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  • La Géorgie et la Moldavie tiraillées entre l’Est et l’Ouest

    La Géorgie et la Moldavie tiraillées entre l’Est et l’Ouest

    En Géorgie (4 millions d’habitants) ce week-end les électeurs ont donné une majorité de 53% au parti prorusse Rêve géorgien laissant un peu dépités les minoritaires plutôt proeuropéens.

    En Moldavie (3 millions d’habitants) le week-end dernier, un référendum sur l’Union européenne (UE) a abouti à une courte majorité en faveur de l’adhésion de 50,43%.

    Dans les deux pays la tradition démocratique est assez récente et on peut facilement imaginer que le processus électoral n’a pas été d’une parfaite objectivité. L’influence russe est aussi évidente, en Géorgie comme en Moldavie qui toutes deux, non seulement partagent une frontière avec la Russie mais ont une partie de leur territoire occupé par la Russie. Ces deux pays firent partie de l’Union soviétique et Moscou voit d’un mauvais œil leur éventuel rapprochement avec l’UE. C’est pour rappeler fermement sa position que Moscou a déployé son armée dans deux provinces de Géorgie par suite de la guerre éclair de 2008 et n’a jamais lâché son occupation de la Transnistrie depuis son intervention militaire dans cette partie de la Moldavie en 1992.

    Comme l’Ukraine, ces deux ex-Républiques soviétiques restent tiraillées entre l’Est et l’Ouest. Même si ces élections ont sans doute été entachées de fraude celle-ci n’a certainement pas fondamentalement changé le fait que les populations sont sérieusement divisées sur le sujet et quelle que soit l’orientation qui sera prise par ces pays elle montera la moitié de la population contre l’autre.

    L’UE peut aussi se poser légitimement la question de son intérêt à intégrer un jour ces pays comme le souhaite une partie de leurs peuples. Mis à part une espèce de victoire « morale » sur la Russie qui a succédé à l’ennemi soviétique, l’adhésion de la Moldavie et de la Géorgie est une mine de difficultés (et de coûts substantiels) à venir. Faire adhérer des pays occupés par une armée étrangère est déjà arrivé avec l’intégration en 2003 de Chypre occupée par la Turquie. Est-ce une raison pour renouveler l’erreur qui est d’ailleurs en contradiction avec les règles de l’Union qui requièrent des « institutions stables » avant l’adhésion ? Difficile de plaider la stabilité quand des pays sont occupés par la Russie. Au-delà, les intérêts européens commerciaux, industriels ou financiers que rapporteraient leur adhésion sont difficiles à identifier.

    Malgré tout l’UE, plus diplomatique que pragmatique, ne sait pas dire non et dès qu’un pays fait mine de se diriger vers elle, bonne mère, elle lui ouvre les bras et ses poches, négligeant ses propres intérêts le cas échéant. Et c’est ainsi que l’UE a attribué le statut de candidat à la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine avant donc de l’octroyer récemment à l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie. Il suffit d’imaginer demain la table du conseil européen avec les 27 pays actuels plus les 8 candidats pour avoir au mieux, une vision d’un blocage institutionnel total, et, au pire, une idée de l’enfer politique sur terre.

    Il est sans doute trop tard pour inverser le mouvement avec l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie à qui le statut de candidat a été accordé en 2023 et, pour les deux premiers, avec qui les négociations ont officiellement démarré le 25 juin dernier. Mais pour les quatre autres (dont la Serbie prorusse, ennemie affichée de la Croatie, sans parler du Kosovo qui n’est pas encore candidat) il n’est pas sûr que leur désir d’adhésion soit tellement partagé par les populations locales et, même s’il l’était, faut-il quand même envisager les négociations ? Celles-ci ne sont pas forcé d’aboutir favorablement, le cas de la Turquie est là pour le confirmer, mais généralement, une fois engagées elles débouchent quasi mécaniquement sur l’adhésion. Pour Chypre par exemple où une « ligne rouge » de la résolution de conflit avec la Turquie avait été posée par l’UE, cette réserve de bon sens a finalement été balayée devant la faiblesse des diplomates. La Grèce qui avait bien évidement annoncé son veto a finalement été poussée à le lever et Chypre est entrée dans l’UE en 2003 avec… la moitié de son territoire occupé par la Turquie qui a créé la République turque de Chypre du Nord (RTCN). Vous remplacez Turquie par Russie et vous avez une situation très similaire avec la Géorgie et la Moldavie. Il est à craindre que les choses se terminent de la même façon, c’est-à-dire de manière défavorable aux intérêts de l’Union européenne.

    L’importation du chaos au sein de l’UE est une première victoire pour la Russie. Même si sa conquête de l’Ukraine est poussive et ne concernera probablement que le Dombass, l’adhésion de l’Ukraine résiduelle sera néfaste pour l’Europe ce dont ne pourra que se réjouir le « Sud global ». Compte tenu de la guerre en cours entre Russie et Ukraine on voit mal comment les pays-membres actuels pourraient s’opposer à l’adhésion. Les obstacles structurels qui ne manqueront pas de se présenter seront probablement balayés pour des « raisons politiques ».

    L’article 88.5 de la constitution française stipule :

    Tout projet de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un État à l’Union européenne est soumis au référendum par le Président de la République.

    Toutefois, par le vote d’une motion adoptée en termes identiques par chaque assemblée à la majorité des trois cinquièmes, le Parlement peut autoriser l’adoption du projet de loi selon la procédure prévue au troisième alinéa de l’article 89.

    [cet article n’est pas applicable aux adhésions faisant suite à une conférence intergouvernementale dont la convocation a été décidée par le Conseil européen avant le 1er juillet 2004]

    Le moment venu, et si cet article n’est pas modifié d’ici là, le peuple, par référendum, ou le parlement, à la majorité des trois-cinquièmes, devront valider une éventuelle adhésion de l’Ukraine, comme celles de tous les autres candidats. L’UE imposant pour le moment l’unanimité pour approuver l’adhésion, en théorie le peuple français, ou ses représentants, pourraient s’y opposer.

    Il sera intéressant de voir comment ces adhésions seront soumises à l’article 88.5 et les réponses qui seront apportées à ces projets d’adhésion !

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  • Des galonnés s’autocongratulent au Mali

    Des galonnés s’autocongratulent au Mali

    Le conseil des ministres malien a décidé d’une série de promotions de cinq galonnés, à commencer par le colonel Goïta, chef de l’Etat malien arrivé au pouvoir en 2021 via deux coups d’état militaires en 2021, nommé général d’armée sans passer par les grades intermédiaires.

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  • Les gangs marseillais affichent leurs appartenances

    Les gangs marseillais affichent leurs appartenances

    A Marseille la guerre des gangs qui prospèrent sur le trafic de drogue fait rage. Les assassinats en pleine rue sont légion, parfois dans des conditions barbares où des gamins sont brulés vifs dans des voitures. On a appris récemment qu’un enfant de 14 ans avait été commandité par un dealer, depuis sa prison, pour tuer un concurrent. A défaut de l’avoir trouvé, il aurait assassiné d’une balle dans la tête le chauffeur de taxi qui l’avait conduit et refusait de l’attendre pour le retour.

    On découvre à cette occasion que l’un des groupes mafieux qui domine ce narcobanditisme sanglant dans la cité  phocéenne se surnomme « DZ Mafia ». Sans doute peu de citoyens savent que « DZ » est le code standardisé attribué à l’Algérie par l’Organisation internationale de normalisation ISO. Ce sont généralement les deux premières lettres du nom du pays dans sa langue qui sont retenues, FR pour la France, US pour les Etats-Unis, DE pour l’Allemagne. Dans le cas de l’Algérie D et Z sont les deux premières lettres du nom Algérie exprimé en langue arabe « الـجَزَائِر », ce qui donne « El Djazaïr » en lettres latines. Sans qu’on le lui demande ce groupe de narcotrafiquants affiche lui-même son appartenance. Peut-être s’agit-il d’une provocation pour tromper sur ses origines, peut-être pas ? Il s’attribue aussi lui-même le statut de « mafia » dans sa dénomination.

  • La guerre civile au Soudan se poursuit

    La guerre civile au Soudan se poursuit

    Au Soudan la guerre civile déclenchée par deux galonnés, étouffés par un hubris débordant, se poursuit sans espoir de la voir se terminer à court terme. Le pays est dévasté, au bord de la famine, des millions d’habitants ont été déplacés vers les pays avoisinants ou dans de gigantesques camps de réfugiés, les crimes ethniques se sont multipliés avec leur cortège de meurtres, de viols, de pillage…

    Les deux généraux qui s’affrontent semblent disposer de ressources sans limites et on se demande d’ailleurs comment ils arrivent à financer leur arsenal meurtrier compte tenu du niveau de sous-développement extrême du Soudan. Malgré tout les armes affluent de toutes parts vers le pays et alimentent la guerre. On ne sait pas bien comment ni par qui elles sont payées, mais on sait comment elles sont utilisées.

    Dans différentes enceintes internationales ou au sein d’organismes humanitaires on critique l’Occident qui reste inactif face à ce désastre, et qui se préoccupe plus de l’Ukraine que du Soudan. C’est incontestable mais l’interventionnisme de l’Occident, en Afrique comme ailleurs, a montré ses limites et a été tout aussi critiqué. De la Somalie en 1992, au Mali en 2012, en passant par l’Afghanistan, les interventions armées menées par l’Occident ces dernières décennies ont été des échecs politiques, même si parfois assises sur des succès militaires. Mais à chaque fois les troupes ont dû être piteusement repliées, laissant au passage des dizaines de morts dans leurs rangs, sous les huées des populations locales. On comprend que les pays de l’Ouest soient réticents à se lancer dans de nouvelles interventions.

    L’Organisation des Nations Unies (ONU) est impuissante. Les embargos sur les armes prononcés sont contournés et ses propositions d’interventions de « forces de la paix » sont rejetées par les parties. L’Afrique est aussi plutôt silencieuse sur le sujet du Soudan qui symbolise le pire de ce que deux forbans peuvent faire vivre à un pays sur lequel ils exercent leur pouvoir maléfique. Pour le moment il n’y a guère de solution efficace possible sinon attendre que l’un terrasse l’autre. Le plus rapidement serait le mieux.

  • Israël renforce l’option militaire

    Israël renforce l’option militaire

    Avec constance et une relative efficacité, au moins à court terme, l’armée israélienne réussit à tuer les cadres des mouvements terroristes qui cernent son territoire. Les conditions dans lesquelles sont « neutralisés » ces chefs de guerre dépassent souvent l’entendement et marquent à quel point les services israéliens ont infiltré leurs ennemis. L’histoire donnera sans doute un jour les détails de ces opérations d’infiltration, qui, et comment, délivre les informations nécessaires à Israël pour tuer les dirigeants ennemis.

    Certaines opérations sont assez peu « chirurgicales » et lorsque que l’armée est informée de la présence d’un ou plusieurs chefs dans un endroit précis c’est tout l’immeuble qui est bombardé sans trop s’inquiéter d’éventuels « dégâts collatéraux » parmi les populations civiles environnantes. D’autres sont réellement ciblées comme l’assassinat d’Ismaël Haniyeh, le chef du mouvement religieux Hamas qui gouverne la bande de Gaza, réalisé en plein Téhéran le 31 juillet dernier, alors qu’il effectuait une visite officielle dans ce pays. Cette opération n’est pas sans rappeler celle contre Ayman Al-Zawahiri, le dirigeant du groupe religieux terroriste « Al-Qaida », atteint par un missile américain en plein Kaboul en août 2022, alors qu’il était à son balcon. La munition semble avoir visé directement le balcon sans avoir causé aucun autre dommage que la mort du chef terroriste. On se souvient également que quelques mois plus tard, un physicien haut responsable du programme nucléaire iranien avait été assassiné dans Téhéran, sans doute à l’initiative d’Israël, malgré la protection renforcée dont il bénéficiait.

    La guerre en cours au Proche-Orient déclenchée depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 a entraîné une avalanche d’innovations techniques sidérantes mises en œuvre et employées dans des assassinats plus ou moins ciblés. Il y a quinze jours on a assisté avec stupéfaction à l’affaire dite des « bipeurs ». Le mouvement terroriste religieux Hezbollah avait interdit à ses membres d’utiliser des téléphones mobiles dont tout le monde sait désormais qu’ils sont traçables et écoutables et les avait remplacés par des bipeurs et des talkies-walkies, outils plus anciens et en principe moins visibles par « l’ennemi ». Eh bien mi-septembre, ce sont des milliers de ces instruments qui ont explosé quasiment au même moment au Liban dans les mains ou à la ceinture de leurs détenteurs. Il y a eu des milliers de blessés et quelques dizaines de morts. A priori tout le management moyen du Hezbollah a été blessé ou mis hors d’état de combattre d’un seul coup. Les « experts » de plateaux télévisés soupçonnent que les services secrets israéliens aient pu détourner les bipeurs et talkies-walkies avant leur livraison pour introduire quelques grammes d’explosif dans chacun dont l’explosion aurait été déclenchée à distance par Israël le moment venu. On découvre par ailleurs que l’ambassadeur iranien au Liban avait son propre bipeur et a donc été blessé dans l’opération, confirmant au passage par l’absurde les liens entre ce mouvement et Téhéran.

    Quelques jours plus tard c’est le grand chef du Hezbollah qui était à son tour assassiné dans la banlieue de Beyrouth. Il semble que l’absence de moyens de communication après la destruction des bipeurs ait forcé les hauts dirigeants à se réunir en face à face dans un bunker hypersécurisé. Un bombardement avec des munitions appropriées capables de forer le béton a fait le reste. Depuis d’autres attaques se poursuivent contre des dirigeants de la hiérarchie du Hezbollah, dont la tête pensante des attentats contre les forces françaises et américaines qui, il y a 40 ans, essayaient de mettre fin à la guerre dans le cadre d’une mission internationale de maintien de la paix. Il y avait eu 58 militaires tués côté français et 220 côté américain.

    Cette inventivité technologique israélienne n’est pas exclusive, malheureusement, de destructions massives comme celles engagées dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre qui auraient fait plus de 40 000 morts selon les chiffres du Hamas.

    Mais la supériorité militaire de Tel Aviv sur les pays et mouvements qui la cernent n’est que tactique. Elle n’est d’ailleurs pas nouvelle et n’a jamais permis d’apporter la paix dans cette région sur une base durable. Elle a permis d’éloigner les ennemis du front pour un moment mais toujours ils sont revenus après avoir repris des forces. La guerre « des 6 jours », la guerre « du Kippour », les invasions passées du Liban et autres actions n’ont pas empêché chaque fois OLP, Hamas, Hezbollah de revenir sur le devant de la scène sous un nom ou sous un autre, avec de nouveaux dirigeants quand les précédents avaient été assassinés, et en générant toujours plus de haine et d’esprit de vengeance contre l’état religieux d’Israël. Les seuls pays frontaliers avec lesquels Tel Aviv entretient des relations à peu près apaisées sont ceux avec lesquels des accords de paix ont été signés : l’Egypte en 1979 et la Jordanie en 1994. Ces accords durent et permettent même à ces Etats de collaborer avec Israël dans la lutte anti-terrorisme.

    Il faudra sans doute un jour aller dans la même voie avec la Palestine et savoir développer une créativité cette fois-ci au service de la paix dans un contexte encore plus délicat qu’avec l’Egypte et la Jordanie car la Palestine n’est pas un Etat et sa représentation est très morcelée.

    En attendant, le Hamas et le Hezbollah, même considérablement affaiblis, continuent à tirer des missiles contre Israël et ne semblent pas rencontrer trop de difficultés pour recruter des soldats !

  • “Dahomey” de Mati Diop

    “Dahomey” de Mati Diop

    Le film documentaire de Mati Diop évoque la restitution d’œuvres d’art africaines qui avaient été prélevées à l’époque coloniale. La réalisatrice se qualifie elle-même « d’afrodescendante », née d’un père sénégalais et d’une mère française. Son film porte l’ancien nom de l’actuelle République du Bénin avec laquelle le processus de retour des œuvres est le plus avancé avec un premier lot de 26 pièces sur 7 000 qui seraient encore détenues en France.

    Finalement cette question [la restitution] traverse mon travail. Mais aussi les films que j’ai réalisés à Dakar entre 2009 et 2019 s’inscrivent dans une démarche de retour. Un retour vers mes origines africaines, vers une part de moi-même trop longtemps ensevelie sous l’hégémonie de mon environnement occidental.

    Mati Diop (dépliant « Dahomey » de l’AFCAE – Association française des cinémas art & essai)

    La caméra suit la statue homme-oiseau du roi Ghézo depuis son emballage au musée du Quai Branly jusqu’à l’ouverture de la caisse au nouveau musée construit pour ce faire au palais présidentiel de la Marina à Cotonou. La statue parle d’une voix sépulcrale pour réciter un gloubi-boulga de proverbes africains et de considérations philosophiques de bazar. Plus intéressants sont les dialogues échangés dans un auditorium de l’université d’Abomey Calavi, rempli de jeunes discourant sur le thème de cette restitution. Certains crient au scandale que seulement 26 œuvres seulement sur 7 000 soient de retour au pays, d’autres rendent hommage au président béninois qui a lancé le processus, tous se plaignent d’une colonisation qu’ils n’ont pas connue, et de la France coupable de tous leurs maux.

    Les sous-titres en français de la voix sépulcrale en langue fon sont en écriture inclusive, chacun se vautre dans la victimisation, le « décolonialisme » transpire de partout, la culture « woke » déborde sur le rivage de Cotonou. Quelques éléments historiques sur les royaumes du Dahomey, sur les personnages représentés par ces statues, sur la colonisation française dans ce pays auraient pu donner un peu plus d’intérêt à ce documentaire.

    La bonne nouvelle est que la restitution des œuvres africaines détenues par la France a commencé. De la famille franco-béninoise Zinsou qui a initié ce retour, le film ne dit pas un mot.

    Statue homme-oiseau du roi Ghézo (« Dahomey »)
  • L’invasion allemande des Birkenstock

    L’invasion allemande des Birkenstock

    L’Allemagne est une grande nation qui a significativement participé à l’élaboration de la culture occidentale, de la musique à la philosophie, en passant par la peinture, la poésie ou le cinéma. Goethe, Brahms, Kant, Hegel, Arendt… ne sont que quelques grands noms extraits de la longue liste des intellectuels allemands qui ont marqué l’époque contemporaine. Le pays a également un côté sombre qui a mené aux dérives des années 1930 où l’idéologie nazie a dévasté l’Europe.

    Le 25 août 1944, le Général von Choltitz remettait la reddition de l’armée allemande occupant Paris au Général Leclerc et au chef communiste résistant Rol-Tanguy. 80 ans plus tard, l’Allemagne qui a réintégré ses frontières historiques continue à envahir l’Europe, et même le monde, avec un outil certes bien plus pacifique mais toujours très voyant. La sandale Birkenstock a été adoptée par une grande partie de la population mondiale. En France elle est portée à la ville comme à la plage et les Français semblent heureux de s’afficher avec ce godillot lourd et inélégant, fruit d’un improbable croisement entre le sabot paysan et la tong estivale. Le résultat est plutôt affligeant mais le porteur de sandales Birkenstock affiche une satisfaction non dissimulée de vivre ses pieds à l’air (et à l’aise) dans ses sandales.

    Birkenstock est le nom du cordonnier qui a créé la société en 1774, « pionnière dans le domaine de la santé du pied » mais c’est surtout à la fin du XXème siècle que cette godasse teutonne a envahi nos plages et nos trottoirs. C’est regrettable car le résultat esthétique est peu reluisant. L’Allemagne nous avait habitué à mieux !

    Lire aussi : « Paris brûle-t-il ? – Quand le cinéma réinvente la Libération » au musée de la Libération de Paris
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  • L’Ukraine engagée au Mali ?

    L’Ukraine engagée au Mali ?

    Il semble que les mercenaires russes qui appuient l’armée malienne contre les terroristes religieux aient subi une défaite dans le désert, au village de Tinzawaten. Une soixantaine de cadavres d’hommes blancs auraient été répertoriés. L’Ukraine aurait fourni du renseignement aux terroristes sahariens pour faciliter leur victoire suivant le grand principe : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Un responsable militaire ukrainien a plus ou moins confirmé cet engagement de son pays contre les mercenaires russes au Sahel. Vu le pédigré des terroristes maliens en question, une association de circonstance entre des islamistes et des indépendantistes touareg, il n’est pas bien sûr que l’Ukraine ait misé sur le bon cheval mais on peut imaginer que tout ce qui peut nuire à la Russie intéresse Kiev. On peut se demander de quel type de renseignements pouvait bien disposer l’Ukraine sur le Sahel pour aider à cette défaite russe ? Le Sahara est tout de même assez éloigné des plaines ukrainiennes et sans doute pas au cœur des préoccupations de Kiev pour le moment…

    Bien entendu le vieux réflexe des anciens pays colonisés par la France d’accuser Paris d’être responsable de tous leurs malheurs joue encore aujourd’hui et l’Alliance des Etats du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Niger et le Burkina-Faso après que ceux-ci ont eu quitté la CDEAO et se soient rapprochés de la Russie, publie le communiqué rageur ci-dessus le 5 août.

    La France impliquée dans un jeu dangereux au Mali, aux côtés de l’Ukraine et de groupes terroristes !

    AES (https://x.com/AESinfos/status/1820574117269241994)
    Lire aussi : Le Mali, le Burkina-Faso et le Niger se retirent de la CEDEAO
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    La présence de l’Union soviétique et de son allié cubain a marqué les pays africains après leurs indépendances dans les années 1960. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs adopté le communisme comme programme politique sous couvert du « non-alignement » qui était en fait le faux-nez de Moscou contre les prétentions occidentales dans les pays nouvellement indépendants. Le Bénin, le Mali, la Guinée, l’Ethiopie, le Congo-Brazzaville, l’Egypte de Nasser, le Congo-Zaïre de Lumumba, l’Algérie, notamment, ont pactisé avec le grand frère soviétique et érigé parfois des dictatures sanguinaires, parfois des régimes qui n’avaient de communiste que le nom. A Moscou, l’université baptisée « Patrice Lumumba » a accueilli, et accueille toujours, nombre de cadres africains.

    Le retour de la Russie en Afrique n’est pas véritablement une surprise puisqu’elle y fut très présente jusqu’à la dissolution de l’URSS en 1991. Ce qui est nouveau en revanche est que l’ex-Union soviétique, maintenant réduite à la simple Fédération de Russie, qui reste tout de même en surface le pays le plus grand de la planète, s’y affronte avec l’Ukraine son ancien vassal. L’idéal serait tout de même que l’Afrique, après s’être débarrassée de ses colonisateurs, avoir abrité les conflits de la guerre froide, arrive à concevoir désormais son avenir sans plus d’interventions extérieures. Elle n’en prend pas le chemin, hélas.

    Pour le moment la Russie a perdu une bataille dans le désert, mais sans doute pas la guerre. Son plus grand défi reste d’ailleurs de ne pas être de nouveau rejetée par les populations comme le fut l’URSS à peu près partout sur le continent. Rendez-vous dans trente ans pour faire le bilan de ce nouvel activisme russe en Afrique.

  • Paris franchit le Rubicon de la discorde

    Paris franchit le Rubicon de la discorde

    Les informations du ministère algérien des affaires étrangères étaient les bonnes, la France vient effectivement de baiser la babouche du Roi du Maroc en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara « espagnol » dans une lettre du président de la République adressée à son homologue marocain. Courroucée, l’Algérie a, une énième fois, rappelé son ambassadeur en France. Une nouvelle tempête s’annonce dans le verre d’eau franco-algérien.

    Lire aussi : Un possible retournement de veste français qui surprend

    « Pour la France, l’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre dans lequel cette question doit être résolue. Notre soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 est clair et constant. »

    Extrait de la lettre publié par la presse marocaine
    https://www.challenge.ma/sahara-marocain-voici-lintegralite-de-la-lettre-adressee-par-macron-a-s-m-le-roi-284956/

    Le citoyen français se demande vraiment de quoi se mêle-t-on à Paris ? Où sont les intérêts vitaux de la France à s’ingérer dans un conflit régional africain ? Les échecs des expériences récentes d’interventionnisme sur le continent n’ont-elles pas servi de leçon ? A priori non, et c’est regrettable !

    A ce stade et depuis hier, Paris est maintenant réconcilié avec Rabat et désormais fâché avec Alger. Gageons que cette situation va certainement s’inverser un jour, au gré des relations tumultueuses de la France avec ses anciennes colonies. Plutôt que ces montées de tensions subites et ces déclarations d’amour intempestives pourquoi ne pas avoir laissé la situation ante : une relation fraîche avec ces deux pays en les laissant gérer leurs litiges tous seuls comme des grands. Notons d’ailleurs que celui issu de la « guerre des sables » de 1964 n’est toujours pas soldé entre ces deux pays maghrébins.

    De tous les pays membres des Nations-Unies (ONU), la France est la plus mal placée pour interférer dans ce conflit de décolonisation en tant qu’ex-puissance colonisatrice, justement des deux Etats qui se disputent ce bout de désert anciennement colonisé par l’Espagne. Paris ne sera qu’une source additionnelle de troubles et prendra des coups venant des deux côtés. Nous n’arrivons déjà pas à décoloniser la Nouvelle Calédonie, qu’allons donc nous faire dans cette nouvelle galère saharienne ?

    Le psychodrame continue, grandeur et décadence d’un ex-Empire !

  • Un possible retournement de veste français qui surprend

    Un possible retournement de veste français qui surprend

    On apprend par un communiqué du 25/07/2024 du ministère des affairés étrangères de la République démocratique et populaire d’Algérie que la France s’apprêterait à changer de position concernant le dossier du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, revendiqué par le Maroc et dont la communauté internationale, par la voix des Nations Unies (ONU), prône depuis toujours l’autodétermination via l’organisation d’un référendum, la zone étant classée pour le moment en « territoire non autonome » par l’ONU.

    L’Algérie toujours opposé au Maroc, quelque soit le sujet, s’oppose bien entendu à la reconnaissance de toute « marocanité » du Sahara espagnole et soutient, y compris militairement, le Front Polisario qui revendique l’indépendance de ce (grand) bout de désert. Jusqu’ici la France soutenait la position internationale ce qui est bien le moins pour membre permanent du conseil de sécurité des Nations Unies ! Cela lui était amèrement reproché par l’Algérie comme par le Maroc. Ces dernières années, Rabat a emporté le soutien d’un certain nombre de pays en faveur de sa revendication, dont les Etats-Unis d’Amérique du président Trump, obtenu semble-t-il en échange d’une amélioration des relations entre le Maroc et Israël. C’est sans doute cette évolution qui pousse la France à envisager de retourner sa veste sur ce sujet sensible, sans parler de l’influence en ce sens du puissant lobby marocain en France. En tant qu’ancienne puissance coloniale de l’Algérie et « protectrice » du Maroc la France n’a que des coups à prendre dans cette affaire. La position de l’ONU était la seule incontestable car validée par les membres de l’organisation. Si, comme le soupçonne l’Algérie, Paris s’apprête à prendre parti pour l’un des belligérants, c’est l’annonce d’un déluge de difficultés et d’hystérie diplomatiques pour un avantage qu’on a du mal à estimer.

    Lire aussi : Vacances dispendieuses

    Mais ce qui reste toujours relativement surréaliste pour les citoyens français est, d’une part, comprendre de quels moyens de pression peut donc disposer le Royaume chérifien pour faire changer Paris d’avis en faveur de ses propres intérêts, et d’autre part, de constater combien Alger reste agressive, voire injurieuse, dans ses injonctions adressées à la France ! Une nouvelle fois l’ancien colonisateur devra boire le calice jusqu’à la lie…

    C’est aussi la confirmation qu’en aucun cas Paris ne devrait se mêler de ce problème qui concerne deux pays tiers et ne remet pas en cause les intérêts vitaux de la nation.

    Lire aussi : L’arrogance française une nouvelle fois en mise en cause

    Le communiqué de l’Algérie

    Le Gouvernement algérien a pris connaissance avec un grand regret et une profonde désapprobation de la décision inattendue, inopportune et contre-productive du Gouvernement français apportant un soutien sans équivoque et sans nuance au plan d’autonomie sur le Sahara Occidental dans le cadre de la souveraineté marocaine. Cette décision a été communiquée officiellement aux autorités algériennes par les autorités françaises ces derniers jours. Les puissances coloniales, anciennes et nouvelles, savent se reconnaître, se comprendre et se rendre des mains secourables. La décision française relève manifestement d’un calcul politique douteux, d’un apriori moralement contestable et de lectures juridiques que rien ne conforte et rien ne justifie. Cette décision française n’aide pas à réunir les conditions d’un règlement pacifique de la question du Sahara Occidental, elle conforte une impasse, celle créée précisément par le prétendu plan d’autonomie marocain et qui dure depuis plus de dix-sept ans. Bien plus et alors même que la communauté internationale est convaincue depuis longtemps que la question du Sahara Occidental relève indubitablement d’un processus de décolonisation à parachever, cette même décision française vient en pervertir et fausser les données en donnant une caution à un fait colonial et en apportant un soutien injustifiable à une souveraineté contestée et contestable du Maroc sur le territoire du Sahara Occidental. Cette position française est d’autant plus malvenue qu’elle émane d’un membre permanent du Conseil de Sécurité sensé agir en conformité avec les décisions de cet organe d’une manière particulière et avec la légalité internationale d’une manière générale. Enfin, et alors que la conjoncture actuelle connaît une mobilisation des bonnes volontés au sein des Nations Unies à l’effet de donner un nouveau souffle à la recherche d’un règlement au conflit du Sahara Occidental, la même décision française vient s’inscrire à contre-courant de ces efforts dont elle contrarie et entrave le déploiement dans l’intérêt supérieur de la paix, de la stabilité et de la sécurité dans la région. Le Gouvernement algérien retient de la décision française qu’elle ne sert absolument pas l’objectif de la paix au Sahara Occidental, qu’elle aide à prolonger une impasse et qu’elle justifie et aide à consolider le fait accompli colonial dans ce territoire. Le Gouvernement algérien tirera toutes les conséquences qui découlent de cette décision française et dont le Gouvernement français assume seul la pleine et entière responsabilité.

    https://www.mfa.gov.dz/fr/announcements/statement-of-the-ministry-of-foreign-affairs-western-sahara-1
  • « The ratlines »

    « The ratlines »

    On se souvient qu’après la reddition de l’Allemagne en août 1945, les chefs nazis qui avaient survécu ont tenté d’échapper à la justice des vainqueurs en cherchant à fuir le continent européen. Pour beaucoup la destination fut l’Amérique du Sud, mais aussi certains pays du Proche et Moyen-Orient. Alois Brunner, notamment, adjoint d’Adolph Eichmann s’est recyclé en Syrie où il aurait été conseillé d’Hafez El-Assad (1930-2000), père de l’actuel président Bachar El-Assad, pour monter ses services secrets. Il serait mort à Damas dans les années 1990 ou 2000 et serait enterré dans cette capitale. Les fuyards nazis ont bénéficié de l’aide de réseaux (dont certains liés à l’Eglise catholique) pour échapper à leur arrestation. On les a baptisés « the ratlines », les lignes des rats !

    On constate aujourd’hui que les « lignes » fonctionnent en sens inverse pour les tortionnaires du « Sud global » qui, lorsqu’ils fuient leur pays, viennent plutôt se réfugier en « Occident collectif » (expression utilisée par le pouvoir russe) où ils se sentent sans doute mieux protégés et pris en charge. C’est ainsi que Rifaat El-Assad, le frère d’Hafez, qui s’était illustré dans divers massacres lorsqu’il était militaire puis vice-président, s’est réfugié à Paris dans les années 1980 après sa tentative de coup d’État contre son frère. A la tête d’un confortable patrimoine immobilier dans l’hexagone via un réseau de prête-noms il est rattrapé par les justices de différents pays européens dont la française qui le condamne en 2021 à quatre années de prison pour biens mal acquis et saisi 90 millions d’euros de patrimoine immobilier. Pour échapper aux poursuites occidentales il est alors contraint de rentrer en Syrie où il bénéficie d’une sorte d’absolution prononcée par Bachar, son neveu.

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    Plus récemment, nombre de tortionnaires rwandais impliqués dans le génocide des Tutsis en 1994 sont venus se réfugier en France, dont l’épouse du président Hutu Habyarimana (assassiné au début des massacres et dont le parti avait planifié ce génocide), elle-même plutôt favorable au « Hutu-power », et qui s’y trouve toujours. On a découvert en 2020 que l’un de ceux qui avait financé les massacres, Félicien Kabuga, vivait en France sous une fausse identité avec une partie de sa famille depuis de nombreuses années. Sa famille l’y avait fait venir pour bénéficier de soins médicaux. Il a été arrêté après avoir été démasqué et n’est qu’un exemple parmi bien d’autres.

    Lire aussi : Un des leaders du génocide rwandais arrêté… en France

    On apprend aujourd’hui (Le Monde du 20/07/2024) qu’un ancien gouverneur syrien vient d’être arrêté aux Etats-Unis où il vivait sous son identité réelle depuis 2020 après avoir menti dans ses documents d’immigration pour obtenir un visa. Il a été directeur de prison en Syrie, puis gouverneur d’une province syrienne, le tout sous la présidence de Bachar El-Assad. On peut supposer que ce personnage ne récitait pas que des poésies dans l’exercice de ses fonctions… Il n’est pas précisé pourquoi il a souhaité émigrer de Syrie mais sans doute était-il devenu contestataire du régime qui n’a pas l’habitude de faire de quartiers, même en faveur de ses meilleurs ex-serviteurs lorsque ceux-ci sont tombés en disgrâce.

    Au-delà des situations particulières de criminels en déshérence, le plus fascinant dans ces affaires est leur tendance naturelle à venir s’installer dans les pays occidentaux après avoir commis des actes qu’ils savent répréhensibles au regard du droit de ces pays, profitant des largesses de ceux-ci et de leurs politiques en faveur des droits de l’homme qui rend difficile le refus d’accueil. La justice des pays occidentaux est généralement en mesure de les juger, ou de les livrer à la justice internationale, mais après un processus démocratique qui peut durer des années et, sous réserve bien entendu, de les avoir identifiés et localisés. C’est le côté sombre de l’Etat de droit qui considère tout le monde sur un pied d’égalité jusqu’à preuve juridique du contraire. Les tyrans le savent et en jouent à leur bénéfice. Un nombre infime de ceux-ci sont finalement arrêtés mais beaucoup passent au travers des mailles du filet démocratique et poursuivent une vie paisible à l’ombre du droit de leurs pays d’accueil. Grandeur et décadence de la démocratie !

  • Au Proche-Orient rien de nouveau

    Au Proche-Orient rien de nouveau

    La guerre entre Israël et le mouvement palestinien Hamas continue sans que personne n’en voit vraiment la fin. Elle avait été déclenchée par suite de l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël depuis la bande de Gaza « gouvernée » par ce mouvement. Le bilan a été de plus de 1 200 morts côté israélien, souvent dans des conditions barbares par la branche armée du Hamas mais aussi semble-t-il par des civils gazaouis qui se sont mêlés à la curée. Environ 250 otages israéliens avaient été ramenés à Gaza par le Hamas, une centaine ont été libérés à l’occasion d’une trêve, une trentaine seraient morts, il reste donc autour de 120 otages toujours disparus dont on ne sait pas trop combien sont encore vivants.

    La guerre fait rage depuis le mois d’octobre dernier. Les autorités palestiniennes parlent de 40 000 morts depuis le début du conflit et sans doute encore bien plus de blessés. L’objectif de Tel Aviv est de « détruire » le Hamas mais il peine manifestement à l’atteindre malgré une supériorité militaire évidente. La force des bombardements de l’Etat hébreux à entraîné des destructions considérables, des mouvements de population désespérés pour fuir la violence et l’on a peine à imaginer quel pourrait être le futur à Gaza. Le plus stupéfiant est qu’après presque 10 mois d’une guerre féroce et très manifestement asymétrique du point de vue de la force militaire en faveur d’Israël, les combats durent toujours, des roquettes continuent à être tirées depuis Gaza vers le Nord, des soldats israéliens à se faire tuer et la centaine d’otages est toujours détenue par le Hamas, dans ces fameux tunnels ou ailleurs, sans avoir été libérée par la force ou la négociation.

    Certes le Hamas doit être significativement affaibli sur le plan militaire, mais sans doute assez peu au niveau politique, voire renforcé, puisqu’il continue à refuser les conditions d’une nouvelle trêve. On apprend dans la presse que des délégations israéliennes et palestiniennes négocient par l’intermédiaire du Qatar, de l’Egypte, ou d’autres, sans trouver les bases d’un accord pour cesser les combats. Cela en dit long sur la prétention d’un but de guerre qui est de vouloir « détruire une idée ». Très probablement le Hamas, soit ne sera pas détruit, soit renaîtra de ses cendres sous une forme ou sous une autre pour continuer à combattre Israël, comme les Palestiniens le font depuis 1948, date de la création de l’Etat d’Israël.

    A Tel Aviv les oppositions entre partis politiques vont également bon train sur ce qu’il faudra faire après la guerre : occuper Gaza, l’annexer, envisager une administration provisoire sous contrôle israélien, arabe, international ? Dans le reste du monde, le « Sud global » et leurs soutiens russes et chinois regardent avec plus ou moins de satisfaction l’Occident mené par les Etats-Unis d’Amérique s’enferrer dans le piège du soutien inconditionnel à Tel Aviv. En Occident même on s’écharpe sur la sémantique, le Hamas est-il « terroriste » ou « résistant » ? Les universités s’enflamment pour soutenir la Palestine, de Sciences-Po à Paris à Colombia à New-York. En France la gauche radicale a axé toute sa campagne des élections européennes du 9 juin sur le soutien à la cause palestinienne, parlant très peu de l’Europe ou de la France. La France insoumise (LFI) mit en avant et fit élire Rima Hassan, une avocate née en 1992 dans un camp palestinien en Syrie puis naturalisée française en 2010. Très médiatisée, toujours affublée d’un keffieh et auteure de tweets tonitruants sur les réseaux dits « sociaux » elle a choisi de mener son combat en faveur de la Palestine depuis la France et se sert de son appartenance politique à LFI comme tremplin pour le poursuivre, le renforcer et le populariser auprès de la frange de l’électorat français plus intéressée par ce qui se passe au Proche-Orient que par les déficits des finances publiques de la France.

    Personne ne sait bien où tout cela mènera, mais ce qui semble à peu près certain c’est que l’on ne sortira pas de ce chaos qui dure depuis 1948 avec son cortège d’horreurs, de guerres terribles et d’actes de terrorisme sanglants. Avec un sens aigu de la propagande, le Hamas a réussi à exporter sa cause dans les pays occidentaux et même à jeter le trouble au sein de la classe politique israélienne. C’est un moyen comme un autre de ne pas tomber dans les oubliettes de l’histoire même si cela n’apportera pas de solution à court terme mais peut-être faut-il admettre que certains problèmes sont insolubles ?

    Lire aussi : Le Proche-Orient toujours à feu et à sang – Total Blam Blam (rehve.fr)

  • Deux bonnes nouvelles au Sénégal

    Deux bonnes nouvelles au Sénégal

    Finalement, malgré la tentative de résistance de l’ancien président du Sénégal, Macky Sall, en poste depuis dix ans, qui a tenté en février dernier de reporter l’élection présidentielle sans doute pour empêcher l’opposition d’arriver à la présidence, il a finalement rejoint le droit chemin et mis en place le processus électoral qui a permis d’élire son successeur dans les délais constitutionnels avant le 2 avril. Toute cette agitation ne lui a finalement servi à rien et il a remis le pouvoir dans les mains d’un de ses opposants, Bassirou Diomaye Faye. Tout ça pour ça ! C’était la première bonne nouvelle, le Sénégal est resté dans la démocratie.

    Lire aussi : Le Sénégal s’y met aussi

    La seconde est que l’un des points forts du programme électoral du nouveau président est de sortir son pays de la zone monétaire du franc CFA pour redonner sa souveraineté monétaire au Sénégal. C’est un beau projet que tout le monde veut mener à bien, la France y compris, mais que personne n’ose mettre en œuvre. Lancé en Côte d’Ivoire en 2019 par les présidents français (Macron) et ivoirien (Ouattara) le projet piétine. La pandémie de Covid, les épidémies de coups d’Etat dans le Sahel, sans doute aussi la résistance au changement des acteurs de ce dossier, font que cette zone monétaire du franc CFA est toujours opérationnelle. Le Sénégal, qui a bien des égards a montré l’exemple d’un pays responsable, va peut-être réussir à prendre les rênes de ce démantèlement du franc CFA. S’il y réussissait ce serait une évolution favorable pour le continent et le Sénégal, amené à l’indépendance par Léopold Sedar Senghor, poète et politique visionnaire, gagnerait définitivement sa place de leader moral de l’Afrique subsaharienne.

    Lire aussi : Une bonne nouvelle pour l’Afrique

    Que le futur passe pour les pays de la zone Franc par une monnaie unique ou commune, régionale ou nationale, l’Afrique devrait pouvoir ainsi contrôler sa ou ses politiques monétaires et l’ajuster à sa ou ses choix économiques. Bien sûr la valeur de ces monnaies ne sera plus rattachée à l’euro ou à une autre devise mais c’est bien le but de l’opération, faire en sorte que la monnaie soit la variable d’ajustement de la balance des paiements, ce qui est son rôle premier. Après tout, les anciennes colonies britanniques ont été décolonisées chacune avec sa propre devise et ne s’en portent économiquement pas plus mal que leurs homologues ex-colonies françaises. Surtout, le retour à une souveraineté monétaire pour ces anciennes colonies satisfera les égos à fleur de peau des populations et de leurs dirigeants en plantant les derniers clous dans le cercueil de la Françafrique qui a piteusement succédé à la décolonisation.

    Dans un communiqué du 12 mars 2024 le Comité des Gouverneurs des Banques Centrales des Etats membres de la CEDEAO annonce :

    Sous la présidence de la BCEAO, l’AMAO, chargée de piloter la conception et les modalités opérationnelles du lancement de l’Eco, la monnaie unique ouest-africaine, a réalisé des avancées significatives. Il s’agit notamment du renforcement de la stabilité macroéconomique de la région ainsi que de la préparation du cadre institutionnel et juridique de la future union monétaire de la CEDEAO.

    https://www.bceao.int/fr/content/participation-du-gouverneur-la-reunion-ordinaire-du-comite-des-gouverneurs-des-banques

    Il vaudrait mieux que le Sénégal prenne la main puisqu’avec la BCEAO et ses comités Théodule cela risque de durer encore un moment.

  • Le Proche-Orient toujours à feu et à sang

    Le Proche-Orient toujours à feu et à sang

    Les armes continuent de parler au Proche-Orient. Les combattants du Hamas, et sans doute aussi d’autres courants islamistes, se battent toujours contre l’armée israélienne dans la bande de Gaza. Contre toute attente, ces mouvements armés arrivent encore à survivre et à causer des pertes à Israël dans une bande de Gaza aplatie par le tapis de bombes qui y est déversé depuis six mois.

    Pour compléter sa guerre sur le terrain, Israël utilise aussi sa supériorité technologique contre les pays voisins soutenant plus ou moins ouvertement les Palestiniens. Une bombe précise a été lancée ce 1er avril contre une annexe du consulat iranien de Damas dans laquelle se déroulait une réunion de militaires iraniens de haut rang, et qui ne discutaient sans doute pas de la pluie et du beau temps… Il y aurait une quinzaine de morts dont la moitié d’officiers iraniens. Ces pertes ont été reconnues par Téhéran qui annonce une vengeance à venir. Tel-Aviv n’a pas revendiqué cette attaque sur le territoire syrien mais on voit mal quel autre pays aurait les moyens et intérêt à lancer une telle opération. Il s’agirait d’un bâtiment disposant d’un statut diplomatique ce qui équivaudrait donc à une attaque sur le territoire iranien, mais la question juridique est toujours en discussion car ce n’était pas le consulat mais une annexe de celui-ci. Il est vrai qu’en matière de statut diplomatique les Iraniens en connaissent un rayon après l’envahissement de l’ambassade américaine de Téhéran en 1977 et la prise en otages de 52 diplomates et civils américains, dont une quarantaine resteront prisonniers pendant plus d’un an. Au-delà de ces subtilités juridiques, le mieux pour ces officiers iraniens aurait sans doute été qu’ils soient restés chez eux.

    On reste étonné de la qualité des renseignements israéliens qui indiquaient précisément l’heure, le lieu et le statut des participants à cette réunion, sans parler de la « précision » des armes employées qui ont permis de pulvériser le bâtiment en pleine ville sans dommages collatéraux excessifs. Pour être aussi précis ce sont certainement des renseignements qui viennent de l’intérieur des organisations iranienne ou syrienne, d’agents doubles donc.

    Quelques jours plus tard un énième bombardement à Gaza tuait, entre autres, trois des fils du chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, réfugié au Qatar et plusieurs de ses petits-enfants. Tel-Aviv affirme que les fils étaient engagés dans le terrorisme sans se prononcer sur le statut des petits-enfants. Depuis Doha M. Haniyeh a déclaré :

    Je remercie Dieu pour l’honneur que nous fait le martyre de mes trois fils et de certains de mes petits-enfants.
    Le sang de mes fils n’est pas plus cher que le sang de notre peuple.

    Le Monde (11/04/2024)

    On mesure par ces mots le niveau d’engagement quasi mystique des mouvements palestiniens, Hamas et assimilés, qui, probablement, rend vain même une victoire israélienne par les armes, encore loin d’être acquise d’ailleurs. En tuant ainsi des officiers iraniens dans une ambassade ou en ciblant la famille du chef du Hamas, Israël joue avec le feu sans être certain que ces actions guerrières servent ses buts. Face à la détermination renforcée des ennemis ancestraux on a de plus en plus de mal à se faire une idée de ce que pourrait être la paix au Proche-Orient A moins que de l’enfer n’émerge un jour l’espérance ?

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  • Israéliens contre Arabes : une histoire éternelle

    Israéliens contre Arabes : une histoire éternelle

    Après plus de quatre mois de guerre intense menée par Israël sur la bande de Gaza en réaction aux attaques terroristes du 7 octobre du mouvement islamiste Hamas qui « gouverne » Gaza, les combats font toujours rage, démontrant par l’absurde que l’un des buts de guerre de Tel-Aviv, la « destruction du Hamas », ne pourra pas être atteint. Malgré le déluge de bombes et de munitions sophistiquées lâchées sur le territoire depuis le 7 octobre, le « cessez-le-feu temporaire » mis en œuvre quelques jours en novembre 2023, l’offensive terrestre des soldats israéliens, les mouvements de population, les tunnels inondés, bref, en dépit de tout cet arsenal moderne lâché sans retenue sur Gaza, il y a toujours des combattants palestiniens pour se colleter avec l’armée israélienne dans les rues des villes de ce vaste ghetto. On peut supposer qu’ils sont moins combattifs et organisés que le 8 octobre mais qui aurait pu croire qu’ils soient capables d’autant résister dans cette guerre « hybride » ?

    Beaucoup sont sans doute morts mais il en reste manifestement d’autres, possiblement nouvellement recrutés. Israël parlait au départ d’une armée de 30 000 combattants du Hamas ; même si la moitié ont été tués, on peut prévoir sans trop de risques de se tromper que la guerre en cours aura généré de nouvelles « vocations » en nombre largement suffisant pour remplacer les morts au combat. Le Hamas parle de plus de 30 000 morts palestiniens à ce jour et deux fois plus de blessés, sans préciser ce qui relève des combattants ou des civils. On s’aperçoit que la frontière entre ces deux catégories est parfois poreuse. Certains otages israéliens libérés lors de la trêve de novembre ont expliqué qu’ils avaient été détenus dans les logements de familles palestiniennes a priori non combattantes. Il semble que les civils rendent aussi des services aux combattants, contraints ou pas.

    On ignore aujourd’hui si des plans existent pour l’après-guerre mais ce qui semble assuré c’est que « l’esprit du Hamas » survivra quoi qu’il arrive, comme celui de la révolte palestinienne a survécu à tout depuis 1948, malgré les guerres, les attentats terroristes, les assassinats « ciblés », les résolutions des Nations Unies, les processus de paix d’Oslo, de Camp-David, les pressions diplomatiques diverses et variées, les changements d’interlocuteurs, de Begin à Netanyahou, d’Arafat à Haniyeh… l’échec est toujours au bout du chemin, le terrorisme et la guerre reviennent de façon récurrente bouleverser la région sans changer les objectifs irréconciliables des parties. Il n’y a hélas guère de raison d’espérer que la guerre en cours aboutira à un résultat différent.

    Peut-être est-il temps de penser à essayer de mettre en œuvre la solution de deux Etats qui est prônée par la communauté internationale depuis la résolution 181 des Nations Unies votée en 1947 ? C’est la seule solution qui n’a jamais été essayée. Il est sûr qu’elle effraie Israël notamment car elle a un caractère définitif. Si un Etat palestinien était créé et que cela n’apaise pas la situation au Proche Orient, il sera difficile de revenir en arrière. On aurait alors des guerres entre deux Etats au lieu, comme actuellement, d’une guerre entre un Etat et des mouvements non étatiques. Pas sûr que cela ne fasse une grande différence pour ceux qui subissent les attentats terroristes ou reçoivent les bombes…

  • De Wagner à l’Africakorps

    De Wagner à l’Africakorps

    Avec une grande subtilité les forces paramilitaires russes intervenant en Afrique sont en train de se rebaptiser « Afrikakorps » à la suite de la réorganisation de l’ancienne milice « Wagner » rendue nécessaire par « l’accident d’avion » (sans doute un attentat) qui a décimé son état-major dans la chute de l’avion qui l’emmenait de Moscou à Saint-Pétersbourg en septembre dernier.

    Lire aussi : La fin d’un clown sinistre

    La milice aurait été initialement nommée « Wagner » en référence au compositeur allemand dont la musique fascinait le chancelier Hitler et emportait l’enthousiasme des foules. Il se disait que l’un des cofondateurs de Wagner, décédé dans « l’accident », était acquis à la cause nazie et portait des croix gammées tatouées dans le cou. C’est lui qui aurait choisi le nom.

    Après la disparition de ces miliciens, l’Etat russe semble avoir repris la main sur l’organisation de ces soldats de fortune et trouvé le joli nom « Afrikakorps » pour les désigner. Afrikakorps c’était tout simplement la dénomination de l’armée nazie dans les déserts africains durant la IIe guerre mondiale. Initialement sous les ordres de Rommel, cette armée a conquis des territoires en Libye et en Egypte avant de devoir reculer face aux alliés, notamment à la suite de leur célèbre victoire à El-Alamein en novembre 1942. L’Afrikakorps déposa définitivement les armes en mai 1943.

    Compte tenu de cette histoire pas vraiment glorieuse il n’est pas bien sûr que ce nouveau nom soit très approprié vu du côté russe… En tout cas, sa référence à l’armée nazie ne semble pas vraiment cohérente avec la mission de « dénazification » que s’est fixée la Russie pour l’Ukraine et le reste du monde !

  • Coopération « culturelle » avec l’Arabie Saoudite

    Coopération « culturelle » avec l’Arabie Saoudite

    Les lecteurs du journal Le Monde du 24 février ont découvert avec stupéfaction l’existence d’une structure « culturelle » créée en 2017 sous le doux nom d’Afalula (Agence française pour le développement d’Alula) qui est en affaire avec l’Arabie-Saoudite pour le développement du site touristique « Al-Ula » prévoyant la création sur un « site de la taille de la Belgique, d’un complexe archéologique, culturel et touristique, aux allures de musée vivant à ciel ouvert. Un investissement majeur qui ambitionne de faire d’Al-Ula l’une des capitales culturelles du Royaume. » Cette agence a été dotée que quelques dizaines de millions d’euros par les contribuables français pour faire fonctionner cette structure administrative dont le site web vante tous les mérites, du développement durable « pierre angulaire du projet » au « partage », en passant par la « bienveillance » et la « cohésion », et tout un gloubi-boulga insipide de « valeurs » qui sont sans doute le dernier des soucis des partenaires…

    Nous faisons du respect mutuel la valeur maîtresse de notre relation aux autres.

    Cette bienveillance est garante des liens de confiance qui sont les nôtres, au sein de l’Agence comme avec nos partenaires.

    L’écoute, la disponibilité et l’empathie doivent favoriser nos collaborations multiples et fructueuses.

    Voir : https://www.afalula.com/

    Des bisbilles sévères semblent déjà être intervenues entre la partie saoudienne qui vient d’emprisonner le président de la commission royale pour Al-Ula et l’Afalula qui se plaint que les marchés passés en Arabie Saoudite ne feraient pas la part assez belle aux entreprises françaises. Le premier président de l’agence française fut Gérard Mestrallet (74 ans aujourd’hui, ancien chef de Suez, puis de GDF-Suez) remplacé l’an passé par Jean-Yves Le Drian (76 ans aujourd’hui, ancien ministre socialiste), et ce dernier vient de commander un audit interne de l’institution à l’Inspection des finances. On peut supposer qu’il subodore quelques irrégularités dans la gestion de son prédécesseur… Vouloir faire des affaires dans cette région, même sous couvert de coopération culturelle est et restera œuvre complexe et hautement risquée. On y laisse généralement des plumes, voire plus, surtout lorsque l’on est un Etat ou l’un de ses représentants. C’est ce qui semble se vérifier sur le site saoudien Al-Ula, au détriment de la France bien entendu. L’histoire n’est pas terminée, bien heureusement, mais on peut tout de même se demander si notre pays n’avait pas d’autres priorités plus importantes que d’aller se jeter dans la gueule du loup au risque de se faire dévorer par des Saoudiens qui ont globalement assez peu d’estime pour l’Europe.

  • La Guinée « dissout » son gouvernement

    La Guinée « dissout » son gouvernement

    Sur une vidéo publiée sur le site Facebook de la présidence guinéenne, une troupe de galonnés en tenues de combat aux couleurs chamarrées annonce la « dissolution du gouvernement » en lisant intégralement un décret signé par le galonné président de la République à la suite du coup d’Etat de septembre 2021. Cette dissolution n’est pas motivée mais est-ce bien nécessaire de justifier les actes politique d’une junte militaire ?

    Voir : Dissolution en Guinée

    Les galonnés ont pris le pouvoir, sans provoquer de réaction négative de la population, alors ils l’exercent. C’est plus simple et plus clair ainsi !

    On parle moins en France de la Guinée car l’armée française n’y disposait pas de base militaire qu’elle n’a donc pas eu à évacuer comme au Mali ou au Niger. Mais rappelons que la Guinée du dictateur Sékou Touré fut l’une des premières colonies françaises devenues indépendantes (en 1958) à se rebeller contre le néocolonialisme en refusant par référendum de rester membre de l’Union française, une fiction juridique par laquelle la France de De Gaulle pensait retarder les indépendances africaines, ou, au pire, les encadrer, fiction qui n’a d’ailleurs pas duré bien longtemps.

    Le premier président fut Sékou Touré qui, comme nombre de ses coreligionnaires, avait aussi été député à l’assemblée nationale française avant l’indépendance de son pays. D’inspiration marxiste-léniniste il renonça à poursuivre la coopération avec Paris et s’orienta vers l’Union soviétique alors marraine des pays dits « non alignés ». Sékou Touré applique une politique socialiste et développe une sévère répression interne contre ses opposants. Ceux qui connaissent Conakry sont immanquablement passés sous le « pont des pendus », un pont du centre-ville où le dictateur faisait pendre (et laissait pendouiller les corps plusieurs jours) afin de montrer qui était le patron.

    Les relations diplomatiques rompues avec la France de De Gaulle furent rétablies sous Giscard d’Estaing. La Guinée ne fut jamais membre de la zone Franc et utilisait (et utilise toujours) sa propre monnaie nationale, le franc guinéen. Sékou Touré est mort d’une crise cardiaque en 1984 alors qu’il était toujours au pouvoir. Malgré la dictature sinistre et implacable qu’il a dirigée dans son pays, il est resté un héros pour ses nombreux admirateurs, en Afrique et au-delà car il a su s’opposer à l’ancienne puissance coloniale et mener sa route loin des méandres parfois nauséabonds de la Françafrique. Il a préféré le camp « socialiste » et ses méthodes violentes.

    Est-ce que la Guinée a plus souffert, ou s’est moins développée que les autres colonies françaises restées sous la « protection » de Paris après leurs indépendances ? C’est difficile à dire. Il y a certainement eu un déficit de démocratie si l’on compare la Guinée au Sénégal par exemple, mais c’est beaucoup moins vrai si l’on regarde le Tchad ou la Centrafrique où les régimes post décolonisation ont été largement aussi sanguinaires et meurtriers qu’en Guinée. Sur le plan du développement économique en général l’impression est qu’il n’y a guère de différence dans les résultats plutôt modestes atteints par tous ces pays de l’ex-Empire français.

    En revanche, côté français l’avantage politique de la réelle indépendance décidée par ce pays en 1958 est certain. Paris ne s’est pas compromis en stationnant des troupes dans le pays, n’a pas eu à maintenir artificiellement le cours de sa monnaie et, globalement, a dépensé moins de sous en Guinée que dans ses anciennes colonies qui lui sont restées affidées et qui, aujourd’hui, la rejette massivement. Bien sûr, quelques bétonneurs français ont peut-être moins bénéficié de contrats pour construire des routes, cela reste d’ailleurs à confirmer sur la durée, mais au niveau macro-économique français, la Guinée a sans doute coûté moins cher à Paris depuis son indépendance que les autres anciennes colonies.

    Alors l’agitation galonnée en cours à Conakry n’est finalement que la continuation des régimes qui se succèdent depuis 1958, d’autant plus qu’elle ne semble pas rencontrer d’opposition franche de la population qui est sans doute plus libre que du temps de Sékou Touré. La vraie démocratie sera peut-être pour plus tard.

  • Dmitri Medvedev tout en subtilité

    Dmitri Medvedev tout en subtilité

    Traduite par Microsoft, la prose de l’ancien président russe durant la période 2008-2012 et toujours président du parti « Russie unie », pro-poutinien, depuis plus de dix ans, fait toujours dans la nuance… C’est étrange cette obsession du nazisme aujourd’hui chez les Russes. Leurs références à l’Ukrainien Bandera (1909-1959) pour justifier la guerre menée contre Kiev est permanente. Bandera fut un nationaliste ukrainien qui, durant la seconde guerre mondiale, s’est retourné contre l’Union soviétique avec l’aide des Allemands. Comme nombre d’Ukrainiens il n’avait pas gardé que de bons souvenirs de la soviétisation de son pays par Moscou…

    Dans la même période, le général de l’armée rouge Vlassov, fait prisonnier par les Allemands en 1942, est retourné par eux et se rallie à leur cause. Il fonde « l’armée russe de libération » qui combat aux côtés de la Wehrmacht. En France, nombre de volontaires ont également combattu aux côtés des Allemands. L’internationalisation de la révolution russe n’avait tout de même pas emporté l’enthousiasme de tous les peuples au point que certains d’entre eux se sont compromis avec l’idéologie nazie contre le « judéo-bolchevisme ». Beaucoup eurent des comptes à rendre après la défaite allemande. Le Français Jacques Doriot, ancien communiste qui a porté l’uniforme nazi, est mort lors du mitraillage de son auto par un avion en 1945 alors qu’il avait fui en Allemagne. Vlassov a été livré aux Soviétiques par les alliés après la défaite de Berlin, emprisonné, torturé, condamné et pendu avec ses généraux en 1946. Bandera réussit à échapper aux soviétiques juste après la guerre et à se réfugier en Suisse puis en Allemagne où il est retrouvé mort un jour de 1959, sans doute assassiné par les services secrets soviétiques du KGB.

    Durant ce conflit de la deuxième guerre mondiale, tous les pays alliés ont connu la dérive de certains de leurs citoyens, la Russie (ex-Union Soviétique) comme les autres. La justice est plus ou moins passée sur ces évènements peu brillants, des règlements de comptes ont également eu lieu, plus ou moins publics et étalés dans le temps. La Russie qui eut à déplorer environ 25 millions de morts dans ce conflit continue à en faire l’un des éléments fondateurs de son existence aujourd’hui, bien au-delà de la révolution bolchévique ou de son histoire tsariste. Le problème pour la partie occidentale est qu’elle utilise aussi cette référence pour justifier son invasion de l’Ukraine en février 2022.

    Dans son message, Medvedev assimile le président ukrainien Zelenski à Bandera et le chancelier allemand Scholz à Hitler. Le président russe Poutine, commandant en chef des armées russes, s’exprime généralement en public de façon plus mesurée mais sa pensée intime ne doit pas être très éloignée de celle de son âme damnée Medvedev. A moins que le nazisme supposé des dirigeants ukrainiens ne soit pour lui qu’un prétexte, qu’il n’en pense pas un mot mais l’utilise pour justifier sa soif de conquête de ses voisins, surtout quand ils furent intégrés à un moment ou un autre à l’Empire russe ou soviétique.

    On ne semble en tout cas pas vraiment sur la voie de l’apaisement dans la guerre d’Ukraine qui perturbe sérieusement l’ensemble de la planète…

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  • L’ex-président Trump se rapproche de nouveau de la Maison Blanche

    L’ex-président Trump se rapproche de nouveau de la Maison Blanche

    Donald Trump (77 ans aujourd’hui) a quitté la présidence américaine en janvier 2021 dans le fracas de l’assaut du Capitole mené par des troupes de furieux à sa solde, fortement excités par le discours de leur idole contestant sa défaite électorale dans les jardins de la Maison Blanche. L’évènement avait fait cinq morts et provoqué l’évacuation en urgence des parlementaires sous la protection de la police, provoquant la stupeur chez les alliés occidentaux des Etats-Unis, et le sourire narquois du pays dits du « Sud global ». M. Trump n’a jamais reconnu la victoire de son challenger Joe Biden et a même refusé d’assister à son investiture. Il a passé ces quatre dernières années à tonitruer contre tout, à moquer et injurier ses adversaires (même ceux à l’intérieur de son parti), à se défendre contre les multiples procédures pénales en cours contre lui et… à préparer son retour à la présidence.

    Les premières élections primaires qui se sont déroulées au sein du parti républicain ces dernières semaines laissent penser que Trump sera le candidat du parti tant son avance sur les autres candidats est forte. Il sera sans doute confronté au candidat démocrate qui devrait être l’actuel président Joe Biden (81 ans à ce jour) dont l’état de santé paraît chancelant même si son bilan économique et politique est plutôt bon. C’est en tout cas une misère que le peuple américain n’ait le choix qu’entre un trublion caractériel et imprévisible, et un homme pus raisonnable mais manifestement sur le retour.

    Afin de maintenir sa réputation, Donald Trump se laisse aller dans ses meetings électoraux à des sorties dont il est familier depuis des années mai qui donnent froid dans le dos. Lors d’un rassemblement le 10 février il a asséné à la tribune que si les pays membres de l’OTAN ne payaient pas ce qu’ils doivent pour maintenir cette alliance militaire et qu’ils étaient attaqués, il laisserait faire et encouragerait les agresseurs :

    Non, je ne vous protégerais pas. En fait je les encouragerais à vous faire ce qu’ils veulent. Vous devez payer vos dettes.

    https://www.lemonde.fr/international/article/2024/02/11/donald-trump-ne-garantit-pas-la-securite-de-l-otan-et-promet-des-expulsions-de-migrants_6215961_3210.html

    Ce n’est pas la première fois que Trump marque son désintérêt pour l’alliance atlantique (OTAN), et même sa volonté d’en sortir (ou d’en éloigner) les Etats-Unis d’Amérique. Il est à craindre que s’il est réélu il avance un peu plus vers la réalisation de cet objectif. Des dirigeants du vieux continents soulignent l’incohérence de tels propos mais il va bien falloir expliquer aux citoyens européens un jour ou l’autre que le parapluie américain devient de plus en plus fragile et que pour le maintenir ou le remplacer il va falloir payer plus.

    La triste réalité vécue aujourd’hui montre que faire la guerre avec les armes fournies par d’autres, ce qui est le cas de l’Ukraine et d’Israël vous rend particulièrement fragile en cas de changement d’humeur de votre fournisseur. L’Europe va devoir prendre en compte ce risque qui va bien se réaliser un jour ou l’autre. Peut-être la France, par exemple, pourrait-elle réfléchir à l’intérêt de financer des jeux olympiques et autres compétitions sportives internationales versus fabriquer des obus et des chars d’assaut ?