
mené la plus grande part des combats au sol contre le groupe Etat islamique,
les forces de la coalition internationale restant essentiellement aériennes.
Elles détiennent toujours un certain nombre de terroristes de ce groupe dont
beaucoup sont des étrangers (on parle de plusieurs centaines de français) que
leurs gouvernements respectifs rechignent à récupérer. Le risque est aussi de
les voir s’égayer de nouveau dans la nature, à moins que les forces turques ne
récupèrent la gestion des camps dans lesquels ils sont détenus ?
Les organisations kurdes
crient à la trahison des occidentaux qui laissent la Turquie venir les
combattre sur le terrain syrien. Les alliances se font et se défont ! L’Histoire
hélas est riche en abandon : les harkis laissés en Algérie lors du retrait
de la France, les sud-vietnamiens laissés par les américains en 1973 après les
accords de Paris, etc. Lorsqu’une force étrangère s’installe dans un pays, pour
une bonne ou une mauvaise raison, elle va bien en partir un jour et ceux qui
ont « collaboré » avec elle auront sans doute des comptes à rendre s’ils
restent dans ledit pays. C’est ce qui est en train de se passer au nord de la
Syrie en cours d’évacuation par les forces occidentales.
On peut toutefois gager que les forces turques vont en partir un jour, peut-être plus tôt qu’elles ne pensent elles-mêmes d’ailleurs. Tous les éléments d’un profond chaos sont en mis en œuvre pour remplacer l’équilibre, certes instable, qui subsistait avec la présence de quelques centaines de soldats occidentaux dans cette région qui empêchait les nombreuses autres forces belligérantes de trop tenter le diable. Aujourd’hui la Turquie envahit un Etat étranger avec en plus l’appui de milices plus ou moins locales, plus ou moins religieusement fanatisées. Tout ceci fleure bon les règlements de comptes à l’horizon et, à tout le moins, la poursuite de cette tragique guerre civile en Syrie avec l’arrivée officielle d’une nouvelle armée qui jusque-là n’agissait qu’en sous-main. Il y aura forcément des retournements de vestes, des attentats contre l’armée turque, voir contre des civils en Turquie même, des réactions et contre-réactions. L’histoire ne fait que commencer.
Devant ces bruits de
bottes on frémit en se rappelant que la Turquie est membre de l’alliance
occidentale OTAN et dispose sur son territoire d’armes nucléaires américaines.
Après avoir envahi Chypre, un pays membre de l’Union européenne, qu’elle occupe
toujours, voici maintenant Ankara envahissant la Syrie. En tant que membre de l’OTAN,
la Turquie bénéficie de la clause de solidarité qui veut que les pays de l’Alliance
soient engagés à se défendre les uns les autres en cas d’attaque de l’extérieure.
Cela veut dire que si la Syrie (ou ses alliés) voulant défendre son territoire
ripostait contre Ankara, les pays membres pourraient être appelés à la
rescousse.
Un documentaire sur Steve
Bannon : ex-âme damnée du président américain Trump, l’un de ses conseillers
les plus proches qui l’a mené à la Maison Blanche, il est depuis tombé en
désamour avec son président mais il continue de développer sa vision politique prônant
le retour à la nation, la fermeture des frontières à l’immigration et la fin de
tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une institution multilatérale
ou supranationale.
Le garçon est suivi et filmé
comme son ombre par la réalisatrice Alison Klayman au cours de la période
précédant les élections américaines de mi-mandat en 2018. A cette époque il a
déjà été remercié par la présidence mais il continue à parcourir le pays pour y
développer ses idées et soutenir la politique trumpienne. Comme il a plus de temps depuis qu’il ne
travaille plus à la présidence, il parcourt également l’Europe pour essayer de fédérer
les partis d’extrême droite autour de son discours. Et il n’a pas trop de mal à
réunir les Salvini, Le Pen, Orban et consorts qui surfent sur cette vague
populiste depuis longtemps.
Le documentaire ne rentre
pas vraiment au fond de la vision de Bannon et se contente de décrire son personnage.
Ex-banquier chez Goldman Sachs il a l’air largement plus malin et pernicieux
que les dirigeants européens qu’il soutient. On ne mesure pas bien la solidité
de ses convictions mais on voit qu’il goûte cette action d’agit-prop conservatrice
que Mme. Michu adore. Bannon a sans doute encore de beaux jours devant lui.
Un championnat du monde d’athlétisme
se déroule actuellement au Qatar. Les sportifs qui y concourent se plaignent de…
la chaleur. Un stade est climatisé mais les épreuves qui se déroulent en dehors
de celui-ci. Il fait effectivement plus de 40° la nuit avec un taux d’humidité
de 70%. Ce qui est étonnant est que les autorités sportives responsables de l’organisation
de tels évènements n’anticipent pas que dans le golfe persique… il fait chaud,
même la nuit, même à l’automne !
Les footeux ont mis
quelques années à se rendre compte qu’une coupe du monde de fouteballe
organisée également au Qatar en 2022 en été est annonciatrice de grosse chaleur…
Dans un grand accès de clairvoyance il a finalement été décidé de déplacer
cette compétition d’été en hiver.
Il faudrait sans doute
prévoir une petite formation aux bases de la météorologie pour les patrons de
fédérations sportives. En attendant les sportifs se plaignent et le stade de
Doha où de déroule la compétition d’athlétisme est plutôt déserté par les
spectateurs.
L’Inde est, comme beaucoup
d’autres pays, soumise à des tiraillements identitaires et religieux. L’Histoire
n’est jamais loin dans cette ancienne colonie britannique dont la partition qui
avait suivi l’indépendance en 1947 après la seconde guerre mondiale était
destinée à faire un pays musulman, le Pakistan, et un pays hindouiste, l’Inde.
Cette séparation s’était déroulée dans une grande violence et avait fait des
centaines de milliers de morts. Evidement cette illusoire répartition basée sur
la religion n’a pas été hermétique et chemin faisant les populations se sont
mélangées au fur et à mesure des guerres, des catastrophes naturelles, de la
mauvaise gouvernance… alors aujourd’hui le président de cette vaste nation, Narendra Modi,
que l’on qualifierait de « populiste » dans notre vieille Europe a lancé
un recensement dans la province de l’Assam, frontalière du Bangladesh (ex-Pakistan
oriental érigé en pays souverain de religion également musulmane en 1971) destiné
à identifier et, sans doute, expulser des résidents « illégaux ». Au
terme de ce recensement, près de deux millions de personnes se sont vues
privées de leur nationalité indienne. La notion de religion n’entrait
théoriquement pas dans les critères mais on peut craindre qu’elle ne fût quand
même considérée compte tenu du projet Modi de reconstituer une « nation
hindoue » !
A priori l’analyse des dossiers se basait sur l’antériorité de leur présence sur le
sol indien, état de fait qu’il était souvent extrêmement délicat à documenter
dans un pays où l’administration est peu efficace. Alors personne n’est content :
des données ont été manipulées, le fait du prince a souvent été appliqué quelques
soient les documents justificatifs produits, des indiens dits « authentiques »
ont été déchus, le parti au pouvoir de M. Modi claironnait qu’au moins 5
millions de personnes devaient être concernées par ce recensement qui n’a
finalement identifié que 2 millions « d’outsiders » comme on les
appelle. Aujourd’hui personne ne sait bien ce que vont devenir ces 2 millions
de déchus devenus apatrides.
Comme à chaque fois qu’un
Etat commence à jouer sur les notions d’identité, d’origine, de pureté… les
résultats peuvent être imprévisibles et risquent d’être nauséabonds. En
Occident il existe souvent des lois empêchant un Etat de rendre apatrides ses
propres citoyens. L’Inde n’a pas ce genre de prévenances et va devoir
maintenant régler le « problème » de ces 2 millions de personnes
déchues. Il est peu probable qu’elles puissent être déplacée vers le Bangladesh
qui doit déjà accueillir les réfugiés Rohingyas expulsées du Myanmar (ex-Birmanie)
à coups de pogroms, le plus souvent aussi car ils sont musulmans.
En France nous avons Eric
Zemmour et sa théorie du « grand remplacement » qui favorisent les
succès de l’extrême droite, en Inde il y a Narendra Modi et cela se termine par
2 millions d’apatrides. Dans les deux pays il y a des leaders d’opinion qui abaissent
les débats et tiennent des propos de café du commerce pour s’attaquer à de
vrais sujets qui troublent les populations. Dans les deux pays les solutions
préconisées ne règlent pas les problèmes (que va faire l’Inde avec ses 2
millions d’apatrides ?). L’intelligence et le droit devraient rester les guides
de toute réflexion dans le domaine de l’immigration et de la nationalité ;
hélas ce sont plus souvent la haine et la beaufitude qui s’emparent du débat.
Il faut sans doute remettre en cause la mondialisation et la liberté de
circulation, ou tout du moins, gérer différemment ces concepts qui montrent
leurs limites. Les « Eric Zemmour » aux petits pieds affolent
Mme. Michu mais n’apportent pas pour le moment de solution viable. Voyons
déjà comment l’Inde va se sortir de la situation actuelle dans l’Assam.
L’Italie était dirigée
jusqu’à ces jours derniers par une improbable alliance entre l’extrême droite
et un parti populiste. Le ministre de l’intérieur (issu des rangs extrême-droite)
passant plus te temps sur Twitter et Facebook qu’à son bureau claironnait partout
en permanence que l’étranger était responsable de tous les malheurs de l’Italie :
les immigrés bien entendu mais aussi l’Europe supranationale qui empêchait ce
beau pays de se développer comme il le voulait !
Aucun de ces deux
courants n’ayant une majorité suffisante pour gouverner seul, ils conclurent
une alliance qui n’aura duré qu’un peu plus d’une année. Le ministre de l’intérieur
dont le poids politique en faisait un premier ministre bis a rompu l’alliance,
voulant ainsi forcer une élection parlementaire anticipée qu’il pensait pouvoir
gagner et ainsi être mis en position de gouverner seul.
Il n’y a finalement pas
eu besoin d’organiser d’élection car le parti populiste a pu passer une alliance
avec un parti centriste et aboutir à un nouvel accord de gouvernement. L’aboyeur
d’extrême droite s’est ainsi retrouvé le bec dans l’eau et sorti du
gouvernement. Il n’est pas dit qu’il n’y reviendra pas si cette nouvelle et
fragile alliance échoue encore, mais il est au moins mis sur le bas-côté pour
quelques temps. C’est la vieille histoire de l’arroseur arrosé !
Elle montre que, souvent,
quand des dirigeants ambitieux pour eux-mêmes veulent jouer avec les
institutions de nos vieilles démocraties, ils ne sont pas toujours gagnants. La
solidité éprouvée de celles-ci est parfois la plus forte. On se souvient à ce
sujet de l’incroyable dissolution de l’assemblée nationale à laquelle Jacques
Chirac a procédé en 1997 et qui s’est terminée par… cinq années de gouvernement
socialiste, période plutôt heureuse de la vie politique et économique dont finalement,
et c’est le comble, Chirac fut crédité.
Des dirigeants sérieux et responsables vont au bout des mandats qui leur sont confiés par leurs électeurs. Ce ne fut pas le cas de Chirac en France, de Salvini en Italie ou de Netanyahou en Israël, ex-premier ministre qui se retrouve actuellement minoritaire après avoir provoqué des élections anticipées dans ce pays et va devoir sans doute composer avec des partis encore plus différents du sien que ceux avec lesquels il n’a pas su s’entendre.
Dans ces cas, les institutions ont été les plus fortes mais combien de temps le resteront-elles devant les coups de boutoir de dirigeants de rencontre plus préoccupés par leurs carrières que par l’intérêt général et le respect de leurs engagements ?
Après l’échec assumée par
l’ancienne première ministre britannique de conclure un accord de brexit modéré, son successeur est en train d’échouer à
obtenir un brexit dur, c’est-à-dire sans
accord avec l’Union européenne sur les conditions du divorce. Ce qui est inattendu
dans cette affaire est que le blocage relève en fait du parlement : les
députés votent « Non » à tous et ne proposent rien en contrepartie.
Ils ne veulent pas de sortie sans accord, ils n’ont pas voulu de l’accord
proposé et ils veulent empêcher l’actuel premier ministre de mener sa barque seul
car celui-ci a promis de réaliser ce fameux brexit au plus tard au 31 octobre coûte que coûte !
Aucun parti au parlement ne veut compromettre, personne ne lâche le morceau, chacun est persuadé de son bon droit et tout ceci produit une irresponsabilité collective à laquelle la démocratie britannique ne nous avait pas habitués. Après avoir essayé sans succès la méthode douce il n’est pas illégitime de passer à un processus plus énergique puisqu’il faudra bien que le Royaume Uni quitte l’Europe qu’il n’a d’ailleurs jamais vraiment intégrée. Alors que le nouveau premier ministre claironne qu’il réalisera cette évacuation avec ou sans accord est plutôt logique. Pourquoi diable des députés immobiles, effrayés par l’inconnu, paniqués par leurs ombres, inconscients de leur inertie, voudraient l’en empêcher. Tout le monde a peur, sauf Boris Johnson le ministre premier tonitruant. Il va bien falloir y arriver pourtant.
Pour le moment la situation est de nouveau bloquée : un dirigeant bouffon est empêché par des parlementaires incompétents d’appliquer une décision populaire, acquise après une campagne de Café du commerce, et dont personne n’est capable d’anticiper les conséquences, grandioses ou dévastatrices. On est à la limite du coup d’Etat constitutionnel : va-t-il oser ?
L’ancienne colonie britannique de Hong Kong que Londres a rendue à la Chine en 1997, son continent de rattachement naturel et historique, s’agite devant la reprise de contrôle progressive de Pékin. En fait, la Chine prend juste un peu d’avance sur les accords de rétrocession qui prévoyaient un régime spécifique jusqu’en 2047, sur les plans démocratiques et économiques. Sans doute peu de gens pensaient que Pékin attendrait sagement jusqu’à la date fatidique pour aligner Hong Kong sur le reste du pays. C’est ce qui est train de se passer et bien sûr les citoyens du territoire vivent mal de voir leurs libertés démocratiques fondre progressivement.
C’était malheureusement
écrit et on peut penser que Pékin gardera ce qu’il faut de liberté à
Hong Kong pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or tant qu’elle lui est
encore utile, mais ce temps va en se raccourcissant au fur et à mesure que s’accroit
la puissance du continent. Alors l’Occident écrase quelques larmes de crocodile
mais qui envisage d’autres réactions que quelques protestations polies, et
encore ?
Personne n’a eu envie de
se battre contre Moscou après l’annexion des territoires géorgiens en 2008 ou
de l’Ukraine en 2013, personne ne s’est ému bien longtemps lorsque Hanoi s’est
assis sur les accords de Paris signés en 1975 avec les Etats-Unis d’Amérique pour
reprendre par les armes le Viêt Nam dit « du Sud », ou qu’Alger en
1962 ait massacré les « harkis » après l’indépendance.
Ainsi va le cours
tragique de l’Histoire, la lutte inégale des Empires ! Il faut juste avoir
la chance de naître au bon endroit au bon moment.
A l’occasion d’une
rencontre entre les présidents russe et français, M. Macron a déclaré, entre
autres, que la Russie serait européenne jusqu’à Vladivostok. On verra sur la
carte ci-dessous que cette ville portuaire d’Extrême Orient est située en face de
Saporo sur la Mer du Japon et est frontalière avec la Chine et la Corée du Nord :
Pourquoi donc vouloir qualifier cette ville d’européenne alors qu’elle est manifestement asiatique, par la géographie comme par la politique ? Un tel raccourci ne peut qu’effrayer les citoyens de l’Union européenne et consterner les géographes de toutes origines. De plus, cela semble a priori intéresserfort peu le président russe de voir l’Extrême Orient de son pays « rattaché » symboliquement à une Europe qu’il méprise souverainement. Cette saillie ne fait plaisir à personne sinon à son locuteur qui s’écoute parler et s’imagine passer un coup de brosse à reluire sur les rangers de son alter-ego russe, avachi dans son fauteuil sur le perron du fort de Brégançon, et qui ne lui en sera certainement pas gré, bien au contraire.
Une bonne occasion perdue
de se taire !
Je sais une autre chose : c’est que la Russie est européenne, très profondément, et nous croyons dans cette Europe qui va de Lisbonne à Vladivostok. Un grand auteur russe, DOSTOÏEVSKI, dans L’adolescent disait, et je le cite imparfaitement, de mémoire, que le Russe avait cela de particulier par rapport à l’Allemand, au Français ou autre, c’est qu’il était le plus russe quand il était le plus européen, et en quelque sorte son nationalisme était toujours plus grand que lui-même et devait embrasser le fait européen, et je crois très profondément à cela.
Le président américain
Trump fait part de sa volonté que les Etats-Unis « achètent » le
Groenland au Danemark dont c’est l’un des territoires. On a d’abord cru à une
blague de fin de banquet jusqu’à ce que le président confirme ce projet sur
Twitter. Le Danemark a répondu que le Groenland n’était pas à vendre, du coup,
fâché, le président américain a annulé une visite qu’il devait faire dans le
royaume danois dans deux semaines, qualifiant la première ministre de
« méchante ».
La diplomatie américaine se transforme en marché aux puces, il faut se pincer pour y croire, mais c’est la réalité du moment. Trump est habitué à faire du business alors il gouverne comme il a construit ses tours. Et puis, pourquoi ne pas essayer, après tout si le Danemark était dirigé par un de ces nouveaux élus populistes qui prospèrent un peu partout sur la planète, les Etats-Unis auraient pu éventuellement trouver un interlocuteur susceptible d’être intéressé par une cession « immobilière » du Groenland…
Cette nouvelle génération
de dirigeants « sans foi ni loi » sera l’un des faits marquants du
début du XXIème siècle. Ils dirigent à l’intuition avec un simplisme désarmant.
Ils répètent à leurs électeurs que les élites passées se sont moqué d’eux des
décennies durant et ce discours est plus que bien reçu au Café du commerce. Ils
sont élus dans nombre de démocraties par des peuples « souverains »,
ils appliquent des programmes qu’ils ont annoncés et à ce jour il n’y a pas eu
de catastrophe majeure même si la théorie économique prévoit leurs échecs. On est
loin des discours visionnaires et élégants à la Obama, qui ne l’empêchaient pas
d’agir de façon relativement énergique (voire la campagne d’éliminations
ciblées des terroristes islamiques, le renforcement des troupes américaines en
Afghanistan ou la nationalisation temporaire de certaines banques puis des
producteurs automobiles américains pour les sauver de la faillite), mais qui
relevaient de la bonne éducation reçue dans les universités de la Nouvelle-Angleterre.
Aujourd’hui nous sommes dans un monde de pignoufs : il y a ceux « qui
en ont une grosse » et les autres. Manifestement le Danemark est considéré
par Washington comme relevant de la seconde catégorie.
Cela ne veut pas dire que ces nouveaux dirigeants rustres seront moins efficaces que les précédents, seul l’avenir le dira. Nous ferons le bilan dans 10 ou 15 ans. Les démocraties du XXème siècle ont plutôt eu tendance à élever le niveau culturel de leurs citoyens, celles du XXIème le font plonger. Evidemment les intellectuels et citoyens bien-pensants sont consternés devant la vulgarité de ces méthodes, c’est le triomphe des « ploucs » et le crépuscule des « bobos ». Gageons que cela n’aura qu’un temps et que l’intelligence vaincra. En attendant, on espère que le pragmatisme des ploucs permettra d’éviter le déclenchement d’une guerre nucléaire pour le rachat d’un bout de territoire !
Avec le culot qui la
caractérise, la France se permet de faire la leçon à la Chine qui traite avec
une relative mollesse (par rapport à ses habitudes) les émeutes se déroulant
actuellement sur son territoire de Hong Kong. Que n’aurait-on dit si Pékin
s’était ingérée dans les émeutes qui ont agité la France tout au long du
premier semestre 2019 !
Hong Kong – Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (14 août 2019).
Les manifestations à Hong Kong se poursuivent dans un climat de plus en plus tendu. Cette situation fait l’objet d’un suivi très attentif de la part de la France, en lien avec ses partenaires, notamment européens. J’appelle toutes les parties, en particulier les autorités hongkongaises, à renouer le fil du dialogue afin de trouver une issue pacifique à cette crise et de mettre fin à l’escalade de la violence.
La Loi fondamentale de Hong Kong et le principe « un pays, deux systèmes » garantissent l’Etat de droit, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ainsi que l’autonomie du système judiciaire, qui sont essentiels à la population et à la prospérité économique de Hong Kong.
La France est profondément attachée au respect intégral de l’ensemble de ces principes.
www.diplomatie.gouv.fr
Le territoire et les citoyens
de Hong Kong, ex-colonie britannique rendue à l’Empire du Milieu en 1997,
bénéficient d’un statut particulier qui leur donne plus d’autonomie que le reste
des régions chinoises. Ce statut est provisoire et doit durer jusqu’en 2047
suivant l’accord de décolonisation signé entre le Royaume-Uni et la Chine. Il
est probable qu’à l’issue de ce délai, le territoire de Hong Kong retournera au
droit commun de la Chine. Qui sait d’ailleurs ce que sera le régime chinois en
2047 ?
Les citoyens hong-kongais craignent en tout cas que leurs libertés seront alors restreintes. C’est probable compte tenu de ce que l’on sait aujourd’hui du régime chinois. Toutefois, le pragmatisme de Pékin fait que peut-être un air de liberté au moins économique continuera de souffler sur le territoire compte tenu de son importance comme place financière, à moins que d’ici-là Shangaï ne se soit substituée à Hong Kong ? C’est sans doute la meilleure tactique à mener par la Chine : rendre Hong Kong moins indispensable pour Pékin afin de pouvoir normaliser cette région.
Hélas pour les citoyens locaux, il est peu probable que personne au sein de la communauté internationale ne parte « en guerre » pour préserver leur liberté « spéciale ». De même que l’annexion de la Crimée par Moscou n’a pas déclenché une grande émotion au-delà de quelques sanctions économiques, le retour de Hong Kong dans le droit commun chinois ne sera probablement empêché par personne, d’autant plus qu’il est prévu dans le traité de décolonisation entre Londres et Pékin.