Catégorie : Ailleurs

  • Le discours de Jean Jaurès sur l’Arménie en 1896

    Le discours de Jean Jaurès sur l’Arménie en 1896

    En 1896, l’Arménie fait partie de l’empire Ottoman et, déjà, les Arméniens (à majorité chrétienne) sont maltraités par les forces turques aidés par des tribus kurdes. On estime à 200 000 morts le bilan des massacres commis contre les arméniens entre 1894 et 1896. Ce furent les prémices du génocide arménien intervenu en 1915 et qui s’est soldé par plus d’un million de morts dans des conditions de barbarie élevées.

    Le 3 novembre 1896, Jean Jaurès (1859-1914), homme politique de gauche, prononce un célèbre discours devant l’assemblée nationale française dans lequel il tance le gouvernement devant son inaction face aux massacres d’Arméniens, et, surtout, au non-respect des engagements de protection de l’Arménie délivrés par le Royaume-Uni, la France et la Russie.

    En 1896, l’Arménie fait partie de l’empire Ottoman et, déjà, les Arméniens sont maltraités par les forces turques aidés par des tribus kurdes. On estime à 200 000 morts le bilan des massacres commis contre arméniens entre 1894 et 1896. Ce furent les prémices du génocide arménien intervenu en 1915 et qui s’est soldé par plus d’un million de morts dans des conditions de barbarie élevées.

    Le 3 novembre 1896, Jean Jaurès (1859-1914), homme politique de gauche, prononce un célèbre discours devant l’assemblée nationale française dans lequel il tance le gouvernement devant son inaction face aux massacres d’Arméniens, et, surtout, au non-respect des engagements de protection de l’Arménie délivrés par le Royaume-Uni, la France et la Russie. Ces trois pays auraient pu entrer en guerre contre l’empire Ottoman ce qui aurait peut-être empêché le génocide arménien de 1915, ou peut-être pas…

    Plus fondamentalement cet article vieux de 130 ans posait déjà la question de la guerre préventive pour éviter une guerre plus grave. L’Histoire a montré que ce concept de guerre préventive a toujours été difficile à mettre en œuvre de façon efficace. Il est aujourd’hui facile de dire que si la France et le Royaume-Uni avaient attaqué l’Allemagne en 1933 (année de l’arrivée au pouvoir d’Hitler), le monde aurait évité les ravages du nazisme. Et ensuite ? Les armées françaises et britanniques auraient de nouveau occupé l’Allemagne quinze années après la fin de la première guerre mondiale ? Imagine-t-on un instant que cette réoccupation aurait été paisible et que les Allemands seraient sagement revenus vers la République de Weimar ? Qui peut véritablement savoir à quoi elle aurait mené ?  La solution aurait-elle été plus saine que le problème ?

    Les dirigeants et le parlement d’un pays doivent sans doute s’y reprendre à deux fois avant d’engager leurs nations dans une guerre. En 1870 la France déclare la guerre à la Prusse, les Français sont défaits en quelques mois ce qui soude l’unité allemande et l’empire allemand est fondé par Guillaume 1er dans… la galerie des glaces du Château de Versailles !

    En 2003 les Etats-Unis d’Amérique partent en guerre contre l’Irak soupçonné de développer des « armes de destruction massive », accompagnés de quelques alliés. La coalition occidentale mettra plus de huit ans à se sortir du piège irakien qui a transformé tout le Moyen-Orient en poudrière dévasté par le terrorisme et le renouveau religieux. Le dictateur local a certes été arrêté, jugé et pendu, mais le chaos laissé dans la région a été dévastateur et dure encore, portant ses scories dans le monde entier.

    En février 2022 la Fédération de Russie envahit à titre préventif l’Ukraine qui la « menaçait ». Elle y est encore et personne ne sait bien comment sortir de ce conflit qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts de part et d’autre et a des conséquences mondiales désastreuses que nous vivons aujourd’hui.

    Déclarer ou entrer dans la guerre est sans doute l’une des décisions politiques les plus dures à prendre, tout particulièrement dans les démocraties qui n’envisagent que rarement de gaîté de cœur d’envoyer leurs enfants au combat ni de plonger leurs pays dans l’incertitude. Elle est bien plus facile à prendre à la tribune ou sur les réseaux dits « sociaux »… La critique est facile mais l’art est difficile. Même M. Jaurès a semblé avoir un peu oublié le dicton.

  • Bonne stratégie diplomatique au Burkina Faso

    Bonne stratégie diplomatique au Burkina Faso

    Alors que Burkina Faso est l’objet d’attaques religieuses régulières faisant des dizaines de morts dans les populations locales, le gouvernement burkinabé est en train de suivre la voie déjà empruntée par le Mali du rejet de la France et du tapis rouge déployé pour accueillir la Russie en remplacement. Une lettre adressée par le ministre burkinabé à son collègue français du Quai d’Orsay qui a « fuité » demanderait le remplacement de l’ambassadeur de France qui n’a plus l’heur de plaire au gouvernement local.

    Il faut étudier avec soin cette demande qui va dans le bon sens et rapatrier l’ambassadeur de France sans le remplacer. Un simple chargé d’affaires suffira amplement à gérer la relation franco-burkinabé qui ne représente qu’un intérêt limité pour la France dont le statut d’ancienne puissance coloniale rend vain et inutile toute tentative d’améliorer la relation entre ces deux pays. Le Burkina-Faso lorgne vers la Russie et c’est une bonne chose.

    Les intérêts économiques français au Burkina sont minimes, il reste cependant quelques français installés dans le pays, avec un statut de résident permanent ou temporaire, qui seront moins en sécurité si l’ambassade de France réduit son activité et si l’armée française quitte ce pays comme elle a déserté le Mali, poussée dehors par les autorités maliennes. Il y a de nombreux citoyens burkinabés installés en France, avec un statut de résident permanent ou temporaire, légalement ou pas, et leur vie administrative sera certainement rendue plus compliquée par une baisse du niveau des relations diplomatiques entre Paris et Ouagadougou.

    L’heure des révisions déchirantes entre la France et ses anciennes colonies a sonné depuis longtemps. Suivons la voie déjà empruntée par la Mali : réduisons les relations diplomatiques avec le Burkina-Faso au minimum vital, résilions les accords de coopération militaires et donnons rendez-vous dans 50 ans pour voir s’il y a lieu de réduire encore ces relations. Les populations respectives de l’un chez l’autre devront prendre en compte ce nouveau contexte qui est désormais incontournable, et souhaitons un avenir fructueux à la coopération entre la Russie d’une part, le Mali et le Burkina-Faso d’autre part.

    Lire aussi : Au Burkina Faso : un capitaine putschiste remplace un lieutenant-colonel putschiste

  • Le martyr de Moscou

    Le martyr de Moscou

    Le président russe a présenté ses vœux à son pays devant un parterre de militaires sous la forme d’une litanie auto-justificatrice de la guerre d’Ukraine entamée par la Russie le 24/02/2022. Il s’étend sur l’agression dont la Russie serait victime de la part de l’Occident qui « encourage les néo-nazis ukrainiens » et rend hommage à l’héroïsme des combattants russes qui aurait la morale de leur côté :

    L’essentiel est le sort de la Russie. La défense de la patrie est notre devoir sacré envers nos ancêtres et nos descendants. La droiture morale et historique est de notre côté.

    Cette envolée venant du premier dirigeant du plus grand pays de la planète Terre qui a déclaré une guerre pour envahir son voisin, a déjà annexé unilatéralement une partie du territoire de ce dernier et dont l’armée et ses supplétifs se distinguent depuis lors par ses actes de violence et de barbarie dans les territoires qu’ils occupent et via les bombardements réguliers sur des infrastructures du reste de l’Ukraine, ne manque pas d’ironie.

    Probablement croit-il sincèrement à ce qu’il assène. Sans doute le peuple russe qui n’a guère de considération pour ses « frères » ukrainiens est tout prêt à avaler cette fable de la « droiture morale ». Le mieux aurait été sans aucun doute pour la Russie, l’Ukraine et le reste de la planète, que Moscou reste tranquillement à l’intérieur de ses frontières reconnues par le droit international et consacre toute sa belle énergie à développer son pays plutôt que d’aller chercher noise à ses voisins.

    TRADUCTION Microsoft

    Poutine a prononcé un discours du Nouvel An :

    • « Ce fut une année de décisions difficiles et nécessaires, les étapes les plus importantes vers l’acquisition de la pleine souveraineté de la Russie et la puissante consolidation de notre société. Ce fut une année qui a beaucoup mis à sa place, séparant clairement le courage et l’héroïsme de la trahison et de la lâcheté. Il a montré qu’il n’y a pas de pouvoir plus élevé que l’amour pour ses parents et amis, la loyauté envers les amis et les compagnons d’armes, le dévouement à sa patrie.

    • « Ce fut une année d’événements vraiment cruciaux et fatidiques. Ils sont devenus la frontière qui jette les bases de notre avenir commun, de notre véritable indépendance. C’est ce pour quoi nous nous battons aujourd’hui, en protégeant notre peuple dans nos propres territoires historiques, les nouvelles régions de la Fédération de Russie.

    • « L’essentiel est le sort de la Russie. La défense de la patrie est notre devoir sacré envers nos ancêtres et nos descendants. La droiture morale et historique est de notre côté. »

    Pendant des années, les élites occidentales nous ont hypocritement assurés de leurs intentions pacifiques, y compris la résolution du grave conflit dans le Donbass. En fait, ils ont encouragé les néo-nazis de toutes les manières possibles, qui ont continué à mener des actions militaires ouvertement terroristes contre des citoyens pacifiques des républiques populaires du Donbass. L’Occident a menti sur la paix et se préparait à l’agression. »

    « Ils [les combattants morts] ont donné leur vie pour protéger la vie des autres. Je comprends à quel point il est difficile maintenant le soir du Nouvel An pour leurs femmes, leurs fils, leurs filles, leurs parents, qui ont élevé de vrais héros. Nous ferons tout notre possible pour aider les familles de nos camarades tombés au combat, élever leurs enfants, leur donner une éducation décente, trouver un métier. De tout mon cœur, je partage votre douleur et je vous demande d’accepter des paroles sincères de soutien. »

    • « Ensemble, nous surmonterons toutes les difficultés et garderons notre pays grand et indépendant, nous n’irons qu’à l’avant, à gagner pour le bien de nos familles et pour le bien de la Russie, pour le bien de l’avenir de notre seule patrie bien-aimée. Bonne année, chers amis. »

  • La dernière mode présidentielle

    La dernière mode présidentielle

    C’est la dernière mode des présidents « populistes » : ne pas assister à la passation de services en faveur de leurs successeurs. Déjà en 2020 le président Trump avait séché la cérémonie d’intronisation de Joe Biden qu’il estimait lui avoir « volé » l’élection et s’était réfugié dans son palace de Floride avec des archives classifiées de la présidence que les services américains ont dû aller récupérer de force. Demain c’est le président brésilien Bolsonaro qui, parti aux Etats-Unis, fuira l’investiture de son successeur qu’il aurait dû ceindre de l’écharpe aux couleurs nationales.

    Ces manifestations d’humeur n’ont guère d’importance légale et n’ont pas empêché les présidents Biden et Lula de prendre leurs postes présidentiels mais marquent le caractère irrémédiablement anti-démocratique et « plouc » des sortants. La bonne nouvelle est qu’ils n’ont pas réussi à démolir les institutions qu’ils combattaient. La moins bonne est qu’il n’est pas exclu qu’ils reviennent un jour puisqu’ils disposent toujours de solides bataillons d’électeurs !

  • La Russie s’enfonce dans une logique guerrière sans retour

    La Russie s’enfonce dans une logique guerrière sans retour

    Pendant qu’une compétition mondiale de fouteballe bat son plein dans le Golfe Persique au point que le président de la République française estime nécessaire de se déplacer à Doha mercredi prochain aux frais des contribuables (n’a-t-il rien de mieux à faire à Paris ?), la guerre d’Ukraine dérive vers une nouvelle tactique russe visant à détruire les infrastructures publiques pour nuire à la vie quotidienne des civils en espérant qu’ils pousseront leur gouvernement à compromettre avec l’ennemi russe. A défaut de victoires militaires nettes sur le terrain, le conflit se transforme en guerre de tranchées sans issue nette prévisible à court terme. Les destructions causées par Moscou rendent difficiles la vie des civils ukrainiens, souvent privés d’alimentation électrique et d’eau potable alors que l’hiver, plutôt rude dans ces contrées, arrive. L’armée ukrainienne commence de son côté à bombarder le territoire russe, se limitant pour le moment aux cibles militaires, mais pour combien de temps ?

    A chaque fois que l’armée russe est poussée en dehors des territoires qu’elle a occupés depuis le déclenchement de cette « opération militaire spéciale » on découvre l’ampleur des exactions qu’elle a commises contre les populations civiles antirusses : salles de torture, viols, déplacements de populations… bref tous les sévices qui sont le lot habituel des armées de forbans dirigés par des dirigeants politiques sans états d’âme. Le président russe a même poussé le bouchon jusqu’à décorer les unités a priori exécutantes des crimes de guerre découverts à Boutcha qui fut la première ville reconquise par l’armée ukrainienne où fut révélé au grand jour le niveau de sauvagerie de l’occupation.

    Alors se pose toujours la lancinante question de savoir comment et pourquoi la Russie a pu en arriver à s’enferrer dans une situation guerrière désormais inextricable ? Les deux pays sont soi-disant « frères » mais Kiev lorgnait vers l’Ouest en voulant manifestement s’émanciper de Moscou et de ses pratiques soviétiques d’un autre âge. C’en était trop pour la Russie. L’Occident a évidemment sous-estimé la puissance de la haine et du rejet qu’il inspirait au plus grand pays de la planète. Malgré les exemples soviétiques d’invasions des « pays frères » au cours de la seconde moitié du XXème siècle : Allemagne de l’est (1953), Hongrie (1956), Tchécoslovaquie (1968), Afghanistan (1979), l’aide à la répression en Pologne lors de la contestation menée par Solidarnosc (1981) ; malgré les exemples d’invasion de la Fédération de Russie : Transnistrie (1990), Géorgie (2008), Crimée (2014), l’aide à la répression en Syrie depuis le déclenchement de la guerre civile en 2011, sans parler des guerres civiles de Tchétchénie interne à la Fédération en 1994 et 1999… malgré tous ces évènements violents et mortifères l’Occident a toujours espéré convaincre la Russie d’adopter le droit international et le mode de vie de ses démocraties, amadouer l’ours russe pour qu’il se concentre sur son développement intérieur plutôt que de vouloir encore agrandir son territoire qui est déjà le plus vaste de la planète. C’est un échec, incompréhensible vu de l’Ouest, mais un désastre bien réel.

    On s’est souvent demandé comment la patrie de Goethe et de Brahms a pu engendrer la barbarie nazie. On s’interroge de même aujourd’hui sur le pays de Dostoïevski et de Chostakovitch qui préfère envahir ses voisins à la recherche d’un illusoire retour à la puissance, plutôt que de gérer sa population répartie sur son vaste territoire en bon père de famille. L’affrontement militaire plutôt que la lutte par le développement économique et culturel, c’est un combat de géants dont l’issue est encore improbable mais qui, quelle qu’elle soit, laissera les combattants et leurs soutiens sur le flanc, face à des générations pétries de haines respectives qui devront payer pour reconstruire ce qui a été détruit par le fait de la bêtise des hommes et qui ne résoudra pas la question existentielle de la Russie : pourquoi la très grande majorité des « pays frères » cherche à s’éloigner d’elle pour se rapprocher de l’Occident ? Un peu d’introspection sur ce sujet serait probablement bienvenu à Moscou…

  • La Russie bombarde

    La Russie bombarde

    Avec constance les experts militaires de plateaux télévisés, généralement des militaires en retraite ou des journalistes abonnés à « Air & Cosmos », prédisent la fin des stocks de missiles russes. Avec la même régularité ils sont démentis par les faits et des pluies de nouveaux missiles s’abattent sur l’Ukraine, de façon particulièrement intense après chaque revers de l’armée russe sur le terrain. La tactique russe est de détruire les infrastructures d’eau et d’électricité afin de pourrir la vie des civils ukrainiens. Quelques bombes tombent aussi sur les civils, plus ou moins par hasard, faisant des morts et blessés civils tous les jours dans le pays.

    La ville de Kherson est symbolique de cette tactique. Elle a été évacuée par l’armée russe il y a deux semaines devant l’avancée de l’armée ukrainienne mais les soldats russes se sont installés à quelques kilomètres, de l’autre côté du fleuve, à portée de canons, et ils bombardent consciencieusement depuis tout ce qui bouge à Kherson afin de rendre infernale la vie des habitants qui ont eu l’outrecuidance d’accueillir les soldats ukrainiens en héros après leur propre évacuation. Le côté inextricable de ce champ de bataille est que dans l’esprit des Russes la ville de Kherson est… russe puisque cette région a été annexée par la Fédération. La Russie bombarde la Russie !

    Dans le même temps, les civils ukrainiens qui le peuvent évacuent la ville de Kherson qui devient invivable, une petite victoire politique pour Moscou après la défaite militaire.

    Lire aussi : Les inextricables imbroglios juridiques de la guerre d’Ukraine

  • Les inextricables imbroglios juridiques de la guerre d’Ukraine

    Les inextricables imbroglios juridiques de la guerre d’Ukraine

    A défaut de victoire nette sur le terrain militaire en Ukraine, la Russie s’efforce de tisser une toile juridique pour lier une partie de l’Ukraine à son territoire de façon désordonnée et quasiment inextricable. Quand on connaît le peu de cas que fait Moscou du droit international en général, cette tactique serait plutôt risible mais est annonciatrice de vraies difficultés lorsqu’il faudra défaire ce qui a été fait, si l’Ukraine et la communauté internationale y arrivent un jour et ce, quelque soit l’issue de la guerre en cours.

    La constitution russe a été modifiée pour entériner l’annexion de quatre régions ukrainiennes et l’augmentation conséquente du territoire de la Fédération de Russie alors que l’armée russe n’avait pas encore conquis la totalité de ces régions. Depuis cette annexion célébrée en grande pompe à Moscou par le président russe et les responsables ukrainiens prorusses de ces régions, l’armée russe a perdu du terrain et même abandonné la ville de Kherson, capitale d’une des quatre régions, qu’elle ne pouvait plus tenir. À la suite de la mobilisation partielle de ses citoyens, la Russie mobilise maintenant aussi dans ces quatre régions annexées mais non totalement conquises puisqu’elles sont formellement devenues russes… envoyant sur le front contre l’Ukraine des citoyens ukrainiens devenus russes comme effet de cette annexion. Tous ne sont sans doute pas prorusses mais se retrouvent potentiellement enrôlés dans l’armée russe du fait d’une simple signature sur un décret…

    Plus pernicieux, la Russie a saisi l’occasion de son occupation militaire sur une partie de ces régions pour procéder à des déplacements de population importants (une ancienne habitude soviétique) de ces territoires vers la Russie, le plus souvent sous couvert de « raisons humanitaires », pour les « protéger » des attaques ukrainiennes. Des milliers de passeports russes ont également été délivrés à des citoyens « ex-ukrainiens » selon l’entendement de Moscou mais pas forcément de celui des personnes concernées. Certains sont prorusses et ne verront pas cette démarche d’un mauvais œil mais ce n’est sûrement pas le cas de tous. Il semble que nombre d’enfants isolés sans leurs parents (que ceux-ci soient au front sous les couleurs ukrainiennes ou soient morts), aient été aussi « déportés » en Russie pour y être russifiés. Le moment venu, il sera bien sûr extrêmement difficile à leurs familles de les retrouver et de les récupérer.

    Tout ceci est bien entendu en totale contradiction avec le droit international et le « droit de la guerre », mais cela est fait tout de même par Moscou qui suit ainsi une feuille de route machiavélique. Lorsque cette guerre se terminera, et qu’elle qu’en soit l’issue, ces manœuvres juridiques sont annonciatrices d’un chaos inédit probablement accompagnés de règlements de comptes entre ukrainiens, les prorusses et les fidèles à Kiev. Ceux-ci ont d’ailleurs déjà commencé dans les territoires annexés repris par l’armée ukrainienne.

    La France a connu ce genre de circonstances dans son histoire contemporaine avec l’Alsace-Lorraine annexée par l’Allemagne en 1871 après la défaite française contre la Prusse, récupérée en 1918 après la défaite allemande, réoccupée et annexée de facto par le IIIème Reich en 1940 puis de nouveau « francisée » en 1945. Cette situation provoqua des tragédies comme celle des « malgré-nous » qui furent incorporés de force sous le drapeau nazi et qui, pour certains, subirent les affres de l’épuration après la libération en 1945. Ces annexions juridiques sont toujours synonymes de quasi-guerre civile pendant leur déroulement et après, si elles sont « démontées ». Il est à craindre que cela ne sera guère différent dans les régions ukrainiennes reconnues par le droit international et annexées par la Russie.

  • La quatrième génération Kim s’annonce en Corée du Nord

    La quatrième génération Kim s’annonce en Corée du Nord

    Le président coréen Kim, petit-fils du fondateur de la République populaire démocratique de Corée M. Kim, fils de M. Kim, successeur de celui-ci, est allé assister hier au énième tir d’un missile balistique (non chargé d’explosif) en direction des eaux territoriales japonaises. Le missile est bien arrivé à destination, provoquant un peu d’émotion en Occident et à Tokyo. Jusqu’ici rien que de très courant pour un dirigeant de ce pays.

    L’exceptionnel vient de ce qu’il était cette fois accompagné de sa jeune fille dont s’était la première apparition publique (on ignore son prénom et son âge). Certains parents emmène leurs enfants au manège, dans la famille Kim on les emmène à des tirs de missiles balistiques susceptibles d’emporter des charges nucléaires. Divertissant !

    Peut-être la quatrième génération Kim qui prendra un jour les commandes de la Corée sera incarnée par cette adolescente entraperçue devant le missile de papa ? On ne sait pas encore si elle fera appel aux services du coiffeur de famille qui sculpte les coiffures si caractéristiques de ces dictateurs.

  • Les frères siamois du Sahel

    Les frères siamois du Sahel

    Le galonné qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat au Burkina Faso en octobre est allé rencontrer le galonné qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat au Mali en 2020. Ils essayent sans doute de recréer le duo des années 1980 entre le président burkinabé Thomas Sankara et son homologue ghanéen Jerry Rawlings. Les africains les appelaient « Tom et Jerry ». Tous deux militaires, ne s’habillant qu’en tenue de combat, avaient déjà essayé de mettre un coup de pied dans la fourmilière du développement de l’Afrique de l’Ouest. Le premier a fini assassiné lors du coup d’Etat mené par son successeur en 1987, le second était aussi arrivé au pouvoir lors d’un coup d’Etat mais a été plus malin en démissionnant ensuite de l’armée et en se faisant réélire président en costume civil. Accessoirement, le développement politico-économique du Ghana a été bien plus probant que celui du Burkina.

    Lieutenants Rawlings (à gauche) et Sankara

    Ces deux trublions en tenue camouflée surfaient à l’époque sur la vague de l’anti-impérialisme, du tiers-mondisme et de la révolution communiste panafricaine, avec des résultats mitigés… C’était il y a quarante ans.

    Leurs successeurs malien et burkinabé sont aujourd’hui engagés dans la guerre contre le djihadisme et le rejet commun de la France, l’ancienne puissance coloniale et, toujours, un vain espoir de développer leurs pays. Mis à part l’arrivée du combat religieux, on ne note pas d’évolution très significative entre les deux époques sinon le creusement du fossé entre le continent africain et le reste du monde.

    L’un et l’autre manifestent un intérêt certain pour la coopération avec la Fédération de Russie, leurs populations déploient des drapeaux russes dans les manifestations anti-françaises régulièrement organisées dans les rues de Bamako et de Ouagadougou. Pour le Mali c’est un retour aux sources tant ce pays fut considéré comme « frère » par l’Union soviétique après son indépendance. Pour le Burkina, eh bien laissons ce pays rejoindre la communauté des pays amis de la Russie et faire sa propre expérience. La fin de la coopération militaire et civile avec le Sahel permettra à la France de redéployer ses ressources de façon plus conforme à ses intérêts. Et si par malheur la coopération russe décevait le Mali et le Burkina (qui n’a pas encore complètement cédé aux sirènes de Moscou) ils pourront toujours revenir vers la coopération internationale (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International [FMI], Banque Africaine de Développement [BAD], etc.) mais il importe que la France sorte définitivement du puits sans fond de la « Françafrique » dont tous ses présidents depuis François Mitterrand ont annoncé la fin sans jamais la réaliser. Il suffit désormais de faire ce que l’on dit et de profiter de la bonne conjoncture pour enfin y parvenir. Le rejet de la France (largement instrumentalisé) par la majorité de ces pays colonisés, l’arrivée en fanfare de la Russie sur le continent qui suit celle de la Chine déjà effective depuis des décennies, le rejet parallèle de la notion de démocratie telle que l’Occident a essayé de l’insuffler localement et, enfin, les déficits abyssaux des finances publiques françaises, tout converge pour que la France se retire calmement du continent africain comme elle l’a déjà fait du Mali.

    Lire aussi : Evacuation de l’armée française du Mali : une première étape !

  • La Corée du nord s’agite

    La Corée du nord s’agite

    En cette période de guerre russe d’Ukraine, et malgré les performances plutôt limitées de l’ex-armée rouge, les amis de Moscou se sentent pousser des ailes. La Chine vient de réaffirmer sa volonté de réunification de Taïwan à la Chine continentale dans les fastes du XXème congrès de son parti communiste (PCC), fermement accroché au pouvoir. L’opposition chinoise à l’indépendance de l’île est désormais inscrite dans la charte de PCC.

    La Corée du nord aurait fourni récemment des munitions à la Russie pour l’aider dans sa guerre de conquête de l’Ukraine ce qui n’est après tout qu’un prêté pour un rendu car c’est l’Union soviétique qui avait aidé à l’époque la fondation de l’armée nord-coréenne et sa route vers la bombe nucléaire qu’elle a désormais acquise si l’on en juge les essais déjà menés.

    Depuis quelques jours la Corée du nord tire des pluies de missiles non armés en direction du Japon et de la Corée du sud. Il y en aurait pour tous les goûts : du balistique à longue portée, à moyenne et courte portée, des missiles non balistiques et toute une bimbeloterie guerrière dont l’idée qu’elle soit à la disposition du clan familial qui tient ce pays depuis la fin de la guerre de Corée en 1953 fait frémir.

    Les tentatives de négociations menées par la précédente administration américaine n’ont pas abouti à faire redescendre la tension. Il y eut même deux rencontres (2018 et 2019) entre le président Trump et son homologue nord-coréen qui n’ont pas été suivies d’effet malgré leur côté spectaculaire.

    Félix / Charlie Hebdo (16/08/2027)

    Russie, Chine et Corée du nord s’entendent comme larrons en foire, les deux premiers bloquant au conseil de sécurité des nations unis toute sanction contre le troisième, et le trio infernal se retrouvant et se soutenant sur tout ce qui peut nuire à l’Occident tant haï. Comme la planète serait plus tranquille si ces pays autoritaires se préoccupaient de leur développement socio-économique plutôt que de leur puissance militaire ! Mais ce monde idéal n’existe pas et, tel les concours de taille de zizis dans les cours d’école, aujourd’hui si tu n’as pas le bouton nucléaire sur ton bureau tu n’es pas un dirigeant considéré comme sérieux. Ainsi va le monde !

  • La Russie se révèle

    La Russie se révèle

    La guerre d’Ukraine menée par la Russie depuis fin février a révélé ce pays tel qu’il est et il faudra sans doute plusieurs générations avant qu’il ne se rapproche à nouveau de l’Occident, s’il ne s’en rapproche jamais. Depuis la fin de l’Union soviétique en 1991, l’Occident a pensé pouvoir « amadouer » la Fédération de Russie en commerçant avec elle, en l’intégrant au G7 devenu G8 en 1997 avant de redevenir G7 après l’exclusion de la Russie par suite de son annexion de la Crimée en 2014, en investissant sur son territoire, en abritant les investissements de ses oligarques en Europe, en recevant ses dirigeants avec faste, bref en cherchant à traiter avec ce pays comme s’il était membre de la communauté occidentale. On a même entendu le président français déclarer le 19/08/2019 en présence de son homologue russe qu’il recevait au fort de Brégançon :

    Je sais une autre chose : c’est que la Russie est européenne, très profondément, et nous croyons dans cette Europe qui va de Lisbonne à Vladivostok. Un grand auteur russe, DOSTOÏEVSKI, dans L’adolescent disait, et je le cite imparfaitement, de mémoire, que le Russe avait cela de particulier par rapport à l’Allemand, au Français ou autre, c’est qu’il était le plus russe quand il était le plus européen, et en quelque sorte son nationalisme était toujours plus grand que lui-même et devait embrasser le fait européen, et je crois très profondément à cela.

    Emmanuel Macron (19/08/2019)

    Lire aussi : Le président français et la géographie

    A force de vouloir que la Fédération de Russie adopte les modes de fonctionnement européen on a fini par croire qu’un pays qui a donné naissance à Chostakovitch et Dostoïevski ne pouvait pas être animée par des valeurs autres que la démocratie, l’état de droit, la liberté d’expression, les droits de l’homme, etc. Eh bien, l’Occident s’est trompé comme l’illustre la tentative d’invasion de l’Ukraine et la façon dont cette guerre se déroule : sauvage et désordonnée, agrémentée de probables crimes de guerres. La Russie est restée fidèle à ses modes de pensée et de fonctionnement tsaristes ou soviétiques.

    Certains de ses dirigeants rivalisent de provocations infantiles qui prêteraient à sourire s’il ne s’agissait de guerre et de ses milliers de morts déjà à déplorer des deux côtés. Ainsi M. Medvedev, ancien premier ministre, ancien président et actuel vice-président du conseil de sécurité de la Fédération qui twitte compulsivement pour ses 900 000 abonnés sur le réseau dit « social » Telegram :

    Traduction Microsoft

    POURQUOI NOTRE CAUSE EST JUSTE
    Des réponses à des questions simples à l’occasion de la Journée de l’unité nationale

    Pour quoi nous battons-nous ? La Russie est un pays immense et riche. Nous n’avons pas besoin de territoires étrangers, nous avons tout en abondance. Mais il y a notre terre, qui est sacrée pour nous, sur laquelle nos ancêtres ont vécu et sur laquelle notre peuple vit aujourd’hui. Et que nous ne donnerons à personne. Nous protégeons notre peuple. Nous nous battons pour tous les nôtres, pour notre terre, pour notre histoire millénaire.

    Qui se bat contre nous ? Nous luttons contre ceux qui nous haïssent, qui interdisent notre langue, nos valeurs et même notre foi, qui haïssent l’histoire de notre patrie.

    Contre nous aujourd’hui fait partie d’un monde mourant. C’est une bande de toxicomanes nazis fous, un peuple confus et intimidé et une grande meute de chiens qui aboient de chiens occidentaux. Avec eux se trouve un patchwork de cochons grognons et de philistins à l’esprit étroit de l’empire occidental désintégré avec de la salive dégoulinant sur leur menton de dégénérescence. Ils n’ont aucune foi et aucun idéal autre que les habitudes honteuses qu’ils ont inventées et les normes de double pensée qu’ils imposent qui nient la moralité accordée aux gens normaux. Par conséquent, en nous soulevant contre eux, nous avons acquis un pouvoir sacré.

    Où sont nos anciens amis ? Nous avons été abandonnés par des partenaires effrayés – et nous leur avons craché dessus. Donc, ils n’étaient pas nos amis, mais juste des compagnons de voyage aléatoires, des autocollants et des cintres.

    Des traîtres lâches et des transfuges cupides sont tombés sur les terres des Tri-Nine – laissez-les pourrir leurs os dans un pays étranger. Ils ne sont pas parmi nous, mais nous sommes devenus plus forts et plus purs.

    Pourquoi sommes-nous restés silencieux pendant longtemps ? Nous étions faibles et dévastés par l’intemporalité. Et maintenant, nous nous sommes débarrassés du sommeil collant et du bourbier morne des dernières décennies, dans lesquelles nous étions plongés par la mort de l’ancienne patrie. Notre réveil a été attendu par d’autres pays violés par des seigneurs des ténèbres, des propriétaires d’esclaves et des oppresseurs qui rêvent de leur passé colonial monstrueux et aspirent à maintenir leur pouvoir sur le monde. De nombreux pays ont longtemps ignoré leurs absurdités, mais jusqu’à présent, ils en ont peur. Bientôt, ils se réveilleront complètement. Et quand l’ordre mondial pourri s’effondrera, il enterrera sous le nuage de plusieurs tonnes de ses décombres tous ses prêtres arrogants, ses adeptes assoiffés de sang, ses serviteurs moqueurs et ses mankurts sans paroles.

    Quelles sont nos armes ? Les armes sont différentes. Nous avons la capacité d’envoyer tous les ennemis dans un enfer de feu, mais ce n’est pas notre tâche. Nous écoutons et obéissons aux paroles du Créateur dans nos cœurs, et ces paroles nous donnent un but sacré. Le but est d’arrêter le souverain suprême de l’enfer, quel que soit le nom qu’il utilise – Satan, Lucifer ou Iblis. Car son but est la perdition. Notre but, c’est la vie.

    Son arme est un mensonge complexe.

    Et nos armes sont la Vérité.

    C’est pourquoi notre cause est juste.

    C’est pourquoi la victoire sera la nôtre !

    Félicitations!

    1,2 million views 07:00 le 04/11/2022

    Fallait-il pour autant ne pas essayer d’embarquer la Fédération de Russie dans l’aventure démocratique qui a tout de même produit quelques bonnes choses depuis le XXème siècle ? Sans doute non ! En tout cas c’est l’option qui a été adoptée en Occident avec plus ou moins d’enthousiasme, elle n’a pas atteint ses objectifs, c’est le moins que l’on puisse dire. Gageons que l’Occident sera maintenant vacciné pour un moment de reprendre langue avec ce pays avant, qu’un jour, des discussions ne s’ouvrent de nouveau car la géographie étant ce qu’elle est, la Russie restera frontalière de l’Europe tant que la dérive des continents ne produira pas suffisamment ses effets.

  • Il faut oser

    Il faut oser

    Il semble que l’armée russe ait acquis des drones « suicide » à l’Iran qu’elle utilise de façon importante contre l’Ukraine depuis une semaine pour détruire ses infrastructures énergétiques civiles. Moscou nie cette acquisition et explique que ces diaboliques petites machines sont russes, elles ont d’ailleurs été rebaptisés d’un nom russe, mais leur origine iranienne ne semble faire guère de doutes parmi les « experts de plateaux télévisés ».

    Avec un certain culot, les puissances occidentales accusent Téhéran de violer on ne sait plus quel traité en vendant des armes à la Russie. Quand on voit les quantités astronomiques d’armes que le même Occident déverse sur l’Ukraine depuis des mois, on se demande s’il est bien sérieux d’utiliser les mêmes moyens de propagande que Moscou, et surtout à quoi cela sert-il ? Que la Russie soit réduite à aller acheter de l’armement à un pays en développement ne devrait pas forcément être une trop mauvaise nouvelle pour l’Occident. Prendre ensuite des sanctions contre la compagnie iranienne produisant ces drones comme l’ont fait les Occidentaux fait partie des règles du jeu. Mais critiquer un Etat iranien qui fait exactement la même chose que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et tous les autres, c’est-à-dire livrer des armes au belligérant pour qui on a pris parti : est-ce bien nécessaire ?

  • « Peuls du Sahel » de Pascal Maitre à l’Académie des Beaux-Arts

    « Peuls du Sahel » de Pascal Maitre à l’Académie des Beaux-Arts

    Pascal Maître, photographe né dans l’Indre en 1955, lauréat en 2020 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière, expose ses photos sur les Peuls entre le Niger, le Mali et le Burkina-Faso à l’académie des beaux-arts. Les clichés sont superbes et leur présentation est aussi politique qui explique pourquoi et comment les Peuls ont intégré le djihadisme pour en constituer l’essentiel des troupes au Sahel. Entremêlée avec la rébellion des Touaregs contre le pouvoir central au Mali qui dure depuis (au moins) les années 1970, cette population Peul forte d’environ 70 millions de personnes n’a jamais su tenu compte ni des frontières ni des Etats mais, surtout, majoritairement composée de d’éleveurs-nomades elle s’est opposée de tous temps aux populations sédentaires, souvent violemment.

    Ces comportements corporatistes, ajoutés à l’influence religieuse musulmane, en ont fait des recrues de choix pour le terrorisme islamique. Plutôt bons guerriers, ils constituaient les troupes de chocs de la Libye de Kadhafi. Après l’effondrement du régime de ce dernier à la suite de l’intervention occidentale, ils ont regagné le Sahel avec armes et bagages.

    Au Mali, le gouvernement a armé certaines populations, notamment les Dogons, les érigeant en milices pour lutter contre l’islamisme. Il s’en est suivi nombre de massacres, de vengeances et de contre-massacres qui durent toujours, souvent autant pour des raisons ancestrales et claniques que du fait du djihadisme. Dans un cas comme dans l’autre, le résultat est similaire et les pays où se déroulent ces conflits sont à la dérive.

    Derrière les couleurs de ses photos, Pascal Maitre explique la triste réalité de cette population Peul avec réalisme.

    Milice Dogon anti-islamique
  • Le chaos après la bataille

    Le chaos après la bataille

    La guerre d’Ukraine va bien se terminer un jour. On ignore quand. La seule certitude à ce jour est que l’ensemble Ukraine-Russie sera exsangue après la bataille et qu’il faudra des années, voir des décennies, pour redonner bonne figure à ces deux pays. Le chaos sera total et durable, sans parler des dommages collatéraux subis par le reste de la planète qui a pris parti pour l’un ou l’autre des belligérants.

    Le désastre va être humain : on parle déjà de bilans à ce jour de 20 à 30 000 morts de chaque côté et la statistique militaire a l’habitude de multiplier le chiffre des morts par deux ou par trois pour estimer le nombre de blessés. Il sera aussi financier, et dans les grandes largeurs, pour reconstruire l’Ukraine et financer son Etat et les contribuables européens sont les meilleurs candidats pour assurer ce financement. Par ailleurs, il est plus que probable que les aides actuelles, budgétaires et en matériels militaires, ne seront jamais remboursées. Le chaos sera probablement aussi militaire, des quantités considérables d’armements, souvent sophistiqués, ont été déversés sur l’Ukraine et personne ne peut assurer que l’Etat ukrainien, ou ce qu’il en restera après la guerre, sera capable de contrôler ces équipements et d’éviter qu’ils ne soient un jour retournés contre leurs donateurs ou se retrouver dans les mains des mafieux de tous ordres qui pullulent à l’Ouest comme à l’Est.

    Le chaos sera aussi politique tant l’Union européenne va être bouleversée par les suites de cette guerre et, notamment, par l’adhésion annoncée de l’Ukraine et de la Moldavie et celles des pays balkaniques occidentaux à venir déjà inscrits sur la liste (l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Bosnie-Herzégovine, en attendant la Serbie, le Kosovo et le Monténégro). En cas de victoire ukrainienne on peut facilement imaginer la capacité de Kiev quand elle siégera à Bruxelles à se draper derrière le sang versé pour s’être battu « pour préserver l’Europe de la barbarie russe ». Qui osera s’opposer aux demandes de l’Ukraine dans les instances européennes ? Et même si les pays occidentaux de l’Europe avaient l’audace de le faire ils seraient rapidement emportés par la vague de l’Europe centrale et orientale. Et si l’Ukraine perdait la guerre, on ne sait pas encore bien ce qui adviendrait à l’Occident…

    Pour la Russie le chaos semble aussi inévitable. Si elle perd la guerre il est probable que le président actuel et son clan seront déposés, voire éliminés, et qui sait qui les remplacera, ni quelles seront les réactions du peuple, des peuples de la Fédération ? Si elle gagne elle devra occuper une Ukraine ou une partie d’Ukraine dont un pourcentage de la population lui sera hostile comme le reste de l’Occident qui maintiendrait alors ses sanctions économiques.

    Le mieux aurait été de ne pas faire cette guerre surtout que la Fédération de Russie est déjà le plus grand pays de la planète, quel besoin avait-elle de vouloir encore augmenter son territoire sinon pour satisfaire des égos surdimensionnés de dirigeants de rencontre préoccupés de laisser des traces dans une histoire qu’ils s’évertuent à réécrire avec le soutien plus ou moins affiché d’une partie de leurs citoyens ? Comme tout ceci est vain et inutile !

    Lire aussi : Une première victoire de la Russie

  • Le Royaume-Uni en difficultés

    Le Royaume-Uni en difficultés

    Une nouvelle première ministre conservatrice, Liz Truss, désignée en catimini après la démission sans gloire de son prédécesseur, Boris Johnson, a lancé un collectif budgétaire bâclé délivrant des baisses d’impôt pour les plus riche et renonçant à l’augmentation d’impôt sur les sociétés décidée par le gouvernement précédent pour financer l’accroissement des dépenses du Royaume liée à la crise sanitaire.

    Toutes ces annonces de baisses (ou de non-augmentations) d’impôt ont un peu inquiété Monsieur le Marché qui est d’habitude plutôt gourmand de ce genre de politique fiscale favorisant les investisseurs. Du coup la livre sterling a perdu beaucoup de sa valeur et les taux d’intérêt de la dette britannique ont augmenté. La banque centrale britannique a initié la hausse de ses taux d’intérêt de base pour lutter contre les attaques contre la monnaie nationale. Le nouveau ministre des finances qui a décliné ce budget a expliqué un peu négligemment que les baisses d’impôt seraient financées par un accroissement de la dette publique sans donner plus de détails. A priori Monsieur le Marché n’est pas très enthousiaste à l’idée de financer cette dette. Sans doute Londres croyait encore au mythe de l’argent magique éternel.

    Du coup, branle-bas de combat au Royaume-Uni, un mois après sa désignation la première ministre vacille, le ministre des finances est démis de ses fonctions, la cote de popularité du parti conservateur est au plus bas et les baisses d’impôt sont repoussées à plus tard.

    Tout ceci fleure bon un amateurisme auquel le Royaume-Uni nous a un peu habitué depuis les négociations pour sa sortie de l’Union européenne (UE). On dirait que ce pays protestant se rapproche du laisser-aller latin dans la gestion de ses finances publiques. C’est inattendu. Les opposants à la sortie de l’UE clament que c’est là le résultat de cette décision. C’est aller un peu vite en besogne tant le chaos d’aujourd’hui semble plutôt être le simple résultat de l’incompétence de dirigeants de rencontre plus concernés par leurs comptes Twitter que par la théorie économique pourtant largement élaborée en l’Angleterre au cours de l’histoire contemporaine.

    Lire aussi : Le Royaume-Uni montre le chemin

  • Berlusconi, le retour

    Berlusconi, le retour

    En Italie, une coalition hétéroclite est en cours de discussion pour désigner un nouveau gouvernement qui sera dirigé par l’égérie postfasciste Giorgia Meloni. Membre de la coalition, Forza Italia a fait réélire sénateur Sylvio Berlusconi (86 ans) et c’est une étonnante nouvelle. L’homme fut un affairiste à succès dans la finance et les médias, notamment, qui s’est investi dans la politique avec fracas. Il a dirigé le pays, fut élu, condamné, déchu, réélu et le voilà qui revient. Il a laissé derrière lui un cortège de scandales financiers et sexuels dont de fameuses parties fines impliquant des gamines. Il restera célèbre pour sa futilité et la lourdeur de son casier judiciaire, une première pour un dirigeant de ce niveau.

    Ravagé par la chirurgie esthétique, malade, il est régulièrement hospitalisé, il vient d’être élu une énième fois au sénat italien à 86 ans. C’est un désastre moral que l’Italie, symbole s’il en est de la vieille Europe, ne trouve personne pour remplacer un vieillard clownesque. C’est aussi la triste illustration de la décadence européenne : on se plaint, on geint, on braille et on réélit la vieille génération, qui plus est, impliquée dans une dérive impardonnable de la vie démocratique.

    L’Italie qui a traversé les siècles et forgé la culture européenne s’en remettra, mais quelle descente aux enfers !

  • Les poètes du Kremlin

    Les poètes du Kremlin

    Tout en nuance et subtilité, le fan-club du président russe s’est déchaîné ce 10 octobre comme l’illustrent ces trois publications sur le réseau dit « social » Telegram M. Kadyrov est le président de la République tchéchène qui est partie de la Fédération de Russie. Il est connu pour son idéologie islamiste et la brutalité avec laquelle il gouverne sa République. M. Medvedev est ancien premier ministre et ancien président de la Fédération de Russie, il est actuellement vice-président du conseil de sécurité russe.

    Ces personnages font partie de l’aile nationaliste radicale russe. Ils sont investis de pouvoir et peuvent, un jour peut-être, se retrouver les interlocuteurs d’une future négociation entre la Russie et l’Ukraine… Ils sont sans doute représentatifs d’une frange de la population russe qu’on a du mal à évaluer mais qui exprime par leur intermédiaire des décennies de frustrations et d’échecs ainsi que la volonté féroce de ce pays de revenir sur le devant de la scène, quels que soient les moyens à utiliser pour parvenir à cet objectif.

    La France, elle-même ex-empire en voie de décadence, vit avec son déclassement ou, tout au moins, essaye de le reconquérir (avec difficulté) par le développement économique et intellectuel plutôt que par « la politique du gourdin ». C’est probablement ce qui différencie la démocratie des dictatures. La bataille entre ces deux méthodes de gestion politique va probablement marquer le XXIème siècle. Le gagnant de ce combat de titans n’est pas désigné d’avance.

    Ce populisme autoritaire qui fait flores en Russie est marqué par la libération de la parole de dignitaires dont on s’interroge sur le niveau intellectuel. Le président russe ou son ministre des affaires étrangères développent des théories, certes contestées, mais qui reposent néanmoins sur une rationalité propres et un raisonnement documenté. Les saillies de MM. Kadyrov ou Medvedev relèvent de la cour d’école et seraient risibles si elles n’engageaient pas l’avenir de tout un continent. Le populisme des temps modernes s’accompagne aussi d’un affaissement intellectuel de ses meneurs. Cette triste situation se constate aussi dans certains pays d’Europe, au Brésil et connut une apogée avec la présidence de Donald Trump aux Etats-Unis d’Amérique.

  • La Russie n’aime toujours pas l’Occident

    La Russie n’aime toujours pas l’Occident

    A l’occasion de la signature des textes légaux russe entérinant l’annexion de quatre régions de l’Est ukrainien à la Fédération de Russie le 30/09/2022, le président russe a prononcé un long discours dans une salle du Kremlin en présence de tout un aréopage de responsables russes ainsi que des quatre gouverneurs ukrainiens pro-russes des régions ayant demandé leur rattachement à la Fédération.

    Ce discours montre une évolution de l’idéologie du Kremlin : d’une conquête de l’Ukraine pour la ramener dans le giron russe, seul cadre où « la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible » (article signé Poutine de juillet 2021) la justification de la guerre évolue vers un conflit pour se défendre de l’agression de l’Occident (discours de Poutine du 30/09/2022). Peut-être la première justification n’a pas suffisamment convaincu et, devant le rejet de l’Ukraine (au moins de sa partie ouest) d’une tutelle russe, sans doute a-t-il fallu forger de nouveaux buts de guerre pour tenter de glorifier le combat mené par le Kremlin comme la lutte à mort pour la survie de la Grande Russie ?

    Dans ce discours du 30 septembre, après avoir rappelé que les quatre régions annexées seront russes pour toujours, le président a rendu hommage aux héros morts au champ d’honneur et appelé aux valeurs immortelles de la Russie (culture, religion, traditions et langue). Puis il a consacré la majorité de son exposé à expliquer que l’Occident colonialiste attaque la Russie qui est donc fondée à se défendre les armes à la main.

    The West is ready to cross every line to preserve the neo-colonial system which allows it to live off the world, to plunder it thanks to the domination of the dollar and technology, to collect an actual tribute from humanity, to extract its primary source of unearned prosperity, the rent paid to the hegemon.

    L’attaque de l’Ouest porterait aussi contre la pensée russe en cherchant à l’annihiler.

    They see our thought and our philosophy as a direct threat. That is why they target our philosophers for assassination. Our culture and art present a danger to them, so they are trying to ban them. Our development and prosperity are also a threat to them because competition is growing. They do not want or need Russia, but we do.

    Le président russe rappelle que les Etats-Unis d’Amérique sont la seule nation à avoir utilisé l’arme nucléaire à deux reprises contre le Japon en 1945, créant ainsi un précédent, que les alliés ont rasé les villes allemandes de Dresde, Hambourg et Cologne, toujours en 1945, sans nécessité militaire autre que d’intimider l’Allemagne et le reste du monde, qu’ils continuent d’occuper l’Allemagne, le Japon, la Corée du sud, etc. La charge est lourde contre le monde anglo-saxon mais le reste du bloc occidental en prend aussi pour son grade, en étant qualifié au mieux de victime consentante, au pire de complice.

    The truth has been drowned in an ocean of myths, illusions and fakes, using extremely aggressive propaganda, lying like Goebbels. The more unbelievable the lie, the quicker people will believe it – that is how they operate, according to this principle.

    L’Occident n’est que dictature où des élites asservissent le peuple en un « pur satanisme ».

    Let me repeat that the dictatorship of the Western elites targets all societies, including the citizens of Western countries themselves. This is a challenge to all. This complete renunciation of what it means to be human, the overthrow of faith and traditional values, and the suppression of freedom are coming to resemble a “religion in reverse” – pure Satanism.

    Le président russe conclu son long discours par un cri du cœur :

    Today, we are fighting so that it would never occur to anyone that Russia, our people, our language, or our culture can be erased from history. Today, we need a consolidated society, and this consolidation can only be based on sovereignty, freedom, creation, and justice. Our values are humanity, mercy and compassion.

    The truth is with us, and behind us is Russia!

    Certains faits historiques cités dans ce discours sont véridiques et mis à profit pour montrer combien la Russie est une blanche colombe éprise « d’humanité, de miséricorde et de compassion ». Tout ceci serait plus recevable si le Kremlin n’avait pas déclenché cette guerre préventive qui ennuie beaucoup de monde.

    Mais depuis plusieurs siècles la Russie s’est mis beaucoup de pays à dos, et tout particulièrement ses voisins, en agissant contre eux avec la délicatesse d’un ours dans un magasin de porcelaine. Il semble que certains de ces voisins aient quelques doutes sur la capacité altruiste de « miséricorde et de compassion » de la Russie… Cette nouvelle croisade contre l’Occident serait plus entendable si la plupart des républiques indépendantes ex-soviétiques ne s’étaient pas jetées dans les bras de l’Occident dès qu’elles en eurent la possibilité après la dissolution de l’URSS provoquée notamment par la Fédération de Russie qui clama son indépendance contre l’URSS de Gorbatchev en 1991 en hissant le drapeau russe sur le Kremlin pour remplacer celui de couleur rouge siglé de la faucille et du marteau. Tout ceci serait plus cohérent si toute une élite russe avait investi ses milliards en Russie plutôt qu’à Londres et acheté des villas de rêve sur les rives de la mer Noire ou de la Baltique plutôt qu’à Nice…

    Certes l’Occident pousse à l’occidentalisation du monde, mais il le fait généralement avec son soft power quand l’URSS ou la Fédération Russie mènent leur internationalisation au bruit des bottes puisque leur modèle socio-économique ne semble pas convaincre naturellement beaucoup de monde. C’est la différence de méthode qui fait aussi son acceptabilité par les pays concernés.

    Il n’est plus temps de deviser sur les incohérences des modèles de l’Orient et de l’Occident, mais de mettre fin à cette guerre qui est en train de nuire considérablement à la planète, outre les milliers de morts qu’elle a déjà provoqués, sans parler des destructions massives exercées sur le territoire ukrainien dont, très probablement, les contribuables occidentaux « colonialistes et décadents » vont devoir financer la reconstruction. Pour le moment, personne n’a de bonnes idées pour la paix autre que la reddition complète du belligérant d’en face. Ces positions jusqu’auboutistes ne sont pas favorables à un règlement rapide de cette guerre d’un autre âge qui met le monde en péril.

  • Attaque sur le pont reliant la Crimée à la Russie

    Attaque sur le pont reliant la Crimée à la Russie

    Une forte explosion a endommagé le pont de Crimée, reliant la Crimée à la Russie et construit par Moscou après son annexion de la péninsule. Accessoirement il est actuellement utilisé par les Russes se rendant en vacances en Crimée et par les convois d’armement russes allant approvisionner ses militaires combattant au Sud de l’Ukraine. L’attaque n’est pas formellement revendiquée à ce stade mais on peut raisonnablement supposer qu’elle est le fait de l’Ukraine.

    Lire aussi : L’incroyable destruction du navire amiral russe en mer Noire

    C’est de nouveau une mauvaise nouvelle pour la Russie qui voit ainsi attaquer un ouvrage qui voulait marquer symboliquement la « russité » de la Crimée, quelques jours après l’annexion de quatre nouvelles régions ukrainiennes par la Russie. Ce succès symbolique n’est pas sans rappeler la destruction du navire amiral russe en mer noire au début de la guerre. Il confirme les défaillances d’une armée russe qui se croyait pourtant invincible. Il est vrai qu’une simple analyse des budgets militaires suffit à déduire que la Russie est loin derrière les budgets occidentaux ou chinois. Sachant qu’en plus une partie des budgets russes d’armement semblent s’évaporer dans la corruption qui touche le pays, il n’y avait donc pas de raison de croire à la propagande de ce pays sur la force de son armée. Le problème, « son » problème est que même ses dirigeants semblent avoir cru à leur propre propagande et à l’invincibilité de leurs militaires. Comme ils pensaient par ailleurs que les Ukrainiens les accueilleraient en libérateurs et que le régime de Kiev tomberait comme un fruit mûr, le Kremlin a ouvert les hostilités il y a huit mois et cette guerre absurde se poursuit encore aujourd’hui…

    Lire aussi : L’armée russe a ses limites

    Ce matin, pour se venger de l’attaque du pont de Crimée, Moscou a envoyé un déluge de bombes et de missiles sur les villes ukrainiennes, y compris sur la capitale, ciblant des cibles civiles et d’infrastructures énergétiques. L’ours russe n’est pas encore complètement moribond et garde une forte capacité de nuisance. Le mieux aurait été de ne pas déclencher cette guerre mais maintenant qu’elle est en cours, on ne sait pas bien comment en sortir. La Russie se dit « attaquée par l’Occident » mais envoie ses missiles sur l’Ukraine qui, elle, ne veut rien céder de ses objectifs de reconquête de l’ensemble de son territoire dans ses frontières telles que reconnues par le droit international… Il va bien pourtant falloir un jour mettre un terme à cette folie guerrière.

  • Au Burkina Faso : un capitaine putschiste remplace un lieutenant-colonel putschiste

    Nouveau coup d’Etat en moins d’un an au Burkina Faso : le capitaine putschiste Traoré remplace le lieutenant-colonel putschiste Damiba investi en janvier dernier. Le putsch est accompagné de la même logorrhée sur la suspension de la constitution, la dissolution du gouvernement, celle du parlement, et bla-bla-bla. Le coup d’Etat militaire en Afrique de l’Ouest devient maintenant la voie normale de changement de dirigeant en substitution d’un système électoral démocratique qui n’est pas près de fonctionner dans cette région du monde malgré des décennies de tentatives sponsorisées par l’Occident, jamais concluantes.

    On note le rajeunissement du nouveau président et de son entourage, sa silhouette plus affinée ainsi que son moindre grade.

    Ce n’est pas si grave pour le moment tant ces coups sont relativement inoffensifs, faisant peu de victimes, sinon la démocratie, déjà moribonde en Afrique comme dans bien d’autres régions du monde. Habituel également en ces circonstances, la France, ancienne puissance coloniale, est vouée aux gémonies. En l’occurrence, son ambassade et un camp militaire ont été attaqués aujourd’hui par une foule bruyante avant d’être plus ou moins calmée par une déclaration télévisée du président putschiste.

    La nouveauté réside dans l’appel d’une partie du peuple à renforcer la coopération avec la Russie par des manifestants agitant des drapeaux russes. Le Burkina Faso suivrait alors la voie du Mali et de la Centrafrique qui ont déjà rejeté les liens avec l’ancienne puissance coloniale pour se tourner vers Moscou. Pas sûr que ces pays aient misé sur le bon cheval vu les développements en cours de la guerre d’Ukraine.

    Après les échecs de la France en Afrique ces dernières décennies, militaires comme civils, c’est le bon moment pour cesser la coopération française avec le Burkina Faso comme cela vient d’être fait avec le Mali. L’opération de repli des militaires français du Mali s’est achevée mi 2022 dans de bonnes conditions, il faut penser à la poursuivre avec les forces françaises qui restent présentes en Afrique et qui en seront immanquablement chassées un jour ou l’autre. L’armée française et les économies budgétaires ainsi réalisées pourront être utilement redéployées sur le territoire national plutôt que sur des opérations extérieures de puissance utopiques.

    Que la Russie remplace la France comme puissance tutélaire d’une Afrique postcoloniale mal gérée n’est pas un problème en soi, juste la roue qui tourne. Il vaut sans doute mieux que Paris investisse au Kazakhstan et Moscou en Centrafrique que l’inverse. Les « intérêts économiques » français en Afrique se terminent souvent en dépenses publiques financées par les contribuables. La sécurité des nationaux résidant en Afrique restera posée si le retrait militaire français est généralisé. Il n’est pas sûr que les groupes paramilitaires russes déjà présents en Afrique et les armées nationales prennent soin d’eux autant que l’infanterie de marine française en cas de danger…