Catégorie : Musique

  • « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Zuzanna Krystian-Browalska, piano)

    « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Zuzanna Krystian-Browalska, piano)

    Après l’annulation des concerts des deux derniers dimanches pour cause de canicule, « Chopin au Jardin » présente aujourd’hui son dernier concert de l’édition 2026 avec Zuzanna Krystian-Browalska, jeune pianiste polonaise de 17 ans, dans une belle programmation de Chopin.

    Aisance et agilité, impressionnante maîtrise de la pluie de notes chopiniennes, l’artiste éblouit les spectateurs. Pas plus gênée que ça par la chaleur étouffante qui écrase le Parc, habillée d’une robe crème que met en valeur le noir réfléchissant du piano à queue, elle est totalement concentrée sur son interprétation et absolument pas troublée par les cris des enfants et des corbeaux, pas plus que par un petit gamin que sa mère laisse gambader sur la scène en le rattrapant lorsqu’il se rapproche trop de l’instrument brillant. Seule concession climatique, elle s’est munie d’un petit chiffon avec lequel elle essuie ses mains et le clavier de temps à autres, et d’une bouteille d’eau à ses pieds à laquelle elle ne touchera pas du concert.

    En prologue de chaque pièce, elle passe de longues secondes, immobile face à ses touches d’ivoire, perdue dans des pensées que l’on aimerait bien deviner. Se remémore-t-elle la partition ou entre-t-elle en communication avec l’esprit de Chopin pour lui demander sa bienveillance alors qu’elle va se lancer à l’assaut de partitions si riches et sans doute complexes à jouer ? On ne sait, elle est en tout cas inspirée et virtuose. Bien entendu tous ces artistes jouent du Chopin 1h15 durant sans partition. Au-delà même de leur virtuosité, fruit d’années de travail et d’un talent certain, on se demande simplement comment ils arrivent à mémoriser de telles partitions… Et lorsque retentit la dernière note du morceau, Zuzanna se détend soudain en affichant un grand sourire avant de saluer le public qui la cerne des quatre côtés du kiosque.

    Des générations de pianistes géniaux nous ont enchantés en jouant les mélodies de Chopin (1810-1849), d’autres vont suivre. A seulement 17 ans, Zuzanna Krystian-Browalska amorce une nouvelle génération d’interprètes. Grâce à eux nous savons maintenant que le compositeur polonais (enterré au Père Lachaise à Paris) est éternel.

    L’amante de Chopin, l’écrivaine Georges Sand, décrivait ainsi dans ses mémoires le processus créatif du compositeur :

    Il s’enfermait dans sa chambre des journées entières, pleurant, marchant, brisant des plumes, répétant ou changeant cent fois une mesure, l’écrivant et l’effaçant autant de fois et recommençant le lendemain avec une persévérance minutieuse et désespérée. Il passait six semaines sur une page pour en revenir à l’écrire telle qu’il l’avait tracée au premier jet…

    Mais quel glorieux résultat !

    Programme

    • Nocturne en do mineur, op. 48 n°1
    • Grande valse brillante en mi bémol majeur, op. 18
    • Valse en la bémol majeur, op. 34 n°1
    • Scherzo n°2 en si bémol mineur, op. 31
    • Scherzo n°3 en do dièse mineur, op. 39
    • Quatre mazurkas, op. 30
      • N°1 en do mineur
      • N°2 en si mineur
      • N°3 en ré bémol majeur
      • N°4 en do dièse mineur
    • Andate spianato et Grande polonaise brillante, op. 32
    • 1 « bis »
  • SCHMITT Eric-Emmanuel, ‘Juste après Dieu, il y a papa’.

    SCHMITT Eric-Emmanuel, ‘Juste après Dieu, il y a papa’.

    Sortie : 2026, Chez : Albin Michel.

    Eric-Emmanuel Schmitt illustre le lien père-fils en revenant sur la vie et les exploits de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), fils de Léopold, lui aussi compositeur et musicien. Les relations parents-enfants peuvent déjà être naturellement troublées, elles sont d’autant plus complexes quand la création artistique interfère.

    Le petit Mozart se révèle rapidement un incroyable génie dont la virtuosité au violon et au piano, puis la qualité de ses compositions, vont rapidement surpasser celles de son père. Celui-ci a un peu de mal à le laisser s’envoler vers la gloire. L’amour paternel sait mettre de côté la jalousie devant le talent du fils, mais pas complètement la frustration d’être un peu oublié par Wolfgang qui mène sa carrière, avec des hauts et des bas. Mozart aime toujours son père, bien sûr, mais les journées n’ont que 24 heures et, à l’époque, il n’est pas si facile d’écrire « La Flute enchantée » et de courir en même temps de Vienne à Salzburg pour prendre des nouvelles de sa famille… Mais l’amour filial est plus fort que tout, les Mozart restent unis malgré les épreuves, et réunis toujours par la musique.

    Schmitt raconte avec vivacité cette histoire d’amour et de musique. On retrouve le personnage d’Amadeus découvert dans le film éponyme de Milos Forman (1984), espiègle et déluré, mais surtout un immense compositeur dont la vie entière fut inspirée par la musique, jusque dans ses derniers instants où il composait encore son Requiem quil laissa inachevé. On peut être un géant, l’amour (ou l’absence) de ses parents dicte forcément une partie de ce qu’on devient. Mozart a perdu sa mère lors de leur séjour à Paris alors qu’il avait 22 ans. Son père est resté son seul guide, souvent contesté mais toujours adoré.

  • « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Diana Cooper, piano)

    « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Diana Cooper, piano)

    Deuxième round du festival Chopin au Jardin avec Diana Cooper au clavier. Née d’un père britannique et d’une mère franco-espagnole, elle a grandi à Tarbes en France. Ses nom et prénom contiennent moins de consones que ceux de ses collègues polonais habitués du festival …

    Il fait chaud sur Paris ce dimanche. Les spectateurs habituellement assis sur la pente de la petite colline au-dessus du kiosque, en plein soleil, ont migré vers l’ombre des platanes situés au pied de celle-ci. Comme chaque dimanche, une ambulance de la sécurité civile et son équipage veillent au grain…

    A presque 30 ans, Diana est multirécompensée par différents concours internationaux, dont un premier prix au « Samson François International Piano Competition » en 2025, l’hommage de la jeune interprète à son grand ancien ! Elle a étudié notamment à Ecole Normale de Musique Alfred Cortot à Paris ainsi qu’au Royal College of Music à Londres.

    Elle ne semble pas perturbée par la chaleur parisienne, ses doigts courent sur le clavier et délivre avec bonheur l’enchantement de la musique de Chopin pour piano seul. Scherzos et Barcarolle nous plongent dans l’émotion intense inspirée par de ce compositeur de génie, hélas mort de la tuberculose, à Paris, à seulement 39 ans.

    D’une santé fragile et sujet à la dépression tout au long de sa courte vie, ces maladies n’ont pas entamé sa créativité même si elles ont certainement influencé les couleurs de sa musique. Il fut un prince du romantisme et les jeunes interprètes virtuoses qui défilent au jardin en sont les troubadours inspirés.

    Programme

    • Scherzo n°1 en si mineur, op. 20
    • Scherzo n°2 en si bémol mineur, op. 31
    • Scherzo n°3 en do dièse mineur, op. 39
    • Scherzo n°4 en mi majeur, op. 54
    • Trois mazurkas, op. 59
      • N°1 en la mineur
      • N°2 en la bémol majeur
      • N°3 en fa dièse mineur
    • Barcarolle en fa dièse majeur, op. 60
    • Polonaise-fantaisie en la bémol majeur, op. 61
    • 3 « bis »
  • « Messe en si mineur » de Bach par les chœurs Agape et La Lyriade à l’église Saint-Pierre de Chaillot (Patis XVIe)

    « Messe en si mineur » de Bach par les chœurs Agape et La Lyriade à l’église Saint-Pierre de Chaillot (Patis XVIe)

    La Messe en si mineur de Bach (1685-1750) est une œuvre gigantesque qui a demandé 20 années d’écriture au Maître qui ne l’a d’ailleurs jamais entendue dans son intégralité. Ce ne sont pas moins de deux chœurs, Agape et La Lyriade, qui sont réunis ce soir sous la direction d’Olivier Cangelosi pour interpréter cette messe majestueuse, accompagnés d’un orchestre et d’un orgue installé à côté des musiciens, sorte de grosse armoire normande avec un côté ouvert par lequel les tuyaux de l’instrument diffusent leurs sons.

    Cette messe célèbre le culte catholique alors que Bach était un luthérien convaincu, c’est l’un des mystères qui l’entourent. Elle dure deux heures et nécessite un orchestre complet ce qui la rend plutôt impropre à la célébration d’un office. Après la mort de son père, le fils de Bach, Carl Philippe Emmanuel, coordonna la consolidation des différents éléments composant la partition finale. Elle ne fut créée dans son intégralité qu’en 1834, plus de 80 ans après la mort de son auteur.

    L’œuvre interprétée avec talent ce soir est majestueuse, un peu emphatique mais elle a été écrite ainsi. De Bach on préfère la simplicité rigoureuse, parfois mathématique, des pièces pour piano seul (clavecin en fait, mais jouées aujourd’hui sur des pianos modernes), ou pour violoncelle, aux œuvres liturgiques. Les suites pour violoncelle, les variations Goldberg, les partitas, les suites françaises pour piano sont un miracle de perfection dans la pureté. L’émotion vient de l’extrême dépouillement de ces compositions que l’on ne retrouve bien sûr pas dans la Messe en si, écrite pour manifester avec éclat la dévotion des hommes envers leur créateur.

    Saint-Pierre de Chaillot

    Ce soir, au terme de cette messe un peu interminable, le spectateur reste subjugué par la diversité et la créativité de Bach qui a consacré une vie entière à la composition d’œuvres exceptionnelles et reste le Maître incontesté de la musique classique occidentale.

    L’église Saint-Pierre de Chaillot, en plein cœur du XVIe arrondissement parisien, entre l’Etoile et le Trocadéro, construite en XVIIe siècle, renforcée au XVIIIe, agrandie au XIXe, intégralement reconstruite et inaugurée en 1938, offre le cadre grandiose qui s’accorde à cette messe de Bach. L’acoustique de ses volumes importants ne semble pas très satisfaisante pour les choristes. Qu’importe, les spectateurs, manifestement voisins de XVIe, ne comptent pas leurs applaudissements lorsque résonnent les derniers échos du Dona nobis pacem [Donne nous la paix].

    Les interprètes

    Julia Marcelli KnechtSoprano
    Claire BournezMezzo-Soprano
    Florian LaconiTénor
    Pierre BessièreBasse
    Nicolas JortieOrgue
    Frédéric DaverioAccordéon
    Olivier CangelosiDirection
  • BERGEN Véronique, ‘Patti Smith – Horses’.

    BERGEN Véronique, ‘Patti Smith – Horses’.

    Sortie : 2018, Chez : DISCOGONIE densité.

    Véronique Bergen, philosophe-essayiste, se penche sur « Horses », le disque emblématique de Patti Smith et du rock novateur, à mi-chemin entre punk et alternatif, sorti en 1975. Patti alors âgée de 29 ans erre dans New York, entre squats improbables et le Chelsea Hotel. Elle baigne dans le climat de contreculture explosive que cette ville déglinguée inspire. Elle s’essaye au dessin, à la photographie, à la peinture et, surtout à l’écriture poétique. Elle rencontre Jimi Hendrix, Janis Joplin, Sam Shepard, Robert Mapplethorpe, les poètes de la beat generation… Bref, elle vibrionne dans l’ambiance urbaine, dévastatrice et foisonnante de New York où a éclos l’art underground.

    Eprise de la poésie française du XIXe siècle, et tout particulièrement de Rimbaud, Smith va utiliser le rock comme vecteur de sa vision poétique du monde. Avec les huit plages de « Horses » elle va créer l’œuvre fondatrice du rock du dernier quart du XXe siècle.

    Véronique Bergen partage sa vision de l’âme de ce disque. Elle en explique les influences musicales, littéraires et poétiques et passe en revue chaque chanson, les reprises comme les originaux, en expliquant leur atmosphère, leurs références (bibliques ou poétiques), l’état d’esprit dans lequel elles ont été créées, les collaborations musicales auxquelles elles ont donné lieu et même les tonalités et suites d’accords utilisées. Passionnant !

    L’album Horses est construit comme un vol d’oiseau, comme un trip spatial, mental. D’une plage à l’autre, l’oiseau ouvre ses ailes, prend son envol, avec des allers-retours dans l’amplitude, flux et reflux « sac » et ressac de la marée. Son voyage converge vers l’apothéose, le soleil noir de « Land ». Patti Smith est une Icare qui, n’ayant pas besoin d’une machine volante, d’ailes mécaniques pour planer, ne se fracassera pas dans la mer (dernière partie de « Land ») lorsque, s’approchant trop près de l’astre, la cire des ailes aura fondu.

  • « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Marek Szlezer, piano)

    « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Marek Szlezer, piano)

    C’est le retour du fort sympathique festival « Chopin au Jardin » pour lequel les villes de Paris, en juin, et de Varsovie, en juillet, accueillent chaque dimanche pour une heure un pianiste, le plus souvent polonais, qui vient nous enchanter avec les notes de Chopin dispersées en plein air.

    Marek Szlezer inaugure l’édition 2026 avec brio. Il faut dire que l’artiste a été lauréat de nombre de concours, dont le concours international de piano de Rome qu’il emportât à l’âge de 12 ans. On ne savait même pas qu’il était possible de concourir aussi jeune. Autant dire que le garçon est un virtuose, il s’exprime sur un piano Yamaha étincelant qui reflète le jeu de ses mains dans les rayons du soleil d’un dimanche sans histoire.

    La musique pour piano seul écrite par Chopin, compositeur exceptionnel et lui-même pianiste hors-pair, est d’une diversité sans limite, le concert ce soir nous en donne un brillant aperçu. Il y a du Chopin enthousiaste et léger (Fantaisie et Ballade), tragique (la Sonate) et triste (les Nocturnes).

    Quel bonheur de se laisser emporter par ce déluge de notes qui charment notre ouïe et notre cœur dans un environnement printanier et champêtre. Merci Chopin, merci Marek Szlezer qui n’arrive plus à partir et gratifie un public ravi de 3 « bis » !

    Programme

    • Polonaise en la majeur, op.40 n°1
    • Fantaisie en fa mineur, op. 49
    • Ballade n°3 en la bémol majeur, op. 47
    • Deux nocturnes, op. 27
      • N°1 en do dièse mineur
      • N°2 en ré bémol majeur
    • Sonate pour piano n°2 en si bémol mineur, op. 35

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  • « Petite Messe solennelle – Rossini » par le chœur Monjoie au Temple du Saint-Esprit

    « Petite Messe solennelle – Rossini » par le chœur Monjoie au Temple du Saint-Esprit

    C’est le Choeur Montjoie qui interprète ce soir le Petite messe solennelle que Rossini (1792-1868) a composée à la fin de sa vie en 1863, à 70 ans, alors qu’il avait pris sa retraite musicale depuis plus de 30 ans, après avoir écrit une trentaine d’opéras. C’est la version piano et accordéon qui est présentée, plus simple que celle avec orchestre, elle laisse le chœur s’exprimer pleinement tout en mettant en avant le son singulier de l’accordéon.

    Rossini habitait à Paris pour cette retraite, à quelques pas de la place Saint-Augustin où il est joué aujourd’hui, et disposait aussi d’une résidence secondaire à Passy où il composa cette messe. Il recevait dans son salon chaque semaine et a composé plus de 150 pièces de musique de chambre, pièces pour piano et chansons, destinées à être jouées lors de ces mondanités. Il les appellaient ses « péchés de vieillesse ». Grand amateur de gastronomie, il a son rond de serviettes dans toutes les grandes brasseries parisiennes l’un des chefs du moment aurait créé, pour lui dédier, la recette du Tournedos Rossini.

    Un fois cette œuvre terminée il adressa une boutade à son Seigneur :

    Bon Dieu. La voilà terminée cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire ou de la sacrée musique ? J’étais né pour l’opera buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de cœur, tout est là. Sois donc béni et accorde-moi le Paradis.

    La chanteuse mezzo-soprano est remarquable ce soir et ses interprétations du Gloria (en duo avec la soprano) et de l’Agnus Dei sont bouleversantes. L’accordéoniste est également de grand talent, il ouvre la messe avec une introduction plutôt contemporaine qui n’est pas jouée dans la version habituelle de cette messe qui débute le plus souvent directement par le piano. On imagine qu’elle est bien sur la partition originale mais qu’elle rebute ses confrères accordéonistes ?

    Les interprètes

    Pauline LarivièreSoprano
    Gaëlle MalladMezzo-Soprano
    Hugo TranchantTénor
    Jean-Manuel CandenotBaryton
    Ariane GendratPiano
    Frédéric DaverioAccordéon
    Olivier DelfosseDirection

    Un extrait du très beau duo soprano-mezzo de la Petite messe dirigée en 2001 par Lorin Maazel, gravée sur un CD sorti en 2001.

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  • MARTIN Xavier, ‘Television – Marquee Moon’.

    MARTIN Xavier, ‘Television – Marquee Moon’.

    Sortie : 2026, Chez : DISCOGONIE densité.

    C’est l’histoire d’un disque fondateur du rock américain, édité en 1977 alors que le punk explose au Royaume-Uni. Quatre américains admirateurs des poètes français « maudits » du XIXe siècle, Rimbaud, Verlaine, Baudelaire vont créer un groupe majeur et un style remarquable du rock de la contre-culture mondiale. Le leader-fondateur du groupe, Thomas Miller, prend le nom de scène de Verlaine en hommage à Paul. Le premier bassiste, Richard Meyers, choisit quant à lui celui de Hell en référence à « Une saison en enfer » de Rimbaud. Tous deux écrivent des poèmes et adoptent la musique comme vecteur de leur poésie. Ils se trouvent qu’ils sont également d’excellents et très novateurs instrumentistes. Verlaine et son compère guitariste Richard Llyod créent un genre complexe et singulier de jeu de guitares qui s’entremêlent en déroulant des arpèges obsédantes sur lesquelles se pose la voix aiguë de Tom.

    Un peu comme les disques du Velvel Underground, « Marquee Moon » rencontre un grand succès d’estime dans le petit monde musical du New York underground où se croisent Blondie, les Talking Heads, Patti Smith, les New York Dolls, Andy Warhol…, mais n’explose pas vraiment au niveau commercial. Il faudra encore quelques années pour qu’il devienne l’une des œuvres de référence du rock américain et même mondial.

    Les paroles de Tom Verlaine sont souvent mystérieuses. Il demande lui-même qu’on ne leur cherche pas forcément une signification rationnelle mais évoque plutôt la traduction de sentiments diffus, une déambulation poétique de leur temps. L’ensemble mots et musique est imprégné de l’atmosphère urbaine, et souvent délétère, qui règne dans la ville de New York à la fin des années 1970 : bouillonnante, toxique et tellement créatrice. On est partagés entre la noirceur du monde présenté par ces auteurs-compositeurs et la lumière apportée par cette musique lunaire.

    Time may freeze,
    A world could cry.
    All this night running loud
    I hear the whispers I hear the shouts.
    And tho they never cry for help…

    Xavier Martin raconte de façon intelligente et très documentée la grande histoire de ce disque et revient sur quelques petites anecdotes que tout le monde connait mais que les admirateurs de cette période musicale ont toujours plaisir à relire : l’amour que Verlaine a porté à Patti Smith qui s’est éloignée de lui pour vivre une aventure avec le bassiste du groupe, les débuts du CBGB’s où se produisirent tous les créateurs du rock underground américain, les réglages des guitares et des amplis, les relations avec les producteurs (dont Brian Eno), les maisons de disques, la photo de couverture du disque issue d’une photocopie ratée, bref, tout ce monde fascinant du rock new-yorkais des années 1970-1980 qui a engendré ces géants.

    La petite maison d’édition densité DISCOGONIE qui publie ce livre consacre un ouvrage à un disque. On trouve dans la liste : Nebraska (Bruce Springsteen), L.A. Woman (The Doors), The Idiot (Iggy Pop), Closer (Joy Division), Horses (Patti Smith), Violator (Depeche Mode), et bien d’autres. Une jolie collection à cultiver.

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  • « Brian Jones et les Rolling Stones » de Nick Broomfield

    « Brian Jones et les Rolling Stones » de Nick Broomfield

    Ce très beau documentaire de Nick Broomfield sorti en 2025, diffusé sur la chaîne Arte, revient sur la vie fulgurante de Brian Jones (1942-1969), le guitariste fondateur des Rolling Stones en 1962. Passionné de blues, instrumentiste de génie, il a durablement influencé la musique des Rolling Stones mais n’a pas su se maintenir au sein de ce groupe de légende.

    L’arrivée d’un manager fait pencher le pouvoir au sein du groupe en faveur du duo Jagger/Richards dont la facilité d’écriture et de composition isole un peu Jones qui se replie sur lui-même. Très bel homme, il multiplie les conquêtes féminines (cinq jeunes filles mises successivement enceintes avant d’être délaissées avec leurs enfants) puis s’attarde avec la redoutable et très séduisante Anita Pallenberg qui va l’accompagner dans ses addictions mortifères avant de passer dans les bras de Keith Richards. Devenu ingérable, il est « licencié » du groupe. Il est retrouvé mort dans sa piscine deux mois plus tard en 1969, à 27 ans. Un émouvant concert hommage des Rolling Stones est organisé à Hyde Park dont on voit quelques images, notamment celles de Jagger habillé uniformément en blanc se déhanchant devant son micro et une foule immense et émue au souvenir de cette étoile filante.

    Le documentaire donne la parole à ses parents, psychorigides, ses fiancées, amoureuses, ses compagnons musiciens stoniens, admiratifs de ses talents. Un passage excitant le montre jouer avec Jimi Hendrix, d’autres insistent sur l’hystérie déclenchée par le groupe, et tout particulièrement par Brian, l’ange guitariste blondinet qui fait chavirer les cœurs et assite à des gigs de Muddy Waters, son héros. Une photo le montre avec sa chienne épagneule de cinq ans à qui il a fait manger un gâteau au LSD et dont l’une de ses ex explique que l’animal s’est réveillé en ayant pris 20 ans d’un coup.

    « Brian Jones et les Rolling Stones », c’est l’histoire triste d’un grand musicien qui s’est laissé déborder par ses démons plutôt que de suivre son immense talent. Il a renoncé de ce fait à la vie et une destinée au cœur du « plus grand groupe de rock du monde » qui, depuis plus de cinquante ans, accumule les succès, guidé par le duo aujourd’hui octogénaire Jagger/Richards, et qui… sort un nouveau disque-studio dans un mois.

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    Anita Pallenberg, repose en paix !

  • « Brahms, un requiem allemand » par l’ensemble Sequentiae (chœur et orchestre) à la salle Gaveau

    « Brahms, un requiem allemand » par l’ensemble Sequentiae (chœur et orchestre) à la salle Gaveau

    L’ensemble Sequentiae a délivré un beau programme ce soir à la salle Gaveau de Paris, centré sur le Requiem allemand de Brahms. Dirigé par Mathieu Bonnin le chœur et l’orchestre introduit cette soirée musicale par la merveilleuse Elégie op. 24 de Gabriel Fauré (1845-1924) et son déchirant thème de violoncelle joué ce soir par le soliste Lucien Debon.

    Deux pièces de Mendelssohn et Bruckner sont jouées, avant une rapsodie composée par Maxence Grimbert-Barré, premier alto de l’orchestre à qui le Maestro laisse la parole pour la présenter. Ecrite et créée il y a sept ans au moment de la mort de son père et de la naissance de sa fille, cette rapsodie est dédiée à cette dernière qui assiste dans la salle pour la première fois à son interprétation. L’œuvre moderne est d’une écoute agréable, les chœurs sont sans paroles, et ces chants sans mots laissent l’esprit des spectateurs divaguer au gré des harmonies des cordes et des voix.

    Le Requiem est joué en deuxième partie et nous emmène sur sa voie majestueuse. Curieusement il sort un peu du mode tragique habituellement propre à ce genre, la musique est légère, parfois presque guillerette, profondément romantique comme l’œuvre de l’immense compositeur allemand. Les textes, traduits dans le programme, nous ramènent à la réalité :

    Bienheureux sont ceux qui supportent la souffrance,
    car ils seront consolés
    Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans la souffrance.
    Ils s’en vont pleurant en portant les précieuses semences,
    et reviennent avec joie en rapportant leurs gerbes.

    Seigneur, enseigne-moi que je dois avoir une fin, et que ma vie a un terme et que je dois la quitter.

  • Yasmine Hamdan – 2026/03/18 – Paris le Trianon

    Yasmine Hamdan – 2026/03/18 – Paris le Trianon

    La troublante Yasmine Hamdan revient au Trianon pour présenter son troisième album solo : « I Remember I Forget بنسى وبتذكر » paru en 2025, près de quinze ans après la sortie du premier. Artiste libanaise née en 1976 en pleine guerre civile elle réside aujourd’hui à Paris après avoir vécu dans différents pays avec sa famille pour fuir les guerres du Proche-Orient, celle du Liban, mais aussi l’invasion irakienne du Koweit, en 1990, où elle était installée avec les siens. Après être revenue au Liban en 1990 elle crée le groupe Soapkills, avec un compatriote beyrouthin, un duo original trip-hop définitivement décalé dans l’environnement local et qui a lancé sa carrière de compositrice dans l’environnement traumatique de ce pays.

    Lorsque les lumières s’éteignent, le fond de la scène apparaît couvert d’une tenture noire sur laquelle ont été découpées des ouvertures aux formes aléatoires et qui reçoivent la lumière comme des fenêtres ouvertes sur l’extérieur. Yasmina est entourée ce soir d’un groupe de trois musiciens (guitare, batterie/percussions, clavier). Le jeu de scène est très sobre, elle est habillée d’un jean baggy noir et d’un haut vaporeux de même couleur laissant apparaître un triangle de peau sur l’une de ses hanches. Elle porte toujours une lourde et longue chevelure noire et se lance de temps à autres dans de discrets mais langoureux déhanchements sur les parties instrumentales de sa musique. Ses mains parfois accompagnent son chant en se crispant autour du micro lorsque sa voix se déchire dans des mélopées orientales.

    Elle chante devant deux pieds de micro, dont l’un traite sa voix, tapote à l’occasion sur un petit clavier. Toutes ses chansons sont chantées en arabe ; avare de ses paroles elle dira seulement deux mots (en français) sur le lancement d’Al Jamilat, un long poème de Mahmoud Darwish qu’elle a mis en musique, pour s’inquiéter de savoir combien de Libanais et de Palestiniens sont présents ce soir. Ils sont nombreux bien sûr !

    Elle n’évoque à aucun moment les nouvelles guerres qui s’abattent sur le Proche-Orient mais on sent que ces dévastations la hantent. Sur la vidéo de la chanson « I Remember I Forget » disponible sur son site web, on voit un dessin animé façon années 1980 où une jeune femme court droit devant elle à travers les ruines d’une ville qui pourrait être Beyrouth. Puis sa course saccadée se déroule devant un mur qui pourrait être celui séparant Israël des territoires colonisés, elle est poursuivie par le globe terrestre en feu qui roule dans sa direction. Sur le mur sont inscrits divers slogans et photos faisant référence à l’occupation, l’exil, la décolonisation, la violence… Et si on oubliait où l’on se trouve, des peintures murales nous le rappellent : ambulance à croix rouge, armes, barbelés… pendant que défilent les paroles en arabe peintes en rouge sur le mur (et traduites en anglais dans les sous-titres) :

    I remember to forget
    It’s foul from within
    I remember to forget
    Murder, is normal
    Distortion, is normal
    Fiascos, normal
    Looting, is normal
    Manipulation, is normal
    Intimidation, is normal
    Normal
    Hysteria, is normal
    Despair, is normal
    Normal

    I remember and forget
    I remember to forget

    Et puis la jeune femme animée aux cheveux violets reprend sa course sur l’écran dans des champs de Tournesol survolés par des B52.

    C’est toute la dévastation vécue par cette région depuis des décennies. Les symboles sont naïfs et désespérés mais ce sont ceux qui inspirent la création de Yasmine Hamdan qui vire à un Trip-Hop orientalisé, inspiré par les Massive Attack et Portishead qu’elle écoutait dans sa jeunesse. Elle a retenu l’esprit sombre de cette musique urbaine répétitive, inventée à Bristol par les descendants d’esclaves dont cette ville britannique fut l’un des centres de la traite occidentale, et l’a accommodée avec les arabesques musicales et vocales propres à l’Orient.

    La nostalgie c’est aussi une histoire de famille alors sa sœur vient l‘accompagner sur la scène pour une chanson et un ami musicien vient jouer de la cithare sur une autre.

    Le concert se termine sur un très beau et apaisé « Beirut », simplement accompagné au piano sur un tempo lent, et d’un synthétiseur au son aérien joué par le guitariste. Ce morceau, chanté tristement, ressemble presqu’à une comptine chantonnée par une grand-mère pour endormir sa petite-fille. Il exsude toute la nostalgie de Yasmina Hamdan à l’égard de sa ville de naissance et des regrets face aux catastrophes qui s’y succèdent. C’est le chant de l’exil.

    Beirut
    Arak drinking
    Card playing
    Racehorse cheering
    Pigeon hunting
    The essence of Beirut
    Seduction crowd
    Cruising around
    Fooling about
    This is all there is on the minds
    Of the citizens of Beirut

    Beirut

    Ainsi se termine ce très beau concert d’une artiste à l’écriture poétique inspirée qui réussit une fusion subtile entre les mondes musicaux de l’Occident et de l’Orient.

    Setlist : Reminiscence/ Hon/ Shmaali/ Al Jamilat/ Hal/ Vows/ Mor/ Shadia/ Abyss/ Assi/ The Beautiful Losers/ I Remember I Forget

    Encore : Balad/ Beirut

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    Yasmine Hamdan – 2017/10/10 – Paris le Trianon

  • Suzanne Vega – 2026/03/16 – Paris salle Pleyel

    Suzanne Vega – 2026/03/16 – Paris salle Pleyel

    Et revoilà Suzanne Vega parisienne après la sortie de Flying with Angels au mois de mai dernier. Sa présence en tournée parmi nous est aussi précieuse que ses chansons sont délicates et leur interprétation enchanteresse. Elle est accompagnée du fidèle guitariste irlandais Gerry Leonard et, pour cette tournée, d’une violoncelliste, Stephanie Wimers.

    Suzanne porte un jean noir baggy, gilet et veste de smoking sur un chemisier noir à fines raies grises, collier d’or et boots en cuir souple, rouge à lèvres, cheveux longs blonds-roux et son traditionnel chapeau claque qu’elle déplie pour la première chanson, Marlene on the Wall, qu’elle pose ensuite sur une tablette à côté de sa tasse de thé avant de le rechausser à la fin du show pour Tom’s Diner. Cette coiffure lui donne un petit air troubadour en accord avec son statut de chanteuse folk.

    Gerry porte un costume gris « déconstruit » que l’on dirait enfilé à l’envers, les coutures du pantalon et de la veste sont comme inversées et apparentes… Mèche orange sur cheveux gris, chemise blanche col relevé déboutonné avec une cravate ficelle de couleur violette, le garçon affiche sa singularité surtout par son très riche jeu de guitare capable d’accompagner David Bowie dans un style rock comme Suzanne dans ses compositions intimistes.

    La violoncelliste est en jean noir, perfecto de même couleur, casquette gavroche d’où dégouline une longue mèche de cheveux noirs, elle joue un instrument qui semble en matière synthétique mais dont elle tire de tragiques mélopées qui se mêlent heureusement à la voix de Suzanne.

    Les trois premiers morceaux nous plongent immédiatement dans l’atmosphère douce et mélancolique des années 1980-1990. A l’époque elle jouait ces chansons avec un groupe de rock, batterie-bass-guitare-claviers, et même des incursions dans l’électronique, certes point trop agressif, mais plus énergique que le format folk qu’elle a maintenant adopté depuis quelques décennies.

    La quatrième chanson est une reprise de Françoise Hardy, Tous les garçons et les filles, qu’elle interprète en français en s’aidant d’un papier. Elle nous raconte qu’elle a déjeuné un jour avec la Française, « une personne très intense », qui lui demanda si elle n’avait jamais aimé quelqu’un « à en mourir ? ». Avec son humour discret et un petit sourire, Suzanne nous explique que les Américains ont peu l’habitude d’aborder ce genre de sujet… à déjeuner, et qu’elle a dû répondre quelque chose comme « let me think about it ». Plus tard Françoise Hardy dont on connait l’intérêt qu’elle portait à l’astrologie lui envoya son thème astral que Suzanne nous garantit avoir été 100% fiable. Elle ne chante que le premier couplet et nous promet la chanson complète pour la prochaine fois. Son apprentissage du français 20 minutes par jour depuis plusieurs années ne lui permettant pas pour le moment d’aller plus loin. Sourires dans la salle qui espère qu’elle ne perdra jamais cet accent américain si séduisant lorsqu’elle parle français.

    Vient ensuite la découverte des chansons de Flying with Angels dont Speakers’ Corner en référence à ces prophètes qui racontent ce qui leur passe par la tête, debout sur une chaise, devant une assistance dense ou clairsemée, à Londres (Hyde Park) ou ailleurs. Elle dédie cette chanson à la liberté d’expression qui affronte quelques contraintes ces derniers temps, et pas seulement aux Etats-Unis…

    All those full of wind and air
    Who howl and rant and rave
    Screaming out distorted facts
    About the souls they save
    Promising the miracles
    And pocketing the cash
    Pretending they have principles
    Preaching only ash

    Speakers’ corner, there it stands
    In politics and song
    When it’s time to tell your tale
    Don’t wait too long

    Bien sûr elle nous raconte à nouveau sa première amourette, à 18 ans au Royaume-Uni, que beaucoup connaissent déjà, mais enrichit cette fois l’histoire. Leur amour s’est fondé sur leur passion commune de Leonard Cohen et au moment de la séparation au bout des six semaines, elle offrit un poème à son amoureux, la chanson Gypsy, et il ne trouva rien d’autre à lui donner que… son bandana. Le premier rappel sur In Liverpool nous apprend qu’ils se sont revus, bien longtemps plus tard. Une histoire heureuse.

    Avec Chambermaid on reconnait les accords de la chanson de Bob Dylan I want You dont elle s’est inspirée pour raconter l’histoire de la servante d’un « grand homme » qu’elle vénère et qui affirme n’avoir jamais rien volé, sauf… un baiser. Dans la vraie vie Suzanne nous explique qu’elle a rencontré Dylan une fois pour échanger sur cette chanson et que le grand homme lui a délivré un baiser lorsqu’ils se sont quittés, demandant à la revoir, ce qui ne s’est jamais produit à ce jour. Chambermaid jongle entre la fiction et la réalité, l’admiration et le désir, Dylan et Vega :

    I’m the great man’s chambermaid
    I’ve seen where his hallowed head is laid
    I revere the places he has stayed
    And clean crumbs from his typewriter
    He is good to me
    There’s nothing he doesn’t see
    And he knows where l’d like to be
    But it doesn’t matter
    Mmm hmm

    You want to know, did I ever steal?
    He never leaves anything out that’s real
    I took nothing he would miss
    But only once I stole a kiss

    Le concert se termine sur l’enchaînement Luka et Tom’s Diner. La salle est aux anges, l’artiste salue ses musiciens et disparaît dans les coulisses avant de revenir pour deux rappels dont le premier commencé sur la reprise du légendaire Walk on the Wild Side de Lou Reed dont elle chante les grossièretés qu’elle contient avec douceur et élégance. Ces deux poètes new-yorkais sont frères de sang, la vision féminine de Suzanne vient adoucir la dureté urbaine de Lou, mais tous deux sont ô combien représentatifs de la musique que New York a su inspirer à ses artistes. En reprenant Walk on the Wild Side la première s’incline devant l’œuvre immense du premier :

    Holly came from Miami, F-L-A
    Hitchhiked her way across the U.S.A.
    Plucked her eyebrows on the way
    Shaved her legs and then he was a she

    She says, « Hey babe, take a walk on the wild side »
    Said, « Hey honey, take a walk on the wild side »

    L’admirable Rosemary clôt définitivement cette soirée de charme avec cette ancienne chanson des années 1990 sur une passion et le désir de rester dans le souvenir de l’autre :


    Live at duo Music Exchange in Japan 2005

    And all I know of you
    Is in my memory
    And all I ask is you
    Remember me

    A 66 ans l’Américaine affiche toujours la même élégance surannée dans sa musique, ses mots et sa présence sur scène. Sa vision du monde et des relations humaines est empreinte d’un humour apaisé et distant. Elle interprète ses créations de façon linéaire, pas de grands envols, juste la constance de la beauté. Sa voix brumeuse n’a guère varié depuis son premier album en 1985, dépouillée, pleine de douceur et de l’assurance que lui procurent 40 ans de route sur les scènes du monde et une dizaine d’albums.

    Elle nous raconte simplement nos vies et nos sentiments, disséqués par son œil bienveillant et acéré, mais restitués avec toute la grâce qui émane de cette très belle artiste.

    Une soirée avec Suzanne Vega, c’est un véritable délice !

    @ruby_inthedust

    Set list

    Marlene on the Wall/ 99.9 F°/ Caramel/ Tous les garçons et les filles (Françoise Hardy cover) (1st verse only)/ Gypsy/ The Queen and the Soldier/ Flying with Angels/ Speakers’ Corner/ Chambermaid/ Left of Center/ I Never Wear White/ Some Journey/ Luka/Tom’s Diner

    Encore : Walk on the Wild Side (Lou Reed cover)/ In Liverpool

    Encore 2 : Galway/ Rosemary

    Warmup

    Marie Sarah : chanteuse métisse d’origine camerounaise, coiffure afro, sorte de Tina Turner rajeunie, accompagnée par un guitariste synchronisé avec des enregistrements de batterie et de claviers. Un duo sympathique soul/blues qui termine son set sur une reprise d’Amy Winehouse.

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  • Pierre Génisson et le Quatuor Hermès au théâtre des Champs Elysées

    Pierre Génisson et le Quatuor Hermès au théâtre des Champs Elysées

    Le toujours brillant Quatuor Hermès s’est produit cet après-midi avec le clarinettiste Pierre Génisson au théâtre des Champs Elysées pour un programme classique en première partie, un quintette de Brahms (1833-1897), « exigeant » (selon les mots du clarinettiste) à la reprise après l’entracte, une pièce contemporaine du compositeur argentin Osvaldo Golijov (né en 1960).

    Le Brahms est un enchantement, le son vibrionnant de la clarinette donne un sentiment guilleret à l’ensemble, une allure printanière tout à fait de saison. La découverte de Golijov est plus complexe. La famille du compositeur, de culture juive, a émigré en Argentine depuis l’Ukraine et la Roumanie. Osvaldo a, lui, ensuite émigré en Israël en 1983. La pièce jouée ce soir est intitulée « The dreams and prayers of Isaac the blind », en référence au rabbin français Isaac (1160-1235) qui serait l’un des fondateurs à l’origine de la Kabbale, un concept métaphysique du judaïsme, assez obscur pour les non spécialistes. La musique jouée par les cordes est sombre, la clarinette l’enjolive en y apportant une légèreté et une fantaisie que l’on pourrait croire venue du jazz. La fusion de l’ensemble, résolument moderne, titille un peu l’oreille des seniors qui se réjouissent de constater une nouvelle fois que la musique est vivante, toujours en recherche et en évolution, au gré des générations de compositeurs qui transforment en notes leur environnement et les évènements qui le traversent.

    Les rêves d’Isaac sont suivis de morceaux extraits du folklore musical juif ashkénaze sur lequel la clarinette fait des merveilles. En l’écoutant on se croit au cœur d’un shttl d’Europe de l’est où dansent les paysans en habits traditionnels et sabots de bois pour un mariage.

    Le dernier rappel est bien plus tragique avec Wiegala, une pièce écrite par Ilse Weber, infirmière, juive, déportée au camp de concentration de Theresienstadt où elle s’occupait des enfants en leur écrivant des comtes et des mélodies. Les quatre musiciens du quatuor pincent leurs cordes à la main pendant que le clarinettiste déploie une lente mélopée de son instrument à vent. Il n’y a plus de folklore ici mais le vent triste et glacé de la barbarie qui soufflait sur Auschwitz où Ilse Weber a été exterminée en 1944.

  • « Petite messe solennelle – Rossini » par le Chœur & Orchestre Symphonique de Paris (COSP) à Saint-Philippe du Roule

    « Petite messe solennelle – Rossini » par le Chœur & Orchestre Symphonique de Paris (COSP) à Saint-Philippe du Roule

    Le compositeur italien Gioachino Rossini (1792-1868) a écrit sa Petite messe solennelle alors qu’il avait 71 ans. Elle fut créée à Paris en 1864. Une belle œuvre écrite pour un chœur réduit et, notamment, un accordéon, parfois remplacé par un harmonium. Original !

    Elle est magnifiquement interprétée ce soir, dans sa version piano et accordéon, par le Chœur & Orchestre Symphonique de Paris dans l’église Saint-Philippe du Roule construite au XVIIIe siècle. La musique si pure de Rossini s’élève dans la vaste voute peinte de l’église, cernée de colonnes ioniques, l’alliance de la mystique et de l’esthétique.

    Seul le grondement régulier du métro souterrain vient légèrement troubler cette harmonie.

    Les interprètes

    Valentine BacquetSoprano
    Myrtille GayotMezzo-Soprano
    Boris MvuezoloTénor
    Lysandre ChâlonBaryton-Basse
    Yun-Yang LeePiano
    Domi EmorineAccordéon
    Direction Xavier Ricour

    Un extrait du très beau duo soprano-mezzo de la Petite messe dirigée en 2001 par Lorin Maazel, gravée sur un CD sorti en 2001.

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  • Talking Heads et Mamdani à New York

    Talking Heads et Mamdani à New York

    La ville américaine de New York a élu un maire de 43 ans, d’origine indienne, né en Ouganda, ancien rappeur, Zohran Mamdani. Il a été naturalisé américain en 2018 et été élu sur la base d’un programme socialisant mêlant le contrôle des loyers de cette ville, celui des expulsions abusives, la promotion des énergies renouvelables, le soutien propalestinien, ou la lutte contre les discriminations, etc. Le profil est plutôt inhabituel pour un maire de la capitale financière mondiale.

    Il a investi son poste ce 1er janvier lors d’une cérémonie organisée dans une station de métro désaffectée, puis a prêté serment, la main sur le Coran, sur les marches de l’hôtel de ville où il a fait jouer les Talking Heads sur la sono avant d’accueillir sur scène des musiciens divers. Pour les plus jeunes, Talking Heads est un groupe américain des années 1970-1980, phare de la new-wave, mené et inspiré par l’inventif guitariste-chanteur David Byrne qui continue à mener une brillante carrière solo et à se produire sur scène.

    Bref, on peut être un maire « de gauche » américain et avoir bon goût musical !

  • FOGEL Benjamin, ‘Le renoncement de Howard Devoto’.

    FOGEL Benjamin, ‘Le renoncement de Howard Devoto’.

    Sortie : 2015, Chez : Le mot et le reste.

    Benjamin Fogel, né en 1981, est un écrivain auteur de nombreux ouvrages sur la pop-culture. « Le renoncement de Howard Devoto » est une biographie fictionnelle sur Howard Trafford, de son vrai nom, né en 1952 à Manchester dans une famille bourgeoise moyenne. Gamin peu intéressé par les études mais bien plus par la montée en puissance du mouvement punk au Royaume-Uni, il écoute les Stooges et Brian Eno, admire David Bowie, et convainc son pote Pete Shelley d’aller assister à un concert des Sex Pistols à Londres en 1976. C’est une nouvelle vie qui commence pour eux qui savent à peine jouer quelques notes, lui sur un clavier, Pete sur une guitare.

    Ensemble ils créent le groupe Buzzcoks qui deviendra l’un des phares du mouvement punk. Howard est au chant et compose les chansons avec son compère. Garçon introverti et épris d’absolu, pas de compromission avec l’industrie de la musique, pas de promotion de leurs œuvres, il quitte les Buzzcoks au bout d’un an alors le succès s’annonce comme éclatant. Il le restera d’ailleurs longtemps puisque le groupe tournait encore dans les années 2010 avant le décès de Shelley en 2018.

    Devoto fonde un nouveau groupe : Magazine, avec d’autres musiciens dont notamment John McGeoch, guitariste d’exception et Dave Formula, claviériste. Ensemble ils inaugurent une sorte d’avant-garde punk. McGeoch quittera Magazine, un peu lassé du manque de succès commercial, pour rejoindre Siouxsie and the Banshees menée par l’icône punk Siouxsie Sioux, puis de rejoindre Public Image Ltd, le groupe fondé par Johnny Rotten après la dissolution des Sex Pistols. Il est mort en 2004 à 48 ans.

    Après quatre albums plutôt réussis, Howard Devoto, toujours effrayé par le succès et à la recherche d’autre chose, dissout Magazine, se lance dans quelques expériences musicales solo puis devient… archiviste dans une agence de presse durant 20 ans. Le temps d’une courte reformation en 2009, Magazine publie ce qui sera sans doute leur dernier album : No Thyself.

    Fogel se penche avec intérêt sur le curieux parcours de Devoto, passé du statut de rock-star à celui d’archiviste, du monde punk un peu dévasté à la vie tranquille de salarié dans une agence de presse. Sa quête d’absolu ne lui a pas permis de poursuivre la voie de la musique de façon durable mais au moins a-t-il créé quelques albums de légende dont des groupes célèbres ont revendiqué l’influence, de Radiohead à Simple Minds en passant par Johnny Marr (guitariste compositeur au sein de The Smiths) ou Jarvis Cocker (Pulp). Un personnage créatif, novateur et égaré, comme seul le Royaume-Uni sait en créer dans le monde du rock.

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  • BRMC – 2025/12/09 – Paris L’Olympia

    BRMC – 2025/12/09 – Paris L’Olympia

    Les Black Rebel Motorcycle Club (BRMC) organisent une tournée pour célébrer le 20e anniversaire de leur troisième album Howl, dont le titre se référait au long poème d’Allan Ginsberg, écrit en 1956, texte fondateur de la beat generation, longtemps censuré aux Etats-Unis ; un texte abstrait de révolte contre l’Amérique matérialiste, plein de colère et de folie, mais qui conclut sur une rédemption possible. Le disque sorti 50 ans après le poème avait surpris lors de sa parution par son caractère plutôt introspectif.

    C’est Peter Hayes (chant, guitare) qui chante en solo le morceau d’ouverture Devil’s Wantin’ en s’accompagnant à la guitare acoustique. Il porte un sweat à capuche qui lui descend sur les yeux qu’il ne quittera pas de tout le show, un jean noir et de gros godillots de même couleur façon bottes de motard. Ne seraient-ce sa voix et son jeu de guitare, on pourrait ne même pas savoir si c’est bien lui qui est sur la scène…

    Robert Levon Been (chant, bass et guitare) et Leah Shapiro (batterie, ex-The Raveonettes.) le rejoignent pour Shuffle Your Feet et sa curieuse intro vocale « Time won’t save our souls » répétée plusieurs fois a cappella. Robert joue de la guitare et porte une espèce de manteau gabardine long dont on se demande comment il peut le supporter dans la chaleur qui règne déjà dans l’Olympia au complet. Il le jette en coulisse après quelques chansons. Peter est toujours sous sa capuche et tire de longues plaintes blues et métalliques de sa guitare. Leah a pris du poids mais n’a pas perdu le rythme. Tout est en place, vous êtes au concert des Black Rebel Motorcycle Club, laissons-nous aller dans cette musique sombre et brute.

    Le disque Howl est presque joué en totalité nous ramenant deux décennies en arrière de cette musique intemporelle inspirée par l’histoire d’une Amérique souvent ambivalente mais dont la noirceur électrique nous évoque les cabarets enfumés où ces trois-là ont traîné leurs bottes. Leur musique exsude le blues, celui des champs de coton tristement récoltés par les esclaves noirs, mais aussi le folk de Guthrie et Dylan lorsque que les deux guitaristes chantent en duo sur le devant de la scène, et le rock psychédélique quand après avoir servi les chansons de Howl ils terminent le concert avec des classiques énergiques qui mettent l’assistance en joie.

    Howl est un album à part dans la discographie des BRMC avec de longs passages nostalgiques accompagnés seulement par des rythmes lents des guitares acoustiques sur lesquelles se posent la voix de Pete un peu nasillarde et torturée et celle plus grave et profonde de Robert. Tous deux éprouvent manifestement du plaisir à emmener leur public sur le chemin plus doux de ces longues complaintes harmonieuses. Pete joue aussi régulièrement de l’harmonica et même du trombone sur un des morceaux. On le découvre à l’aise avec cet instrument à vent qui s’applique bien à l’atmosphère ambiante.

    Il est bon aussi de voir nos rockers américains mettre en pause leur habituelle énergie démesurée pour un instant musical hors du temps et de la furie.

    You try so hard to be cold
    You try so hard to not show
    I give you nothing to doubt, and you doubt me
    I give you all that I have, but you don’t see

    (Howl)

    Les fans savent aussi apprécier ce changement de pied d’autant plus que la fin du concert est dédiée aux morceaux plus classiques, séquence entamée à partir de la chanson Berlin. On retrouve alors le climat surchauffé d’un rock bluesy où parle l’électricité des guitares et le beat métronomique sourd de Leah. Pete part dans de longues glissades réverbérées sur ses cordes qui rebondissent sur les murs de la salle pour percuter nos tympans. Dans la fosse la foule ondule et transpire, la sécurité évacue les pogotteurs vers les coulisses en les portant par-dessus les barrières aux pieds de la scène. Pete, à genoux devant ses pédales torture sa guitare à grandes embardées de larsen et d’effets hurlants pendant que Robert tente une descente dans la fosse tenant sa bass sous le bras droit comme une kalachnikov dont chaque note serait une balle qui vient percuter nos sens.

    Spread your love like a fever
    And don’t you ever come down
    Spread your love like a fever
    And don’t you ever come down
    I spread my love like a fever
    I ain’t ever coming down

    She gave me love like a big fire
    I only saw it once
    She spread her love like a fever
    She’s bad, but not enough

    (Spread your Love)

    Le nom du groupe Black Rebel Motorcycle Club et sa référence au film L’Equipée Sauvage résonne aux oreilles de l’assistance en transe : cuir, vrombissements et cambouis, on se croirait dans une attaque du gang de motards mené par Marlon Brando…

    Robert descend la capuche de son compère et ébouriffe ses cheveux bouclés gris avant qu’il ne recoiffe rapidement celle-ci. Le concert se termine après deux heures-et-demie et ce final de feu, il n’y aura pas de rappel, le dernier morceau, Open Invitation, fait redescendre la tension en douceur après un très beau concert de ce groupe original.

    On and on
    I’ve been waiting on the open invitation
    You’re silent show me no relation
    In the rising cold
    Don’t you feel alone
    I’ll be standing with your sorrow
    All you left me’s gone away tomorrow
    And we may never be here again
    And we may never be here again

    (Open Invitation)

    Setlist

    Devil’s Waitin’/ Shuffle Your Feet/ Howl/ Ain’t No Easy Way/ Still Suspicion Holds You Tight/ Promise/ Weight of the World/ Fault Line/ Complicated Situation/ Mercy/ Restless Sinner/ Sympathetic Noose/ Gospel Song/ The Line/ Red Eyes and Tears/ Red Eyes and Tears/ (reprise)/ White Palms/ Beat the Devil’s Tattoo/ Berlin/ Conscience Killer/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Spread Your Love (with Nuutti Kataja) (from Dead Combo)/ Shadow’s Keeper/ Open Invitation

    Warmup

    Night Beats (Robert vient jouer le dernier morceau avec le groupe).

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    Les photos de Roberto

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  • « Eugeny Kissin joue Scriabine » à l’auditorium de Radio France

    « Eugeny Kissin joue Scriabine » à l’auditorium de Radio France

    L’Orchestre philharmonique de Radio-France s’est tourné vers l’est ce soir. Le chef polonais Krysztof Urbanski dirige la « Petite suite » du compositeur polonais Witold Lutostawski (1913-1994), une pièce moderne sortie en pleine période « idéologique » soviétique quand il fallait que la musique reflète « le réalisme socialiste » (Staline a fait récrire des symphonies à Chostakovitch car elles ne correspondaient pas à la doxa du parti communiste). La Petite suite se sort bien de ce carcan culturel en s’inspirant des musiques folkloriques polonaises. L’utilisation renforcée du piccolo marque ce tropisme.

    Le célèbre pianiste russe Eugeny Kissin, né en 1971, vient ensuite interpréter le concerto en fa dièse mineur, op. 20, d’Alexandre Scriabine (1871-1915), toujours sous la baguette du chef polonais. Créé en 1897 (l’année du décès de Brahms) ce concerto se révèle assez classique dans son romantisme, le soliste est glorieux. A douze ans il interprétait déjà les deux concertos pour piano de Chopin… On a parfois l’impression que le piano est un peu noyé sous l’orchestre, sans vraiment identifier si c’est une question de placement de certains spectateurs ou alors prévu dans la composition ?

    En deuxième partie l’orchestre joue la Symphonie n°6 en si mineur, op. 74 de Tchaïkovski, crée en 1893. Baptisé « Symphonie Pathétique » on comprend mieux cette appellation lorsque le chef reste un long moment silencieux après avoir replié sa baguette à l’issue du quatrième et dernier mouvement, l’Adagio lamentoso, dont l’inspiration tragique serre les cœurs. Tchaïkovski est mort quelques jours après la création de cette œuvre qui fut son chant du cygne. On a parlé du choléra ou d’un empoisonnement pour expliquer sa mort à seulement 53 ans. On a aussi évoqué un suicide pour avoir dévoyé un jeune officier.

    Cette musique russe, Scriabine et Tchaïkovsy, comme Kissin, sont russes, dirigée par un Polonais, démontrent quand même l’attachement culturel de la Russie à l’Occident, au moins à cette époque. Malgré Chostakovitch, les événements géopolitiques récents révèlent que ce pays est en train de changer de camp. C’est aussi pathétique que la symphonie éponyme de Tchaïkovski. Après de tels apports à la musique, c’est d’une grande tristesse, mais ne n’est pas avec des concertos que la planète est gouvernée ! Et la musique est loin d’être universelle, hélas, pas plus que les droits de l’homme.

  • Baxter Dury – 2025/12/04 – Paris salle Pleyel

    Baxter Dury – 2025/12/04 – Paris salle Pleyel

    On avait quitté Baxter Dury en 2018 en concert au Casino de Paris avec son album Prince of Tears, l’eau a coulé depuis sous les ponts de la Tamise, trois CD sont sortis dont le dernier Allbarone présenté ce soir, et l’on retrouve Baxter en pleine fièvre électro avec un groupe de choc sur l’agréable scène de la salle Pleyel.

    Trois petites estrades accueillent un bassiste, un batteur, qui forment tous deux une redoutable rythmique, et l’extraordinaire claviériste-chanteuse française Fabienne Débarre (du groupe Evergreen, basée à Londres) dont la voix assure bien plus que les chœurs, mais un duo parfait avec le meneur de jeu. Elle est créditée sur différents albums de Dury. Elle porte ce soir un court body sous un ensemble pantalon-tailleur noir à paillettes qui brillent sous les lumières, des cheveux longs et affiche un petit sourire discret.

    Les trois musiciens se mettent en place alors que la sono diffuse une musique africaine de Fela Kuti juste après Ashes to Ashes de Bowie. Les lumières s’éteignent au premier coup de batterie et entre alors Baxter Dury, élégant, les cheveux bouclés grisonnants, il a 53 ans et belle allure, une barbe de trois jours de la même teinte. Il est vêtu d’un costume croisé beige clair porté sur sa chemise jaune pâle largement ouverte sur de lourdes chaînes en or qui pendent à son cou, un peu façon gangsta-rap, et des baskets noires. Sa veste passe plus de temps descendue sur ses coudes que bien en place sur ses épaules, il en joue tout en parcourant la scène largement libérée pour lui devant les trois estrades. Comme un lion en cage il va, vient et prend la pose devant le public affichant quelques singeries corporelles à la façon de la célèbre flèche du sprinter jamaïcain Usain Bolt.

    Mais quand il reprend le micro on retrouve sa voix sourde et profonde à l’accent cockney, chanté-parlé, crié-scandé, plutôt incompréhensible dans le charivari musical qui s’empare du groupe ce soir, mais qu’importe tant on est pris par les rythmes, pulsionnels mais jamais agressifs car toujours adoucis par le chant et les ritournelles électroniques de Fabienne. La voix de cette choriste de luxe est le plus souvent traitée par les machines et en sort transformée, en chœur nombreux alors qu’elle est seule, en voix de dessin animée ou carrément en voix masculine robotisée (Mr W4). Elle se tient devant trois petits claviers et un ordinateur sur lequel elle lance chaque morceau d’un petit click pour que tout s’enclenche et cela fonctionne merveilleusement, on entend parfois des riffs de guitare alors qu’il n’y a pas de guitare en action sur la scène, des aboiements de chien sur The Night Chancers, des boums et des cracs, tout un inventaire de bruits électroniques rigolos. C’est un peu elle qui mène la danse en lançant ses machines qui déclenchent cette folie musicale. L’ensemble est admirablement synchronisé et on se demande bien comment la technique arrive à assurer ce résultat probant avec seulement quatre humains sur la scène dont Baxter qui ne touche à aucun instrument ou machine à aucun moment. On vit vraiment une époque formidable !

    Les morceaux s’enchaînent, le beat bass/batterie martèle nos cerveaux, les séquences électroniques se succèdent, les rengaines synthétiques se superposent, Fabienne bat la mesure avec ses épaules sous son costume brillant et « ses » voix nous font fondre, le tout sur une cadence à rendre jaloux un rappeur de banlieue. Baxter chante avec conviction en continuant d’arpenter la scène mais il semble physiquement un peu décalé par rapport aux rythmes urbains et saccadés furieusement délivrés par ses musiciens. Il est le flux arpentant la scène quand le trio, plus statique, déclenche rythmes hypnotiques et machines déchaînées.

    Le disque Allbarone est presque servi intégralement avec quelques incursions dans le passé : It’s a Pleasure, Miami, Palm Trees transfigurées à la mode électro. L’enchaînement final est explosif sur Allbarone/ Shadenfreude. Des histoires un peu glauques. Celle d’Allbarone fait référence à la chaîne de bars en Grande-Bretagne (All Bar One prononcé pour l’occasion ‘alboroni’) où erre le narrateur au chœur de Piccadilly sous la pluie…

    There’s a bitter light on the Piccadilly line
    Everyone can see where I was crying
    I told you I was a writer, you smuggled a grin
    You left me hanging an empty horizon

    That night in Albarone, I sat in the rain
    Thought about all those promises made
    There’s a fragment of love left in a tattooed soul
    Before I’d even met you
    I booked a hotel

    That night in Albarone, I sat in the rain
    Thought about all those promises made

    Le rythme est éblouissant ponctué par les textes désabusés de Baxter et le chant suraiguë de Fabienne implorant une réponse à ses messages suggérant de se retrouver à Allbarone. Le clip de ce morceau se passe à Venise où l’on voit Dury un bouquet de roses à la main dans une gondole sur les canaux. Le climat tristoune de Londres sous la pluie nocturne délocalisé vers le romantisme de Venise, Baxter Dury cultive les contrastes, musicaux et visuels.

    Sur Shadenfreude (« joie mauvaise » en allemand), le narrateur déambule dans des hôtels entre Stockholm et la Lituanie, son amoureuse joue ou chante dans un groupe qui récolte de mauvaises critiques, elle le délaisse et rit de lui dans son dos, il est amer, vit de mauvaises « descentes » de MDMA et se vautre dans la shadenfreude. Ambiance !

    Pour le rappel Baxter revient avec un costume marron droit et des chaussures de ville de même couleur. Démarré avec les nappes de mellotron du superbe Mr W4 qui clôt le dernier album, il se termine sur un retour à la veine romantique avec Prince of Tears, titre qui donna son nom à l’album sorti en 2017.

    Prince of tears, prince of tears
    No one’s gonna love you more than us

    And the prince of tears
    Stood on his driveway
    Washing his hands of all the guilt
    And bad things

    Everybody loves to say goodbye
    Prince of tears, don’t leave me like this laughing at you

    Tout le monde salue les artistes et cette magnifique reconversion électro de Baxter Dury, sans doute sous l’influence de Paul Epworth, musicien britannique qui a produit des artistes comme Bloc Party, Primal Scream, The Rapture, Babyshambles… Il a co-écrit et produit Allbarone et certainement inspiré cette atmosphère musicale revigorante et jouissive.

    Les lumières se rallument et Bowie revient avec Ashes to Ashes sur la sono. En quittant son rang, le spectateur jette un dernier regard sur le fond de la scène où s’affiche le logo de la tournée : la silhouette d’un homme sur fond pastel avec une jambe droite hypertrophiée faisant peut-être référence à son père Ian Dury (1942-2000), prince du punk (sophistiqué) et auteur, entre autres, du célèbre hymne Sex & Drug & Rock’n’Roll. Il avait souffert de la poliomyélite dans son enfance et avait gardé sa vie durant une démarche claudicante du fait d’une jambe atrophiée. Baxter a un fils, peut-être fera-t-il vivre une troisième génération de rockers Dury !

    Setlist

    Zombie (Fela Kuti song)/ Alpha Dog/ Hapsburg/ I’m Not Your Dog/ The Night Chancers/ Mockingjay/ Almond Milk/ Oi/ Aylesbury Boy/ Return of the Sharp Heads/ Kubla Khan/ Pleasure/ Palm Trees/ Miami/ Cocaine Man/ Allbarone/ Schadenfreude

    Encore : Mr W4/ Celebrate Me/ Prince of Tears/ Baxter (these are my friends) (Fred again.. cover)

    Warmup 

    Le rappeur nigérian Joshua Idehen, accompagné d’un DJ suédois, détaille sa philosophie avec bonhommie entre deux pas de danse, The pressure cannot hit a moving target ou Rytme is the weapon. Le garçon est bienveillant, après nous avoir rappelé qu’il a été élevé dans la religion chrétienne et qu’il n’est plus croyant aujourd’hui, il demande aux spectateurs, comme à la messe, de serrer la main de leurs voisins en leur disant « You are good! ». On s’exécute dans la bonne humeur.

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  • Aldo Ciccolini (1925-2015)

    Aldo Ciccolini (1925-2015)

    C’est le dixième anniversaire de la mort du grand pianiste italien Aldo Ciccolini, décédé à 89 ans en 2015. Pour l’occasion France Musique édite une série de podcasts basés sur une longue interview du musicien réalisée en 1998 au crépuscule de sa vie. D’une voix douce, mélancolique et un peu lasse, avec une pointe d’accent italien qui rend son élocution si harmonieuse, il raconte sa vie exceptionnelle tout entière consacrée à la musique. Il affirme qu’il sut lire la musique à 4 ans, avant de savoir écrire, s’être dirigé vers la composition puis d’y avoir renoncé, persuadé qu’il n’avait pas le talent suffisant pour devenir un compositeur au-dessus du lot, pour l’interprétation domaine dans lequel il fut véritablement un pianiste hors pair.

    Il explique avoir été 1er grand prix du concours Marguerite Long en 1949, « par hasard » ajoute-t-il, sans vraiment l’avoir voulu. Quand on connait le niveau d’exigence de ce concours on a du mal à imaginer qu’il l’ait emporté en passant. Mais du coup il s’installe en France dont il fera son pays de résidence principale. Il est enterré dans la région occitane, à côté de Déodat de Séverac, l’un des compositeurs français qu’il a défendu toute sa vie, avec Satie, Ravel, Debussy, Chabrier… Il dit : « Jusqu’à Webern, tous les grands du passé sont des Dieux » ou « Je crois qu’il n’y a pas de la mauvaise musique, il y a de la musique inutile » mais refuse d’en désigner des exemples, « par discrétion ».

    Samson François parlait de lui comme « la grâce ». C’est d’ailleurs Ciccolini qui joua pour un concert hommage en 1972 au Festival de Nohant après la mort de Samson en 1970. Il a rêvé de Beethoven dans sa jeunesse mais a toujours refusé d’enregistrer ses œuvres à l’époque car ne s’estimant pas assez mûr pour affronter ce géant, « avant d’avoir vécu assez longtemps ». Et s’il les avait jouées quand même, eh bien il lui aurait fallu les réenregistrer plus tard, à l’âge de la maturité.

    Il forma un duo musical légendaire avec la soprano Elisabeth Schwarzkopf (1915-2006) dont quelques subsistent quelques enregistrements. Il n’aime pas Bach au piano. Il est fasciné par le compositeur Janáček (1854-1928) qui est mort fou en se sachant fou et qui écrit des compositions qui sont des pages pleines de « désagrégation de la pensée musicale », un territoire qui n’avait été touché par personne, pas même Schuman dont la folie était « humaine ».

    Sur une île déserte il emporterait le 4e concerto de Beethoven, le pianiste Michelangeli, Tristan & Iseult et Parsifal.

    Il n’a jamais écrit ses mémoires et n’en écrira jamais « il suffit d’écouter mes disques ; on ne parle pas de musique, on en fait ». On ne sait rien de sa vie privée sinon qu’il préfère la compagnie des chats à celle des hommes. Artiste solitaire, un peu misanthrope, il est de ces géants qui continuent d’élever leurs auditoires en interprétant la musique des Dieux.