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  • L’analyse du président américain sur un accident d’avion

    L’analyse du président américain sur un accident d’avion

    Quelques jours après l’intronisation du nouveau président américain Donald Trump, un crash s’est produit le 30 janvier entre un avion civil et un hélicoptère militaire à Washington. Les deux aéronefs ont plongé dans le Potomac. Il n’y a eu aucun survivant parmi les 67 personnes, passagers et membres des équipages. A peine 24 h après le crash, le président Trump a fait part de son analyse technique de ce drame sur le réseau Truth Social :

    Truth Social – message de Donald Trump

    Bonne nouvelle : ce message n’a reçu que 53 000 « likes » ce qui, pour une population de 350 millions de personnes, est finalement assez peu.

    Il a également accusé l’administration en charge du contrôle aérien d’avoir recruté des agents incompétents en ouvrant le recrutement à la « diversité ». Au-delà de ce diagnostic présidentiel, les enquêtes techniques habituels en ce genre de circonstances pour comprendre ce qui s’est passé et en tirer les leçons nécessaires.

  • SENGHOR Léopold Sédar, ‘Ce que je crois’.

    SENGHOR Léopold Sédar, ‘Ce que je crois’.

    Sortie : 1988, Chez : Les Cahiers Rouges – Grasset

    Léopold Sédar Senghor (1906-2001), homme d’Etat français, puis sénégalais après l’indépendance du Sénégal, fut surtout un poète et un visionnaire africain qui, en compagnie d’Aimé Césaire (1913-2008, martiniquais) et de quelques autres, développa le concept de « négritude » entre les deux guerres, courant littéraire et politique qui accompagna l’émancipation des peuples africains et la décolonisation de leurs pays. Senghor fut aussi président du Sénégal de son indépendance en 1960 jusqu’à 1980.

    Ce « Ce que je crois » laisse au lecteur une impression mitigée. Toute la première partie ressemble à une tentative touchante de démontrer que « l’homme africain » fut à l’origine de l’Humanité, comme pour compenser, excuser, le fait que le continent soit resté à l’écart du développement occidental des derniers siècles. Et d’insister sur l’invention du fer en Nubie 4 000 ans avant notre ère, l’apparition de l’art avec les roches peintes dans le Sahara au Magdalénien (15 000 ans avant JC), etc. Senghor mène ensuite une analyse statistique des groupes sanguins des peuples du monde, se référant au concept de « caractérologie » qui associe le « tempérament » et le groupe sanguin, et, plus ou moins directement à l’origine géographique. Le groupe O serait majoritaire en Afrique, le A en Europe et le B en Asie. Le fait qu’il y a plus de groupe O en Grèce montrerait, par exemple, des mélanges anciens avec des populations africaines. Idem au Proche-Orient qui aurait donc été le fuit de mélanges ethniques avec des populations d’Afrique noire à un moment ou un autre de son histoire. Même les Japonais présenteraient une proportion de groupe sanguin attestant une présence africaine. Il passe ensuite de la biologie à la culture en trouvant des caractéristiques culturelles communes aux peuples présentant des similitudes dans la répartition de leurs groupes sanguins.

    Il est maintenant démontré et admis qu’Homo Sapiens a vu le jour en Afrique et que ses migrations progressives au cours des millénaires ont initié le développement de la population mondiale. La théorisation de l’influence de « l’homme africain » via l’analyse des groupes sanguins mondiaux semblent un peu acrobatique et on frémit en lisant ces rapprochements osés entre groupes sanguins, origines et cultures, dont on se demande s’ils seraient retenus par la science génétique moderne (le livre a été écrit en 1988)…

    La suite de l’essai est plus légère et développe l’action et la pensée de son auteur dans les domaines qui lui étaient plus familiers : la linguistique, la poésie, la francophonie et l’émancipation des peuples africains qu’il souhaitait par-dessus-tout sans rompre les liens avec la France, puissance coloniale de la plupart des pays dont il parle. Homme de culture et d’une grande élévation morale il a gouverné le Sénégal devenu indépendant plutôt mieux que ses coreligionnaires des nations avoisinantes démontrant qu’un poète peut aussi développer un pays.

    La fin de son « règne » fut un peu chaotique mais le Sénégal est désormais assis sur des bases démocratiques qui perdurent tant bien que mal, exemple plutôt unique dans la région. Son attachement à la France, un peu suranné, à son histoire et à sa langue, fut émouvant. Pas sûr qu’il serait apprécié des Sénégalais par les temps actuels de rejet total de l’ancien colonisateur qui n’a pas laissé que des bons souvenirs dans le pays. Le temps des dirigeants modérés, apaisés et poètes est terminé depuis longtemps en Afrique. Une voie aura quand même été défrichée par ces grands intellectuels africains au mitan du XXe siècle qui sera peut-être, un jour, retrouvée par les générations futures du Sénégal.

    Il nous reste la poésie de Senghor :

    Ma négritude point n’est sommeil de la race mais soleil de l’âme, ma négritude vue et vie
    Ma négritude est truelle à la main, est lance au poing
    Récade. Il n’est question de boire de manger l’instant qui passe
    Tant pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !
    Ma tâche est d’éveiller mon peuple aux futurs flamboyants
    Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole !

    (in Elégie des Alizés – Léopold-Sédar Senghor)

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  • Un président algérien très malin

    Un président algérien très malin

    Dans une interview parue dans le journal L’Opinion daté du 3 février, le président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, s’exprime avec beaucoup de malice et de finesse, bien loin des braillements de la gauche française propalestinienne exprimés par la voix et les votes de Rima Hassan et de ses amis, bien éloigné aussi des poncifs de Café du commerce assénés à l’assemblée nationale par des élus de droite sur l’Algérie.

    Le propos de M. Tebboune est un habile mélange de mauvaise foi, de langue de bois et de beaucoup de bon sens algérien. Il développe sa position de façon analytique et avec un calme olympien, convaincant facilement ceux qui veulent se laisser convaincre. Son message est à destination du peuple algérien, en Algérie et en France et des Français d’origine algérienne, ce qui représente une population importante qui est dans une attitude permanente de reproche à la France pour son histoire (la colonisation, la guerre de décolonisation…) et ce qu’elle est aujourd’hui, c’est-à-dire pas toujours très favorable à l’immigration en provenance d’Algérie et peu encline à la repentance.

    Le président Tebboune connaît parfaitement le personnel politique français, sa façon de penser et les contradictions dans lesquelles il s’enferre depuis l’indépendance de l’Algérie. Les services de renseignement algériens semblent également l’informer sur les faits et gestes de ses opposants résidant en France. Comme il n’a pas vraiment d’opposition locale et que la première force politique est l’armée, plutôt silencieuse, il peut dérouler sa stratégie sans trop de risque d’être contredit sinon par le Café de Flore à Saint-Germain-des-Prés. Il voit passer les ministres français qui changent tous les quatre matins au hasard de l’intensité du chaos politique parisien. Il connait l’histoire de son pays par cœur, comme celle de la France et de l’Europe.

    A chaque question un peu insidieuse de l’interviewer (Pascal Airault) il se réfère tranquillement à ce qui se passe en France.

    La rente mémorielle derrière laquelle se rangerait les médias et les dirigeants algériens ?

    Quelle rente mémorielle ? Honorer ses ancêtres, laisser en paix les âmes de nos martyrs… Jusqu’à aujourd’hui, la France commémore encore ses soldats et ses résistant tombés dans la guerre contre l’Allemagne. Ses cinéastes font des films. Il y a encore des contentieux non déclarés avec Berlin bien qu’il n’y ait eu que quatre ans d’occupation, et encore pas sur tout le territoire. Et vous voudriez nous interdire notre propre travail de mémoire ?

    Sur l’écrivain Algérien Boualem Sansal qui détient la double nationalité française :

    Boualem Sansal n’est pas un problème algérien. C’est un problème pour ceux qui l’ont créé.

    Boualem Sansal est d’abord algérien depuis soixante-quatorze ans. C’est un retraité algérien. Le Parlement européen a adopté une résolution pour sa libération. Mais les parlements panafricain, arabe et islamique [et Rima Hassan NDLR] se sont montrés solidaires avec l’Algérie.

    Il est sous mandat de dépôt. C’est la loi algérienne… il sera jugé dans le temps judiciaire imparti.

    Sur la lutte contre le terrorisme islamique :

    Il appartient à la France de traiter les cas des jihadistes qui se sont radicalisés sur son territoire et partis faire le jihad au Levant. Nous, nous nous occupons des combattants qui se sont radicalisés en Algérie.

    Sur le dossier ukrainien à l’ONU :

    L’Algérie a du mal à comprendre le double standard. Il faudrait condamner l’intervention en Ukraine mais pas l’annexion du Golan ou du Sahara occidental…

    Et ainsi de suite…

    Chaque réponse du président Tebboune est pesée au trébuchet de sa vision méditerranéenne de pays émergent anciennement colonisé, avec une dose subtile de désinformation, un soupçon de mauvaise foi et une remarquable cohérence d’ensemble. Cette interview est un chef d’œuvre diplomatique dont la qualité rend le propos bien plus pernicieux et nuisible pour la relation franco-algérienne que les braillements désordonnés de la partie française. M. Tebboune se révèle ici un adversaire redoutable et intelligent.

    L’Algérie n’aime pas la France et elle a de bonnes raisons pour ça. Elle préfère d’ailleurs largement la Russie, son grand allié pendant, et depuis, son combat pour l’indépendance. Lors d’une visite à Moscou en juin 2023 soit un an et quelques moins après le déclenchement de l’invasion russe de l’Ukraine, le président Tebboune, tourné vers son homologue russe Poutine lui déclarait qu’il était « un ami de l’humanité ». Le seul petit problème, pour le moment, est que ses citoyens semblent largement préférer émigrer en France que dans la nation de cet ami de l’humanité…

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    L’interview intégrale de « L’Opinion »

  • Le Rwanda « un peuple sûr de lui-même et dominateur »

    Le Rwanda « un peuple sûr de lui-même et dominateur »

    L’est de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) est en guerre depuis des lustres. Cette région est toujours entre deux tentatives de sécession, trois mouvements de rébellion contre le pouvoir central et moult tentatives de pillage de ses importantes ressources minières par des puissances étrangères, du continent ou d’ailleurs. Cela a commencé à l’époque contemporaine par la revendication d’indépendance du Katanga au sud-est, soutenue par la Belgique et les colons qui y résidaient encore, juste après l’indépendance du pays.

    Au nord du Katanga se trouve la région du Kivu qui est frontalière avec le Rwanda. Ce dernier pays, qui eut à subir l’un des graves génocides du XXe siècle en 1994, est gouverné par les Tutsis, l’ethnie victime de ce crime de masse (entre 800 mille et 1 million de morts en quelques semaines) globalement mené par l’ethnie Hutu,

    Rien qu’en prenant en compte le Kivu, le Katanga et le Rwanda ce sont des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés qu’il faut déplorer dans ce territoire gigantesque que personne n’arrive à pacifier.

    Depuis le génocide de 1994 le Rwanda cherche à étendre son espace vital en RDC voisine qui héberge des populations hutus, rwandaises ou d’origine rwandaise, comme congolaises, à la frontière du Rwanda. Parmi ces habitants, certains mènent des actions armées hostiles contre le Rwanda et son pouvoir tutsi, depuis le territoire du Congo, pour se venger d’avoir perdu la guerre civile qui a couvert le génocide. Il y a parmi eux les descendants des génocidaires de 1994 mais aussi des Congolais qui agissent par solidarité ethnique.

    Le Rwanda souhaite se préserver de leurs incursions et établir une sorte de zone tampon au Congo sur laquelle l’armée rwandaise pourrait contrôler les populations et empêcher les attaques de son territoire en provenance de son voisin. Pour ce faire Kigali s’est allié avec le mouvement tutsi « M23 » qui sévit au Congo dans un gloubi-boulga de revendications ethniques, politiques et minières, tout en pratiquant crimes de guerre et actes barbares en tous genres. Avec les soldats rwandais qui agissent maintenant en dehors de leur pays sans plus se cacher ils viennent de prendre la ville de Goma, frontalière du lac Kivu partagé entre RDC et Rwanda. Ils ne comptent pas en rester là. Le M23 s’oppose d’abord au gouvernement congolais sis à Kinshasa, à plus de 1 500 km à vol d’oiseau, et ne néglige pas l’aide que peut lui apporter le voisin rwandais. Il n’oublie pas qu’en 1997 ce sont les forces rwandaises qui avaient permis le renversement de Mobutu, le satrape clownesque qui dirigea le pays 32 ans durant sous sa toque en léopard (hélas largement soutenu par la France depuis) pour y installer Laurent-Désiré Kabila qui sera assassiné quatre ans plus tard dans des conditions non encore totalement élucidées.

    Un pays victime d’un génocide qui entre en guerre contre un pays frontalier pour tenter de « détruire » des mouvements ennemis et établir une zone tampon afin de sécuriser sa frontière cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Israël bien sûr et les guerres actuellement menées contre le Hamas à Gaza et contre le Hezbollah au Liban !

    Dans les deux cas le pays a été victime d’un génocide dans un passé plus ou moins lointain et affronte toujours l’angoisse existentielle que cela ne se reproduise. Dans les deux cas il est dirigé par un pouvoir fort et déterminé qui reste entouré d’ennemis qui continuent de lui en vouloir. Dans les deux cas il essaye de résoudre le problème par la force, faisant fi des recommandations de la « communauté internationale », sans véritablement y parvenir et les conflits s’éternisent : 30 ans depuis le génocide au Rwanda, 76 ans depuis la création de l’Etat d’Israël et même 3 000 ans si on part de la Genèse dans la Bible.

    L’Histoire semble emprunter le même tortueux cheminement dans ces deux cas, les mêmes solutions donnant des résultats comparables. En attendant mieux…

  • Les précieuses ridicules

    Les précieuses ridicules

    La récente réélection de Donald Trump comme président des Etats-Unis d’Amérique a permis de lever le voile sur l’un des grands secrets de ce pays : pourquoi M. Trump a le visage orange ? Parmi les nombreux « experts » qui ont hanté les plateaux télévisés français à l’occasion de cette élection, on a vu des dermatologues venir expliquer que l’impétrant utilise une crème auto-bronzante, probablement de façon excessive, qui provoque ce teint orange qui lui est désormais familier. Le résultat est original et on n’est pas bien sûr qu’il se rende compte de celui-ci. Ou alors il s’en satisfait !

    Après tout nous avons eu en France un président de la République, François Hollande (70 ans), qui se teignait, et se teint encore, les cheveux d’un noir corbeau tellement intense qu’ils en deviennent surnaturels. Il en va de même pour la maire de Paris Anne Hidalgo, 65 ans. Ces derniers jours la présidente de l’assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (54 ans) est apparue teinte en blonde fatale sur les plateaux médiatiques. Le personnel politique prend soin de son apparence, il ne serait pas inutile qu’il passe aussi du temps pour prendre soin de la politique.

    Le nouveau président Trump a annoncé qu’il allait dévoiler un autre secret, cette fois-ci plus fondamental pour les Etats-Unis que la couleur de ses cheveux : il doit déclassifier le dossier de l’assassinat en 1963 de son lointain prédécesseur John Fitzgerald Kennedy (JFK). Différentes hypothèses ont été avancées depuis cette tragédie : une action secrète de la CIA, une action de la mafia américaine, une action de Cubains anticastristes, entre autres.

    Le monde a appris la vérité sur la couleur du visage du président Trump, il va peut-être enfin apprendre qui a assassiné JFK.

  • Le Hamas toujours là

    Le Hamas toujours là

    A l’occasion d’un cessez-le-feu convenu entre Israël et les belligérants palestiniens de la bande de Gaza, entré en vigueur ce 19 janvier, on constate que le mouvement terroriste religieux Hamas et ses affidés (Jihad islamique et différents petits mouvements assimilés) n’ont pas été anéantis comme le souhaitait le gouvernement israélien lorsqu’il a déclenché la guerre en réaction à l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023 contre son territoire. Malgré sa puissance militaire et les destructions considérables réalisées par son armée depuis plus d’un an dans la bande de Gaza, malgré les assassinats ciblés d’une grande partie des états-majors de ces mouvements, à Gaza comme au Liban, il apparaît que cet accord de cessez-le-feu a été négocié entre Israël et… le Hamas. Les otages israéliens emmenés le 7 octobre sont restés emprisonnés tout ce temps dans les fameux tunnels de Gaza sans que l’offensive israélienne ne parvienne à libérer la majorité d’entre eux.

    Les premiers échanges de prisonniers ont été réalisés la semaine dernière et « mis en scène » par le Hamas et le Djihad islamique d’une façon dont le professionnalisme ferait pâlir d’envie n’importe quel spécialiste de « l’évènementiel ». Des soldats en uniforme impeccable, affichant fièrement un armement rutilant, le front barré du bandana vert-islam, le site pavoisé de drapeaux palestiniens et des mouvements terroristes, une foule de Gazaouis plus ou moins menaçante et des opérateurs vidéo partout ; avant d’être remis à la Croix rouge, les otages israéliens sont passés sur une scène surélevée où leur ont été remis un « certificat de captivité » devant des slogans palestiniens graphés dans plusieurs langues sur une vaste toile en fond de scène. Avant de monter dans les véhicules de la Croix rouge ils ont fait un signe de la main en souriant à l’assistance sifflante. On peut imaginer aisément que ces manifestations « de joie » leur ont été imposées. On se croyait dans une émission de téléréalité…

    A leur arrivée en Israël d’autres caméras attendent les otages pour filmer le retour dans leur pays et les embrassades familiales. Bien sûr, ces reportages télévisés sont moins racoleurs que ceux réalisés à leur départ de Palestine mais on aurait pu se satisfaire de pas d’image du tout pour laisser à ces otages, plus tard, la décision de paraître, ou pas, devant les médias israéliens.

    L’armée de Tel-Aviv estime qu’une trentaine d’otages encore à Gaza sont morts. Ils sont probablement décédés soit du fait des bombardements israéliens, soit exécutés par leurs geôliers. Ce sont donc des cadavres qui vont être restitués. Sans doute le Hamas sera plus modeste pour la mise en scène de ces échanges, mais in ne peut jurer de rien.

    Depuis le début de ces échanges, Israël a libéré des dizaines de Palestiniens emprisonnés dans ses prisons et dont certains ont été condamnés pour de graves crimes de terrorisme. L’histoire se rejoue à peu près dans les mêmes conditions à chaque échange de prisonniers des deux camps. Lors de la libération en 2006 du soldat israélien Gilad Shalit après cinq ans de détention par le Hamas, Tel-Aviv avait dû libérer 1 000 Palestiniens. Parmi ceux-ci se trouvait Yahya Sinouar devenu ensuite chef du Hamas à Gaza et qui aurait conçu et dirigé l’opération du 7 octobre 2023, puis éliminé par l’armée israélienne en octobre dernier. Quelques jours plus tard, le mouvement nommait son frère, Mohammed Sinouar pour le remplacer.

    Près de 20 ans plus tard le même type de processus d’échange risque d’aboutir à des résultats comparables. Ces derniers jours ont montré que le Hamas et les autres mouvements sont toujours là, très certainement sévèrement affaiblis militairement parlant, mais, on peut le craindre, sans doute renforcés idéologiquement par suite des plus de 40 000 morts palestiniens (bilan présenté par le ministère de la santé de Gaza) et des destructions considérables du territoire.

    Le Proche-Orient se retrouve aujourd’hui face au même dilemme qu’avant le 7 octobre : comment faire voisiner deux peuples qui se haïssent, et qui ont chacun leurs bonnes raisons pour fonder cette haine ? Le nouveau président américain Trump vient de proposer de réinstaller les Palestiniens de Gaza en Jordanie et en Egypte… Pas sûr que ce projet rencontre un franc succès côté arabe !

    Accessoirement il va falloir dégager des financements importants pour reconstruire la bande de Gaza dévastée par cette guerre. Les pays européens vont sans doute être considérés comme de bons candidats pour cette mission. Un pays comme la France, financièrement exsangue, devra sans doute faire des choix raisonnables pour être à la hauteur des attentes : Jeux Olympiques 2030 ou reconstruction de Gaza ?

  • Le wokisme jusqu’au Congo

    Le wokisme jusqu’au Congo

    On ne dit plus une soldatesque congolaise dépenaillée « a violé des femmes » dans sa déroute à l’Est du Congo mais on dit comme un porte-parole des affaires humanitaires de l’ONU cité par le journal Le Monde du 28/01/2025 que cette soldatesque est soupçonnée de « violences fondées sur le genre ».

  • « Musée international de la croix rouge et du croissant rouge » de Genève

    « Musée international de la croix rouge et du croissant rouge » de Genève

    Genève, capitale de la neutralité et siège de nombreuses institutions internationales, plus ou moins humanitaires, coule des jours heureux sur les bords du lac Léman où est présenté le Musée international de la croix rouge et du croissant rouge, entre le bâtiment de l’ancienne Société des Nations (SDN), celui du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) ou de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est lors de la bataille de Solférino en 1859, une boucherie napoléonienne comme tant d’autres, 40 000 soldats mis hors de combat en quelques jours, que Henri Dunant (1828-1910) prend conscience des conditions sanitaires désastreuses dans lesquelles sont pris en charge les blessés. A l’issue de cet épisode dantesque il écrit un livre « Un souvenir de Solférino » pour partager ses idées sur comment mieux prendre en charge les victimes. C’est ainsi que naîtra quelques années plus tard l’association d’aide humanitaire qui deviendra le Comité international de la croix rouge (CICR).

    Le musée revient sur les grandes opérations auxquelles participa, et œuvre toujours, le CICR. Photos, vidéos, ustensiles divers utilisés par les sauveteurs, explications historiques, enjeux géopolitiques, c’est beau comme l’antique et qui oserait contester l’utilité de ces actions censées compenser, au moins partiellement, la sauvagerie des hommes. Comme toutes organisations humaines celle-ci est sûrement perfectible, elle n’en est pas moins indispensable même si tellement dérisoire.

    Pour être plus efficaces et lever les éventuelles préventions des belligérants à négocier, les actions du CICR sont soumises à la confidentialité. Les négociations menées par l’organisation donnent lieu à des rapports qui ne sont pas publiés. Seuls les résultats concrets de ces négociations deviennent généralement publics, on ne connait pas les détails et les difficultés de ces discussions, y compris bien sûr pour celles qui n’aboutissent pas. On imagine aisément la patience et l’abnégation dont doivent faire preuve les membres du Comité pour essayer de faire s’entendre des ennemis jurés sur un minimum humanitaire à prendre en compte au cœur de leurs guerres.

    En rentrant chez lui le soir, le visiteur voit sur sa télévisions les ambulances du CICR procéder aux échanges d’otages dans la bande de Gaza entre Israël et la Palestine !

  • L’Algérie ne lâche rien dans son combat contre la France

    L’Algérie ne lâche rien dans son combat contre la France

    Lancée le 1er novembre 1954 par une nuit d’attentats contre les intérêts de la France coloniale en Algérie, qui a été appelée par la suite la « Toussaint rouge », la guerre d’indépendance s’est légalement terminée après huit années de sauvageries par la victoire de l’Algérie qui obtint en 1962 son indépendance politique et l’évacuation de l’armée et des fonctionnaires français. Conséquence directe pas complètement anticipée : environ un million de colons, parfois installés sur place depuis des générations, repartirent pour la France en quelques mois ; conséquence cette fois-ci plus prévisible, des dizaines de milliers de supplétifs algériens locaux de l’armée française, considérés comme des traîtres par les nouvelles autorités, les « harkis », furent massacrés sur place, souvent dans des conditions épouvantables.

    Nous sommes soixante ans plus tard, on pourrait croire les relations au mieux apaisées ou, au pire, distantes, après tant de temps et la disparition en cours des derniers acteurs de cette période mortifère. Mais non, les relations sont exécrables entre les deux ex-belligérants qui poursuivent le combat avec des moyens d’action certes moins guerriers mais qui restent très nuisibles. Cette guerre de décolonisation a laissé tant de traces que l’acrimonie entre les deux pays est toujours très vive avec des montées de tension régulières : menaces, injures, retours permanents à l’histoire qui décidément ne passe pas, rappels d’ambassadeurs puis retour de ceux-ci, voyages présidentiels reportés avant d’être effectués, réduction des visas délivrés par la France puis rétablissement de ceux-ci, affrontements mémoriels puis réconciliation, etc. Le dernier avatar de cette relation volcanique est la reconnaissance par Paris de la souveraineté du Maroc sur la Sahara espagnol, à contrecourant de la position des Nations-Unies qui prônent depuis toujours « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans ce territoire. Bien entendu l’Algérie soutient le mouvement indépendantiste du Sahara espagnol contre les visées du Maroc. La raison pour laquelle Paris a pris parti n’est toujours pas très claire, on se demande si c’est bien dans l’intérêt de la France.

    Lire aussi : Paris franchit le Rubicon de la discorde

    Un nouvel incident vient de se produire quand la France a tenté cette semaine d’expulser un citoyen algérien en situation légale sur le territoire avec famille et emploi mais qui consacrait une partie de ses loisirs à diffuser des messages de haine sur les réseaux dits « sociaux ». En l’occurrence il menace des opposants au régime algérien, qu’ils résident en France ou en Algérie. Ce n’était qu’un parmi bien d’autres mais il est tombé au mauvais moment. Dans une procédure expresse le ministère de l’intérieur l’a arrêté, révoqué son titre de séjour, puis mis dans un avion pour Alger, sous escorte policière. Arrivé à l’aéroport de la capitale algérienne, les autorités locales l’ont déclaré « interdit de territoire » et l’ont remis dans l’avion retour vers Paris. L’homme qui se fait appeler « Doualemn » semblait disposer d’un passeport algérien en règle mais Alger ne s’embarrasse pas de ce genre de détails lorsqu’elle peut faire la leçon à Paris. Dans un long communiqué le ministère « des affaires étrangères et de la communauté nationale à l’étranger » a du mal à cacher sa jubilation :

    …le ressortissant objet de l’expulsion vit en France depuis 36 ans. Il y dispose d’un permis de séjour depuis 15 ans. Il est père de deux enfants nés de son union avec une ressortissante française. Enfin, il est socialement intégré dans la mesure où il exerce un emploi stable depuis 15 ans.

    …en violation des dispositions pertinentes de la Convention consulaire algéro-française du 24 mai 1974, la partie française n’a cru devoir informer la partie algérienne ni de l’arrestation, ni de la mise en garde à vue, ni de la détention, ni encore de l’expulsion du ressortissant en cause. Bien plus, elle n’a pas donné suite à la demande de la partie algérienne d’exercer sa protection consulaire au profit du ressortissant concerné à travers le droit de visite.

    Et d’ajouter :

    Au vu de tous ces dépassements et de toutes ces violations des droits acquis par le ressortissant algérien sur le territoire français, la décision algérienne dans cette affaire est animée par le souci de lui permettre de répondre aux accusations qui sont portées contre lui, de faire valoir ses droits et de se défendre dans le cadre d’un processus judiciaire juste et équitable sur le territoire français.

    htttps://www.mfa.gov.dz/fr/announcements/ministry-of-foreign-affairs-statement-far-right-in-france

    Depuis cet incident les ministres se menacent par-dessus la Méditerranée mais à ce petit jeu Alger semble plus efficace. Sur la forme on se demande comment Paris a pu se mettre dans un tel imbroglio diplomatique. « Doualemn » a été placé dans un centre de rétention administrative en France mais il est très probable qu’il en sortira rapidement.

    Sur le fond rien n’est réglé et des citoyens algériens installés en France diffusent une propagande haineuse sans que Paris, engoncé dans un cadre légal et démocratique, ne puisse faire grand-chose, ou alors des tentatives vaines comme celle menée contre ce « Doualemn ». Paris soupçonne Alger de manipuler ces idiots numériques installés sur son territoire pour accentuer le chaos dans l’hexagone. C’est possible mais n’est pas démontré à ce stade. Hélas, il y a suffisamment de ressentiment de ces citoyens algériens contre le pays qui les accueillent pour ne pas avoir besoin de les inciter à lui nuire par tous les moyens à leur disposition. On touche ainsi du doigt le non-dit de cette haine : entre 4 et 6 millions de Français sont d’origine algérienne et des centaines de milliers d’Algériens, double-nationaux ou pas, y résident en permanence. C’est une espèce de syndrome de Stockholm dans lequel les anciens colonisés ont choisi de s’implanter dans le pays qui les a colonisés et contre lequel ils, ou leurs parents, ont combattu les armes à la main. Dans le lot, il y a quelques individus qui poursuivent le combat avec les armes de XXIe siècle et cherchent à nuire.

    Au Café du commerce et sur les plateaux des médias conservateurs à courte vue (les deux ensembles se recouvrent souvent) on se demande comment une telle situation est possible et comment la France peut être ainsi « humiliée » par Alger ? Tous prônent la fermeté en s’agitant sur leurs fauteuils et Mme. Michu est prête à réenvahir l’Algérie derrière la bannière tricolore. La situation est plus subtile. D’abord il y a des intérêts économiques réciproques importants, dont la vente de gaz et de pétrole par Alger ainsi que des flux de business significatifs entre les deux pays. Y renoncer est techniquement possible mais il faudrait alors mettre en œuvre des solutions de remplacement qui ne sont pas à portée de main. Mais surtout la diaspora importante qui représente près de 10% de la population française rend inextricables les relations entre les deux pays qu’il est désormais quasi-impossible de détricoter. C’est la principale conséquence du fait colonial français. Par ailleurs, malgré les grandes espérances postindépendance, la mauvaise gouvernance des anciennes colonies poussent leurs citoyens à s’exiler. Et le plus simple, pour de nombreuses raisons, est encore de partir s’installer dans l’ancienne puissance coloniale. La tentation qui ronge certains sur les plateaux télévisés d’en finir des relations avec l’Algérie, de fermer l’ambassade de France dans ce pays, de stopper la délivrance de tous les visas et d’en reparler dans soixante ans n’est sans doute plus viable.

    On se souvient qu’après l’invasion par le Vietnam du Nord, communiste, du Vietnam du Sud, pro-occidental, et la réunification forcée des deux entités en 1975 sous la bannière d’une république « socialiste », en violation des accords de paix dits « de Paris » en 1973, les Américains ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Vietnam, fermé leur ambassade et mis le Vietnam sous embargo commercial. Il fallut attendre 1995 pour que ces relations soient timidement rétablies et le premier ambassadeur américain envoyé en 1997 était un ancien pilote de bombardier de l’US-Air Force qui a servi durant la guerre du Vietnam et fut prisonnier durant six années. Tout un symbole… Aujourd’hui les Etats-Unis et la Vietnam sont plutôt considérés comme alliés dans cette région d’Asie du Sud-Est où la Chine fait figure d’épouvantail impérialiste.

    La France n’a pas choisi cette voie ferme avec l’Algérie et préféra tenter de construire des relations amicales avec ce pays immédiatement après son indépendance en 1962, malgré le lourd passif qui continue de flotter entre les deux nations. Il n’est pas sûr que ce fut une bonne option mais il est de toutes façons trop tard pour en changer. Cette situation paradoxale condamne les deux pays à s’entendre en faisant preuve d’intelligence et de subtilité, ce qui est loin d’être le cas ces dernières années des deux côtés de la Méditerranée… La tâche est rude et les deux capitales sont à cran. Avec un peu plus de discrétion et moins de tohu-bohu médiatique, on peut sans doute arriver à mieux maîtriser les nuisances d’une relation toxique entre l’Algérie qui n’aime définitivement pas la France et croit fermement que tout lui est dû puisqu’elle a été colonisée dans les conditions extrêmement brutales que l’on connait.

  • Le président élu Trump veut toujours conquérir ou acheter de nouveaux territoires

    Le président élu Trump veut toujours conquérir ou acheter de nouveaux territoires

    Alors qu’il n’a pas encore pris officiellement ses fonctions, le président élu Trump continue ses déclarations tonitruantes et plutôt hétérodoxes sur l’extension du territoire des Etats-Unis d’Amérique. Il vient de réaffirmer sa volonté de voir son pays acheter le Groenland au Danemark. Il avait déjà formulé cet objectif lors de sa première présidence (2016-2020). Il la complète cette fois-ci avec les menaces de rétablir la souveraineté américaine sur le canal de Panama et de transformer le Canada en un Etat américain si ce dernier continue à laisser passer des migrants à travers leur frontière commune. La seconde présidence Trump n’a pas encore débuté qu’elle promet déjà des étincelles.

    Mais quelle époque ! Alors que la Russie cherche à conquérir l’Ukraine par la force des armes depuis la guerre d’invasion initiée il y a presque trois ans, les Etats-Unis menacent de coloniser le Canada ou « d’acheter » le Groenland. Les empires se déchaînent et veulent appliquer la loi du plus fort au détriment du droit international si difficilement mis en place après la IIe guerre mondiale.

    L’hubris de dirigeants mal éduqués les rend avides de conquêtes territoriales. Ils sont plus gros et plus forts que les petits, alors pourquoi se gêner ? On peut se demander si le système international mis en œuvre sous l’égide des Nations-Unis depuis 1945 n’a pas atteint ses limites ? Plutôt que de chercher à le réformer, les empires le foulent aux pieds, cela va plus vite pour accroître leur puissance, du moins le croient-ils.

    La Russie, dirigée par une clique de forbans jamais vraiment sortis de l’époque soviétique, envoie directement ses chars pour conquérir les territoires ex-soviétiques qui tentent de s’éloigner de son influence. Les Etats-Unis, pour le moment, apparaissent un tout petit peu plus policés et proposent « d’acheter » les territoires qu’ils convoitent. Comme il est peu probable que leurs propositions déclenchent beaucoup d’enthousiasme de la part de leurs potentiels vendeurs on peut imaginer que l’étape suivant pourrait être la conquête par la force. Toutefois, les guerres précédentes au Vietnam, en Iraq ou en Afghanistan n’ont pas laissé que de bons souvenirs alors on peut penser que Washington se contentera de la guerre commerciale pour tenter de faire plier les récalcitrants.

    Ce n’est pas le cas de la Russie qui se posent beaucoup moins de questions, et surtout n’a pas à en poser à une opinion publique ou à des élus. Demain ce pourrait être le cas de la Chine qui a toujours en ligne de mire la réunification de l’ile de Taïwan et qui se posera probablement fort peu de questions éthiques le jour où elle se sentira prête à prendre le sentier de la guerre d’invasion.

    C’est notre époque, c’est aussi l’échec de la génération des « boomers » ; l’épisode de paix en Occident semble prendre fin et les armes parlent non loin de l’Europe. Plus ou moins conscient de cette situation qui dérive (un « point de bascule » comme on le dit dans les journaux télévisés) l’Occident hors-Etats-Unis réarme, plutôt lentement. Washington reste à la tête d’un budget militaire considérable, ce qui assure une partie de sa puissance. Des pays comme la France, lorsqu’ils ont le choix, préfèrent encore financer des jeux olympiques en 2024 puis en 2030 plutôt que de fabriquer des chars d’assaut ou des avions de combat.

    Ce choix de la paix est philosophiquement sympathique mais militairement dangereux pour les démocraties européennes. Le temps se couvre, les pays nuisibles à l’Europe se renforcent et multiplient les actions hostiles. Le temps des révisions déchirantes est sans doute venu.

  • Le Sénégal et ses « collaborateurs »

    Le Sénégal et ses « collaborateurs »

    Alors que le Sénégal rend hommage aux « tirailleurs sénégalais » dont certains d’entre eux furent massacrés il y a 80 ans à Thiaroye près de Dakar par les troupes coloniales françaises alors qu’ils réclamaient le paiement de leurs arriérés de solde pour leur participation à la libération de l’Europe en 1945, un ministre sénégalais membre de l’actuel gouvernement a affirmé à la télévision locale que « « Les tirailleurs sont des traîtres qui se sont battus contre leurs frères, dans leur pays, pour de l’argent » (rapporté par Le Monde du 26/12/2024) en faisant référence à l’engagement des « tirailleurs », qui n’étaient d’ailleurs pas que sénégalais, dans la répression des révoltes en Afrique.

    Cette déclaration a provoqué un peu d’émotion dans le pays, d’autant plus que le nouveau président Bassirou Diomaye Faye né en 1980, élu en cette année 2024, ne peut guère être accusé de vouloir faire perdurer la compromission avec l’ancienne puissance coloniale française à qui il vient de demander de se préparer à rapatrier ses troupes toujours présentes au Sénégal. Le gouvernement a dû contredire son ministre.

    Cet incident est un classique du débat au sein des pays qui ont été occupés par d’autres. Les occupants ont forcément besoin de participations des occupés, à une échelle plus ou moins vaste, pour réussir leur besogne. Les occupants finissant généralement par s’en aller, plus ou moins piteusement, l’heure des règlements de compte est incontournable un jour ou l’autre. Ceux-ci sont plus ou moins violents, interviennent sur une période plus ou moins longue et la justice des pays libérés est plus ou moins présente dans le processus.

    En France l’épuration sauvage débutée en 1944 contre les « collaborateurs » a vite été remplacée par des procès menés selon le droit. On estime à environ 10 000 le nombre d’exécutions extra-judiciaires juste après la fin de la guerre mais d’autres chiffres plus élevés ont aussi circulé. En Algérie la répression contre les Harkis, les troupes supplétives de l’armée coloniale française, après l’indépendance du pays en 1962 a été sauvage malgré les engagements des nouvelles autorités de n’en rien faire, il y aurait eu entre 50 et 150 000 morts. Au Vietnam après la guerre américaine et la réunification du Nord avec le Sud sous l’autorité du parti communiste, des camps de rééducation à régime très sévère ont été mis en place pour remettre les déviants dans le droit chemin. Les plus anciens se souviennent de la panique des populations du sud qui ont fait le siège des ambassades occidentales en 1975 pour être évacuées par hélicoptères depuis le toit de l’ambassade américaine vers des porte-avions stationnés au large. En Afghanistan après l’annonce du départ des troupes occidentales en 2021, un gigantesque pont aérien occidental a été mis en place avant la date fatidique pour évacuer du pays plus de 100 000 personnes en deux semaines, dont nombre d’Afghans « vulnérables ». Bien évidemment dans ce genre d’opérations d’évacuation d’urgence on évacue des gens honorables et d’autres… probablement beaucoup moins. Ceux qui n’ont pas pu partir et se sont compromis avec les troupes d’occupation ont eu des comptes à rendre avec le pouvoir religieux afghan qui a pris la suite.

    Les « tirailleurs sénégalais » qui ont combattu avec les troupes coloniales françaises n’ont sans doute pas eu vraiment le choix, mais il y eut ceux qui se sont engagés et ceux qui ne se sont pas engagés. Nombre de pays mettent fin à ces drames via des lois d’amnistie, comme en France dès 1947. Mais le mieux est encore de ne pas envahir son voisin pour éviter les déboires post-occupation.

    On n’ose imaginer ce qui se passera dans le Donbass lorsque la guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine se terminera… L’Histoire risque fort de se répéter quel que soit le vainqueur.

  • Accidents d’avion en Corée du sud

    Accidents d’avion en Corée du sud

    Un accident d’avion fait 179 morts et 2 survivants aujourd’hui sur un aérodrome de province en Corée du sud. Unanime, la presse française qualifie de drame de « pire catastrophe aérienne de l’histoire du pays ».

    C’est oublier un peu vite le vol de la Korean Airlines n°007 reliant New York et Séoul le 01/09/1983 qui fut abattu par la chasse soviétique, faisant 269 morts, après s’être « égaré » au-dessus du territoire soviétique. Moscou accusât l’appareil de faire de l’espionnage. C’est seulement après la dissolution de l’URSS que Moscou rendit les « boîtes noires » de l’appareil dont le dépouillement conclut à une négligence des pilotes.

    269 étant supérieur à 179 on se demande pourquoi l’accident d’aujourd’hui est considéré comme le plus grave de l’histoire de la Corée du sud ? Et pourtant l’intelligence artificielle fait des miracles pour retrouver les archives. Celles de 1983 n’étant pas des plus anciennes, cette qualification est probablement le fait de la paresse intellectuelle de jeunes journalistes. A moins qu’ils ne jouent sur les mots, une « attaque de chasseur » n’étant pas à proprement parler un « accident ». ? Comme personne ne rappelle cette attaque dans la presse, on peut raisonnablement opter pour l’insuffisance des journalistes.

    Puisque nous somme dans les accidents d’avion coréens, rappelons l’attentat à la bombe dont fut victime un vol de la Korean Airlines en 1987. Deux agents nord-coréens avaient déposé une bombe en cabine et quitté l’avion avant l’explosion à une escale à Abu Dhabi. Il y avait eu 115 morts. Les agents nord-coréens avaient ensuite été identifié et arrêtés à Bahreïn, l’homme se suicidant lors de l’intervention de la police et la femme tentant également de se suicider mais échouant dans cette tentative. Elle fut récupérée par la Corée du sud, condamnée à mort puis graciée. Réalisant à Séoul que la situation de la Corée du sud n’était celle qu’on lui décrivait en Corée du nord elle a exprimé des remords et présenté des excuses. Elle vivrait toujours cachée et sous protection en Corée du sud, de peur de représailles que pourrait exercer la Corée du nord pour qui elle est une traitresse à la cause.

  • L’Algérie officielle tout en nuances…

    L’Algérie officielle tout en nuances…

    L’agence Algérie Presse Service (APS) est un établissement public algérien dont les informations diffusées semblent être validées par le pouvoir.

    L’APS a été créée le 1er décembre 1961 à Tunis, durant la guerre de libération nationale pour être le porte-drapeau de la Révolution algérienne sur la scène médiatique mondiale. Au lendemain du recouvrement de la souveraineté nationale, son siège a été naturellement transféré à Alger.

    https://www.aps.dz/a-propos-de-l-aps

    Le 22 novembre l’APS a relaté l’épisode de l’arrestation à Alger de l’écrivain titulaire des nationalités algérienne et française Boualem Sansal sous le titre : « Sansal, le pantin du révisionnisme anti-algérien ». L’introduction de cet intéressant article annonce son parti résolument anti-Sansal :

    L’agitation comique d’une partie de la classe politique et intellectuelle française sur le cas de Boualem Sansal est une preuve supplémentaire de l’existence d’un courant « haineux » contre l’Algérie. Un lobby qui ne rate pas une occasion pour remettre en cause la souveraineté algérienne.

    https://www3.aps.dz/sansal-le-pantin-du-revisionnisme-anti-algerien/

    La suite est à l’avenant et mérite lecture pour qui veut réellement comprendre la nature de la relation actuelle entre la France et l’Algérie, faite de haine et de ressentiment entre l’ancien colonisé et l’ex-puissance coloniale. La France « Macronito-Sioniste » est vouée aux gémonies et accusée pêle-mêle de révisionnisme, de négationnisme, d’atteinte à la liberté d’expression avec la détention de Pavel Durov… N’en jetez plus !

    Ce texte est significatif de l’impasse dans laquelle se trouvent la France et l’Algérie et l’absence de tout espoir que la situation s’améliore avant quelques siècles. Le plus rationnel serait de rompre les relations purement et simplement pour que Paris regarde vers l’Europe et Alger vers le Sud ou vers Moscou. Mais, l’un des effets les plus délétères de la colonisation menée par la France est l’imbrication socio-économique extrême qui existe encore entre les deux pays. Celle entre les peuples, combien d’émigrés algériens et de français d’origine algérienne sur le territoire français ? On parle de 4 ou 5 millions, une diaspora qui bien évidemment pèse dans la géopolitique franco-algérienne. L’imbrication est aussi économique, la force des intérêts des uns chez les autres, et vice versa, est telle qu’elle est difficile à rompre.

    Il faudrait des deux côtés de la Méditerranée des dirigeants suffisamment forts et courageux pour oser prononcer le divorce et se donner rendez-vous dans cent ans pour voir s’il est souhaitable de se reparler. Nous ne les avons pas alors les citoyens des deux pays voient leurs dirigeants s’écharper comme des gamins dans une cour d’école. A défaut de purger une fois pour toute ces relations très mal engagées depuis l’invasion de l’Algérie par les troupes de Napoléon III en 1830 par suite de différents incidents dont le refus de la France de rembourser une dette qu’elle avait à l’égard de l’Algérie depuis Louis XVIII, les deux pays vont continuer à s’affronter verbalement sur tous les sujets possibles qui fondent normalement les relations entre pays. C’est assez pathétique et, a priori, destiné à la rester pour encore de nombreuses générations.


    La suite de l’article APS

    « Il faut dire que ce lobby haineux a eu une mauvaise semaine. Il faut les comprendre. D’abord, un de leurs protégés, Kamel Daoud, a été pris la main dans le sac, exploitant les douleurs d’une victime du terrorisme en Algérie pour rafler « le Goncourt ». Ensuite, leur ami génocidaire Netanyahu s’est vu délivrer un mandat d’arrêt international par la Cour pénale internationale (CPI). Enfin, l’autre écrivain de Gallimard, Sansal, se voit arrêter en plein délire révisionniste. Au passage, le même Sansal avait été accusé par l’écrivain Wassini Larredj de lui avoir volé son titre et la trame du Roman « 2084 la fin du Monde ». Comme quoi dans la confrérie du plagiat et du détournement littéraire, la France de l’édition a bien choisi ses poulains algériens.
    « Le gouvernement français doit exiger sa libération immédiate », lancera le naturalisé par décret, Eric Zemmour en faveur de son « ami », Boualem Sansal. Le Président Macron qui revient d’un voyage bronzé du Brésil, où il avait traité les Haïtiens de « cons » (la Routine quoi !), se dit « très préoccupé ».
    La France Macronito-Sioniste qui s’offusque de l’arrestation de Sansal (à l’aéroport d’Alger), n’a toujours pas déclaré au monde si elle a la souveraineté nécessaire de pouvoir arrêter Benjamin Netanyahu, si jamais il se pointerait à l’aéroport Charles De Gaulle ! Puisque Paris parle de Droit et de Droits de l’Homme, se conformer au droit international dans le cas de Netanyahu serait déjà un bon début.
    La France de Macron n’est pas à une contradiction prés. Le même Macron qui parle de « crimes contre l’Humanité » en Algérie concernant la colonisation française, qui admet la reconnaissance historique d’assassinat d’Etat dans le cas de Ali Boumendjel, Maurice Audin ou de Larbi Ben M’hidi, poussant la contrition jusqu’à envoyer son ambassadeur avec une gerbe de fleurs sur la tombe de notre martyr, prend la défense d’un négationniste, qui remet en cause l’existence, l’indépendance, l’Histoire, la souveraineté et les frontières de l’Algérie !
    La France qui légifère à tour de bras sur les lois mémorielles, surtout quand il s’agit du révisionnisme anti-juif (Loi Gayssot), ne devrait-elle pas, plutôt, condamner Sansal pour sa tentative de nier l’existence même de la Nation algérienne. Ça serait un bon sujet d’étude et de négociation pour Benjamin Stora !
    En définitive, à chaque poussée de fièvre anti-algérienne, Paris charge Alger de tous les maux alors que l’Algérie agit, toujours, selon le principe de cohérence. Accuser l’Algérie d’empêcher la liberté d’expression, alors que les Français détiennent toujours Pavel Durov, le fondateur de la messagerie Telegram, plateforme mondiale de l’expression, est la confirmation de cette sinistre comédie dont seul Sansal est le pantin utile. »
  • La Centrafrique rend hommage à Prigogine et son adjoint, tous deux décédés dans un « accident » d’avion probablement provoqué par le pouvoir Russe

    La Centrafrique rend hommage à Prigogine et son adjoint, tous deux décédés dans un « accident » d’avion probablement provoqué par le pouvoir Russe

    La République Centrafricaine rend hommage à Evgueni Prigogine et son adjoint en érigeant une statue de ces personnages au centre de la capitale. Tous deux ont fondé et dirigé le groupe « Wagner » composé de forbans mercenaires protégeant le pouvoir de Bangui depuis la fin des années 2010 en échange de concessions minières. Le plus ironique dans cette affaire est que Prigogine et tout son état-major ont été tués lorsque leur avion a malencontreusement rencontré un missile dans le ciel de Russie en 2023. Engagé dans la guerre d’Ukraine, le groupe « Wagner » avait initié une rébellion contre le pouvoir de Moscou accusé de mal mener la guerre. Il en a payé le prix du sang. Pas sûr que la Russie partage cet hommage rendu par Bangui !

    Peut-être un jour la Centrafique érigera une statue en hommage au Commandant Mansion, officier des services secrets français, qui, dans les années 1980, a joué le rôle de proconsul pendant plus de dix années auprès des présidents qui se sont succédé au pouvoir ?

    Lire aussi : Mais de quoi se mêle-t-on en Centrafrique ?

    Après tout, les Russes ont rétabli en 2023 la statue de Félix Dzerjinski le créateur du NKVD dans les années 1930 devenu ensuite KGB après plusieurs étapes, et FSB aujourd’hui, coresponsables des millions de morts de purges staliniennes.

    Lire aussi : Le retour de Felix Dzerjinski à Moscou

  • Syrie : un barbu pour remplacer une canaille

    Syrie : un barbu pour remplacer une canaille

    La famille Assad trustait le pouvoir en Syrie depuis 1971 et le coup d’Etat mené par Hafez el-Assad (1930-2000). Son fils Bachar, 59 ans, a succédé à Hafez après sa mort en 2000, ce qui a été validé par un référendum. L’opposition islamique vient de renverser Bachar el-Assad qui a fui le pays et se serait réfugié en Russie. Le père et le fils ont globalement utilisé les mêmes méthodes pour asservir le peuple syrien et servir leurs intérêts familiaux. Le pays est une dictature d’un modèle sévère. Père et fils ont utilisé des armes chimiques contre leur propre peuple, ce qui est assez unique et dénote une absence totale de scrupules de cette famille. Les prisons syriennes sont réputées parmi les plus barbares de la planète. L’un et l’autre ont placé leur famille à la tête des intérêts économiques du pays où la corruption est érigée en mode de fonctionnement depuis des décennies. Les frères de ces présidents père et fils sont soit affairistes de haut vol, soit à la tête de gardes prétoriennes protégeant le pouvoir de la famille. Dans un domaine comme dans l’autre, ils ont agi sans pitié ni aucune humanité.

    Lire aussi : « Les âmes perdues » de Stéphane Malterre et Garance Le Caisne

    Ils font partie de la communauté minoritaire alaouite, une branche du chiisme musulman dans un pays qui est majoritairement sunnite. Mais il apparaît que les alaouites qui occupent les postes clés dans l’armée n’ont que très peu combattu contre les rebelles qui viennent de conquérir le pays en une dizaine de jours. Sans doute ont-ils été démotivés par la fuite peu glorieuse vers Moscou de leur président ces jours derniers.

    Tous deux n’ont négligé aucune méthode pour renforcer leur pouvoir. Hafez a accueilli et protégé à Damas le nazi Aloïs Brunner qui a été un des artisans de l’extermination des juifs sous le régime nazi. Brunner deviendra le conseiller de Hafez el-Assad en matière de sécurité et aurait formé les responsables des redoutables services secrets syriens. Bachar lui accepte le renforcement significatif de la présence militaire russe en Syrie qui était directement engagée contre les différentes rebellions qui agitent le pays depuis le début de la guerre civile en 2011 et qui aurait fait environ un demi-million de morts ainsi que des millions de déplacés, dans et en-dehors du pays.

    Bachar el-Assad reçu à l’Elysée par Nicolas Sarkozy en juillet 2008

    La France qui fut la puissance mandataire du Liban et de la Syrie jusqu’à la fin des années 1940 continue à vouloir s’ingérer dans la vie politique de ces deux pays en cherchant aveuglément à vouloir se rapprocher de cette famille sanguinaire. Le Président Jacques Chirac fut le seul président occidental à assister sur place aux obsèques d’Hafez en 2000. En 2008, Bachar fut reçu à l’Elysée par le président Nicolas Sarkozy. Et toutes ces amabilités ont été déployées malgré l’implication de la Syrie dans nombre d’opérations de terrorisme international ayant touché directement citoyens et intérêts français, dont l’assassinat de l’ambassadeur de France au Liban Louis Delamarre en 1981, ce qui n’empêcha pas Paris d’accueillir les membres de la famille Assad qui étaient déclarés persona non grata par Damas et se sont installés à Paris des années durant…

    Les rebelles qui ont chassé le président Assad se réclament de l’islamisme. Leur chef est un ancien affilié du mouvement Al-Qaida responsable des attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis qui a consisté à détourner et jeter quatre avions de ligne plein de passagers sur différents sites, dont les Twin towers de New York qui se sont effondrées causant environ 2 600 morts. Le groupe terroriste religieux s’est aussi particulièrement distingué par sa barbarie hors norme Le garçon qui aurait quitté Al-Qaida taille sa barbe d’un peu plus près désormais, mais on peut douter qu’il soit soudain devenu poète et démocrate. Il serait opportun que Paris attende un peu avant de le recevoir avec les fastes de la République. Il n’est d’ailleurs pas écrit que la famille Assad soit à passer définitivement par pertes et profits. Il reste la génération suivante. Qui sait si elle ne réapparaîtra pas un jour ?

    Il est sans doute un peu prématuré pour se réjouir pour l’avenir de la Syrie. La « libération » est certes une première étape mais il est peu probable que le pays se remette avant plusieurs générations des dictatures et des guerres qui le déchirent depuis des décennies. Il est encore moins probable que si redressement il y avait il puisse être menée sous la direction d’islamistes.

    La Syrie va devoir encore attendre pour retrouver la liberté, si elle y arrive un jour. Ce pays est le fruit d’une histoire millénaire, après tout c’est là que l’histoire occidentale a commencé il y a plus de 2000 ans. On parlerait encore l’araméen, la langue de Jésus, dans certaines parties du pays. Les Syriens ont su traverser l’Histoire et survivre à ses à-coups tragiques. Gageons qu’ils arriveront aussi à absorber ces 50 années de férule Assad.

  • « Leni Riefenstahl. La lumière et les ombres » d’Andres Veiel

    « Leni Riefenstahl. La lumière et les ombres » d’Andres Veiel

    Leni Riefenstahl (1902-2003), actrice et réalisatrice allemande, belle et talentueuse, fut choisie par Hitler pour assurer la propagande du régime nazie, de la marche vers le pouvoir en 1933 jusque durant la IIe guerre mondiale. Elle accomplit cette tâche avec « talent » et ses films sur les grands rassemblements nazis à Nuremberg ont marqué par leur esthétique de la puissance brute, de même que le rendu de la gestuelle du Führer durant ses célèbres discours incantatoires a frappé les foules allemandes enthousiastes. Après la guerre elle se justifiera en affirmant avoir tout ignoré de la réalité du nazisme.

    A partir d’archives nombreuses le réalisateur allemand Andres Veiel trace un portrait édifiant de la cinéaste dans ce documentaire sans concession. Les interventions de Riefenstahl jusqu’à la toute fin de sa vie en 2003 (à 101 ans) montrent sa volonté de se justifier, probablement en réécrivant l’histoire en sa faveur. Très narcissique elle explique que si Staline ou Roosevelt lui avait demandé de produire des films à leur gloire elle les aurait réalisés comme elle l’a fait pour les nazis. Elle évoque accessoirement la brutalité de Goebbels qui voulut la séduire et avec qui elle partagea « plusieurs aventures ». Après la guerre, elle épouse un homme de 40 ans son cadet et continue de réaliser des films dont plusieurs reportages sur le peuple Noubas au Soudan. Par souci de justification et sans doute aussi par nombrilisme aigu, elle enregistre ou filme tous les éléments de sa vie post-guerre : conversations téléphoniques, interviews, vie conjugale et toutes sortes de rencontres médiatiques dont elle semble plutôt friande. C’est dans ces archives que pioche Veiel pour composer cet intéressant portrait, un peu effrayant.

    Narcisse du XXe siècle Riefenstahl veut se persuader qu’elle n’a pas compromis avec la barbarie nazie et cherche surtout à en convaincre le monde extérieur. Elle n’y réussit pas vraiment mais elle est probablement assez représentative de la masse des Allemands moyens qui se sont laissé aller à suivre une idéologie barbare, sans forcément y adhérer totalement. Cette indifférence a mené à la dévastation du XXe siècle et l’effondrement de la vieille Europe. Le mieux pour Riefenstahl aurait été de disparaître médiatiquement après la guerre, son narcissisme doublé d’une culpabilité, consciente ou pas, d’avoir été mêlée à de pareils évènements l’ont amenée à vouloir faire émerger sa propre vérité. Cela l’a au moins maintenue en forme puisqu’elle est porte centenaire.

  • La retraite d’Afrique se poursuit

    La retraite d’Afrique se poursuit

    Le Tchad annonce mettre fin aux accords de défense qu’il partageait avec la France. C’est une bonne nouvelle même si elle heurte un peu l’ego français dont l’armée a sauvé plus d’une fois le régime tchadien des attaques de son opposition armée. Des soldats français et du matériel sont stationnés à N’Djaména depuis des lustres. Les contribuables français payent pour ces forces depuis les mêmes lustres. Sans doute cette implication militaire française eut une certaine utilité durant la guerre froide, en tout cas on peut l’espérer. Il serait intéressant d’ailleurs de la documenter, pour l’histoire. Elle n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui où les anciennes colonies françaises du continent rejettent l’ancienne puissance coloniale avec fracas.

    C’est un peu le dernier clou planté dans le cercueil de la colonisation, une page d’histoire qui se referme, 60 ans après la décolonisation légale de ces territoires. Il reste encore des soldats français au Sénégal dont le nouveau président a annoncé le départ prochain. Rendez-vous dans un siècle pour faire le bilan de tout ce passé sensible et de ce qui se sera passé depuis.

    En attendant, les militaires pourront très utilement être redéployés en Europe où leur présence sera bien plus utile à la France que sur le continent africain.

  • Boualem Sansal emprisonné à Alger

    Boualem Sansal emprisonné à Alger

    L’écrivain algérien Boualem Sansal vient d’être arrêté à l’aéroport d’Alger en provenance de France. Il serait accusé « d’atteinte à l’unité nationale ». Sa production littéraire, dirigée contre l’islamisme conquérant, ainsi que l’inefficacité et la corruption du régime algérien, est fortement critiquée dans son pays d’origine où elle est d’ailleurs censurée. Il est aussi fort critique contre les régimes occidentaux qui ne lutteraient pas assez vigoureusement contre l’islamisme. Il avait malgré tout choisi de rester résider en Algérie et faisait de fréquents aller-retours au-dessus de la Méditerranée.

    Il a obtenu récemment la nationalité française ce qui a peut-être précipité son arrestation compte tenu des relations actuellement déplorables entre les deux pays. Il s’est jeté dans la gueule du loup et celui-ci a les dents particulièrement aiguisées contre tout ce qui touche de près ou de loin à l’ancienne puissance coloniale. Dans ces conditions il n’a pas été très avisé de se rendre en Algérie, d’autant plus que ce pays ne reconnaît pas le concept de deux nationalités. S’il est entré en Algérie avec son passeport algérien l’administration locale le considère comme un citoyen lambda et lui applique ses lois sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit, et encore moins à Paris. S’il a présenté un document français cela devient une affaire franco-algérienne, une de plus.

    A-t-il tenté le diable par fanfaronnade ou par mauvaise estimation du risque ? Dans les deux cas il a manqué de clairvoyance, Boualem Sansal est plus utile à sa cause en écrivant des livres en Occident plutôt qu’en moisissant dans une prison algérienne. L’émotion manifestée par les milieux littéraires et médiatiques français devant cette arrestation risque plutôt d’aggraver encore son cas vis-à-vis d’Alger. Le mieux pour Paris serait d’essayer de régler cette affaire dans la discrétion, mais sans garantie de succès à court terme.

    Si la France pratiquait les méthodes russes, par exemple, il suffirait de prendre en otage un écrivain algérien et de négocier son échange avec M. Sansal. Mais nous sommes à Paris et c’est sans doute la raison pour laquelle il a cherché à obtenir la nationalité française et pas la russe…

    Grandeur et décadence de la démocratie!

  • Un forban centrafricain

    Un forban centrafricain

    Un consortium de journaux, dont Le Monde, coordonné par l’organisation Forbiden Stories, a identifié et interrogé un citoyen centrafricain réfugié en France, Ephrem Yalike Ngonzo, qui a révélé que les forces russes en Centrafrique l’auraient recruté et payé à partir de fin-2019 pour diffuser localement des informations plus ou moins fausses en faveur de l’intervention russe en cours dans ce pays et généralement en défaveur de la France ou des Nations-Unies. A la tête d’un média en ligne, M. Ngonzo aurait endossé le rôle de désinformateur contre rémunération. Progressivement le manipulateur aurait éprouvé quelques scrupules jusqu’à prendre peur de ses mentors russes et fuir vers la France qui, bonne mère, lui a délivré un visa.

    J’ai contribué au maintien de mon pays dans le chaos… Aujourd’hui, je veux tout dénoncer pour réparer, me délivrer de ma honte et de mes regrets.

    Le Monde (21/11/2024)

    Il est ironique que le nom même de « Ngonzo » se rapproche de celui du journalisme dit « gonzo », un courant de la presse développé dans les années 1970, aussi qualifié « d’ultra-subjectivité » qui consiste à favoriser la fiction au détriment de l’information…

    Fin 2024 M. Ngonzo raconte son « aventure » aux journaux occidentaux et se présente comme « lanceur d’alerte ». On peut penser que Forbiden Stories a mené quelques investigations pour vérifier ses dires mais qui peut vraiment savoir si M. Ngonzo n’est pas un agent triple ou quadruple ? Quel est d’ailleurs l’intérêt de ses déclarations pour la République française qui n’ignore pas depuis longtemps que l’une des spécialités de la Russie est la désinformation, en Centrafrique comme ailleurs. Alors sur quelles bases a-t-on délivré un visa à M. Ngonzo, un homme qui a nui à la France, par faiblesse ou par intérêt de la République ? Sans doute a-t-il été débriefé par les services de sécurité français qui en ont peut-être appris un peu plus sur les méthodes de leurs homologues russes ? Certainement s’il a trahi ses mentors russes ceux-ci menacent sa vie et celle de sa famille car il est plus aisé de trahir la France que la Russie

    Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? L’avenir le dira. Si un jour la République centrafricaine cherchait à retourner sa veste, lâcher la Russie et revenir vers la France, on se demande si Paris l’accueillerait avec la même complaisance que celle manifestée à M. Ngonzo ? C’est probable à l’heure où la reprise de la coopération financière est annoncée et où le président centrafricain a été reçu à l’Elysées par le président Macron le 17/04/2024.

    En attendant, l’ambassadeur de France en Centrafrique introduisait son discours du 14/07/2024 par ces phrases :

    Accompagné de l’ensemble de l’équipe France en République centrafricaine, je suis très heureux que nous partagions ensemble un moment de joie, de convivialité et de fraternité placé sous le signe de l’amitié entre la France et la RCA.

    Je remercie très chaleureusement le chef de l’Etat qui nous fait l’honneur de rehausser cette célébration par sa présence.

    Ces derniers mois ont été le théâtre d’une reprise d’un dialogue constructif entre nos pays, marqué par plusieurs rencontres entre le Président Macron et vous-même, monsieur le Président. Vos échanges ont posé les jalons d’un dialogue renouvelé entre nos deux nations, traduit dans l’endossement par les deux parties d’une feuille de route bilatérale le 17 avril dernier, à Paris.

    Dans les faits, cette feuille de route trouve une première illustration concrète avec la reprise imminente de l’aide budgétaire française, d’un montant de 10 millions d’euros. 

    https://cf.ambafrance.org/Discours-prononce-par-S-E-l-Ambassadeur-de

    Les méandres diplomatiques sont souvent mystérieux pour les citoyens ordinaires. Le cas de la Centrafrique dépasse l’entendement !

  • Ils n’auront pas l’Alsace et la Lorraine

    Ils n’auront pas l’Alsace et la Lorraine

    Avec une joie mauvaise les Français découvrent les difficultés économiques dans lesquelles se débat leur voisin allemand. Le pays devrait être en récession économique en 2024 pour la deuxième année consécutive et la coalition politique au pouvoir est en train de se dissoudre. Volkswagen ferme des usines dans le pays, le président élu américain Donald Trump déteste l’Allemagne et ses citoyens vieillissent encore plus vite qu’en France. Bref, tout ne va pas pour le mieux à Berlin ce qui réjouit une partie des commentateurs français du Café du commerce.

    Ils devraient plutôt refréner leur bonheur, d’abord par souci d’élégance, mais, surtout car si la première économie d’Europe fait face à un incontestable coup de vent, pour des raisons évidentes c’est tout le continent qui en subit les conséquences. Gageons toutefois que l’Allemagne saura affronter cette nouvelle situation avec son pragmatisme habituel. C’est tout le vieux monde européen qui se rabougrit face au nouveau monde et au « Sud global ». Au moins Berlin part avec une situation de ses finances publiques meilleure que celle des pays latins qu’elle qualifia du temps de sa toute-puissance de pays « Club-Med », ce dont elle aurait pu se passer.

    Engluée dans le chaos de ses finances publiques et de ses minorités parlementaires se tenant par la barbichette la France est la dernière à pour voir donner des leçons d’économie à sa voisine d’outre-Rhin, sa meilleure ennemie depuis si longtemps !

    Mauvaise foi des perdants
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