Catégorie : Ailleurs

  • La presse dans l’excès

    « La Chienlit » titre cette semaine l’Express en première page devant la photo d’une brochette de responsables politiques de gauche. On pourrait aisément remplacer la photo par celle d’une brochette de journalistes incompétents et voyeurs (par ailleurs bénéficiaires de niches fiscales leur permettant de payer moins d’impôt sur le revenu que le reste des citoyens, toutes choses égales par ailleurs). L’Express, journal en faillite, passé dans les mains d’un cador du CAC40 se permet de donner des leçons aux sortants… Qu’il est loin le temps des Servan-Schreiber, Françoise Giroud et autres Claude Imbert…

    Une presse de circonstance attise le conflit et les réactions de caniveau d’une population dépassée par la complexité de notre temps. Des journaux vendeurs d’aspirateurs privilégient le café du commerce au détriment de l’intelligence. Mais où sont ces années où Raymond Aron publiait des chroniques dans les colonnes de l’Express ?

  • Pas de second mandat pour le président socialiste de la République

    François Hollande
    François Hollande

    Comme il l’avait laissé supposer à de nombreuses reprises, le président de la République vient de rendre publique sa décision de ne pas se présenter à l’élection pour un deuxième mandat. Il avait conditionné une nouvelle candidature notamment à « l’inversion de la courbe du chômage ». On ne peut pas dire que cet objectif ait été atteint, il a donc renoncé. C’est correct de sa part. Il devait se décider en décembre, ce calendrier fut également tenu comme annoncé.

    La presse de circonstance qui glosait depuis des mois sur la participation de François Hollande aux élections primaires de la gauche en est pour ses frais. Une nouvelle fois l’obsession des journalistes pour le sensationnalisme et l’immédiat les a détournés des questions de fond. Et de plus, ils se sont pour la plupart lourdement trompé sur l’immédiat : Hollande ne se représente pas.

    Ils auraient pu passer du temps à analyser les programmes des candidats de gauche mais ils ont préféré vouloir jouer les devins et anticiper la décision du Président, c’est plus facile et plus vendeur. A peine leur nouvel échec consumé, les voilà désormais tous tournés sur la nouvelle question clé : est-ce que le premier ministre actuel sera candidat à la primaire ?

    La courbe du chômage
    La courbe du chômage
  • Le bal des serpents à sonnettes

    Juppé et Sarkozy
    Juppé et Sarkozy

    A peine connu le nom du vainqueur du premier tour des élections primaires conservatrices à l’élection présidentielle de 2017, ce fut le bal des serpents à sonnettes qui rallièrent François Fillon avant le deuxième tour. Laurent Wauqiez, le cornecul qui s’est bruyamment félicité de l’élection de M. Trump aux Etats-Unis, Eric Ciotti et Christian Estrosi, les âmes damnées du sarkozysme dans le sud, Christian Jacob qui avait déjà trahi son ami Jean-François Coppé pour rallier le panache de Nicolas Sarkozy…, bref, c’est un festival de retournements de veste à grands coups de tweets auto-satisfaits et louangeurs.

    Tel Vercingétorix à Alésia, ils viennent tous déposer leurs armes aux pieds de François Fillon qui a écrasé le premier tour et s’apprête à remporter le second. Seuls quelques retardataires ont joué le mauvais cheval : Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Coppé ou encore Valérie Pécresse soutiennent Alain Juppé.

    Le vainqueur final est François Fillon et tous désormais s’affichent derrière lui. C’est le jeu de ces élections primaires qui sont venues se substituer à la décision des partis pour nommer leurs candidats. Devant l’impossibilité de s’entendre au sein des instances des partis politiques sur un nom incontestable à cause des conflits d’ambitieux, sauvages comme des caïmans dans le marigot, la décision a été poussée chez les supporters et militants, chargés de trancher un débat qui n’avait pas pu l’être au niveau supérieur. Cette procédure est présentée comme une avancée démocratique alors qu’elle ne fait que masquer l’indécision des partis. Son principal inconvénient est qu’elle allonge d’une année supplémentaire la durée de la campagne électorale présidentielle en France : sur un mandat de cinq ans, la dernière année est cette de la campagne pour l’élection suivant et l’avant-dernière année est celle de la campagne pour les primaires… Pas sûr que la démocratie n’y ait vraiment beaucoup gagné !

  • Les électeurs de gauche qui votent à l’élection primaire de droite

    Charlie Hebdo - Juin
    Charlie Hebdo – Juin

    Dans un dîner en ville le chroniqueur rencontre des représentants de cette étrange catégorie d’électeurs de gauche qui sont allés voter à l’élection primaire conservatrice à l’élection présidentielle de 2017 en France. Ils sont déçus du résultat et persuadés que si François Fillon et son programme libéral sont présents au deuxième tour en 2017 face à la candidate d’extrême droite, celle-ci l’emportera car la France moyenne refusera les mesures libérales déjà annoncées par Fillon dans son programme. C’est une possibilité et, de toute façon, nous aurons les dirigeants que nous méritons.

  • Dernières cartouches

    Charlie Hebdo – Juin

    En pleine campagne de publicité Alain Juppé pollue les répondeurs téléphoniques de citoyens qui n’en demandent pas tant. Le chroniqueur effaré en rentrant chez lui écoute ce message pathétique et racoleur :

    Bonjour c’est euh (SIC) Alain Juppé, la disparition des services publics de nos territoires qui hélas, s’accélère, c’est le déclin assuré et c’est l’abandon des françaises et des français qui habitent ce territoire, or la France c’est la France des territoires. Pour ma part je pense indispensable que l’Etat soit présent au plus près de vous, pour vous protéger, pour vous soigner, pour vous aider. La présence de la République, par ses services publics pour maintenir l’unité de la nation et accompagner l’ensemble des français et des françaises est essentiel et je m’engage à tout faire pour maintenir cette présence. Dimanche 27 novembre, au second tour de la primaire, nous devons nous en souvenir, j’ai besoin de vous et je compte sur vous.

  • Le coiffeur de Trump

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    Donald Trump, président élu des Etats-Unis d’Amérique fait ses premières annonces depuis son élection en mettant de l’eau dans son vin. Le mur à finir de construire à la frontière du Mexique pourrait n’être qu’une clôture. La loi instaurant une assurance-santé obligatoire pourrait n’être que réformée et non plus abrogée. Etc. Il n’a pas encore précisé s’il comptait changer de coiffeur.

  • Les racines de l’Occident

    Alors que le vice-président élu américain Mike Pence affiche ses idées créationnistes et son rejet de Darwin, le débat sur les racines chrétiennes de l’Occident est un must dans les différentes campagnes électorales en cours. Evidemment on ne peut pas reprocher à un catholique pratiquant de croire en ce qui est écrit dans la Bible, ni à un marxiste fervent de croire les analyses et recettes qui sont rassemblées dans le Capital. Mike Pense croit que Dieu a créé le monde en 6 jours, dont l’homme, puis la femme à partir de la côte de l’homme, puis s’est reposé le 7ème jour. C’est littéralement ce qui est écrit dans la Genèse, et Mike Pence y croit dur comme fer, comme nombre de pratiquants. C’est consubstantiel de la foi religieuse. On ne peut pas d’ailleurs leur prouver formellement que c’est faux, juste faire appel à leur intelligence, mais trop souvent, le dogme consume la raison, hélas !

    Le problème n’est pas tant que des gens, mêmes bien éduqués, croient au dogme, mais il réside plutôt dans les gens qui ont écrit toutes ces sornettes et les militants qui continuent à les vendre. Le pape François 1er n’est finalement pas si révolutionnaire que l’on veut bien le croire et son institution continue à répertorier les miracles de Mère Theresa et consorts pour sanctifier leurs auteurs. Derrière un discours humaniste qui est finalement de bon sens (comme celui qui le tient), il croit et fait croire que Noé est mort à 950 ans, que Moïse a partagé la mer rouge en deux et que Jésus a marché sur l’eau, faits sur le déroulement desquels on peut raisonnablement avoir des doutes. La vraie modernité serait que l’Eglise chrétienne, ou au moins catholique, admette que tout ce fatras idéologique n’est que balivernes et billevesées, ce qui n’empêcherait pas de continuer à prêcher l’amour du prochain.

    Ce concept de « racines chrétiennes » de notre civilisation européenne est par trop militant. Nos racines ce sont celles de l’Humanité de notre continent où la violence, l’esprit de conquête, la rouerie et l’intelligence de ses habitants ont permis à ceux-ci justement de survivre, de tuer, de conquérir et de s’extraire de l’aspect régressif de la religion pour faire émerger la science et la pensée libres, pour faire que Darwin l’emporte sur Jésus. Et toute cette évolution a commencé avec l’Homme de Cro-Magnon, soit bien avant que la première ligne de la Bible n’ait été écrite. Si l’Europe n’avait pas eu cette puissance et cette liberté de pensée peut-être serions-nous toujours un peuple de bigots continuant à immoler ses incroyants. Lorsque l’Eglise catholique a évolué vers la modernité, c’est le plus souvent contrainte et forcée par la société. Elle l’a rarement fait d’elle-même.

    La religion est une des idéologies des temps. Athènes et Rome ont au moins autant marqué et influencé notre vieille Europe que la Bible, ancien et nouveau testaments réunis. Pourquoi favoriser l’influence de Moïse plutôt que celle de Périclès ou de Platon dans les références à ce que nous sommes ? Les grecs dans leur philosophie ont privilégié l’Homme sur le dogme et leurs dieux. En cela ils ont fait bien plus progresser l’Humanité que les religions. Celles-ci ont bien sûr influencé nos civilisations, mais il n’est pas sûr que le bilan soit positif. Elles viennent en tout cas d’accoucher d’un vice-président américain créationniste. On eut préféré qu’il s’inspire de Périclès plutôt que d’Abraham.

  • Tic verbal compulsif : la dynamique

    Créer la dynamique devient un tic verbal compulsif autant dans le monde des business plans en entreprise que dans les cénacles politico-médiatiques. Les publicitaires qui ont envahi les entourages de nos dirigeants ne placent pas deux phrases fumeuses sans y intercaler la dynamique, et les journalistes qui n’ont pas le temps de lire les programmes politiques compensent leurs faibles connaissances en plaçant de la dynamique à tous les étages.

    Le dictionnaire Larousse définit le mot ainsi :

    Ensemble de forces qui entraînent, provoquent un mouvement, une évolution à l’intérieur d’une structure en développement : La dynamique révolutionnaire.

    Les pubards employant ce terme veulent laisser entendre que le candidat qui les rémunère a suffisamment d’idées ou de charisme pour auto-déclencher un cercle vertueux vers plus de bonheur et d’efficacité. Les mêmes nous expliquait il y a trente ans qu’un baril d’Omo valait mieux que deux barils d’une lessive lambda… Bref, créer une dynamique pour un politicard revient à mieux se placer en tête de gondole, à grand frais payés aux agences de publicité.

  • Impéritie complète des vendeurs de sondage

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    Au soir d’une élection primaire pour désigner un candidat conservateur à l’élection présidentielle française de 2017, les vendeurs de sondages d’opinion font une nouvelle fois preuve de leur impéritie totale en ayant ressassé depuis des mois le succès d’un duo de tête alors que c’est finalement un troisième homme qui écrase les deux autres de par son score.

    Lire aussi : Les sondages meublent l’absence d’analyse de la presse

    Et à peine connue l’ampleur de leur erreur, les voici de nouveau au premier plan pour prévoir le résultat du deuxième tour de dimanche prochain. La presse repart aussitôt dans ses habituelles circonvolutions autour d’anticipations oiseuse e tout repart comme si de rien n’était. Une presse incompétente s’appuie sur des sondeurs prétentieux. Le mieux est sans doute de négliger les uns comme les autres.

    Lire aussi : L’incompétence infinie des sondeurs

  • Un petit village breton accueille des migrants

    village-breton

    Dans le cadre de la fraternité française inscrite aux frontons de toutes nos mairies, un petit village breton a accepté d’accueillir sa part de misère en hébergeant 30 immigrants venus du camp de Calais démantelé il y a peu. Les frais sont pris en charge par le contribuable national. Le conseil municipal a approuvé le principe. Sur 27 conseillers, 24 ont voté pour et trois se sont abstenus. La durée de cet accord est limitée dans le temps et, comme l’état d’urgence, sera sans doute renouvelée après les vacances de fin d’année période durant laquelle le lieu d’accueil est pris par ses occupants habituels.

    On voit depuis les immigrants se promener dans le froid venteux du bord de mer. Y-a-t-il des dealers de shit dans le groupe ? Peut-être. Des apprentis terroristes ? On ne peut pas l’exclure. Est-ce que ce petit village se serait mieux porté sans devoir accueillir ces personnes ? Sans doute. Mais loin des messages vengeurs et des slogans abrutissants émis par le microcosme sur Tweeter, on voit que lorsque de vraies décisions sont à prendre localement, elles sont prises dans la responsabilité et la quasi-unanimité. Jusqu’ici personne n’a cherché à incendier le centre d’accueil comme ce fut le cas à plusieurs reprises à Paris XVIème.

    Le camp sauvage de migrants à Calais a pu être démantelé grâce à ce sens des responsabilités de communes comme ce petit village breton. Il ne va pas être facile d’éviter sa reconstitution à Calais, mais un sort un peu plus humain est réservé à 30 personnes. Cela ne règle rien sur le long terme, cela créera peut-être quelques difficultés localement mais le pire n’est jamais sûr. Si des problèmes apparaissent, eh bien des gens intelligents et de bonne compagnie tenteront de les résoudre dans le calme et la raison.

    C’est en tout cas l’honneur de ces municipalités de participer à cet effort national :

    PV du conseil municipal du 9 septembre 2016 – Les migrants de Calais : Monsieur le Maire informe l’Assemblée de l’information reçue des services de la Préfecture, relative à l’accord donné par la Caisse Centrale des Activités Sociales (CCAS) pour accueillir 30 personnes du 10 octobre au 22 décembre 2016 sur son site situé à T. Monsieur le Préfet de département a validé cette offre et l’a faite remonter au Préfet de Région, coordonnateur de la démarche auprès du ministre de l’intérieur. Celle-ci intervient dans le contexte du démantèlement à venir du camp de Calais et l’accueil dans les différents départements au sein de centres d’accueil et d’orientation (CAO) créés à cet effet en Bretagne notamment. Les publics concernés sont des migrants d’origines diverses : afghans, pakistanais, érythréens, irakiens… actuellement à Calais qui se verront proposer des hébergements provisoires d’une durée limitée (entre deux et trois mois) leur permettant de se ressourcer et de repenser leur projet migratoire avec éventuellement le dépôt d’une demande d’asile en France. L’hébergement et alimentation sont pris en charge intégrale par l’Etat selon l’accord passé avec la CCAS, un accompagnement social sur place, financé par l’Etat, est effectué par l’association COALLIA qui gère déjà pour l’Etat des CAO sur Saint-Brieuc ainsi que des places d’hébergement pour demandeur d’asile (CADA) et qui a l’expérience de gestion de ce type de dispositif et la connaissance de ces publics. La sécurisation du site est assurée par la présence la nuit et le week-end d’un veilleur, et est financée également par l’Etat via COALLIA. Monsieur le Maire ajoute avoir demandé une vigilance particulière durant le week-end, Monsieur le Préfet en avisera la gendarmerie.

    LE CONSEIL MUNICIPAL, après en avoir délibéré, à vingt-quatre voix pour et trois abstentions (Madame XXX, Messieurs YYY et ZZZ)  – EMET un avis favorable au projet d’accueil de 30 personnes au centre de vacances de la CCAS d’EDF dans le cadre du démantèlement du camp de Calais.

  • Wauqiez félicite Trump

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    Il fallait bien que Laurent Wauqiez se sente solidaire du nouveau président élu américain. Voilà qui est fait, sur Tweeter bien entendu, car on ne sait pas bien à ce stade ce que M. Wauquiez retient ou rejette dans le programme de gouvernement de Donald Trump. Les 150 signes de Tweeter permettent d’éviter de trop s’engager sur le fond et offre un rétropédalage plus facile le cas échéant.

  • La presse continue à tirer le débat vers le bas

    Question idiote d’un journaliste crétin posée à Christiane Taubira sur France-Inter en ce jour premier anniversaire des attentats terroristes religieux islamistes du 13 novembre à Paris :

    Les 130 victimes sont-elles « mortes pour la France » ou pas ?

    Question du chroniqueur effaré :

    Mais qu’est-ce que l’on vous apprend dans les écoles de journalisme ?

  • Sus à l’assurance santé obligatoire

    Drapeau_Etats-UnisL’arrivée prochaine au pouvoir à Washington d’un président républicain va sans doute marquer les derniers jours de la loi sur l’assurance santé obligatoire mis en place avec difficulté par l’administration Obama. Sur son site web de campagne, l’équipe du président élu affirme :

    On day one of the Trump Administration, we will ask Congress to immediately deliver a full repeal of Obamacare.

    However, it is not enough to simply repeal this terrible legislation. We will work with Congress to make sure we have a series of reforms ready for implementation that follow free market principles and that will restore economic freedom and certainty to everyone in this country. By following free market principles and working together to create sound public policy that will broaden healthcare access, make healthcare more affordable and improve the quality of the care available to all Americans.

    Ben Carson, un médecin à la retraite, (très) conservateur, candidat aux primaires avant de se retirer pour soutenir M. Trump, il pourrait être un possible futur ministre de la santé du nouveau gouvernement, a qualifié cette loi de « pire fléau depuis l’esclavage ». L’impétrant étant lui-même afro-américain, on mesure l’ampleur du fossé qui sépare les partisans du dogme libéral (free market principles) de ceux en faveur de l’intervention de l’Etat dans certains domaines. Ce sera le premier test en grandeur nature des partisans de Dieu et du Marché contre ces gauchistes bolchéviques que sont ces républicains ayant soutenu Hillary Clinton !

  • Les affres du libéralisme et les élections démocratiques

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    Un nouveau président américain, Donald Trump, remplacera en janvier Barak Obama pour un mandat de quatre ans, voire un second s’il était réélu. Trump s’est rendu célèbre durant la campagne électorale plus pour ses vulgarités sexistes et ses slogans racistes que pour avoir développé un programme de gouvernement cohérent. Evidemment, après la hauteur de vue d’Obama, on peut sans doute prévoir que le garçon ne va pas élever l’esprit et l’intelligence, mais il n’a pas été élu pour ça.

    A priori il a rassemblé les votes de l’Amérique moyenne découragée d’être l’oubliée de l’économie libérale. Le plein emploi affiché aux Etats-Unis est en fait une précarisation des emplois, sauf ceux de quelques secteurs numérisés ou financiers. La mondialisation a laminé une bonne partie de l’industrie traditionnelle du pays. La croissance économique cache à peine un fantastique accroissement des inégalités. Ce sont là les dommages collatéraux du capitalisme libéral dont l’Amérique est l’initiatrice et le premier bon élève. Les citoyens américains à une nette majorité ont marqué mardi dernier leur opposition à ce système créateur de richesses et d’inégalités.

    C’est là l’ironie de la situation : un élu républicain veut se mettre en marche pour casser le libéralisme. Il va lui falloir être persuasif face à la puissance de ceux qui sont les gagnants de ce système pour le changer ! Accessoirement les sujets de société devraient également être réformés : le vice-président affiche ses idées créationnistes, croyant que l’homme a été créé par Dieu et non le fruit de l’évolution chère à Darwin, ce qui promet une durée de vie assez limitée aux lois régissant l’avortement ou l’abolition de la peine de mort.

  • L’incompétence infinie des sondeurs

    Drapeau_Etats-UnisNouvelle défaite cinglante des sondeurs qui se trompent dans les grandes largeurs aux Etats-Unis où leurs prévisions de résultat sont balayées par la réalité à l’élection présidentielle : la candidate démocrate est nettement battue par le républicain qui va donc s’installer à la Maison-Blanche pour un premier mandat de quatre ans.

    La corporation des sondeurs est tellement incompétente que cela en frise l’escroquerie caractérisée. Elle se trompe quasiment systématiquement sur les grands enjeux mais on continue à lui confier des missions et donc du chiffre d’affaires. C’est un contre-exemple de plus comme quoi Monsieur le Marché peut aussi promouvoir de l’inefficacité et du vent !

    Accessoirement le futur président des Etats-Unis d’Amérique est un affairiste qui n’élève pas vraiment la pensée de par un discours d’une beaufitude assez inattendue mais il n’a pas vraiment pris le temps pour le moment de développer un programme de gouvernement alors jugeons sur ce qu’il fera. Il a été élu démocratiquement et on a les dirigeants que l’on mérite, aux Etats-Unis comme ailleurs.

    Lire aussi : Les sondages meublent l’absence d’analyse de la presse

  • La Turquie cherche à rétablir la peine de mort

    Drapeau_TurquieSuite à la tentative avortée de coup d’Etat en Turquie qui a fait près de 300 morts et de nombreux blessés, le pouvoir cherche à rétablir la peine de mort « sous la pression du peuple ». Comme il s’agirait principalement de châtier les présumés coupables de ce coup, ce rétablissement devrait être avec effet rétroactif. Comme l’affirme le président de la République avec une démagogie à faire pâlir d’envie Laurent Wauquiez:

    « Ce qui compte n’est pas ce que dit l’Occident mais ce que dit mon peuple »,

    Cette peine capitale avait été abolie en 2004 pour pouvoir lancer les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Son rétablissement entraînera leur arrêt complet, sans doute pour longtemps. Comme plus grand monde ne croît cette adhésion possible ni souhaitable des deux côtés du Bosphore, la conséquence de cette décision, si elle était prise, ne ferait qu’entériner une situation de faits.

    En attendant, la République turque continue aussi son chemin vers un abandon de sa laïcité et de son orientation vers l’Occident. Le pays est par ailleurs en cours de réislamisation (tendance sunnite). La question suivante qui va se poser sous peu est le maintien ou non de ce pays dans l’alliance atlantique (OTAN). Le Canard Enchaîné a cru pouvoir affirmer que les Etats-Unis avaient discrètement déplacé en dehors du pays les missiles nucléaires qui y étaient entreposés ; mesure sans doute prudente en attendant d’y voir plus clair sur le côté vers lequel penchera la balance dans les mois à venir !

  • La mémoire courte

    Charlie Hebdo - Juin
    Charlie Hebdo – Juin

    A la machine à café, trois trentenaires ignorent tout du passé judiciaire d’Alain Juppé dont le chroniqueur les informe. Le peuple a la mémoire courte et parfois sélective, surtout quand il s’agit de sujets politiques. C’est sans doute l’une des explications de la difficulté au renouvellement de la classe dirigeante en France. Tout est oublié !

    Lire aussi Indulgence dans les salons

  • Les sondages meublent l’absence d’analyse de la presse

    Avec une constance à la hauteur de leurs compétences limitées, les journalistes de la presse française continuent à consacrer une grande partie de leurs papiers à commenter les sondages qui sortent journellement en cette période préélectorale. « Commenter », si l’on ose dire puisqu’en réalité ils se contentent d’afficher leurs résultats sur des graphes pastel et s’interroger les uns les autres sur ces chiffres changeant tous les jours, souvent de façon contradictoire.

    Le business du sondage a montré à de nombreuses reprises qu’il ne prévoyait pas grand-chose et que son taux de réussite était des plus limité. Cela ne l’a pas empêché de prospérer jusqu’ici. Le dernier exploit étant bien entendu celui du référendum britannique qui a finalement décidé de la sortie de l’Union européenne alors que « les sondages » prévoyaient le contraire de façon assez unanime. Même les dirigeants en faveur de la sortie ont été surpris par ce résultat comme le montre la totale impréparation dans laquelle ils se trouvent actuellement alors qu’ils doivent exécuter cette décision.

    Que les sociétés de sondage ne sachent pas prévoir l’avenir, on ne va pas leur en vouloir. Qu’elles trouvent tant de clients à qui fourguer leurs sornettes, c’est plus inquiétant. Mais que les dirigeants de nombreux pays basent leurs décisions et orientations sur les résultats de ces sornettes, c’est encore plus désespérant. S’agissant des sondages préélectoraux, la vraie question est de savoir si les électeurs sont influencés par lesdits sondages ? C’est possible mais ce qui est aussi probable c’est que ces sondages étant plus aléatoires que scientifiques leur impact dans un sens soit annulé par celui dans l’autre sens.

    Ce qui ferait sans doute un peu progresser la machine médiatique, mais aussi éclairerait la connaissance des citoyens avant le vote, ce serait que les journalistes politiques lisent les programmes des candidats (y compris les 1 012 pages de celui de Bruno Lemaire « le renouveau c’est Bruno »), les analysent, les expliquent et en débattent avec les intéressés plutôt que de se focaliser sur des classements et des sondages aussi éphémères qu’inutiles. Très peu de ces journalistes sont à la hauteur des cartes de presse qui leur sont (trop) généreusement distribuées. L’urgence et l’hystérie qui caractérisent leurs modes de fonctionnement ne sont pas compatibles avec la réflexion qui devrait normalement seoir à leur position. Ils participent tous les jours à l’appauvrissement du débat et à l’abrutissement des masses. Hélas !

  • L’autorité délabrée

    Des voyous ont attaqué une voiture de police en faction à Viry-Châtillon. Après en avoir bloqué les portes ils y ont jeté un cocktail Molotov. Un policier est très gravement brûlé et sa corporation manifeste depuis plusieurs jours dans les rues. La voiture surveillait une caméra de… surveillance censée filmer les dealers du coin et leur florissant business. On peut imaginer que ce sont ces dealers qui ont mené cette attaque pour protéger leurs affaires mais la justice le dira un jour peut-être.

    Aussitôt le crime connu les politicards se sont emparés du sujet pour s’accuser les uns les autres de l’habituel « laxisme » qui semble être le qualificatif de circonstance en matière de sécurité. Et chaque partisan de rappeler que lorsqu’il est (ou sera) aux commandes cela se passe (ou se passera) autrement. Mensonges, accusations infondées, balivernes et billevesées, rien n’effraie ces responsables aux petits pieds et à courte vue, ni l’indécence ni même la vie des policiers en jeu.

    En réalité, des gamins-dealers sans foi ni loi qui attaquent des membres des forces de l’ordre pour tuer sont le symbole de la déchéance de nos sociétés, un mal qui durent depuis des décennies et qui a progressivement rogné l’autorité des parents, des enseignants, des patrons d’entreprise, de partis politiques, et, in fine, de la République. Ce mouvement délétère est puissant, ancien et durable. C’est nous citoyens qui avons progressivement transformé nos sociétés, de mai 68 au mariage pour tous, c’est nous qui avons accepté petit à petit ces démissions en tous genres. C’est nous citoyens qui avons fait reculer les pouvoirs en descendant dans la rue à tout bout de champs, en élisant et réélisant des Patrick Balkany à la députation, en s’apprêtant à voter pour un repris de justice aux prochaines élections présidentielles, c’est nous citoyens qui avons glorifié des rémunérations indécentes de fouteballeurs ou de pédégés, qui avons préféré la télé-poubelle à la littérature, etc. etc. On voit même cette évolution au sein des familles : l’éducation des enfants d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle des générations qui les ont précédés. On voit des parents aller agresser des instituteurs qui ont mal noté leurs enfants, des citoyens attaquer leur maire en justice parce qu’un platane est tombé sur leur voiture. On entend des ministres d’un gouvernement afficher publiquement leur désaccord sur des décisions prises en conseil des ministres, on voit des corporations manifester ouvertement contre des lois votées par le Parlement (écotaxe votée à l’unanimité et finalement non appliquée face à la violence d’intérêts particuliers), ou des décisions adoptées par des représentations régionales (aéroport de Nantes), etc. Et parlons des entreprises où des organisations matricielles, transverses, horizontales, appuyées sur des réseaux sociaux internes envahissants remplacent de plus en plus le bon vieil organigramme pyramidal avec un chef absolu tout en haut. Tout ceci a progressivement consommé le socle d’autorité qui régissait la société.

    Il s’agit globalement un problème de démocraties riches qui s’affadissent en même temps que le taux de cholestérol de leurs populations augmente. Quand on a réglé ses problèmes de pain quotidien et bien diminué ses soucis de santé et de durée de vie, il reste alors du temps pour le nombrilisme et la contestation. Nous en sommes là, ce n’est point une question de « Taubira-laxiste » ou de couleur politique. Personne n’a formellement décidé d’abdiquer l’autorité du jour au lendemain mais chacun a participé au mouvement général depuis trois ou quatre générations. C’est un mélange sociétal où l’on a mixé des concepts aussi variés et flous que les droits de l’Homme, l’Etat de droit, des conventions internationales de droits des enfants, des femmes, le droit humanitaire, celui des réfugiés… Assez peu de monde ne se pose trop de questions en Chine ou en Russie sur le caractère autoritaire ou non de la société. Cet autoritarisme semble à peu près accepté par les dirigeants cela va sans dire, mais par les populations qui les élisent comme dans le cas de la Russie. Ce n’est pas le cas dans nos démocraties, surtout latines.

    La tâche sera rude et longue pour inverser cette dérive. Au-delà d’une loi ou d’une autre prise à l’occasion d’un changement de majorité, les prisons sont pleines depuis plusieurs décennies et la durée moyenne d’emprisonnement augmente. Il va surtout maintenant falloir se mettre à éduquer nos enfants pour leur ré-inculquer quelques principes d’intérêt général même si cela doit nuire à leurs/nos intérêts particuliers. Et pour aider, apprenons-leur à privilégier l’intelligence sur la beaufitude, la réflexion sur le slogan, la raison sur le dogme, Darwin sur Jésus. Montrons leur comment aimer Bach et Bowie plutôt que Nique ta mère, la presse de journalisme plutôt que les torchons gratuits distribués dans le métro.

    Cela commence ce soir, à la maison !

  • La Turquie éructe…

    Drapeau_TurquieAlors que nombre d’Etats occidentaux se demandent comment sortir du piège moyen-oriental, la Turquie lutte pour y entrer. Déjà engagée militairement en Syrie pour y défendre une stratégie pas toujours très claire, si ce n’est son aspect antikurde, Ankara qui dispose d’une base militaire dans le nord de l’Irak fait des pieds et des mains pour participer à la bataille pour le reprise de la ville de Mossoul tenue par les terroristes religieux sunnites du groupe Etat islamique. Le gouvernement irakien du moment étant chiite, la Turquie sunnite voudrait s’assurer que les intérêts religieux sunnites seront maintenus après une éventuelle victoire chiite.

    Alors que le premier ministre irakien critiquait la présence militaire turque dans son pays, le président turc lui a répondu dans son style très personnel et tout en subtilité lui enjoignant de rester à sa place :

    « Tu n’es pas mon interlocuteur, tu n’es pas à mon niveau. Peu nous importe que tu cries depuis l’Irak, nous continuerons à faire ce que nous pensons devoir faire…  L’armée de la République turque n’a pas de leçon à recevoir de vous. »

    Pas sûr que la réconciliation du Moyen-Orient soit pour demain !